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TRAITÉ CLINIQUE
DES
MALADIES DU CŒUR,
rRÉcÉDÉ DE
recherches nouvelles sur l’anatomie
ET LA PHYSIOLOGIE DE CET ORGANE ;
PAR J. BOUILLAÜD,
rBOFBSSEDR DI CLIltlQDB MBDICÀLB A LA FACULTÉ SB U^DECIRB DE FABIS.
AVEC DES PLANCHES GRAVÉES.
Scripsi ilia , quæ sensuum teslimonio
inter labores et tædia iterùm iterùmque
expertus sum.
(Averbeuggeb.)
LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
BüK DE L ÉCOLE-DB-MliDECINB , H. l5 BÏS ;
LONDRES y MÊME MAISON, 219 > bbgekt-stbkbt.
1835.
TllAITÉ C.LINIQUE
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
La maladie dont’ il s’agit de tracer ici l’histoire est
si peu connue , qu’elle n’avait pas même encore reçu de
nom particulier. Celui que je propose me paraît, sous tous
les rapports, conforme aux principes de nomenclature gé-
néralement adoptés aujourd’hui.
En 1824 et en 1826, je possédais déjà un assez grand
nombre de laits pour entrevoir toute l’importance de l’in-
flammation de la membrane interne du cœur et des gros
vaisseaux. Mais ces faits ne me permettaient pas encore de
traiter avec tous les développemens convenables cette ri-
che et féconde matière; aussi les idées que je proposai fu-
rent-elles considérées par beaucoup de médecins d’une
grande autorité comme purement systématiques. Les objec-
tions de ces médecins nous convainquirent d’autant moins
2. I
9 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
de notre prétendue erreur systématique, que la plupart
d’entre elles portaient évidemment à faux. C’est ainsi , par
exemple , que l’on nous accusa d’avoir admis que toutes les
rougeurs de la membrane interne du cœur et des gros vais-
seaux étaient le résultat exclusif de l’inflammation , tandis
que nous avions déclaré, de la manière la plus expresse, que,
parmi ces rougeurs, il en était de purement cadavériques,
ou par imbibition sanguine après la mort (i). C’est en-
core ainsi qu’on nous avait accusé de rapporter toutes les
altérations organiques du cœur et de l’aorte à l’inflamma-
tion, parce que nous avions mis au nombre des terminai-
sons de cette inflammation les productions fibro-cellulcu-
ses, fibro-cartilagineuses ou calcaires, comme l’avaient fait
eux-mêmes, pour l’inflammation de la plèvre , les auteurs
qui nous adressaient des reproches aussi peu fondés.
Depuis nos premières recherches, nous n’avons perdu
aucune occasion de recueillir de nouveaux faits sur le sujet
qui nous occupe. En 1828 et 1829, nous avons examiné la
membrane interne du cœur et des vaisseaux chez plus d’une
centaine de malades qui succombèrent dans lesdifférens ser-
vices de médecine et de chirurgie de l’hôpital de la Charité,
et nous avons conservé des notes exactes sur cet examen.
Ce travail nous a permis de déterminer avec plus de pré-
cision quels étaient les cas dans lesquels la rougeur de cette
membrane pouvait être attribuée à unétat inflammatoire,
et quels étaient ceux, au contraire, où cette rougeur était
le simple résultat d'une pure imbibition cadavérique.
Enfin , depuis trois ans passés que nous sommes chargé
d’un enseignement clinique , nous avons recueilli sur
l’inflammation du système sanguin en général , et spé-
cialement sur l’endocardite aiguë , des observations au
(i) J'oi même ropporté, dans le Traité des fièvres, des exemples de rou-
geurs qne j’aTais produites en faisant macèier des al tères dans du sang altéré.
1
DE l’endocardite. 3
moyen desquelles nous espérons pouvoir combler en partie
une des grandes lacunes qui restaient encore dans la pa-
thologie. Nous recommandons ce chapitre de notre ou-
vrage à l’impartiale attention de nos lecteurs, et nous les
prions d etre surtout bien persuadés que dans tout ce que
nous dirons de l’inflammation de l’endocarde, nous n’a-
vons été guidé par aucune théorie préconçue, mais que,
au contraire , la théorie n’est venue qu’à la suite des faits.
Avant d’entrer directement en matière , qu’il nous soit
permis de rappeler en peu de mots ce que nous avons trou-
vé dans les ouvrages de nos prédécesseurs.
Corvisart n’a pas dit un seul mot de l’inflammation de
la membrane interne du cœur, et ne paraît pas même en
avoir soupçonné l’existence.
Mathieu Baillie dit avoir vu les 'valvules 'veineuses affectées
d’une véritable inflammation , et couvertes de lymphe plas-
tique. (Voy. son Traité (T anat. pathi\
M. Burns (i) a trouvé à la surface interne de l’oreillette
droite une couche de lymphe floconneuse. Le même obser-
vateur a vu l’oreillette gauche en partie ossifiée, tapissée
intérieurement par une couche membranijorme de lymphe plas-
tique (2).
On se tromperait beaucoup si l’on croyait que, sous le
nom de cardite poly pense , M. Kreisig a réellement décrit la
véritable endocardite. Il est bien vrai que la coagulation
du sang que contiennent les cavités du cœur, est un des ac-
cidens que l’endocardite peut entraîner à sa suite ; mais
(1) Burns, On diseases of Ute lieart. Edimbourg, 1S09, in 8.
(2) « Dans un troisième cas, M. Burns a observé, un peu au-dessus de la val-
svule mitrale, une cloison tendineuse, ossiûée en quelques points, et percée 1»
«son centre d’une ouverture à bords ridés où l'on eût pu passer le petit doigt.
«Cette cloison, parallèle à la valvule mitrale , et qui partageait l’oreillette en
• deux portions, ne peut guère être considérée que comme le produit de l’orga-
• nisation d’une fausse membrane inflammatoire, i ( Laënnec, op, eit, , t. H ,
4 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
celte coagulation a lieu aussi clans une foule de cas où
la membrane interne du cœur n’est nullement enflammée.
Laissons d’ailleurs à M. Laënnec le soin de discuter celle
opinion: « M. Kreisig, dit-il , pense que les concrétions
» polypifonnes sont des produits et, par conséquent, des
» preuves de l’inflammation. Si cette opinion est fondée, il
» laut admettre que la membrane enflammée agit sur le
» sang et le coagule, hypothèse tout-à-fait gratuite... ; ou
» bien que le sang lui-même , comme le voulaient les an-
» ciens, est susceptible d’inflammation... Mais telle n’est
» pas ici évidemment la manière de voir de MM. Kreisig,
» Burns, et des médecins qui ont répété la même assertion.
» Leur opinion paraît se fonder principalement sur les cas
» où il y a adhérence intime ou continuité de substance
» entre les concrétions polypifonnes etla membrane interne
» des parois du cœur... A ce fait ainsi expliqué on peut
» objecter que l’adhérence intime dont il s’agit ne s’observe
« que rarement et sur les concrétions polypiformes les
» plus parfaitement organisées ; que le très grand nombre
» des concrétions qu’on trouve à l’ouverture des cadavres
J) sont libres à l’intérieur du cœur, ou simplement appli-
» quées et intriquées dans ses colonnes charnues... ; que ce
» n’est pas chez les sujets jeunes, pléthoriques, pleins de
» vie , ert éminemment disposés à l’orgasme inflammatoire,
» que se forment tout-à-coup des concrétions polypeuses
» dans le cœur; que ces accidens arrivent, au contraire,
» dans l’agonie de presque toutes les maladies , et surtout
» des maladies chroniques qui ont déterminé la cachexie ,
» le maj’asme , une débilité profonde, et qui ont été ac-
» compagnées d’obstacle à la circulation; enfin que le sang
» n’a pas besoin de l’action des organes sur lui pour se
» concréter, et qu’il suffit de sa stase pour séparer la fi-
» brinedes autres parties... »
M. Laënnec ajoute que l’adhérence d’une concrétion po-
lypiforme organisée peut être conçue : par l’action irri-
DE l’endocardite. 6
tante du caillot lui-même sur les parois du cœur, qui peut
déterminer l’exsudation d’une lymphe plastique; 2“ par
1 existence de la 'vie dans les concrétions polypeuses for-
mées avant la mort. Il cherche ensuite à établir qu’il n’est
peut-être pas suffisamment démontré que la production
d’une lymphe plastique, susceptible de s’organiser et de se
convertir en un tissu semblable à celui dans lequel elle
se forme , suppose toujours nécessairement une inflamma-
tion. Pour preuve de cette assertion , il dit que la réunion
des plaies faites par un instrument très tranchant , lorsqu on
rapproche sur-le-champ les lèvres de la division^ a lieu quel-
quefois sans signes appréciables d'inflammation.
Enfin, M. Laënnec admet en dernière analyse :
I® Que la stase du sang, par suite d’un obstacle à son
cours, suffit à elle seule pour en produire la concrétion ,
et déterminer la formation d’un coagulum de fibrine orga-
nisable;
2° Que la concrétion du sang paraît déterminer, dans
quelques cas, une inflammation réelle et accompagnée -de
formation d’une fausse membrane , particulièrement dans
les veines;
3° Qu’il paraît certain que quelquefois , et surtout dans
les veines où la circulation est peu rapide, une inflamma-
tion pseudo-membraneuse de leur membrane interne peut
être la cause première de la concrétion du sang, qui s’im-
bibe dans la fausse membrane , la gonfle , et tend à se coa-
guler autour d’eJle, par une sorte d’attraction ;
4° Qu’enfin, le pus absorbé en grande quantité par une
veine , peut devenir de plusieurs manières la cause
d’un infarctus sanguin, en se mêlant au sang, le rendant
moins liquide , le concrétant même par une action chimico-
'vitale.^ et en enflammant les parois des veines.
Au reste , M. Laënnec pense que :
« L’inflammation de la membrane interne du cœur et
» des gros vaisseaux est une affection fort rare.
C> MALADIES DU CŒUR EN rARTlCULIER.
r> Il lui semble que la rougeur des membranes inlcrnes
» du cœur et des gros vaisseaux ne peut dans aucun cas , et
» quelle qu’en soit la nuance, prouver seule l’inflamina-
»tion, et qu’on peut affirmer que cette rougeur est un
B phénomène cadavérique ou d’agonie , toutes les fois
B qu’elle se trouve jointe aux circonstances suivantes : ago-
B nie longue et aecompagnée de suffocation , altération
B manifeste du sang, décomposition déjà un peu marquée
B du cadavre.
B On pourrait tout au plus soupçonner l’inflammation
B dans le cas où la rougeur est accompagnée de gonflement,
B d’épaississement, de boursouflement.
B La formation d’une couche pseudo-membraneuse de
B lymphe plastique, plus ou moins adhérente à la surface
B interne du cœur, est le signe le plus incontestable de
B l’inflammation de cette membrane^ et, avec l’ulcération,
B le seul certain (i).
B La présence du pus liquide dans le cœur n’a guère été
constatée que dans des cas d’ulcération , et on ne l’a ja-
B mais trouvé qu’en très petite quantité ; pn conçoit même
B difficilement que cela pùt être autrement à raison de la
B rapidité de la circulation dans cet organe , qui doit né-
8 cessairement entraîner le pus à mesure qu’il se forme. b
Dans le chapitre qu’il a consacré à V inflammation do V inté-
rieur du eœuret des artères , M. le docteur Hope n’a presque
rien ajouté à ce qui avait été déjà publié par nous sur ce sujet
en i8a4, et il a cru devoir se faire en quelque sorte l’écho
de tout ce qu’avait ditM. Laënnec, contre l’intervention du
(i) « J'ai trouvé quelquefois, dit M. Laënnec, des fausses membranes peu
• étendues, ordinairement teintes de sang par imbibition , fortement adhérentes
• aux parois des oreillettes ou du cœur, chez des sujets attaqués d'autres maladies
• 4e ces organes, et particulièrement des végétations qui paraissent être dues
• elles-mêmes, dans quelques cas, à rinflammation. » ( Op. cU, , t. Il , p. 608
et 6(>p, )
DK l’endocardite. 7
travail inflammatoire préalable que nous avons admis
comme point de départ d’un certain nombre de lésions dites
organiques des valvules du cœur ou des parois de l’aorte.
D’ailleurs, comme M. Laënnec, RI. Hope ne nous apprend
absolument rien , ni sur les causes , ni sur le diagnostic de
l’inflammation de la membrane interne du cœur.
On voit par ce qui précède à quel état de pénurie , si
j’ose m’exprimer ainsi , se trouvait réduite la médecine sur
le point important qui nous occupe. Les nouveaux faits
que j’ai recueillis depuis trois ans me permettent cepen-
dant d’affirmer que l’inflammation de la membrane in-
terne du cœur est , contrairement à l’opinion de M. Laën-
nec, une maladie réellement très commune, et aussi fré-
quente que la péricardite elle-même. Cette assertion, je le
sais, paraîtra nécessairement exagérée à ceux qui n’ont
point encore appris à reconnaître l’endocardite. Elle m’eût
paru telle à moi-même , il n’y a pas long-temps encore ;
mais le moment n’est peut-être pas éloigné où ceux qui
doutent de la fréquence de cette maladie , changeront d’o-
pinion à cet égard , ainsi que cela est arrivé aux personnes
qui ont assidûment suivi le service clinique auquel nous
sommes attaché.
Une eirconstance qui, je l’avoue, s’oppose puissamment à
ce que l’on reconnaisse généralement l’endocardite aiguë tou-
tes les fois qu’elle existe sur le cadavre, c’est l’impossibilité où
l’on est, dans l’immense majorité des cas, de constater la pré-
sence de la matière anormalement sécrétée sous l’influence
de cette inflammation. Cette matière, en effet, soit qu’elle
consiste en du véritable pus, soit qu’elle se compose d’une
partie séreuse dans laquelle est contenue une matière
pseudo-membraneuse, se trouve incessamment balayée par
la colonne sanguine qui coule à travers les cavités du cœur,
et la petite quantité qui, en raison de sa ténacité, peut
rester dans les cavités du cœur , se mêlant , se confondant
en quelque sorte avec le sang, n’offre plus les caractères
8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
tranchés qu’on lui reconnaît dans les autres inflammations
des membranes séreuses. Nous avons vu cependant plus
haut que Eaillie , Burns, et M. Laënnec lui-même, avaient
cpnstaté l’existence d’une production pseudo-membraneuse
à la surface interne du cœur , production analogue à celle
que nous avons rencontrée nous-même à la surface interne
de l’aorte , dans un cas que nous avons recueilli en 1822 et
qui a été publié dans le Traité des maladies du cœur.
Au reste , ce serait se faire une idée bien étroite de l’in-
fiammation de la membrane interne du cœur, que de ne
fonder son diagnostic que sur la présence d’un épanche-
ment purulent ou pseudo-membraneux. La phlébite elle-
même peut être reconnue d’une manière certaine dans des
cas où les veines qui en ont été le siège ne nous offrent point
d’épanchement de ce genre.
D’un autre côté, ce n’est pas uniquement dans l’anatomie
pathologique qu’il faut rechercher les preuves de l’existence
de l’inflammation en général , et de l’endocardite en par-
ticulier. Si les inflammations internes ne nous révélaient
leur existence que de cette manière , la médecine serait la
plus aveugle et la plus misérable de toutes les sciences. Mais
il n’en est pas ainsi : c’est par l’étude des causes qui ont agi
sur le malade, par l’analyse des signes physiques et des lé-
sions fonctionnelles, par la considération de la marche de
l’affection, de son mode de réaction sur le système de l’éco-
nomie, que le médecin s’élève au diagnostic de la maladie,
et l’anatomie pathologique n’est, pour ainsi dire, que
le complément de nos connaissances.
Quoi qu’il en soit, je suivrai dans ce chapitre le même
ordre que dans le précédent : en conséquence , je diviserai
les observations particulières d’endocardite que je vais rap-
porter, en trois catégories , comme je l’ai fait pour les ob-
servations de péricardite.
Malheureusement, je le répète, les observations d’endo-
cardite de la première catégorie ne nous offriront pas ces
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDIIE. 9
caracLcrcs anatomiques incontestables que nous avons trou-
vés clans les observations correspondantes de péricardi te ( 1 ).
Mais les observations d’endocardite des deux autres catégo-
ries nousraontrei o.it des lésions essentiellement les mêmes
que celles dont il a été question dans les observations de
péricardite contenues dans les categoiies analogues.
SECTION PREMIÈRE. •
OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR l’eNDOCARDITE.
PREMIÈRE CATÉGORIE.
OBSBRVATIOKS d’eHDOCARDITE PENDANT LA PÉBIODE DB CONGESTION SANGUINE,
DK SUPPUBATION KT d’üLCÉRATION CüUMBNÇANT*E.
Les observations que contient cette catégorie sont au
nombre de treize. Les observations i“, 5®, i3® et; 22% que
nous avons rapportées dans la première section du chapitre
consacré à l’histoire de la péricardite , sont aussi des cas
d’endocardite à la période qui fait l’objet de cette première
catégorie.
OBSERVATION 38®.
■ Homme de 3o ans. — Plenro-pneumonie heureusement combaliue par les
saignées. — Phlébite consécutive à une saignée. — Fièvre avec phénomènes ty-
phoïdes. — Mort dans le premier septénaire après le diagnostic de la phlébite.
— Rougeur très forte de la membrane interne des cavités droites du.;cœur, avec
concrétions sanguines ( point de rougeur des cavités gauches j. — Rougeur,
épaississement des veines enflammées, sans présence de pus dans leur cavité.
Un jardinier , âgé de 3o ans, fut admis à la Clinitjue, le
(1) Je m’étais proposé d’éclairer l’anatomie pathologique de l’endocardite ai-
guë au moyen d’expérience^ pratiquées sur les animaux. Mes occupations ne m’en
ont pas jusqu’à présent laissé le loisir. Je suis bien loin cependant d’avoir re-
noncé à ce projet.
10
MALADIES nu C(»;UR EN PARTICULIER.
26 juin 1 833. Il était alTeclé d’une pleuro-pneuraonie aiguë,
qui fut combatiue lieureusement par les saignées abondan-
tes, et répétées coup sur coup. Le 2 juillet, le pouls était à
72, la respiration à 24 , et le murmure vésiculaire était
revenu presque à son état 7iormal. Le malade prenait des
bouillons , des potages et quelques cerises.
Cependant , le 3 juillet, nous observons un mouvement
fébrile asse/ marqué, et le malade dit avoir éprouvé des
frissons , suivis’d’une forte chaleur.
4. Les frissons ont encore eu lieu, alternant avec des
sueurs abondantes, comme si le malade élit éprouvé un 'véri-
table accès de fièvre intermittente; oppression , pouls à 108-
112 ; soif considérable ; visage altéré , grippé.
\i grains de suif ate de kinine h la surface d’un 'vésicatoire.
5. Visage plus altéré , plus jaune ,' air de stupeur. Ne
trouvant aucun rapport entre l’état actuel du malade et sa
pleuro-pneumonie , nous redoublons nos interrogations, et
nous apprenons qu’à la suite de la dernière saignée, le bras
est devenu douloureux, et qu’il s’est gonflé. Nous ne tar-
dons pas à constater l’existence d'une phlébite , et tous les
accidensnous sont alors expliqués. Il s’écoule à travers l’ou-
verture de la veine restée béante, du pus , ou de la sérosité
grumeleuse ; le membre est le siège d’un empâtement géné-
ral, et médiocrement douloureux dans le trajet de ses veines,
lesquelles ne sont pas cependant transformées en cordons
rouges et saillans au-dessous de la peau.
Etat d’anxiété, accompagné d’un léger trouble des fonc-
tions intellectuelles, parole brève, saccadée; chaleur vive,
et aridité de la peau ; langue sèche , grillée ; haleine fétide,
aigrelette, piquante ; respiration précipitée ; pouls à 100.
20 sangsues à l’ avant-bras, bains locaux; cataplasmes; limo-
nade ; lavemens ; diète.
Le malade succombe le meme jour , à 9 heures du soir.
Autopsie cadavérique , le lendemain à huit heures du
matin ( onze heures seulement après la mort).
PREM. CATÉG. DOBSERV. d’eNDOCARDITE. Il
I ® Appareil S/VNGUiN. — Le cœur est volumineux, flasque, 7nou.
Les cavités droites contiennent des caillots de sang, en partie
noirâtres , en partie décolorés ; les cavités gauches rd en contien-
nent pas. La membrane interne du cœur droit est très-rouge ;
celle du cœur gauche conserve sa teinte normale. Les valvules
de V artère pulmonaire et la membrane interne de ce vaisseau et
de ses ramifications offrent une l'ougeur très prononcée ( des
caillots se rencontrent dans quelques unes des divisions de V ar-
tère pulmonaire). U aorte offre à l’intérieur une rougeur poin-
tillée, moins foncée que celle de V artère pulmonaire. —
Les parois de la veine basilique sont épaissies ; sa membrane
interne présente une rougeur qui est uniforme dans ses ramifi-
cations, et distribuée par p laques en remontant vers l aisselle;
le sflug qu’elle contient est liquide {on n’y trouvepas de véritable
pus) ; la surface interne de la veine est ridée et comme chagri-
née; r épaississement des parois du vaisseau disparaît au-delà
de Vaisselle, mais la rougeur se continue jusqu’au cœur. Les
veines profondes du bms sont rouges intérieurement , mais non
épaissies. Les veines du bras sain ne présentent point de rou-
geur, et leur surface interne est lisse et polie. — La membrane
interne de la veine cave inférieure est fortement colorée en un
rouge cuivreux , couleur qui s’étend jusque dans les veines ilia-
ques et crurales. .. u';
2° Org.respir. — Les^^^mons sont encore chauds : le gau-
che est tapissé d’uiife^isse-membrane , libro-celluleuse ,
superposée à la plè:i^é)"q'ui est mince et transparente comme
à l’état norm^‘ il'nrç très bien à sa partie antérieure ;
mais en arrièt^ splénisé et gorgé de sérosité. Son
tissu se déchire •^Gïlement , et la surface de la déchirure
offre une couTeur d’ün rouge brun, et un aspect grenu.
%he poumon droit est mou , souple , élastique , si ce n’est
en arrière, où Ton observe une congestion séreuse. Bron-
ches saines.
3® Org. de l’innerv. — La surface du cerveau est hu-
mectée de ÿérosité ; pie-mère soulevée par quelques bulles
12 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
de gaz ; quelques cuillerées de sérosité à la base du crâne et
dans les ventricules. Substance cérébrale blanche , peu
injectée, d'une bonne consistance.
RÉFLEXIONS.
Il serait bien difficile de nier la nature inflammatoire de
la rougeyr de la membrane interne du cœur droit , dans
le cas que nous venons de rapporter. En effet, elle n’est en
quelque sorte que la continuation d’une rougeur de veines
manifestement enflammées; et l’autopsie cadavérique a été
faite à une époque si voisine de la mort, que l’imbibition
cadavérique n’avait pas eu le temps de s’opérer. Notez
d’ailleurs que la rougeur n’était point générale, et que son
intensité était d’autant plus prononcée qu’on l’examiirait
dans des points plus rapprochés du foyer primitif de l’in-
flammation.
Ici nous ne disons pas qu’il y a eu inflammation parce
que la membrane interne du système veineux est rouge ,
mais plutôt que cette rougeur est injiavimatoire ^ parce que
nous avions constaté tous les autres signes d’une inflamma-
tion veineuse.
Les caillots des cavités droites et de l’artère pulmonaire
n’étaient probablement pas entièrement indépendans de
la phlébo-endocardite.
OBSERVATION 39=.
Homme de 27 ans. — Indammalion traumatique du membre inférieur gau-
che, terminée par gangrène. — Fièvre violente, avec phénomènes dits ataxo-
adynamiques. — Mort le cinquième jour. — Rougeur de la membrane interne
du cœur, et surtout des valvules; même rougeur de la membrane interne du
système veineux en général , mais spécialement des veines du membre inférieur
gauche et de la veine-cave inférieure , dans lesquelles existe une sanie puru-*
l'.nle. — Concrétion sanguine dans les cavités droites du cœur.
Un homme de 27 ans, d’une très forte constitution,
carrier, fut apporté à l’hôpital Cochin , dau,s les premiers
PREM. CATÉ(Ï. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. i3
jours de janvier 1825. Une énorme pierre venait de lui
tomber sur le membre inférieur gauche : une plaie affreuse,
avec atlriiion de toutes les parties molles , existait à la par-
tie externe et postérieure de la jambe , et lournissait du
sang en abondance; décollement de la peau dans une
grande étendue; contusion violente et infiltration sanguine
de la cuisse en plusieurs points; tumeur sanguine autour
du genou. Une fièvre violente ne tarde pas à se déclarer;
pouls dur, fréquent et fort , agitation , délire. Cependant
la plaie et toutes les parties environnantes s’enflamment et
tombent de suite en gangrène ; la cuisse , tuméfiée à la fois
par l’infiltration sanguine et la fluxion inflammatoire, de-
vient aussi emphysémateuse et résonne comme un tambour
quand on la frappe. Le malade tombe dans une prostration
profonde , son ventre se météorise , et il succombe dans un
état typhoïde et vraiment putride , le cinquième jour après
son entrée.
L’ouverture du cadavre ne fut faite que 40 heures après
la mort ; mais , comme on était alors au mois de janvier,
le cadavre était à peu près tel qu’au moment de la mort , et
les altérations que nous allons indiquer étaient très proba-
blement le résultat de la phlébo-endocardite , suite de
l’inflammation gangréneuse externe.
.Les veines des membres inférieurs et la veine cave ascen-
dante , qui était distendue par des gaz, ne contenaient
que quelques atomes d’un sang décomposé , sorte de nanie
purulente , brune ou jaunâtre, grasse , grumeleuse , légèrement
agglutinée à la membrane interne : celle-ci était d’un rouge
brunâtre, même dans les 'veines qui ne contenaient pas de sang,
la saphène, par exemple (1). La rougeur de la membrane in-
terne des veines se prolongeait dans les cavités du cœur, sur-
tout autour des 'valvules, ainsi ciue dans l’artère et les 'veines
(i) La Teine crurale, au contraire, contenait une certaine quantité de sang
coagulé , analogue à de la lie de vin.
l4 MALADIES nu CŒUR EN PARTICULIER.*
pulmonaires. La membrane interne de l'aorte et des artères
qui en naissent était également rouge ; mais sa rougeur était
P’fVe, écarlate et non brunâtre ou noirâtre, comme celle du sys-
tème 'veineux. La membrane du système sanguin ainsi rougie
se détachait avec une grande facilité. — Le cœur était ramolli et
crépitait comme les pjoumons en raison de l'infiltration gazeuse \
dont il était le siège. Une concrétion sanguine se rencontrait
dans les cavités droites du cœur; V aorte était 'vide.
•
REFLEXIONS.
Si ce malade n’avait pas présenté pendant la vie les symp-
tômes évidens d’une inflammation traumatique du système
veineux, on pourrait, jusqu’à un certain poinlf rapporter la i
rougeur de la membrane interne du cœur à une imbibition |
purement cadavérique. J’ai observé un trop grand nombre
de cas dans lesquels cette rougeur est due à cette dernière
cause, pour attribuer, sans un mûr examen , une rougeur
donnée du cœur à une inflammation de samembi’ane interne.
Au reste, je conviens que le cas précédent peut, à la rigueur,
fournir^ matière à discussion. L’observation suivante a été
recueillie par M. Ribes, qui jouit , à si juste titre, de la
réputation d’observateur aussi profond que consciencieux.
OBSERVATION 40e,
Femme de 36 ans. — Inflammation des veines du bras. — Fièvre avec pliéno-
mènes typhoïdes. — Mort dix à quinze jours après le dél)ut. — Epaississement
des parois des veines du bras, suppuration. — Les traces d’inflammation se conti-
nuent dans les cavités droites du cœur.
Une danie de 86 ans, sujette aux angelures des mains,
en éprouva de si violeûtes au mois de décembre 1799,
qu’elle se détermina à envoyer chercher M. Ribes. La main
gauche était sur le point de tomber en gangrène. Les vei- !
nés du membre étaient dilatées , tendues, et la douleur de !
cette partie était telle , que le moindre attouchement faisait i
jeter les hauts cris à la malade. Le traitement mis en usage !
,
PREM. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCARDITE. i5
fut suivi de soulagement. Mais le 2 janvier, les accidens
avaient reparu : agitation très grande; fièvre avec frissons;
branches des veines basilique, médiane, cubitales anté-
rieure et postérieure j rouges et enflammées jusqu’au tronc
de la basilique. La circulation était arrêtée’dans les bran-
ches de la veine céphalique , qui étaient saillantes et rou-
geâtres ; plusieurs phlyctènes se remarquaient à la partie
externe et inférieure de l’avant-bras ; pouls très fréquent ,
intermittent {^quinquina, thériaque^ — Les jours suivans, les
phénomènes typhoïdes se déclarent ( prostration , météo-
risme , langue , lèvres et gencives fuligineuses , délire ) , en
même temps que l’inflammation gangréneuse de l’avant-
bras fait des progrès. — La mort arrive, le 13, à six heures
du matin.
Autopsie cadavérique, ay heures après la mort.
Inflammationdes veines basilique, médiane et cubitales^ veines
céphalique, médiane et radiale, dilatées par une matière puru-
lente, qui, dans certains endroits , ressemble à delà lie de vin, tan-
dis que dans d'autres elle n’est autre chose que du pus bien formé.
Augmentation de V épaisseur des parois de toutes ces veines, qui,
coupées en travers , restent béantes comme des artères ; intérieur
de ces vaisseaux inégal , parsemé d' enfoncemens ulcéreux , et
couverts de villosités très apparentes , quand on fait flotter la
Veine dans Veau; les ulcérations se propagent jusqu au cin-
quième inférieur du tronc de la céphalique; le reste de l’inté-
rieur de ce vaisseau est lisse, rempli d’un pus sanguinolent. La
veine axillaire contient du pus, et présente des traces d’inflam-
mation ciui se continuent dans la veine cave supérieure , et jus-
qu’à l’intérieur de l’oreillette et du ventricule droits (i). Un
peu de sérosité sanguinolente dans le péricarde, êt dans la plè-
vre gauche, qui est légèrement enflammée. Le poumon droit
paraît avoir été atteint par l’inflammation.
(i) Il est fâcheux que les caractères anatomiques de cette inflammation du
cœur ne soient pas exactement décrits.
i6
MALADIES DU COEUR EN PAITICULIER.
OBSERVATION /H«-.
Homme de3i aos.— Douleurs dans les membres.— Plus tard, symptômes d’in-
flammation pulmonaire. — Mort assez rapide. — Rougeur de la membrane in-
terne des oreillettes? et caillots fibrineux dans les cavités du cœur. — Pus dans
les veines des membres. — Fausses membranes dans les divisions de l'artère
pulmonaire. — Plusieurs foyers purulens dans les poumons, etc.
r
Un jeune homme de 3 1 ans , vigoureux , brun , était en-
tré à rhôpital de la Charité (service de M. Rullier) pour des
douleurs dans les cuisses , qu’on prit d’abord pour une né-
vralgie’^ cependant , comme il existait une fièvre très forte,
une chaleur ardente de la peau et une soif très vive, on
soupçonna quelque complication inflammatoire. Le malade
fut soumis à un traitement antiphlogistique qui procura
du soulagement. Les douleurs de cuisse disparurent à peu
près complètement; mais il restait toujours un malaise
général , une sorte d’irritation sourde. On accorde des ali-
mens au malade qui les réclame avec instance ; la fièvre se
ranime, du dévoiement survient, les pieds deviennent dou-
loureux, la douleur des cuisses reparaît, et une infiltra-
tion très marquée s’empare des membres inférieurs.
Tous ces symptômes vont en s’exaspérant ; le visage s’al-
tère , la langue se sèche et devient croùteuse; un point de
côté se fait sentir, accompagné de toux, de matité et de
râle crépitant à la partie inférieure du côté gauclie de la
poitrine. Le malade ne tarde pas à succomber ( 1 ).
Autopsie cadavérique, le 25 août 1838 , vingt heures après
la mort.
1° Habit, extér. — Cadavre d’un jeune homme fortement
constitué, et conservant encore de l’embonpoint. Infiltra-
tion des membres inférieurs, mais surtout du droit (2).
(i) Ces détails, malheureusement un peu incomplets, me furent donnés pour
la plupart par M. Thourel , alors interne dans le service de M. Rullier.
(a) A la rue de cette infiltration partielle, j’annonçai qu’on trouverait une
oblitération reineuse.
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. I7
2° Or g. circulât, et respirât. — Cœur un peu contracté
sur lui-même. Ses cavités contiennent des caillots fibrineux,
dans lesquels on ne trouve point de pus. Rougeur de la
membrane interne des oreillettes ^ de celle de la gauche particu-
lièrement. État inégal et comme mamelonné de la membrane
interne de l’origine de l’aorte, sans aucune trace de rou-
geur. Plusieurs divisions des veines pulmonaires sont rem-
plies, oblitérées par des caillots de sang altéré, friable, grume-
leux, analogue à de la lie de vin et comme mêle de pus.
En poursuivant quelques unes des veines ainsi oblitérées ,
on a trouvé dans leur cavité, là du véritable pus liquide,
ici du pus concret, ailleurs une véritable fausse-mem-
brane très adhérente à la paroi interne de la veine où
elle se rencontrait : les parois veineuses étaient roanifesle-
ment épaissies. Une des veines qui contenaient des fausses
membranes semblait aboutir à un foyer de pus situé dans
l’intérieur du poumon. En comprimant le tissu pulmou aire
on voyait suinter des gouttelettes de pus, ou bien s’échap-
per de petits cylindres de fibrine altérée, par les extrémités
des veines divisées. Les troncs des veines pulmonaires
contenaient du sang liquide, et leur membrane interne
offrait une rougeur analogue à celle de l’oreillette gauche,
non accompagnée d’épaississement.
La veine cave inférieure paraît tendue , gonflée, jusque
vers le point où elle reçoit la veine hépatique. Fendue lon-
gitudinalement, on la trouve gorgée de sang concret, al-
téré : à la surface de la concrétion qui la remplit , apparaît
une matière semblable à de la lie de vin et que chacun des
assistans reconnaît pour un mélange de sang et de pus. Sur
la paroi interne de la veine , existe une véritable fausse
membrane, plus ou moins adhérente , selon les régions où
on l’examine; là d’un blanc jaunâtre, ailleurs rougie ou
noircie par le sang, d’une consistance égale à celle des
fausses membranes pleurétiques. La présence de cette
fausse membrane était la principale cause de l’épaississe-
a. 9
l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
ment que présentaient les parois de la veine cave. De cette
veine , les altérations que nous venons de décrire s’éten-
daient dans les veines iliaques et dans toutes les veines
profondes du membre abdominal droit, dont plusieurs
contiennent du véritable pus, sans rougeur sensible de leur
membrane interne qui paraît seulement moins transparente qua
Vétat normal. Plusieurs petits foyers de pus existent autour
des veines oblitérées et enflammées. Un foyer très consi-
dérable existe dans les muscles du mollet ( les nerfs de la
partie postérieure de la jambe semblent hypertrophiés).
Les veines sous-cutanées sont libres. — Les veines du mem-
bre gauche, moins infiltré que le droit, sont perméables
( la veine iliaque de ce côté participait à l’affection de la
veine cave et des veines du membre du côté droit). La
veine porte est saine.
Le côté gauche de la poitrine contenait une grande quan-
tité d’une sérosité citrine , partout limpide , si ce n’est à la
partie la plus déclive où se trouvent des flocons en abon-
dance. Le poumon gauche, refoulé vers le rachis, atrophié
jusqu’à un certain point par la compression, est parsemé
de fausses-membranes fibrineuses, épaisses , adhérentes ou
libres et flottantes, organisées en partie ou bien encore
amorphes. Dans un pouce cube environ de la base de ce
poumon, existe un foyer d’un pus lie-de-vin, assez semblable
celui d’un phlegmon extérieur non encore mûr, ou mieux
encore au bourbillon d’un anthrax ; ce foyer n’exhale au-
£une odeur de gangrène , et tout autour existe une conges-
tion sanguine très prononcée. — Les bronches et leurs rami-
fications ne présentent aucune lésion. — Il n’existe aucun
épanchement dans le côté droit de la poitrine ; le poumon
correspondant, généralement gorgé de sang, bien que
crépitant , est parsemé , surtout vers son bord antérieur,
de plaques rouges , d’indurations partielles , ou de véri-
tables foyers de pus, parfaitement circonscrits, lésions
qui, rappellent exactement celles qu’il est si commun dé
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 10
rencontrer chez les individus qui succombent aux grandes
opérations chirurgicales. Disséquées attentivement, les
parties du poumon , ainsi transformées en plaques ou
noyaux indurés , offrent tous les caractères anatomiques
de l’inflammation commençante : le tissu , devenu fragile ,
s'écrase comme dans l’hépalisalion ; il semble, en le déchi-
rant avec les doigts, qu’on sente des caillots fibrineux dans
les vaisseaux d’un petit calibre. Dans quelques unes des
masses indurées , on voit un commencement d'infiltration
purulente; un seul des foyers de pus était situé à une cer-
taine profondeur du poumon. — Des adhérences organi-
sées, d’ancienne date, existaient dans les scissures de ce
poumon. — Les bronches de ce côté , comme celles de
l’autre , sont à l’état normal.
3® Org. clig. et annex. — L’estomac et les intestins n’of-
frent aucune lésion notable. Le foie est sain. La rate est
ramollie : sa substance , d’un gris rougeâtre , se réduit en
bouillie, à une légère pression, comme si elle était infiltrée
de pus et de sang. En comprimant les reins , il s’en écoule
une urine évidemment purulente. Dans le tissu cellulaire
qui environne la vessie, on rencontre de petits foyers de pus
louable, lequel nous paraît provenir de quelques veines voisi-
nes divisées. La vessie, contractée, contient très peu d’urine.
On n’est pas peu surpris d’y rencontrer un calcul de forme
très alongée : on veut le retirer , et on s’aperçoit qu’il s’est
développé autour d’une des extrémités d’une épingle à
friser , qui, dans les trois quarts de son étendue, n’est re-
couverte d’aucune concrétion saline. Du volume d’une ave-
line, il est formé, de couches irrégulières, disposées comme
la matière dont les hirondelles composent leur nid, suivant la
remarque de M. le docteur Hervez de Chégoin, présent à
l’ouverture. La membrane interne de la vessie, fortement
épaissie, parsemée de plaques d’un rouge foncé, d’admira-
bles réseaux capillaires, était comme rugueuse, papilleuse,
à sa face interne.
3.
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
On scia avec précaution les fosses nasales dans le but
d’examiner un polype sarcomateux qu’on a\ait cru recon-
naître, et pour lequel M. Rullier avait fait appeler M. le pro-
fesseur Boyer, durant la vie du malade. On fut fort étonné
de rencontrer, au lieu d’un polype sarcomateux, une véri-
table concrétion calculeuse , analogue à celle de la vessie ,
enchâtonnée dans la membrane muqueuse épaissie et noi-
râtre. Cette concrétion avait dilaté la partie supérieure de
la fosse nasale où elle était contenue.
L’attention avec laquelle nous examinâmes les nom-
breuses lésions qui viennent d’être décrites, nous fit ou-
blier d’ouvrir les articulations où nous soupçonnions du
pus (1 ).
REFLEXIONS.
Dans ce cas , l’inflammation de la membrane interne du
cœur paraît encore n’avoir été qu’une sorte d’extension, de
propagation d’une inflammation du système veineux. Les
douleurs que le malade éprouvait dans les membres infé-
rieurs, lorsqu’il fut admis à l’hôpital, étaient-elles rhuma-
tismales, et n’est-ce que plus tard que les veines de ces
parties s’enflammèrent? N’ayant point observé le malade
à cette époque, je ne puis répondre d’une manière positive
à la question dont il s’agit; mais, dans l’observation sui-
vante, qui a été publiée par M. Van deKeere, dans le jour-
nal universel des sciences médicales ( tom. 39 , 1825 ) , nous
verrons un exemple remarquable d’une inflammation de
la membrane interne du cœur et des vaisseaux, chez un
individu affecté de rhumatisme articulaire aigu.
(i) Parmi les nombreuses personnes qui assistaient ainsi que nous à celte in-
téressante autopsie cadarérique, se trouvaient MM. Huilier, Thourcl (interne
de li. Rullier), Ilervex de Chcgoin, Daltnas, Revnaud, Littré, etc.
i«REM. CATÉG. d’obSERV. ü’e«DüCABD1TE.
21
OBSERVATION W«. ^
Homme de 5o ans. — Rhumatisme articulaire aigu. — Fièvre très violente ,
anxiété. — Mort le dixième jour après le début du rhumatisme. — Rougeur
presque, générale de la membrane interne du cœur, surtout aux valvules ; caillots
fibrineux et albumineux dans les cavités du cœur. — Rougeur et épaississement
de la veine saphène interne. — Pus dans les articulations.
Un soldat, âgé d’environ 30 ans, fat admis à l’hôpital
de La Garde, le 30 juillet 4825, pour une maladie fébrile,
dont il fut assez promptement guéri.
Ce soldat mangeait les trois quarts de la portion , lors-
que le 16 du mois d’août, journée très humide, après s’être
endormi dans la cour, Sur un banc de pierre, il fut pris
d’un mouvement febrile.
17. Douleurs vives dans les articulations et spécialement
dans les genoux ; fièvre très intense, peau brûlante {^sang-
sues aux genoux; diète; boissons délaj. ) .
18 ,' 19 , 20. Persistance de la fluxion rhumatismale et de
la fièvre [large saignée ; sangs . et'vent. scarif aux genoux).
21. Fièvre violente encore ( couenne sur le sang).
On pratique une nouvelle saignée, qui fournit une
couenne plus épaisse encore que celle de la veille.
M. Régnault, médecin en chef de l’hôpital, diagnosti-
que, outre le rhumatisme articulaire aigu , une inflamma-
tion des '))aisseaux.
22 et 23. Peu de changement {nouvelle saignée).
24 et 25. Pouls aussi plein et dur que les jours précé-
dens , peau toujours chaude ; membres inférieurs étendus
et immobiles ; teinte ictérique très prononcée ( nouvelle
saignée). ^
Le 25, à 4 heures, l’anxiété du malade augmente; il
existe une fluctuation manifeste dans le genou gauche ; le
sang de la dernière saignée est couvert d’une couenne
teinte en jaune [nouvelle saignée).
S'a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
26. Exaspération de tous les symi^tomes {nouvelle sai-
gnée). — Mort dans la nuit.
Autopsie cadavérique , le 28, à 9 heures du matin.
1° Système circulatoire. — A l’extérieur, le cœur est d’un
jaune pâle. La membrane interne y dans sa presque totalité ^
offre une rougeur foncée , qui s’étend aux 'valvules gauches.
Cette rougeur règne également , mais à un moindre degré , sur
la membrane interne de l’aorte. Caillots fibrineux et albumineux
dans les cavités du cœur.
Rougeur intense de la veine-porte et de ses ramifica-
tions.
Membrane interne de l’artère crurale d’un rouge intense.
Saphène interne ouverte dans l’étendue de trois pouces,
à la partie moyenne de la jambe, d’un rouge pourpre , épais-
sie, enf aminée dans toute son épaisseur.
2° Articulations. — Une grande quantité d’un pus jaune et
bien lié, dans la capsule des articulations fémoro-tibiales.
Rougeur et épaississement de la synoviale.
' 3“ Org. respir. — Adhérences celluleuses dans les deux
côtés de la poitrin e. Engorgement séro-sanguin de la partie
postérieure de chaque poumon. ^
4® Org. digest. — R.ien de bien notable.
5® Org. de l’innerv. — Cerveau sain; injection des mé-
ninges. ^
RÉFLEXIONS.
Voilà encore un cas d’inflammation du tissu séro-fibreux
du cœur , chez un individu affecté de rhumatisme articu-
laire aigu Mais dans ce cas, les veines et les artères ont été
enflammées en même temps que le cœur, et peut-être
avant lui. Les exemples de pareilles inflammations de la
membrane interne du cœur ou des vaisseaux coïncidant
avec une affection rhumatismale aiguë, sont bien moins
rares qu’on ne l’avait jiensé jusqu’ici, .l’en ai vu tout ré-
cemment encore trois nouveaux, l’un chez unjeune homme
PIIEM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 23
de 14 ans, auprès duquel M. le docteur, Sarlandière nous
appeler en consultation, MM. les professeurs Broussais \
Marjolin et moi ; l’autre chez une nourrice , couchée au
n“ 4 de la salle Ste-Madeleine (1), le troisième , chez une
jeune fille , couchée au n” 6 de la même salle.
OBSERVATION
Jeune homme de 20 ans. — Endo-péricardite aiguë chez un sujet atteint d’épais-
sissement desTalvules gauches, et d’une hypertrophie du cœur. — Voussure de la
région précordiale, bruit de scie diffus et bruit de soufflet, frémissement vibratoire.
— Tendance à l’assoupissement. — Accès convulsif, avec perle de connaissance, —
Mort quatre ou cinq jours après les premiers symptômes de l’endocardite aiguë,
— Fausses membranes rugueuses, granulées, sur le péricarde ; concrétions san-
guines formées avant la mort dans les cavités gauches et droites du cceur ; concré-
tion pseudo-membraneuse dans l’oreillette gauche, etc.
Un élève de l’école d’Alfort , âgé de 20 ans, d’im tempé-
rament lymphatique , d’un caractère apathique, fut admis
à la Clinique, le 2 décembre 1834. Ce jeune homme dit
avoir eu , il y a deux ans , une maladie caractérisée par de
la toux avec expectoration et de la douleur dans la poi-
trine; il ne se rappelle pas si ses crachats étaient sanguino-
lens et si la douleur était plus forte à droite qu’à gauche ,
en avant qu’en arrière. On le saigna une ou deux fois et on
lui fit des frictions avec la pommade stibiée sur le devant
de la poitrine. A cette même époque, il eut une anasarque
générale qui se dissipa au bout de quelque temps. Il ressen-
tit, il y a trois mois, des maux de tête assez violens, à la suite
desquels survint une bouffissure du visage avec enflure des
jambes le soir ; la respiration devint de plus en plus gênée,
et lorsqu’il marchait vite ou qu’il montait, il éprouvait un
(i) Dans ces deux cas, après des douleurs plus ou moins vives de plusieurs
articulations, et des symptômes d'inflammation interne du cœur, une douleur
s’est fait sentir dans l’un des membres inférieurs , tiirtoid au mollet ; ce membre
s’est inhltré, les veines se sont développées, et le tronc de la saphène s’est trans-
formé en qu cordon dqr, avec douleur à la pression ^ efp,
2/| MALADIES DU CŒUR EN l’ARTJCULIEU.
essoufflement considérable , ainsi que des battemens du
cœur.
Etat a l'entrée. Peau décolorée, pâleur et bouffissure gé-
nérale de la face , avec légère teinte violacée des lèvres ;
œdème autour des malléoles; le malade accuse une dou-
leur vague dans la poitrine.
Voussure très manifeste dans la région précordiale ;
matité de 4 pouces 8 lignes transversalement et de 4 pouces
6 lignes verticalement; frémissement vibratoire obscur
dans toute la région précordiale; bruit de frottement su-
perficiel , diffus isochrone aux mouveraens du cœur, ac-
compagné d’un bruit de soufflet distinct , pendant la con-
traction des ventricules , ayant son maximum d’intensité
au niveau de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche. La
main sent les battemens du cœur dans toute l’étendue de
la matité; la pointe de cet organe est fortement déviée à
gauche; les mouvemens du cœur ne sont pas sensibles à
l’inspection.
Résonnance bonne de la poitrine; la respiration se
fait bien; pouls à 80, petit, intermittent ; point de toux
ni de crachats; langue couverte d’un enduit jaune, légère-
ment rosée sur ses bords et à sa pointe. {Orge et chiend.
gom. 3 p.;lav. huileux').
3. L’enflure des extrémités n’existe plus; même bouf-
fissure de la face ; les réponses sont plus lentes; léger état ,
de somnolence. {Orge ef chiend. nitré goutt. de crot. tigl.
4. Le malade n’a été qu’une fois à la selle.
5 et 6. Douleurs sourdes dans toute la poitrine, augmen-
tant un peu pe7idant de fortes inspirations ; battemens du
cœur réguliers , toujours accompagnés d’un bruit de frot-
tement très marqué, sec, superficiel, analogue au bruit
qu on produit en sciant du bois , coïncidant toujours aussi
avec un bruit de soufflet profond, imitant par intervalles
une sorte de piaulement ; l’oppression est plus manifeste
que les jours passés; la langue se sèche; la peau s’échauffe;
PRliM. CATÉG. d’oBSEIW. d’eNDOC ARDITE. q5
rassoiipisseinent augmente; le malade, comme à l’ordi-
naire , répond à peine aux questions qui lui sont adressées.
.Te fais remarquer aux élèves la ressemblance qui existe
entre l’état de ce malade et celui du sujet de l’observa-
tion 1"®.
Diagnostic. — Endo-péricardite aigu'è, grefj ée sur une an-
cienne lésion des 'valvules gauches, suivie d’ hypertrophie géné-
rale du cœur.
7 et 8. L’état fébrile qui , les jours précédons, était nul
ou presque nul, est maintenant très marqué ; soif vive;
langue sèche , rugueuse , lèvres et dents croûteuses ; pouls
petit, régulier, à 88-92; respiration accélérée; chaleur
et sécheresse de la peau ; pressentiment d’une fin prochaine.
Le malade n’accuse point de douleur dans la région précor-
diale , même pendant la percussion. Le bruit de. scie dans
foute la région indiquée persiste avec une grande intensité,
et on l’entend même en éloignant un peu l’oreille de la
poitrine : il est double comme les mouvemens du cœur, et
nous paraît évidemment produit par le frottement récipro-
que des deux feuillets du péricarde, recouverts de fausses
membranes inégales et rugueuses. Le bruit de piaulement a
disparu; le frémissement vibratoire persiste; les battemens
du cœur se font sentir dans une grande surface , mais ne
sont pas bien détachés ; un peu de délire alternant avec un
assoupissement plus profond.
A peine la visite était-elle achevée , que le malade perd
toiit-à-coup connaissance : écume à la bouche; renverse-
ment de la tête à droite; figure colorée; veines jugulaires
gonflées; légers mouvemens convulsifs des yeux; pupilles
dilatées , se contractant sous l’influence de la lumière ; res-
piration stertoreuse ; frémissement vibratoire des lèvres à
chaque mouvement d’expiration ; membres dans une réso-
lution complète. Les battemens du cœur sont remplacés par
des palpitations tellement fortes , qu’elles frappent les
parois peetorales à l’instar de véritables coups de marteau;
26 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
bruit de scie considérablement augmenté (1). [Vèsicat. aux
jambes ; sinapismes ; lav. • diète.)
9. Le malade est revenu de l’état violent de la veille, et il
a un souvenir confus de ce qui s’est passé ; il a éprouvé un
léger épistaxis (2) j pouls à 96-100. [Sinap. diète.)
10. Assoupissement plus profond ; respiration gênée,
pouls à 72 pulsations, régulier, très petit; mêmes bruits du
cœur. {Même tisane; large 'vésic. à la nuque; sinap. aux cuis-
ses ; lav. piirg. ; diète. )
L'assoupissement va croissant. Mort , à onze heures du
soir.
Autopsie cadavérique 82 heures après la mort.
I® Habit, extér. — Décoloration générale du sujet.
2® Organ. circul. et respirât. — Le péricarde contient qua-
tre bonnes cuillerées de sérosité de couleur d’acajou. Le
feuillet pariétal paraît être épaissi, et présente des arbori-
sations très manifestes , qui ont lieu dans le tissu cellulaire
sous-sérèux ; sa surface, libre, est généralement lisse et
polie. Le feuillet cardiaque est couvert sur toute sa face
antérieure de fausses membranes, minces, molles, d’une
récente formation. En tirant à gauche, on voit une lanière
de fausse membrane, récente et molle, réunir les deux
feuillets.
Après avoir enlevé ces fausses membranes, on aperçoit
la surface du feuillet viscéral, qui est polie; quelques ar-
borisations se remarquent dans le tissu cellulaire sous-sé-
reux du cœur. ^
La partie du feuillet qui recouvre la face postérieure du
cœur est tapissée de fausses membranes d’une assez grande
consistance , s’enlevant par larges lambeaux , ayant exacte-
(1) Ces acciclens sont an nouveau trait de ressemblance entre ce malade et
celui de l’observation i”.
(a) Encore un trait de ressemblance entre ce maladp et celui de l'obierT
valion »***
PREM. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCARDÏTE. 27
ment l’aspect de la viembrane muqueuse de la langue d’un
herbivore. Tout-à-fait à droite, en tirant vers la face anté-
rieure de l’oreillette droite, on aperçoit encore une lanière
de fausse membrane qui réunit les deux feuillets opposés
du péricarde. Les fausses membranes de la face postérieure
montent jusqu’à la base des gros vaisseaux. Dans certains
points , le feuillet viscéral du péricarde a près d’une ligne
d’épaisseur.
Le cœur, rempli de caillots, a 5 pouc. de hauteur. Son
diamètre transversal est de 4 pouc. et demi ; son diamètre
antéro-postérieur, de 3 p.
Le poids du cœur est de 55q gram.
Le ventricule droit est généralement hypertrophié;
ses parois ont dans certains points 4 hg. d’épaisseur,
et 3 lig. vers la pointe. La valvule tricuspide est un
peu épaissie; l’oreillette ne présente rien de remar-
quable. Un caillot décoloré et d’une formation antérieure
à la mort passe par l’orifice auriculo-ventriculaire droit ,
et se contourne autour de la valvule pour se rendre à l’àr-
tère pulmonaire. Gettef concrétion, molle, élastique en
quelques points, ressemble assez à une fausse membrane ,
ou bien à la couenne inflammatoire du sang. ‘
Les valvules aortiques ferment assez exactement leur ori-
fice, mais elles sont fortement épaissies à leur bord libre. Un
caillot décoloré, d’une bonne consistance, comme pseudo-
membraneux , passe par l’orifice auriculo-ventriculaire
gauche, se réfléchit sur un tendon de la valvule mitrale
et flotte librement dans la cavité du ventricule gauche. Les
parois de ce ventricule ont à peu près i pouc. d’épaisseur,
et sa cavité est à peu près normale. Le tissu charnu du
cœur est ferme et plus vermeil qu’à l’état normal.
La valvule bicuspide, très épaissie, fongueuse, rougeâ-
tre,présente des inégalités, des aspérités d’ancienne date. Les
deux colonès charnues, ou muscles tenseurs de la valvule,
sont énormément hypertrophiés; il ep est ainsi de leurs
128 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
tendons. Les filets tendineux de la lame postérieure de la
valvule sont comme mêles ensemble, raccourcis, et cette lame
est en partie adhérente à la paroi ventriculaire , soit par
suite du raccourcissement de ses filets tendineux, soit peut-
être aussi par suite de productions cellulo-fibreuses acciden-
telles. En l’aison de cette disposition , cette lame de la val-
vule ne pouvait jouer dans toute sa liberté.
La membrane interne de roreillette gauche est tapis-
sée d’une fausse membrane, qui lui adhère partout
avec assez de force. Cette membrane est comme plissée ,
froncée à l’instar de la membrane interne du vagin , ou
mieux de la membrane interne des veines dans certains cas
de phlébite. t
Engouement considérable dans la partie déclive des
deux poumons. Des adhérences anciennes unissent le pou-
mon droit aiix parois pectorales. De semblables adhérences
existent à gauche, entre le péricarde et la plèvre pulmo-
naire voisine.
3® Org, digest. et annex. — Un peu de sérosité dans le
péritoine. Ramollissement de la membrane muqueuse gas-
trique en certains points.
Le Joie , volumineux , est fortement congestionné.
La rate est légèrement hypertrophiée, mais elle ne dé-
passe pas les fausses côtes.
4° Org. de l'innero. — A l’ouverture du crâne, il s’écoule
un peu de sérosité. Les fosses occipitales contiennent deux
à trois cuillerées d’un liquide rougeâtre. L’arachnoïde est
généralement injectée, et principalement! sur le lobe ante-
rieur 'gauche , où elle est manifestement épaissie. La sub-
stance cérébrale est sablée de sang, surtout à gauche.
Les ventricules contiennent un peu de sérosité.
RÉFLEXIONS.
La complication de l’endocardite avec la péricardite ,
clans le cas précédent, est une circonstance qui rend difû-
PREM. CATÉG. d’oBSERV. ü"eN ÜOCARDITE. 29
elle la détermination précise des signes propres à la pre-
mière de ces phlegmasies. Il me semble probable que les
phénomènes observés au moment de l’entrée du malade
dépendaient exclusivement de l’ancienne maladie du cœur,
et que les symptômes de la péricardite et de l’endocardite
aiguës ne remontent que vers les 5 ou 6 décembre. L as-
soupissement, la perte de connaissance, les légers mouve-
mens convulsifs, nous paraissent avoir coïncidé avec la
formation des concrétions sanguines dans les cavités du
cœur.
L’endocardite compliquée est une maladie , j’oserai le
dire, fort commune; mais il n’en est malheureusement
pas ainsi de l’endocardite pure, simple , dégagée de toute
complication. Je dis malheureusement , car rien ne serait
plus propre à éclairer le diagnostic de cette phlegmasie que
des cas de ce dernier genre.
L’observation suivante me paraît être un cas d’endocar-
dite suraiguë , simulant , sous plusieurs rapports , une
pleuro-péricardiie.
OBSERVATION Û4'.
r
Femme d’environ ao ans. — Tuberculisation des poumons, surloul du gau-
che. — Tout-à-coup, sentiment de douleur et d’anxiété dans la région du sein
gauche, oppression extrême, palpitement du cœur, bruits valvulairés obscurs ,
remplacés par un bruit de froissement léger; pouls petit, misérable; pâleur et
lividité du visage. — Mort le quatrième jour après les accidens. — Traces d'une
ancienne péricardite ( adhérences fibreuses très résistantes). — Traces d’une
ancienne endocardite valvulaire. — Concrétions récentes , comme pseudo-mem-
braneuses , dans les cavités du cœur. — Rougeur des valvules aortiques. — iTu-
bercules disséminés et excavations tuberculeuses dans les poumons.
Une jeune femme, d’une vingtaine d’années, était en-
trée dans le service clinique pour une tuberculisation pul-
monaire au troisième degré. Elle était dans un état de demi-
marasme. Elle ne paraissait pas encore arrivée vers le
terme fatal , lorsque , dans les derniers jours de décembre
3o MALADIES DU CCEDII EN PARTICULIER.
1834, elle fut prise tout-à-coup d'un étouffement et d’une
anxiété extrêmes, avec sentiment de douleur et d’oppres-
sion dans la région précordiale et au-dessus du sein ( c’est
du côté gauche que nous avions constaté la principale ca-
verne, vers la région axillaire ).
La respiration était à 60 par minute; le pouls petit, mi-
sérable , à i2o-i3o. Il existait une matité très étendue dans
la région précordiale, matité qui se confondait en haut
avec celle due à la tuberculisation pulmonaire.
L’exploration des bruits du cœur était difficile , en rai-
son de la fréquence de la respiration f dont le murmure se
mêlait à ces bruits ( le besoin de respirer était tel, que la
malade ne pouvait retenir sa respiration pendant quel-
ques secondes). Nous constatâmes cependant que les bruits
du eœur étaient très obscurs , étotiffés , et comme rempla-
cés par une sorte de murmure de faible froissement.
L’impulsion du cœur était médiocre, malgré l’étal de
palpitement continuel ; ses battemens étaient réguliers
comme ceux du pouls.
Face pâle, livide, profondément altérée.
Nous fîmes appliquer des ventouses scarifiées, puis un
vésicatoire. Tout fut inutile , et la malade succomba le
quatrième jour après le début des accidens surajoutés aux
symptômesde la tuberculisation (3o décembr<^. L’ausculta-
tion pratiquée chaque jour nous fournit les mêmes résul-
tats : le pouls resta petit et misérable, le visage toujours
anxië, pâle, blême; les lèvres un peu violacées.
Autopsie cadavérique , 12 heures environ après la mort.
Cœur énorme pour une phthisique, double du poing du
sujet. Le volume du cœur tenait à la fois à la distension de
cet organe par une grande quantité de sang coagulé, et à
l’hypertrophie. Agauche, le péricardeadhérait étroitement
à la plèvre pulmonaire, et celle-ci, à la plèvre cos-
tale. Ces adhérences étaient anciennes, plutôt fibreuses
PREM. CATliG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 3l
que celluleuses. Aucune trace de pleurésie ou de péricar-
dite aiguës (i).
La portion du cœur non recouverte par les poumons
avait la largeur de la paume de la main. Dans la région ex-
terne et postérieure des cavités gauches , le péricarde car-
diaque adhérait par un tissu fibreux très résistant au péri-
carde pariétal. Sur les cavités droites, le péricarde était
libre, parsemé de taches laiteuses, fausses membranes qui
s’enlevaient facilement avec la pince. Il y avait peu de
sérosité dans cette portion du péricarde.
Le sang contenu dans les cavités droites consistait en un
énorme caillot blanc , évidemment formé avant la mort ,
tout-à-fait semblable à de la chair décolorée , à la couenne
dite inflammatoire, ou bien encore aux lames du coagulum
d’un sac anévrismal. Il distendait le ventricule et l’oreil-
lette, et se prolongeait dans l’artère pulmonaire et la veine
cave. Des portions du caillot étaient intriquées dans les
colonnes charnues et dans les tendons valvulaires : là, il
formait de petites concrétions arrondies, friables, et un
peu moins pâles qu’ailleurs. Nulle rougeur de la membrane
interne des cavités droites.
Les trois lames de la valvule tricuspide sont très nota-
blement hypertrophiées, et, à leur bord libre, existent plu-
sieurs petites granulations fibro-cartilagineuses, criant sous
le scalpel (2). Hypertrophie médiocre du ventricule droit,
qui est dilaté.
Le sang contenu dans les cavités gauches était aussi
concrété et décoloré ; les caillots ne remplissaient pas
complètement ces cavités , et paraissaient moins anciens
que ceux des cavités droites. La valvule bicuspide était
(1) Pendant la rie de la malade, nous avions pensé qu’il fallait attribuer, en
partie du moins , les derniers et brusques accidens qu’elle avait éprouvés, à une
pleuro-péricardite aiguë intercurrente.
(a) La valvule n’était pas déformée, et pouvait fermer sou oriâce.
32 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
hypertrophiée et fibro-cartilaginisée à son bord libre ,
comme la tricuspide (i). — Hypertrophie médiocre du
ventricule gauche avec dilatation.
Valvules aortiques un peu épaissies , mais bien con-
formées , j’OJiges. Point de rougeur de la membrane in-
terne des cavités gauches ni de celle de l’aorte.
Tubercules disséminés, cavernes dans les poumons,
et surtout' à gauche.
RÉFLEXIONS.
Dans ce cas , comme dans le précédent , nous voyons
une affection aiguë du cœur entée sur une affection an-
cienne : savoir l’épaississement des valvules, l’adhérence
fibreuse dû péricarde, etc.
Nous avons cru devoir désigner sous le titre d’endocar-
dite, l’affection aiguë qui a précipité la fin de celte ma-
lade. En effet, les accidens survenus tout-à-coup dans les
derniers jours, ne pouvaient réellement être attribués qu’à
une pleuro-péricardite, ou à une endocardite aiguë. Or,
nous n’avons trouvé aucun indice, aucun vestige de pleu-
résie ni de péricardite récente. Ce n’est donc qu’à l’en-
docardite que nous pouvons rattacher les accidens dont il
s’agit. La formation d’énormes concrétions adhérentes,
entortillées autour des tendons et des James valvulaires,
le prolongement de* ces concrétions dans les gros vais-
seaux , voilà une circonstance qui nous explique plusieurs
des phénomènes observés, tels que la petitesse extrême du
pouls, la pâleur , la tendance aux lypothymies , à la suffo-
cation et l’anxiété.
Dira-t-on que les concrétions du cœur n’étaient pas
l’effet d’une endocardite? je me suis fait bien souvent
(i) Celle TalTulc n'élaU pai non plui déformée, et pourait fermer ion orifice.
pREM. cATÉa. d’obseev. d’endocabdite. 33
moi-même celte objection, soit à l’occasion de ce fait,
soit à l’occasion de faits analogues. Or , après avoir exa-
niiné avec toute 1 attention dont je suis capable cette
grave objection, j’ai pensé qu’elle était plus spécieuse que
solide. Sans doute , il est un grand nombre de cas dans
lesquels des concrétions sanguines sont indépendantes
d’une endocardite; mais, lorsque chez un individu qui
a présenté des symptômes tels que ceux éprouvés par
cette malade , on rencontre dans le cœur des concrétions
évidemment formées avant la mort, décolorées, à demi
organisées, adhérentes, analogues à de fausses mem-
branes pelotonnées, ou à la couenne inflammatoire, il
est infiniment probable qu’elles ont été la suite d’une endo-
cardite.
OBSERVATION 45e.
Homme de 35 ans. — Pleuro-pneumonie et endo-péricardite aiguës. — Bu(^
lemens Tiolens du cœur, avec bruit de soufflet et matité de la région précor-
diale. — Recrudescence. — Mort vers le \ingl-et-unièmejour après le début de
la première attaque de pleuro-pneumonie. — Rougeur des vahules aortiques et
biruspide, et de la surface interne de l’oreillette gauche; épaississement, bour-
souflement des valTules indiquées , arec concrétions comme pseudo-membra-
neuses. — Concrétions sanguines blanches, adhérentes dans les cavités gauches
et dans l’aorte, etc.
Un potier de terre, âgé de 35 ans, d’une assez bonne
constitution, mais triste et mélancolique, fut admis à la
Clinique, le lo juin i834- Le 7 du même mois, il fut pris
d’une douleur de côté, qui l’empêchait de respirer et de
tousser, et de frissons suivis de fièvre.
Voici quel était son état , le 10 et le ii.
Face d’un jaune livide, abattue, triste; peau chaude ;
pouls fort, vibrant, à 100 puis, par minute ; 28 à 82 inspi-
rations par minute.
La partie antérieure du côté droit de la poitrine rend uir
a- 3
34 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
son clair; cependant la respiration est obscure en tirant
vers la région externe. La partie postéi ieure résonne mal ;
souffle et bronchophonie dans les fosses sus et sous-épineu-
ses; respiration obscure, avec crépitement à la région in-
férieure.
Crachats visqueux , aérés , d’une belle teinte rouillée ;
douleur vive dans le côté droit.
' Les battemens du cœur sont forts et très étendus. La ma-
tité de la région précordiale est de 5 p. en travers, et de 3 p.
verticalement. Si le malade reste assis dans son lit, la matité
descend de i p. à i3 lignes plus bas, et on trouve de la ré-
sonnance dans une étendue égale en haut, là où existait
de la matité pendant le décubitus sur le dos.
Il existe un double bruit de soufflet ou de frottement assez
âpre dans la région précordiale ; (toutefois ce phénomène
est beaucoup plus marqué pendant la contraction ventri-
culaire , que pendant la diastole. Le bruit est aussi plus
sourd , plus âpre , plus étouffé vers la pointe du cœur que
vers sa base, à peu près également distinct et dans la région
des cavités droites , et dans celle des cavités gauches. A 2
pouc. et demi au-dessous et un peu en dehors du mame-
lon, vient frapper la pointe du cœur, en soulevant forte-
ment la région pectorale. La main appliquée dans les autres
points de la région précordiale , ne sent pas distinctement
les battemens du cœur.
Le malade dit n’éprouver aucune douleur dans le coté
gauche.
Les battemens des artères carotides et sous-clavières sont
très-forts, étendus et accompagnés d’un gros bruit de soufflet,
et d’un frémissement vibratoire des plus distincts.
Langue humide, ventre un peu ballonné etgargouillement
dans la fosse iléo-cœcale.
Diagnostic. Pleuro-pneumonie à clrvite, surtout au sommet^
— Endopéricardite.
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 35
Prescription. Trois saignées da bras, et 3o sangsues sur
la région précordiale, dans les journées des lo et ii ; boiss.
éinolL; catapl.; lavent.', diète.
12. Une couenne jaune , dense , très ferme, recouvre le
caillot (îes trois saignées, qui est lui-même très ferme,
élastique comme du gluten,
Les crachats sont moins rouillés ; pouls à 84 » moins dur
et moins tendu ; respiration à 24-28; peau moins chaude ;
visage meilleur; matité , souffle et bronchophonie dans la
moitié supérieure de la face postérieure du côté droit.
Nous constatons par l’inspection et la mensuration une
légère voussure de la région précordiale; la matité a cepen-
dant diminué de i pouc, transversalement, et de 4 üg» de
haut en bas.
La main sent les battemens du cœur dans une plus grande
étendue qu’hier ; ils sont un peu moins forts et soulèvent
encore le 5' espace intercostal ; le bruit de frottement est
plus sourd, diffus , superficiel , et imite assez bien le bruit
qu’on produit en grattant une étoffe avec le bout du doigt; il
.masque presque complètement le double claquement val-
vulaire.
Battemens des artères carotides , moins violens et moins
bruyans.
Une saignée ; deux vent, searif. en ariière a droite.
13. Le malade a passé une meilleure nuit, et a un peu sué;
crachats à peine rouillés; douce moiteur de la peau; pouls
à 8o-84*
Les battemens du cœur sont beaucoup moins forts et sou-’
lèvent à peine le 5* espace intercostal ; on les sent mainte»
nant au palper dans toute la région précordiale. La mj^
tité est de 2 p. 8 1. de haut en bas, et 4 p* i !• trana
versalement. Le bruit de frottement est bien moins pro#
noncé; il n’aceompagne même distinctement que la systole,
le second bruit du cœur reprend sa clarté; dans la région
correspondante à l’orifice auriculo-ventriculaire gauchie /
3.
36 MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER.
existe , outre le bruit de frôlement diffus et superficiel , un
vrai bruit de soufflet.
Looch hl.; tlirid. gr. x; 'viol, guim.; diète.
i/{. La matité précordiale n’est plus que de^ p. 3 l.
transversalement, et de 2 p. 6 1. de haut en bas. Ledou- î
ble bruit du coeiir se fait entendre distinctement à tra- !
vers le bruit de frottement, qui a beaucoup diminué.
Peau sudorale , d’une chaleur presque normale ; pouls
souple , à 80 ; respiration facile.
i5 et 16. Visage altéré; tristesse profonde; réponses len-
tes, prononcées d’un air hébété et indifférent; cependant
l’état du cœur et des poumons est de plus en plus satisfai-
sant; le pouls esta 72; la respiration à 24 ; il y a toujours du
retentissement de la voix , et peu de résonnance à la région
supérieure de lapartiepostérieureducôtédroit,maislemur-
mure vésiculaire revient à la région inférieure. — Le bruit
de frottement du cœur diminue sensiblement chaque jour. |
Large 'vésicat. en arrière h droite ; eau de poulet.
Les jours suivans, la tristesse continue ; le malade témoi-
gne unvif désir de revoir son département (Ille-et-Vilaine).
INous nous efforçons vainement de le consoler; dans cet état !,
de nostalgie , il oublie même ses besoins les plus pressans, ■
et plusieurs fois on a été obligé de le sonder. ( On élève gra-
duellement la dose de ses alimens ).
Le malade se lève nu , se promène ; contracte du dévoie-
ment; puis survient une récrudescence de la pneumonie ;
le pouls, qui était tombé à 60 pulsations, et avait perdu sa ]
vibrance , s’élève à 128, et redevient vibrant; des saigne- :■
mens de nez se manifestent à plusieurs reprises; la langue î
est sèche, croûteuse ; l’haleine fétide; les crachats prennent J
un aspect cendré, purulent; et la mort arrive le 29 juin. Dès s
le 24, la matité précordiale n’existait plus que vers l’extré-
mité inférieure du sternum, et il ne restait plus qu’un très v.
léger bruit de souffle.
Autopsie cadavérique, 22 heures aprèsla mort, (La tempéra- -I
PREM. CÂTÉG. d’observ. d’endocardite. 3y
ture de l’air n’a pasélé très chaude depuis lamort du malade.)
Habit, extér. — Demi-marasme 5 décoloration de la
peau; pâleur jaunâtre du visage; nulle trace de décom-
position du cadavre.
2® Org. circuL et respir. — Le péricarde contient en-
viron deux cuillerées d’une sérosité limpide , un peu
jaune. Sa surface interne offre une teinte opaline ; dans
la portion du péricarde qui se réfléchit autour de l’ori-
gine des gros vaisseaux , on rencontre quelques granu-
lations du volume d’un petit grain de chènevis , se déta-
chant facilement de la membrane séreuse, qui est intacte
au-dessous d’elle. Distendu par du sang coagulé, le cœur
est d’un quart environ plus gros qu’à l’état normal.
Les caillots contenus dans les cavités droites, en grande
partie décolorés, fibrineux, adhèrent aux colonnes char-
nues ainsi qu’aux valvules. La valvule tricuspide est
mince et transparente. Vers l’origine de l’artère pulmo-
naire, l’endocarde offre une plaque d’une teinte opaline
et comme laiteuse. Les valvules et la membrane interne
de l’artère pulmonaire sont parsemées de plaques d’un
rouge vif et vermeil. L’épaisseur des parois de l’oreillette
et du ventricule droits est sensiblement normale. La
portion du ventricule gauche, la plus voisine de l’orifice
auriculaire , contient un caillot fibrineux , ferme , qui
se prolonge dans l’aorte en s’amincissant : il est forte-
ment adhérent aux colonnes charnues, ainsi qu’à la val-
vule bicuspide, autour de laquelle il est comme entortillé.
La portion de V endocarde qui recouvre celte 'valvule et les
■valvules aortiques est d'un rouge plus prononcé et plus -vif
encore que la portion qui revêt les ■valvules de V artère pulmo-
naire. Les deux lames de la ■valvule bicuspide et leurs tendons
sont épaissis , hypertrophiés ; V épaississement est encore plus
marqué aux ■valvules aortiques, surtout à leur bord libre, qui
est boursouflé. Toutes ces ■valvules sont d'ailleurs bien confor-
mées, et peuvent fermer exactement les orifces gauches. Leur
38 MALADIËS DU COEUR EN PARTICULIER.
tissu crie légèrement sous V instrument qui les divise, La rougeur
'valvulaire s'étend sur la membrane interne de b oreillette gauche,
() k elle est disséminée par plaques. Celte membrane s'enlève par
larges lambeaux , et nous a para notablement épaissie. Au-
clessoüS d’ellë , le tissu musculaire est parfaitement sain.
Mêlne apris un lavage réitéré, il est resté quelques petits
caillots fibrineux adhérent au bdrd libre de la 'valvule bicuspide,
et \'întrélàcés avec ses filets tendineux (ces concrétions res-
semblent assez à de petites masses pseudo-membraneuses).
La surface interne du •ventricule gauche est plutôt pâle
que vermeille. L’épaisseur de ses parois, à la base, est de
7 lignes; sâ cavité est un peu grande.
L’aorte contient, dans toute sâ longueur, du sang en
partie coâgulé; elle présente une rougeur partielle, dis-
tribuée par plaques ou par petits rubans , plus prononcée
vers la crosse de l'âorte et les artères qui en naissent, que
partout ailleurs; elle s’affaiblit dans l’aorte thoracique,
et disparaît presque entièrement dans l’aorte ventrale.
Les plaques rouges ne sont pas plus nombreuses dans les
régions déclives de l’aorte que dans les autres régions.
La membrane interne de l’aorte se détache facilement
de la membrane moyenne, qui est tout-à-fait saine.
La veine cave inférieure est en partie remplie par
du sang coagulé , et conserve sa blancheur normale.
Le côté gauche de la poitrine contient un verre environ
de sérosité sanguinolente. Les lobes supérieur et moyen du
poumon droit sont adhérens en haut et en arrière et dans
un état d’hépatisation grise. La surface des déchirures
de leur tissu offre un aspect grenu, et il en ruisselle par la
pression un liquide tout-à-fait purulent. Le ramollissement
est tel, qu’il suffit d’appuyer légèrement les doigts pour
les enfoncer dans la substance pulmonaire... Le pou-
mon gauche, encore assez crépitant, offre à sa partie
postérieure un engouement plus séreux que sanguin...
3” Org. dig. et annex. — Rougeur foncée dans la région
pREM. cat]5:g. d’observ. d’endocardite. 39
splénique et pylorique de l’estomac, avec ramollissement
léger; ailleurs, teinte un peu ardoisée. Développement
des follicules isolés du duodénum et de la fin de l’intestin
grêle, où existe une teinte ardoisée de la muqueuse.
Rougeur foncée, vineuse, de la membrane interne du
gros intestin , avec développement considérable des fol-
licules. On trouve dans cet intestin quelques matières
fécales, à demi solides et à demi liquides. — Foie un peu
développé, présentant vers son bord inférieur un kyste
rempli d’une matière melliforme. La vésicule, du vo-
lume d’une grosse poire , contient une bile ti’ès claire ^
un peu jaune.
4® Org. de Vinnerv. — Le cerveau est abreuvé d’une
grande quantité de sérosité limpide ; le réseau de la pie-
mère est infiltré de ce liquide ; on en trouve environ un
quart de verre à la base du crâne; les ventricules laté-
raux en contiennent une bonne quantité, et sont plus
amples qu’à l’état normal. Leurs parois n’offrent point
de ramollissement. La substance des hémisphères céré-
braux , du cervelet et de la moelle alongée, est d’une bonne
consistance , plutôt pâle que rouge ou injectée.
RÉFLEXIONS.
Cette observation mérite de fixer toute notre attention. Les
phénomènes que présentait le maladeau moment de l’entrée,
ne permettaientpas de méconnaître une pleuro-pneumonie,
compliquée d’une inflammation des enveloppes du cœur:
revenons sur les signes de cette dernière. Notons d’abord
qu’avant la maladie aiguë pour laquelle le malade est entré
à l’hôpital, il n’avait rien éprouvé qui put faire soupçonner
l’existence d’une ancienne affection du cœur. Analysons
maintenant les signes fournis par l’exploration du centre
circulatoire et des fonctions de la circulation. Voici ces
signes : battemens du cœur forts, étendus, accom-
pagnés d’un pouls large, plein et vibrant; matité de la ré-
Jo MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
gion précordiale dans 5 p. d'étendue transversalement,
et dans 3 p. verticalement; matité dont le niveau varie selon
la position du malade; double bruit de scie, de râpe ou de
soufflet dans la région du cœur. Or, je le demande, quelle
est l’affection aiguë du cœur, sinon une endo-péricardite ,
qui ait pu donner lieu aux phénomènes ci-dessus exposés?
On dira peut-être qu’il suffisait d’une péricardite pour les
produire. Ce fut aussi notre première pensée; mais, consi-
dérant que le bruit anormal que nous entendions dans la
région précordiale paraissait se passer, au moins en partie,
à l’intérieur du cœur, et que l’épanchement dans le péri-
carde devait être peu considérable , puisqu’il n’empêchait
pas complètement de distinguer, à la vue et à la main, de
forts battemens du cœur; sachant d’ailleurs combien il est
commun de rencontrer une endocardite générale, ou simple-
ment valvulaire, dans les cas de violente péricardite, nous
crûmes devoir admettre l’existence simultanée de la péri-
cardite etde l’endocardite. Au reste, la marche de la mala-
die et l’ouverture du cadavre confirmèrent notre diagnostic.
Je dis d’abord que la marche de la maladie a prouvé
l’existence de l’endocardite; en effet, le bruit de soufflet
ou de scie a persisté à une époque où il n’existait plus dans
le péricai'de aucune lésion à laquelle on pût le rattacher.
Il ne pouvait alors être attribué à autre chose qu’aux lé-
sions produites par l’endocardite.
Je dis, en second lieu , que l’ouverture du cadavre a dé-
posé en faveur de notre diagnostic. En effet , ce n’est véri-
tablement qn’à une endocardite que l’on peut rapporter
les lésions que nous avons rencontrées dans la membrane
interne du cœur, et spécialement dans les valvules ; savoir,
la rougeur par plaques. Je boursouflement ^fongueux du
bord libre des valvules* aortiques), les concrétions fibri-
neuses, ou plutôt pseudo-membraneuses, adhérentes au
bord libre de la valvule bicuspide, enfin l’épaississement
de la membrane interne de l’oreillette gauche.
PHEM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOGARDITE. l\ 1
Sous l’influence des émissions sanguines à haute dose,
l’clat du malade s’améliora rapidement. Des le cinquième
jour, la matité précnrdiale avait diminué de deux pouces
transversalement, et d’un demi-pouce de haut en bas. Le
mouvement fébrile était presque nul , la respiration libre ;
mais la nostalgie et la récrudescence de la pneumonie
nous firent perdre le fruit de nos soins, et le malade suc-
comba- Le poumon droit avait passé rapidement à l’état
d’hépatisation grise ou de suppuration. Ce n’est pas le seul
cas où nous ayons vu une récrudescence de pneumonie en-
traîner ainsi rapidement la suppuration; mais cette cii'-
constance étant étrangère à notre sujet, il nous suffira
de l’avoir signalée ici.
OBSERVATION Me.
Homme de 27 ans. — Pleuro-pneumonie au troisième degré ( suppuration).
— Phénomènes lyphoides. — Mort quinze à vingt jours après le début delà
pleuro-pneumonie. — Rougeur de la ciembrane interne du cœur, avec épaissis-
sement ou boursouflement fongueux de la valvule bicuspide ( point de lésions
.semblables dans les cavités droites ). — Concrétions sanguines dans les cavités
du cœur '( celle de l’oreillette gauebe. est adhérente). — Raoiollissemcnt gris,
infiltration purulente du poumon droit.
Un maçon , âgé de 27 ans , fut admis à la clinique le 26 .
mai i834* U était atteint d’une pleuro-pneumonie dont le
début remontait à une huitaine de jours, et qui était
compliquée de phénomènes bilieux ou gastriques.
Crachats légèrement^rouillés , matité, souffle bronchi-
que, bronchophonie a la partie postérieure du côté droit ,
toux assez fréquente, oppression; peau sèche, aride, brû-
lante; pouls à 120, peu développé; langue rouge à la
pointe , sèche , râpeuse , fendillée ; tension de l’épigastre ,
gargouillement dans la région iléo-cœcale , céphalalgie, agi-
tation, insomnie.
Saign. de 3 pal.; boiss. go mm.; diète.
Le lendemain 27, peu de changement : appareil typhoïde
4^ MÀtADIES DU UOEUR EN PARTICULIER.
plus marqué; 48 inspirations; couenne inflammatoire sur
le caillot de la saignée d’hier.
Une doubl. saign.; 'veut, scarif. a droite.
28. Soulagempnt : pouls à 108, respiration à 28-32 ;
crachats moins rouilles qu’hier; sueurs dans la nuit.
Une saignée.
29 et, 3o. Délire par intervalles, avec vociférations et
cris aigus.
Saign.; 'vésicat.
3i. Le malade est tranquille; les crachats ne sont pas
rouillés.
i" juin. Crachats un peu rouillés, puriformes- un peu
de' trouble dans les idées.
2. Gémissemens continuels; un peu de délire le soir;
odeur fétide; langue sèche, brunâtre; peau sèche et chaude;
pouls à 1 16; 32 inspii'ations. .
3. La stupeur est très prononcée ; somnolence. — Mort
à 3 heures 1^2. .. '
Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort.
Org. respir. et circulât. — Le poumon droit -est hépatisé
dans toute son étendue , et recouvert de fausses membranes
minces. La pression fait ruisseler, à la surface des incisions
pratiquées dans le tissu pulmonaire, un liquide grisâtre,
boueux, véritablement purulent. Engouement et splénisa-
tion de la partie postérieure du lobe inférieur du poumon
gauche...
Le volume du cœur est à peu près nonnal. Cet organe con-
tient une grande quantité de sang, en caillots décolorés dans
les oreillettes et le 'ventricule droits , liquide dans le 'ventricule
gauche i Lé caillot de V oreillette gauche est légèrement adhé-
rent. Un caillot existe à V origine de V aorte, dont les 'valvules
épaissies offrent une rougeur qui résiste au lavage. Cette rou-
geur est plus prononcée encore dans la 'valvule bicuspide , qui
est épaissie et boursouflée vers son bord libre. Les valvules des
cavités droites sont, au contraire, pâles, décolorées. La
PREM. CATÉG. d’oBSERY. d’eNDOCARDITE. 43
membrane interne de l’aorte offre un fond jaune*nankin ,
sur lequel tranchent quelques rubans rosés. Le caillot rcn
contré à l’origine du vaisseau s’étend jusqu’à la naissance
desartères iliaques, où il se termine en pointe. On rencon-
tre çà et là quelques taches jaunes, anciennes.
Nous croyons pouvoir nous abstenir de rapporter ici ce
que nous observâmes dans les centres nerveux et l’appareil
digestif.
RÉFLEXIONS.
Dans cette observation, comme dans les précédentes, on
voit que les caractères anatomiques de l’endocardite exis-
tent à leur maximum d’intensité sur les valvulés. Il est dés
cas où ces valvules portent seules les traces de cette in-
flammation , comme dans la seconde observation de ce cha-
pitre (i).
.7
(i) En Toicî deux autres exemples assez remarquables.
Obs. 4/*. — Le a8 avril 1829, j’assislai à l’ouverture d’un jeufie homme vi->
goureux , mort d’une pleuro-pneumonie compliquée de péricardite ( service de
M. Lerminier ). Hépatisation des poumons, fausses membranes pleuréti-
ques , etc. Epanchement purulent et fausses membranes dans le péricarde...
Substance charnue du cœur saine.
Rougeur et léger épaississement des valvules du cœur. La membrane interne du
cœur, là où elle ne recouvre pas les valvules; celle de l’aorte, de l’artère et des
veines pulmonaires , n’offrent aucune trace de rougeur, bien que ces vaisseaux
contiennent du sang , en partie liquide, en partie à demi coagulé. ,
Dans l’observation suivante l'êndocardite valvulaire a duré plus long-temps ,
et a laissé à sa suite non seulement de la rougeur et un léger épaississement,
mais un véritable état fongueux de la valvule affectée.
Obs. 48*. — Vers la fin de novembre i834, nous ouvrîmes une fille de' aoans,
généralement infiltrée et ascitique, à la suite d’un érj'sipèie phlégmoheux de la
caisse. Visage nn peu violet, oppression. La mort fut hâtée par la gangrène,
survenue consécutivement à des mouchetures pratiquées sur les membres infiltrés.
Point de décomposition notable du cadavre.
Cœdr atrophié ( gros cpmme un petit céiif ), ridé, brun. La cavité du ventri-
cule droit contient à peine le doigt indicateur; la cavité du ventricule gauche est
plus petite encore. Membrane interne des cavités droites et valvules correspon-
dantes saines. f^alvule mitrale épaissie, boursouflée, fongueuse, partout d’un
rouge foncé. D’ailleurs, point de rougeur dans les gros vaisseaux veineux ou ar-
tériels, bien qu'ils contienuenl du sang liquide ( la veine-cave surtout).
44 MALADIES DU COÎÜE EN PARTICULIER.
Nous allons tefminer l’exposition de cette première ca-
tégorie d’observations par le récit de deux autres cas, dans
lesquels l’endocardite aiguë est en quelque sorte greffée
sur des tissus qui portent l’empreinte d’une ancienne af-
fection de même nature. Le second de ces cas est en outre
digne d’intérêt, en ce qu’il nous offre un exemple d’ulcé-
rations superficielles des ivalvules. Ces cas nous condui-
sent , par une transition naturelle , à ceux de notre seconde
catégorie.
OBSERVATION 49».
Homme de 5o ans. — Foyer de suppuration dans les parois abdominales. —
Fièvre avec phénomènes typhoïdes. — Mort au bout d’une quinzaine de jours.
Rougeur de la membrane interne du cœur, avec épaississement des valvules ; rou-
geurs des veines pulmonaires, etc.
•
Un homme âgé d’environ une cinquantaine d’années, an-
cien compagnon d’armes du maréchal Marmont (1) , brun ,
fortement constitué, ayant depuis long-temps la respira-
tion un peu courte (il dit être habituellement cafar/7ze«.r
ou asthmatique) f se livrant à 'des travaux pénibles, entra
dans le service clinique de la Charité, au mois d’août 1832,
atteint alors d’une double pneumonie au premier degré.
De larges saignées , puis les révulsifs triomphèrent assez
promptement de cette grave inflammation.
A sa sortie , le malade conservait seulement encore cette
facilité d’essoufflement , cette teinte un peu violette de la
face qui se rencontrent chez les individus porteurs de lé-
sions chroniques des principaux organes de la circulation.
Dans le courant du mois d’octobre, cet homme revint
dans nos salles, offrant un état d’oppression et d’étouffe-
ment tel , qu’à chaque instant il était sur le point de
(i) Il porte une blessure qu’il reçut dans un duel avec le maréchal, alore sim
pie soldat ou sergent.
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d'EiNDüCARDITE. 4^
suffoquer. Ses crachats étaient ensanglantés; le côté droit
douloureux. Du râle crépitant se faisait entendre dans tous
les points du thorax correspondant aux lobes supérieur
et moyen du poumon droit (en quelques points la respira-
tion était presque nulle ) ; il y avait de la bronchophonie;
la percussion- fournissait un son moins clair qu’à l’état
normal.
'Une nouvelle pneumonie ehez un homme qui nous pa-
raissait atteint de lésions anciennes du cœur et des gros
vaisseaux , et accompagnée d’une imminente suffocation,
était au-dessus de nos ressources.
Toutefois, rien ne fut négligé pour soulager le ma-
lade. Trois larges saignées , des san'gsues et un vésicatoire
sur le côté malade, diminuèrent de la manière la plus no-
table l’oppression, et un commencement de résolution sem-
blait s’opérer. Mais la persistance de la prostration, une
certaine lividité de la face, la chaleur de la peau, la fré-
quence du pouls (sans irrégularité ni inégalité), symptômes
auxquels vinrent se joindre de la diarrhée , de la sécheres.œ
de la langue, de la fuliginosité de la bouche, nous firent
persister dans le fâeheux pronostic que nous avions porté.
L’expectoration devint de plus en plus difficile; la pros-
tration telle, qu’on ne pouvait presque faire exécuter aucun
mouvement au malade. Les symptômes typhoïdes firent des
progrès ; le visage sdiippocratisa complètement; il survint
un peu de désordre dans les idées, et le malade, auquel
depuis quelques jours nous n’avions pas cru devoir refuser
un peu de vin (son état étant évidemment désespéré), suc-
eomba le 5 novembre dans la soirée.
Autopsie cadavérique , le 6, à huit heures du m^tin (12 a
i4 heures après la mort).
1“ Habit, extér. — Il n’existe pas la moindre trace de pu-
tréfaction.
Cadavre d’un homme fortement constitué , conservant
encore de l’embonpoint.
46 MALADIES DU CCŒUR EN PARTICULIER.
En incisant les parois addominales, on rencontTG une infil-
tration purulente assez récente de la région du flanc ^ dans une
étendue supérieure à celle delà paume de lamain\ suppuration
que rien n’avait fait soupçonner pendant la vie. — Pas d’in-
filtration séreuse des membres.
2” Org. digest. et annex. ^Sérosité dans les parties laté-
rales de l’abdomen (une pinte environ); intestins lavés ;
foie granuleux à la surface [cirrhose par hypertrophie des
granulations jaunes), ratatiné, dense, moins volumineux
que dans l’état normal. (L’élément rouge paraît presque
complètement atrophié. ) Peu de sang dans le système de
la veine-porte , qui offre intérieurement une teinte un peu
rouge. '
Vésicule contenant de la bile verdâtre , un peu claire.
Membrane muqueuse de l’estomac un peu brune , très
mince et détruite en quelques points du grand cul-de-sac.
Pâleur générale de la muqueuse de l’intestin grêle , qui
paraît sous tous les rappors intacte; teinte ardoisée de la
muqueuse du cæcum et du commencement du colon; cou-
leur grisâtre de tout le reste du gros intestin ; point d’ulcé-
rations ni de granulations. — Rate un peu volumineuse,
un peu molle ; granulations vers son sommet. — ■ Reins et
vessie sans notable lésion.
3° Org. respirât, et circulât. — Poumon droit adhérent
aux parois pectorales par un tissu celluleux , dense et bien
organisé ; engorgement de tout le lobe supérieur et d’une
portion du lobe moyen de ce poumon, qui crépite à
peine ; le liquide qui l’engoue est plus séreux que sanguin
et purulent : il en ruisselle par la pression; le tissu se dé-
chire plus facilement que dans l’état normal ; en quelques
points de la surface de ce poumon, teinte rouge produite
par une sorte d’ecchymose superficielle. Rougeur foncée et
épaississement de la muqueuse bronchique. Mucosités et
écume abondante dans les rameaux et ramifications bron-
chiques. — Le poumon gauche est léger, souple.
PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 4?
Les divisions des 'veines pulmonaires sont d’un rouge un
peu brun à V intérieur ^ plus dans le poumon gauche que
dans l’autre.
Le cœur est un peu plus volumineux que dans l’état
normal (plus gros que le poing); sa largeur surtout est
augmentée. Il est un peu flasque (pas de sérosité dans
le péricarde). Les oreillettes sont très amples, à pa-
rois un peu épaissies; leur membrane interne est rouge
comme celle des ■veines pulmonaires , et se détache assez
facilement; les orifices sont dilatés notablement; les 'valvu-
les sont rouges en divers points ; la mitrale est épaissie
et parsemée de quelques plaques blanches ou jaunâtres ;
de semblables plaques existent a la hase des ■valvules aor-
tiques. L’aorte, dans toute son étendue, est hérissée
de plaques de même nature, inégales, et une matière
athéromateuse existe vers la convexité de sa crosse ,
au-dessous de la membrane interne ; celle-ci est parse-
mée de bandes rouges dans toute son étendue, séparées
par quelques lignes blanches (en quelques points, la
rougeur est continue); cette rougeur est assez vive, ver-
meille dans l’aorte abdominale, où elle ne paraît pas
affecter de préférence la partie déclive. Toutes ces lé-
sions se prolongent en s’affaiblissant dans les divisions
de l’aorte supérieure et de l’aorte inférieure.
La membrane interne de la veine cave est également
rouge; mais d’un rouge plus foncé, moins vermeil (i).
(i) Il n’existait pas la moindre trace de putréfaction; la température était
froide , et l’ouverture a été faite i a heures seulement après la mort.
C’est un cas où l’on peut nier difficilement la nature inflammatoire de la rou-
geur du système sanguin.
Le foyer de suppuration , dont nous n’avions pas reconnu la présence pen-
dant la vie, a sans doute exercé une influence considérable dans le développe-
ment des phénomènes fébriles et typhoïdes.
48
MALADIES DU COEUR EN rARTICULIER.
OBSERVATION 50«.
t «
Femme de 64 ans. — Pleuro-pneumonie avec réaction fébrile très forle. —
Mort assez rapide, — Inflammation des deux poumons. — Rougeur, ulcérations
superficielles des valvules aortiques ; état fongueux et adhérences de la valvule
tricuspide. — Rougeur général&de l'endocarde.
Antoinette Lamongeois , âgée de 64 ans, fut admise
à l'hôpital Cochin , le i4 avril 1822. Elle était affec-
tée d’une violente pleuro-pneumonie aiguë, à laquelle
elle succomba le quatrième jour après son j entrée. La
réaction ' fébrile était très considérable.
Aatopsie cadavérique 36 heures après la mortf i).
On constata l’existence d’une double péripneumonie :
le poumon gauche était plus enflammé que le droit.
Le péricarde contenait deux ou trois cuillerées d’un li-
quide sanguinolent et était injecté, surtout à gauche.
La membrane interne du cœur était rouge, enflammée
la rougeur était foncée sur les valvules mitrale et
tricuspide : cette dernière était comme fongueuse et
en partie fixée aux parois ventriculaires, par des adhé-
rences tendineuses. L’prigine de l’aorte et .ses valvules
étaient rouges et parsemées de' petites ulcérations super-
ficielles. On y voyait aussi quelques plaques terreuses
ou fibro -cartilagineuses.
(1) Je regrette qut l’autopsie cadavérique n’ail pas été pratiquée à une époque
moins éloignée de la mort. Toutefois , comme la chaleur n’était pas encore con-
sidérable , et que le cadavre n’offrait pas de traces de décomposition, il est
probable que la rougeur dont nous parlerons plus bas n'était pas cadavérique.
(2) Je conserve ici le mot enflammée, qui se trouve dans mes notes; mais je
n’ignore pas que cette expression n'a de valeur qu'aulant que l’on trouve dans
l’histoire de l’observation des preuves de l’état morbide qu’elle désigne.
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 40
^ ' DEUXIÈME CATÉGORIE. / '
• I , • . .
OBSBBVATIONS d'eNDOCAROITE PENDANT LA PÉRIODE d’ÉPA ISSISSEMENT HYPERTHOPHI»
QDE DBS TISSUS KAFLAMMiS, ET DE DÉVELOPPE»! BNT d’ADHÉBE A CES , DE PLAQUES
»lE»lBHANiruSES CELLULO-FIBREUSES , OU FIBBEÜSES, ET DK VÉGÉTATIONS OU DE
GHANULEU5BS. • ‘
. * < > ’
Celte catégorie comprend onze observations. Les qua-
tre premières nous olfriront des exemples à^adhérences
des valvules du cœur à la surface interne de cet or-
gane, mode de lésion qui n’avait pas encore élé décrit
par les auteurs de Traités sur les maladies du cœur, et
qui établit un nouveau rapport entre l’endocardite et
les autres inflammations des membranes séreuses. Après
les quatre^ observations à! adhérence des^ valvules, vien-
nent trois cas de fausses membranes plus ou moins éten- '
dues, organisées à la surface des cavités du cœur, et
dont quelques unes seront désignées par nous sous le
nom de taies de Y endocarde , parce ' qu'elles sont réelle-
ment pour cette membrane ce que sont pour, la cornée
les lésions qui portent spécialement le nom de taiës Ç ces
taies de l’endocarde ressemblent exactement aussi aux
plaques laiteuses du péricarde). Enfin, les quatre der-
nières observations de cette catégorie sont relatives
aux granulations ou végétations des valvules du cœur (i)^
(i) Parmi les observations précédemment rapportées, il en est deux qui ap-
partiennent àl'espèce de celles dont il s’agit ici. (Voy.les observ, i3« et 44*.)
1
5o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. j
* \
§ I"- '
OBSERVATION 51«, |
^eupe elle de iS ans'. — Symptômes de maladie organique du cœur, à la suite |
d’un rhumatisme articulaire aigu. — Matité très considérable dans la région pré- |
cordiale, qui est un peu bombée. — Battemens violens et étendus du cœur, bruit
de soufflet pendant la systole ventriculaire , léger frémissement vibratoire dans la d
région précordiale.... Mort trois ans après le rhumatisme.... Épaississement de j|
l’endocarde, surtout dans l’oreillette gauche, où l’on trouve une fausse membrane !|
fibreuse. — Hypertrophie et induration des valvules tricuspide, bicaspide d
et aortiques, avec' qoelqdes'' adhérences : iksoffisancb de la lame postérieure j|
de la valvule bicuspide. — ^ Plaques fibreuses sur le péricarde. — Hypertrophie '|
générale du cœur avec dilatation des cavités et des orifices auriculo-ventricu- 4
laires. ‘ i ;
s' I .1
Schatz ( Julie-Sophie), âgée de i8 ans, sans profession, ;(
née à Strasbourg, d’une constitution lymphatico-ner- |
yeuse, d’une santé "habituellement délicate, non encore !|t
réglée, sujette à des flueurs blanches et à du dévoiement, ,|
fut admise à la Clinique (n® 5, salle Sainte-Madeleine), le t|
a5 août 1834. ‘Elle était malade depuis trois ans, mais
surtout depuis six mois, que ses jambes et son ventre i;
commencèrent à s’enfler; à la même époque, les palpi- 1
tâtions, l’oppression, les étourdissemens qu’elle éprou- fi
yait depuis trois ans, ayaient beaucoup augmenté. |
Sachant combien il est fréquent de yoir les maladies [
^u. cœur survenir à la suite d’un rhumatisme articulaire, fi
pous demandâmes à cette jeune fille si elle n’avait ja- i|
mais éprouvé de maladie de ce genre, et elle nous ap-
prit que la maladie qu’elle avait eue, il y a trois ans, était rl
précisément un rhumatisme articulaire aigu, pour le- | ^
quel on l’avait saignée et on lui avait mis des ven- f| ^
louses. . ; K
Voici quel était son état dans les premiers jours de I j
son admission à l’hôpitaL ! ^
Décubitus assis, visage pâle, lèvres violacées, exprès- ^
sion de tristesse et d’anxiété; pâleur générale de la peau; 1 i
ventre encore un peu développé avec matité et fluctuation i j
DEUX. CATÉG. d’oBSEUV. d’eNDOCAKDITE. j5l
dans la région des flancs; peu d'infiltralion des membres
inférieurs dans l’éiat de repos.
Depuis une huitaine de jours, une légère bronchite
avec crachats glaireux, s’est jointe aux phénomènes dys-
pnéiques habituels. La poitrine résonne assez bien ejr
avant, et la respiration s’y fait avec un souffle assez fort;
matité et respiration obscure à la partie inférieure de la
région postérieure du thorax ; 24 inspirations par minute ;
sentiment de serrement v, ers la gorge.
La région précordiale est fortement ébranlée par les bat-
tement violens ciu cœur ; cet ébranlement se propage en
s’affaiblissant dans presque toute l’étendue de la poitrine,
La région précordiale offre une voussure très manifeste. Il
existe aussi un léger frémissement vibratoire dans cette ré-
gion ( il n’en existe pas dans les artères carotides et sous-cla-
vières).
La matité précordiale est de 3 pouces ii lignes vertica-
lement, et de 4 pouces ^ lignes transversalement; dans
toute l’étendue de la^ matité, la main sent l’impulsion
du cœur, qui est très forte, et l’œil la distingue parfaite-
ment.
Au dessous et en dehors du sein, dans la région cor-
responda»ite a l’ocifice ‘ auriculo-vcntriculaire gauche,
le premier bruit du cœur est remplacé par un bruit de
soufflet très fort et très sec : ce bruit s’entend aussi, mais
à un moindre degré, dans d’autres points de la région
piécordiale et même jusqu’à la partie postérieure de la
poitrine. Le second bruit du cœur est un peu âpre,,
rauque , mais sans souille bien caractérisé. Le bruit de
soufflet est isochrone aux pulsations artérielles.
A un pouce, un pouce et demi au-dessus et en deifans^
du point où le bruit de soufflet existe à son majrimum
d’intensité, il est remplacé par un bruit seulement: un peu
plus sec qu’à l’état normal, et là, le second bruit du:
cœur, clair, éclatant, imite un véritable claquement de
4-
1
52 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
soupape ( il semble qu’on entende les valvules aortiques se *
redresser pendant ce bruit, qui est brusque et très
court). ^ :
La différence qui existe ainsi dans les bruits des cavités ?
gauches, selon qu’on les ausculte dans l’un ou l’autre 3
des points que nous venons d’indiquer, fut constatée par i
un grand nombre d’élèves, et par M. le docteur Gaultier i
de Claubry qui se trouvait à la visite, un jour où cette ^
malade fut explorée avec le plus grand soin. i
Dans la région des cavités droites, les bruits qu’on en- |i
tendait ne différaient pas beaucoup de ceux qui existaient i
au-dessus et un peu en dedans du sein g mche.
En dernière analyse, le bruit de soufflet ou de scie j
n’avait lieu, à un très haut degré, que dans la région ,
correspondante à l’orifice auriculo-ventriculaire gauche.
Pouls à 64 par minute, irrégulier, médiocrement déve-
loppé. y
Fonctions digestives en assez bon état.
Dugno’stic. Induration de la Dol^^nle bicuspide avec reflux
du sang dans l’oreillette gauche pendant la systole 'ventricu-
laire (i) / hypertrophie énorme et dilatation du cœur.
Prescription — -Infics. guiin, viol. sir. de gom; pot. avec
poudre de digit. J^I gr. — Bouillon, potage, lait.
Tous les jours, depuis celui de l’entrée, jusqu’à celui de
la mort, les battemens et les bruits du cœur furent explo-
rés, et, à chaque exploration , nous nous assurâmes de
l’exactitude de ce quia été signalé plus haut : quelquefois I
seulement, le premier bruit du cœur était double, comme 9 ^
si le ventricule se fût contracté à deux reprises pour se dé- 4
barrasser du sang qu’il contenait. En appliquant le doigt ï"!
sur la région où la pointe du cœur venait frapper , on per- i-’l
(1) C’eslsurlout à ce reflux du sang que nous altribuSmes le bruit de soufflet fJ f|
isochrone au poub, bruit dont le maximum d’intensité se trouvait au-dessous |v| .|
et en dehors du sein.
DEUX. CATÉG. d’oBSERV, d’eNDOCAEDITE. 53
cevait assez distinclement un mouvement de dilatation suc-
cédant au choc du cœur. Le frémissement vibratoire
devint plus manifeste cjue les premiers jours; le pouls,
quoique assez peu développé, était vibrant. Dans les der-
niers jours de la vie, le pouls dé l’artère radiale disparut
complètement , puis reparut , mais si faible qu’il échappait
facilement au doigt. Les jambes s’infiltrèrent, le visage
devint bouffi; le’ ventre était douloureux à la pression,
fluctuant dans toute, son étendue ; du dévoiement se
déclara.
Le a3 septembre, trois jours avant la mort,' le bruit de
soufflet était légèrement sibilant, au niveau du mamelon.
Mort, le 25 septembre ( à 2 heures du matin ), dans un
état de dyspnée eld’anxiélé extrêmes.
Autopsie cadavérique sept heures après la mort.
I® Habit, extérieure et cavités pectorale et abdominale. Les
membres inférieurs, les parois abdominales, .et les grandes
lèvres sont infitrés ; le visage est bouffi; les leyres vio-
lettes. La partie externe des cuisses et la région de la han-
che sont plissées et ridées comme, la peau du ventre
après un accouchement ( ces plis sont dus à une ancienne
hydropisie).
L’abdomen contient une grande quantité de sérosité
roussâtre. Üne sérosité moins foncée en couleur, citrine,
limpide, s’écoule de chaque côté du thorax, dont elle oc-
cupe la partie la plus déclive.
La matité de, la région précordiale est verticalement et
transversalement de 3 p. 10 1.
2® Org. respirât, et circulât. — La portion du cœur non
recouverte par lès poumons, mesurée immédiatement
après l’ouverture du thorax, offre exactement les mêmes
dimensions que celles fournies par la percussion de la
région précordiale ; c’est-à-dire 3 p. 10 lig. vérticalemcnt
et en travers.
La partie antérieure de la face interne du poumon droit
64 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
adhère avec le péricarde, par du tissu cellulaire, formant
une lame ou un repli analogue à un épiploon.
La partie moyenne de la face interne du poumon gau-
che adhère par un tissu cellulaire semblable avec le pé-
ricarde, dans la région de l’oreillette gauche. Les deux
poumons, lavés par la sérosité, offrent une teinte légère-
ment pâle sur laquelle tranchent un" grand nombre de
taches d’un rouge violet.
Ils sont tous deux plus pesans qu’à l’état normal , gorgés
d’un liquide séro-sanguinolent surtout vers leur bord pos-
térieur. Ce liquide, légèrement spumeux, s’écoule à la pres-
sion sans beaucoup de crépitation. Les incisions pratiquées
dans les poumons, présentent à leur surface les taches indi-
quées plus haut. Le tissu pulmonaire se déchire avec faci- .
liié. Le poumon gauche, d’un tiers moins volumineux que
le droit, était comme affaissé et comprimé à sa partie
inférieure, ce qui tenait à ce qu’il avait été refoulé en
haut par le cœur hypertrophié.
Le péricarde contient une petite quantité de sérosité
citrine. Il s’est énorfnément dilaté pour contenir le cœur
hypertrophié. Celui-ci est gorgé de sang, en partie liquide,
en partie coagulé. Vidé, il est encore presque double du
poing du sujet. Sa surface extérieure présente , surtout !
dans la région du ventricule et de l’oreillette gauches, de j
nombreuses taches d’un rouge vif, analogues au pointillé
qu’on remarque quelquefois sur les muqueuses enflam-
mées. A droite, on voit quelques petites taches blanchâ-
tres, arrondies ( à la partie supérieure, une plaque blan-
che avait la largeur de l’ongle du doigt auriculaire ).
•
Circonférence du cœur g pouces.
Diamètre vertical 4 P- *
— transversal 4 P* 8 I.
La cavité du ventricule droit pourrait contenir un petit
œuf de poule. Sa surface interne est lisse et paraît assez
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 55
vermeille. La membrane interne de l’artère pulmonaire
est parfaitement blanche. Les valvules de cette artère sont
aussi minces qu’une feuille de papier josepli.
La circonférence de l’orifice ventriculo-pulmonaire est de
2 pouc. lo lig.
Celle de l’orifice auriculo-ventriculaire droit, dilaté,
est de 3 p. lo lig. '
La valvule tricuspide, un peu déformée, surtout à son
bord libre, est sensiblement épaissie. Les tendons qui
viennent s’y attachér sont pour la plupart plus volumi-
neux et plus forts qu’à l’état normal. Elle se trouve
fixée en quelques points si près de la paroi voisine du
cœur, que ses mouvemens ont dû en être gênés. Des
adhérences accidentelles existent même en quelques points
entre cette valvule et la paroi ventriculaire. Le maximum
de la hauteur de la valvule est de 8 lignes. Le tissu de
cette valvule crie sous l’instrument qui le divise, ce qui
dépend d’un commencement de fibro-cartilaginificalion.
L’oreillette droite est dilatée dans la même proportion
que le ventricule ; généralement épaissie, elle a trois lignes
d’épaisseur vers son appemdice, épaisseur qui est aussi celle
des parois du ventricule correspondant. Le tissu musculaire
des cavités droites est d’un rouge un peu plus vermeil qu’à
l’état ordinaire, et offre une consistance plus que normale.
Les valvules aortiques ferment l’orifice du même nom
assez exactement ( l’eau qu’on verse dans l’aorte ne pénètre
pas dans la cavité ventriculairë).
La circonférence de l’orifice ventriculo-aortique est de
I p. lo lig. Cet orifice contient à peine le bout du doigt
annulaire. ( 11 est, par conséquent, très étroit, compa-
rativement à l’ampleur de fa cavité du ventricule cor-
respondant, lequel contiendrait un œuf de grosseur or-
dinaire.)
Les valvules sigmoïdes sont rougeâtres et plus épaisses’
56 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
que celles de l’artère pulmonaire : elles offrent sur la face
qui répond au ventj icule des espèces de végétations rougeâ-
tres, dures, résistantes, d’une consistance semi-cartila-
gineuse. Elles ont à peu près 6 lignes d’étendue en hauteur.
Toute la longueur de l’aorte ascendante et descendante
offre un très petit calibre sans épaississement ni aucune
autre altération : la membrane interne" est d’un blanc à
peine jaunâtre. Dans le voisinage de l’orifice aortique, la
membrane interne du ventricule gauche offre une teinte
d’un blanc mat et est évidemment épaissie ; op l’enlève par
lambeaux étendus , et au-dessous d’elle reste une couche
de tissu cellulaire à l’état normal; l’épaisseur de la mem-
brane va en diminuant de la base au sommet de ce ventri-
cule. L’épaisseur de ses parois est de 7 lignes; cette épaisseur
est presque la même partout, si ce n’est à la pointe, où.
elle diminue sensiblement.
L’orifice auriculp-ventriculaire gauche fait communicjuer
largement l’oreillette droite avec le ventricule correspon-
dant; il est presque double de l’orifice aortique. La val-
vule bicuspide est très forte , hypertrophiée, commey?a/-
cheminée; les tendons qui se fixent à son bord libre sont
très forts, très fermes, et forment une sorte de réseau ou
de yî/ef inextricable.
La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau-
che a 5 pouces d’étendue.’
La lame antérieure de la valvule bicuspide a i6 lignes
de hauteur. Sa lame postérieure, au contraire, ofire à
peine 3 à 4 lignes de hauteur, et forme une espèce de ruban
qui n’est pas seulement hypertrophié, mais converti eu
tissu cartilagineux, criant sous le scalpel, et d’une demi-
ligne à une ligne d’épaisseur. ^11 est évident que cette lame
ne pouvait jouer convenablement pour clore et ouvrir
alternativement l'orifice auriculo-ventriculaire )
La membrane interne de l’oreillette gauche , surtout
DEUX. CATIÎG. d'oBSERV. d’eNDOC ARDITE., 57
dans la parlie correspondante au.'c adhérences extérieures
( plaques du péricarde ), est rugueuse j chagrinée, inégale
et comme raboteuse : elle est tellement épaissie qu’elle res-
semble moins à une membrane, séreuse qu’à une véritable
membrane fibreuse. On ne peut la détacher que difficile-
ment de la couche musculeuse sous-jacente. Api’ès en avoir
détaché un lambeau d’un pouce d’étendue, on voit qu’elle
est effectivement fibreuse, presque opaque cdmme la dure-
mère; au-dessous d’elle il reste une couche dé tissu cellu-
laire serré ; en quelques points, on la sépare en deux cou-
ches : on dirait que la partie la plus rugueuse n’est
récdlement autre chose qu’une fausse membrane organisée
à la surface de la membrane interne de 'l’oreillette.
/
Le tissu musculaire des cavités gauches présente une teinte
d’un rouge un peu plus vif que celui des cavités droites.
L’oreillette gauche , généralement moins épaisse que la
droite , a 2 lignes d’épaisseur. ' ^
Le cœur , vidé et bien 'lavé, pèse 338 grammes.
Organ. dig. ei annex.-^^X‘Q foie est volumineux et
dépasse le rebord cartilagineux dés fausses côtes. Il est
légèrement inégal à sa surface : son tissu présente une
teinte jaune très marquée. Une grande quantité de sang
s écoule des veines de cet organe. — La vésicule contient
une quantité médiocre d’un liquide brun.
La rate est ratatinée et' d’un volume au-dessous du
normal ; son tissu rappelle celui tViai saucisson. — Les in-
testins grêles sont blancs et lavés par la sérosité.
L estomac est distendu par des gaz ; sa membrane in-
terne est légèrement rosée, du reste saine. (Elle exhale' une
odeur acide assez forte ).
Legros intestin contient quelques matières jaunes; il
est plisse, ride, et offre quelques tachés légèrement ro-
sées , surtout à sa partie inférieure. Au-dessus, de sa jonc-
tion au cæcum, l’iléon présente une rougeur très marquée
qui se prolonge en s affaiblissant dans l’étendue d’environ
58 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
deux pieds, sans développement anormal des follicules
isolés ni des plaques de peyer (i).
OBSERVATION 52e.
Femme de 34 ans. — Douleur dans le côté gauche, palpitations, oppression.
~Plus tard, infiltration, bruit de souIRet dans la région précordiale, etc.
— Mort#subite, plusieurs mois après le début des premiers accidens. — Hyper-
trophie et induration de la valvule mitrale avec adhbrkhck d'uuc de sea lames à
la paroi ventriculaire correspondante, et partant inscffisarce deeette valvule.
— Hypertrophie générale du cœur. — Concrétions polypiformes très abondantes
dans les cavités du cœur. , , >
V
Madame Masselin , âgée de 34 ans, d’une constitution à
la fois lymphatique et nerveuse,' fut admise à la Clinique,
(n° 4j salle Sainte-Madeleine), le 12 avril i833. Elle avait
éprouvé de longs et violens chagrins. Mère de cinq enfans,
sa dernière couche avait été très laborieuse, et elle s’était
livrée depuis long temps à des fatigues au-dessus de ses for-
ces. Depuis sa dernière couche, qui eut lieu au mois d’août
i832, ses règles ne sont revenues qu’une seule fois, et
. en petite quantité. Elle attribua à cette suppression une
petite toux sèche dont elle fut plus tard atteinte, avec op-
pression, douleur dans la région du cœur et palpitations.
La douleur de côté étant devenue très vive, trois jours après
son apparition, un"^ médecin fut appelé : il prescrivit une
saignée et un vésicatoire à la région épigastrique. A la suite
d’un soulagement passager, tous les symptômes reprirent
une nouvelle intensité; la' malade ne fît point alors venir le
médecin , et se contenta de l’application de quelques topi-
ques, dont elle n’a pu nous indiquer ni le nom ni la nature.
C.
(i) L’artère axillaire, vers l’origine de l'artère humérale, contient un caillot
qui en oblitère la cavité , ainsi (jue celle des artères qui en naissent. Celles-ci
sont transformées encordons aplatis; la membrane interne présente des ta-
ches rouges multipliées, sur lesquelles on observe une injection arborescente.
L’altération ci-deisus indiquée nous donne la raison de l’absence du pouls dans
l’artère radiale pendant les derniers jours de la malade.
•>
DEUX. CATÉG. d’obseev. d endocabdite. 5g
Cependant, la dyspnée prenant de jour en jour un caractère
plus inquiétant, un second médecin fut appelé dans le cours
du mois dernier ( mars); il reconnut un épanchement dans la
plèvre, et fit appliquer successivement vingt sangsues, deux
ventouses et cinq à six vésicatoires.
Le 26 ou le 27 mars,, madame Masselin s’aperçut que ses
jambes et son ventre enflaient , symptôme qui chaque jour
fit de nouveaux progrès; la toux et la dyspnée continuaient j
les palpitations étaient plus rares, v
i3 et i4 avril. Une exploration attentive nous fit recon-
naître les symptômes suivans :
La face était bouffie, un peu terne et livide; les lèvres
d’un violet légèrement bleuâtre ; le ventre était volumineux
et fluctuant; les malléoles œdématiées. ‘
Il existait une matité très étendue dans la région précor-
dialc; les battemens du cœur étaient réguliers, fréquens,
profonds, à''peine sensibles à la main; le bruit en était moins
clair que dans l’état normal, surtout vers la pointe des ventri-
cules ; on entendait en outre un bruit de soufflet très pro-
noncé.
Son mat et absence de la respiration dans le côté
gauche, jusque vers la pointe de l’omoplate, où l’on enten-
dait une égophonie modèle (voix de polichinelle).
Le pouls pelit^ mince, filiforme, régulier, battait cent seize
fois; les veines jugulaires étaient dilatées.
Il existait une anxiété extrême, surtout le soir et la nuit;
de r orthopnée, des défaillances, des palpitations au moin-
dre mouvement, de l’insomnie. La physionomie exprimait
la douleur, la tristesse et le découragement.
Diagnostic. Induration des 'valvules gauches du cœur avec
hypertrophie anévrismale. Epanchement dans la plèvre
gauche.
Prescription. Une petite saignée (2 pal. ) ; looch avec teint,
digit. ,* org. et chiend. sir. des cinq racin. ; 3 bouilL, a potag.
Sous l’influence de ce traitement, il survint une améliora-
6o MALADIES DU COT.UR EN PARTICULTEll. *
tion sensible; les urines coulèrent en abondance, l’abdomen
commença à se détendre, les jambes à dégonfler, le som-
meil revint un peu, les mouvemens furent moins gênés, la
face se ranima.
Il survint, le 17, des palpitations qui furent, à deux re-
prises, suivies d’éblouissemens ; mais peu à peu ces symptô-
mes s’évanouirent et la malade reprit quelques forces; le
pouls, d’abord à peine sensible, se développa ; l’égophonie
diminua légèrement. Enfin, le aS, voici ce que M. Jules
Pellelan écrivait sur le registre d’observations : L’améliora-
tion continue , l’abdomen est presque entièrement revenu à
son état naturel ; la matité du côté gauche de la poitrine est
moindre, l’égophonie s’affaiblit peu à peu. La malade de-
mande à manger, et on lui accorde le quart.
Elle alla ainsi assez bien quelques jours encore; mais le 3o
elle commença à avoir du dévoiement ; le ventre devint
plus tendu; l’oppression augmenta. Le 2 mai, elle allait en-
core moins bien que les jours précédens Une demi-heure
après la visite , elle venait de prendre une crème de riz , et
avait eu une légère querelle avec ses voisines, lorsqu’elle
expira tout-à-coup sans mouvement convulsif et sans avoir
appelé du secours.
Autopsie cadavérique ^ 24 heures après la mort.
1° Org. respir. et circulât. — Une ponction ayant ete prati-
quée à la partie postérieure du côté gauche du thorax, il s’en
est écoulé une assez grande quantité d’une sérosité citrine,
transparente. Comprimé par l’épanchement, le poumon
gauche avait perdu beaucoup de son volume ( il pèse 9 onces
de moins que le droit). Son tissu, dense, coriace, crépite peu.
La membrane muqueuse des bronches gauches est d’un rouge
violacé. Le poumon droit, plus crépitant que le gauche,
est gorgé de sang et de sérosité à son bord postérieur ; son
tissu est d’un gris mêlé de points noirs. Il n’existe aucune
trace d’emphysème. — La membrane muqueuse des bron-
che3 droites est blanche.
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DEUX. CATÉG. d’oBSERV. D’ENDÔCAÏlbITE. 6l
Le péricarde contient une médiocre quantité de séro-
sité. • ’
Le cœur, énormément distendu par des caillots de sang, pèse i liv. 9 onc.
Débarrassé de ses caillots et lavé , il pèse ‘
Diamètre transversal , ^ pouc.
Diamètre vertical, Ap. 61.
Circonférence, P-
Le ventricule droit est énormément dilate et en meme
temps hypertrophié (ses parois ont 2 a 3 1. d épaisseur,
et ses colonnes charnues sont très robustes). ’
Circonférence de l’orifice auriculo-ventriciîlaire droit ,
dilaté, 5 p. 6 1.
Les lames de la valvule tricuspide sont épaissies, chagri-
nées. '
L’oreillette droite a le double de sa capacité normale, et
ses parois sont épaissies.
La cavité du ventricule gauche est de moitié environ
moindre \jue celle du droit : ses parois ont dix lignes d’é-
paisseur à la base. Son tissu est rouge et vei'meil, ainsi que
celui du ventricule droit.
L’orifice aortique est sensiblement à l’état normal.
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche , beaucoup moins
large que le droit , n’est cependant pas rétréci d’une ma-
nière notable (sa circonférence est de 3 pouc. ).
La valvule bicuspideest épaissie et indurée : sa lame pos-
térieure , ratatinée, comme repliée sur elle-même^ est fixée
à la paroi correspondante du ventricule par ses filets tendi-
neux raccourcis, et peut-être aussi par des productions cel-
lulo fibreuses accidentelles. En raison de cette adhérence et
de ce ratatinement , cette lame ne pouvait pas jouer libre-
ment et suffire à l’occlusion de l’orifice auriciîlo-ventricu-
laire gauche , au moment de la systole.
L’oreillette gauche est de moitié moins ample que la
droite, et ses parois ont une ligne et demie à deux lignes
d’épaisseur.- •“ ■'*
62 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
La surface interne de l’aorte est blanche, parsemée seu-
lement de quelques plaques jaunâtres.
2“ Org, digest. et annex. Un demi-seau environ de séro- ;
site limpide dans le péritoine.
L’estomac contient le potage que la malade venait de
prendre au moment de sa mort. Il e.viste peu de rou- i;
geur dans le grand cnl-de-sac. — Foie et rate, gorgés de
sang , d’un rouge foncé.
3® Org. de Vinneiv. — Le cerveau est pâle, flasque, mou* i
Les méninges sont abreuvées de sérosité. — Les ventricules
latéraux sont très amples; trois cuillerées de sérosité à la i
base du crâne.
OBSERVATION 53«. ' ■
44 ans. — Matité considérable, voussure de la région précordiale, bruit de !’
souIHet ou de râpe; palpitations 'violentes et anciennes, étouffement , hjdropisie. , r
— Mort plusieurs années apres le début. (La mort a lieu presejue subitement l|
avec symptômes de congestion .séreuse dans la cavité du crâne). — Induration, .1
épaississement, adhébknce, imsuffisaivce de la -valvule bienspide ; induration sans tr
déformation des valvules aortiques et tricuspide. — Dilatation etjiypertrophie |i
du cœur; concrétions sanguines très abondantes dans les cavités de cet organe. , d
— Plaques pseudo-membraneuses anciennes sur le péricarde. — Sérosité abon-
dante à la base du crâne et dans la pie-mère.
Mademoiselle Seberniska , âgée de 44 aus, née à Cons-
tantinople, de pareils grecs, d’une constitution délicate,
nerveuse, d’un caraclèpe vif et irritable, habitant Paris t
depuis vingt ans , exerçant la profession de couturière , fut |
admise à la Clinique, le 21 mai r832. Elle nous présenta
les symptômes d’une lésion o?'ganiqiie des valvules du |
cœur avec énorme hypertrophie du même organe. Quel- |i
ques petites saignées , la digitale , les diurétiques , le repos \
et un régime convenable, apportèrent un soulagement l
considérable, et la malade sortit de l’ hôpital le 9 juillet i832. |
Elle rentra dans notre service le 24 février i834(i)*
(j) Celle malade me fui adressée par M. le docleur Yvan CIs qui lui avait I
donné des soins chei elle. Cel honorable confrère eut la complaisance de me
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 63
État au moment de l'entrée. — Visage pâle , teinte d’un
jaune pâle de tout le reste du corps , lèvres minces et dé-
colorées, maigreur très prononcée ( les membres infé-
rieurs n’étaient plus infiltrés’, mais il existait une ascite
assez considérable ; veines jugulaires gonflées ).
Pouls très irrégulier, intermittent, peu développé,
battant 120 à i3o fois par minute; oppression, étouffe-
ment ( 32 inspirations par minute ).
La région précordiale présente une voussure très mar-
quée. Elle est fortement soulevée dans une grande étendue
par les battemens du cœur. L’impulsion de cet organe se
donner sur les antécédens de mademoiselle Scherniska une note dont j’extrairai
les détails suivans :
« La mère de cette malade est encore vivante, et présente elle-même , depuis
longues années, les signes dîune maladie organique du cœur ( elle est âgée de 62
• ans). Mademoiselle Scherniska est sujette, depuis un très grand nombre d’an-
»nées, à des palpitations. Quoique d'un tempérament faible, et assez mal réglée,
• elle a eu six enfans et une fausse couche. Elle s’est livrée avec une pàssionef-
» frénée aux plaisirs vénériens. A la suite de ses deux dernières couches ( la der-
• nière date de décembre i85i ), qui furentlaborieuses , il survint une inhltra-
D lion des membres inférieurs , et une ascite, dont elle ne se rétablit que très
• lentement. Pendant la dernière grossesse , les palpitations augmentaient, et
• des évanouissemeds avaient lieu de temps en temps. Plusieurs saignées furent
» pratiquées, et fournirent un sang très séreux. Après l'arcouchcment , il se ma-
• nifesta des picotemens et des élancemens dans la région précohliale. (
• nouvelle soignée, digit. inter, et exiér. , camphre et assa-fætida. ) Une amélio-
» ration sensible eut lieu ; mais la malade s’étant livrée à de nouvepux excès véné-
» riens , les palpitations reparurent avec tant de violence, qu’elles déterminèrent
• un crachement de sang. M. Yvan pratiqua une nouvelle saignée, et sepropo-
» sait de recourir aux autres moyens qui avaient déjà procuré du soulagement,
• lorsqu’un autre médecin, appelé en l’absence de M. Yvan, blâma cette méthode,
• et conseilla l'usage du co'it comme l'une des bases fondamentales du traitement,
• M. Yvan ne revit la malade qu’en i(S52. C’est dans lé cours de cette année
• qu’elle fut admise pour la première fois à la Clinique, éprouvant alors des
• palpitations violentes, de l’étouffement, et ayant les membres inférieurs inlil.
• très et l’abdomen rempli de sérosité.
• En 1834, elle eut encore recours aux spins de M. le docteur Yvan. Mais
•comme elle ne voulut point suivre le régime qu’il lui conseilla, elle prit le parti
•de rentrer à la Clinique.
64 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
fait sentir jusque dans le deuxième espace intercostal. La
main appuyée sur la région précordialc perçoit un frémis-
sement vibratoire très distinct.
La matité de cette région a 6 pouces verticalement et 6
pouces et demi transversalement.
Les battemens tumultueux du cœur sont accompagnés
d’un double bruit de soufflet : celui qui a lieu pendant la
systole est plus fort et plus prolongé que celui dont la
diastole est accompagnée. On distingue en même temps un
très fort tintement métallique pendant la percussion du
'cœur contre la paroi pectorale.
Le sentiment d’anxiete auquel la malade est en proie ne
lui laisse presque aucun instant de sommeil.
Les fonètions digestives sont en assez bon état. — Le
r ,
foie déborde les fausses côtes. La fluctuation abdominale
est des plus évidentes.
Diagnostic. — Induration des 'valuules gauches; hyper-
trophie considérable et dilatation du cœur.
Prescription. — Infus. till. ‘et feuilL d orang.\ julep avec
poudre de digit. x gr. Bouill. , pot. , lait. .
Jusqu’au mars, fieu de changement. Le pouls
tombe à 64 pulsations par minute, se développe et de-
vient vibrant. L’impulsion du cœur se fait toujours sentir
dans une grande étendue ; ce n’est pas seulement la
pointe , mais toute la masse de cet organe qui soulève la
région précordiale. Le maximum d’intensité du bruit de
soufflet existe dans la région des cavités gauches; il est
aussi très fort dans la région sous-claviculaire, et on l’en-
tend même à la partie postérieure de la poitrine; il est si
gros qu’il imite'le bruit d’un soufflet de forge.
f^ésicat. i'èg. précord. et pansem. avec poudre de digit. ; le
reste ut supra .
Le II mars, le pouls est à 52-56, toujours irrégulier,
'vibrant. Le bruit de soufflet ou de râpe n’existe actuelle-
ment que pendant le soulèvement de la région précordiale,
DliUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. G5
c’est-à-dire pendant la systole ventriculaire : il est moins fort
dans la région sous-claviculaire. {On ajoute aux moyens
déjà indiqués le sirop de pointes d asperges j
Rien de nouveau jusqu’au i6. Onunesure de nouveau la
matité de la région précordiale : elle est de 6 pouces 3 lignes
verticalement, et de 6 pouces transversalement. Dans
toute l’étendue de la matité, on sent à. la main et on
•fc. I
distingue à la vue les batiemensdu cœur. .
Le sommeil de la malade est toujours très court et trè
agité. ' . ,
IJ, 18,19. Nausées, inappétence, vomissemens', céphalal-
gie. ( Suspciisio7i de la digitale à Vintérieur. )
20, 21. 60 pulsations; 28 inspirations.
22. Insomnie continuelle, oppression plus forte, batte-
mens du cœur -plus tumultueux. {On reprend V usage de la
digitale. )•' ,
23, 24- Les palpitations continuent; le ventre se tuméfie
I de plus en plus.
20. Dans la nuit du 25 au 26 , la malade est prise d’une
: suffocation subite? elle perd connaissance, et, le 26 à la
visite, le râle de l’agonie se fait entendre. Le visage est
• cadavérique; cependant les batiemens du cœur sont très
1 forts, toujours tumultueux et accompagnés de bruit de
' soufflet ou de râpe. — A neuf heures du matin, la malade
. avait cessé de vivre. ■ '
I J ■
Autopsie cadavérique , heures après la mort.
I® Habit extér. — Rigidité cadavérique médiocre. Lèvres
’ violettes, pas d’infiltration des membres inférieurs.
On pratique de nouveau la percussion de la rég on pré-
( cordiale, et on trouve de la matité dans l’étendue de 6 poti
tces verticalement et de 5 pouces transversalement.
' 2" Org. circul. et respirât. — La portion du cœur non
,rrecouverte par les pohinons, a 5 pouc. transversalement et
6 pouc. verticalement, mesure exacte de l’étendue de la
Irmatité de la région précordiale.
2.
I
I
5
66 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
La pointe du cœur répond au huitième espace intercos-
tal (en comptant de haut en bas), tandis que la base ré-
pond au second espace intercostal. Le cœur, vraiment
énorme , remplit assez exactement le péricarde; cependant
on voit en bas, à travers cette enveloppe, un demi-verre
environ de sérosité citrine. Le péricarde ofire une teinte
légèrement opaline : il n’est pas injecté. La partie qui re-
vêt l’origine de l’aorte et de l’artère pulmonaire, est recou-
verte de plaques d’un blanc laiteux très adhérentes; on
en trouve aussi quelques unes sur le ventricule et l’oreil-
lette droits. ' . • ■ ^
La pointe du cœur, mousse, arrondie, est dirigée presque
transversalement à gauche. Cet organe remplit les trois
quarts du côté gauche de la poitrine. Le poumon gauche,
refoulé par le cœur en dehors et au sommet, est réduit à
une espèce de gâteau, d’un pouce environ d’épaisseur vers
son milieu et en haut, plus mince en bas. 11 ne recouvre que
le bord gauche du ventricule gauche.
Le cœur a un volume au moins triple de celui du poing
du sujet. De grosses veines sillonnent sa surface , surtout
en bas. Toutes ses cavités, dilatées et hypertrophiées, sont
distendues par beaucoup de sang , surtout à droite'.
L,
:
'
Poids du cœur, avec ses caillots et l’origine des gros vaisseaux 748 gratnm.
Poids du cœur vidé et lavé (alors flasque, affaissé)
Diamètre transversal
— longitudinal du ventricule fauche
420 granim.
•— droit
pouc.
P-
Circonférence .
Diamètre antéro-postérieur
Epaisseur des parois du ventricule gauche (à la base)
— — (à la pointe)
-w de l’oreillette gauche
1 1
1
(1).
gi'g-
9''g-
6 lig,
a lig.
(i) La circonférence du cœur était presque la moitié de celle de la cavité tho-
racique ( la circonférence de cette cavité était de a4 pouces ).
i
DEUX. CATÉG. d’oBSEIIV. d’eNDOCARDITE. 67
Epaisseur des paroles du ventricule droit 3 lig. ii4
de l'oreillette droite 1 lig.
■ de la cloison interventriculaire 6 lig.
Circonférence de l’ouverture aortique - 3 pouc. a lig.
de l’orilice aurlculo-ventriculaire gauche 5 p.
Hauteur de la valvule mitrale (à son maximum) 6 lig.
Circonférence de l’orifice'de l’artère pulmonaire 4 P-
— auriculo-ventriculaire droit 4 P* ' 10 lig..
D’énormes caillots remplissent les quatre cavités du
cœur, surtout' les droites : quelques concrétions adhèrent
à l’interieur de ces cavités. Le ventricule droit ouvert ^ on
voit que la cloison interventriculaire fait une saillie dans
sa cavité et paraît en occuper toute la moitié gauche. La
cavité du ventricule droit pourrait cependant contenir un
œuf de poule. Les valvules de l’artère pulmonaire sont très
amples, d’un bon tiers plus étendues qu’à l’état normal, ce
qui fait qu’elles peuvent exactement fermer l’orifice de
l’artère. Les colonnes charnues du ventricule droit sont
multipliées, d’un aspect plus rosé qu’à l’ordinaire. La val-
vule tricuspide , développéè , épaissie, est plus rouge qu’à
l’état normal , surtout à son bord libre. La membrane in-
terne de l’oreillette et du ventricule n’est ni colorée , ni
épaissie d’une manière anormale; elle se détache assez faci-
lementdu tissu musculaire , qui est plus épais et plus terne
qu’à l’état normal. Les colonnes charnues de l’auricule sont
très fortes et embarrassées de concrétions sanguines.
Les valvules aortiques ferment bien l’orifice. Le ventri-
cule gauche dilaté pourrait contenir un petit œuf d’oie.
Les colonnes charnues de la valvule bicuspide sont très vo-
lumineuses (presque doubles de l’état normal ).
La membrane interne du cœur est légèrement inégale 'vérà
les 'valvules sigmoïdes , qui ont conservé leur forme; ces 'vaU
Vides sont rouges, d’une épaisseur double de la normale; rugueu-
ses à leur surface , et fibro-cartilagineuses 'vers les tubercules
d’Arantius. L’aorte, dans le point coirespondant, présenté des
incrustations jaunâtres, terreuses»
5<
68 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ;
Celle arlère ne présenle , d’ailleurs, aucune rougeur; |
les parois sonl épaissies, sans incruslalions. — La veine |
cave et les autres veines sont médiocrement distendues de [
sang.
L’oriHce auriculo-ventriculaire gauche fait communiquer j '
librement le ventricule et l’oreillette. Du côté de l’oreil- i
lette, on voit des froncemens épais, imitant les plis de t
l’anus, La valvule, hicuspide a triplé d’ épaisseur ; elle est ;
plissée partout , rougeâtre et transformée^ en tissu fihro-cartila- | i
gineux qui crie sous d instrument. La portion la plus épaisse ré-
pond à d orifice aortique. Sa lame postérieure y courte y adhère
en quelques points à la paroi 'ventriculaire. Les tendons valvü- I
laires participent à l'hypertrophie des colonnes charnues. [
L’oreillette gauche est un peu moins dilatée que la droite. ^
Sa membrane interne est comme chagrinée et offre une teinte ^
opaline, plus marquée dans certains points que dans d’au- ^
\.v es. Cette disposition paraît tenir à laformation d’une fausse \
membrane qui, détachée, laisse 'voir sous elle la membrane J ^
propre plus épaisse qu’à l’état normal. La couche musculaire i) .
mise à nu est composée de faisceaux serrés et vigoureux. | '
Le poumon droit crépite peu, a perdu son élasticité; et I
par les sections qu’on-> y pratique, ruisselle un liquide 3
spumeux, rougeâtre.- Son tissu est granuleux et splénisé î
à sa partie supérieure. La rougeur est moins marquée dans
le lobe moyen et inférieur, où la crépitation est aussi plus
sensible. Les bronches sont remplies d’une sérosité écu-
meuse et présentent une injection arborîsée.
Le poumon gauche contient, au sommet, de la sérosité
spumeuse; il est moins rouge que le droit. Les bronches
présentent la même injection que celles du coté droit.
3” Organ. dig. etannex. — L’abdomen contient une grande
quantité de sérosité citrine , qui a lavé et blanchi la surface ^
des viscères abdominaux en général et celle des intestins en
particulier. On observe des adhérenees entre la face eonvexe
du foie et le diaphragme ; ces adhérences ont dans quel- |
deux, catég. d’observ. d’endocardite. 69
y
qiies points une consistance fibro-cartilagineuse. Au-des-
sous d’elles , 'le péritoine conserve sa transparence et sa
finesse ordinaires. ,
Le foie dépasse de trois pouces le rebord cartilagineux
des fausses cotes; son bord inférieur est mousse , arrondi ,
très épais. Dans sa moitié inférieure, la face convexe du
foie offre une teinte d’un blanc laiteux. — La vessie con-
j tient une petite quantité dourine foncée , et ne présente
I d’ailleurs aucune lésion.
La muqueuse de l’estomac e^t colorée en jaune verdâtre;
I elle est ridée , légèrement injectée vers sa partie moyenne:
1 sa consistance est assez bonne. — Le duodénum offre
I une teinte d’un rouge lilas. Il contient une matière chy-
meuse. La partie inférieure de l’intestin' grêle est colorée
par une bile en partie concrète. Nulle part on ne voit de
plaques de Peyer. — Le cæcum et le reste du gros intestin ne
présentent rien de particulier.
La rate, un peu atrophiée , présente à sa surface les
mêmes plaques que le foie; son tissu est induré, exsan-
gue, sec.
Les reins sont à l’état normal.
Un kyste existe dans l’ovaire droit : il est gros à peu près
comme un œuf de perdrix ; il en sort un liquide vis-
queux, gélatiniforme. ( ■
L’utérus ne présente rien à noter.
4° Oi'g, de rïnnejv. — Il existe une quantité assez con-
sidérable de sérosité dans la pie-mère, à la surface du cer-
veau , et dans les fosses occipitales. Les méninges sont
médiocrement injectées, si ce n’est à la partie inférieure
du cerveau. Le tissu cérébral, humide, d’une consistance
un peu moindre qu’à l’état normal , ne présente pas d’injec-
tion. Peu de sérosité dans les ventricules.
REFLEXIONS.
J’ai vainement cherché dans les traités classiques sur les
70 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
maladies du cœur quelque exemple de l’espèce de lésion i
que nous avons voulu signaler dans les trois observations
précédentes , et dans quelques unes des observations
que contient la première section du chapitre premier*" i
Mais le hasard m’en a fait découvrir un dans les Bulletins ^ ^
de la faculté de Médecine. Ce cas a été communiqué par ' ■
M. Lesauvage sous le titre suivant : Adhérence congeniale
des 'Valvules auriculo-'ventriculaires droites.— Rétrécissement i l
de V orifice auriculo-ventriculàire gauche. — Dilatation des - ^
deux oreillettes. Je vais le rapporter textuellement. j
OBSERVATION 5ie.
Femme de Sg ans. — Depuis un an , symptômes d’obstacle à la circulation du
sang à travers le cœur. — Mort presque subite à la suite d’une congestion apo- |.
plectique. — Adhérences de la valvule auriciilo ventriculaire droite avec les co- f
lonnes charnues. — Dilatation énorme des oreillettes. — Induration cartilagi- |
neuse de la valvule mitrale, avec rétrécissement de l’oriCcê auquel elle est adap
tée. — Dilatation de l’orifice auriculo-ventriculaire droitj de la veine cave et des
vei nés pulmonaires.
Une femme' de 39 ans, qui avait toujours joui d’une ;
bonne santé , éprouvait depuis un an environ, à la suite \
de chagrins prolongés, des palpitations , de la dyspnée,
accompagnées d’un commencement d’auasarque. Tout-à- J
coup, il survient une hémiplégie du côté gauche et la 4
malade, en proie à une anxiété extrême', avec mouvemens ‘i
forts et tumultueux du cœur, expire une heure après l’ar- i
rivée de M. Lesauvage. ’ ,
Le cerveau , le cervelet et les méninges étaient gorgés li
de sang; mais il n’existait point d’hémorrhagie; il existait i
seulement dé la sérosité dans les ventricules.
Poumons sains.
Les deux oreillettes ont un volume énorme. La droite |
est épaissie et garnie de colonnes très nombreuses. Ori- |
fice auriculo-ventriculaire droit tellement étendu qu’il ‘
semblait ne former qu’une seule et même cavité avec |
l’oreillette correspondante. Deux valvules seulement étaient J
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. D ENDOCARDITE. 7I
dislinctes ; l'une, située du côté droit, était appliquée
contre la paroi correspondante du ventricule , et tellement
intriquée avec les colonnes charnues de celui-ci, qu’elle ne
pouvait jouir d’aucune mobilité. L’autre valvule offrait à
peu près la meme disposition , si ce n’est qu’elle était libre
à son sommet dans l’étendue de trois à quatre lignes , et
qu’elle permettait encore, par ce moyen, assez de mouve-
ment pour démasquer en partie l’ouverture de l’artère
pulmonaire. L’oreillette gauche était encore plus dilatée
que la droite, mais ses parois n’étaient pas épaissies. Les
veines pulmonaires et les veines-caves étaient très dilatées.
L’orifice auriculo-ventricLilaire gauche, au contraire, était
très rétréci , et pouvait admettre à peine l’extrémité du
petit doigt ; le bord des valvules mitrales était cartilagi-
neux. Le ventricule aortique n’nffrait rien de particulier.
L’aorte était d’un petit calibret
RÉFLEXIONS.
C’est à tort, ce me semble, que M. Lesauvage regarde
comme congéniale l’adhérence de la valvule auriculo-
ventriculaire droite. Mais c’est à juste titre qu’il attribue
l’énorme dilatation de l'oreillette droite à cette adhérence ,
puisque, par suite de l’obstacle qu’elle apportait à l’occlu-
sion de l’orifice auriculo-ventriculaire droit , le sang con-
tenu dans le ventricule correspondant refluait nécessaire-
ment dans l’oreillette. Ajoutons toutefois à cette cause de
dilatation , la difficulté qu’éprouvait la colonne sanguine
venant des poumons à traverser l’orifice auriculo-ventri-
culaire gauche rétréci. C’est avec raison que M. Lesauvage
fait jouer un rôle important à l’obstacle qu’éprouvait
la circulation veineuse dans le développement de la conges-
tion apoplectique à laquelle a succombé la malade (i).
(1) Nous ferons r.;marquer seulement que M. Lesauvage ne s'est pas exprimé
exactement en disant que la congestion apoplectique avait été le résultat de l’ané-
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 55».
Homme de 35 ans. — Pleuro-pneumonie datant de quinze jours au moment
de l’entrée à rhôpilal. — Pouls petit , faihle, déprimé. — Visage pâle, Même;
lèvres violacées. —‘Mort le lemlemain dé l'entrée. — Enormes caillots blancs,
élastiques, adhérens, foimés avant la mort, dans les cavités du coeur. — Hyper-
trophie des valvules en général , et des gauches en particulier. — Taies ou
plaques laiteuses à la surface interne du ventricule gauche. — IpQltralion puru-
lente du poumon droit, etc.
Un homme de 35 ans, afficheur, fut couché, le ii no-
vemore i833 , au n® i3 de la salle St Jean-de-Ujieu. Lors-
que nous l’examinâmes, à la visite du lendemain, il nous
dit qu’il ét^it malade depuis une quinzaine de jours, à la
suite d’une chute sur le côté droit, où il éprouvait une
douleur qui occupait surtout la région lotnbaire. Il n’exis-
tait alors aucune trace de> contusion. Depuis le début
de sa maladie, cet homme ne s’était point, disait-il, encore
alité, avant son arrivée à l’hôpital : pour tout traitement, il
avait pris du 'vulnéraire, s’était appliqué quelque sangsues
sur le côté et avait bu du bouillon, et de temps en temps
un peu de liqueur. Il répondait à la manière d’un homme
doué de très peu d’intelligence. Il était affecté d’une fente
du 'voile du palais qui rendait, d’ailleurs, l’articulation des
sons difficile et confuse. ^
Comme la respiration qtait haute ^ difficile, fréquente,
''Sa- à 36 inspirations par minute), nous interrogeâmes le
malade avec un nouveau soin. Il nous assura qu’il ne
toussait pas, qu’il ne crachait pas. ( Il n’y avait , eu effet ,
aucun crachat dans son crachoir.)
La région précordiale rendait partout un son clair, si
ce n’est à l’extrémité du sternum, où ilexistaiide la matité
vrisme des orcillelles. Celte congestion a été reffel direct de l’obslarle à la
circulation du .sang travers les orifices du cœur. Quant à la dilatation des
oreill lies, elle était ellermême l’effet de l’obstacle dont il s’agit , ainsi que nous
l’avons dit plus haut.
DEUX. CATÉG- d’oBSERV. D’ENnOCARDlTE.
dans rétendue, d’un pouce carré environ. Le bruit respira-
toire était si fort dans la région des cavités gauches, qu’il
! masquait pi*esque coinplèiement les bruits du cœur.
A la percussion du côté droit de la poitrine, le malade
témoiffua de la douleuC ; la nioilié inférieure de ce coté ne
rendait presque aucun son, tandis que le côié opposé réson-
nait parfaitement. L’expansion vésiculaire était présque
nulle dans toute la moitié inférieüre du côté droit de la
poitrine ; on entendait en arrière quelques bulles de râle
I crépitant; souffle bronchique et bronchophonie. Un peu
de râle muqueux très fin , à la base du côté gauche.
Ces signes ne nous permettaiént pas de méconnaître
l’existence d’une pleüro-pneamonie droite. Nous pensâmes
que l’absence de craehats pouvait tenir à ce que la division
du voile du palais s’opposait à l’expeetoraiion.
La peau était plutôt froide que chaude , le pouls était
médiocrement fréquent (81 à 88), mais faible, petit,
( fuyant sous *le doigt ; le visage était blême, les lèvres
! bleuâtres. -,
Ces cireonstances jointes à la violence de la dyspnée et
! à l’époque avancée de la maladie , nous firent porter un
pronostic funeste.
On pratiqua vainement deux saignées 'du bras et une
! application de vingt-cinq sangsues : le malade succomba
dans la nuit du 12 , sans avoir rendu un seul crachat.
I Autopsie cadavérique , le i3 au matin.
, I® Habit, extér. — Point de marasme; cadavre d’un sujet
; assez fortement constitué.
2° Organ. circul. et respir. — Le cœur était recouvert en
grande partie par le poumon gauche : l’espèce de parallé-
logramme que représentait la portion découverte avait un
pouce d’étendue en travers, et un pouce et demi verticale-
ment. y
Le cœur, entouré de beaucoup de graisse , volumineux,
était distendu par d’énormes caillots de sang, plus abon-
74 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
dans dans les cavités droites. Ces caillots, formés pour la ^
plupart avant la mort, étaient blancs , semblables à de la ;
chair lavée, élastiques, adhérens , entortillés autour des |
colonnes charnues et des valvules; ils jetaient des racines i
dans les grosses veines qui se rendent à l’oreillette droite
(les caillots des cavités gauches nous parurent plus récens ^
que ceux des cavités droites).
Toutes les valvules, mais surtout les gauches, étaient
plus épaisses qu’à l’état normal, hypertrophiées; elles
étaient , d’ailleurs bien conformées , et conservaient toute i
leur mobilité.
A l’intérieur du ventricule gauche, on observait trois taches ou '
plaques blanches, laiteuses, analogues à certaines taies de la cor-
née, et ayant environ la grandeur de l’ongle. Une de ces taches *'
pénétixdt profondément dans l’épaisseur d'une grosse colonne i
charnue, se détachait difficilement et en emportant avec elle un \
peu de la substance musculaire , laquelle était friable et plus if
flasque qu’à ^l’état normal. — La membraiîe interne de I
l’aorte , de l’artère pulmonaire et de leurs divisions était n
polie, égale, et d’un blanc normal.
Le poumon droit, à l’exception de son sommet, était I
hépatisé dans toute son étendue. Un demi verre de sérosité |
floconneuse, à-la partie inféiieure et postérieure de cet |
organe, et partout ailleurs des ailliérences d’un tissu cel- il
lulaire a^sez den-^e. Le tissu pulmonaire éiaii/in^/'/e, infiltré i
d’un pus véritable, louable , qui en ruisselait à la pression :
en quelques points, il formait des collections du volume |
d’une noisette. Quelques rameaux bronchiques, voisins de |
la surface du poumon , étaient également pleins de pus. — ■ |
Poumon gauche, souple, élastique, parlaitement sain ;
point de pus , ni de mucus dans les rameaux bronchiques f
de ce poumon. . |
3° Organ. digest. etannex. — L’estomac est contracte. Sa |
membrane interne, d’une teinte à peine rosée, olfre des i
rides assez multipliées, et se trouve en contact avec un peu i
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 76
de bile verte. Il existait dans la partie inférieure de l’in-
testin grêle une matière analogue à d\x méconium. La mem-
brane muqueuse de cet intestin était d’une blancheur re-
marquable et toul-à-fait saine.
Large plaque fibro-carlilagineuse à la surface de la rate.
— Foie volumineiîx , un peu granulé à sa surface, plus dur
qu’à l’état normal. — Reins volumineux, d’un tissu jau-
nâtre. ,
Nous avons noté que chez cet individu tous les organes
en général étaient’ un peu pâles et décolorés.
RÉFLEXIONS. • '
.Je regarde comme très probable que les concrétions
sanguines du cœur étaient en partie formées au moment où
nous vîmes le malade pour la première fois , et qu’elles
étaient pour beaucoup dans les phénomènes d’embarras à
la circulation que nous observâmes.
Il est à peu près certain que si le malade fût entré à
l’hôpital, dans les premiers jours de sa pneumonie, norîs
en aurions obtenu la guérison.
Il est très probable tjue les plaques blanches ou taies àe
l’endocarde éldéenl contemporaines de ces adhérences cellulo-
fîbreuses qui furent trouvées dans la plèvre. L’èitpérience
journalière prouve combien il èst commurnde rencontrer
à la fois une pleurO-pneumonie aiguë et une péricardite ou
une endocardite (i).
(1) Voici deux autres cas de fausses membranes organisées â la surface interne
du cœur. ' -'t *
Obs. 5d?. — Chez une femme de 3o ans , dont nous.rappoi terons l’ob'serva-
lion dans la catégorie de celles relatives â l’induralioh des valvules, avec rétré-
cissement des orilices du cœur, là mem brune interne de l’oreilletie gauche offrait
un épaississement dCi à la présence d’une fausse ’membrane organisée, épaisse ,
fibreuse, et d’un aspeqt arcolé. Il existait en même temps des adhérences an-
ciennes , bien organisées , entre les feuillets opposés du péricarde. '
Le sujet de cette observation , comme il sera dit plus loin j avait été affecté
?6
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
§ III.
OBSERVATION 58«s. c
)
Jeune homme de aS à 3o ans. — Aneienne pleuro-pneumonie. — Palpitations,
bruit de soufflet, ‘oppression. — Phlébite cl abcès à la suite d’une saignée. —
Moi't rapide, après l’explosion de phénomènes cérébraux, ensiron deux ans
après la pleuro-pneumonie. — Plaques laiteuses sur le péricarde, traces d'une
ancienne péricardite. — Induration fibro-cartilagineuse des valvules gauches,
avec végétations sur les valvules aortiques. — Epaississement de la membrane
interne de l’oreillette gauche. — Hypertrophie du cœur. — Plaques jaunes, fi-
breuses , dans l’aorte et les troncs qui en naissent, etc. *
/
Un jeune homme-, âgé de 20 à 3o ans, avait été admis
dans le service de M. Lerminier, pour y être traité d’une
d’un rhumatisme goutteux. Encore un exemple d’une endo-péricardite coïnci-
dant avec un rhumatisme articulaire aigu.
Obs. 57*. — Vaclin ( René ) , âgé de 60 ans , fruitier, d’une constitution vi-
goureuse , est entré à la Charité le 5 septembre 1S28. Baltemens du cœur forts,
réguliers, durs, accompagnés de bruits sourds, étouffés, mais sans souffle dis-
tinct: pouls égalerhent fort, dur et régulier; teint blafard, pâle; infiltration
médiocre des membres; ascite; oppression; demi-orthopnée. — Mort le 24 octo-
bre 1S28.
Àuiopsie cadavérique, 24 heures après la mort.
Membres inférieurs très légèrement infiltrés; l’abdomen contient une grande
quantité de sérosité cilrine. Viscères abdominaux comme lavés. Congestion san-
guine dans tous ces viscères. Veine-porte dilatée. Sérosité jaunâtre, claire, dans
chaque côté de la poitrine, mais principalement à gauche.
Cœur très volumineux, ce qui dépend en partie de la présence d énormes cail*
lots dans ses cavités, dans les oreillettes surtout. Vidé de ces caillots, il offre une
forme pluS |)oinlue que cela n’a lieu ordinairement dans 1 hypertrophie. Le sen-
tricule gauche est très peu ou pas dilaté ; il est hypertrophié . d une consistance
ferme. Sa membrane interne semble généralement un peu épaissie, opaque; on y
voit diverses petites plaques if un blanc nacré ou argenté. L une d elles , de la
grandeur d‘ une pièce de dix sous, est parfaitement semblable aux plaques dites
LAnEvsKf< du pirirarde. Une colonne charnue est entourée dune production sem-
blable'à cette plaque. Fers la base des valvules aortiques , t’epaississement est
plus considérable; on y trouve des plaques fibro-eartila;;incuses et calcaires; les
valvules elles-mêmes sont un peu épaissies , mais lorifîee aortique est libre et
bien eon forme.
Aucune rougeur dans jescavilé.s du cœur. Les parois des oreillettes sont sensi-
j)lement épaissie^
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCÀrDITE.
pleuro-pneumonie (i). Il en sortit dans un état de guérison
en apparence complète. An bout de deux, ans, il rentra dans
le même service, se plaignant alors de palpitations et d’op-
pression. ‘
-Les battemens du cœur étaient très forts et très étendus ;
ils étaient accompagnés d’un bruit de soufflet, que l’on
entendait aussi dans les principales artères, telles que
l’aorie, les carotides, les iliaques externes; le visage était
bouffi et les membres inférieurs commençaient à s’infiltrer.
A la suite d’une saignée du bras, ce membre s'enflamme,
de petits abcès s’y manifestent; des symptômes cérébraux
se déclarent, et le malade succombe.
le 22 septembre 1828.
Visage bouffi ; une certaine quantité de sérosité dans le
tissu cellulaire des membres inférieurs et du tronc ; ascite
légère.
La surface du cœur est parsemée de plaques , blanchâ-
tres, laiteuses, indice d’une ancienne péricardite. Les cavités
du cœur sont remplies de caillotsdesangd’un jauned’ambre.
Le cœur est très volumineux, double du poing du sujet.
Son tissu musculaire est ferme et rosé. Le ventricule gau-
che , arrondi , comme dodu , pour ainsi dire , est à la fois
hypertrophié et dilaté : sa cavité est d’un bon tiers plus
grande qu’à l’état normal et ses parois ont au moins six li-
gnes d’épaisseur à la base.
Le ventricule droit est également un peu hypertrophié
et dilaté. — L’oreillette gauche n’est pas sensiblement di-
latée, mais ses parois sont considérablement hypertro-
phiées ;^a membrane interne est épaissie ]^opaque , un peu
rugueuse, comme il arrive à la suite d’une inflammation
(i) M.le docteur Reynaud, alors inlertie dans le service de M. Lerminier,
examina plusieurs fois le malade. 11 est probable que la pleuro-pneumouie fut
accompagnée d'une péricardite, dont nous indiquerons plus tard les suites.
78 MALADIES Dü CŒUR EN PARTICULIER,
chronique. Elle n’olTre point de rougeur , non plus que la
portion qui tapisse les autres cavités du cœur.
Les i’alçules aortiques sont incrustées de plaques fibro-car-
tilagineuses et hérissées de 'végétations verruqueuses, analo-
gues aux 'végétations 'vénériennes. Ces 'végétations sont très
multipliées sur le bord libre des uahmles, assez rares à la base
de celles-ci, ou elles occupent la partie la plus 'voisine de V orifice
ventriculaire. Quelques-unes sont composées d'une matière
demi-transparente , gélatinijorme / d'autres , d'une matière
blanchâtre , friable , s' écrasant facilement sous le doigt en
plusieurs fragmens de consistance caséeuse ou tuberculeuse.
En général , -ces' productions ressemblent exactement à cer-
taines granulations pseudo membraneuses qui se développent
sur les membranes séreuses chroniquement enflammées. Les
'valvules sont d'ailleurs épaissies, surtout celle qui avoisine le
plus l'orifice auriculo-ventriculaire gauche ( cette dernière est
triplée d'épaisseur) ;■ elles sont diires , comme flbro-cartilagi-
neuses , un peu ratatinées , rfiais pas notablement déformées.
L’orifice aortique est un peu rétréci.
La valvule biscupide est également épaissie, indurée,
surtout dans sa lame supérieure ou aortique, qui est comme
cartilagineuse. ' ' ^
La surface interne de l’aorte, des carotides primitives,
des iliaques primitives et des troncs qui en naissent, iné-
galement rosée ou rouge, surtout à la partie la plus déclive,
était parsemée de plaques plus ou moins épaisses, irrégu-
lières, les unes très petites, les autres plus étendues (de la
grandeur d’une pièce de dix sous , par exemple) ; en quel-
ques points, au lieu de plaques, on rencontrait um; matière
furfuracée ou analogue à des grumeaux de lait caillé, s'en-
levant par le raclement, a l’instar des fausses membranes
encore assez récentes (i). Il n’existait nulle part de lames
(1) 11 est probable que le bruit de soufflet des artères était dû à la présence
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’enCOCARDITE. 7g
osseuses ou calcaires. Les parois artérielles étaient généra-
lement un peu hypertrophiées.
Le foie et les poumons étaient gorgés de sang et de sé-
rosité.
Le cerveau offrait une bonne consistance.
On ne trouva pas de traces d’inflammation dans les
veines du membre ou s’étaient formés des abcès.
OBSERVATION 59e.
Femme de 4i ans. — A la .suile de douleurs dans les membres inférieurs,
palpitations et oppression , infiltration. — BniiL de râpe, frémissement cataire
dans la région du cœur. — Fluctuation dans les veines jugulaires , etc. — Mort
cinq ans environ après les premiers accidens, — Plaques laiteuses à la surface ex-
térieure du cœur. — Induration et déformation des valvules tricuspide, aortiques
et bicuspide; granulations en forme de choux-fleurs sur l’une des lèvres de cette
dernière, qui est transformée en un anneau übro-cariilagineux ou osseux, dont
l’ouverture admet à peine le bout du petit doigt. — Hypertrophie et dilatation
du cœur, etc.
Bruand (.Julienne) , âgée de 4i ans, giletière, mariée,
réglée à 17 ans ( elle a cessé de l’ètre depuis 3 mois), d’une
assez bonne consiilulion , née d’une mère qui paraît avoir
succombé a une maladie du cœur (étouffement , œdème des
membres inférieurs, etc. ), fut admise dans le service
clinique, le 27 avril i833. Il y avait cinq ans qu’à la suite
d’une course , elle fut prise d’une maladie qu’elle appelle
une courbature des membres inférieurs (i). Les symptômes se
calmèrent sous l’influence du repos et de la belle saison,
mais reparurent l’hiver suivant, pour se dissiper de nou-
des plaques ci-dessus , lesquelles avaient pour effet d’augmenter le frottement
que la colonne sanguine exerce normalement contre les parois artérielles. Le
frottement devait être d’autant plus considérable dans ce cas , qu’il existait une
hypertrophie du ventricule aortique.
(1) Depuis que de très nombreuses observations nous ont appris combien il est
fréquent de voir les maladies du cœur coïncider avec le rhumatisme, nous sommes
disposé à croire que cette prétendue courbature des membres inférieurs pouvait
bien être un véritable rhumatisrae<
8o MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
veau à la belle saison. Depuis deux ans, la maladie de celte
femme a fait des progrès continuels. H y a un an qu’elle fut
placée à 1 Hôtel-Dieu, où on lui fit une application de sang-
sues. Les principaux symptômes qu’elle dit avoir éprouvés
sont de l’oppre-^sion , des palpitations, de l’oedème des
membres inférieurs , de l’insomnie avec des réveils en sur-
saut et des rêves bizarres.
Etat au moment de rentrée :
Pendant le repos au lit“, les battemens du cœur sont assez
modérés; néanmoins , la main appliquée sur la région pré-
cordiale est repoussée par une masse volumineuse et résis-
tante, et éprouve la sensation d’un léger frémissement
vibratoire. La matité est peu étendue, ce qui tient à la
présence d’une lame du poumon qui recouvre le cœur.
Dans toute la région précordiale, et même plus loin, le
double claquement du cœur est remplacé par un bruit de
râpe qui semble continu. Au-dessus de la région précor-
diale, on entend un peu le second claquement valvulaire,
bien qu’il soit mêlé au bruit de râpe ou de frottement. Les
bruits du cœur se font entendre à la partie postérieure de
la poitrine , où ils paraissent sourds et lointains; on distin-
gue aussi le bruit de râpe ou de scie, surtout pendant la
systole.
Les veines jugulaires offrent une fluctuation très pro-
noncée : elles se dilatent considérablement pendant les
fortes expirations, et s’affaissent pendant l’inspiration.
Le pouls est mince, petit, assez régulier, à 8o pulsations
par minute. Inflltraiion légère des membres inférieurs avec
refroidissement des extrémités. Lèvres violettes, visage
exprimant l’anxiété; tendance aux dél'aillances.
La poitrine résonne assez bien, et la respiration se fait
entendre partout; ai inspirations par minute.
Ventre .souple, un peu de dévoiement. Le foie ne dé-
passe pas le rebord cartilagineux des fausses côtes.
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARMTE. 8l
Diag>'OStic« — Induration des 'valoules gauches du cœur
avec rétrécissement d'un orifice. — Hypertî'ophie du cœur.
Prescription. — Une saignée de trois palettes; till. orange
\ édidc.; jul. gomrn. teint, digit. x g.; 2. bouill. ; 3 potag.
[ 29. Le sang foui’ni par la saignée est très séreux et ne
i présente pas de couenne.
Le i4 mai , une nouvelle saignée fut pratiquée. Après
un soulagement momentané , la malade retombe dans le
même état dyspnéique. Le 19, son visage est plus altéré et
il prend un aspect cholérique ( œil enfoncé, teint terne ,
livide); elle expectore des crachats d’un rouge brique,
paraissant presque entièrement foi'més d’un sang altéré.—
Elle succombe , le 22 , à 7 heures du soir. La veille de sa
mort , comme les jours précédens , on avait ausculté la ré-
gion du cœur et les deux bruits étaient toujours remplacés
par le bruit de râpe ou de scie. A i pouce et 1/2 ou 2 pou-
ces au-dessous de la clavicule gauche, le claquement valvu-
laire se faisait entendre assez distinctement, bien qu’un
peu mêlé de souffle.
Autopsie cadaoéricpie, 38 heures après la mort.
Habit, extér. — Cadavre dans un demi-marasme. Les
i membres inférieurs sont simplement empâtés.
2° Org. respir. etcircidat. — Deux verres de sérosité sangui-
I nolente dans le côté droit de la poitrine. La partie infé-,
I rieure du poumon droit est rouge, injectée, et adhère avec
i le péricarde par défaussés membranes récentes. Cette par-
i tie du poumon, surtout antérieurement, ne crépite pas et a
I perdu, son élasticité : elle est hépatisée, infiltrée de sang et
I de pus. La membrane muqueuse des bronches est violette
; et épaissie.
Il existe aussi un peu de sérosité à gauche. Le poumon de
ce coté est dans l’état normal. Il y a une légère congestion
en arrière.
Le cœur, d’un volume double du poing du sujet, remonte
vers les deux tiers supérieurs du sternum, et n’est éloigné
6
8a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
que de 2 à 3 p. de la clavicule gauche. Il est recouvert dans
ses deux tiers gauches par une épaisse lame du poumon^ce qui
"explique pourquoi la matité était moins étendue qu’elle n’ aurait
du l’être d’après le 'volume du cœur. Sa pointe, tournée plus
à gauche que dans letat normal , est mousse, épaisse^ ar-
rondie. Le péricarde contient très peu de sérosité.
Le cœur pèse avec les caillots qu'il contient , 63o gram-
mes.
Sur la partie antérieure et moyenne du ventricule droit ,
il existe une plaque fibreuse, laiteuse, de la largeur dune
piècede i fr. à peu près. Cette fausse membrane, trace d’une
ancienne péricardite, se détache assez facilement de la sé-
reuse , quiestsaine. — L’oreillette droite présente aussi dans
la moitié de son contour des fausses membranes analogues à
la précédente. Il existe en outre quelques pétéchies (etsur
les cavités gauches quelques véritables ecchymoses ). L’oreil-
lette droite est gorgée de beaucoup de sang coagulé, très
noir. Le ventricule droit contient des caillots dont quelques
uns sont décolorés. L’orifice auriculo-veniriculaire droit
n’est pas sensiblement rétréci ; mais la 'valvule est déjormée,
très épaisse, chagrinée , et crie sous le scalpel. Les valvules
aortiques S07it épaissies à leur hord libre , ratatinées et transfor-
mées en un tissu iibro- cartilagineux. .L’orïfce aortique n'est
pas sensiblement rétréci, La 'valvule mitrale est déformée :
ses principaux tendons sont énormément hypertrophiés , et
ressemblent et de sf'osses cordes. Les lames de cetie valvule
sont indurées , pétrfiées , et Vorifee ressemble à une fente bor-
dée de deux replis s ail l ans , qui imitent le museau de tanche.
Sur la lèvre inférieure de cet orifice , il existe des gr'anulations
arrondies , friables, groupées en forme de choux-fleurs , du
molume d’une tête d’épingle, et d’une couleur rouge. Vu du
côté du 'ventricule , T orifice ressemble a une fente infiuidibuli-
fornie; les deux lames de la 'valvule qui bordent cette fente sont
considérablement épaissies et transformées en lui tissu fibro-
cartilagineux, Cest mers son bord adhérent , qui fait saillià
,1
/
l
deux, catég. d’obseev. d’endocardite. 83
du coté de r oreillette, que la 'valvule est pétrifiée. On peut
à peine introduire le petit doigt dans ï orifice auriculo - 'ven-
triculaire gauche. L’oreillette gauche, d’un bon tiers plus dé-
vveloppëe que dans l’état normal, est notablement épaissie
(les parois ont i 1. et demie à 2I. d’épaisseur). Le 'ventricule
^gauche a une capacité qui est aussi d’un quart plus considérable
. que dans l'état normal. Ses parois ont 8 à p /. d’ épaisseur. —
l La cavité du ventricule droit est un peu plus considérable ^que
celle du gauche ‘ ses parois ont 3 l. et demie d' épaisseur. Ses
colonnes charnues sont très multipliées. U oreillette droite est di-
latée, épaissie , et les colonnes de l'auricule sont très développées.
Le tissu du cœur est généralement rouge et ferme , sur-
t tout vers le point où existait la fausse membrane du péri-
carde. La membrane interne du cœur est nn peu rouge.
L’origine de l’aorte présente quelques plaques blanchâ-
t très, qui se rencontrent aussi dans le reste de son étendue ;
1 une légère ligne rouge existe à sa partie la plus déclivée.
Org.dig.elannex. — Le foie , gorgé de sang, est d’un
\ brun noirâtre; il est plus dense que dans l’état normal. La rate
adhère avec la portion correspondante du diaphragme ; elle est
I atrophiée et réduite au quart de son 'volume. Son tissu est dur,
t contracté , et contient peu de sang. — Les reins sont petits,
décolorés. — L’estomac est très ample, d’un rouge foncé ,
pointillé (en quelques points , la rougeur est vive). La
membrane muqueuse est ramollie , surtout dans le grand
cul-de-sac. — Les intestins sont aussi fortement injectés
vers la fin; dans le commencement ils présentent leur blan-
cheur accoutumée. — Il n’existe aucun développement des
follicules.
g;
• >
84
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 60e.
Femme de 54 ans. — Affection aiguë de poitrine, dont la malade ne se rétablit
pas complètement. — Etouffement, inQltration, palpitations, bruit de râpe dans
la région du cœur ; frémissement cataire dans cette région , ainsi que dans les ca-
rotides; pouls yeineux. — Mort trois ans après l’affection de poitrine. — Traces
d’une ancienne pleurésie et d’une ancienne péricardite. — Epaississement par-
tiel de la membrane interne du cœur. — Induration, épaississement, végétations
des valvules gauches et de la valvule tricuspide. — Hypertrophie et dilatation du
cœur en général ( la dilatation affecte surtout l’orifice auriculo-ventriculaire
droit, et l’oreillette correspondante). — Plaques et épaississement de l'aorte.
— Dilatation des grosses veines.
Clolilde Caron, âgée de 54 ans, femme de ménage, d’une
constitution grêle, mariée, ayant mené une vie pénible
et éprouvé beaucoup de chagrins, fut admise à la Clinique
le i6 avril i834- Elle s’était assez bien portée jusqu’au mo-
ment de la cessation de ses règles , il y a 12 ans. Mais de-
puis lors , elle a , dit-elle, toujours En i83i , elle
fut prise tout-à-coup d’une grave affection de poitrine,
pour laquelle elle passa 29 jours dans le service de M. Ré-
camier. On lui appliqua des sangsues au creux de l’esto-
mac et un vésicatoire sur le côté. Depuis ce temps, elle est
restée sujette à des palpitations et à des étouffemens (elle
n’était pas entièrement rétablie, quand elle reprit ses
occupations).
Elle est rentrée un an après à la Pitié , où elle est restée
36 jours (chez M. Serres). En sortant ^ elle a pris un ou-
vrage moins pénible, y à 8 mois après, elle est entrée à
Necker, où elle est restée 22 jours.
Elle a été admise, le 7 janvier i834-, chez M. Dalmas à
la Charité, où on lui a fait, dit-elle, 5 ou 6 saignées assez
rapprochées, des applications de sangsues, de glace, des
frictions de digitale ; on lui a donné aussi des potions de
digitale. Elle en est sortie le 12 mars, et est restée chez
elle jusqu’au 16 avril.
État au moment de Ventrée dans la salle de clinique.
deux, catég. d’obseiw. d’endocahdite. 85
^ Amaifïrissemcnt, teinte jaunâtre de la face qui est sonf- .
ffrante, anxiée , yeux cernés, lèvres d’un pâle violet; jam-
l l)es enflées depuis une quinzaine de jours ; decubitus assis,
orthopnée.
Poitrine bombée, offrant deux saillies assez considé-
r râbles au niveau de l’articulation des deux premières pièces
! du sternum.
Douleur dans la région précordiale , s’exaspérant par la
t toux , la percussion. Pouls comme fluctuant, égal dans
1 les deux bras, assez fort et dur, à loo -112 par minute.
’ Veines jugulaires très gonflées. '
Résonnance à gauche jusqu’à la 4e côte, où le son com-
1 nience à diminuer; et de là, jusqu’à la 7® côte, matité :
> cette matité est de 4 pouc. et demi transversalement, et
( de 4 pouc. et demi de haut en bas. Les battemens du cœur,
(durs et secs, ne se font pas sentir jusqu’à la limite infé-
irieure de la matité. Frémissement cataire dans le d® espace
!i intercostal, où les battemens frappent la main avec plus
(de force 5 dans le même point, bruit de scie continu qui
■absorbe le bruit du cœur, et dont le maximum d’intensité
(occupe la région des orifices gauches, la partie moyenne-
igauche du sternum. Là, les bruits du cœur sont si
f forts qu’ils imitent une sorte de tictac de moulin qu’on
(entend de loin. Ces bruits se font entendre à gauche et
ià droite sous les clavicules, et on les distingue même à
1 la partie postérieure du thorax.
Insomnie , spasmes et étouffement , surtout la nuit.
Urines très rares. *
Diagnostic. — Hypertrophie et dilatation générale du cœur,
— Induration des x>aloules gauches , sans notable rétrécisse’
ment des orifices.
Prescription. — TilL orang.; n)ésic. rég. précord. avec
poud, digit. xij gr. pour pansem,; 2 bouilL, 2 fasses de
lait.
Les jours suivans, les phénomènes persistent. Un fré-
é
86 MAIADIES DÜ CŒUR EN PARTICULIER,
missement vibratoire très prononcé se fait sentir dans la
région des carotides et des sous-clavières : un double bruit
de râpe accompagne le claquement valvulaire sans l’effacer
complètement. Le pouls tombe à y6 pnlsations, et con-
serve assez de largeur. Il existe dans les veines jugulaires
une pulsation isochrone à la systole ventriculaire (pouls i
veineux), ce qui nous fait présumer une insuffisance de la I
valvule tricuspide. I
On continue la digitale par la méthode endermique, et on la
donne aus^i à V intérieur, ainsi que le sirop de pointes d^as-
perges. '
Cependant l’état de la malade ne s’améliore point , le
i dévoiement s’ajoute aux autres accidens, et les traits se
décomposent. Le bruit de râpe ou de scie est très fort et à
peu près égal pendant les deux mouvemens du cœur. Les
battemens de cet organe ne sont pas accompagnés d’une
impulsion bien forte ; ils conservent leur régularité ,
ainsi que le pouls (celui-ci est un peu vibrant) ; riuiillra-
tion gagne les membres supérieurs.
ie 23 mai, cinq semaines après l’entrée, la malade,
épuisée par l’étouffement et l’insomnie , expire dans un
état semi-comateux (à dix heures du matin).
Autopsie cadavérique , 28 heures après la mort.
I® Habit, extér. — Infiltration considérable des membres
inférieurs, avec peau tendue, luisante. Infiltration des
mains et des avant-bras. (Il existe une ascite légère.)
Saillie peu considérable de la région mammaire gauche.
Infiltration du tissu cellulaire du tronc sur les parties
postérieures et latérales.
Dilatation des veines jugulaires externes, qui contiennent i
un sang noir. (Les veines jugulaires internes égalent en
volume la veine cave supér. à son état normal.)
2° Org. circul. et respir. — Un peu de sérosité dans la
cavité du thorax, surtout à droite.
deux: catég. d’oeserv. d’endocardite, 87
Mesure de la portion du cœur non recouverte par le
poumon : ^
Verticalement ^ 9
Transversalement 5 p. 6 lig.
• '
Le cœur, encore contenu dafis le péricade, remplit
à peu près les deux tiers 'de la cavité pectorale gauche.
11 y a deux cuillerées de sérosité roussàtre dans le péri-
carde , que pourrait contenir la tête d’un enfant de 3 à 4
mois. Malgré sa distension , le péricarde n’est pas aminci ;
son feuillet pariétal est poli et injecté comme à l’état nor-
mal.
Le cœur, presque aussi gros que celui d’un veau , est en-
touré de graisse, à droite surtout,
Vers l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen du
ventricule droit, existe une large plaque laiteuse, vérita-
ble fausse membrane fibreu-^e ; il en existe de semblables
dans la portion de l’aorte sur laquelle se réfléchit le péri-
carde , ainsi que sur l’oreillette droite. Les plaques étant
enlevées, on voit au dessous d’elles le feuillet viscéral^ sain,
et la graisse qui recouvre le cœur.
Les oreillettes et les ventricules sont gorgés de sang.
La pointe du cœur regarde presque transversalement à
gauche.
Diamètre transversal
De l’insertion de l’aorte à la pointe du cœur
Circonférence à la base du cœur
Tous les vaisseaux qui partent du cœur et ceux qui s’y
rendent ont un volume presque double de l’état normal.
Poids du cœur, non vidé du sang qu’il contient, et avec l’origine des gros vais-
seaux pSo gram.
L’hypertrophie du cœur occupe toutes les cavités; plie
est plus marquée dans les cavités droites. .
Le ventricule droit contient un caillot entortillé autour
8 p. 6 lig.
5 p. ,
Il p.
t
88 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
des colonnes charnues ; ce caillot est décoloré, adhérent, et
se prolonge dans l’oreillette droite qu’il distend. Il est en-
touré de caillots noirâtres , de formation plus récente.
Les cavités gauches contiennent un peu de sang noir
coagulé.
Poids du cœur, lavé, vidé , avec l’origine des gros vaisseaux 688 gram.
Cavité du ventricule droit, d’un bon tiers plus considé-
rable qu’à l’état normal.
Circonférence de Tarière pulmonaire 5 p. 4 Tig-
Valvules de l’artère pulmonaire , grandes, larges, trans-
parentes, d’une épaisseur à peu près normale.
Epaisseur des paroisdu ventricule.droit 4 l>g-
Circonférence de Toriüce auriculo-venlriculaire droit 4 P* 1 1 l'g-
La valvule tricuspide est très développée ; ses trois la-
mes sont bien séparées, mais épaissies et transformées en
tissu fibro-cartilagineux.
' Oreillette droite plus dilatée que le ventricule, d'une
capacité double de la normale ; ses parois sont générale-
ment hypertrophiées.
r
L’épaisseur des parois de son auricule est de 5 lig. ija
La substance charnue de l’oreillette droite est d’un rose
assez marqué ; sa membrane interne conserve son poli et sa
transparence ordinaires.
Les valvules de l’aorte , considérablement épaissies et
hypertrophiées, mais mobiles, ferment exactement l’orifice
aortique, en se relevant les unes contre les autres. Elles
ont au moins trois fois l’épaisseur des valvules de l’artère
pulmonaire. Leur tissu, comme crispé, crie fortement
sous le scalpel.
Epaisseur de leur bord libre i lig.
" Circonférence de Touverlure aorlicjue a p. 7 à 8 lig,
/
DEUX. CATÉG. d’oESERV. b’eNDOCARDITE. 89
La membrane inlerne du cœur présente des lacbes
blanclies, vers l’emlroit où elle va se réfléchir sur les val-
[ vides; apres avoir enlevé ces plaques, on'trouvc celle
membrane à l’élat normal.
. Immédiatement à son originè , l’aorte se dilale eii forme
|j de sac du volume d'un pelit œuf.
j L’épaisseur des parois de l’aorte est de a à a lig. i[a
i . f •
!
La surface de la section des parois présente l’aspect de la
1 section d’une masse squirrheuse. Ce vaisseau contient dans
' toute son étendue beaucoup de sang liquide, et en outre un
caillot blanc , décoloré, occupant toute salongueur, terminé
[ en queue, et analogue à celui des cavités droites. La mem-
brane interne est jaune , comme gauffrée , chagrinée, ce
qui nous a paru l’effet de cicatrices déprimées. Elle offre
des plaques demi-cartilagineuses, calcaires; ses parois crient
sous le scalpel , et sont moins élastiques qu’à l’état normal.
L’altération calcaire envahit les artères qui naissent de la
. crosse de l’aorte. Plus bas, la membrane interne présente
une coloration jaunâtre.
La cavité du ventricule gauche est double de l’état nor-
I mal.
Epaisseur de ses parois 1 pouce.
Aspect réticulé de cette cavité, dû à l’entrecroisement
des colonnes charnues. Les deux lames de la valvule bicus-
pide , épaissies, ont à leur sommet des végétations d’un
rouge assez vif. Leurs filets tendineux sont très multipliés ;
du reste, elles permettent l’ouverture et l’occlusion de l’o-
rifice auriculo-ventriculaire gauche dont la circonférence
est de 3 p. 8 lig. • ,
La membrane interne de l’oreillette gauche est comme
ridée, un peu opaque, et sensiblement épaissie, à tel point
que,, séparée de la couche musculaire, elle offre l’aspect d’unq
. I .
r
90 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
membrane fibreuse. Elle adhère à celte couche musculaire
par un tissu cellulaire assez serré.
L’oreillette gauche est beaucoup moins dilatée que la
droite; l’épaisseur de ses parois est d’un bon tiers plus con-
sidérable que dans l’état normal.
Le tissu des ventricules du cœur est d’un rouge tirant un '
peu sur le jaune et d’une consistance moindre qu’à l’état
sain.
' Le poumon gauche , refoulé vers la partie supérieure de
la poitrine, et légèrement'aplaii contre les côtes, a perdu
de son volume; son lobe supérieur est sain; son bord posté-
rieur est encore crépitant, bien que gorgé de sang et de
sérosité. j
- Le poumon droit, plus volumineux, plus lourd que le
gauche, offre quelques adhérences dans ses scissures. On
observe à sa base un noyau apoplectique, du volume d’un
œuf ordinaire; là, le sang est infiltré dans la substance
pulmonaire, mais il est à l’état solide , comme à demi cuit
en certainspoints, et ailleurs d’unç consistance presque égale
à celle de la truffe [mélanose). Au sommet de ce poumon,»
on observe aussi quelques noyaux semblables au précédent,
mais moins étendus. I
Les bronches , gorgées de mucosités, offrent une teinte i
d’un rouge violet.
2° Org. digest et annex. — Le foie, gorgé de sang, est plus
volumineux qu’à l’état normal. Une congestion veineuse :
très marquée existe aussi dans l’appareil gastro-intestinal.
REFLEXIONS.
Dans les observations que nous venons de rapporter , les j
granulations ou végétations des valvules étaient accompa-
gnées d’autres lésions graves de ces soupapes organisées. Il
est par conséquent assez difficile de préciser le rôle qu’ont iï
joué ces productions dans le développement des accidens i
que les malades ont éprouvés, On conçoit, au reste, qu’elles !
I
deux, catég. d observ. d endocardite. 91
ne peuvent réellement troubler notablement l’exercice de
la circulation qu’autant qu’elles soAt assez multipliées pour
gêner le mouvement des valvules , et rétrécir l’orifice au-
quel celles-ci sont adaptées.
L’observation suivante nous prouvera que, disséminées en
petit nombre sur les valvules, les végétations ou granula-
tions qui nous occupent peuvent coexister avec toutes les
apparences d’une forte sànte.
OBSERVATION 61«.
Jeune homme de 20 à 26 ans. — Entéro-mésentérite typhoïde, terminf?e par
une perforation promptement suivie de mort. — Granulations ou végétations en
choux-fleurs sur le bord libre et à la face auriculaire de la valvule bicusiiide ,
épaissie, hypertrophiée. — Fausse membrane ancienne, bien organisée , sur le
péricarde de l’oreillette droite, avec granulations assez semblables à celles de la
, valvule bicuspide.
Un jeune homme de 20 à a5 ans , fortement constitué,
d’une taille moyenne, avait éprouvé, pendant un quinzaine
de jours, les symptômes d’une violente entéro-mésentérite,
lorsqu’il fut admis dans le service clinique de la Charité.
Malgré la fièvre et les phénomènes de stupeur , le malade ,
nous assura-t-on, n’avait jamais cessé complètement de man-
ger etdeboire de l’eau vineuse. Au moment de l’entrée , nous
observâmes, outre les signes de l’entéro-mésentérite , ceux
d’une péritonite, maladie dont nous attribuâmes la cause à
une perforation intestinale. Le malade succomba 48 heu-
res environ après l’entrée : il conservait presque tout son
embonpoint normal.
Autopsie cadaoémpie , a4 heures après la mort.
Le cœur fut examiné avec beaucoup de soin , pesé et
mesuré. Mais je ne parlerai ici que de l'état de la valvule
biscupide et du péricarde. Cette valvule était notablement
épaissie, hypertrophiée, du reste bien conformée. L’orifice
auquel elle est annexée était très légèrement rétréci , par
suite de l’épaissisement du cercle tendineux auquel s’insère
9*2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
le bord adhérent de la valvule. Le bord libre et la face
auriculaire de la valvule étaient hérissés de granulations
comnje cornées, analogues à des verrues, à des poireaux
ou à des choux-fleurs. Elles avaient un volume qui variait
entre celui d'un grain de millet et celui d'un grain de
chenevis. Elles n’étaient pas assez nombreuses pour gêner
notablement le jeu des lames de la valvule bicuspide, qui
bouchaient exactementrorifice auriculo-ventriculaire droit,
quand on les rapprochait.
Il existait^ sur le péricarde qui revêt l’oreilletle droite
une fausse membrane ancienne , bien organisée , parsemée
de quelques granulations , assez semblables à celles de la
valvule bicuspide.
Le péritoine était le siège d’un épanchement pseudo-
membraneux dans lequel on distinguait une certaine quan-
tité de matières fécales. Le tiers inférieur de l’intestin grêle
était criblé d’ulcérations , la plupart très étendues , très
profondes , et dont une était à l’état de perforation , etc.
REFLEXIONS.
Les végétations 'verruqueuses de la valvule bicuspide hy-
pertrophiée dataient, comme la fausse membrane organisée
du péricarde , d’une époque très éloignée. Ainsi que nous
l’avons dit plus haut , cette suite d’une endo-pericardite
n’avait probablement donné lieu à aucun accident serieux.
En effet, le malade, enlevé en i5 jours, par une maladie
aiguë du tube digestif, conservait encore de l’embonpoint,
.et tout porte à croire qu’avant cette dernière affection , ce
jeune homme, fortement musclé, jouissait d’une très bonne
santé. Au reste , dans ce cas, les végétations et l’hypertro-
phie de la valvule bicuspide ne devaient pas opposer d’ob-
stacle notable à la circulation.
TROIS. CATÉG. o’OBSERV. d’eNDOCARDITE. q3
TROISIÈME CATÉGORIE.^ , : •
r
OBSERViTIOKS d’bRDOCAHDITE SüITIE d’bPAISSISSEMENT ET d’eNDDHCISSHMEKX
riBBO-CARTIlAGINBDX , C ARTILACIHEDX , OSSBOX Oü CALCAIHB, DBS VALVULES
nu COBUR, AVEC OU SAKS aÉTEÉCISSEMBHT DES OHIFICES DE CET OEGAEE.
Vingt-trois observations composent cette catégorie.
Dans les six premières , nous rapporterons des cas d’in-
duration des diverses valvules du cœur sans rétrécissement,
ou du moins avec ti'ès médiocre rétrécissement dés orifices
auxquelles elles sont adaptées. Parmi les dix-sépt autres au
contraire, quinze nous offriront des exemples d’induration
des valvules avec rétrécissement considérable des orifices.
Trois de ces observations sont relatives à l’induration de la
valvule mitrale avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ven-
triculaire gauche. Deux ont pour sujet l’induration des val-
vules aortiques avec rétrécissement de l’orifice aortique.
Trois sont relatives à l’induration de la valvule tricuspide
avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit.
Quatre sont affectéesàl’induration des valvules de l’artère pul-
monaire avec rétrécissement de l’orifice correspondant. Les
trois dernièresenfin présentent des exemples d’induration de
plusieurs valvules à la fois avec rétrécissement également
multiple : dans deux de ces cas, les valvules aortiques et
mitrale sont indurées et les orifices aortique et auriculo-
ventriculaire gauche rétrécis ; dans l’autre cas , il existe
ces mêmes lésions, plus une induration de la valvule tricus-
pide avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire
droit (i). .
La plupart des sujets de ces observations étaient encore
/
(i) Parmi les observations déjà rapportées, cinq (obs. aie. aa^, aS* a4e et Sp* )
sont aussi des cas de rétrécissement simple ou multiple, par induration des
■valvules.
94 MALADIES nu CŒUR EN PARTICULIER,
jeunes, quelques uns étaient adultes, d’autres étaient déjà
parvenus a la vieillesse (i). Comme les ossifications des val-
vules chez les vieillards sont surtout celles dont on nie l’o-
rigine inflammatoire, on peut ici , j’y consens volontiers, les
considérer comme de simples cas de lésions anatomiques
dont la nature n’est pas bien rigoureusement déterminée.
11 nous reste assez d’autres cas dans lesquels l’induration
cartilagineuse, osseuse ou calcaire des, valvules a été obser-
vée chez des jeunes sujets, et même chez des enfans.
Enfin, je dois dire aussi que les auteurs des observations
relatives au rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmo-
naire, l’ont rangé parmi les vices de conformation congé-
nitaux, vices dont ce n’est pas ici le lieu de discuter la
théorie. Nous l’avouerons sans peine : c’est par voie d’ana-
logie seulement que nous avons réuni ces observations à
celles qui prouvent directement que l’induration des val-
vules est la suite d’une endocardite passée à l’état chronique.
On peut donc, si l’on veut, les retrancher aussi du nombre
de celles qui déposent évidemment en faveur de la doctrine
que nous nous efforçons d’établir (2).
"T
(1) Les 47 sujets chez lesquels nous avons noté jusqu’ici des indurations , soit
fibro-carlilagineuses, soit osseuses, des valvules, se partagent ainsi qu'il suit,
sous le rapport de l’âge :
10 mois, 1 (obs. 80®).
7 ans , 1 (obs. 77e).
10 ans , 1 (obs. 78^)..
16 à 3o ans, 12 (obs. 1", i3e, 43", 44«» 5ie. 58®, 6ie, 68c, 69c, 70*. 76*. 790*
3o à 5o ans, i5 (obs. ai', aa', aô', a4e, 45', 52c, 53', 54e, 55', 5g', 62e,
63*, 64c, 81', 83').
5oà 72 ans, 11 (obs. 49e, 5o„ 57e, 60e, 65 , 6ôc, 67', 715, 72c, /5', 82e).
Age indéterminé, 5 (obs. 70', 74', 74' bis).
Ainsi des 44 sujets dont l’âge est connu, 55 avaient moins de 5o ans.
(2) Je fais sans difûculte de tellès concessions pour éviter d’oiseuses et
stériles discussions. Mon but est de démontrer clairement aux yeux des lecteurs
dégagés de tout esprit de parti , que l’endocardite entraîne quelquefois à sa suite
l’induration des valvules , avec ou sans rétrécissement des orifices du cœur. Pour
y parvenir, je ne dois réellement compter que sur les observations, où ce résultat
I
TROIS. CATÉG. d’oLSERV. d’eNDOCARDITE.
^ I«. Observations d’épaississement et d’induration des valvules, sans
rétrécissemait ou avec très médiocre rétrécissement des oriüces.
OBSERVATION 62e.
Femme de 4o ans. — Plusieurs fluxions de poitrine', suivies des symptômes
d'un obstacle à la circulation centrale. — Bruit de scie et sifflement aigu ou rou-
coulant à la région précordialc; matité, palpitations, hydropisies passives, op-
pression, orthopnée, etc. — Mort la deuxième année après le début.des symptô-
mes de maladie organiquQ du cœur. — Epaississement , état cartilagineux et cré-
tacé des valvules aortiques, avec médiocre rétrécissement de l’oriflce aortique
(môme dégénérescence dans l’aorte et dans les artères qui en naissent)'; léger
épaississement des valvules auriculo-venlriculaires , sans rétrécissement des ori-
fices. — Hypertrophie et dilatation considérables dti cœur. — Traces d'une an-
cienne péricardite et d’une ancienne pleurésie ( fausses membranes fibr. sur le
péricarde et la plèvre ).
Krépel (Marie-Isabelle), âgée de -lo , ans , couturière ,
d’une forte constitution, mariée, réglée dès l’âge de i3
ans, ne l’étant pre'^que plus depuis deux mois, fut admise
à la Clinique , le i4 septembre i833 (i). Mariée à i6 ans ,
elle devint cinq fois grosse, et chaque accouchement fut
plus ou moins laborieux ( deux fois il fallut recourir au
forceps). Cette femme a d’ailleurs éprouvé de grands cha-
grins, à la suite de revers de fortune et de malheurs do-
mestiques. — Elle dit avo r reçu , en i8i3, un coup violent
sur la région précordiale.
Depuis 12 ans qu’elle a perdu son mari, fournisseur à
n’est susceptible d’aucune objéction sérieuse. C’est pour cette raison que j’aban-
donne quelques faits douteux, obscurs , incomplets, aux médecins qui préfèrent
la dispute à la vérité.
(i) Celle malade me fut adressée par M. le docteur Sorlin , qui lui avait
donné des soins en sa qualité de médecin du bureau de charité de l’arrondisse-
ment qu’elle habitait. Il résulte de la note que M. Sorlin eut la bonté de me
remettre sur l’état de cette femme, que la maladie débuta vers le milieu de l’an-
née i832. Cette maladie futconsidérée par M. le docteur Sorlin comme une /é-
«ion de l’un des orifices auriculo-venlriculaires du cœur. Nous verrons plus
loin que le diagnostic de notre honorable confrère était parfaitement justei
g6 MALADIES DU CœuU EN PARTICULIER,
l’armée , elle a été obligée de se livrer à des travaux péni-
bles dont elle n’avait pas l’habitude, et elle dit avoir éprouvé
pendant cet espace de temps deux, ou trois fluxions de poitrine
( douleur dans la poitrine, toux, crachement de sang,
fièvre ). Depuis quinze mois surtout, elle a été accablée de
fatigue, et c’est à la suite de la maladie qui en a été l’effet,
qu’elle a éprouvé des battemens de cœur, de fétouffe-
ment , etc.
Malgré les soins éclairés de M. le docteur Sorlin , elle n’a
pu se rétablir et s’est décidée à venir à l’hôpital. Les mem-
bres inférieurs sont infiltrés, et elle dit entendre, quand
elle est couchée sur le côté, un bruit qu’elle compare à
celui d’un soufflet. ,
Le père de cette malade est mort àl’àge de. 6o ans, d’une
affection catarrhale. La mère vit encore, et quoique âgée
de 70 ans, jouit d’une bonne santé. Le frère de cette nia-
■lade , qui est, son aîné, se porte très bien, tandis que sa
sœur, moins âgée qu’elle, est d’une faible santé, d’une
j)oitnne délicate. '
Etat de la malade au moment de Ventrée. — Visage pâle,
bouffi , un peu tiré^ triste ; lèvres d’une pâleur violacée ;
infiltration des membres inférieurs; point de fluctuation
distincte dans l’abdomen, mais son mat dans la région ' des
flancs.
La Inspiration se fait entendre avec force et il existe de
la résonnance dans toute l’étendue de la poitrine , si ce
Ai’est à la partie inférieure du côté gauche, où on trouve
nie la matité et un râle humide, sous-crépilant.
Jlespiralion un peu accélérée(24 à 28 inspirations); d}'spnée
qui se change en étouffement au moindre exercice , tel qu»
la marche , 'par exemple. L’étouffement, même dans l’état
de repos , est tel , par intervalles , que la malade est obli-
gée de s’asseoir dans son lit pour respirer. D’ailleurs, peu
ou point de toux, nulle douleur dans les côtés de la poi-
trine ni dans le dos.
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TROIS. CATÉG^ d’oRSERV. d’eNDOCARDITE. g'y
Pouls de iio à i2o. Le pouls de la radiale gauche nous
a paru un peu plus gros que celui de la droite : les pulsa-
tions des grosses artères sont fortes et vibrantes; les batte-
mens des deux carotides sont parfaitement égaux et ne sont
point accompagnés de bruits anormaux, non plus que ceux
des artères crurales; le doigt appliqué dans l’échancrure du
sternum est violemment soulevé par les pulsations de la
crosse de l’aorte : on sent là une espèce de bouillonnement. Les
veines jugulaires sont plus dilatées qu’à l’état normal; elles
n’offrent point le phénomène du pouls veineux (elles sont
seulement soulevées par les battemens des artères caro-
tides). *
La région précordiale n’est douloureuse qu’à la percus-
jiision (le simple contact dans la région susmiammaire est
légalement douloureux). Larégion précordiale rend un son
! mat dans une étendue à peu près égale à celle de la paume
i cle la main. La matité commence vers la troisième côte, et
fs’étend jusqu’au cartilage de la cinquième ( plus bas, on
I entend une résonnance tympanique due à la présence de
‘.l’estomac); transversalement, la matité est d’environ 2
I pouces et 1/2. — Le cœur se fait sentir à la main dans toute
ï l’étendue de la matité : on ne distingue pas nettement de
ifrémissement vibratoire ou cataire. ,
Les battemens du cœur ébranlent toute la partie infé-
rieure du côté gauche de la poitrine et même la région
[ipigastrique : ils soulèvent la tête appuyée sur la région
m’écordiale. C’est vers les cartilages des 3®,,4e et 5 côtés
>;auches qu’existe le maximum d’énergie des battemens du
lœur.
Pratiquée sur la région précordiale ,i l’auscultation fait
nntendre, au lieu du double claquement qui accompagneles
aouvemens du cœur à l’état normal , un bruit, ou plutôt
I n cri de scie fort aigu , que l’oreille perçoit distinctement
i n s’éloignant de la région -précordiale jusqu’à une dis-
98 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
tance d’un pied et demi à deux pieds (i). Ce bruit se ré-
pète 116-120 fois par minule comme le pouls; il est d’une
parfaite régularité, ainsi que le pouls lui-même : il n’offre
pas absolument la même intensité dans tous les points de
la région précordiale; son maximum d’intensité existe
vers la partie inférieure et moyenne du sternum , dans la
région des cartilages des 2® et 3® côtes gauches. Au reste,
on l’entend, mais avec une intensité décroissante, dans les
deux côtés de la poitrine, à la partie postérieure de cette
cavité, sur les parties- latérales du cou et même dans la
région abdominale;- à mesure que son intensité diminue ,
ce bruit se change ou dégénère en un bruit de scie ordi-
naire, sourd, et semblable, par exemple, au bruit que
l’on produit en prononçant la lettre S. Ainsi que nous l’a-
vons dit plus haut, la malade entend elle-même très dis-
tinctement le bruit dont il est question, surtout quand
elle est couchée sur le côté,
Au premier examen , on ^croirait que le bruit sifflant
dont nous venons de parler est simple et qu’il remplace à
lui seul les deux bruits du cœur. Mais en auscultant avec
une grande attention, oirne tarde pas à reconnaître, quand
on a l’oreille exercée , que le bruit anormal qui accompa-
gne les battemens du cœur est réellement double. Le sif-
flement est en effet précédé d’un bruit plus sourd, qui,
pour une oreille peu attentive ou novice, semble se con-
fondre avec le bruit plus aigu dont il est en quelque sorte
le prélude. En s’éloignant de la région précordiale, en
auscultant, par exemple, sur le trajet des carotides , on
(1) Ce bruit a donné lieu à plusieurs comparaisons : ainsi je l’ai d’abord com-
paré à une espèce de roucoulement ; M. Capuron l’a comparé au piaulement d’un
poulet; M. le docteur Jules Pellet.nn , au bruit de canard que l’on produit
avec ces jouets d’enfant que tout le monde connaît; et celte comparaison s'était
également présentée à mon esprit.
trois. CATÉG. d’oBSERV. d’endocardite. 99
distingue plus aisément le double bruit du cœur (i). Le
bruit que l’on entend dans cet endroit ne saurait être at-'
tribué aux battemens de ces artères, puisqu’il est double
( à la suite de ce double bruit anormal, comme à la suite du
tic tac normal , il y a un silence ou repos '
Insomnie presque continuelle , ^réveils en, sursaut lors-
qu’il arrive à la malade de s’endormir pour un peu de
temps. , " ,
Les fonctions digestives sont assez bonnes.
Les urines coulent facilement ^ et sont parfaitement lim-
pides. ’
Diagnostic. — Rétrécissement médiocre d'un des orifices
gauches du cœur par suite d'une induration Jihro-cartilagirieuse
\ des 'valvules. Hypertrophie' générale et dilatation du cœur.
! Un pronostic funeste fut porté.
Prescription. — Une saignée de 3 palett.; org. et chiend.
ji nitr.ÿ potion avec teint, de digit. i5 goütt.; bouill. potag.iait.
Il a5 et 26. La malade a mouché une certaine quantité de
|j sang.
“I 27 , 28 et 29'. Tendance à l’assoupissement, épistaxis,
j ( 12 sangs, à l’anus; 25 gouttes de digit. ).
I 3o. Visage plus bouffi, traits altérés; pouls plus vibrant,
j| plus large, plus développé, à 100 puis. ; étouffement plus^
I grand ; un peu d’enflure des mains (2) , tendance à l’assou-
pissement ; le pouls est encore vibrant.
|| Les battemens du cœur sont les mêmes; les bruits sont
I toujours difficiles à décomposer dans la région précordiale,
i . ' . .
■ (i) L’existence du bruit de sifflement nous fit penser que l’orifice permanent
i des valvules indurées imitait une sorte de glotte , misé en vibration par le pas-
t sage de la colonne sanguine.
Ce qui rend difficile la distinction des deux bruits du cœur, dans ce cas et
■J dans les analogues , c’est qu’il n’existe pas entre eux un intervalle appréciable ,
I comme cela a lieu dans l’état normal.
(2) Tout le côté droit est plus enflé que le gauche, sans doute parce que le
I décubitus a lieu plus habituellement à droite.
7-
100 MALADIES DU COEUR EN TARTICULIER.
mais faciles à diviser en deux bruits distincts en auscultant
dans les côtés de la poitrine et sur les parties latérales du
cou (le 1" est un simple hmi/rus , le 2® un véritable cri
d’oiseau ). '
On entend aussi un très léger sifflement en auscultant
l’origine de l’artère crurale ; plus bas , il disparaît , et sur
le trajet de l’artère on remarque seulement des battemens
forts et vibrans ( saignée de 2 à 3 pal. , la digit. est portée
à 3o goût. : le sang retiré de la veine n’est pas couenneux et
contient peu de sérosité ). ,
Un notable soulagement a succédé à la saignée , mais n’a
duré que 36 à 48 heures. L’hydropisie a plutôt diminué
qu’augmenté.
3 octobre. Peu de changement , anxiété, commencement
de jactitation. La vibration et la force du pouls, qui of-
fre une largeur qu’on n’observe pas dans le cas de rétrécis-
sement considéràble d’uii' orifice , m’engagent à prescrire une
nouvelle saignée de deux palettes à deux palettes et demie
(sang très séreux).
5 octobre. Pouls de plus en plus large et vibrant.
6. L’étouffement étant porté au plus haut degré, M. Le-
couteulx, aide de clinique , a essayé une nouvelle saignée,
pile fournit à peine une palette et demie environ de sang
(on a retiré de la veine un caillot de 5 à 6 lignes de lon-
gueur).
. État de suffocation ; pouls moins vibrant et plus étroit :
la mort paraît de plus en plus prochaine.
8. La malade n’a plus la force de répondre, quoique
conservant sa connaissance; jactitation, plaintes, gémis-
semens, anxiété inexprimable; nul moment de repos; pouls
faible , un peu de refroidissement des extrémités et légère
lividité du visage, yeux ternes... Le cri du cœur est presque
aussi fort que précédemment ; il n’y point d’irrégularité
dans les battemens du cœur. — Enfin , à 8 heures , la mort
mit un terme à des angoisses que rien ne saurait peindre.
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trois, catég. d’observ. d’endocardite. loi
'Jutopsie cadai’érique , 36 heures après la mort.
Habit, extér. — Infiltration générale énorme, plus con-
sidérable toutefois du côté gauche, sur lequel la malade
I était restée inclinée, plutôt que couchée, dans les der-
niers jours ( la circonférence de la cuisse gauche , à sa
, partie supérieure, est de 2 pieds, et celle [de la droite de
1 pied 2 pouc. 6 lig. ; la circonférence de l’avant-bras gau-
I che , à sa partie moyenne , est de 10 pouc. 6 lig. , et celle
I de l’avant-bras droit de 8 pouc. 6 lig. ). La peau de l’abdo-
li men et de la poitrine est tellement infiltrée, qu’elle a plus
1 . de 3 pouc. d'épaisseur^; elle est garnie d’une couche assez
épaisse de graisse.
2“ Ori^r. dis. et annex. — L’abdomen contient environ
2 pintes de sérosité roussâtre, lirhpide. — Le foie, très volu-
mineux, est gorgé de sang, en partie infiltré dans son tissu
{apoplexie hépatique). Il adhère en haut avec le diaphragme.
j Une vingtaine de petits calculs dans la vésicule biliaire.
— Rate se déchirant facilement, d’un tissu un peu sec. —
Membrane muqueuse gastrique un peu molle , rouge ,
comme ecchymosée , surtout dans la région splénique;
même rougeur et même congestion veineuse dans les in-
testins. — La vessie , les reins et l’utérus n’offrent rien de
notable.
3° Org. circul. et respirât. — En ouvrant la poitrine, il s’é-
coule une très grande quantité de sérosité , d’une teinte
roussâtre et contenant quelques flocons. Le cœur et les
poumons sont refoulés en haut par les viscères abdominaux
et particulièrement par le foie. Le poumon gauche recouvre
à peu près les deux tiers de la partie antérieure du cœur.
— Le péricarde adhère vers la base du' cœur avec la plèvre
pulmonaire correspondante par un tissu Cellulaire médio-
crement serré, et infiltré d’un peu de sérosité. La pointe
du cœur est dirigée à gauche plus que dans l’état normal ,
I de telle sorte que la base paraît répondre au côté droit et le
sommet à gauche. Le péricarde contient trois cuillerées
I
102 MALADIES 'DU COEUR EN PARTICULIER,
d’une sérosité légèrement rouge, — Le cœur, d’un volume
énorme (cor bovlnum) , présente des vaisseaux dilatés et in-
jectés; à la surface des ventricules, on aperçoit des ta-
ches sanguines p^roduites par l’infdtration d’une petite
quantité de sang au-dessous du feuillet séreux du coeur.
Sur la partie moyenne et antérieure du ventricule droit ,
existé une plaque laiteuse, fausse membrane organisée qui
se détache facilement avec la pince , laissant au-dessous
d’elle le péricarde sain.
Le^cœur, avant d’avoir été vidé du sang qu’il contient, pèse, avec l’origine des
vaisseaux qui en parlent jiS gram.
Diamètre vertical du cœur 4 P* lo l'g-
Diamètre transversal
Circonférence
1 1
1 1
5
l'g-
lig*
) Toutes les cavités du cœur sont gorgées d’un sang très
noir , semblable à de la gelée de groseilles. ,
Poids du cœur, débarrassé du sang qu’il contenait 44^ gram.
La cavité du ventricule droit, très vaste, pourrait con-
tenir un œuf d’oie ; celle du gauche, plus dilatée encore ,
pourrait contenir le poing d’une femme. -
Epaisseur des parois du ventricule gauche , à sa base 738 lig.
Epaisseur des parois du ventricule droit 3 lig.
Diamètre vertical de l’intérieur du ventricule gauche 3 p. 6 lig.
Circonférence ' 5 p. a lig.
Diamètre vertical delà cavité du ventricule droit 3. p. a lig.
Circonférence - 4 p. a bg-
Les colonnes charnues sont très multipliées , surtout
celles du ventricule droit.
Substance musculaire un peu molle , d’un rouge bri-
queté.
, Les valvules aortiques, surtout à leur base, sont épais-
sies, indurées, incrustées et criblées de plaques fibro-carli-
laginenses ,'-terreuses, calcaires; elles sont crispées, comme
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDJTE. 1o3
ratatinées, un peu plus courtes, et moins mobiles que dans
l’état normal.
L’origine de l’aorte est elle-même ratatinée, rugueuse,
considérablement épaissie (ses parois pnt 2 lig. d’épaisseur,
y compris la membrane celluleuse). Son tissu crie sous le
scalpel , et la section présente l’aspect du fibro-cartilage
ou du tissu lardacé ; en raison de cet épaississement et de
ce ratatinement des valvules et de l’origine de l’aorte , l’o-
rifice est manifestement un peu rétréci d’une manière ab-
solue, mais surtout relativement à l’énorme dilatation du
ventricule : cet orifice est rémpli par le bout du doigt in-
dicateur. Les valvules, ainsi altérées, rigides, raccourcies,
ne devaient pas se redresser et se rapprocher suffisamment
pour fermer en entier l’orifice aortique pendant la dilata-
tion ventriculaire et la contraction élastique de l’aorte.
L’orifice de l’artère pulmonaire est libre; ses valvules sont
minces , plus larges que celle de l’aorte.
La circonférence de cet orifice est de 2 p. et demi , et
celle de l’orifice aortique de 2 p. 3 1.
Les valvules auriculo-venlriculaires droite et gauche sont
légèrement épaissies ; leurs orifices sont libres; la circonfé-
rence du droit est de 4 p.; celle du gauche de 3 p. et demi.
Les valvules auriculo-venfriculaires sont un peu rouges,
ainsi que l’intérieur des oreillettes et de l’artère pulmonaire.
Malgré une dilatation évidente , les oreillettes sont plutôt
épaissies qu’amincies.
L’état fibro-cariilagineux , les rugosités et inégalités ra-
boteuses de la surface interne de l’origine de l’aorte, se
continuent dans l’aorte pectorale et abdominale.
L hypertrophie de l’aorte est concentrique ; c’est-à dire
que l’épaisSissement s’est opéré aux dépens du calibre de
cette artère; le rétrécissement dé ce vaisseau contraste avec
la dilatation énorme du ventricule aortique.
Les alterations de 1 aorte se continuent, en diminuant
graduellement , dans les artères qui naissent de sa partie
io4 maladies du coeur en particulier.
inferieure; ces altérations s’étendent également aux artères
qui naissent de la crosse de l’aorte (les placjues jaunâtres
sont très multipliées dans les deux artères sous-clavières et
dans les carotides). Le tronc brachio-céphalique est un
peu rétréci à son origine par suite de l’épaississement con-
ceiUrique ou centripète de ses parois.
Le poumon droit adhère à la plèvre pariétale par des
productions cellulo-fibreuses , d’ancienne date; plus pesant
et plus volumineux que le gauche, il est gorgé de sang et de
sérosité , dans toute son étendue, et .surtout à son sommet,
qui contient très peu d’air. Le poumon gauche, comme
carnifié par l’action de la compression que la sérosité avait
exercée sur lui , ne contient que peu de sérosité. — La
membrane muqueuse bronchique est rouge , et recouverte
de mucosités assez abondantes.
OBSERVATION 63^
Homme de 49 ans. — Affection catarrhale à diverses reprises. — Plus tard ,
étouffement, infiltration; irrégularités, intermittences des battemens du cœur et
du pouls. — Bruit de soufflet dans la région précordiale, tantôt sourd, tantôt si-
bilant. — Attaque d’hémorrhagie cérébrale^ suivie d'une mort prompte. — In-
duration fibro-cartilagineuse des valvules gauches , avec très médiocre rétrécis-
sement des orifices aortique et auriculo-venlriculaire. — Hj-pertrophie et dilata-
tion générale du cœur. — Dégénérescence fibro-cartilagineuse et crétacée de
l’aorte et des artères qui en naissent. — Taches et plaques dans les divisions de
l’artère pulmonaire. — Epanchement sanguin dans le cerveau.
M. Aslruck (,Tean-Louis) , ancien officier de cavalerie ( il
a fait la campagne de Moskou) , grand et fortement consti-
tué, âgé de 4q RDS, fut admis dans le service Clinique
(n° 6, salle St-.Tean-de-Dieu) , le a5 octobre i832. Il a
toussé souvent à la suite des vicissitudes atmosphériques
auxquelles son état l’a exposé, mais il assure n'avoir jamais
essuyé de très grave maladie. Ce n’est que depuis deux mois
qu’il s’est aperçu d’une gène assez considérable dans la res-
piration , et qu’il est survenu peu à peu une infiltration
tlçs membres inférieurs. 11 s’est fortement purgé depuis
TROIS. CATÉG.. d’oBSERV. d’eN DOCARDITE. 1ü5
t
qu’il est ainsi indisposé, et n’a fait aucun autre trailc-
inent.
Etat (la malade à Ventrée :
L’embonpoint est encore considérable ; le visage et les
mains offrent une teinte violette assez prononcée ; in fdt ra-
tion des membres inférieurs ; distension de l’abdomen par
une grande quantité de sérosité. Le malade est obligé d’a-
voir la tête très élevée pour pouvoir respirer.
Nulle douleur dans la région précordiale j batlemens du
cœur précipités (lao à i3b) , irréguliers, intermittelis ,* ils
sont fort étendus et accompagnés d’une impulsion consi-
dérable. Matité dans une étendue au moins égale à celle de
la paume de la main.
Le tictae normal du cœur est remplacé par un bruit de
soufflet , clair, qui se termine quelquefois par un véritable
sifflement ou roucoulement. — Le choc du cœur contre
la paroi pectorale est accompagné d’un fort tintement mé-
tallique.
Pouls irrégulier, intermittent , difficile à compter (120
a i3o) , petit, eu égard à la force du sujet et à l’intensité
des contractions du cœur, un peu vibrant.
La respiration est bruyante, précipitée ; un sifflement
si fort existe dans toute l’étendue de la poitrine , qu’if mas-
que entièrement le murmure vésiculaire. Il^existe des
crachats rouillé^, sans qu’on puisse constater dans aucune
région des poumons l’existence d’un râle crépitant.
L appétit est assez bien conservé ; point de dévoiement ,
ni de constipation ; urines claires , abondantes.
Peu de sommeil , à cause de l’anxiété où se trouve le ma-
lade.
Diagnostic.’ — Induration des malv aies gauches avec rétré- ^ ^
cissement d'un orijice. — Hypertrophie générale et dilatation du
cœur. Congestion séro-sanguine des poumons et bronchite.
Presciuption du 26. Saignée de 3 palett. ; i/i/us. héckiq. et
tis. aperit.; Pot.gomm. avec sirop diacode 5J ; diète.
106 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
27. Peu de changement. {Saignée de 3 palett.; bouilL et
potag. )
Les jours suivans, quarante sangsues, puis un vésicatoire
furent appliqués sur la poitrine ; la digitale fut adminis-
trée par la méthode endermique ; les diurétiques furent
continués (i), et le malade ne prit pour alimens que des
bouillons et des potages.
9 novembre. Grande amélioration dans l’état du malade:
les membres inférieurs sont presque entièrement
la respiration est beaucoup plus libre ; l’expectoration est
purement muqueuse, et le râle sibilant a disparu. Le malade
est calme et dort passablement. — Cependant, l’irrégula-
rité, la petitesse et la fréquence du pouls sont telles, qu’on
peut très difficilement le compter. Le bruit de soufflet,
tantôt simple , tantôt sibilant , est toujours très prononcé.
L’amélioration de l’étatgénéral se soutient jusqu’au 28 dé-
cembre. Ce jour, là à 6 heures du soir, le malade, alors couché
dans son lit, éprouva tout-à-coup une attaque d’apoplexie.
29. Nous trouvâmes le malade presque sans connais-
sance; un râle bruyant, stertoreux , se faisait entendre;
corps incliné à gauçhe , yeux déviés à droite ; membres gau-
ches fortement infiltrés , privés de sentiment et de mouve-
ment ; bouche déviée à droite. Le malade semblait com-
prendre quelques unes de nos questions, mais il ne pouvait
proférer une seule parole.
Le pouls et les battemens du cœur étaient dans le même
état que précédemment. (Le bruit de soufflet persistait.)
Diagnostic. — Hémorrhagie considérable dans V hémisphère
droit du cerveau.
Une saignée de 3 pal. ; bouill. de veau émétis.
30. Même état ; la langue se sèche.
31. Le malade reconnaît mieux les personnes , entend et
(1) La décoction de cahinça fut administrée.
trois: CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 107
comprend les paroles qu’on lui adresse, sans pouvoir ré-
pondre. {Saignée de 3 pal; 'vent. scarif. an cou.)
et 2 décembre. Etat comateux. ( Continuât, du houill.
émét. ; 2 'vésicat. aux cuisses. )
3. Râle bruyant (le malade ne peut expectorer les mu-
cosités qui engorgent les bronches); immobilité et insensibi-
lité du côté gauche. {Kermès 8 gr, dansunlooch blanc).
4. Le malade est à l’agonie, il meurt à 3 heures après
midi. ,
Autopsie cadavérique , 17 heures après la mort.
1° Habitude extér. — Infiltration générale , avec disten-
sion de la peau, qui est sèche et luisante. Poitrine bombée,
large, volumineuse.
2° Organ. circul. et respir. — Le péricarde contient envi-
ron un demi-verre d’une sérosité jaune, très légèrement
trouble : il est distendu en proportion du volume du
cœur. — Celui-ci , vraiment énorme {cor bovinum) ' dorme ,
avant d’avoir été vidé du sang qu’il contient, les mesures
suivantes.
\
De rinsertion de l’aorle àla pointe du cœur, qui est inousse et arrondie 4 p. 9 lig.
Du sommet de l’oreillette droite à la pointe 6 p.
Dii sommet de l’oreillette gauche à la pointe du cœur ' ’ 5 p.
Diamètre antéro-postérieur 4 P» '
Diamètre transversal 4 P* 5 üg»
Circonférence du cœur la p. 6 lig.
Poids du cœur, contenant encore des caillot», mais débarrassé d’une
certaine quantité de sang liquide , qui s’est écoulé en coupant les
vaisseaux il. laonc.
Le cceur, vidé et lavé, pèse 1 1. a onc.
Le sang contenu dans les cavités droites du cœur forme
des concrétions polypiformes, blanches à l’extérieur, rouges
à l’intérieur; ces concrétions conservent la forme des cavi-
tés qui les contiennent. ‘ <
Le ventricule droit, dilaté, pourrait contenir un œuf d’oie;
ses parois , vu l’augmentation de la capacité, paraissent
amincies, bien qù’absolument parlant, elles soient épaissies;
108 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
dans leur partie moyenne ( la plus épaisse ) , elles ont 3
lig. d’épaisseur. L’oreillette droite, dilatée dans les mêmes
proportions que le ventricule , conserve son épaisseur à
peu près normale. Ses colonnes charnues sont très pro-
noncées.
Les cavités gauches contiennent du sang caillé, d’un noir
assez foncé.
Le ventricule gauche offre une capacité un peu moindre
que celle du droit. Ses-parois, vers la partie la plus épaisse,
ont II 1. d’épaisseur. — Ses colonnes charnues sont très
robustes.
L’orifice aortique paraît un peu étroit , vu la grandeur
de la cavité ventriculaire. Cependant ses valvules ne
sont pas déformées; elles sont seulement un peu plus épais-
ses que dans l’état normal et, à leur hase, ainsi que vers le
commencement de l’aorte , on voit des incrustations fibreu-
ses ou fibro-cartilagineuses, sans coloration anormale.
L’oreillette gauche, d’une capacité sensiblement moindre
que celle de l’oreillette droite , a des parois assez épaisses.
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche a perdu un peu de
son étendue normale. Le bord adhérent de la valvule mi-
trale est froncé et plus épais que "dans l’état ordinaire. Les
deux lames de la valvule sont très notablement épaissies ,
converties en tissu fibreux vers la base et fibro-cartilagineux
vers lé bord libre.
L’orifice auriculo-ventriculaire droit a une largeur plus
considérable que le gauche; la valvule tricuspide est mince,
transparente , nullement épaissie.
Les artères carotides sont , ainsi que l’aorte , incrustées
de lames fibro-cartilagineuses.
Vers la terminaison de l’aorte abdominale , les plaques
ressemblent à des coquilles cV œuf . La dégénérescence créta-
cée se propage dans les troncs artériels du bassin et des
membres inférieurs.
h.e$ divisiotis dp l’artère pulmonaire sont parsemées à
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’ENDOCARÜÏTE. 1 09
l’intérieur d’un grand nombre de plaques ou taches d’un
blanc terne.
La veine cave à son insertion est dilatée.
La cavité de la poitrine ne contient presque pas de séro-
sité. Quelques adhérences anciennes du côté gauche.
Le poumon droit , dans tout son bord postérieur, est
comme hépatisé, et ne crépite pas sous la pression. A la sur-
face des sections qu’on y pratique, on aperçoit des points
noirs foncés, indice d’une infiltration sanguine dans le tissu
pulmonaire. De cette surface découle un liquide d’un gris
sale, formé de sang et de pus. Le tissu granuleux, friable,
se déchire comme dans la pneumonie des 2® et 3® degrés.
Du sang épanché occupe particulièrement la base du pou-
mon ; il est combiné avec la substance pulmonaire dans le
reste de son étendue , où le tissu du poumon crépite
encore un peu.
La membrane muqueuse des bronches est couverte d’une
grande quantité de matière muqueuse.
Le poumon gauche, à sa base , est hépatisé comme le
1 droit, il crépite un peu cependant dans toute son étendue.
3® Centres nerveux. — 11 existe une certaine quantité de
« sérosité dans la cavité de l’arachnoïde, et lasurface ducer-
!■ veau en est abondamment abreuvée; les mailles de la pie-
I; mère en sont remplies.
1 A la partie supérieure du lobe antérieur gauche du cer-
veau, existe une surface inégale, un peu rugueuse, circons-
crite par un bord frangé et qui n’est autre chose que le reste
, d’une ou deux circonvolutions détruites, ulcérées, et
cicatrisées; une altération semblable, un peu moindre,
existe vers le milieu de la face supérieure du même hémi-
sphère , près la scissure interlobaire.
L’hémisphère gauche n’offre aucune altération. Son ven-
tricule contient une très petite quantité de sérosité. A la par-
tie externe du lobe moyen de l’hémisphère droit, existe un
foyer hémorrhagique, du volume d’un petit œuf. La sub-
110 MALADIES Dü CCEUR EN PARTICULIER.
Stance qui environne ce foyer, est rouge et complètement
désorganisée.
La substance cérébrale, en général, est beaucoup plus
molle que dans l’état normal. La masse du cerveau est
très petite, relativement à la stature de l’individu. Le
cervelet est extrêmement petit , semblable à celui d’un
enfant de 12 à i5 ans, un peu mou ; il pèse^4 onces. (Les
organes génitaux sont largement développés).
40 Org. digest. et annex. — A l’ouverture de l’abdomen, il
s’écoule une grande quantité de sérosité d’un jaune foncé ,
mêlée de quelques flocons.
L’estomac contient beaucoup de liquide trouble, grisâtre.
La portion de la membrane muqueuse qui tapisse le grand
cul-de-sac est ramollie, gélatiniforme, détruite en quelques
points, et est séparée, par une ligne de démarcation tran-
chée, du reste de cette membrane qui est un peu ronge et
saine. ( L’altération du grand cul-de-sac est probablement
cadavérique. )
Le foie, volumineux', bombé à sa face antérieure, est
gorgé de sang.
OBSERVATION 64e,
f
Homme de 44 ans. — Diverses fluxions de poitrine , suivies des symptômes or-
dinaires d’un obstacle mécanique à la circulation : palpitations, irrégularités,
intermittences du pouls; bruit de scie à la région précordiale, avec impulsion
du cœur forte et étendue. — Mort plusieurs années après le début des premiers
accidens du côté du cœur. — Induration des valvules aortiques et bicuspide , avec
léger rétrécissement de l’orifice aortique. — Hypertrophie et dilatation du cœur.
— Plaques fibreuses et brides du péricarde. — Etat cartilagineux et crétacé
de l’aorte et des artères qui naissent de sa crosse.
Ducouré ( Médard) , âgé de 44 ans , charpentier, d’une
’ bonne constitution , fut admis dans le service clinique , le
2 mai i834- Depuis seize ans, il avait éprouvé, à trois re-
prises différentes, une pleuro-pneumonie (deux fois il fut
traité à l’Hôtel-Dien ). C’est à la suite de la dernière mala-
die, qu’il ressentit des palpitations, de l’oppression, surtout
quand il montait un escalier , etc.
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’enDOCARDITE. 111
Le i6 février dernier , frissons suivis de fièvre, un^peu
de crachement de sang , douleur profonde dans la région
du cœur. Entré dans le service de M. Louis, le malade en
est sorti au bout de seize jours, sans être complètement
I guéri.
I État au moment de Ventrée à la Clinique :
Il dit souffrir toujours dans le côté gauche , et éprouver
des étourdissemens , des vertiges. Oppression , palpitations
qui empêchent le malade de marcher; réveils en sursaut.
La respiration est forte et puérile en avant. »
En arrière , la poitrine résonne assez bien , si ce n’est en
bas où il y a de la matité ; on entend, vers la moitié infé-
rieure des poumons, du râle muqueux ou sous-crépitant
avec léger retentissement de la voix.
Les crachats sont muqueux.
Il n’existe pas d’infiltration notable.
Le cœur se fait entendre dans un espace plus considéra-
is ble qu’à l’état normal. On voit sa pointe soulever le sixième
'i espace intercostal. La paume de la main, appliquée sur la
:: région précordiale , est frappée dans toute son étendue par
Il un corps dur. Les espaces intercostaux gauches , surtout le
1 6® et le 7°, sont larges.
La région précordiale offre de la matité dans l’étendue
de 3 pouc. verticalement , et de 3 pôuc. 4 üg. transversa-
lement.
Les battemens du cœur sont fréquens, étendus, durs,
forts, accompagnés d’intermittences.
Le double claquement du cœur est remplacé par un bruit
de soufflet qui se rapproche du bruit de scie , plus marqué,
plus prolongé, pendant la systole ventriculaire. Le maxi-
mum d’intensité du bruit de scie existe à un pouce en de-
hors et au-dessous du mamelon : en s’éloignant de ce point,
on entend une sorte de bruit de froissement de parchemin
pendant le double mouvement du cœur.
11^ MALADIES DU COEUR ÈN rARTICULIER.
I^s veines jugulaires sont gonflées, mais n’offrent pas le
pouls 'veineux. / ’
Les carotides battent avec force ; pas de frémissement
dans leur trajet. Pouls radial petit , très étroit, plus petit
,à gauche qu’à droite, iiO par 'minute.
Diagnostic.’ — Induration des 'valvules gauches du cœur ,
avec rétrécissement d’ un orifice. Hypertrophie générale et dila-
tation du cœur. i •
Prescription. — Saignéede 3 palett.; ojg., chiend., oxjm.
scillit.; pot. gOmm. tuseo. poud. dcdigit. y'u] grains. — BouilL^
pot., lait.
4. Crachats demi-transparens; caillot mou, sans couenne.
Respiration plus facile ; sommeil assez bon. Battemens du
cœur moins forts. Le bruit de scie est toujours bien marqué.
5 et 6. On remarque que l’ébranlement de la région pré-
cordiale se communique jusqu’à la base des parois pecto-
rales.
rj. Pouls à 96 (il n’est plus intermittent).
Vésic. sur la région précord.
9 et 10. La toux a diminué, ainsi que l’expectoration.
Les battemens du cœur sont moins forts (^même bruit de
scie) . Pédiliive sinapisé.
12. Le malade' se plaint d’avoir senti du craquement sans
douleur dans la région précordiale»
13. Pouls à 80 (les irrégularités et les intermitencessont
revenues). ^
i4 et i5. Le malade a quelques envies de vomir après
avoir pris sa potion avec la digitale. Le double bruit de
soufflet paraît moins fort qu’au moment de l’entrée du ma-
lade. Pouls à 72, moins étroit, vibrant; les jambes ne
sont pas ènflées. [Suppression de là digitale.)
18. Oppression si forte , que le malade ne peut rester
couché. La face s’altère. ( i saig. de 3 pal. ).
19. Le malade se sent dégagé depuis la saignée (le caillot
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1i3
occupe tout le vase; il n’est pas couenneux, et a peu^de
consistance).
20. Le bruit de soufflet est plus marqué aujourd’hui
pendant le 2^ bruit que pendant le premier.
21 et 22. Les traits s’altèrent, le malade éprouve une
oppression extrême. Il expire à 3 heures de l’après-midi.
Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort.
1° Habit, extérieure. — Pas d’infiltration notable desmem-
bres ; visage violacé; lèvres et oreilles livides. ^
2“ Organ. respirât, et circulât. — Sérosité claire et citrine
dans les deux côtés de la poitrine.» ■ — Des brides cellulo-
fibreuses unissent les poumons à la plèvre costale : les in-
tervalles qui les séparent contiennent de la sérosité «(elles
sont plus fortes à droite).
Les poumons sont rouges, comme ecchymosés à leur
bord antérieur. '
Le poumon gauche présente à sa surface quelques reliefs
légers ( il y a des adhérences anciennes dans la scissure in-
terlobaire) ; il est engoué, coriace, comme carnifié. ‘Les
bronches sont rouges, livides.
Le poumon droit est moins engoué que le gauche.
Vers la pointe, du cœur, existe une plaque pseudô-mem-
hraneuse , d’où part une longue bride qui va au péricarde
pariétal. — La cavité du péricarde contient trois cuillerées
d’une sérosité transparente.
Le cœur a un volume presque double de l’état normal.
Il est gorgé de sang; sa pointe est fortement tournée à
gauche. (L’oreillette droite présente à sa surface des pla-
ques analogues à celles de la pointe : il en est de même de
l’origine de l’aorte.)
Lavé et vidé , le cœur conserve'im volume d’un bon tiers
plus considérable qu’à l’état normal : il est généralement
hypertrophié.
Poids du cœur, vidé et lavé, gram.
8
Il4 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Le ventricule droit est d’un bon quart plus volumineux
que le gauche. Ses parois sont hypertrophiées ; sa subs-
tance est ferme.
Epaisseur de ses parois 3 à 3 lig. ip
L’orifice auriculo-ventriculaire est vaste , dilaté. Laval-
t
vule tricuspide est un peu épaissie.
L’oreillette droite est un peu épaissie, ce qui tient en
partie aux fausses membranes denses et résistantes dont
elle est tapissée. . • .
Les valvules aortiques peuvent fermer l’orifice auquel
elles sont adaptées. Elles sont néanmoins épaissies , fibro-
cartilagineuses, rigides et moins mobiles qu’àl’état normal.
Circonférence de l’orifice aortique, sensiblement rétréci a p. a lig. ip
— de l’orifice de l’artère pulmonaire 5 p.
Les valvules de ce'dernier orifice sont très minces.
La valvule mitrale est considérablement hypertrophiée.
Les tendons valvulaires sont triplés de grosseur , et trans-
formés en tissu fibro-cartilagineux. — • Une des colonnes
charnues présente la même transformation. Une section de
cette colonne montre que la substance musculaire est en-
tourée d’une coque fibro-carlilagineuse.
Le bord adhérent de l’orifice- auriculo-ventriculaire gau-
che est froncé. Cet orifice offrait encore un assez libre pas-
sage à la colonne sanguine. Vers la base de la valvule
bicüspide , on observe diverses saillies , divers reliefs ,
arrondis ou alongés en cylindres, de nature fibro-cartila-
gineuse. Cette valvule et l’origine de l’aorte présentent
une rougeur par plaques, sans arborisation. Cette rougeur
existe à un plus haut degré dans l’artère pulmonaire. —
L’intérieur des cavités droites est moins rouge que celui des
gauches.
La membrane interne est épaissie et facile à enlever par
lambeaux.
TROTS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1i5
Le ventricule gauche est dilaté dans la même proportion
que le droit.
Les artères qui naissent de la crosse de l’aorte ont la
'i teinte rouge de l’origine de cette artère. Un peu d’épais-
‘ sissement aux éperons situés à l’origine de ces artères.
Induration et cartilaginisationen divers points de l’aorte
pectorale.
OBSERVATION 65e.
Homme de 6o ans. — Toux, oppression, palpitations, bruit de soufflet du cœur ;
1 bydropisies passives. — Mort environ un an après les premiers accidens. — Epais-
: sissement hypertrophique , et induration fibro-cartilâgineuse des valvules auri-
culo-ventriculaires , avec traces d’ancienne péricardite; peu de déformation des
• valvules, et point de rétrécissement, des orifices. — Hypertrophie simple du ven-
1 tricule gauche; hypertrophie concentrique du droit.
Un ancien soldat, aujourd’hui ébéniste, âgé de 6o ans,
d’une assez forte constitution , fut reçu dans le service
' clinique (n° i6, salle Saint-Jean-de-Dieu), le 26 octobre
i833.
Cet homme a depuis un an l’haleine courte , il se plaint
' depuis cette époque d’oppression et de battemens de cœur,
avec toux fréquente. Il dit avoir été depuis long-temps en-
fié, mais que cette enflure était peu considérable, et qu’elle
I' passait et revenait à plusieurs reprises. Sa vie a été em-
|i ployée à des travaux pénibles et fatigans. Sa face est d’une
f couleur pâle-jaunâtre ou feuille-morte, bouffie; toute la
h peau est flasque et blafarde, et les membres s’infiltrent lors-
I que le malade se lève ; lèvres et mains d’un pâle violacé ^
II paupières très gonflées.
]' On trouve dans la région précordiale une matité qui
a une étendue de 2 pouc. verticalement et de 2 pouc. et
h demi transversalement. On distingue à l’auscultation un lé-*
1 ger bruit de souffle pendant le premier battement (i).
♦*' • ri _ _ - II- - ■ .
1, ■
l
(1) Ce bruit de soufflet, très distinct pour une oreille exercée, était néanmoim ‘
Il6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Le pouls donne 98 puis. : il est étroit et serré; mouve-
ment de fluctuation dans les veines jugulaires, qui sont
gonflées. La peau est froide. Respiration bonne en avant,
un peu plus obscure en arrière. Il existe des accès de suffo-
cation de temps en temps avec sentiment de constriction
à la partie supérieure de la poitrine. Le malade parle d’une
voix entrecoupée. Peu de sommeil.
Langue pâle ; urines rares.
Le malade ne s’inquiète nullement de son état.
Diagnostic. — Induration et épaississement des 'valvules ;
hypertrophie du cœur.
Prescription. — Till. oi'ang.^jul. 18 goutt. teint, digit. ;
eau 'vin. suc.; houill. et potag.
2,8 et 29. Crachats sanguinolens; pouls petit, irrégulier,
offrant quelques intermittences ; la pointe du cœur se fait
sentir dans une étendue de i pouc. i|2 carré, elle paraît
mousse et arrondie, -i— • Un léger bruit de souffle et de scie
se mêle au claquement valvulaire ( les personnes peu habi-
tuées encore à l’auscultation ont de la peine à saisir le bruit
de soufflé ou de scie ).
Mort le 3o à 4 heures du matin.
Autopsie cadavérique, 19 heures après la mort.
\° Habit. -^Infiltration médiocre des membres infé-
rieurs ; le scrotum ne contient pas de sérosité (le péritoine
contient une pinte et demie à deux pintes de sérosité
roussâtre et limpide).
2® Org. respir. et circulât. — Le côté droit du thorax
contient une demhpinle de sérosité; il n’existe aucune adhé-
rence au poumon droit; on trouve au contraire des adhé-
rences celluleuses bien organisées vers le sommet et la face
externe du poumon gauche.
âîsez obscur et sourd. Un élève n’ayant pu le reconnaître au premier examen, je
l’engageai à ausculter comparativement les bruits du cœur d’un sujet bien por-
tant. Celte expérience réussit parfaitement. Après l’avoir faite, il distingua net-
tement le bruit de soulflel que j’avais constaté chez ce malade.
T«ois. CATÉG. d’observ. d’endocarditk . 1
Le cœur est situé presque transversalement ( l’oreillette
(droite est tout-à-fait à droite et en bas); il est recouvert à
i gauche, dans le tiers de son étendue , par une lame mince
|cdu poumon coi respondant , dont la base adhère au péri-
c carde par un tissu cellulo-fîbreux. Le tissu cellulaire 'placé
e en dehors du péricarde est légèrement infiltré. Oè sac fi-
Ibreux contient 4^5 cuillerées d’un liquide roussâtre, mêlé
t de (juelques flocons albumineux. On trouve sur le bord
«externe de chaque 'ventricule des plaques laiteuses : sur le
\ventricule droit, il en existe une de la largeur d’une pièce
cde vingt sous.
I Le poids du cœur et de ses caillots est de 556 grammes.
i|((Le poids du cœur, bien lavé et complètement vidé de ses
lj(caillots, est de 4^3 grammes, ce qui porte à io3 grammes
il lia quantité de sang contenue dans les cavités du cœur. )
r La forme de cet organe est arrondie, globuleuse. Le ven-
Jltricule gauche offre surtout cette forme et constitue la
ji moitié d’une sphère.
Le diamètre transversal du cœur est de 4 pouc. 6 lig. ,
|sson diamètre vertical est de 3 pouc. 6 lignes, son diamètre
jî antéro-postérieur, de i pouc. 2 lig. ; sa circonférence , de
j'7 pouc. 1 lig.
! Le 'ventricule droit, qui semble n’étre qu’un appendice du
Lgauche, offre une cavité peu profonde, qui ne contient
{guère que le pouce : la paroi , dont l’épaisseur est à peu ‘
jprès la même partout, est de 3 lig. et demie.
L’orifice ventriculo-pulmonaire , parfaitement libre, a
. 3 pouc. 4 lig- et demie de circonférence. La valvule de cet
(■orifice est souple et flexible. L’orifice auriculo-ventricu-
llaire est sensiblement dilaté : sa circonférence a 5 pouc.
1*4 lig. Les lames valvulaires sont légèrement épaissies, sur-
ttout à leur extrémité, où leur tissu est fibro-cartilagineux.
ILa valvule est d’ailleurs bien conformée et mobile.
La membrane interne est d’une nuance rouge-jaunâtre,
) plus foncée que dans l’état naturel.
î
1 l MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
L’oreillette droite a une cavité au moins double du ven-
tricule correspondant , elle n’est pas d’ailleurs hyperlro- j.
phiée notablement.
La capacité du ventricule gauche est d’un bon tiers plus i
considérable que celle du droit ; l’épaisseur de ses parois j
est de 8 lig. et demie à 9 lig. ; elle diminue de la base 1
à la pointe , où elle n’est que de 5 lig. à 5 lig. et demie.
La circonférence de l’orifice de l'aorte est de a pouc. J.
9 lig. Les valvules aortiques sont un peu épaissies, mais 1
nullement déformées, et ferment complètement l’orifice qui
est libre. L’origine de l’aorte est hérissée de lames jaunes,
les unes calcaires, les autres cartilagineuses : dans ces points,
la membrane interne se rompt comme une coquille d’œuf.
Les lames calcaires atteignent la membrane interne dans I
toute son épaisseur, et ont envahi en partie la membrane
jaune sous-jacènte; la portion' de ce vaisseau ainsi altérée
est légèrement colorée en rose.
La capacité de l’oreillette gauche est à peu près égale à
celle de la droite; - ses parois sont généralement épaissies
(elles ont' 2 lig. et quart d’épaisseur). La membrane in-
terne est notablement épaissie , et offre un aspect mat et
terne qui n’est pas normal.
La circonférence de l’orifice auriculo - ventriculaire
gauche est de 4 pouc. 3 lignes. La valvule mitrale est géné-
ralement épaissie, et, dans plusieurs points, changée
en fibro-cartilage, surtout dans le voisinage de l’orifice
aortique; d’ailleurs, elle n’est pas sensiblement déformée :
les tendons de son bord libre sont très multipliés et très
résistans.
L’altération crétacée de l’aorte se continue dans les ar-
tères coronaires où elle n’occupe c^’e les deux tiers de la
circonférence de ces vaisseaux : de là , une sorte de con-
traste entre la portion altérée et la portion saine , qui offre
des rides et des enfoncemens.
Une quantité assez notable de sang est emprisonnée en-
À
TROIS. CATÉG. d’oBSERV, r’eNDOCARDITE. 110
J tre les piliers du ventricule gauche : il paraît ancienne-
ment concrète et ressemble à du boudin. La substance inus-
! culaire est ferme et d’un assez beau"rouge.
■ OBSERVATION GC».
Homme de 69 ans. — A la suite d’un rhume négligé, symptômes d’un obstacle
à la circulation à travers les cavités du cœur. — Palpitations , congestions vei-
neuses, et collections séreuses passives. — Bruits du cœur secs, forts, analogues
au claquement de soupapes de parchemin. — Mort dix jours après 1 entrée ,
quinze mois après le rhume négligé. — Epaississement et ûbro-cartilaginisalion
des valvules bicuspide, tricuspide et aortiques; iksdffisance de la valvule tricüs-
pide. Dilatation des cavités du cœur et de ses orifices; hypertrophie des pa-
rois. — Etat cartilagineux, calcaire ou terreux, des parois de l'aorte, etc.
Un peintre en bâtimens , âgé de 69 ans , d’une assez
Û forte constitution , fut admis à la Clinique (n° i3, salle
^ St-Jean-de-Dieu ) , le 1 5 juillet i834* Depuis une trentaine
P d’années , il était sujet à s’enrhumer de temps en temps ,
Il et jouissait d’ailleurs d’une bonne santé. Depuis quinze
Il mois , à la suite d'un rhume négligé., il éprouve de l’oppres-
[ sion , de l’étouffement , qui ne lui permettent plus de tra-
II vailler. ’Depuis cinq mois surtout, les attaques àé asthme ,
I dit-il , sont si fréquentes , qujelles ne lui laissent de repos ,
I ni jour ni nuit , malgré une saignée qui lui a été pratiquée
( deux mois avant son entrée ; il y a une huitaine de jours
k que les jambes se sont enflées. Il ne se plaint point de pal-
pitations de cœur, et il a conservé de l’appétit jusqu’à ces
derniers temps ; mais l’étouffement augmente après les
repas.
Examiné avec soin, le lendemain de son entrée à la Cli-
nique , il nous offrit l’état suivant :
Visage anxié , froid ; lèvres violettes ou bleuâtres; yeux
largement ouverts , un peu égarés ; veines jugulaires dis-
tendues et comme variqueuses; on voit aussi ramper sous
' la peau de la poitrine et de l’abdomen des veines d’un vo-
lume très considérable et qui s’anastomosent avec celles des
120
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
membres; infiltration des membres inférieurs et du scro-
tum. Le malade reste constamment assis dans son lit pour
respirer un peu plus librement.
La matité de la région précordiale était de 4 pouces ver-
ticalement et de 5 pouces 2 lignes transversalement.
L’impulsion du cœur était médiocre , mais elle se faisait
sentir dans une très grande étendue, et la main reconnais-
sait aisément que la masse de l’organe était considéra-
blement augmentée. On distinguait aussi un frémissement
vibratoire assez prononcé dans la région des cavités gau-
ches.
Les battemensdu cœur étaient irréguliers, intermittens,
très fréquens (160 par minute) , et tumultueux.
Le tumulte des battemens du cœur rendait l’analyse
des bruits de cet organe assez difficile. Ces bruits étaient
tous les deux plus secs,, plus âpres qu’à l’état normal ;
pendant la systole particulièrement, on distinguait un
bruit de frottement ou de froissement , comme si les val-
vules eussent été parcheminées ; point de véritable bruit de
soufflet. Le maximum du bruit de froissement de parche-
min existait dans la région des orifices gauches.
La région précordiale présentait une légère voussure ;
elle était faiblement soulevée par les battemens irréguliers
et tumultueux du cœur.' *'
Pouls irrégulier , intermittent, à 160, vibrant. Il n’y a
ni bruit de' soufflet, ni frémissement vibratoire dans les
grosses artères. <
Orthopnée ; toux , suivie de crachats muqueux. Matité
et absence de la respiration vésiculaire dans toute la moitié
inférieure du côté gauche, avec léger chevrolteihent de la
voix. Dans le tiers inférieur de la partie postérieure de ce
même côté, la respiration était brusque, soufflante, ac-
compagnée d’un râle muqueux assez fin ; matité et égo^
phonie très manifeste. En arrière, à droite, râle muqueux
ou sous-crépitant , matité et retenlissetnent çle la voix
TROIS. CATÉG. d’oRSERV. ü’eNDOCARDITE. 12 1
moindres qu’à gauche. La malilé persiste dans le décubitus
sur le ventre.
Les fondions digestives ne sont pas notablement trou-
blées ; le malade dit être constipé.
Le foie descend au-dessous du rebord cartilagineux des
côtes.
L’anxiété est si grande , que le malade ne goûte pres-
I que aucun moment de sommeil.
Diagvostic. — Induration et épaississement des malmles
gauches du cœur avec hypertrophie et dilatation de cet organe,
œdème des poumons , etc .
* Prescription. — Boissons béch. ÿ looch avec poiid. digit.
\ X grains ; 3 bouill. ; potag. • '
Les jours suivans, le pouls se ralentit, se régularise, se
développe et devient plus évidemment vibrant ( le 19 , on
ne comptait que 96 puis, à la minute); le claquement de
parchemin et le frémissement' cataire persistent (o/i donne
quelques pilules d'opium pour procurer un peu de sommeil
au malade. )
Cependan t la dyspnée et l’anxiété deviennent extrêmes ( i )
et le malade meurt , le 24 à 10 heures du soir (le io^ jotir
après son entrée).
Autopsie cadavérique , ii heures après la mort.
1° Habit, extér. — Teinte livide ou violette du visage et
du euir chevelu. De gros troncs veineux sillonnent la> poi-
trine et l’abdomen , et font communiquer les veines 'sous-
cutanées des membres supérieurs avec celles des membres
inférieurs. Ces derniers sont le siège d'un engorgement san-
guin très prononcé , mais ne sont plus infiltrés. — Gonfle-
ment et distension des veines jugulaires.
2° Org. respirât, et circulât. — Sérosité jaunâtre, assez
. /
(i) On observait, pendant les inoùvemens d’in.spiration, une dépression très
nolabje dan? les cinquième et sijçiôme espaces intercostaux du côté gauche.
12!2 MALADIES DU C(®ÜR-EN PARTICULIER.
^ •
abondante , à la partie inférieure du côté gauche de la poi-
trine. — Le poumon droit offre de nombreuses adhérences
organisées , surtout dans ses scissures : il est assez léger et
crépitant. Il est imbibé d’une grande quantité de sérosité
qui ruisselle par la pression à la surface des incisions prati-
quées dans son tissu. Sa partie inférieure est le siège d’un
engorgement plus sanguin que séreux. — Le poumon gau-
che , comprimé par l’épanchement séreux, est de moitié
moins volumineux que le droit : il est flasque , crépite as-
sez, et contient moins de sérosité que le droit.
La membrane muqueuse bronchique , recouverte de
mucosités , offre une teinte d’un rouge violet qui contraste
avec la couleur blanc-jaunâtre de la membrane interne des
divisions de l’artère pulmonaire.
Le cœur est refoulé en haut , en dehors et en arrière.
La portion non recouverte par les poumons a 4 pouc.
a lig. verticalement 'et 5 pouc. 2 lig. transversalement. Il
est situé transversalement, et sa pointe est arrondie, mousse,
effacée. Tous les vaisseaux veineux qui vont se dégorger
dans les oreillettes sont remplis d’une grande quantité de
sang. Le péricarde forme un sac pouvant contenir la tête
d’un fœtus : on trouve dans sa cavité une cuillerée de séro-
sité sanguinolente.
Le cœur, avant d’avoir été vidé, pèse, avec l’origine des gros vaisseaux Siagram.
Diamètre transversal ' ^ 7 p.
— vertical ’ 5 p. i lig.
Circonférence 12 p.
On voit à la surface antérieure du cœur , sur les deux
ventricules, des taches d’un blanc laiteux ou mat , vraies
fausses membranes qui se détachent facilement : au-dessous
le péricarde est intact. Quelques taches semblables existent
extérieurement à l’origine de l’aorte , dont le contour pré-
sente une belle injection pointillée; vers l’union des ventri-
cules et des oreillettes en arrière , on rencontre aussi quel-
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCABDITE. 123
ques plaques de même nature que les précédentes. Le sang
contenu dans les quatre cavités est noir, semblable à la
gelée de gî'oseillcs ; en quelques points , il est recouvert
d’une espèce de couenne.
Poids du cœur, vidé, lavé, avec l’origine des gros vaisseaux 5oo gram.
Le ventricule droit est d’un tiers plus grand qu’à l’état
normal. , .
Epaisseur de ses parois ' ■ 3 lig.
Circonférence de l’orifice de l’artère pulmonaire ' S p. 6 lig.
Les valvules de cette artère sont saines.
L’oreillette droite est dilatée en proportion du ventri-
cule correspondant.
L’orifice auriculo-ventriculaire droit est énorme . 5 p. g lig.
» •
La valvule tricuspide , très développée , est épaissie ,
comme fongueuse, et présente vers sa pointe une indura-
tion fibro-cartilagineuse :| elle ne peut pas fermer com-
plètement l’orifice auquel elle est adaptée, ’i ^ '
Hauteur de la valvule ' 5 lig.
\
Les valvules sigmoïdes de l’aorte ferment l’orifice aorti-
que assez exactement pour qu’un liquide versé dans l’aorte
ne pénètre pas dans le ventricule gauche. Elles présentent
dans leur épaisseur, à leur base et à leur sommet, des
plaques jaunâtres, fibro-cartilagineuses ; elles sont plus
épaisses qu’à l’état normal.
Circonférence de l’orifice aortique 3 p.
Des incrustations calcaires ou fibro-cartilagineuses occu-
pent également l’origine de l’aorte,, d’où elles s’étendent
dans le reste de ce vaisseau : sa surface est inégale , rabo-
teuse , et l’épaisseur de ses parois est augmentée ; des fron-
124 . MALADIES DÜ CŒUR EN PARTICULIER,
cemens et des reliefs plus ou moins marqués se rencon-
trent en différens points de la surface interne de cette
artère.
Le ventricule gauche , plus dilaté que le droit , pourrait
contenir un œuf de canne.
*
Ses parois ont 8 lig. d’épaisseur à la partie moyenne.
Les colonnes qui s’insèrent à la valvule bicuspide sont
très fortes; leurs tendons sont également hypertrophiés,
et les deux lames de la valvule sont très épaisses à la base
(elles ont le double ou le triple de l’épaisseur normale).
L'oreillette communique assez librement avec le ventri-
cule gauche.
Du côté de l’oreillette, chaque lame de la valvule pré-
sente des concrétions fibro-cartilagineuses qui font saillie
sous la membrane interne. Vers l’insertion des tendons,
celte membrane interne est rouge , comme fongueuse.
La membrane interne de l’oreillette gauche est légère-
ment ridée.
) '
Ctrconférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche 4 P* > hg-
Les deux lames valvulaires ont paru pouvoir fermer
l’orifice.
La substance du èœur est un peu plus foncée en couleur
qu’à l’état normal. Sa' consistance est médiocre.
3^* Org. cligest, et annex. — Point de sérosité dans l’ab-
domen.'
L’estomac et les intestins n’offrent rien de remarquable
à l’extérieur.
Le foie est ratatiné , ridé ; son volume est un peu au-
dessous de l’état normal. — - Les granulations rouges sont
effacées par les jaunes. — H y a une grande quantité de
(sang dans la veine-porte.
La vésicule contient une médiocre quantité de bile, un
peu foncée en couleur. — La vessie est à l’état normal.
4“ Org. de l'inneivat. — ,Le cerveau, peu volumineux ,
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOC/VRDITE. 1 a5
est abreuvé d’une abondante sérosité : il semble y avoir ma-
céré. Les mailles de la pie-mère sont infiltrées de ce liquide,
qui baigne encore le fond des circonvolutions quand on a
enlevé les méninges. »— La substance cérébrale est un peu
molle.
Les artères de la base du crâne sont ossifiées.
OBSERVATIOÎV 67 e.
Femme de 7a ans. — OpprAsion, palpitations, étouffement, irrégularité et
intermittence du pouls; bruit de froissement de parchemin, sans véritable bruit
de soufflet, pendant les baltemens du cœur. — Epaississement, induration des
valvules tricuspide , bicuspide et aortiques , sans rétrécissement des oriflces. —
Epaississement de la membrane interne du ventricule gauche , ecchymoses , etc.
Durand (Claude-Françoise) , âgée de 72 ans , d’une assez
forte constitution , mère de quatre enfans , fut admise à la
clinique, le 2 août i834. Née de parens asthmatiques , elle
était depuis long-temps elle-même habituellement oppres-
sée et sujette à des palpitations. Toutefois, elle n’avait
cessé complètement de travailler que depuis trois mois.
Au moment de son entrée, les membres inférieurs étaient
très légèrement infiltrés et l’abdomen distendu par une
médiocre quantité de sérosité. La malade , assise dans son
lit, ne respirait qu’avec une extrême difficulté ; l’anhéla-
tion , l’étouffement auquel elle était en proie ne lui laissait
goûter aucun moment de sommeil.
Visage jaunâtre, terreux, fatigué; léger gonflement des
veines jugulaires. ^
Pouls irrégulier, intermittent, un peu dur et vibrant,
mais peu développé. Les battemens des carotides sont visi-
bles dans une certaine étendue , mais ne sont point accom-
pagnés de frémissement cataire.
Matité, absence de respiration et chevrottement de la voix,
à la partie inférieure du côté gauche de la poitrine.
La matité de la région précordiale se confond en dehors
126 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
avec celle de la région externe de la poitrine. La main
appliquée sur la région précordiale sent a peine les batle-
mens du cœur : ils sont tumultueux, irréguliers, inter-
mittens, très fréquens (i48 à i52 par minute). On ne sent
pas distinctement de frémissement vibratoire.
Les bruits du cœur sont secs, accompagnés d’un bruit
analogue à celui d’un froissement de parchemin ; pas de
bruit de soufflet bien caractérisé. Dans la région des cavités
droites , les bruits sont plus obscurs, moins secs que dans
celle des cavités gauches. •
Diagnostic. — Induration des 'valuides , sans rétrécissement
bien notable — Hypertrophie du cœur. — Hjdrotliorax .
Malgré l’emploi de la digitale et des autres moyens indi-
qués en pareil cas, la malade succoniba le 23' jour de son
entrée (25 août).
Autopsie cadavérique , 24 heures après la mort.
Habit, extér. — Les membres ne sont pas infiltrés.
Etat de marasme assez prononcé.
2*^ Org. respir. et circul. — La cavité gauche de la poi-
trine contient une sérosité mêlée d’une grande quantité de
sang. Les poumons sont gorgés de sang et de sérosité.
Le péricarde adhérait à gauche avec la plèvre pulmonaire
correspondante. 11 contenait une très petite quantité de
sérosité. Les cavités du cœur sont distendues par une
énorme quantité de sang coagulé , analogue à de la gelée
de groseilles. Débarrassé de ses caillots , le cœur est d’un
bon quart plus volumineux qu’à l’état normal.
Les trois lames de la valvule bicuspide sont épaissies,
fibro-cartilagineûses ; leur surface est inégale et chagrinée.
Comme l’orifice auriçulo-ventriculaire droit est dilaté, la
valvule bicuspide nous a paru trop étroite pour pouvoir le
fermer bien complètement.
Les valvules aortiques sont épaissies, incrustées de pla-
ques calcaires, mais encore assez flexibles, et elles peuvent
fermer exactement l’orifice qu’elles bordent. Les deux
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’enDOCARDITE. Ü27
lames de la valvule bicuspide sont egalement épaissies et
incrustées de plaques calcaires : cette valvule n’est pas
d’ailleurs notablement déformée, et malgré son épaississe-
ment, elle peut jouer assez librement. L’orifice auriculo-
ventriculaire gauche n’est pas notablement rétréci. La sur-
face interne du ventricule gauche , surtout vers l’orifice
aortique , est rouge et comme ecchymosée ; en quelques
points, elle offre un aspect laiteux'; et là, son épaisseur est
double de celle de l’état normal. Au-dessous des lambeaux
de cette membrane, existe en certains points une véritable
infiltration-sanguine. i
Les parois ventriculaires sont un peu épaissies ; leur tissu
brunâtre se déchire avec facilité ; les cavités ventricu-
laires sont un peu dilatées. >
Les artères coronaires transformées en tissu osseux , pé-
trifiées, ressemblent à des branches de corail.
L’aorte , dans toute son étendue, est parsemée de plaques
calcaires , analogues à des coquilles d’œuf ; ses parois épais-
! sies, hypertrophiées, crient sous l’instrument qui les divise.
I Autour de certaines plaques , qui semblent avoir été en
«contact immédiat avec le sang, on observe des rides, des
' dépressions , des froncemens, qui ressemblent à des espèces
ü de cicatrices. La membrane interne offre une teinte d’un
il léger jaune nankin.
L’artère pulmonaire est exemple des altérations quepré-
^ I sentait l’aorte.
li Tout le système veineux en général est gorgé de sang :
de là une teinte rouge très foncée de la membrane muqueuse
gastro-intestinale, etc.
i
I
1^8
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
§ II. Observations d’épaississement et d’induration des valvules du cœur,
avec rétrécissement considérable des orifices du cœur.
t
1° Rétrécissement de V orifice awiculo-ventriculaire gauche ,
par induration et épaississement dé la valvule bicuspide (i).
OBSERVATION 68'.
•
Fille de i8 à 20 ans, ayant le rachis dévié. — A la suite de douleur dans la
région précordiale, symptômes d’un obstacle à la circulation à travers les cavités
du cœur; bruit de soufflet. — Mort long-temps après le début des premiers ac-
cidens. — Induration fibro-carlilagineuse de la valvule bicuspide, avec rétrécis-
sement de l’orifice auriculo ventriculaire gauche; dilatation et hypertrophie des
oreillettes. — Hypertrophie et dilatation du ventricule droit. — Masse de coagu-
lum encore récent dans les cavités droites. >
Une jeune fille de 18 à 20 ans , ayant le rachis dévié etla
poitrine très étroite , fut reçue à la clinique, le 16 ou 17
octobre i83i. Depuis long-temps déjà, elle éprouvait une
dyspnée considérable et des palpitations , symptômes qui
avaient été précédés de douleur dans la région précordiale.
Elle était , pour ainsi dire , à l’agonie , au moment où je la
fis admettre à l’iiopital. Les extrémités étaient froides,
violettes, infiltrées ; le visage bouffi, les lèvres d’un violet
tellement foncé qu’il approchait du noir ; l’anxiété et l’étouf-
fement étaient extrêmes ; elle était dans un état de jactita-
tion continuelle et cherchait vainement une position qui
rendît sa respiration plus libre ; le pouls était si petit, qu’on
le sentait à peine.
Les battemens du cœur étaient tumultueux et accompa-
gnés d’un bruit de soufflet très marqué. Bien que l’agita-
tion perpétuelle ne m’eut permis qu’un examen peu appro-
(1) De tous les orifices du cœur, l’orifice auriculo-ventriculaire gauche est,
d’après mes observations , celui qui est le plus souvent le siège delà lésion que
nous étudions. Vient ensuite l’orifice aortique. Les orifices droits 'se rétrécissent
beaucoup plus rarement que les gauches.
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1 ÙQ
foncli de* cette malheureuse , j’annonçai l’existence d’un
rétrécissement de l’un des orifices du cœur, avec dilatation
et hypertrophie de cet organe.
Je fis pratiquer deux petites saignées, qui ne procurèrent
qu’un soulagement passager, et n’eurent d’autre eflet que
de retarder un peu le moment fatal. La malade succomba
le 3* jour après son entrée, ayant fait des efiorts pour se
lever, comme si elle eût voulu fuir l’étouffement qui la
I torturait, et chercher l’air qui lui échappait à chaque
I instant.
Autopsie cadavérique, 22 heures après la mort.
Congestion veûneuse générale ; sérosité dans les membres,
j l’abdomen, le thorax et le crâne. Poumons sains, seule-
I ment un peu œdémateux.
i Le cœur, non vidé du sang qu’il contient , est double du
poing du sujet. L’oreillette droite est énormément disten-
due par des caillots de sang, ressemblant à de la gelée de
groseilles foncée en couleur (l’oreillette, avant d’être vidée,
avait le volume d’un œuf d’autruche). Ces caillots s’étaient
I sans doute en partie formés dans les derniers instans de la
i vie. Les autres cavités du cœur contenaient aussi des cail-
lots , mais en moindre quantité.
Déjà le chef de clinique ( M. Genest ) avait ouvert le
cœur, et n’avait point trouvé le rétrécissement diagnosti-
qué. Ayant voulu examiner moi-même plus en détail le
cœur, je ne tardai pas à rencontrer un rétrécissement de
l’orifice auriculo-ventriculaire gauche, que je montrai aux
élèves présens. Cet orifice , par suite de l’épaississement et
de l’induration de la valvule, qui était en même temps
déformée , figurait une boutonnière ou une sorte 'de glotte
recevant difficilement le bout du petit doigt. L’induration
était fibro-cartilagineuse, sans traces d’ossification,
i L’artère pulmonaire et l’aorte étaient , à l’intérieur, d’un
1 rouge assez vif, saines du reste ( nulle décomposition du
l3o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
cadavre, nulle imbibition ailleurs, en sorte que Cette rou-
geur paraissait n|étre point cadavérique).
Les deux oreillettes, considérablement hfpei'trophiées ,
avaient des colonnes charnues comparables aux faisceaux
des ventricules. La gauche {était moins dilatée que la droite.
Le ventricule droit était dilaté et hypertrophié au point de
ne pas différer notablement d’épaisseur avec le ventricule
gauche , qui n’offrait aucune lésion sensible : tissu du cœur
ferme et assez vermeil.
Le foie , volumineux , dur, dense , était abreuvé de sang
(en quelques points, il existait réellement une sorte d’apo-
plexie hépatique).
Congestion veineuse de la membrane muqueuse gastro-
intestinale; ramollissement de la muqueuse gastrique ; dé-
veloppement des follicules discrets et agminés de l’intestin
grêle en plusieurs parties ( quelques plaques tendaient
même à l’ulcération , et la membrane muqueuse se déta-
chait avec facilité de la membrane sous-jacente).
Matrice d’une petitesse extrême, et comme rudimentaire.
Bonne consistance du cerveau. Sérosité en médiocre
quantité dans les ventricules.
OBSERVATION 69e.
Fille de 19 ans. — A la suite d’une fluxion de poitrine , palpitations, élouffe-
ment , bruit de soufflet sibilant du cœur; impulsion de cet organe très forte et
très étendue ; frénaissement vibratoire ou cataire. — Pl^o-pneumonie aiguë, in-
tercurrente. — Mort trois ans environ après le début de l’affection du cœur. —
Epaississement des valvules bicuspide, Iricuspide et aortiques; rétrécissement
considérable de l’oriûce auriculo-ventriculaire gauche; taches jaunâtres sur la
membrane interne de l’oreillette gauche , sur celle de l’artère pulmonaire et de
l’aorte. — Hypertrophie et dilatation du cœur eu général, et surtout du ventri-
cule droit, etc.
Louise Poitevin , âgée de 19 ans , couturière , d’une
constitution grêle et délicate , nerveuse , cheveux châtains,
fut admise dans le service clinique, le 20 novembre i832.
Elle avait été réglée à 16 ans,. Sujette aux /lueurs blanches ^
f
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. l3l
elle dit n’avoir jamais joui d’une santé parfaite. Ses père et
mère vivent encore et se portent bien. — A l’âge de i5 ans,
elle fut placée à la campagne, chez un médecin. Elle frottait
l’appartement, tirait une grande quantité d’eau, ce qui la
fatiguait extrêmement. 11 y a trois ans, elle fut atteinte d’une
pleuro-pneumonie gauche , pour laquelle elle fut admise à
l’hôpital de la Pitié (service de M. Serres). C’est à la suite
de cette maladie que sont survenues des palpitations et de
1 l’oppression. H y a deux ans et demi qu’elle fut reçue à
l’hôpital Necker pour cette dernière maladie. [On lui fit une
\ application de sangsues pour rappeler ses règles qui étaient ar-
i rêtées , et on lui recommanda le reposé)
A l’entrée de la malade , nous observâmes l’état suivant :
teint pâle, lèvres un peu violacées, visage fatigué, expri-
mant l’anxiété ; attitude demi-assise dans le lit pour respi-
[\ rer plus facilement. La température de la peau est de 3yo.
I Point de notable infiltration ; oppression continuelle (28
il inspirations par minute) ; pouls petit, offrant quelques
i irrégularités, vibrant, à 60 par minute.
I La poitrine résonne bien partout, si ce n’est dans la
I région pi’écordiale ; la respiration s’entend aussi partout.
Les battemens du cœur sont très forts et très étendus :
cet organe vient frapper dans toute sa largeur la main ap-
pliquée sur la région précordiale (celle-ci rend un son mat
partout où se fait sentir l’impulsion du cœur). Au niveau
de la 6® côte, existe un frémissement cataire très prononcé
et isochrone à la contraction ventriculaire. Dans la région
des cavités gauches , on entend un bruit de scie ou de râpe
très sec, prolongé, filé en quelque sorte, et se terminant
par un roucoulement ou sifflement dont le maximum
d’intensité existe au niveau de la 4^ côte, un peu en dehors
i du sein, mais que l’on distingue aussi parfaitement vers la
, pointe de l’omoplate gauche. Ce bruit de scie filé et sibilant
î remplace le double bruit normal du cœur.
i32 maladies do cœur en PARTICCLîER.
Sur le trajet des carotides, on entend un bruit de soufflet
à double courant.
Les fonctions digestives ne sont pas notablement dé-
rangées.
Diagnostic. — Induration des 'valvules gauches du cœur y
avec rétrécissement d'un orijice. — Hypertrophie générale du
cœur avec dilatation.
Nous essayâmes , chez cette malade, l’hydriodate de po-
tasse , vanté comme propre à combattre l’hypertrophie du
cœur (on commença par la dose d’un quart de grain) ; douze
sangsues furent appliquées sur la région du cœur.
lo décembre. L’état de la malade avait changé. Le
pouls était à 56 , toujours petit , quoique vibrant , un peu
irrégulier. L’exploration dés battemens et des bruits du
cœur, répétée chaque jour, fournit constamment les résul-
tats signalés plus haut.
Les jours suivans, le pouls s’accélère ( le ao , il s’élève à
120 par minute).
22. L’oppression est telle, que la malade ne peut dormir ;
le pouls est à i3o, petit, comme sautilla/it ; visage altéré;
langue sèche {suppression de l'hjdriodate de potasse , que l'on
donnait à la dose d’un demi-grain dans une potion gommeuse).
a5. Les règles qui avaient paru, il y a i5 jours, sont
revenues de nouveau.
26. L’oppression est un peu moindre ; il existe un peu
de sang dans les crachats. La malade, couchée sur le côté
droit, ne veut pas qu’on la dérange pour l’examiner. {Lue
saignée de 2 pjaleites et demie.)
2 janvier i833. La malade se trouve mieux. L’oppression
a diminué, et il y a un peu de sommeil.
20. Les règles coulent en très grande abondance, et celte
énorme perte de sang a été accompagnée d’un saignement
de nez considérable. Disposition aux lypolhymies , pâleur
extrême. Cependant les battemens du cœur sont toujours
très forts.
TROIS. CATÉG. d’oCSERV. d’enDOCAEDITE. 1 33
La malade se plaint d’une vive douleur dans le côté droit,
ce qui nous détermine à examiner de nouveau la poitrine
avec tout le soin convenable. On constate un défaut de
résonnance et du râle crépitant des deux côtés ^mais sur-
tout à droite. On diagnostique une pleuro-pneumonie in-
tercurrente.
La malade refuse avec obstination toute médication
active^ et spécialement les saignées (elle attribue aux pre-
mières sangsues qui lui ont été appliquées, il y a quelques
années, tous ses maux ultérieurs). En conséquence , on se
borne à l'application cVun 'vésicatoire , de cataplasmes émoi-
liens, secondés par les boissons adoucissantes et un looch
blanc. 5
2g. Etouffement, anxiété extrême ; yeux presque éteints ;
battemens du cœur très forts, wo/e/i.y. La malade expire à
une heure après midi.
Autopsie cadavéricpue , 20 heures après la mort.
1° Habit, extér. — Rigidité cadavérique ; demi-marasme.
Infiltration des pieds et autour des malléoles. Lèvres un
peu violettes 5 pâleur générale.
2° Organ. respirât, et circul. — Environ un demi-verre de
sérosité dans le eôté droit de la poitrine. Des fausses mem-
branes minces, granulées, à demi organisées , quoique
récentes, recouvrent le lobe inférieur du poumon droit.
Au-dessous d’elles , existe une belle injection arborisée. Le
lobe qu’elles recouvrent est dans un état d’hépatisation
rouge et grise : son tissu est grenu , facile à déchirer ,
abreuvé de sang, de pus et de sérosité. Des masses de lo-
bules ainsi hépatisées sont séparées les uns des autres par
des colonnes d intersection où le tissu pulmonaire jouit dq
toute son intégrité ( il est d’un blanc-grisâtre , crépitant ,
élastique, souple). Ces portions contrastent à l’intérieur
et à l’extérieur avec les masses hépatisées, qui , sçus Iç rapr
port de la rougeur, de l’injection et de l’infiltralion san-
guine, représentent, en tjucl^ues points, des xnassçsi de
l34 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
tissu cellulaire frappées de phlegmon. — La membrane
muqueuse des bronches droites est très injectée et d’un
rouge assez vif. — La partie inférieure du lobe inférieur du
poumon gauche est en hépatisation grise (la pression en
fait ruisseler du véritable pus). — Une hépatisation moins
avaneée existe au sommet du même poumon (le liquide
qu’on en exprime par la pression offre une teinte jaunâtre
ou rouillée). Malgré cet état d’hépatisation, les deux pou-
mons jetés en masse dans un vase rempli d’eau , surnagent.
Le péricarde contient une médiocre quantité de sérosité
jaune. Le cœur, très volumineux , est placé presque trans-
versalement dans le côté gauche de la poitrine. Sa pointe
regarde le bord supérieur du cartilage de la 6^ côte. L’oreil-
lette gauche répond au second espace intercostal. La face
antérieure du cœur est presque entièrement à découvert
(le poumon gauche recouvre seulement une partie des
cavités gauches). La portion non recouverte par les pou-
mons offre une étendue à peu près égale à celle de la paume
de la main et appartient presque exclusivement au ventri-
cule droit hypertrophié et dilaté.
Ayant d’avoir été vidé de ses caillots, le cœur pèse i liv. a onc.
Vidé et lavé, il pèse 12 onc.
Dimensions du cœur encore plein de sang :
Diamètre vertical
— transversal
— - antéro-postérieur
Circonférence à la base
4 pouc. 7 lig.
4 pouc. a lig.
5 pouc. a lig.
10 pouc. 6 lig.
Les cavités droites contiennent une grande quantité de
sang coagulé (la masse des caillots, qui sont noirs et récens,
égale le volume d’un œuf ).
La cavité du ventricule droit pourrait contenir un gros
œuf : elle dépasse d’un quart celle du gauche (celui-ci
semble ne former qu’un appendice du droit). Les colonnes
i
I
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. i35
charnues sont épaisses, hypertrophiées, très multipliées;
leur tissu est l'erme et vermeil.
L’o'reillette droite, moins dilatée proportionnellement
que le ventricule, est hypertrophiée (ses colonnes charnues
sont très épaisses ). «
L’orifice auriculo-ventriculaire droit estlibre. La valvule
tricuspide , plus épaisse qu’à l’état normal , est d ailleurs
bien conformée.
Le ventricule gauche contient un caillot du volume d’une
grosse noix. Ainsi qu’il a été dit , sa capacité est d un quart
moindre que celle du droit. Ses parois ont g lignes d’épais-
. seur. Ses colonnes charnues sont proportionnellement
moins vigoureuses que celles du droit. Son tissu est ferme,
vermeil, rosé, comme cela se voit ordinairement dans la
véritable hypertrophie.
L’oreillette gauche offre une cavité à peu près égale à
celle de la droite. Bien que dilatées, ses parois sont épais-
sies (elles ont 2 lignes d’épaisseur).
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche, du côté de
l’oreillette, représente une fente elliptique, dont le grand
diamètre ne dépasse pas 3 lignes. Cette fente permet à
peine l’introduction du bout du doigt.
Les deux lames de la valvule , réunies par leurs côtés de
manière à former un véritable anneau , sont considérable-
ment épaissies et transformées en un tissu fibro-cartilagi-
neux, criant sous le scalpel.
L’orifice aortique n’est pas notablement rétréci. Cepen-
dant les valvules sigmoïdes sont plus épaisses qu’à l’état
normal ; leur bord libre ou supérieur est même fibro-carti-
lagineux et surmonté de petites 'végétations granulifor-
mes.
La membrane interne du cœur est blanche partout, si
ce n’est dans l’oreillette droite, où elle est légèrement rosée.
Elle est parsemée , dans l’oreillette gauche, de quelques
taches d’un blanc jaunâtre : plus épaisse qu’à l’état normal,
ilALADIES DD COEUK EN PARTICULIER,
elle se détaché assez facilement du tissu musculaire sous-
jacent, lequel est composé de faisceaux pressés les uns
contre les autres, extrêmement épais et analogues aux
couches des parois ventriculaires. ,
L’aorte est généralement étroite. Ses parois sont minces.
Sa membrane interne, blanche, est parsemée de taches
analogues à celles de l’oreillette, formant deux espèces de
traînées ,<plus marquées vers sa terminaison.
L’artère pulmonaire, dont les valvules sont saines , est
parcourue de points jaunes, formant un relief plus ou
moins marqué à sa surface interne. En incisant ces points ,
on y trouve une matière comme crayeuse. Cette altération
se prolonge au loin dans les divisions de l’artère. Il n’existe
ni rougeur, ni injection de la membrane interne de ce
vaisseau.
La veine-cave contient des caillots de sang qui se pro-
longent en longs cordons dans les veines des membres
inférieurs. Cette veine est un peu dilatée. Sa membrane
interne est blanche.
3° Org. digest. et annex. — Le foie est plus volumineux
qu’à l’état normal , surtout dans le sens de la longueur ; il
contient beaucoup de sang qui s’écoule à la surface des in-
cisions pratiquées dans son tissu. La vésicule contient une
bile d’un jaune foncé, qui a fortement coloré la membrane
interne.
La membrane interne de l’estomac présente une rougeur
assez vermeille, et conserve sa consistance normale, ex-
cepté dans le grand cul-de-sac, où elle est sensiblement
diminuée.
Rougeur dans toute l’étendue de l’intestin grêle; dans le
dernier pied de cet intestin , éruption de granulations
multipliées.
La même éruption a lieu dans le cæcum et le commen-
cement du colon, où la rougeur se fonce davantage, pouy
ee çpnlinuer ainsi jusqu'à l'e.xtrémiié de cei organe.
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. I 87
Utérus plus volumineux que clans lelat normal , conte-
1 nant clans sa cavité dilatée un petit caillot de sang, du vo-
iilume d’un hanicot; rougeur, sorte d’infiltration sanguine
t.cles lèvi'cs du col utérin, dilatation du vagin.
Vessie vide, contractée , rouge vers le col et le bas-fond,
,'où existent quelques gouttes d’une urine un peu trouble.
Reins pai'faitement'^ains.
OBSERVATIOIV 70«.
«'
I
î
Jeune Iiomine de aS ans. — Palpitations; inGilration des membres inférieurs ,
f et ascite, à la suite de toux prolongée. — Bruit de râpe dans la région précor-
ti diale, avec batleniens tumultueux du cœur, et pouls irrégulier, d’une extrême
f petitesse. — Mort quelques années après les premiers accidens. — Ossification
ddela valvule mitrale, avec rétrécissement très considérable de l’orifice auriculo-
V ventriculaire gauche. — Hypertrophie avec dilatation du coeur.
Claude Decoust, âgé cl ea8 ans , d’un tempérament san-
îguin, né de parens qui ne paraissent pas avoir eu de mala-
( die du cœur , affecté dans sa jeunesse de cjuelques maux sy-
] philiiiques , eut qu’elejue temps après la puberté , des bé-
imorrhoïdes cjui revenaient à des intervalles irréguliers. Il
;alla , n’étant âgé que de 21 ans, dans l’Amérique Méridio-
nale, et il y resta environ cincj ans. Pendant son séjour, il eut,
dit-il , les fièvres, à diverses reprises, et il toussait habituel-
lement. A son retour, la toux diminua et les bémorrhoïdes
disparurent; à cette époque il éprouva des chagrins assez
I considérables. Jusqu’alors il n’avait point ressenti de palpi-
tations ; néanmoins , il s’essoufflait facilement, surtout* en
I montant; enfin, vers l’antiée dernière, il éprouva des sjmp~
I tomes de maladie du cœur pour lesquels il consulta divers
médecins. Au mois de juin dernier , il tomba plusieurs fois
en syncope, à des intervalles peu éloignés ; il en fut effrayé,
et se détermina à venir à l’Hotel-Dieu , où il fut reçu au
commencement du mois de juillet i823 n® 25 , salle dq
Uosairé), , ‘
l38 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER.
Six saignées furent pratiqués; on appliqua une vessie de
glace sur la région précordiale.
Au bout d’un mois de ces applications continuées, la ma-
ladie avait tellement diminué , que DecousV se crut guéri,
et il sortit de l’hôpital. Mais les palpitations s’étant renou-
velées, il ne tarda pas à rentrer. Cette fois, on employa la
digitale pourprée à la dose de 12 gr. par jour (on lui
associa le laurier-cerise) , ce qui calma les palpitations et
la dyspnée. Le malade se levait , se promenait, et espérait
bientôt sortir ; ce fut sur ces entrefaites qu’il ressentit de
l’embarras dans ses digestions ; l’appétit disparut , la dys-
pnée se renouvela, et força le malade à garder le lit.
Le 6 octobre 1823, on observait les symptômes suivans:
— Le malade , assis , plutôt que couché dans son lit, la tête
ordinairement penchée sur la poitrine, respire avec une
grande difficulté. Toute sa peau est décolorée (lespommettes
cependant et les lèvres présentent une légère teinte vio-
lette). Les prunelles sont dilatées, les yeux entourés d’un
cercle bleuâtre , toux assez fréquente , son mat à la partie
inférieure de la poitrine.
L’œil distingue des battemens tumultueux du cœur : on
les entend jusque dans le dos, confus et sans intervalle
distinct; ils sont accompagnés d’un bruit de lime bien marqué.
Le pouls est irrégulier , linéaire , presque insensible.
L’ensemble des signes indiqués ne permettait pas de mé-
connaître un rétrécissement de quelqu’un des orifices du
cœur.
Le 7 octobre, céphalalgie sus-orbitaire ; langue toujours
pâle , mais un peu chargée ; léger dévoiement ; oppression;
froid des mains.
Ipécacuanha 18 gr.; huile de ricin; cautère sur la région du
cœur; pilul. de cynoglosse.
Les jours suivans, le tumulte du cœur continue; la peau
se réchauffe et même se couvre de sueur ; l’anxiété et la
dyspnée persistent ; le sommeil est nul ou interrompu par
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’endocardite. 1 3q
des réveils en sursaut. (Meme genre de traitement. ) — Le
malade vomit; ses jambes s’infiltrent; l’étouffement aug-
mente ; les battemens du cœur sont très forts et très éten-
. dus, avec bruit de râpe.
Le 21 , le dévoiement est considérable ; la faiblesse ex-
I tréme.
Org. émuls.; pilai, merc. avec extr. gom. théb.; lait.
Le 23, le malade se dit mieux, il tousse moins. — Ce-
] pendant, il tombe peu à peu dans un' assoupissement con-
I tinuel ; il est si oppressé et si faible^ qu’il ne peut répondre
; aux questions, et que le moindre examen le fatigue et l’im-
portune ; l’œdème et l’abattement vont en augmentant.
— (On prescrit, au lieu de pilules mercurielles, i gros
• d’onguent napolitain ). — Le malade succombe , le 8 no-
vembre. '
Autopsie cadavérique.
Sérosité abondante dans les plèvres et le péritoine ; infil-
tration des membres.
Cœur très volumineux (i), ayant à peu près 6 p. de dia-
mètre , tant dans le sens vertical que dans le sens trans-
versal ; ventricules énormément dilatés , ayant leurs parois
un peu épaissies ; l’oreillette gauche est aussi dilatée. — U ori-
fice auricido-ventricidaire gauche admet à peine V extrémité du
doigt; la valvule mitrale est ossifiée dans une grande partie
de sa circonférence,
La base des poumons est gorgée de sang.
L’estomac est d’un rouge violacé; il en est de même, mais
à un moindre degré , de tout le tube intestinal.
(i) M. Cruveilhier, qui suivait alors, ainsi que moi, la clinique de M. Réca-
mier, dit n’avoir jamais vu un cœur aussi gros. ( M. Cruveilhier était venu à
Paris à cette époque pour le concours de l’agrégation. )
l4o _ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
2® Rétrécis sement de V orifice aortique, par induration et épais- \
sissenient des valvules sigmoïdes de V aorte.
OBSERVATION 71e (i).
Femme de 7a ans. — Après cinq mois d'une douleur dans la région précor- o
diale avec fièvre , symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le
cœur; infiltration, palpitations, étouffement; bruit de râpe dans la région pré- iq
cordiale. — Pneumonie aiguë , intercurrente, suivie de mort, six mois après les i 3
premiers symptômes apparens de maladie du cœur. — Induration , pétrification
des valvules aortiques , avec rétrécissement considérable de l'orifice aortique, jg
et dilatation du cœur, etc. ^
• I
Soulagette (Marie-Elisabeth) , sans état, âgée de 72 ans,
d’une haute stature, d’une complexion forte, chargée d’eiu- ^
bonpoint, entra le 22 août i83i , à l’hôpital St-Louis, ^
salle Bourbon, n® II. '
Soulagette s’est toujours très bien portée jusqu’à la fin ®
de mars, qu’elle fut prise de frisson avec fièvre et douleur 9
sourde dans la région du cœur. Jusque là, elle assure m
n’avoir jamais ressenti de palpitations et n’avoir jamais ||i
trouvé de difficulté à monter un escalier.
Traitée par deux applications successives de sangsues à é
T’anus , par la poudre de digitale en pilules et les lavemens
purgatifs, elle fut bientôt en état de quitter le lit, mais e
tout en conservant sa douleur de côté et des palpitations u
que la moindre agitation faisait redoubler. A compter de V
cette époque , il lui fut impossible de monter même un f
étage sans se reprendre , et la respiration demeura toujours
anxieuse.
Bientôt après, les jambes et successivement toutes les iî
parties , jusqu’aux' mains , s’œdématièrent.
(») Cette observation a été recueillie par M. le docteur Th. Lemascon , alors ^
Inloriie à l’hôpital Saint-Louis. (A celte époque , je remplaçais M, le docléuf MI
^t'ançois, au service duc]uel M. Lemasson était attaché, ). |
TROIS. C.iTÉÔ. d’oBSEÏIV. d’eNDOCABDITE. \l\A
Soülagette entra à l’hôpital, cinq mois après les premiers
symptômes apparens de sa maladie. A sa physionomie, et à
l’anxiété de sa respiration, il était facile de reconnaître à
priori une lésion du côté de l’organe central delacirculation.
L’auscultation faisait entendre les bruits du cœur dans une
j étendue très grande , et l’on distinguait en même temps
I ce susurras, que l’on désigne généralement sous le nom de
I bruit de râpe. Pouls petit, inégal , intermittent. Du reste,
I hydropisie générale avec ascite considérable.
Respiration anxieuse ; décoloration des lèvres qui parais-
I» sent bleuâtres; décubitus forcé sur le dos et dans une
I > attitude semi-assise ; peau fraîche et sèche ; soif très grande ;
I point ou presque point d’urines ; selles rares ; langue natu-
î: relie.
M. Bouillaud, qui remplaçait provisoirement M. le doc-
i teur François, annonce l’existence d’un rétrécissement de
\ Vun des orijîees du eœur par lésion organique des 'valoides ,
\ et une hynertrophie du cœur avec dilatation.
Saisnée du bras. — Un lavement avec le miel de mercuriale.
Orge et réglisse Jiitr. pour boisson. — ■ ( La saignée n’ayant
I pu être pratiquée à cause de l’œdème , est remplacée par
i. une application de trente sangsues à l’anus.)
Un peu de soulagement succéda à l’émission sanguine,
' quoique locale, qui fut répétée plusieurs fois, jusqu’à la
t fin de la première quinzaine de septembre, que Soülagette
! fut prise d’une double pneumonie des lobes inférieurs.
M. François, qui avait repris son service depuis quelques
' jours, et administré la décoction de kahinça (8 onces de
: décoction de a gros de racine par jour), suspendit celte
dernière potion pour recourir à l’emploi du tartre stibié,
' espérant agir à la fois et contre la pneumonie et contre
l’hydropisie. i
Quoi qu’il en soit , les symptômes allèrent toujours en
' ^aggravant, et la malade périt le aa septembre, un mois
après son entrée.
I
l4^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Autopsie cadavérique.
1° Ovg. respirât, et circulât. Epanchement de sérosité
légèrement trouble dans les deux plèvres. — Hépatisation
des deux poumons dans leur moitié inférieure.
Le volume du cœur est double de celui du poing du sujet.
Cette augmentation de volume tient en partie à la disten-
sion des cavités par des caillots de sang. Vidé du sang qu’il
contient, le cœur est encore d’un bon tiers pjlus volumi-
neux qu’à l’état normal. Des caillots qui remplissaient les,
cavités , les uns étaient récens et pour ainsi dire frais , ana-
logues à de la gelée de groseilles foncée en couleur; les!
autres, plus anciens, décolorés, adhéraient un peu aux.:
colonnes charnues.
Les trois valvules aortiques, tout-à-fait déformées, sonti
changées en un tissu calcaire qui résonne comme un calcul -
vésical, et ne sont susceptibles d’élévation ni d’abaisse-:
ment ; la zone tendineuse à laquelle s’insèrent ces valvules!
est également ossifiée ou pétrifiée. L’ouverture permanente
que circonscrivent les valvules indurées est réduite à une
espèce de fente de 3 à 4 lignes de longueur , et à travers
laquelle on peut à peine introduire l’extrémité du petit
doigt. La surface des valvules est inégale et rugueuse. Les i
autres orifices du cœur sont libres. La valvule bicuspide
ou mitrale est notablement épaissie, ainsi que les parois
de l’oreillette correspondante. La cavité de celle oreillette
est en même temps sensiblement dilatée. Le ventricule
gauche est hypertrophié et dilaté : ses parois ont de 7 à 8
lignes d’épaisseur; sa cavité contiendrait un œuf de canne.
Le tissu de ce ventricule est comme desséché et friable,
granuleux plutôt que fibreux. Il y avait à sa surface externe
quelques taches d’un rouge sombre, analogues aux taches
scorbutiques et dues comme ces dernières à une suffusion
sanguine. Le ventricule droit ne semblait former qu un
appendice du gauche : il était un peu dilaté , avec amin-
cissement de ses parois ; son tissu semblait moins altéré que
i
f
TROIS. CATÉG, d’oBSERV. d’eNDOCABDITE. i43
celui du gauche. L’oreillette droite, un peu dilatée, n’offrait
d’ailleurs rien de notable.
La membrane interne du cœur et de l’aorte offrait une
■ rougeur probablement due à l’imbibition sanguine.
La face interne de l’aorte était rouge aussi et en même
i temps parsemée de points ou plaques jaunâtres. Le calibre
. de cette artère était plutôt augmenté que diminué , surtout
. dans la portion sous-sternale. Il existait un notable épaissis-
ï sement des parois.
qP Org. digest. — La cavité péritonéale est remplie outre
^ mesure par un liquide citrin , mélangé de flocons albumi-
: neux. — La surface du paquet intestinal est d’un rose
1 rouge dans certains points ; ailleurs, d’un rouge violacé.
La membrane muqueuse , depuis le grand cul de sac de
1 l’estomac, jusqu’à la fin du gros intestin, est d’un rouge
Ue-de-'vin et recouverte d’un enduit mucoso-sanguinolent ; à 'voir
I les intestins , on serait porté à croire qu’il y aurait eu empoi-
. sonnement par quelque substance âcre {x).
OBSERVATION ’72« (a).
Femme de 6o ans. — Infiltration générale, palpitations, bruit de soufflet du
I cœur, pouls presque insensible, etc. — Rétrécissement très considérable de l’o-
rifice aortique, par suite de l’ossification des valvules sygmoïdes de l’aorte (3). —
' Ossification du canal artériel. — Hypertrophie et dilatation du cœur.
La nommée M. , âgée de 6o ans , fut placée au n® 4 de la
salle St-Joseph, de l’hôpital de la Charité, où elle avait été
apportée le 7 décembre , dans un état des plus graves et
presque mourante. Cette femme avait cessé d’être réglée à
l’âge de 5o ans, et depuis ce temps s’était comstamment
(i) Dans les derniers Jours de la vie, à la suite de l’administi.-ation de l’émé-
tique, la langue était sèche, pointue et racornie.
(a) Celle observation m’a été communiquée par mon savant confrère, M. le
docteur Dalmas.
(3) Voyez la planche III ( bis. )
?
î44 maladies DU CŒUR EN PARTICULIEH.
plaint d elouffement , et elle avait été enflée à plusieurs a
reprises. (Elle n’avait jamais eu de maladie vénérienne, et .
n’avait jamais pris de mercure.)
Le lendemain 8 décembre, lorsque je la vis, elle était ::j
dans l’élat suivant : extrémités froides, violacées, infiltra- ij
tion légère, molle, mais générale, du tissu cellulaire sous- lu
cutané; face vultueuse ; veines du col, distendues.
Orthopnée , suffocation, parole difficile (lamalade se plaint ij
surtout de la poitrine).
La région du cœur percutée ne donne point de son. Les J
battemens du cœur s’y entendent avec un peu plus de ^
force, peut-être, que dans l’état normal, mais ils sontji
accompagnés d’wi bruit de soufflet bien marqué. Ils sont ré- ||
guliers ; mais on ne sent qu’à peine le 'pouls aux artères ^
du poignet. • [i
Ces signes permirent d’établir sur-le-cliamp le diagnostic ■
suivant : rétrécissement des valvules aortiques et hj'perti'ophiem
du cœur.
f I *
Quoique l’ensemble des symptômes fût des plus graves , it
et la circulation veineuse surtout fort empêchée, il me ■
parut convenable d’essayer de soulager, s’il en était temps I
encore, cette malade. En conséquence , i5 sangsi,ies jurent
appliquées sur la région du cœur ; des pédiluves et des manu- ta
luves furent prescrits. — Le nitrate de potasse Jiit donné d la ^
dose d'un demi-gros par pinte de chiendent miellé. 1
Le lendemain 8 décembre, au moment de la visite,
somnolence, état voisin de l’état sub-apoplectique. Aux
palpitations près qui ont un peu diminué, tous les symptô- 'J
mes graves persistent ou ont augmenté. Le pouls est,
comme la veille , presque insensible.
Dans la journée, la faiblesse augmente, la coloratioii
des mains devient de plus en plus violacée. Mort dans la
nuit.
Autopsie cadavérique , le lo décembre.
Il y a une quantité notable de sérosité citrine dans cha-
i
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. O’eNDOCARDITE. i45
que plèvre , un peu dans le péricarde et dans le péri-
toine.— Le foie est volumineux, endurci, altéré dans
sa structure.
Partout le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré, mais
à un léger degré : il a encore sa mollesse, sa flaccidité ha-
bituelle chez les sujets qui ont été à plusieurs, reprises af-
fectés d’anasarque. Le système veineux est partout très
engorgé. > . ^ .
Le cœur, qui a le volume des deux poings, remplit
presque la totalité du péricarde, distendu, et contenant un
peu de sérosité. L’hypertrophie avec dilatation est géné-
rale, c’est-à-dire qu’elle occupe les quatre cavités mais
l’hypertrophie l’emporte sur la dilatation dans le ventricule
gauche, tandis que c’est l’inverse dans les cavités droitei.
Le sang qu’elles contiennent est pris en caillots mous,
noirs , semblables à des masses de gelée épaissie ; ils sont
peu adhérons, nullement fibrineux.
Le sang enlevé , il est facile de voir, en introduisant le
doigt par le ventricule gauche ‘comme par l’artère aorte ,
qu’il y a un obstacle mécanique à l’orifice aortique.
Cet obstacle résulte de l’épaississement considérable des
trois valvules sigmoïdes, qui sont maintenues fixes à une
petite distance l’une de l’autre , en ne laissant entre elles
qu’une fente, ou plutôt un trou irrégulièrement triangu-
laire , à peine capable de laisser passer un petit pois. Ainsi
dégénérées, les valvules n’ont plus rien de leur forme, de
leur mobilité , ni de leur mollesse ordinaire.
La matière qui les constitue est dure, cassante, évidem
ment de nature calcaire.
A l’intérieur de la crosse de l’aorte , qui a à peu près les
dimensions ordinaires , on ne remarque que quelques ru-
dimens de taches cartilagineuses; mais, plus haut, il existe
des altérations plus prononcées.
Immédiatement après la naissance du tronc brachio-cé-
phalique , de la carotide et de la sous-clavière gauches , au-
1
l46 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
dessous d’un éperon intérieur correspondant à l’angle de
refleAion de l’aorte , il existe sur le côté interne de ce vais-
seau une petite dilatation anévrismale avec altération et
ossification des tuniques artérielles.
L’excavation qui en résulte forme à l’extérieur une bos-
selure évidente, et à l’intérieur une poche capable de loger
moitié d'une grosse noix. Assez régulièrement pratiquée sur
le côté interne de l’aorte, elle est arrondie, et peut avoir un
pouce de diamètre. Son fond est inégal , rugueux, encroûté
d’ossifications , d’autant plus épaisses qu’on approche da-
vantage du centre ; mais en ce dernier point l'excavation i
devient évidemment plus profonde , et semble aboutir en-
core à quelque chose; en examinant de plus près, et du ii
côté extérieur, on sent en effet une petite tige dure, qui , ,
dépouillée du tissu cellulaire qui l’enveloppe, se trouve s
être le canal artériel ossifié, aboutissant d’un côté au centre s
de l’excavation, et de l’autre à l’artère pulmonaire , dans a
l’intérieur de laquelle on reconnaît fort bien, à un petit Jj
pertuis rougeâtre, l’orifice du canal artériel. Ce dernier i;
est d’ailleurs complètement ossifié et oblitéré dans toute sa
longueur. Son épaisseur est de 3[4 de lig. environ , et sa
longueur de 6 à 8 1. Il est placé comme un arc-boutanf en- n
tre les deux artères et sous l’arc formé par la crosse de »£
l’aorte, depuis le point où elle surmonte l’artère pulmo- o
naire , jusqu’au point qui forme le centre de la bosselure
anévrismale.
Le reste des voies circulatoires était à l’état normal.
La tête , le rachis, etc., etc., n’ont point été examinés.
L
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. \lf]
3° Rétrécissement de V orifice auriculo-ventriculaire droit, par in-
duration et épaississement de la maloule tricuspide.
OBSERVATION 73» (i). .
Palpitations, anxiété, froid aux extrémités, etc. — Ossification de la valvule
tricuspide, qui était percée de deux trous à son bord libre, et d’un troisième à sa
base; rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit.
Le général Williams Wiple éprouvait depuis long-temps
plusieurs symptômes d’une maladie du cœur, tels que des
palpitations au moindre exercice , une grande anxiété , un
froid continuel aux extrémités. Les fatigues qu’il éprouva
pendant la révolution d’Amérique ayant aggravé son mal,
il succomba. L’oreillette droite était dilatée. La valvule tri-
cuspide , ossifiée, fermait l'orifice auriculo-ventriCulaire
droit, et était percée à son bord libre de deux trous, réunis
par une scissure de i p. de long, de i 1. à peu près de large;
et , à sa base, d’un troisième trou qui aboutissait au ventri-
cule gauche sur la valvule mitrale. Les cavités gauches du
cœur étaient dans l’état naturel (2).
(1) Celte observation a été publiée dans le tome XIX du Journal de méde-
cine, par Corvisarl, Leroux et Boyer.
(2) Qbserv. 74.*. — On peut voir dans le Muséum de l'Ecole de médecine de
Paris un exemple remarquable de l’endurcissement cartilagineux de la valvule
tricuspide, avec rétrécissement de l’orifice correspondant. Ce fait a été recueilli
par Corvisart.
Observ. 74' bis. — Morgagni ( epist. XLVII , art. 16) dit qu’une femme
de 4o ans avait les valvules du ventricule droit endurcies et semi-osseuses.
ÏO,
' MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
i'48
4® Rétrécissement de V orifice pulmonaire , par induration et
épaississement des 'vahules sigmoïdes de Vartère pulmo-
naire.
OBSERVATION IS» (i).
Femme de 57 ans. — Depuis un grand nombre d’années, symptômes de ma-
ladie dite organique du cœur ( palpitations, étouffement, frémissement vibra-
toire dans la région précordiale). — Mort par suite d’un raraoliissement du
cerveau. — Valvules de l’artère pulmonaire transformées en une cloison percée
à son centre d’une ouverture de 2 lig. ip de diamètre. — Hypertrophie con-
centrique du ventricule droit , etc,
Marie-Gabrlelle Vilain avait présenté, dès sa plus tendre
enfance , quelque chose d’insolite dans sa physionomie.
Aussitôt qu’elle se livrait à un exercice violent, son visage
se colorait d’un rouge violacé ; sa respiration , habituelle-
ment gênée , le devenait à un très haut degré , quand elle
montait un escalier.
A 47 ans, elle cessa d’être réglée, et commença à se plain-
dre de palpitations, accompagnées d’une douleur aiguë à la
région précordiale; souvent elle s’arrêtait pour sentir bat- .
tre son cœur, et disait alor||qu’e]le mourrait bientôt; enfin
ses lèvres et son visage devinrent tellement bleuâtres, même
quand elle marchait à pas lents, qu’elle n’osait plus se mon-
trer dans les rues. Elle était sujette à de fortes hémorrha-
gies nasales, dont une fut très effrayante par son abondance
et sa durée : elle éprouvait souvent des crampes dans les
membres. Sa constitution fut d’ailleurs toujours assez faible;
sa taille prit peu. de développement; elle resta fille, et
mena une vie régulière. Elle était parvenue à l’âge de 07
ans, lorsque , le i" juillet 1821, vers midi, elle se plaignit
à sa sœur d’une espèce de crampe dans la main et le pied
(1) Celle observation e.'l de M. Berlin , et a été publiée dans le Traité des
maladies du cosur et des gros vaisseaux (1824)»
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. D’ENDOCARDITEi l4g
gauches. Bientôt elle éprouva une grande gêne dans les
inouvemens de ces membres ; enfin elle perdit entièrement
le mouvement et le sentiment de tout ce côté du corps, con-
servant néanmoins toute sa raison , et même l’usage de la
parole. Le troisième jour après ces accidens, elle entra à
l’hôpital Cochin, dans l’état suivant: face animée, d’un
rouge violacé, lèvres bleuâtres, yeux saillans et brillans ;
orthopnée ; pouls petit , facile à déprimer au bras gauche ,
dur et assez fort au bras droit ; paralysie complète du côté
gauche. ( Arnica , potion éthérée ). — Pendant la nuit , les
membres paralysés éprouvent tout-à-coup des convulsions
pareilles à celles que détermine la noix vomique : en même
temps la respiration devient plus laborieuse, la face plus
animée ; les yeux sont plus brillans; les lèvres présentent
une couleur de rose; les battemens du cœur sont tumul-
tueux : en appliquant la main sur la région précordiale, on
sent une espèce de frémissement vibratoire. ( i5 sangsues à
Janus, potion digit.) Tous ces symptômes se calmèrent
promptement, et ne furent point accompagnés de perte de
connaissance. Le 4" jour, à la visite, M. Bertin fit pratiquer
une saignée du bras : la journée fut assez calme. Du 5® au
12® jour, plusieurs accès semblables au précédent, mais
moins longs et moins violens, se manifestèrent. Enfin le
12' jour, vers midi , la malade perdit subitement connais-
sance : face animée, yeux extrêmement brillans et saillans,
agités de mouvemehs convulsifs, dilatation de la pupille;
respiration s’embarrassant de. plus en plus; paralysie uni-
verselle ; battemens du cœur et des carotides plus fréquens
et plus forts. A l’instant même de l’accès, on fit une saignée
du bras, à la suite de laquelle la malade pouvait mçuvoir
un peu le bras droit : elle semblait même comprendre ce
qu on lui disait ; mais cette amélioration ne dura qu’un in-
stant. Les symptômes s’étant au contraire aggravés, la ma-
lade mourut le lendemain, i3* jour après le développement
des accidens cérébraux.
!5o maladies du COEUn EN PARTICULIER.
Autopsie cadavér. (i) i“ Le cœur avait un volume énorme:
il pesait 12 onces, tandis que celui d’une autre femme, exa-
miné comparativement , ne pesait que 4 onces. L’oreil-
lette droite, très développée, contenait plusieurs onces de
sang : une ouverture résultant du défaut d’oblitération du
trou de Botal, de 4 1- environ de diamètre, établissait une
communication entre les deux oreillettes. L’orifice auriculo-
renlriculaire droit était étroit; la cavité du ventricule cor-
respondant rétrécie aurait pu contenir un œuf de pigeon ;
ses parois avaient une épaisseur qui variait de i6 à ni.
Les valvules étaient petites , mais leurs cordes étaient fortes
et comme enveloppées d’un prolongement de la substance
charnue. L’orifice de l’artère pulmonaire offrait une cloison
horizontale , convexe du côté du poumon, concave du côté
du ventricule, percée à son centre d’une ouverture de 2 1.
et demie de diamètre, parfaitement circulaire : cette sorte
d’/ij-men avait, sur sa convexité, trois petits replis oubrides;
mais on ne voyait sur aucune de ses faces rien qui pût in-
diquer des vestiges de sa séparation en trois valvules. Au-
delà de cette cloison l’artère pulmonaire ne présentait au-
cune particularité. — L’oreillette gauche, de grandeur à peu
près ordinaire, offrait l’orifice du trou de Botal ci-dessus dé-
crit. Le ventricule gauche, plus ample que dans l’état natu-
rel , avait aussi des parois plus épaisses. L’aorte était parse-
mée de plaques osseuses et cartilagineuses. Le canal artériel
était entièrement oblitéré.
2® Le lobe antérieur de l’hémisphère droit du cerveau
contenait un abcès enkysté; autour de la membrane molle
et vasculaire qui renfermait le pus , la substance cérébrale
offrait une rougeur foncée qui s’affaiblissait à mesure
qu’on s’éloignait du foyer , et passait ensuite à une teinte
jaune; la substance était sensiblement ramollie dans cet
(i) Voyei les planches 3, 4» 5 el 6.
TROIS. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCAROITE. "l5l
endroit... Sous la méningine, on trouvait çà et l^une ma-
tière coueiineuse ou albumineuse dont la consistance j en
quelques points , était assez grande.
OBSERVATION '76« (i)j
Homme de 26 ans. — Crachement de sang. — Plus lard, tuberculisation des
poumons. — Palpitations, teint violacé , infiltration, bruit de snufflet du coeur.
— Signes de ramollissement du cerveau. — Mort à une époque indéterminée après
les premiers symptômes de maladie du cœur, un an après le crachement de sang.
— Granulations et fausse membriine organisée à la surface des cavités droites du
cœur. — Epaississement, ossification partielle de la valvule Iricuspide. — Trans-
formation des valvules pulmonaires en une cloison fibreuse , percée à son centre
d’un trou de 2 lig. 1(2 de diamètre. — Communication entre les deux ventricules
par un trou situé à l’origine de l’artère pulmonaire. — Hypertrophie interne ou
concentrique du ventricule droit. — Tubereulisqtion des poumons ( cpvefnes
dans le gauche ). — Ramollissement du corps strié et de la couche optique
droits.
> •
Un maçon , âgé de a5 ans, d’une constitution peu forte,
lymphatique, fut admis à l’hôpital de la Charité, le 5
août i833. Depuis l’âge de 12 ans, qu’il avait eu la coque-
luche , des palpitations incommodes et de la dyspnée se
manifestaient aussitôt qu’il précipitait .sa marche ou qu’il
montait un escalier. Depuis dix ans, il n’avait été que deux
fois dans les hôpitaux, la dernière au mois de juin 1822 , à
l’Hôtel-Dieu , pour un crachement de sang. 11 fut saigné
six fois, et sortit au bout de six semaines.
Le 5 avril (M. Louis, dit ici le 5 avril , et plus haut il dit
le 5 août, ce qui importe d’ailleurs fort peu), quand il fut
examiné, la figure était bouffie’, les lèvres, les pommettes
et le nez d’une couleur violette plus ou moins foncée (cette
teinte était moins marquée dans le repos que quand le
malade s’occupait, et augmentait pendant la toux princi-
(1) Cette observation appartient à M. Louis, qui l’a publiée dans un mémoire
De la communication des cavités droites avec les cavités gauches. J’ai
cru pouvoir en retrancher quelques détails étrangers à notre objet.
i52 maladies du CœUR EN PARTICULIER. ,
paiement^. — Les membres abdominaux étaient un peu
infiltré# depuis quelques Jours. Il y avait, depuis trois
semaines, un peu de diarrhée.
La respiration était presque naturelle à droite, accom-
pagnée d’un peu de crépitation à gauche, où la pectorilo-
quie existait en arrière et en haut. Dyspnée considérable.
Pouls sans dureté , à 92 par minute. Il n’y avait pas d'im-
pulsion à la région du cœur , ni de battemens aux jugulai-
res. On entendait, dans toute la partie antérieure de la
poitrine, un bruit de soufflet d’autant plus fort qu’on
s’approchait davantage du sternum. [Saignée de huit onces ;
chiend. nitr\ ,• potion gomm. auec 20 goutt. teint, digit. ,• diète).
Du 8 au i5, on fit appliquer, à trois reprises différentes,
5o sangsues au cou , pour combattre une congestion vers la
tête.
16. La poitrine, percutée pour la première fois, ne
rendait aucun son au-dessous de la clavicule gauche, dans
la hauteur de 5 pouces; le bruit de soufflet et la crépiiar
tion persistaient. Le malade mangeait le quart et au delà.
{Saignée de 8 ofices) . <
22. Augmentation de la dyspnée, assoupissement fré-
quent. Dans la nuit du '23 au 24,' crachement d’un peu
moins d’une palette de sang rouge et écumeux. — Dans la
matinée, figure pâle et un peu livide , comme égarée ; pouls
précipité et intermittent. Le malade semblait près d’expi-
rer, mais répondait encore aux questions. — Il mourut le
même jour, à 3 heures après midi.
j4iitopsie cadavérique 16 heures après la mort.
1*’ Habit, extév. >— Figure pâle; corps froid: membres
mous et un peu infiltrés; quelques vergetures.
1° Org. respir. et circulât. — Endurci antérieurement dans
sa moitié supérieure , le poumon gauche offrait, en arrière,
de grandes excavations tuberculeuses. Le poumon droit
était parsemé de tubercules, mais exempt de cavernes.
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1 63
Le volume du cœur dépassait celui du poing du sujet ,
de moitié environ (i).
L’oreillette droite, distendue par une assez grande quan-
tité de sang, conservait la meilleure partie de son volume,
après avoir été vidée ; elle ojfrait , à sa face extérieure , qui
était blanc hcitre , un assez grand nombre de granulations mi-
liaires , qu’on enlevait dans quelques points avec une fausse
membrane intermédiaire , sous lacpælle la séreuse conservait
un aspect louche et blanchâtre . — Ses parois avaient au moins
le double de l’épaisseur qui leur est naturelle. — Le ventri-
cule droit était très bombé , très dur ( trois fois plus dur
que le ventricule gauche). Ses parois étaient épaisses de 8
à lo lignes ; sa cavité était réduite à très peu de chose, et
presque nulle vers sa pointe , dans la hauteur de 2 pouces.
Cet épaississement était, en partie , le résultat du dévelop-
pement des colonnes charnues , pressées les unes contre
les autres et formant, au premiercoup d’œil, un plan con-
tinu. Il n’y avait de bien distinct qu’un pilier, du diamètre
de 8 lignes environ, presque complètement de niveau, à son
sommet, avec l’orifice auriculo-venlriculaire , ne donnant
attache aux cordes tendineuses que dans sa longueur, placé
contre l’orifice de l’artère pulmonaire qu’il concourait à
rétrécir. — Les 'valvules tricuspides étaient jaunâtres, épais-
sies, à leur bord adhérent surtout , et offraient dans ce dernier
point une ossification partielle d’une ligne d’épaisseur. — L’ori-
fice de V arth e pulmonaire était fort étroit , surtout à une petite
distance des 'valvules sigmoïdes , où se trouvait une espèce de
diaphragme ou cloison fibreuse perpendiculaire à la direction du
'Vaisseau, percee d’un trou de 2 lig. et demie de diamètre environ.
Au-dessus, l’artère était saine et plus mince que dans
1 état naturel. — A sa naissance, et près de l’oreillette
droite, était un trou parfaitement arrondi, de 2 lignes
de diamètre , a bords minces, blancs et fibreux , et établis-
sait une communication entre les deux ventricules.
{>) Le péricarde contenait environ 4 onc. de séroiité.
f
l54 MAtADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Les cavités gauches n’offraient rien de remarquable.
3® Centres nerveux. — Trois ou quatre petites cuillerées is
de sérosité louche dans la cavité de l’arachnoïde. Pie-mère
très rouge, substance corticale très rosée , la médullaire lî
très injectée , mais d’ailleurs d’une couleur naturelle. — En- ii|
viron une cuillerée et demie de sérosité dans le ventricule â
latéral gauche; il n’y en avait aucune trace dans le droit. J
• — La partie antérieure du corps strié droitétait d’un rouge £
brun chocolat, ramollie , à consistance de crème , dans une i
épaisseur de 6 lignes, une hauteur de 4 j et la longueur
d’un pouce. Un peu en arrière et dans la couche optique
du même côté , était un semblable ramollissement , seule-
ment un peu moins étendu, autour duquel la substance
médullaire était jaunâtre et un peu ramollie.
RÉFLEXIONS.
M. Louis ne se borne pas à dire que , dans le cas actuel ,
le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire était
congénital, mais il établit en principe (principe absolu que
nou!? n’adoptons p?s) : que le trou de Botal, à une epoque
quelconque dP l<^ xie, la perforation de la cloison des 'ventncules
çt le rétrécissement de Vartere pulmonaire, doivent etre considé-
rés comme des dispositions congénitales.
Qu’on n’oublie pas de noter que chez ce malade létat
morbide des valvules coïncidait avec des traces de péricar-
dite chronique, péricardite qui occupait précisément le
même côté du cœur que les lésions valvulaires. Nous re- ■
trouverons la même complication dans 1 observation sui- ■
vante, et les réflexions que nous exposerons à cette occasion j|
sont, en grande partie, applicables au cas actuel.
4
TROIS. CATÉG. d’oBSIüRV. d’enDOCARDITE. 1 55
OBSERVATION ‘77» (i).
Jeune fille de 7 ans. — Toux et oppression depuis six mois; palpitations;
bruit de souffiet , frémissement cataire dans la région précordiale. — Mort dans
un état de suffocation. — Villosités à la surface de l’oreillette droite; plaqpes
fibreuses sur les ventricules. — Quelques duretés cartilagineuses au bord libre
de la valvule tricuspide, généralement très développée; transformation des val-
vules pulmonaires en une cloison fibro-carlilagineuse , pércée à son centre d’une
ouverture de 1 lig. de diamètre seulement. — Hypertrophie concentrique
du ventricule droit. — Hypertrophie de l’oreillette droite, énormément di-
latée .etc.
Rose Prouf , âgée de 7 ans , assez fortement constituée ,
était malade depuis six mois, lorsqu’elle fut admise dans le
service de M. Jadelot, le 3 novembre 1829. Elle avait une
: toux forte et sèche avec une légère oppression, depuis les
■ six mois indiqués. i
Au moment de l’entrée , voici ce qu’on observait : pouls
1 un peu fréquent, petit, intermittent, vibrant, palpitations
. assez fortes ; pommettes et menton très colorés en violet ;
1 membres inférieurs marbrés de violet et de blanc; bouffis-
; sure générale très légère. Battemens du cœur très sensibles
^ à la main dans toute la région antérieure de la poitrine où
i il existe une forte matité ; frémissement cataire bien mar-
1 qué ; la main sent le choc du cœur dans toute la poitrine ; le
• stéthoscope fait enienàvQ partout un bruit de soufflet fort
t et 'prolongé, isochrone au pouls, plus fort à la partie anté-
rieure et surtout à la région du cœur. — Orthopnée légère,
postérieurement et latéi’alement ; la poitrine résonne bien
et le murmure respiratoire s’y fait entendre (il est couvert
antérieurement par le bruit de soufflet)/
La percussion médiate fait reconnaître un peu de liquide
dans la cavité abdominale. — A l’aide de cette même per-
cussion et de la palpation, on constate que le foie, très
(1) Cette observation a été recueillie par M. le docteur Burnet, alors interne
a 1 hôpital des enfans ( elle a été publiée dans le Journal hebdomadaire de mé-
deeine, ann. i83i}.
156 MALADIES DU CCEÜR EN PARTICULIER,
dur, descend quatre pouces au-dessous du rebord des faus-
ses côtes droites.
Infus. de fl. pcctor. ; fj'ict. avec teint, scillit. sur les cuisses;
bains de pied et maniluves synapisés.
Les jours suivans, la dyspnée diminua; la fluctuation ab-
dominale devint de plus en plus évidente. — Le pouls était
fortement 'vibrant par instant ; le frémissement cataire per-
dit de son intensité; le bruit de soufflet fut continuellement
fort.
Le 8 novembre , la malade était assez bien le matin ; le :
soir , elle fut prise d’un étouffement considérable; le cœur ,i.
soulevait fortement la main; la bouffissure de la face et -j
Tœdème des membres augmentèrent à vue d’œil; la peau a
était pâle , un peu froide et luisante. — L’oppression aug- j
mentant de plus en plus, malgré l’emploi de révulsifs éner- i
giques sur les membres , la mort arriva dans la nuit.
Autopsie cadavér. , le lo au matin.
I® Habit, extér. — Les membres, un peu volumineux sont .
infiltrés d’une assez grande quantité de sérosité limpide.
2° Org. circul. et respirât. — Le cœur , revêtu de son en-;<
yeloppe., occupe la moitié antérieure de la poitrine au
moins. — Le péricarde contient à peu près lo onces de
sérosité limpide. — L’oreillette droite du cœur forme bien
la moitié de cet organe qui , de sa base à sa pointe , a 6 p.
etdemi environ, et 5 p. de l’appendice auriculaire droit à l’o-
rifice veineux du diaphragme. La sinface de l’oreillette est gri-
sâtre et légèrement 'villeuse en quelques points; la surface des
'ventricules présente quelques plaques blanches et fbreuses . —
L’oreillette droite contient un énorme caillot noir et ré-
cent, bien plus volumineux (|ue le poing d’un adulieu) :
elle a plus d’une lig. d’épaisseur près le ventricule droit. Sa
face interne est garnie de fortes colonnes charnues qui ne
(i) C'est beaucoup dire.
TROIS. CATÉO. O’OBSERV. D ENDOCARDITE. 167
le cèdent pas à celles que présente ordinairement le ventri-
cule droit. L’espace qui sépare les embouchures des veines*
caves est poli, et a 2 p. et demi de hauteur. L’orifice de la
I y veine cardiaque, muni d’une valvule très prononcée, a près
[ ‘ de 3 lig. de diamètre. — Le trou de Botal est parfaitement
fermé. — La 'valvule tricuspide très développée, bien mobile,
épaisse et opaque, percée par une ouverture ovalaire de 1 à ^
II :lig. de diamètre, offre a son bord, découpé quelques^duretés car-
\': tilagineuses peu considérables , et à sa division qui couvre
r l’orifice de l’artère pulmonaire , une légère échancrure. —
L Les [tendons et les colonnes charnues du ventricule droit
ÿ sont bien plus marqués qu’à gauche. — Ce ventricule est
[ presque oblitéré par l’hypertrophie concentrique de ses pa-
rrois, qui ont près de i p. d’épaisseur à la base, et offrent
;i une coloration rouge et une fermeté considérable; à la pre-
r mièrevue, il pouvait contenir à peine la seconde phalange
. du pouce : il semble comme une appendice de l’oreillette ,
t et se continue supérieurement , antérieurement et à gauche
!( par un canal triangulaire très étroit, arrondi en haut comme
ij î la gorge d’une poulie et long de 8 lig. environ, dans l’orifice
h pulmonaire. Celui-ci, de 3 à 41ig- de diamètre environ, est
Il î fermé incomplètenient par une membrane de tissu jaune, élas-
|) t tique, épaisse comme trois feuilles de papier au moins , prés en-
< tant du côté de V artère une convexité que l’on ne peut effacer
il \ par la pression , et fixée aux parois aitérielles par trois petits
ji; freins de même nature qu’elle , et an 'ventricule par un cercle
j* I ligamenteux jaunâtre. Cette membrane est percée à son centre
Il \ par une ouverture ovalaire et permanente de i lig. et demie de
'y diamètre. Cette ouverture a un bord fibreux , semi transparent ,
i ' blanchâtre et plus mince que le reste de la membrane; un peu plus
! en dehors, elle est fortifiée par un cercle de consistance prescpie
cartilagineuse, inégal, qui fait légèrement saillie h la face in-
térieure de la membrane.
Le ventricule gauche , dont la cavité est double à peu
près de celle du droit , ayant des parois de 2 1. d’épaisseur
et très consistantes, paraît comme pratiqué dans l’épaisseur
l58 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
de la cloison qui, du reste, est bien saine et peu épaisse. —
‘Uoreillette gauche est un peu moins spacieuse que le ven-
tricule correspondant (les veines pulmonaires s’y jettent
par trois embouchures).
L’aorte présente une circonférence de i pouc. ip supé-
rieurement, et de ip pouc. a. sa bifurcation. Les artères i
coronaires sont bien plus volumineuses que les radiales, j
L’artère pulmonaire est saine , un peu moins grosse que la
crosse aortique, et légèrement humide de sang à sa face i
interne. La veine-cave ne contient du sang que près du )
cœur : elle n’offre , du reste , rien de particulier. Les gros i
vaisseaux des membres contiennent un peu de sang noir o
( les viscères en sont très’peu fournis).'
3® Org. digest. etannex. — Le péritoine, pâle, contient is
plusieurs pintes de sérosité sanguinolentes. — Le foie, très \
abaissé ^ n’est guère plus développé que dans l’état naturel : la
il est très pesant, un peu mammelonné , ratatiné en quel- 3i
,ques endroits, très sec, piqueté, à sa face inférieure , de !>
jaune et de rouge. Vésicule biliaire très petite, à parois ,a
épaisses de i lig. i| a au moins. — Estomac rosé à sa face in- li
terne. Rougeur au bord libre de presque toutes les valvules ;i
du jéjunum. Quelques rougeurs dans l’iléon, avec déve- if
loppement assez considérable des follicules agminés et iso-
lés. Gros intestin rouge à sa terminaison , muni de folli- I.
Cules ronds et saillans... ’
RÉFLEXIONS.
M. Burhet pense que l’état des valvules de l’artère pul-
monaire doit être regardé comme un vice de conformation
congénital. J’avoue que cette opinion ne me paraît repo-
ser sur aucun fondement solide. Comment , en effet, con-
cevoir que cette jeune fille, forte et bien constituée comme
le dit M. Burnet , n’eût été malade que depuis six mois , si
l’altération dont il s’agit eût été congénitale? D’un autre
côté , si l’on considère comme un vice de conformation
congénitale le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmo-
L
TROIS. CATÉG. d’oBSEIIV. d’eNDOCARDITE. 169
naire, et la disposition qu’offraient ses valvules, il n’y a
pas de raison pour ne pas considérer comme également
congénitales les duretés cartilagineuses de la valvule tri-
, cuspide , l’hypertrophie des cayités droites , et même les
plaques fibreuses et les villosités de la surface externe du
^ cœur. Resterait ensuite k déterminer comment de telles
1 lésions ont été produites pendant l’évolution du produit de
1 la conception. Ces lésions ne différant pas essentiellement
I « de celles qui ont été décrites dans les précédentes observa-
1 lions, on serait logiquement conduit à leur assigner la
I I même origine.
j Quant à moi , considérant que cette jeune fille s’était
I toujours bien portée , si ce n’est six mois avant sa mort ,
qu’elle fut prise de toux et d’oppression, il me paraît infi-
i niment probable que les altérations rencontrées à l’exté-
I rieur et à l’intérieur du cœur n’étaient point congénitales,
I mais bien consécutives à une inflammation méconnue de la
1 membrane interne et externe du cœur. Ce qu’il y a de cer-
1 tain , je le répète , c’est que ces altérations n’ont rien qui
' les distingue de celles qu’une telle maladie aurait pu en-
I traîner à sa suite.
Il est fâcheux qu’on n’ait pas recueilli de renseignemens
plus complets sur la maladie que cette jeune fille avait es-
suyée six mois avant son entrée. On sait , au reste , com-
bien la péricardite est fréquente chez les jeunes sujets eux-
mêmes , et combien il est commun aussi de voir celte
phlegmasie coïncider avec une endocardite valvulaire (i).
(1) Comme la science ne possède encore qu’un très petit nombre d’exemples
de lésions des valvules chez les jeun|;s sujets, je rapporterai ici une seconde ob-
servation de ce genre ( bien que ce ne soit pas un cas de rétrécissement des ori-
fices ), également recueillie par M. Burnet. J'en retrancherai, comme je l’ai
fait pour le cas précédent , les détails qui ne se rattachent pas directement à
notre sujet.
Obs. 78'. — Eulalie Fripon , âgée de 10 ans, éprouvait depuis trois mois des
palpitations, lorsqu’elle fut admise , le a juillet , à l’hôpital des enfans. Depuis
quelq\ics jours elle toussait, et sa respiration était gênée. — Baltemens du cœur
°rls, Un peu accélérés, avec bruit de soufflet isochrone à la systole _des venlri-
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
160
OBSERVATION 79« (1).
Jeune fille de 16 ans. — Dyspnée habituelle , couleur ÜTide de la peau , lan-
gueur extrême des forces. — Mort. — CarlilaginiCcation des valvules de Tar-
ière pulmonaire, avec rétrécissement de Toriûce auquelies elles sont adaptées. —
Persistance du trou de Botal.
« Virgo, quæ ab nativitate usque semperœgrotans jacue-
cules , et léger frémissement cataire dans la région précordiale. Quinze jours en-
viron après son entrée, le bruit de soultlet et le frémissement cataire persistant
toujours, la malade fut prise d'une variole à laquelle elle succomba le 20 juillet,
le troisième ou quatrième jour après l’éruption.
Autopsie cadavérii/ue, le 2î juillet, à midi. (La température était très élevée.)
Le péricarde contient environ trois cuillerées d'un liquide fauve, où nagent
quelques flocons albumineux ; il est très injecté , et présente une arborisation
déliée sur Toriglne des vaisseaux. Le cœur est plus gros que le- cœur ordinaire
d'un adulte. Il est dilaté , mais non aminci. Toutes ses cavités sont distendues
par de gros caillots de sang noir. — La valvule mitrale n’a presque pas de lar-
geur dans l’intervalle de scs deux divisions, qui sont elles-mêmes peu divclop-
pées ; elle est un peu plus épaisse et plus dure que la tricuspide. L’orifice de l'ar-
tère pulmonaire admet facilement le pouce, tandis que celui de l’aorte contient
à peine l'indicateur. La face interne de ces deux artères est blanche. La mem-
brane interne du' cœur et les valvules sont rosées.
La valvule à’hustaclie, bien conservée, a plus d’un demi-pouce de largeur. Le
trou de Botal aimet un corps plaide 4 bg* de diamètie.La veine-cave inférieure,
au moyen de la valvule d’Eustache . dont les piliers se rendent sur les bords de
l’arcade ovalaire, paraît se terminer principalement dans le trou de Botal...
néCLEXIONS.
Que l’épaississement et le ratatinement de la valvule mitrale aient été dans ce
cas , comme dans les cas analogues que nous avons rapportés plus haut , la suite
d’une endocardite valvulaire, c’est ce qui nous semble probable. Mais quel (jue
soit le point de départ de celte lésion , ce qu’il y a de certain , c’est quelle a dû
déranger la circulation à travers les cavités gauches. Il est bon de noter que ,
malgré la persistance du trou de Botal chez celle jeune fille , il ne paraît pas
qu’on ait jamais observé un état complet de cyanose ( du moins il n’est fait au-
cune mention de cet état dans l’observation de M. Burnet). Nous verrons d’ail-
leurs , à l’article où nous étudierons les communications anormales des cavités
droites avec les cavités gauches , que la cyanose n’accompagne pas nécessaire-
ment et constamment ce genre de lésion. Comme il n’existait point d’obstacle
mécanique à la circulation dans les cavités droites chez celle jeune fille, on con-
çoit que le sang de ces cavités , malgré Tçxislence du trou de Botal , a bien pu
ne pas se mêler à celui des cavités gauches. Or, c’est le mélange du sang noir
des cavités droites avec celui des cavités gauches qui paraît constituer 1 une des
principales conditions sans lesquelles la cyanose ne peut se manifester.
(i) Morgagni , De sedib, et eaus, tnorbor^^ etc., epist. II,
TROIS. CATÉG. U’OBSERV. d’enDOC ARDITE. l6l
» rat, ob summum præsertim virium languorem, anhelans
» respirabat, et tota cute colore quasi livicio infecta erat.
ï> Tandem, cum ad annum cireiterdecimumsextumpervenis-
» set, mortua est. — Cor habuit exiguum, et mucronem ver-
»sùs, quasi subrotundum. Ventriculus sinister formâ erat
» quâ solet dexler^ et dexter 'vicissim quâ sinister; et quan-
» quant hoc latior, parietibus tainen crassioribus. Dextera pa-
» riter auricula tota duplo erat grandior, quam tota si-
«nistra, duploque carnosior : inter utramque etiam tum
» patebat foramen ovale , ut minimum digitum posset ad-
» mittere. De tribus valvulis triangularibus justam una
j> magniiudinem duæ reiiquæ minorem habebant. Sigmoï-
» des autem, quæ jDulmonaris arteriæ ostio præfîciuntur,
» ad basim quidem eranl secundum naturam, sed parte su-
» periore carlilagineæ videbànlur ; quin exiguum ossis
» frustulum jam habebant : erantque eâ parte sic inter se
«colligalæ, ut vix foi’amen relinquerent, lente non ma-
» jus, per quod sanguis exiret. Erant autem ad illud fora-
» men quædam exigiiæ productiones carneo-membranosæ,
» EA uATioNE coLLOCATÆ , ut valvularum vices supplere
» possent, egredienli sanguini cedendo , regressuro autém
» obsiando. »
REFLEXIONS.
Morgagni dit qu'il est porté à croire que la lésion de l’o-
rifice de Tarière pulmonaire était congénitale, et que,
pendant la vie, elle avait pris insensiblement de nouveaux
accroisseniens.
Aux cas qui viennent d’être rapportés nous ajouterons
le suivant , qui parait s’en rapprocher, et dont le sujet n’é-
tait âgé que de lo mois.
OBSERVATION 80«.
Un enfant fut atteint tout-à-coup , à l’âge de 2 mois , de
dyspnée, avec suffocation menaçante, accompagnée d'une
i62 maladies du coeur en particulier.
couleur livide, presque noire, du visage, des doigts et des
orteils. Ces accès, devenus très fré':juens, se renouvellent i
tous les jours vers lo heures du matin , se prolongent plu- i
sieurs heures , sont accompagnés d’intermittence du pouls 1
et d’abaissement de la température, et l’enfant meurt à lo .
mois, dans le cours de l’un d’eux.
On trouva , à l’ouverture du corps , le cœur très volunii- i
neux , l’aorte fort large, venant de l’un et de l’autre ven- u
tricules par deux orifices capables d’admettre l’extrémité i
d’un doigt; le trou Botal non entièrement oblitéré; les y
valvules sigmoïdes ( lesquelles? ) ossifiées à leur base. »
( Commentaire de méd., publié par Duncan. )
5® Rétrécissement simultané de plusieurs des oi'i/ices du cœur,
par épaississement et induration de leurs valvules.
Les observations 21® et 2^^, rapportées au chapitre de la il
péricardite , sont des exemples remarquables d’un double f(
rétrécissement par induration des valvules ( ce rétrécisse- %
ment affectait les deux orifices gauches).. A ces deux obser- u
valions nous ajouterons les suivantes.
OBSERVATION 81«. ' '
Femme de 3o ans, — Ancien rhumatisme arlicidaire, et, plus tard, bhcms «
très violent. — A la suite de ces affections, palpitations , dyspnée , hydropisies ifc
passives ; br.uil de râpe très fort dans la région précordiale. — Mort. — Adhé- «41
renée générale, du péricarde au CQE'ir. — Epaississement fibro-carlilagii\eux , et ■ (
déformation des valhiles aortiques et de la vafvüle bicuspide , avec rétrécisse- <¥
ment des oriGces ventriculo-aortique et auriculo-ventriculaire gauche. — Fausse t>
menibiane fibreuse, aréolée» développée sur la portion de l’endocarde qui revêt
Ja cavité.de l’oreilleUe gauche. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Gail- i*-
lots dans les cavités de cet organe ( les uns anciens, les autres réoens ). 1
r,
]\Iayer (Joséphine j, ugp6 de 3o ans, couturière, est ^
entrée pour la seconde fois a la Charité, le 3 juillet 1828 5.
(service de M. Rullier). La maladie pour laquelle elle vient ps
.chercher des secours date déjà de quelques années. Cette S
TROIS. CATÉG. o’OBSERV. 1) ENDOCARDITE. 1 63
femme est d’une conslitulion délicate, et n’a presque ja-
mais joui d’une bonne santé. A l’âge de 8 ans , elle fut
opérée de la pierre par M. Dubois. Plus tard, elle fut
affectée d'un rhiwiatisnie goutteux. Elle n’a jamais été régu-
lièrement menstruée ; elle ne l’est pas depuis deux à trois
ans que, à la suite d’un fort rhume, elle fut prise de pal-
pitations avec oppression. C’est à cette époque qu’elle lait
remonter sa maladie actuelle dont voici les symptômes :
visage bouffi , fatigué; lèvres grosses, violettes; infiltration
des membres inférieurs; respiration courte, pénible, semi-
orthopnée; pouls petit, inégal, intermitttent, offrant, après
les intermittences , des pulsations répétées ,coup sur-coup ;
les battemens du cœur présentent les mêmes caractères; de
plus, uii bruit de râpe très fort accompagne les battemens
ventriculaires, qui aujourd’hui sont moins énergiques que
précédemment; des palpitations avec étouffement se ma-
nifestent au moindre effort ( à peine si la malade peut se
leverV Les membres inférieurs sont infiltrés; l’abdomen
est énormément distendu par de la sérosité ( la fluctuation
est évidente). — Le sommeil est presque nul.
Diagnostic. Rétrécissement d'un orifice du coeur.
Deux saignées du hi'as ; l’opération delà paracentèse prati-
quée quatre fois, la digitale , le vin diurétique, tels furent les
moyens mis ên usage par M. Fouquier, lors de la première en-
trée de cette malade à la charité. Ces moyens la soulagèrent
beaucoup. L’infiltration disparut, et pendantquelque temps
après sa sortie , l’état de cette femme fut passable. Mais les
symptômes indiqués plus haut ne tai-dèrent pas a revenir,
ce qui obligea la malade à rentrer à l’hôpital. Depuis qu’elle
est dans les salles de M. Rullier, elle a subi une nouvelle
fois la paracentèse , douze sangsues ont été appliquées h la
région du cœur, et des nésicatoires aux cuisses {pu a prescrit
aussi les diurétiques) .
L’état de la malade s’aggrava beaucoup dans les derniers
jours de septembre.
lf>4 MALADIES DU COEUIl EN PAliTICULIER.
Le 3 octobre au malin , cette femme n'éiait pas plus mal
qu’à l’ordinaîre. J'dle s’occupa même à coudre une partie
de la journée. Le soir, l’ctouffement augmenie , les lèvres
deviennent plus violettes , elle pousse des plaintes et
demande néanmoins à manger ; dans la nuit elle vomit
une quantité assez considérable d’un liquide noirâtre, ana-
logue à du marc de café ; elle suffoque {sjnap. aux jambes).
Elle expire à six heures du matin.
Autopsie cadavérique , ly heures après la mort.
1° Habit, extér. — Visage violacé j gonflement des veines
sous-cutanées; infiltration énorme des membres inférieurs,
ainsi que des parois abdominales (i).
2° Org. respirât, et circulât. — Les viscères thoraciques
étaient refoulés en haut par un épanchement séreux du
péritoine et de la plèvre. — Le cœur, distendu par une
énorme quantité de caillots, occupait une grande partie
du côté gauche de la poitrine. Parmi les caillots du cœur,
les uns, de couleur d’ambre, mous, gélatiniformes, s’étaient
probablement formés dans les derniers momens de la vie;
les autres, plus anciens, cliarnus comme ceux que l’on
trouve dans des veines depuis long-temps oblitérées, s’é-
crasent à la manière de la fibrine concrète (quelques unes
de ces dernières concrétions étaient entrelacées dans les
colonnes charnues et leurs tendons).
Le péricarde adhérait île toutes parts au cœur par un
tissu cellulaire lâche. A la surface de cet organe, on re-
marquait une très belle injection capillaire.
L'orifice aortique était considérablement rétréci. Les
valvules aortiques, épaissies, réunies, confonduespar leurs
bords, formaient une cloison fibro- cartilagineuse, percée
à son centre d'une fente en forme de boutonnière, pou-
vant à peine admettre le bout du petit doigt.
(i) Le tissu cellulaire du in-senlcre était lui-même très maniresteracnt inGltré.
TROIS. CATÉG. d’oüSERV. d’eNDOCARDITE. i65
La valvule bicuspide était plus épaissie encore , plus dure
que les valvules de l’aorte : elle était presque cartilagi-
neuse , ainsi que les tendons dont elle est garnie. L’orifice
auriculo-vcntriculaire gauche était plus rétréci encore que
l’orifice aortique.
Le ventricule et l’oreillette gauches étaient un peu hyper-
trophiés et dilatés. La membrane interne de roreillette gau-
che était d\in blanc un peu mat , et paraissait très épaissie , ce
(pii tenait à la présence d' une , fausse membrane organisée ,
épaisse , fibreuse , aréolée , cpdla doublait en quehpie sorte.
Les cavités droites étaient un peu dilatées. En somme ,
le cœur , débarrassé de ses caillots, était d’un tiers envi-
ron plus volumineux qu’à l’état normal.
L’aorte, en général peu altérée, était cependant parse-
mée de plaques et de points jaunâtres. Sa membrane in-
terne était blanche partout , excepté en un point peu
étendu, où l’on voyait une rougeur brunâtre, sans présence
de vaisseaux capillaires.
Les grosses veines étaient distendues par une assez
grande quantité de sang.
Les deux poumons, comprimés par l’épanchement sé-
reux des plèvres, offraient un tissu dense et comme coriace.:
ils étaient gorgés d’une sérosité assez abondante.
2° Org. dig. et annex. — Il s’est écoulé de l’abdomen,
énormément distendu , 12a i5 pintes environ d’une sérosité
citrine, mêlée *de quelques lambeaux et flocons albumi-
neux. Les viscères abdominaux étaient blancs et comme
lavés. Le péritoine était tacheté de points noirs , épaissi ,
surtout dans la région du foie, où il offrait une consistance
fibreuse. Ce dernier organe, petit, comprimé, comme
ratatine , présentait des granulalions-très grosses et brunes ,
comme si une certaine quantité de sang était infiltrée dans
leur substance ou combinée avec elle. Le tissu de la rate
était également très dense. Il en était de même du tissu des
feins, dont le droit était très petit.
l66 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
La membrane muqueuse de l’estomac était molle , gri-
sâtre, cendrée, facile à enlever par le raclement. On y
voyait une injection mécanique des veines et de leurs rami-
fications , et cà et là des plaques , des espèces étoiles d’un
pointillé vif et rosé. L’estomac contenait une matière
iioirâtre, ànalogue.à celle que la malade avait vomie (i).
La membrane muqueuse des intestins n’a rien offert
qu’une congestion sanguine passive.
OBSERVATION 82e (2).
Homme dè 60 ans. — Di^^erses affections de poitrine, à la suite desquelles
surviennent de la dyspnée, des palpitations, des hydropisies séreuses passi-
ves, etc. — Mort un an après l'apparition des premières palpitations; cartila-
giniBcalion des valvules tricuspide et mitrale, avec rétrécissement des ori-
fices auxquels elles sont adaptées.
« Un palefrenier, âgé^deôo ans, avait, dans le cours de sa
» vie, été sujet à diverses affections de la poitrine. Quand il
■» se rendit à l’hospice de Clinique interne, il était enrhumé
» depuis plus d’un an , et depuis ce temps aussi il ressen-
V lait des palpitations dans la région du cœur, qui d’ail-
i) leurs ne résonnait pas par la percussion... Les principaux
» symptômes étaient le gonflement et la couleur violette de
» là'face*, des lèvres et du col, et une gène extrême dans
J) la respiration ; les bâttemens du cœur , très étendus , se
» faisaient avec quelque irrégularité ; le pouls était irré-
» gulier, ET POINT isochrone aux bâttemens du coeur. Les
» idées du malade se brouillèrent bientôt; il survint peu
» de temps après un assoupissement léthargique, et le ma-
(1) 11 s'eu était échappé par les narines une petite quantité, par suite de la
compression exercée sur l’estomac et les autres viscères abdominaux par les pa-
rois abdominales distrudues.
(a) Cette observation a été i)ublice par Corvisart dans l’Essai sur les mala-
dies organiques du cœur (|i. a 10, obs. âo ).
y
TROIS. CATÉG. d’observ. d’endocardite. I Gy
» lade mourut le 3“ jour de son entrée à l’hôpilàl , un an
» après l’apparition des premières palpitations.
» A l’ouverture du cadavre, là face était d’une couleur
«violette, noirâtre. — Les poumons volumineux: adhé-
« raient de toutes parts à la face interne des parois de la
» poitrine. — Le cœur avait un très grand volume , qui
» tenait particulièrement à l’ampliation de l’oreillette
» droite. — Les 'vàhndes iiienspide et mitrale étaient cartda-
« mineuses , surtout à leur basé, ce qui rétrécissait le 'diamètre
» de Ihmet'de Vautre orifice. — Le péricarde contenait une
» certaine quantité de sérosité. ■ ^ >
» L’aorte, dilatée, présentait sur sa membrane interne
» quelques points d’ossifiCation. »
OBSERVATIONS 83e (i).
Femme de 5o ans. — Palpitations, étouffement, hydropisies passives. — Mort.
— Epaississement cartilagineux et osseux des valvules tricusp.ide, mitrale et. aor-
tiques, avec rétrécissement des orifices auxquels ces valvules sont adaptées. — ■
Erosion du péricarde qui recouvre l’oreillette droite ( i6 onc. de sérosité dans la
cavité péricardique ). — Ilypertrojihie et dilatation du cœur. ■■ .
Germaine Mesnier, âgée de 3o ans, avait joui dans son
enfance d’une assez bonne santé, si ce n’est qu’elle avait tou-
jours eu la respiration courte. Réglée à ly ans, elle avait
commencé, deux ans auparavant, à éproyver quelque? pal-
pitations. Les battemensdu cœur augmentaient à l’approche
de l’époque menstruelle, diminuaient quand le flux» avait
lieu ,.et conservaient leur violence s’il manquait. Les affec-
tions morales et le moindre exercice e.xcitaient les palpita-
tions : à l'âge de 28 ans, elles devinrent habituellement
plus violentes. Quand leur intensité semblait extrême, cette
malade provoquait des nausées et des vomiasemens par l’in-
(1) Celle obseivntion est de M, Berlin, et a élé publiée dans le Trailè des ma-
adies du cœur'et des ^ros vaisseaux ( p. ).
l68 MALADlIiS DU COEUR EN PARTICULIER,
troduction des doigts dans la bouche , et se sentait alors
soulagée. Avant d’avoir imaginé ce moyen , ses soulTrances w
se prolongeaient’souvent pendant toute la journée , ou m
du moins elle n’éprouvait de soulagement que lorsqu’à
force de malaises et d’anxiétés il survenait des vomissemeus n
spontanés. ,
X Tel était l’état de cette femme à son entrée à l’hôpital M
Cochin le 20 septembre i8i4- Depuis cette époque jusqu'au
a5 janvier suivant , on la mit à l’usage des antispasmodi- ||
ques, de la digitale pourprée, sous différentes formes; on ||
fit appliquer des sangsues au siège, et pratiquer quelques i
saignées du bras, qui ne procurèrent qu’une amélioration j
momentanée. Les palpitations , sans être plus fortes, de- j
vinrent bientôt plus fréquentes; la toux devint habituelle,
et l’infiltration des jambes qui avait disparu peu de temps
après l’entrée, par l’emploi des préparations scillitiques, se
renouvela. y ^
Le lo février , tous les symptômes avaient augmenté
d’intensité. La respiration était beaucoup plus embarrassée
et même sifflante; des palpitations très violentes se faisaient
sentir dans toute l’étendue de la région antérieure gauche
du thorax : elles devenaient insupportables quand la tête
était un peu basse , en sorte (jue la malade était obligée de
rester constamment assise dans son lit. La face, qui jusque
là avait été dans un état à peu près naturel , devint pâle et
bouffie. La poitrine résonnait assez bien en arrière et à i
gauche ; elle rendait un son mat à la partie antérieure et 1
droite, un peu obscur à la région du cœur. Les battemens i
du cœur, que l’oreille approchée de la poitrine entendait «
très distinctement , redoublaient tous les soirs, et, pemlant J
cette sorte de paroxysme régulier, ils étaient si violons, ,
qu’ils soulevaient les vêtemens, et pouvaient même se faire 9
entendre à une certaine distance.
Le pouls était ordinairement fréquent, petit, très irré-
gulier , et sans harmonie avec les battemens du cœur.
[
trots. CATÉG. d’oBSERV. n’ENDOCARBTTE. 1 69
Bientôt , à chaque pas que la malade essayait de faire,
elle éprouvait des etoullemens qui lui faisaient ciaindie la
mort.
Le ventre devint volumineux , dur et fluctuant; les uri-
nes étaient épaisses, rouges et peu abondantes.
Des réveils en sursaut troublaient très Iréqueinment le
soniineil. - ' '
Le mars , étouffement continuel , respiration courte,
précipitée; batlemens du cœur inégaux, variables, géné-
ralement assez forts; pouls petit, faible, puis insensible,
roufifeur vineuse et comme enlumince de la lace ; infiltra-
tion énorme; suppression des urines.
Enfin cette malheureuse femme est obligée de rester
jour et nuit dans un fauteuil , tourmentée par des angois-
ses insupportables, au milieu desquelles elle succombe le
a5 mars i8i5. • ^
Àutopsie cadavérique. — • Les deux cavités de la plèvre
sont pleines d’une sérosité citrine, et le péricarde contient
environ 16 onc. d’un liquide semblable. Le cœur est beau-^
coup plus volumineux que dans l’état ordinaire ; la por-
tion de la membrane séreuse qui recouvre l’oreillette droite
offre ça et là quelques points d’érosion. Cette oreillette , à
sa partie inférieure , est trois fois plus grande c(ué dans l’é-
tat naturel ; son tissu présente un épaississement considé-
rable, véritable hypertrophie musculaire. Les fibres sont
tellement prononcées , qu’elles forment des faisceaux sem-
blables aux colonnes ventriculaires. Les valvules tricuspides
sont dures, épaisses, réunies par leurs bords, et forment
une espèce de cloison cartilagineuse, percée dans son mi-
lieu d’un trou dans lequel on peut à peine introduire le
bout du petit doigt. >
Le ventricule droit ne présente aucune particularité no-
table. — Les valvules de l’artère pulmonaire n’offrent éga-
lement rien de remarquable.
L’orifice auriculo-venlriculaire gauche a subi un rétré-
170 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
cissement considérable* ses valvules forment un bourrelet
très saillant , dont les côtés , rapprochés et comme conti-
nus, ne laissent entre eux qu’une ouverture très étroite, ou
plutôt une espèce de fente transversale. Cè bourrelet, dont
la saillie répondait du côté de l’oreillette, avait, dans quel-
ques points de son étendue, environ quatre lignes d’épais-
seur; son tissu, d’une nature fibro-cartilagineuse , offrait
divers points d’ossification. La transformation fibro-carti-
lagineuse n’avait envahi qu’à peu près la moitié de la val-
vule ; et tandis que les mouvemens de cette portion étaient
presque nuis , la base paraissait aussi flexible que dans l’é-
tat sain.
Le ventricule gauche avait sa capacité naturelle; mais ses
parois étaient évidemment hypertrophiées : elles avaient,
dans la majeure partie de leur étendue, plus d’un pouce
d’épaisseur.
. Le calibre de l’aorte était rétréci ; ses valvules .étaient
épaisses j dures, cartilagineuses, inflexibles, et formaient
^par leur réunion réciproque une espèce d’anneau irrégu
lier, dont le diamètre était d’environ 3 lig.
. • : , SECTION DEUXIÈME.
' HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE.
I w
■ ' . ARTICLE PREMIER.
EXPOSITION ET APPHÉCIATION DBS CARACTÈBES ANATOMIQDES
DE l'endocardite.
/
Les caractères anatomiques de cette inflammation, essen-
tiellement les mômes que ceux de la péricardite , offrent
cependant des particularités très remarquables , dont les
unes tiennent à la structure des parties sur lesquelles se dé-
ploie l’endorarde , et dont les autres proviennent dé la pré-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. I7I
sence du sang qui circule incessamment à travers les cavi-
tés que cette membrane tapisse. Il est de la plus haute im-
portance de bien connaître les caractères anatomiques pro-
pres à chacune des périodes de l’endocardite, si l’on veut
comprendre d'une manière claire et précise les princi-
paux symptômes qu’elle présente dans son cours. Or , pour
avoir une idée aussi complète que possible de ces caractères,
il faut étudier successivement les altérations du tissu séro-
fibreux lui-même^ les produits dont le travail inflammatoire
provoque la sécrétion, et l’état du sang que contiennent ^
les cavités du cœur. Après avoir ainsi considéré sous tous
• leurs rapports les lésions anatomiques dont l’endocardite
peut être la source, nous aurons soin de les rapprocher de
celles que l’on voit se manifester à la suite des inflamma-
tions d’autres organes , et nous répondrons aux objections
qui nous ont été faites sûr notre manière de concevoir l’ori-
gine d’un certain nombre des lésions dîtes organiques du
ccéur.
§ I‘*. Description des altérations anatomiques.
1. Première période de V endocardite (^périodb de congestion
sanguine, de ramollissement, d' ulcération et de siippuration).
1° La j'ougeur de l’endocarde est un des caractères anato-
miques dont l’étude doit nous occuper en premier lieu.
Cette rougeur a été notée chez douze des treize sujets dont
les observations sont rapportées dans notre première caté-
gorie. L’absence de cette rougeur chez l’un de nos malades
n’a rien qui doive nous étonner; on sait, en effet, que dans
les cas où une inflammation membraneuse se termine rapide-
ment par la mort, il peut arriver qu’on ne rencontre aucune
rougeur sur le cadavre, bien que cette rougeur eût existé
pendant la vie. Aux innombrables faits de ce genre déjà ob-
servés, ajoutons ici notre observation 5% dans laquelle une
vive rougeur érysipélateuse fut remplacée sur le cadavre
I
17'^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
par une pâleur semblable à celle des parties de la peau qui
n’avaient point été enflammées.
Toutefois, dans l’immense majorité des cas, l’endocar-
dite aiguë laisse à sa suite une rougeur plus ou moins vive;
celte couleur est tantôt rosée et tantôt écarlate, tantôt d'une i
teinte violette , ponceau ou même brunâtre. Elle est par- t
tielle ou générale : elle occupe assez souvent les valvules <}
seulement; et presque constamment, quand elle règne sur i
toute l’étendue de l’endocarde, elle a son maximum d’inten- u
sitésur la portion valvulaire de cette membrane. Ordinai- ;j
rement aussi , la rougeur est d’une nuance plus foncée dans ti
les cavités droites que dans les gauches, ce qui tient proba-,
blenient , du moins en partie , à ce que le sang qui circule 1
à travers les premières est moins vermeil et moins rutilant in
que celui qui circule à travers les secondes. Quoi qu’il en soit, li
cette rougeur n’est point due à' une injection capillaire, ï
mais bien à une sorte de teinture sanguine de la membrane r
interne du cœur. Elle ne pénètre pas ordinairement au- u
dessous de celle-ci; elle ne disparaît pas par le lavage, ;
mais elle ne résiste pas à tine macération suffisamment ir
prolongée (i).
La nature de la rougeur de la membrane interne du cœur i
et des vaisseaux a été, dans ces derniers temps , l’objet de i
nombreuses discussions. Dans la première édition du Traité
de P Auscultation ^médiate ^ M. Laënnec pensait que la teinte
écarlate pouvait indiquer une inflammation, mais il
comparait la coloration violette à la lividité cadavérique.
Dans la seconde édition de cet ouvrage, il paraît mettre en
(i) M. le docteur Ciis. Broussais, quia fait d’intéressantes recherches sur les 5
rou};eurs du système vasculaire, prolVsse (juc la rougeur inflammatoire diffère de. la
rougeur cadavérique , en ce que celle-ci disjiarait par la macération dans IVau, ce
qui n'a pas lieu pour l’autre. Sous ce point de vue, nos expériences ne sont' pas er- '
tièrement d’acèord avec celles de notre honorable confrère. ÎS'ius nous propo- ^
sons de les répéter çurore,
IirSTOIRE GÉNÉRALE DE LENDOGARDITE. ] yS
doute la nature inflammatoire de la rougeur écarlate elle-
même : « Frappé de la coïncidence des deux sortes de rou-
» geur du cœur avec une altération manifeste du sang, et
» un commencement de décomposition du cadavre, je com-
» mençai , il y a environ quatre ans, dit M, Laënnec, à
M douter que dans aucun cas les rougeurs queje viens de
O décrire, lorsqu’elles,, existent seules, fussent autre chose
» qu’une imbibilion cadavérique du sang. »
Il est difficile de faire plus de recherches queje n’eh ai
fait pour résoudre le problème d’anatomie pathologique
dont il s’agit ici. Or, il résulte de ces recherches qu’il est
réellement des rougeurs de la membrane interne du cœur
qu’on ne peut s’empêcher de considérer comme un des ef-
fets de l’inflammation de cette membrane. Je me suis con-
vaincu, d’un autre côté, par un très grand nombre de faits,
que certaines rougeurs du cœur et des vaisseaux ne sont
autre chose qu’une imbibilion purement cadavérique, et j’ai
reconnu, avec un grand nombre d’autres observateurs,
que ces dernières rougeurs sont à peu près constantes, chez
les individus que l’on ouvre à une époque où la putréfac-
tion du cadavre est déjà plus ou moins avancée , surtout
lorsque ces individus ont succombé à une maladie qui a été
accompagnée de phénomènes putrides ou typhoïdes, cas
dans lequel le sang présente une liquidité plus grande qu’à
l’état normal , ce qui le rend plus propre à imbiber la
membrane interne du système vasculaire.
Je ne crois pas qu’il soit possible de décider à la simple
inspection, ni par le lavage et la macération elle-même, si
une rougeur donnée de la membrane interne du cœur est
l’effet d’une inflammation ou d’une imbibilion cadavéri-
que. Il faut donc chercher ailleurs les moyens de résoudre
la grave question que nous examinons. A mon avis, on
peut regarder comme étant de nature inflammatoire,
une rougeur de la membrane interne du cœur, existant
chez un individu dont le cadavre a été ouvert avant qu’il
174 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
ne se fut maniiesle aucune trace de décomposition, et qui,
pendant la vie, avait présente les symptômes que nous as-
signerons dans l’article suivant à rinflammation de la mem-
brane interne du cœur. Mais la nature inflammatoire de la
rougeur sera plus évidente encore, si aux circonstances que
nous venons de signaler se trouvent réunies les conditions
suivantes : le gonflement, l’épaississement, le boursou-
flement des parties qu’occupe la rougeur; -a® la présence
d’une certaine quantité de pus, de matière pseudo-mem-
braneuse, ou même de ces caillots adhérens, décolorés ,
semblables à la couenne inflammatoire du sang , ou à des
pelotons fibro-albumineux ; 3" la coïncidence d’une sem-
blable rougeur dans des vaisseaux dont on a constaté posi-
tivement l’inflammation avant la mort des sujets.
Les observations que nous avons rapportées dans notre
première catégorie réunissant toutes ces conditions, ou du
moins la plupart d’entre ellës, la rougeur que nous avons
rencontrée sur la membrane interne du cœur doit , ce me
semble , être attribuée à un état inflammatoire (i).
Un notable épaississement la membrane interne du
cœur accompagne assez souvent la rougeur inflammatoire
dont nous venons de parler, lorsque l’endocardite a duré
pendant un certain temps, douze, quinze, vingt jours, et
même plus, par exemple. Toutefois, cet épaississement
n’existe ordinairement d’une manière bien tranchée que
sur les valvules, là où la membrane est en quelque sorte
double et fortifiée par un tissu fibreux. Le boursouflement
(i) Je prie le lecteur de ne pas oublier qu’en enflammant arliGcielIemenl ,
soit par des injections irritantes, coinuie nous l’avons fait, soit d'une autre ma-
nière , la membrane interne du creur ou des vais'st-aux chez les animaux , on pro-
duit une rougeur seinblablu à celle que nous avons décrite ci-dessus. ( \ oy. ces
expériences dans le Traité ctitiiq. et ex.pèrim. des fièvres dites essent.)
Au reste, on ne saurait trop le répéter, l'existence d'une inflammation quel-
conque, et celle surtout d'un organe profondément situé, se démontre autrement
que par une simple rougeur.
I
HISTOIRE CiÉNIiR^EE DE L ENDOCARDITE. l’jÔ
fongueux de ces valvules a été constaté chez plusieurs des
sujets dont nous avons rapporté l’observation.
Le mmollissement de la membrane interne du cœur n’est
pas toujours très évident dans la période que nous éludions
ici. Il m'a semblé néanmoins que cette membrane se rom-
pait avec plus de facilite qu’à l état sain. En meme temps,
sa surface libre était un peu moins polie qu’elle ne l’est
normalement, et plus ou moins ridee. Le tissu cellulane
sous-jacent à l’endocarde parait aussi, dans ce cas, avoir
perdu de sa force de cohésion, et être devenu fragile;
et de là une plus grande facilité à détacher l’endocarde.
On observe quelquefois dans la. période aiguë de l’endo-
cardite des érosions ou des ulcérations commençantes de
■ la face interne du cœur, ou des valvules ellés-niêmes
(V. l’observ. 5o). Ces ulcérations peuvent devenir le point
de départ de perforations des parois du cœur, des valvu-
les, ou de la cloison inter- ventriculaire et inter-auricu-
I ^ ’
laire ( voy. le chap. 3' ).
2° Une sécrétion purulente ou pseudo-memhraneuse a certaine-
ment lieu dans l’endocardite; mais on conçoit qu’il est sou-
vent bien difficile d’en prouver directement l’existence. En
effet, telle est la rapidité et la force du courant sanguin à
travers les cavités du cœur, que le produit sécrété peu à peu
par l’endocarde enflammé, doit être incessamment balayé par
ce courant. Il est néanmoins quelques cas où une quantité
médiocre de véritable pus ou de matière pseudo-membra-
neuse se rencontre à la suite d’une endocardite aiguë. Le
pus est quelquefois caché au centre d’un caillot ou bien re-
tenu dans les mailles que forment les colonnes charnues.
11 eu est de même de la matière p?eudo -membraneuse.
. Celleœi, douée d’une grande ténacité, se colle en quelque
sorte solidement aux parties sur lesquelles elle est déposée,
et on en trouve assez souvent des portions à la surface des
valvules, sur leurs bords libres, sur leurs tendons, où elle
se présente quelquefois sous forme de granulations ou de
globules de consistance d’albumine ou de fibrine à demi-
1/^ MALADIES DU COEUR EN l'AUTlCULIER.
concrète. Dans certains cas, il est vrai, on peut prendre
pour une production pseudo- membraneuse une simple
concrétion sanguine décolorée, adhérente, élastique. L’er-
reur est d’autant plus facile que les pseudo-membranes
sont principalement formées elles-mêmes de fibrine à l’état
concret , et cette erreur est au fond assez peu impor-
tante ( I ). '
Une endocardite sur -aiguë peut -elle se terminer par
gangrène? En réfléchissant à l'extrême rareté d’une telle
terminaison pour l’inflammation des membranes qui ,
comme l’endocarde, sont de nature séreuse, on est
naturellement porté à résoudre cette questiozi par la né-
gative. Cependant, j’ai recueilli quatre ou cinq cas i
dans lesquels j’ai été tenté de croire que c’était à uneinflam- <
ination interne du cœur, fort analogue à certaines phleg- ■
masies gangréneuses, qu’il fallait attribuer la termi-
naison très rapidement funeste qui avait eu lieu. Les obser-
vations 22® et 39” me paraissent appartenir à cette catégorie [
(1) Quelques unes Jcs obsepalions de notre première catégorie ( obs. i",
2e, etc. ) sont des exemples du genre d’altération que nous signalons ici.
Chez un individu attaqué de riiTrkcisskme.m dk la valvule mitkale ,
Al. Laënnec a trouvé un pouce carré de la surface de l’oreillette gauche couvert
par une fausse membrane aussi consistante que les polypes les p'us fermes , très
adhérente, épaisse d’une ligne, lisse et continue à sa surface adhérente; présen-
tant au contraire à sa face libre une multitude de petites lames aplaties ou cu-
boïdes, longues au plus d'une demi-ligne. Toute l’épaisseur de cette concrétion
était fortement et également teinte de sang d'un rouge foncé.
Il n'est pas inutile de rappeler ici ce cas curieux du cœur d’un mouton, dans
les cavités (U>q‘>el je rencontrai une légère couche d'un véritable pus ( il existait
en même temps des traces de péricardite ).
Comme dans la plupart des cas où l’on a trouvé du pus dans les cavités du cœur,
il existait aussi du pus dans les veines, soit consécutivement à une phlébite, soit
par l’effet d'une simple résorption purulente; on pouirait soutenir, à la rigueur,
que le pus trouvé dans le cœur n'y avait pas 1 lé formé, mais bien trans-
porté. Néanmoins, dans les cas où le cœur présente d’indubitables traces d inflam.
ination, on ne voit pas pourquoi l’on luéfèrerail l’hypothèse d'un simple trans-
port de pus à celle delà formation de ce liquide au sein du cœur lui-même.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOC ARDITE. l’y y
défaits. Le sujet de l’observation Sp” était, d’ailleurs, at-
teint d’une plilegmasie gangréneuse extérieure. Le sujet de
l’autre observation éprouve tout-à-coup une fièvre des plus
violentes. On le gorge de vin chaud , et bientôt on est obligé
de le transporter à l’hôpital. Les batteinens du cœur et du
pouls sont d’une telle fréquence, qu’on peut à peine les
compter (ils sont en même temps inégaux, irréguliers,
intermittens) ; la fièvi'e est accompagnée d’une grande pros-
tration, d’un appareil typhoïde très prononcé. Une saignée
est pratiquée, et le sang se prend en une masse molle, sorte
de magma analogue par sa consistance à de la bouillie ou à
de la lie de vin ; enfin le malade succombe 48 heures envi-
ron après son entrée. On l’ouvre moins de 24 heures après
la mort, et l’on trouve dans les cavités droites du cœur, en
même temps qu’une rougeur de la membrane interne, un
sang tellement altéré, qu’il est mêlé de bulles d’air comme
dans la décomposition putride, etc., etc. Sans doute, la
première idée qui se présente à l’esprit dans des cas pareils,
c’est que les traces de décomposition sont purement cadavé-
riques. Je me demande cependant pourquoi un pareil état
du cœur et du sang qu’il contient est si rare dans des circons-
tances tout-à-fait semblables à celles où se trouvait notre
malade, celle d’endocardite exceptée; pourquoi cette fièvre
violente, ce pouls et ces batteinens du cœur inégaux, in-
termitlens, précipités; pourquoi cette liquidité, cette sorte
de dissolution du sang observée pendant la vie , si les alté-
rations rencontrées après la mort sont purement cadavéri-
ques? voilà des doutes que je soumets au jugement éclairé
des bons observateurs. Oui , je le reconnais autant que qui
ce soit, gardons-nous bien de prendre pour des traces et des
effets de maladie, des altérations vraiment cadavériques;
mais n’allons pas, par une erreur opposée et non moins
grave, attribuer à la seule décomposition cadavérique des
lésions qu’une maladie aurait pu déterminer.
Pour revenir à la question de l’endocardite gangréneuse
1
178 MALADIES Dü CœUR EN PARTICULIER.
OU maligne, comme l’auraient dit les anciens, je pense que c’est
un sujet à revoir, et qui mérite de sérieuses recherches.
3® Nous venons de passer en revue les principales lésions
que présente l’endocarde enflammé , sous le double point
de vue de sa structure et de la fonction sécrétoire dont il est
l’organe. 11 ne nous reste plus qu’à faire connaître les lésions
que l’on rencontre dans le sang que contiennent les cavités
du cœur. Or, il résulte des nombreuses observations d’en-
docardite aiguë consignées dans notre première catégorie,
que cette phlegmasie entraîne communément à sa suite la
coagulation d’une plus ou moins grande quantité du sang
qui circule à travers les cavités du cœur. Sous ce rapport,
l’endocardite se comporte de la même manière que l’artérite
et la phlébite. Les concrétions sanguines formées sous l’in-
fluence d’une endocardite aiguë, ne sauraient être confon-
dues avec les caillots ordinaires que l’on rencontre dans le
cœur, avec ceux surtout qui ne se sont développés qu’après
la mort. Les concrétions consécutives à l’endocardite aiguë
sont blanches , décolorées , élastiques, glutineuses, adhé-
rentes aux parois du cœur, entortillées autour des tendons
valvulaires et des colonnes charnues. Elles sont en quelque
sorte à demi organisées, et, comme nous l’avons déjà dit,
fort analogues soit à la couenne inflammatoire du sang , soit
aux pseudo-membranes elles-mêmes; quelques unes offrent
parfois des points ou des lignes rouges qui ne sont réelle-
ment autre chose que des rudimens de vaisseaux.
Les concrétions que nous examinons diffèrent beaucoup
sous le rapportdu volume et de la configuration. Elles se pro-
longent assez ordinairement dans les gros vaisseaux. Toutes
choses égales d’ailleurs, elles sont plus volumineuses, plus
abondantes dans les cavités droites du cœur que dans les ca-
vités gauches. Leur maximum d’adhérence se rencontre, en
général, vers le bord libre des valvules, où l’on en trouve
encore quelques fragmens après des lavages réitérés. (Il est
probable que ces petites masses fibrineuses peuvent s’or-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’eNDOCARDITE. 1 ■79
ganiser et se transformer en végétations ou granulations. )
II. Seconde période de t endocardite [période d' organisation
des produits sécrétés ou d'une portion des concrétions fibri-
neuses).
Lorsque l’endocardite ne se termine pas par une prompte
résolution / quelle se prolonge pendant un temps assez
considérable (i5, 20, 3o jours ou même plus ), les-lissus
enflammés s’épaississent plus ou moins, et la partie plas-
tique des produits anormalement sécrétés par ces tissus
passe de l’état amorphe à l’état d’organisation. Alors, sui-
vant lesaccidens de position, de configuration et de compo-
sition de la matière organisable, on rencontre soit dès végé-
tations ou des granulations, soit des adhérences cellulo-
fibreuses, soit des couches fibreuses ou séro-fibreuses, etc.
Les végétations ou granulations affectent une remarqua-
ble prédilection pour les valvules et se plaisent particuliè-
rement sur leur bord libre. Toutefois, on en trouve aussi
dans quelques cas à la surface interne des cavités du cœur
et spécialement des oreillettes (l’obs. xlvii du Traité de
l’auscultation médiate en offre un exemple remarquable).
Elles ont été partagées en deux espèces par M. Laënnec,
savoir : les végétations glohideuses et les végétations njerru-
cpueuses. Les premières nous paraissent pouvoir être plus
exactement désignées sous le nom de végétations ou
granulations albumineuses ou fibrineuses . L’expression de
'verruqueuses est assez heureusement choisie , car les
végétations ou excroissances auxquelles elle s’applique
ressemblent beaucoup aux verrues. On peut aussi les dési-
gner sous la dénomination de végétations ou excroissances
cornées , cartilagineuses .
Ces deux espèces de végétations , de granulations ou d’ex-
ci’oissances, sont-elles d’une nature essentiellement diffé-
rente ou ne constituent-elles que deux états d’une seule et
12.
l8o MALADIES DU CÆUR EN PARTICULIER,
même production accidentelle? Les unes proviendraient-
elles de l’organisation d’une portion de fibrine concrétée, les
autres de l’organisation d’une véritable exsudation pseudo-
membraneuse? Avant de remonter à leur mode de géné-
ration, commençons par les décrire avec quelque détail.
Les végétations albumineuses ou fibrineuses (globuleuses de
M. Laënnec) sont molles, faciles à écraser, comme de l’albu-
mine concrète ou un fragment de pseudo-membrane fibri-
neuse à demi-organisée. Elles se détachent par une traction
assez légère. Leur couleur est d’un blanc grisâtre ou jau-
nâtre , mêlé quelquefois d’une teinte rosée ou tout-à-fait
rouge. Ces granulations m’ont paru avoir une grande ana-
logie avec celles que l’on trouve quelquefois à la surface de
la plèvre, du péricarde ou du péritoine chroniquement
enflammés : la ressemblance est même si frappante , qu’on
aurait bien de la peine à les en distinguer, comme je m’en
suis assuré en comparant des granulations de la plèvre et du
péricarde avec des- végétations valvulaires, rencontrées les
unes et les autres sur le même sujet.
Les végétations très analogues aux poireaux
vénériens, contractent avec les parties sur lesquelles elles
sont implantées une telle adhérence , s’y enracinent avec
tant de force, qu’elles font pour ainsi dire corps avec elles.
Le tissu de ces végétations est comme corné ; il crie sous
l’instrument qui le divise , à l’instar d’un fibro-cartilage.
Le nombre des végétations, soit albumineuses , soit ver-
ruqueuses , est très variable; il en est de même de leur
grosseur et de leur configuration. Les unes n’ont que la
grosseur d’un grain de millet, les autres égalent le volume
d’un grain de chènevis ou d’un petit pois. Elles sont quel-
quefois isolées , éparpillées , discrètes pour ainsi dire , tan-
dis que d’autres fois elles sont réunies en groupes , co7î-
fiientes, racémifiées et disposées entre elles de manière à
imiter de véritables choux-fleurs. Leur forme est souvent
histoire générale de l’endocardite. l8l
arrondie , sphérique; mais elle est aussi quelquefois alon-
gée, cylindrique ou aplatie. Leur surface est tantôt lisse,
polie, tantôt inégale et rugueuse.
Il est rare que les végétations des valvules ou des parois
internes du cœur existent seules : le plus ordinairement,
comme l’attestent les observations que nous avons rappor-
tées , elles sont accompagnées d’une induration fibro-carti-
lagineuse ou calcaire des valvules. Quoi qu’il en soit, lors-
qu’elles sont très multipliées, confluentes, groupées en
choux-fleurs, elles donnent lieu à un rétrécissement des
orifices auxquels sont adaptées les valvules qu’elles sur-
chargent et dont elles gênent les mouvemens : l’existence
de cette espèce particulière de rétrécissement est une
circonstance importante à noter.
Revenons maintenant au mode de production ou à la
pathogénie de ces végétations. « Il paraît indubitable à
» M. Laënnec qu’elles ne sont autre chose que de petites
» concrétions polypiformes ou fibrineuses qui , formées à
» 1 occasion de quelque trouble dans la circulation , s’orga-
» nisentparun travail d’absorption et de nutrition analogue
» à celui qui convertit les fausses membranes albumineuses
» en membranes accidentelles ou en tissu cellulaire. »
M. Laënnec a joute que d’apres la position même des 'végéta-
tions 'verruqueuses sur les bords des -valoides et le long des
tendons des piliers , il lui semble qu’il y a une sorte tV analogie
entre elles et les cristallisations qui se forment le long de fils ou
de rameaux tendus dans une liqueur chargée d’une solution
saline. Cette comparaison nous paraît fort ingénieuse , et
nous ne contestons pas que la fibrine déposée à la surface
ou sur le bord des valvules ne puisse s’organiser en végéta-
tions. Mais ce n’est pas là une raison de nier le rôle que
joue 1 endocardite dans la production de ces végétations;
nous l’avons démontré par les faits les plus po-
sitifs , cette phlegmasie détermine elle-même la formation
lo2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
de concrétions fibrineuses organisables (i). C’est donc à
tort que M. Laënnec combat notre opinion, en disant que
« si l’inflamma.tion de la membrane interne du cœur était
» la cause efficiente des végétations dont il s’agit, elles
» auraient pour matrice et pour point de réunion commun
» une fausse membrane étendue comme une couche sur les
» valvules , ce qui n’est pas. »
Mais si nous admettons que la fibrine, solidifiée sous l’in-
fluence d’une endocardite, ou même, si l’on veut, sous toute
autre influence, peut se transformer en végétations, assu-
rément il nous sera bien permis d’admettre aussi que la
matière pseudo-membraneuse, sécrétée par l’endocarde en-
flammé peut, comme la fibrine elle-même, dont elle n’est
reellement qu’une modification, se disposer de manière à
constituer de petites masses arrondies qui s’organiseront
peu à peu en végétations. Une telle doctrine est d’autant
plus légitime, que des végétations, tout-à-fait semblables à
celles de la membrane séreuse de l’intérieur du cœur, se
développent à la surface de la membrane séreuse de l’exté-
rieur du même organe, comme aussi à la surface de la
plèvre et du péritoine, dans certains cas d’inflammation
pseudo-membraneuse chronique de ces membranes. Or,
dans ces cas , on ne saurait attribuer à l’organisation de
concrétions polypiformes les végétations observées.
Mais, encore une fois, en supposant que les végétations
de la membrane interne du cœur prissent toujours nais-
sance au sein d’une concrétion polypiforme, nous n’en
(i) Nous avons indiqué tout à l’heure une comparaison employée par M. Laën-
nec pour expliquer la formation des végétations fibrineuses; ne pourrait-on pas
dire aussi que, dans le cas d’endocardite, la fibrine du sang ayant une tendance à
se coaguler, peut se déposer sur les cordons et les lames valvulaires, agités de
mouvemens alternatits , comme elle se dépose sur les verges avec lesquelles on
bat le lang?
histoire générale de l’endocardite. i83
serions pas moins autorisé à les placer parmi les effets
ou les acciclens de l’endocardite , puisque , de l’aveu de
M. Laënnec lui-même, il est des concrétions sanguines qui
sont dues à l’inflammation (ouv. cit. ; tom. II , pag. 618).
Resterait seulement alors à déterminer dans quels cas les
concrétions polypiformes d’où seraient nées les végétations,
auraient été réellement consécutives à une endocardite
générale ou partielle. Or, nous nous sommes appliqué à
ne rapporter que des cas de végétations coïncidant avec
des traces incontestables d’une ancienne endocardite.
Les adhérences que l’endocardite peut entraîner à sa suite
n’avaient encore été signalées par aucun des auteurs de
Traités sur les maladies du cœur. J’en ai consigné six obser-
vations dans cet ouvrage. On conçoit facilement , au reste,
pourquoi les adhérences sont moins communes dans l’en-
docardite que dans l’inflammation des autres membranes
séreuses. Le torrent sanguin qui coule à travers les cavités
du cœur , les mouvemens des valvules, sont des obstacles
puissans à la formation de l’accident qui nous occupe.
Toutefois, malgré ces obstacles, il s’opère quelquefois des
adhérences, et, circonstance qu’il était facile de prévoir,
ces adhérences ne s’établissent que dans les points où les
obstacles indiqués sont en quelque sorte à leur minimum.
C’est ainsi que nous les avons rencontrées entre les lames
les moins mobiles des valvules et la paroi correspondante
des ventricules.
Ces adhérences sont , en général , très serrées. Les
cas que nous avons cités en font connaître les prin-
cipales dispositions. De telles adhérences apportent un
trouble inévitable à la circulation, puisqu’elles ne per-
mettent pas aux valvules de fermer complètement l’orifice
auquel elles sont adaptées.
Il est une autre espèce d’adhérences des valvules bien
plus commune que la précédente , je veux parler de celle
qui s’établit entre les bords opposés des lames valvulaires,
l84 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
dans certains cas de rétrécissement des orifices, que nous
décrirons plus bas : nous devons nous borner à la men-
tionner ici.
A la suite des adhérences de l’endocarde, il faut placer
les fausses membranes organisées qui tapissent une étendue
plus ou moins considérable de sa surface. Il en est qui se
déploient sur l’aire presque entière d’une des cavités du
cœur. On peut même trouver plusieurs couches ainsi orga-
nisées les unes au-dessus des autres.
Au lieu de fausses membranes aussi étendues que les précé-
dentes, on en trouve le plus souvent qui n’ont guère que
4,5 ou 6 lignes de diamètre, et que je désigne sous le nom
de taies ou de taches de l’endocarde. Elles sont tout-à- fait
semblables dLWxtaches laiteuses du péricarde ou bien encore
à certaines taies de la cornée, et de là le nom que j’ai cru
devoir leur donner. On les enlève assez facilement avec la
pince , et au-dessous d’elle on trouve l’endocarde intact
ou seulement un peu plus opaque qu’à l’état normal.
Dans un très grand nombre de cas , l’épaississement
de la membrane interne du cœur est dû à la présence
des fausses membranes organisées dont il vient d’être ques-
tion. Toutefois , il est d’autres cas où l’endocarde est
réellement épaissi pour son propre compte , hypertro-
phié, et alors il a perdu de sa transparence , en même
temps que sa surface est devenue moins polie, comme
ridée, inégale et un peu villeuse.
L’épaississement hypertrophique dont nous parlons
s’étend au tissu fibreux, ainsi qu’au tissu cellulaire sous-
endocardique. J’ai rencontré très souvent l’hypertrophie
des valvules et de la zone tendineuse où s’insère leur bord
adhérent. La valvule bicuspide est surtout sujette a cette
hypertrophie consécutive; et s’il s’y joint un léger rétrécis-
sement de la circonférence de l’orifice, on voit du côté de
l’oreillette un froncement du bord adhérent de la valvule,
disposition sur laquelle nous reviendrons plus loih.
UISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE.
l85
III. Troisième période [Période dé induration cartilagineuse,
osseuse ou calcaire de P endocarde en général, et des val-
vules en particulier, avec ou sans rétrécissement des orifices
du cœur ).
Nous avons vu, clans la prcîcéclenle période, la membrane
interne du cœur et les Valvules s’épaissir , s’hypertrophier ,
et les produits sécrétés sous l’influence de l’inflammation
s’organiser en tissu cellulo-fibreux, fibreux ou même fibro-
cartilagineux. (Le tissu des xœgétations verruqueuses ap-
partient à cette dernière espèce.) Il nous reste maintenant à
étudier les productions cartilagineuses , osseuses ou cal-
caires que l’on peut rencontrer à la suite d’une endocardite.
Les productions dont il s’agit se présentent sous des for-
mes diverses. Tantôt ce sont de simples points circonscrits,
de la grandeur d’une lentille seulement, tantôt des lames ou
des plaques de la largeur de l’ongle ou d’une pièce de dix
< sous et au-delà, tantôt des masses plus ou moins arrondies.
Les valvules tout entières sont quelquéfois converties en
tissu cartilagineux ou osseux. Cependant, la zone fibreuse
des orifices du cœur et les pointes des valvules sont les parties
que les dégénérescences cartilagineuses ou osseuses affectent
de préférence. Entre les plaques ou incrustations des val-
vules, on trouve assez souvent des espaces dans lesquels
celles-ci jouissent de toute leur intégrité ou pi'ésentent seu-
lement un léger degré d’hypertrophie.
Les incrustations osseuses ou calcaires des valvules
affeeient les configurations les plus variées. Quelques unes
se courbent en arc, en cerceau, d’autres s’élèvent et s’alon-
; gent en manière de stalactites, (\e forme pyramidale ou irré-
gulière; d’autres enfin s’arrondissent en sphères et ressem-
blent à de véritables concrétions calculeuses, dont le
Volume égale quelquefois celui d’un œuf de pigeon ou
loü MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
meme dun petit œuf de poule (voy. Tobserv. ai*"). Ces es-
pèces de calculs ou de pierres développées à la surface ou
dans la substance même des valvules, sont ordinairement
parsemees d'aspérités, d’inégalités, à leur extérieur, et simu-
lent assez bien les calculs désignés sous le nom de muraux.
Les ossifications ou pétrifications valvulaires envoient quel-
quefois des prolongemens dans la substance même du cœur.
Les valvules cartilaginisées, ossifiées ou pétrifiées éprou-
vent dans leur conformation les changemens les plus divers.
Lorsque les productions accidentelles dont elles sont le
siège consistent en de simples points ou en des lames peu
étendues, les valvules épaissies et un peu rigides conser-
vent encore leur mobilité et peuvent s’élever et s’abaisser
comme dans l’état normal; mais quand ces soupapes orga-
nisées sont plus profondément altérées, quand la dégéné-
rescence les a envahies dans toute leur étendue , elles de-
viennent plus ou moins complètement inhabiles à remplir
l’office que la nature leur a confié. Dans certains cas, leurs
lames sont repliées, roulées pour ainsi dire sur elles-mêmes,
et alors elles représentent des espèces de rubans étroits ;
elles sont trop courtes et trop peu mobiles pour pouvoir
fermer! l’orifice auquel elles sont adaptées. U insuffisance
des valvules est évidente dans cette espèce de déformation;
l’orifice peut être dilaté, ce qui rend leur insuffisance d’au-
tant plus grande. Les lames valvulaires peuvent être per-
forées, déchirées, en même temps qu’elles sont indurées et
épaissies : dans un cas, l’une des valvules aortiques, presque
entièrement détachée , pendait et flottait pour ainsi dire
dans la cavité de l’aorte.
Dans un grand nombre de cas, les valvules frappées d’in-
duration et d’épaississement sont réunies, confondues par
leurs bords voisins, et de là une sorte de cloison ou de dia-
phragme percé à son centre d’une ouverture étroite, tantôt
arrondie, tantôt ovalaire ou elliptique. L’épaississement
1
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 187
et l’iiKluralion envabrssent quelquefois les filets tendineux
et même les colonnes charnues (i)-
Les nombreuses observations que nous avons rapportées
d donnent une idée des principaux accidens de foi’me, d’é-
j . tendue et d’aspect que peuvent offrir les productions que
/'il nous étudions.
! Le rétrécissement des orifices du cœur consécutif aux di-
Iv verses espèces d’indurations et de transformations valvu-
laires^ mente que nous le décrivions avec quelques details.
*!_ En traçant cette description, nous aurons occasion de si-
|0 g'naler q uelques autresdispositions des\alvules dont letude
c est inséparable de celle du relrecissement lui-meine.
Le rétrécissement des orifices du cœur, par suite des di-
verses espèces d’épaississemtnt et d’induration des valvules,
test le plus grave des accidens anatomiques que l’endocar-
c dite puisse entraîner à sa suite. Pour pouvoir bien l’appré-
tcier, il faut avoir présentes à l’esprit les dimensions nor-
I males des orifices du cœur , telles que nous les avons éta-'
1 blies dans nos Prolégomènes.
Les degrés du rétrécissement des orifices du cœur sont
t très variables. Dans les degrés extrêmes, on peut à peine
introduire le bout du petit doigt, ou même le bout d’une
] plume à écrire à travers les orifices rétrécis.
L’ouverture que laissent entre elles les valvules épaissies,
I indurées, et soudées en quelque sorte par leurs bords ou
1 leurs côtés voisins, est permanente, ou constamment béante,
1 Elle est tantôt arrondie, tantôt ovalaire ou elliptique.,
(1) Les diver,ses espèces de transformations ci-dessus indiquées sont plus fré-
quentes dans les valvules gauches ou artérielles , que dans les valvules droites ou
I veineuses. Mais les observations consignées dans cet ouvrage prouvent surabon-
( damment que Bichat s’éiait trompé en niant que ces dernières en fussent spseep-
t tibles. La différence (jue nous signalons tient, selon Corvisart , à ce que les val-
I villes gauches, d' une organisation fibreuse plus prononcée, sont plus aptes à re-
• cevoir la matière qui doit les transformer en cartilage, ou les sels calcaires qui
leur donnent une dureté osseuse ou saxiforme.
I
l88 BIALADIES DU CŒDR EN PARTICULIER.
Elle ressemble , dans beaucoup de cas, à une sorte de
boutonnière, ou mieux encore, à une véritable glotte ;
dont les lèvres sont représentées par les bords arrondis des i
lames valvulaires épaissies. Cette comparaison s’applique
plus particulièrement à certains rétrécissemens de l’orifice
auriculo-ventriculaire gauche. Dans'quelquescas, les lames i
de la valvule bicuspide ont acquis unénorrae épaississement
et font saillie du côté de l’oreillette; alors, l’orifice rétréci J
peut être comparé à l’orifice du col de l’utérus, et, comme |
celui-ci, imite une sorte de museau de tanche. Vue du côté t
des oreillettes, la circonférence des orifices auriculo-ven-
triculaires rétrécis , présente un froncement très prononcé , ^
comme si cette circonférence eût été plissée sur elle-même : 5
cette disposition lui donne de la ressemblance avec la cir-
conférence externe de l’anus ou l’ouverture d’une bourse
dont on a rapproché les cordons.
En général , dans le cas d’un rétrécissement considérable
des orifices, les valvules, rendues immobiles par leur rigi-
dité, sont relevées de manière à croiser à angle presque
droit l’axe des orifices. Toutefois , elles sont assez ordi- |
nairement renversées dans la direction du cours de la 1
colonne sanguine. Alors l’orifice représente une sorte |i
de canal infundibuliforme dont le sommet regarde les ven- |
tricules , si les orifices auriculo-ventriculaires sont le i
siège du rétrécissement, et qui est tourné du côté de
l’aorte ou de l’artère pulmonaire , si le rétrécissement
affecte les orifices aortique ou pulmonaire. Cependant,
pour les valvules aortiques , on observe quelquefois '
une disposition inverse , c’est-à-dire qu’elles sont déjelées
vers la cavité ventriculaire.
Pour donner une idée exacte des principales formes que
peuvent revêtir les orifices du cœur rétrécis , et faire
ressortir les particularités qui distinguent le rétrécisse-
ment de chacun de ces orifices , nous avons cru con-
venable de reproduire dans la note ci-jointe la descrip-
I
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. iSq
t tion des principaux cas de ce genre de lésion, que nous
avons rapportés dans la première section de ce chapi-
tre (i). I
Nous ne terminerons pas cet article sans faire remarquer
au lecteur que ce rétrécissement si commun des orifices du
(l) l" EXEMPLES DE BBTnéciSSBHEMX SIMILI ou URIQDI.
A. Orifice aortique.
Obs. 72e. — Les valvules aortiques , considérablement épaissies , sont main-
t tenues 6xes à une petite distance l’une de l’autre, et ne laissent entre elles qu’une
! fente, ou plutôt un trou, irrégulièrement triangulaire , à peine capable de lais-
s surpasser un petit pois. Ainsi dégénérées , les valvules n’ont plus rien de leur
' forme, de leur mobilité ni de leur souplesse ordinaire. La matière qui^ les con-
‘ stitue est dure, cassante, calcaire.
Obs. 71e. — Les valvules aortiques , tout-à-fait déformées ,.sont converties en
une substance calcaire qui résonne à la percussion, comme un calcul urinaire.
Ces valvules ne sont susceptibles ni d’un mouvement d’abaissement , ni d’un
mouvement d’élévation. Elles circonscrivent unjE ouverture permanente, qui re-
présente une fente de 3 à 4 bg- de longueur, et peut à peine admettre l’extrémité
du petit doigt. La surface des valvules est inégale et rugueuse.
Obs. Si". — Epaissies, réunies, ou plutôt confondues par leurs bords, les val-
vules de l’oriCçe aortique formaient une cloison fibro-cartilagineuse , percée à
son centre d’une fente en forme de boutonnière , pouvant à peine admettre le
bout du doigt,
B. Orifice auriculo-ventriculaire gauche,
Obs. 23e. — Vu du côté de l’oreillette, l’oriQce auriculo-ventriculaire gauche
cit infundibuliforme et reçoit à peine le bout de Vindex ( son grand diamètre est
de 8 lig. et son petit de 3 lig. ), Du même côté , toute là circonférence de l’ori-
fice est plissée et froncée comme une bourse fermée. Complètement déformée,
chagrinée à sa surface comme si elle avait été le siège d’une cicatrisation , inha-
bile à exécuter ses mouvemens ordinaires, la valvule bicuspide est transformée
en un anneau de tissu fibro-carlilagineux.
C. Orifice pulmonaire.
Obs. 79e, — Les valvules sigmoïdes, saines à leur base, paraissaient cartila-
gineuses à leur partie supérieure, où elles offraient une petite concrétion' osseuse
[exiguum assis fruslulum)^ Là, elles étaient réunies, accolées entre elles , de
telle sorte quelles laissaient à peine une ouverture de la grandeur d’une lentille
pour le passage du sang. On voyait à cet orifice quelques productions charnues et
membraneuses { carneo-membranosœ ) , destinées en quelque sorte à remplacer
les valvules, en permettant au sang de sortir, et en s’opposant à son reflux.
Obs. 77e. — L’orifice pulmonaire, de 3 à 4 l'g* de diamètre environ, est fermé
igo MALADIES DÛ COEUR EN PARTICULIER,
cœur, à la suite d’une endocardite prolongée, chronique,
est un nouveau trait de ressemljlaiice entre cette phlegniasie
et celles qui affectent d’autres organes creux. Quel médecin
ignore, en effet, que l’urèthre, le col de la vessie, les artères,
les canaux excréteurs des larmes, de la salive, de la bile, les
diverses régions du tube digestif, et spécialement le cardia,
le pylore , la jonction de l’iléon avec le cæcum, l’extrémité
inférieure du rectum , etc., etc. ; quel médecin, dis-je, ignore
que toutes les parties qui viennent d’étre désignées peuvent
incomplètement par une membrane de tissu jaune, élasticpie, épaisse comme trois
feuilles de papier au moins, présentant du côté de l’artère une convexité que l’on
ne peut effacer par la pression , et fixée aux parois artérielles par trois petits
freins de même nature qu’elle, “t au ventricule par un cercle ligamenteux jau-
nâtre. Celte membrane est percée à son centre par une ouverture ovalaire et
permanente de i lig. ija de diamètre, à bord, fibreux, demi transparent, blan-
châtre et plus mince que la membrane, fortifiée un peu plus en dehors par un cer-
cle de consistance, presque cartilagineuse, inégal, légèrement saillant à la face
inférieure de la membrane,
Obs. 76e. — L’orifice dé l’artère pulmonaire était fort étroit, surtout à une
petite distance des valvules sigmoïdes, où se trouvait une espèce de diaphragme,
percé d’un trou de 2 lig. ip de diamètre environ.
D. Orifice auriculo- ventriculaire droit.
Obs. pSe, ■ — La valvule tricûspide, ossifiée, fermait l'orifice auriculo-ventricu-
laire droit , et était percée vers son bord libre de- deux trous, réunis par une
scissure de 1 pouc. de long , de i lig. à peu près de large, et, à sa base , d un
troisième trou qui aboutissait au ventricule gauche, sur la valvule mitrale.
2* EXEMPLES DE RélRÉClSSEMBîiT MULTIPLE.
Obs, 21e. — L’orifice auriculo-ventriculairc gauche est considérablement ré-
tréci , ce qui tient à la transformation de la valvule mitrale en une concrétion
plutôt pierreuse qu’osseuse, formant une espèce de tumeur de la grosseur d un
petit œuf de poule, et dont Je grand diamètre a 2 pouc.
La valvule résonne à la percussion comme une pierre; la concrétion en laquelle
elle est transformée est hérissée d’aspérités, et pour ainsi dire murale.
La partie interne de l’orifice auriculo-ventriculairc est seule conservée; en
dehors , les deux lames se sont rapprochées et confondues: on introduit assez fa-
cilement le bout du doigt auriculaire dans la portion de l’orifice restante. Du
côté du ventricule, la tumeur reçoit à sa circonférence l’insertion des tendons
forts et multipliés des colonnes charnues.
Une portion de la concrétion a envahi la substance charnue du ventricule , et
iiisToinE gi^nérAle de l’endocardite. 191
éprouver un rétrécissement plus ou moins considérable , à
la suite d’une longue et lente inflammation ? Ce n’est pas
ici le lieu de signaler les accidens qu’entraînent ces lésions
ji mécaniques, et dont la gravité est proportionnelle à l’im-
! portance de la fonction à laquelle elles opposent un obstacle
plus ou moins invincible.
Quoi qu’il en soit, les détails précédons sont bien propr.es
( à faire ressortir dans tout son jour cette vérité sur laquelle
s’étend jusqu’à la surface externe, oi'i elle forme une saillie qui soulève le péri-
carde.
— L’oriGce aortique est le siège d’un rétrécissement à peu près égal à celui
de l’oriGce auriculo-ventriculaire gauche: ce rétrécissement est la suite de l’indu-
ration des valvules aortiques ( une des valvules est ûbro-cartilagineuse , tandis
que les deux autres sont transformées en matière crétacée ).
Obs. a4'. — Les valvules aortiques, épaissies, indurées, crient fortement sous
le scalpel, comme un Gbro-cartilage. La surface des sections qu’on y pratique a
plus de 1 lig. de hauteur. L'oriQce aortique, considérablement rétréci , repré-
sente une espèce de trou de \ lig. de diamètre. Les valvules ainsi indurées et
épaissies, réunies en anneau, étaient inhabiles à remplir leur ofûce de soupapes.
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche est rétréci au point de ne permettre
que l’entrée du petit doigt. Du côté de l’oreillette, il se présente sous la forme
d’un entonnoir, et sa circonférence est plissée , ridée comme ToriGce de l’anus.
Réunies l’une à l’autre, les deux lames de la valvule mitrale forment une espèce
d’anneau ou de cercle où viennent s’insérer des colonnes charnues, très vigou-
reuses, par des tendons qui se confondent avec cet anneau, en partie Gbreux , en
partie Gbro-cartilagincux , ou même calcaire ( la surface des fractures pratiquées
dans la portion calcaire est granuleuse, comme sablonneuse, ce qui tient à la pré-
sence d’une matière crétacée , assez analogue à des pépins de poire). L’épais-
seur de la valvule est de 3 à 4 lig*
Obs. Sô--. — Les valvules tricuspides sont dures , épaisses, réunies par leurs
bords, et forment une espèce de cloison cartilagineuse, percée dans son milieu
d’un trou dans lequel on peut à peine introduire le bout du petit doigt.
Les valvules aortiques étaient épaissies,. dures , cartilagineuses , inflexibles , et
formaient par leur réunion réciproque une espèce d’anneau irrégulier, dont le
diamètre était d'environ 5 lig.
L’oriGce auriculo-ventriculaire gauche était transformé en une espèce de fente
transversale, très étroite. Ses valvules formaient un bourrelet très saillant du coté
de l’oreillette, et ayant, dans quelques points , 4 lig. d’épaisseur. Le tissu de ce
bourrelet était d’une nature Gbro-cartilagineuse , et offrait aussi çà et là des
points d’ossiGcation. La transformation Ghro-cartilàgineuse n’avait envahi qu’à*
peu près la moitié de la valvule , dont la base paraissait aussi flexible que dans
1 état sain , tandis que les mouvemens de la portion altérée étaient presque nuis.
1Q2 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
nous avons appelé l’attention du lecteur, en traitant des
inaladiesdu cœur en général, savoir, que les diverses lésions
de cet organe s’engendrent réciproquement les unes les
autres, et» que les lésions de nutrition ou de l’action orga-
nique et vitale, par exemple, finissent constamment, quand
elles ne sont pas arrêtées et pour ainsi dire jugulées à leur
berceau, par déterminer des lésions physiques et mécani-
ques, trop souvent rebelles à tous les moyens de l’art (i).
( 1 ) L’hypertrophie du cœur est la compagne presque inséparable de l’endocar-
dite prolongée. Celle hypertrophie eslordinairemenl combinée avec une dilatation
des cavités du cœur ( dans quelques cas seulement elle coïncide avec un rétrécis-
sement plus ou moins prononré ). Les cavités du cœur qui se dilatent de préférence
sont celles qui se trouvent situées derrière un obstacle méc^mique au passage du
sang à travers le cœur, comme il arrive, par exemple, lorsqu’il existe un ré-
trécissement considérable d’un orifice de cet organe. Au reste, nous reviendrons
sur ce sujet en traitant de l’hypertropbie du cœur, delà dilatation et du rétré-
cissement de ses cavités.
Chez les individus qui succombent par l’effet de l’obstacle mécanique que les
lésions consécutives à une endocardite chronique ont occasioné, le cœur contient
assez souvent d’énormes concrétions sanguines. Mais il est bien facile de distin-
guer ces concrétions, dues purement et simplement à l’embarras de la circulation
à travers le cœur, de celles que l’endocardite aiguë peut déterminer. Les pre-
mières ont la mollesse des masses de gelée de groseilles, et n’offrent point celte
fermeté, cette élasticité, cette glulinosilé, cet état de semi-organisation qui
caractérisent les seeondes. Ajoutons que celles-ci, comme nous l’avons dit,
sont décolorées , blanches, tandis que celles-là sont, sinon toujours en totalité,
du moins en très grande partie , rougeâtres ou même noirâtres.
De toutes les lésions des autres tissus du cœur qui peuvent accompagner celles
de l’endocarde enflammé, les lésions du péricarde méritent surtout d’être signa-
lées. Sur 54 cas d’endocardite recueillis avec tous les détails convenables, 17,
c’est-à-dire exactement la moitié, offraient des traces de péricardite ( observ.
43e, 44c, 45“, 5i', 55c, 58', 59c, 6op, 610,62'. 64', 65', 66', 76', 77e, 81',
83'.) Ainsi se trouve confirmée une seconde fois la loi que nous avions,
déjà notée, dans le chapitre de la péricardite ( voy. pag. 457, t. I" ), savoir la
fréquence des lésions simultanées des tissus séro-fibreux externe et internedu
cœur( il ne .s’agit pour le moment que dés lésions d’origine inflammatoire ).
Quant aux lésions des organes autres que le cœur consécutives à l’endocardite
terminée par les indurations, les adhérences, les rétrécissemens des orifices, etc.,
décrits plus haut, les plus importantes .à noter sont 1“ la distension du système
veineux, et par suite l’engorgement passi/' de tou* les organes en général, et
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. ig3
i
§ II. Appréciation des altérations anatomiques delà deuxième et de la troisième
période de l’endocardite (i).
I.
Les objections qui ont été faites à l’opinion que j’ai émise,
depuis une dizaine d’années , sur l’origine des diverses in-
durations du tissu séro-fibreux de l’intérieur du cœur en
général , et des valvules en particulier, me font un devoir de
discuter ici cette grave question de production ou de généra-
tion morbide. Pour résoudre ce problème , il faut avoir l’es-
prit complètement dégagé de toute prévention, et puiser
les élémens de sa démonstration dans la double source de
l’observation et du raisonnement.
Posons d'abord la question dans ses termes les plus précis :
U épaississement du tissu séro-fihreux de l’intérieur du cœur ,
les productions cartilagineuses , ossif ormes , calcaires, que nous
avons décrites sous leurs principales formes, constituent-ils réel-
lement des lésions qu’il soit permis de rattacher d V inflamma-
tion du tissu indiqué , ou de regarder comme des suites , des
PROVENANCES de V endocaràüe ?
Voici les raisons fondamentales qui nous ont conduit à
répondre à cette question par raffirmative. De ces raisons ou
de ces preuves , les unes sont indirectes ou tirées de l’analo-
gie , les autres directes ou déduites de 1 observation appli-
quée à l’étude de l’endocardite elle-même.
1° Si les lésions que nous rapportons à l’endocardite par-
I des poumons, du cerveau, du foie, de la rate, du tube digestif eu particulier; 2*
I des collections séreu.ses également passives dans le tissu cellulaire, dans les diverses
membranes séreuses, telles que le péritoine, la plèvre, le péricarde, l’arachnoïde.
Le mécanisme de ces accidens sera examiné quand nous exposerons les signes des
diverses lésions organiques par lesquelles peut se terminer l’endocardite chro-
nique.
(i) Les altérations qui caractérisent^ la première période ont été appréciées
dans l’article que nous avons consacré à leur description ; c’est pourquoi nous ne
nous en occuperons point ici,
a.
i3
104 MALADIES DU CCEUR EN rARTICULIER.
■venue à ses dernières périodes, ou passée, comme on le dit
vulgairement, à l’état chronique , sont bien réellement des
traces, des caractères anatomiques, des effets de cette ma-
ladie, il est clair que de pareilles lésions devront être con-
statées à la suite d’inflammation d’autres tissus analogues
à ceux qui sont le siège de l’endocardite. Or , je le demande
à tout observateur éclairé et de bonne foi , à la suite des
inflammations des membranes séreuses et des tissus fibreux,
telles que la plèvre , le péricarde , les synoviales et les cap-
sules fibreuses des articulations, le périoste, la membrane
du canal médullaire des os, ne voit-on pas survenir des
productions fibreuses, fibro-cartilagineuses , osseuses, des
épaississemens hypertrophiques, etc. ? Quels seraient les
traces, les terminaisons, les restes , si l’on peut ainsi dire,
de ces phlegmasies à l’état chronique, si l’on ne considérait
pas comme tels les lésions que je viens d’indiquer? Mais
si l’inflammation du périoste peut être suivie de la sécré-
tion d’un liquide dont la partie organisable se transfor-
mera, au bout d’un temps plus ou moins long, en une
véritable production osseuse • si l’inflammation de la plèvre
et du péricarde peut être aussi la source d’une exsudation
dont l’élément coagulable et organisable se convertira ulté-
rieurement en tissu fibreux, fibro-cartilagineux et même
osseux ; si les mêmes accidens peuvent se manifester consé-
cutivement à une inflammation du tissu sérô-fibreux des
articulations, comme l’attestent les observations cliniques,
et des expériences directes de M. le docteur Rayer sur les
animaux; si les choses se passent de la sorte dans les inflam-
mations que nous venons de nommer, pourquoi l’inflam-
mation de l’endocarde , qui est pour l’intérieur du cœur
ce qu’est la plèvre pour la cavité pectorale, ce qu’est une
synoviale pour une articulation, ce qu’est enfin le péri-
carde pour la cavité dans laquelle le cœur se trouve con-
tenu ; pourquoi , dis-je, l’endocardite n’aurait-elle pas
aussi le fâcheux privilège de donner lieu aux mêmes lé-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 1q5
sions? Depuis quand des effets tout-à-fait semblables, iden-
tiques, ne supposent-ils pas une même cause? Depuis quand
ce qui est vrai et généralement admis pour la pleurésie,
la péricardite, ne le serait-il pas pour l’endocardite, c’est-
à-dire pour une véritable péricardite interne? Enfin, vous
qui niez les rapports que nous établissons entre l’endocar-
dite iprolongée , devenue chronique , répondez ; quelles
sont donc les lésions au moyen desquelles vous reconnaî-
trez anatomiquement cette maladie, si vous excluez de
ses caractères anatomiques celles que nous avons indi-
quées? Vous n’en pouvez réellement citer aucune. Vous
faites mieux : ne voulant point adopter l’opinion que nous
soutenons, et ne trouvant rien à mettre à la place des lé-
sions que nous assignons pour caractères anatomiques à
l’endocardite étudiée dans toutes les phases de son évo-
lution , vous avez pris le parti de révoquer en doute l’exis-
tence même de cette maladie. Mais s’il est facile de nier,
comme vous l’avez si bien dit vous-mêmes en une autre
occasion, il 'n’est pas aussi aisé de démontrer que la chose
niée n’existe réellement pas.
On a voulu combattre la doctrine quenous professons, en
objectant que les productions osseuses sont très communes
chez les individus avancés en âge ! Belle objection, en vérité !
Quoi ! c’étaient des résultats de la vieillesse , ces incrusta-
tions osseuses que nous avons rencontrées chez un si grand
nombre de sujets de i4à3oans, et dont nous avons rap-
porté des exemples chez les enfans eux-mêmes (i)3 Sans
doute , il aurait fallu considérer aussi comme un produit
de r âge avancé ces productions fibreuses, fibro-cartilagi-
neuses, osseuses, etc. , que nous avons constatées dans la
(i) Ainsi que nous l’avons dit préoédemment, sur 44 d’induration
des valvules, 55 avaient moins de 5o ans ; de res 55 milades, 12 n'avaient que
de 16 à 5o ans, 1 u’avail que 10 ans, un autre que 7 ans, un Iruisièine enûn
que 10 MOIS.
i3.
igÔ MALADIES DU COEUR EN EARTICüIIER.
plèvre ou le péricarde chez presque tous les sujets qui
offraient de pareilles productions dans le tissu séro-fibreux
des cavités du cœur! Cette coïncidence des traces d’une
ancienne péricardite ou d’une ancienne pleurésie chez les
sujets qui portent aussi dans l’endocarde les productions
accidentelles indiquées , n’est-elle pas un nouvel argument
en faveur de notre manière de voir sur l’origine première
de celles-ci? En effet, dans la plupart des cas, les lésions
de la plèvre, du péricarde et de l’endocarde étaient en
quelque sorte contemporaines, et s’étaient développées sous
l’influence d’une seule et même maladie, disséminée pour
ainsi dire dans plusieurs organes à la fois (1). Certes, nous
n’ignorons pas combien il est fréquent de trouver chez
les vieillards des productions osseuses ou calcaires ; mais
nous ne savons d’après quels principes de logique on a con-
clu de cette circonstance que l’endocardite ne pouvait pas
entraîner à sa suite les indurations tant de fois nommées.
On le voit donc, si l’on s’en .tenait au témoignage de
l’analogie la plus évidente et de l’induction la plus natu-
relle , la plus légitime , on serait déjà en droit d’admettre
la réalité de la doctrine que nous examinons. Mais passons
à la démonstration directe de cette doctrine.
2® Pour démontrer directement que les productions
décrites plus haut succèdent réellement à une endocardite
ancienne , chronique , non arrêtée dans sa première pé-
riode , il faut d’abord prouver d’une manière positive
l’existence de cette maladie avant la mort , chez les sujets
qui les ont présentées. Je ne puis exposer ici les signes
de la maladie que nous avons décrite sous le nom d’en-
docardite, puisqu’ils seront l’objet de l’article suivant;
(i) Nous avons prouvé par des chiffres la fréquence de la co-exislence des mê-
mes lésions du péricarde et de l'endocarde ( voy. t . i®'', pag. 43/ et t. a*, pag.
ga ). Or, est-il rationnel, en conscience, d’admettre que celles du péricarde sont la
suite d’une péricardite et que celles de l’endocarde ne proviennent pas d’une
endocardite ?
urSTOIHE GÉNÉRALE DE l’enDOCARDITE. ig^
niais j’affirme ici par anticipation que ces signes sont bien
certainement ceux d’une inflammation. Or , lorsque chez
un grand nombre de sujets qui ont présenté les symptômes
d'une inflammation du tissu séro-fibreux du cœur, on trouve
après la mort l’épaississement , l’induration de ce tissu, des
productions cartilagineuses, osseuses, etc., ne serait-ce pas
un insigne aveuglement que de ne trouver aucune filiation,
aucun enchaînement d’effet à cause entre ces lésions et
l’endocardite ? Autant vaudrait ne reconnaître aucun rap-
port entre certaines altérations de la plèvre et du péricarde
que l’on trouve chez des individus qui avaient présenté
pendant la vie d’incontestables signes d’une inflammation
de ces membranes.
Ajoutez maintenant que les causes sous l’influence des-
quelies on voit se développer la maladie productrice des
épaississemens , des indurations, des fausses membranes
organisées de l’endocarde , sont essentiellement celles qui
déterminent les inflammations des autres tissus du même
genre. Considérez enfin que cette maladie cède à la mé-
thode des émissions sanguines vigoureusement et large-
ment appliquée, et vous aurez une démonstration aussi
complète et aussi satisfaisante que possible de la vérité de
l’opinion que nous avons discutée (i).
(i) Je demanderai aux lecteurs la permission de mettre sous leurs yeux une
esquisse de la réfutation que M. Laënnec a cru devoir opposer à la doctrine ci-
dessus développée.
M. Laënnec commence par me faire dire q\ie je « rahj’e parmi tes effets de
» l'inflammation non seulement toutes les productions accidentelles , mais même
TOUTES LES CONGESTIONS SAHCÜINKS ET SEKEOSES! M (OuV. fit., t. II, p., GSO.) ünC
telle accusation de la part de M. Laënnec, qui a bien voulu citer dans son ou-
vrage les travaux que j'ai faits suc les hydropisies et les congestions veineuses
passives, est assez singulière.
Voici d’ailleurs l'argumentation dont, se sert M. Laënnec pour réfuter mon
opinion, qu’il appelle , avec autant de malice que d'érudition , l’opinion des an-
ciens, Après avoir dit « qu’on ne connaît pas anatomiquement la transition entre
I inflammation supposée cause des incrustations osseuses et ces incrustations elles-
mêmes , » cet auteur ajoute ; • Or, qu’est-ce qu’une inflammation qui ne pré-
198
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
II.
Jusqu^ici, nous nous sommes efforcé purement et sim-
senle ni les caraclères anolomiqnes, ni l’orgasme pathologique de relie que per-
sonne ne conteste, d’un phlegmon, par exemple i’ » Quoi! c’est M. Laënnec qui
nous demande ce que c’esl qu’une inflammation qui ne présente ni les caractères
anatomiques , ni Vor^asme pathologique d'un phlegmon! Comme s'il n’existait
pas d’énormes différences entre un phlegmon aigu el une foule d'autres inflam.»
mations, soit aiguës, soit surtout chroniques? Est-ce que M. Laënnec prétend
trouver, par exemple , dans l'inflammation du tissu flbrcux précisément les
mêmes caractères anatomiques et le même orgasme que dans l'inflammation
du tissu cellulaire ? M. Laënnec soutient qu'on ne connaît pas la transition entre
une inflammation et des productions ou incrustations osseuses. Pour adopter
ce système, il faudrait n'avoir jamais vu d’inflammation du périoste ou
de quelque autre membrane fibreuse. Suivant M. Laënnec , les incrusta-
tions dont il s’agit «e forment presque toujours sans qu’aucun signe général
ou local puisse avertir de leur formation^ et souvent chez des hommes qui ont tou-
jours joui delà meilleure ianle. Tout en passant condamnation sur ce qu’il y a
d’un peu exagéré dans celte assertion , est-ce que l'argument invoqué ici par
M. Laënnec suffirait pour démonlrer que des productions osseuses ne peuvent se
développer à la suite de l'inflammation lente et chronique d’un tissu fibreux ou
séro-fibreux? Est-ce que M. Laënnec n’a jamais trouvé, à la suite d’une pleu-
résie, di'S incrustations qui n’avaient entraîné aucun trouble notable de la santé?
On serait tenté de croire que M. Laënnec n’admelpas l'existence des phlegma-
sies chroniques et latentes. Il n’en est rien cependant. Voyez même, à celle oc-
casion, comme il en coûte peu à M. Laënnec pour se contredire. Non seulement
' il admet des phlegmasies latentes , chroniques, mais il dit encore expressément
que ces phlegmasies peuvent se terminer par la production de fausses membra-
nes fibro-cartilagineuses. On peut voir dans l’article Pleurésie, de C Auscultation
médiate, que M. Laënnec rapporte à celte phleg-nasie les fausses membranes
fibro-cartilagineuses ou cartilagineuses de la plèvre. Aprè.s avoir dit_ qu’il peut se
former sur la plèvre une exsudation albumineuse , sans épanchement séreux no-
table, M. Laënnec ajoute : « 11 me semble probable qu’alors l’exsudation albumi-
neuse doit avoir une plus grande tendance à se changer en une membrane dense
qu’en tissu cellulaire; et c’est peut-être de celle manière que se forment certaines
membranes fibro-cartilagineuses ou cartilagineuses. » ( Ouv, dt., t. II , p. la^. )
Un peu plus loin ( p. ia5), M. Laënnec regarde les fausses membranes dont il
s’agit comme le produit d’une pleurésie hémorrhagique. Enfin , pour que la con-
tradiction fût aussi complète que possible , M. Laënnec déclare « que les signes
des pleurésies hémorrhagiques qui se terminent par la formation des fausses mem-
branes fibro-cartilagineuses , sont très souvent obscurs... et que ces pleurésies
sont, sans cônlredil, celles qui méritent le plus le nom de latentes. • ( p. iSg. )
histoire generale de l’endocardite. 199
plenient de suivre d’un œil attentif et de mettre au grand jour
les rapports qui enchaînent les unes aux autres les lésions que
nous avons décrites. Nous avons laissé de côté le mécanisme
A l’article des maladies du péricarde, M. Laënnec rapporte aussi un cas remar-
quabled 'incrustation osseuse de cette membrane, coïncidant avec d autres traces
d’ancienne péricardite. Et c’est à quelques pages de là que cet auteur, à 1 occasion
des incrustations osseuses des artères, auxquelles il a rattaché celles du coeur, vient
proclamer que ces incrustations sont indépendantes de toute inflammation; deman-
der ce 7H6 c’est qu’une inflammation qui ne présente ni tes caractères anatomiques,
ni l’orgasme pathologique d'un phlegmon, et déclarer qu’il est plus simple et plus
philosophique de reconnaître qu’ori ne connaît point te mode de troublede l’économie
qui produit une ossification , mais que bien certainement ce n’est pas le même
que celui qui produit le pus / Ainsi M. Laënnec admet qu’une exsudation pseudo-
membraneuse ( ce qui constitue un mode de suppuration ) peut se convertir en
membrane cartilagineuse ( et partant en incrustation osseuse ), et il pose ensuite
en h\t qu’on ne connaît pas anatomiquement la transition entre l’inflammation
et les incrustations cartilagineuses ou osseuses.
Il est bien vrai, au reste, que l’ossification et la suppuration ne sont
pas une seule et même chose; mais ce n’était point là la question à la-
quelle M. Laënnec devait répondre. Cette question était de savoir si les pro-
duits d’une péricardite , d’une endocardite , d’une pleurésie , pouvaient, par une
série donnée de métamorphoses, se convertir en tissu fibreux, cartilagineux . os-
seux, comme nous croyons l’avoir prouvé. Or, pressé par l'évidence des faits,
M. Laënnec a été forcé de rapporter à la pleurésie et à la péricardite certaines
incrustations cartilagineuses et osseuses. Ce n’est donc évidemment que par un
système mal entendu de contradiction avec lui-même, que cet illustre observa-
teur s’est appliqué à combattre les idées que nous avions proposées sur l’origine
de certaines incrustations fibro-cartilagineuses ou osseuses du tissu séro-fibreux,
qui fait partie de la structure du cœur et des artères.
M. le professeur Andral, qu’on n'hecusera point sans douté de ne voir partout
que l'inflammation , a pourtant écrit ce qui suit sur la question que nous avons
agitée ; • Si la phlegmasie de la membrane interne du cœur passe à l'état chroni-
>que, la membrane qui en est le siège s’épaissit de plus en plus, là surtout où
• elle se double pour constituer les valvules des différens orifices... Non seule»
• ment celte membrane s’épaissit, mais encore elle devient le siège de végéta-
• lions, de dégénérations variées. Les portions de tissu fibreux qu’elle recouvre
» s épaississent également ; et la , comme pabtoot ou il est frappé d’ikflamma-
•TIÜI», CE TISSU TEND A PASSER A l’ÉTAT CARTILAGINEUX OU OSSEUX. CcS divCrSeS
• altérations ont pour effet commun de rétrécir les divers orifices du cœur, de
• 8 opposer au libre jeu des valvules , et , par conséquent , de gêner de cours du
•■‘‘ang... Ainsi donc un grand nombre de rélrécissemens des différens orifices du
• cœur, produits soit par des végétations qui recouvrent la membrane, soit par
200
MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
intime de leur développement, satisfait d’avoir prouvé que
ces lésions n’étaient réellement que les phases diverses d’un
seul et même état morbide, que les métamorphoses d’une
seule et même maladie, que les formes variées sous lesquelles
peut se révéler en quelque sorte l’endocardite aux diverses
périodes, aux divers âges de sa complète évolution. Nous
pouvons dire quelques mots maintenant du mode de dé-
veloppement et d’accroissement des produits accidentels
dont nous avons en quelque sorte découvert la cause primi-
tive, originelle, c’esi-à-clire l’acte générateur. Toutefois, ce
ne serait pas ici le lieu de trop s’appesantir sur ce point
de pathogénie ou d’organogénie anormale (i).
Les lois qui président à la formation et au développe-
ment des produits accidentels, des tissus anormaux, n’é-
tant qu’une modification de celles auxquelles sont soumis
la formation et le développement des tissus normaux, il
est évident que la connaissance de celles-ci doit jeter une
vive lumière sur la connaissance des autres. JMalheureuse-
ment le mécanisme de la génération , du développement
et de la nutrition des tissus normaux est encore enveloppé
d’épaisses ténèbres. A défaut de notions précises sur la na-
ture intime de cette opération vitale , exposons celles que
nous possédons sur quelques unes de ses conditions obser-
vables.
Quel que soit en lui-même l’acte qui régit le développe-
ment d’un tissu ou d’un orgaite quelconque, il ne peut
s’accomplir qu’à la condition d’une circulation dans ce
• des concrétions cartilagineuses ou osseuses qui la soulèvent, reconnaissent pour
• point de départ une inllammation aiguë ou chronique de la membrane qui ta-
• pi>se les cavités du cœur. » ( Andral, Clin, mùd., 1. 1", p. 53-56, 1829. )
On le voit, les idées de M. Andral sont au fond exactement les mêmes que les
nôtres.
(i) Dans un Traité dt nosolo/’ie gèncrala et philosophique, que nous nous pro-
posons de publier, nous lâcherons de traiter cette question avec tous les déve-
loppemens quelle comporte.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. QOl
tissu , dans cet organe. Aussi les observateurs ont-ils
remarqué que plus l’afflux actif i\u sang y était considéra-
ble, plus le mouvement nutritif était rapide. C’est, par
< exemple, ce qu’on a observé en étudiant l’acte de l’ostéo-
j; génie. Le sang que la circulation fournit à l’organe qui
croît et se développe, est en effet la source des matériaux de
I cet accroissement et de ce développement, et ces matériaux
diffèrent selon la nature du tissu ou de l’organe dont on
I étudie révolution. Sans cette circonstance, on ne saurait
I concevoir pourquoi les tissus et les organes ne sont pas
partout exactement les mêmes. La raison pour laquelle l’os
I s’empare de la gélatine et du phosphate calcaire du sang,
le foie d’autres élémens, etc. , etc. , nous est inconnue en
elle-même et se perd dans les mystères des affinités vitales
électives. Du reste, on admet généralement aujourd’hui que
I la matière plastique du sang tend en quelcjue sorte de son
propre mouvement à s’organiser , quand elle se trouve
placée dans des conditions convenables.
Cela posé, voyons jusqu’à quel point on peut appliquer
au développement des produètions d’origine inflammatoire
les considérations précédentes. Qu’est-ce que l'inflamma-
tion? une opération morbide aussi inconnue dans sa na-
ture intime que la nutrition et la sécrétion elles-mêmes,
dont elle n’est réellement qu’une modification. Quels sont
les principaux phénomènes qui se passent au moment où
cette opération morbide s’accomplit dans toute son éner-
gie ? une congestion active , un afflux de sang plus considé-
rable qu’à l’état normal , un développement insolite de
1 organe, une sécrétion qui diffère à la fois de la sécrétion
normale et parla quantité et par la qualité du produit qui
en résulte. Au sein de ce produit existe une matière plasti-
que, contenant, comme nous l’avons vu, le germe de l’orga-
nisation , et qui s’organisera effectivement, si certaines
circonstances extérieures ne viennent pas troubler l’exer-
cice du nisus formativus . Mais il est clair comme le jour
203 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
que le tissu qui s’organisera et se développera dans la par-
tie qui, jouant pour ainsi dire le rôle de matrice, a reçu ,
le secretum accidentel où résident les rudimens d’un tissu j
de nouvelle formation; il est évident, disons-nous, que ce |
tissu offrira des différences selon la nature , la composition
de la partie enflammée, de même que dans l’évolution nor- ]
male , les produits de celte évolution varient selon la na- i
ture des organes où elle s’opère. De là , ces nombreuses >
variétés de productions accidentelles dont l’origine peut i
être inflammatoire. ^
D’un autre côté, il ne faut pas croire que le secretum v
injlarrunatoire, variable suivant la nature des organes sécré- }
teurs, ne se présentera pas sous des formes différentes , ^
selon qu’on l’observera à telle ou telle époque, à telle ou <
telle phase de son évolution, et sous ce rapport en-
core, nous voyons dans l’organogénie anormale une confir-
mation des lois de l’organogénie normale. On sait assez
en effet, que les organes n’offrent pas exactement les mêmes
apparences dans les différentes périodes qui partagent le
cours de leur évolution. Et pour citer un exemple d’évo-
lution normale qui se lie étroitement à notre sujet, qui
peut ignorer que l’on observe dans l’opération de la for-
mation des os (jostéogénie) , trois formes bien distinc-
tes dans la substance organique qui doit constituer un
os ? Cette substance, d’abord molle, gélatiniforme, se con-
vertit plus tard successivement en cartilage et en os. Or,
c’est là précisément ce qui a lieu dans l’ostéogénie d’o-
rigine inflammatoire , dans la formation du caJ dans la
production des exostoses, etc. Hé bien, les ossifications de
l’endocarde et des autres membranes séro-fibreuses sui- .
vent, jusqu’à un certain point , la même marche. Ces pro-
ductions ne se forment point de toutes pièces et pour ainsi- ^
dire en un clin-d’œil : elles éprouvent les transformations,
les métamorphoses ci-dessus exposées, soit qu’elles se dé- »
veloppent dans une fausse membrane , d’abord amorphe et i
r
IIISTOIRTÎ GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 2o3
greffée sur une niembi'ane séreuse, soit qu’elles envahis-
sent l’épaisseur même des tissus dans lesquels on les ren-
contre (i). Ainsi donc, ce n’est point une baliverne, quoi
I qu’en ait dit un de nos honorables confrères, que de faire
remonter par des gradations successives certaines ossifica-
tions à une inflammaWon , puisque nous trouvons dans
la formation du cal lui-même un exemple éclatant de ce
i genre de productions (2).
Je pourrais examiner maintenant quelles sont les mbdi-
: fications principales que nous offriront les produits de
l l’inflammation, selon les différens degrés dont cette opéra-
t tion morbide est susceptible , et selon les conditions géné-
1 raies et locales des individus, mais nous avons déjà ou-
I trépassé les limites que nous impose la nature de cet
|) ouvrage, et nous renvoyons d’ailleurs pour cette question
I. aux beaux travaux des Hunter, des Bichat, des Dupuytren
et des Broussais. ' , - ‘
J . .. ,fT y.
(1) Je n’ai pas besoin de dire qu’il n’existe point une identité complète entre
les ossifications accidentelles'et les os normalement développés. 11 y a même des
cas où, comme nous l’avons dit, les productions désignées sous le nom d’ossifica-
tions, mériteraient mieux le nom de pétrifications ou de concrétions pierreuses,
\ calculeuses . Il me semble que le noyau de cette espèce d’ossifications une fois pro-
duit, leur accroissement est moins peut-être un véritable phénomène de nutri-
tion qu’un phénomène ordinaire de cristallisation,
(2) Morgagni a très bien entrevu les métamorphoses que nous signalons ici,
quand il a considéré comme des rudimens d’ossification ( inchoamenla ossifîca-
tionis) les taches jaunes que l’on trouve si souvent dans les artères.
I
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
2o4
■)
ARTICLE DEUXIÈME.
EXPOSITION ET APPEliCI ATIOW DBS SYMPTOMES DE l'eHDOCAEDITE GÉniBALE
ET PABTIELLB.
§ I.' Exposition des symptômes.
»
I. Symptômes de la période d’acuité.
Nous suivrons dans la description des symptômes de l’en-
docardite à lelat aigu l’ordre que nous avons adopté dans
la description des symptômes de la péricardite également
aiguë. , . ^
1° Des quatre symptômes généraux que les pathologistes
ont assignés à l’inflammation, trois, savoir la chaleur, la rou-
geur et la tuméfaction, se dérobent complètement à notre
exploration dans l’endocardite, et le quatrième, c’est-à-dire
la douleur, manque entièrement dans l’immense majori té des
cas. Dans ceux où ce dernier symptôme existe, il ne dépend
point directement de l’endocardite , mais bien de la com-
plication de cette maladie avec une phlegmasie du péricarde
ou de la plèvre (i). Mais si la douleur proprement dite n’est
pas la compagne ordinaire de 'Tendocardite , ce symptôme
est souvent remplacé par un sentiment de malaise, d’em-
barras , d’oppression , d’anxiété dans la région précordiale.
Lorsque ce sentiment est porté à son comble, il est accom-
pagné d’une tendance à la syncope ou aux lypothimies.
2° Les signes physiques fournis par l’inspection , la pal-
pation, lapercussion et l’ auscultation, méritent la plus grande
attention et n’ont encore été notés par aucun auteur.
Lorsque l’endocardite est compliquée de péricardite et
qu’elle date déjà de plusieurs jours , on observe quelque-
fois une légère voussure de la région précordiale (2),
(i) Nous avons dit que dans les inflammations de ces membranes elles-mêmes,
la douleur parait tenir esstntîellement à l'irritation des nerfs sensitifs voisins.
(a) Je dois avouer que jusqu’ici la saillie de la région prëcordiale m’a paru
IIISTOIHE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Ûo5
Cette région , dans l’endocardite simple, est ébranlée
par la violence des battemens du cœur, qui repoussent
fortement la main appliquée sur elle. Ces battemens, véri-
tables palpitations aiguës, se font sentir dans une étendue
plus considérable qu’à l’état normal et proportionnelle au
gonflement, à la turgescence que le cœur peut avoir éprou-
vée sous l’influence de la fluxion inflammatoire. Un frémis-
sement vibratoire plus ou moins marqué se fait aussi quel-
quefois sentir dans la région précordiale.
La percussion de la région du cœur donne un son mat
dans une surface de 4, 9 et même 16 pouc. carrés; pour dis-
tinguer celte matité de celle qui serait l’effet d’un simple
épanchement dans le péricarde , il suffit de faire attention
qu’elle coïncide dans le cas d’endocardite avec des batte-
mens du cœur superficiels, visibles, sensibles à la main,
tandis que, dans le cas d’épanchement considérable, les
battemens du cœur sont profonds, éloignés, très peu ou
même nullement sensibles à la vue et au toucher, du moins
dans le décubitus ordinaire.
U auscultation fait entendre un hruit de soufflet masque
les deux bruits normaux du cœur à la fois ou bien un des
deux seulement. Ce bruit de soufflet est d’autant plus fort
que les battemens du cœur sont plus violens et plus préci-
pités. (i). L’auscultation fait entendre aussi , quand les
coïncider toujours arec une endocardite compliquée de péricardite. Je ne sais si
la simple turgescence inflammatoire du cœur, combinée avec la violence des bat-
temens de cet organe, suffirait pour produire en quelques jours la saillie dont il
est ici question. Cela ne me paraît pas encore très probable.
(i) 11 nous semble probable que le bruit de souffle ou de râpe doit être d’autaut
plus fort, que le gonflement des valvules est plus considérable, et qu'il s’est formé
autour de ces valvules ou à la surface môfne des cavités du cœur, une masse plus
grande de concrétions fibrineuses ou pseudo-membraneuses. 11 est bien entendu ce-
pendant que si les concrétions étaient asser abondantes pour oblitérerpresque en-
tièrement les cavités du cœur, cette circonstance pourrait diminuer l’intensité du
bruit de soufflet, au lieu de l’augmenter, vu l’obstacle extrême quelle opposerait
Îi06 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
battemens du cœur s’exercent avec une certaine violence,
un tintement métallique isochrone à la systole ventricu-
laire.
3° On peut apprécier par la vue et par le toucher la
1 force des battemens du cœur (i y.
Ce n’est pas seulement sous le point de vue de leur force
! et de leur énergie que les battemens du cœur sont troublés
pendant le cours d’une endocardite aiguë. En effet, constam-
! ment l’augmentation du nombre de ces battemens se joint
! à l’augmentation de leur force, et dans un assez bon nombre
1 de cas, le rhjthme de ces mêmes battemens est profondément
altéré. Nous avons vu, chez quelques sujets, le nombre des
battemens du cœur s’élever à i40) psr minute, et
dépasser même ce chiffre (voy. l’obs. 22®). H est assez rare
:! que les battemens du cœur ne soient pas irréguliers , iné-
;i gaux , intermittens , quand leur fréquence est portée à ce
terme.
4“ Une réaction fébrile plus ou moins forte accompagne
’ ordinairement l’endocardite aiguë. Toutefois, il ne faut pas
confondre avec un véritable état fébrile la simple augmen-
tation de la fréquence du pouls et des battemens du cœur
^ dans le cas d’endocardite, soit simple, soit compliquée de
|; péricardite. En effet , cette fréquence peut exister en Tab*
sence d’une réaction fébrile proprement dite. Nous en
I, avons eu ce mois-ci (janvier i835) un remarquable exem-
\ pie à la clinique. Un malade , couche au n® 2 de la salle
i St-.Tean-de-Dieu , fréquemment atteint de douleurs rhuma-
I tismales, fut pris d’une endopéricardite sub-aiguë des
I
|l *
au jeu des Talvoles et des parois du cœur. Au reste, ce sont là des hypothèses sur
lesquelles il ne faut pas trop insister. .
I (i) Quelques expériences récentes nous portent à croire qu’au moyen du
! $phygmomèlr6 àeM. Hérisson ou d’un autre instrument du même genre, on
parriendra quelque jour à mesurer d’une manière précise les differens degrés
I; d’augmentation de la force des contractions du cœur.
!i
' »
i
J
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 207
mieux caractérisées. Les battemens du cœur et du pouls
s’élevaient à plus de i4o par minute , et ils étaient inégaux,
irréguliers, intermittens. Cependant, le malade n’éprou-
vait point ce malaise intérieur, cette agitation générale qui
accompagne l’état fébrile ; la chaleur de la peau était nor-
male ainsi que la soif. Mais, je le répète, l’absence de la
fièvre dans une endocardite aiguë est une circonstance
peu ordinaire. ^
Avoir indiqué les caractères des battemens du cœur ,
c’est, jusqu’à un certain point, avoir indiqué en même
temps ceux des pulsations artérielles. Il est bon cependant
de savoir que le pouls n’est pas toujours la représentation
fidèle des battemens du cœur. Ainsi , chez quelques mala-
des, tandis que le pouls était petit , peu développé , misé-
rable, les battemens du cœur s’opéraient avec une violence
et un tumulte extraordinaires. Cette sorte de discordance
entre les pulsations du cœur et celles du pouls est facile à
concevoir : elle dépend ordinairement de la présence d’une
masse considérable de concrétions fibrineuses dans le
. cœur , d’un engorgement des valvules ou d’un embarras
des orifices , toutes circonstances qui , malgré la violence
des battemens du cœur , s’opposent à ce qu’une large co-
lonne sanguine soit projetée dans le système artériel.
Aussi , est-ce alors que l’on voit survenir la pâleur du vi-
sage , l’anxiété , la jactitation, les défaillances, les éblouis-
semens, la syncope.
Il est aussi des cas (et notre observation 22® est un cas de
ce genre) , où les pulsations du pouls et celles du cceur
diffèrent en Ire elles même sous le rapport du nombre. Alors,
c’est toujours, comme on le devine aisément , le nombre
des pulsations du pouls qui est inférieur à celui des batte-
mens du cœur. Pour comprendre cette nouvelle espèce de
désaccord entre le pouls et les contractions du cœur, il
sulfit de savoir qu’il est des cas où l’embarras , la gêne de
la circulation à travers le cœur est telle , que la petite
2o8 maladies du coeur en particulier.
masse de sang qui est chassée pendant la systole ne suffit
pas pour ébranler la colonne qui circule dans les artères
éloignées du centre.
5° En général , dans la première période d’une endocar-
dite aiguë , la circulation veineuse n’est pas considérable-
ment troublée. Néanmoins, quand le passage du sang
s’opère très difficilement à travers le cœur (ce qui arrive
lorsque d’abondantes concrétions fibrineuses se sont for-
mées, que le jeu des valvules est gêné’, etc.) , le visage et
les mains prennent une teinte violette ou livide, et il
survient une certaine bouffissure de la face avec empâte-
ment, engorgement séreux des extrémités. Je suis même
très disposé à croire que la perte de connaissance subite,
les mouvemens convulsifs légers, suivis de respiration sler-
toreuse et d’écume à la bouche , tels que nous les avons
observés chez deux de nos malades, étaient le résultat
d’une forte congestion veineuse du système encéphalique,
provenant de l’obstacle qu’apportaient au dégorgement de
la veine-cave supérieure les concrétions fibrineuses qui dis-
tendaient les cavités du cœur en général et les cavités droi-.
tes en particulier.
Dans ce qui précède nous avons plus spécialement insisté
sur l’influence des conditions mécaniques dans le trouble
des fonctions de la circulation centrale; mais loin de nous
la pensée d’attribuer exclusivement à des causes de cette
espèce le trouble dont il s’agit. De même, en effet, que
c’est dans une excitation dynamique, dans une stimulation
hyper-normale du principe animateur ou du système ner-
veux du cœur, qu’il faut chercher le secret de l’augmen-
tation de force et de fréquence de ses batlemens; de
même au.ssi , dans un certain nombre de cas , c’est à
une lésion de , l’innervation du cœur qu’il faut rappor-
ter V irrégularité, l’inégalité , V intermittence des battemens
de cet organe. Cette sorte àé ataxie est pour le cœur ce que
sont pour les centres nerveux le délire , les hallucinations,
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ENDOCARDITE. 200
les mouvemens spasmodiques ou convulsifs qui accompa-
gnent la méningo-encéphalite aiguë , ce que sont pour l’es-
tomac, les nausées, les vomissemens, etc., etc. •
6° L’influence de l’endocardite aiguë sur la respiration
est presque nulle, dans les_cas où la circulation se fait assez
librement à travers le cœur. I>ious avons rencontré plusieurs
individus qui n’éprouvaient aucun sentiment de dyspnée ou
d’oppression, du moins dans l’état de repos. Mais toutes les
fois qu’un grand obstacle s’oppose au cours du sang dans
les cavités du cœur, les malade:s sont en proie à la plus dé-
chirante oppression; ils étouffent, comme ils le diseilt„ res-
tent assis plutôt que couchés dans leur lit , ne goûtent
aucun moment de sommeil, et cherdient vainement, au mi-
lieu d’une agitation, d’une jactitntion perpétuelle , quelque
position qui leur permette de satisfaire le pressant besoiii
de respirer qui les tourmente.
Les troubles que peuvent offrir les fonctions des cen-
tres nerveux, sont en général la conséquence des' lésions de
la circulation et de la respiration; aussi avons-nous été obligé
de les signaler en parlant de ces dernières. Piÿsque jamais,
lorsque l’endocardite est simple, sans complication de pleu-
résie ou de péricardite , il ne se manifeste un véritable dé-
lire ; mais quand^la dyspnée est extrême , que les nialades
sont sans cesse dans un état imminent de syncope , ils
éprouvent par intervalles une sorte d’égarement , qui se
rapproche de celui que peut produir^e une vive et profonde
frayeur.
8“ Les fonctions digestives se comportent dans l’endocar-
dite comme dans toutes les autres grandes maladies aiguës, *
non compliquées d’une affection idiopathique du tube di-
gestif. Il en est de même des principales fonctions sécré-
toires : disons seulement que dans les cas de dyspnée
excessive et d’obstacle très considérable à da circulation,
on voit assez souvent survenir des sueurs froides soit
• i4
s 10 MAtADÏES DU COEUR EN PARTICULIER.
sur tout le corps , soit sur le visage et le front seulement.
L'ensemble' des symptômes que nous venons d’exposer
offre de tiombreuses différences, selon l’étendue, le degré
plus ou moins aigu de l’endocardite, la susceptibilité des
individus, les complications, etc.
La description que nous «venons de tracer s’applique
particulièrement à l’endocardite générale très aiguë. Lors-
que cette phlegmasie est partielle, qu’elle affecte une
marche sub-aiguë ou même tout-à-fait lente, chronique,
elle ne s’annonce plus par un cortège de symptômes aussi
saillans, et, pour la reconnaître, il faut apporter une
grande attention h l’examen <;Jes malades.
Telle que nous venons de la décrire, l’endocardite ai^ë
ne saurait être confondue par un observateur exercé avec
aucune autre maladie, si ce n’est, peut-être, la péricardite.
J’avouerai, pour ma part , qu’il est quelques cas assez em-
barrassans. reste , ce serait une erreur de peu de gravité
que de prendre une péricardite pbur une endocardite et
réciproquement; maladies qui, d’ailleurs, comme nous
l’avons fait remarquer précédemment, co-existent très sou-
vent l’une avec l’autre.
Lorsque la péricardite est accompagnée d’un épanchement
considérable , on né peut la confondre avec l’endocardite
pure et simple, attendu que dans cé cas les battemens du
cœur sont obscurs, éloignés, difficiles ou impossibles à sen-
tir à la vue ou au toucbel^, ce qui est l’opposé de ce qu’on
observe dans l’endocardite. Mais lorsque la péricardite ne
détermine qu’une simple exsudation pseudo-mémbraneuse,
il est réellement assez difficile de la distinguer de l’endocar-
dite , d’autant plus qu'elle s’accompagne alors d’un bruit
de frottement péricardique, qui, comme nous l’avons noté
ailleurs, ressejpble quelquefois beaucoup au bruit de frot-
tement qui s’observe dans l’endocardite valvulaire. Il est
pourtant vrai, de dire que cette forme delà péricardite est
histoire générale de l’eJîDOCARDITE. !3lt
rarement la cause d’une oppression et d’une gêne de la cir-
culation, aussi considérables que celles qui se manifestent
sous l’influence d’une violente endocardite.
En dernièreanalyse, il n’est pasdifficile de diagnostiquer
utie inflammation très aiguë du tissu séro-fibreux du ëœuT en
général ; mais il est des cas où l'on ne peut guère décider Si
l’inflammation occupe exclusivement l enveloppë eXtërne oU
l’enveloppe interne du coëur.
Je n’ai rien négligé pour distinguer les uns des autres lës
cas dans lesquels le bruit de.soulflet où de râpe eSt lé ré-
sultat tantôt d’une péricardite aiguë, tantôt d’uné endo-
cardite et tantôt d’une endo péricardite. Lès recherches
auxquelles je me suis -livré n’ont pas encore été sirfflsani-
ment répétées pour établir sur dès données cotnplètërnent
satisfaisantes la distinction dont il s’agit. Dans trois <*àS,
nous avons vu le bruit de soufflet où de râpe disparaître
quand on faisait changer de position aux malades, et
revenir quand on les rétablissait dans le clécubitüs ho-
rizontal qu’ils affectaient avant l’expériencè. Or, il nous
semble que cette remarquable particularité indique un
frottement péricardique et non un frottement endocar-
dique ou valvulaire : en effet, on conçoit bien qu’un tel
changement de position puisse diminuer ou même empê-
cher presque complètement le frottement entre les sur-
faces opposées du péricarde et partant le bruit anormal qui
en serait le résultat , mais on ne comprend pas comment
le même changement de position pourrait faire dispa-
raître le bruit de soufflet ou de râpe qui dépendrait d’une
lésion des valvules du cœur (i).
(i) De nomhre\iscs ouvertures de cadavres nous auraient probablement fourni
les moyens de résoudre celtè difficulté de diagnostic; mais heureusement nous
avons sauvé jusqu’ici presque tous nos malades.
21 a MALADIES Dü CœUR EN PARTICULIER.
II. Symptômes et diagnostic des diverses lésions dites organi-
ques ^ qui surviennent dans les seconde et troisième périodes
de V endocardite .
L’endocardite peut se terminer par une entière résolution
et, dans ce cas, on voit peu à peu se dissiper les divers
symptômes que nous avons fait connaître dans le précédent
paragraphe. Mais comme jusqu’iei l’endocardite avait été
entièrement méconnue , et que partant elle n’avait point
été soumise à un traitement convenable, l’heureuse termi-
naison que nous venons d’indiquer n’était pas la plus com-
mune. Or, nous savons quels sont les résultats d’une endo-
cardite, passée à l’état chronique.
Sous cette nouvelle forme, le mouvement inflammatoire
diminue graduellement d’intensité et dégénère insensible-
ment en un mouvement lent, qui n’a quelquefois pour effet
que l’épaississement simple ou hypertrophique des tissus,
mais qui dans beaucoup de cas amène un certain degré
d’induration et de dégénérescence de ces mêmes tissus. Quoi
qu’il en soit, telle est parfois la lenteur de l’acte pathologique
qui succède à l’inflammation aiguë, qu’on l’apprécie bien
moins en lui-mêmé, que par les résultat#dont il est suivi
à la longue. Ce travail sourd, lent, chronique, est pourainsi
dire au travail inflammatoire aigu qui l’a précédé, ce qu’est,
dans une montre, le mouvement de l’aiguille qui marque
les heures à celui de l’aiguille qui marque les secondes. La
l'apidité avec laquelle s’exécute ce dernier, permet à l’œil
de l’apercevoir et de le suivre , tandis que la lenteur de
l’autre le dérobe complètement à l’œil. Celui-là n’est ce-
pendant pas moins réel que l’autre , comme le prouve l’es-
pace parcouru par l’aiguille à heure dans un temps donné.
De toutes les altérations organiques que l’endocardite
peut entraîner à sa suite, et qui, une fois développées, sur-
vivent à leur cause, et constituent alors des lésions presque
purement mécaniques, celles qu’il importe le plus desavoir
IIISTOIIIE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 21 3
dia^mostiquer , sont , sans contredit, les diverses espèces
d’indurations des valvules avec rétrécissement des orifices
du cœur. C’est aussi par l’exposition de leurs symptônies
que nous allons commencer.
A. Symptômes et diagnostic de Vinduration des 'valoides avec
rétrécissement des orifices du cœur ( i ) .
Soit que l’induration des valvules ait été précédée des
signes d’une jndocardi.te aiguë, tels que nous les avons ex-
posés plus haut, soit qu’elle ait primitivement affecté une
marche lente et chronique, une fois qu’elle est parvenue à
un certain degré et qu’elle est accompagnée d’un rétrécisse-
ment notable des orifices, le médecin, qui s’est familiarisé
avec ce genre de maladie, en établit le diagnostic avec une
certitude et une précision qui ne le cèdent, en rien à celles
qu’un habile chirurgien apporte dans le diagnostic de l’in-
duration et du rétrécissement d’un organe creux extérieur ,
tel que l’urètre et le rectum, par exemple.
Les signes qui nous font reconnaître le rétrécissement des
orifices du cœur, consécutivement à une induration des
valvules, doivent être distingués en ceux que fournissent
les divers modes d’exploration de l’état du cœur, et en ceux
qui sé tirent de l’exploration de l’état des autres organes.
SIGNES LOCAUX.
I® LHnspection des batlemens du cœur ne nous fournit
aucun signe direct et certain de la lésion organique qui nous
occupe. Mais comme cette lésion est ordinairement accom-
pagnée d’hypertrophie et de dilatation du cœur, l’inspec-
tion, comme nous le dirons en traitant de ces maladies,
nous procure des données utiles sur la force et l’étendue des
hattemens du cœur, ainsi que sur leur rhythme.
(i) Je traiterai, à Y article Hypertrophie, du rétrécissement que les caTÎtci du
cœur elles-mêmes peuvent éprouver ( hypertrophie concentrique ).
î2i4 MAfi^DIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
2° L’application de la main sur la région précordiale en même
t;çrups qu’elle nous fait apprécier les modifications survenues
dans la force, l’étendue et le rhythrae des batteraens du
cœur, fait éprouver la sensation du frémissement 'vibratoire
ou cataire [bruissement particulier j espèce d’ondulation , fré-^
missement sourd de Corvisart.) L’existence du frémissement
cataire ou vibratoire et les irrégularités, les intermittences,
les inégalités des battemens du cœur sont des signes d’une
grande valeur pour le diagnostic du rétrécissement des
orifices du cœur (i). •
Parmi les désordres survenus dans le rhythme des batte-
mens du cœur de quelques uns des -individus atteints de
rétrécissement des orifices et d’induraiion des valvules,
l’un des plus remarquables est, sans contredit, ce triple ou
même ce quadruple mouvement du cœur, dont nous avons
parlé dans nos prolégomènes.
3v La percussion , comme on a pu le voir par les nom-
breuses observations que nous avons rapportées, fait re-
connaître, dans presque tous les cas, une matité beaucoup
plus étendue qu’à l’état normal. Mais cette circonstance
tient à la dilatation et à l’hypertrophie qui accompagnent
le rétrécissement des orifices, et ne peut être considérée
comme un signe direct de cette dernière maladie.
4“ L’ auscultation est la méthode d’exploratien à laquelle
nous devons la connaissance de l’un des signes les plus
précieux du rétrécissement des orifices du cœur et de-l’in-
duration, des valvules. Ce signe lumineux consiste dans le •
(i) Corvisart attachait un grand prix à l’existence du frémissement de la ré-
gion précordiaJe comm.i signe du rétrécissement des orifices du coeur et de celui
de l’orifice aortique en particulier. Ce frémissement se fait également sentir, sui-
vant cet illustre observateur, à la main qui interroge le pouls. Il dit , eu parlônt
du rétrécissement de rembourhure aortique. : «/ci. point d’obscurité, et quand la
rnédecin n'aurait pour guide que cette espèce d'ondulation , ce bruissement, ce
friq\isjemên,t sourd , ce caractère si reconnaissable du pouls , dans tous Us cas de
ce genre, son diagnostic ne doit plus être, incertain. >
O
L
IIISTOIIIE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 2i5
bi'uit de soufflât y de râpe ou de scie que l’on entend pen-
dant les battemens du coeur.
Le bruit de soufflet , de râpe ou de scie est tantôt double
et tantôt simple. Dans le premier cas , il masque complète-
ment le double claquement valvulaire. Dans le second cas,
un seul des deux bruits valvulaires est couvert ou plutôt
. remplacé par le bruit de soufflet.
Le bruit que nous signalons offre plusieurs variétés sous
le rapport de sa durée et de son intensité. Il est quelquefois
brusque et saccade, tandis que, dans d autres cas, il est
lent, prolongé, et pouf ainsi dire filé. Chez quelques su-
jets, son intensité est telle qu’on l’entend à Une certaine
distance de la poitrine ; chez d’autres, au contraire , .il est
un peu sourd et on ne le distingue bien qu’en auscultant
avec beaucoup d’attention.
Le bruit de soufflet sibilant ou roucoulant existe dans
certains cas d’induration des valvules, ainsi que le démon-
trent quelques unes des observations que nous avons rap-
portées (Observ. 62*, 63', etc.).
Les détails dans lesq-uels-je suis entré sur le mécanisme
du bruit de soufflet , de râpe ou de scie, en traitant ailleurs
des bruits anormaux du cœur (voy. Prolégom. , seconde
partie) , me dispensent de m’en occuper ici. Mais je crois
devoir insister de nouveau sur la constance àwhrmX. de
soufflet, de râpe ou de scie, dans les cas d’un rétrécisse-
ment notable des orifices du cœur avec induration des val-
vules. Sur plus de cent cas de ce genre de lésion, que j’ai eu
occasion* de rencontrer , il n’en est qu’un dans lequel je
n’aie pas constaté l’existence de ce signe, et j’ai l’intime
conviction que si j’eusse observé le malade avec plus de
soin et un plus grand nombre de fois , j’aurais également
entendu chez lui le bruit que nous étudions en ce mo-
ment (i). •
(1) Dans les cas où le rétrécissement des orifices avec indaratio^ dps Tabales
^l6 MALADIES DU CCffiUR -EN PARTICULIER.
Aucune véritable douleur n’accompagne ordinairement
l’induration des valvules. Quelques malades accusent seu-
lement un sentiment à! embarras ou de pesanteur incom-
mode dans la région précordiale ou vers'le creux de l’esto-
mac. Presque tous se plaignent d’éprouver des palpitations
plus ou moins violentes, des défaillances, des syncopes.
Les palpitations augmentent au moindre exercice, par
l’action de monter un escalier, etc., ou sous l’influence de
»
la moindre émotion morale. Les palpitations sont caracté-,
risées à la fois et par l’augmentation de la force et par
l’augmentation du nombre des battemens du cœur (leur
nombre peut s’élever au-delà de i4o à i6o par minute).
En résumé, lorsque chez un malade on entend un.
bruit permanent de soufflet, de râpe ou de scie dans
la région précordiale , qu’il existe en même temps un fré-
missement vibratoire et des palpitations ou des battemens
tumultueux, irréguliers, intermittens du cœur, il est à
peu près certain , si la maladie date déjà de plusieurs mois
ou même de plusieurs années, qu’il s’agit d’une induration
des valvules avec rétrécissement d’un orifice ou de plusieurs
orifices, du cœur. Rien ne manque à la certitude du dia-
gnostic, lorsqu’à ces signes locaux se joignent les signes dits
généraux que nous allons maintenant indiquer (i), et qui
sont le résultat de l’influence qu’exerce sur les fonctions
des autres organes , l’obstacle qu’oppose au passage du
est accompagné du triple ou quadruple mouvementdu cœur dont il a "été question
plus haut , on entend en même temps trois ou quatre bruits , au lieu de deux. Au
reste, je renroie à ce que j’ai dit ailleurs de cette remarquable modiCcation dans
le nombre et le. rbylhme. des mouvemens et des bruits alternatifs du aeur.
(Yoy, P rolégom., pag. i8S et S'ûv.).
(i) Les signes de celte dernière catégorie ont été donnés par plusieurs auteurs
comme propres à l'anèvrisme du cœur, qui coïncide presque constamment avec
la maladie qui nous occupe. C’est une grande erreur. T'n effet^lans ce cas , loin
d'être le premier mobile des phénomènes dont il .s’agit , 1 anévrisme n’est lui-
même qu’un des effets et, pour ainsi dire, des accidens de l’induration des val-
▼ules et du rétrécissement des oriüces du cœur. Au reste, "nous reviendrons suf
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’ENDOCARDITE. 21 7
sang à travers le cœur l’indu ration «cl es valvules avec rétré-
cissement des orifices. '
SIGNES généraux.
J ° Influenee su?' la circulation ar'tériclleÇ i)et wineiise. — Irré-
gulier, inégal, intermittent comme les hatteinens du cœur,
lepouls contraste par sa petitesâe, par son exiguité, avec l’é-
nergie, la violence et l’étendue de ces mêmes battemens du
cœur ; malgré sa petitesse , il est dur et vibrant , lorsque
le rétrécissement coïncide avec une grande hypertrophie
du ventricule gauche; il offre quelquefois, mais pas con-
stamment, l’espèce de frémissement ou cîe bruissement
signalé par Corvisart ( ce fi* *émissement est Men plus facile
à sentir dans les artères voisines du cœur, telles que. les
sous-clavières et les carotides primitives, que dans les ra-
diales).
La circulation veineuse éprouve toujours un obsta-
cle plus ou’moins coqsidérable , dans le cas de rétrécisse*
ment des orifices du eœur avec induration des valvules.
Toutes les veines extérieures en'général et celles qui sont les
plus voisines du Icœur en particulier, comme les jugulaires,
par exemple , offrent une dilatation proportionnelle
au degré et à la durée de la maladie qui nous* occupe
(Obs. 24', 5ç)*, 60®, etc.). Nous avons rapporté quelques ol>
servations (Obs. 66®, etc. ) , où les veines jugulaires for-
maient d’énormes nodosités variqueuses au-dessous de l’es-
pace sous-claviculaire et sur les parties latérales du cou, en
même temps que l’on voyait ramper sur les parois de l’ab-
domen et de la poitrine de grosses veines anastomotiques,
dont on n’observe aucune trace à l’état normal. On re-
marque quelquefois dans les veines jugulaires distendues
ce point de physiologie pathologique en traitant de la dilatation ou de l’anê-
vrisme du cœur. ,
(•) L’exploration du pouls au moyen du sphygmomèlre de M. Hérisson peut
fournir quelques données utiles au diagnostic de la lésion qui nous occupe.
9i8 maladies du coeur en tarticulier.
et gouflées de sang une pulsation isochrone au pouls , et
qui , pour cette raison , porte le nom de pouls ueineux. Il
ne faut pas confondre ce phénomène avec l’expansion que
présentent ces mêmes veines à chaque mouvement d’e^pira-
* tion , ni avec le soulèvement que leur communiquent les
battemens des carotides, he pouls 'veineux est l’effefcfclu reflux
d’une certaine quantité de sang dans l’oreillette droite et
les veines qui s’y dégorgent, pendant la contraction du
ventricule droit. Ce reflux a lieu dans deux cas que voici :
I® lorsque la valvule tricuspide indurée offre une ouver-
ture que le jeu de ses lames soudées les unes avec les autres
ne peut pas fermer pendant la systole ; a° lorsque l’orifice
auriculo-ventficulaire droit est tellement dilaté que la
valvule tricuspide, soit qu’elle conserve encore ses dimen-
sions normales, soit qu’elle ait perdu de sa largeur, ne
peut plus le boucher hermétiquement au moment de la
^ contraction ventriculaire.
A l’obstacle qu’éprouve la circulation veineuse se rap-
portent cette lividité , cette teinte Violacée , ce gonflement
du visage et surtout des \h\Tes>{Jacies propria de Corvisart) ;
cette injection foncée des mains, cet engorgement^ des pou-
mons, du foie, du cerveau et des membranes muqueuses ;
ces colle'ctions séreuses dans le tissu cellulaire et les mem-
branes séreuses, ces hémorrhagies passives diverses, tous
phénomènes qui surviennent dans le cours de la maladie
que nous étudions. Ces phénomènes purement mécaniques
s’expliquent avec tant de facilité que nous ne croyons pas
devoir en faire une analyse plus détaillée (i).
2“ Influence sur la respiration. — Une légère dyspnée que les
malades désignent sous le nom de courte haleine, l’essouffle-
(i) Les congestions séreuses pasiive$ ou mécaniques dont ^il s agit ici commen-
cent par les parties les plus décÜTes ; telle est même l’influence de la pesaïUeur
sur la production de ces congestions, que, comme nous en avons cité des exem-
ples , elles deviennent beaucoup plus considérables dans le côté du corps sur le-
quel les m^adei sont restés couchés pendant un certain temps.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Qig
nient après des exercices un peu fatigans, sont les pre-
miers troubles qu’éprouve la respiration. ]\^ais, à mesure
que le mal fait des progrès, la dyspnée augmente, et de là
le nom à' asthme sous lequel le vulgaire connaît la maladie
qui nous occupe. Lorsque cette difficulté de respirer' est
extrême, les malades ne peuvent plus respirer qu’en se
tenant assis dans leur lit , et pour me servir de l’énergique
expression de l’un d’eux, ils plutôt qu’ils ne re^-
pirent.
3® Influence sur les fonctions cérébrales. — ■ Les trouilles de ces
fonctions se lient de la manière la plus étroite à ceux de la
respiration , et leur sont en quelque sorte proportionnels.
Qui pourrait tracer dans toute sa vérité Iç déchirant ta-
bleau du malheureux livré aux angoisses d'un rétrécisse-
ment extrême des orifices du cœur? L’anxiété , la frayeur,
le désespoir, respirent dans tous ses traits; ses yeux sont
saillans , hagards , égarés ; ses sourcils se redressent , ses
narines se dilatent , sa bouche s’ouvre comme pour expri-
mer instinctivement le besoin qu’il a de respirer et pour
seconder les efforts qu’il fait pour assouvir cet impérieux
besoin (i) ; incapable de supporter la position horizontale,
assis sur le bord de son lit , les membres inférieurs pen-
dans, les membres supérieurs fixés sur la couche pour prê-
ter un point d’appui aux muscles inspirateurs, le tronc for-
tement courbé en avant, il est dans un état de jactitation
continuelle, cherche le frais, pousse des gémissemens
plaintifs,, et, d’une voix expirante, entrecoupée , accuse
souvent l’impuissance de la médecine, implore la mort et
(i) LesmouTemens dont il s’agit sont des phénomènes purement synergiques.*
Les belles recherches de M. Ch. Bell nous ont révélé le secret de la synergie qui
existe entre certains mouvemens des joues, des narines, des sourcils , des yeux ,
du cou , et les mouvemens des muscles respirateurs proprement dits. Le rôle que
joue la septième paire de nerfs dans la production des mouvemens de la face en
rapport avec ceux (Je la respiralipn, Iqi a valq le npm de nerf respirateur de la
face.
220 MALADIES DU COEÜTl EN PARTICULIER,
se la donnerait quelquefois lui-même, si ses forces défail?
lantes et les circonstances où il se trouve le lui permet-
taient. Il ne goûte plus les douceurs du sommeil, ou s’il
lui arrive de s’assoupir, il est tourmenté par des rêves
pénibles, et se réveille bientôt en sursaut.
Dans quelques cas, il éprôuve de courts instans de relâ-
che, et dans cette sorte de trêve, vraiment délicieuse, il
se berce de l’heureuse idée d’une guérison prochaine, ^ain
espoir qu^une nouvelle attaque d’asthme ne tarde pas à
dissiper. Cependant, après des efforts dont l’instinct de la
conservation est seul capable , les muscles de la respiration
eux-mêmes tombent enfin dans Tépuisement où sont plon-
gés tous les autres. Le malade n’a plus la force de se soute-
nir ; sa tête roule sur l’oreiller, son corps, obéissant 4 la
pesanteur , tombe sur les parties les plus déclives du lit
pour ne plus se relever. Un assoupissement sub-apoplecti-
que , sorte de sommeil que la nature lui accorde à ses der-
niers momens, s’empare du malade; il ne reconnaît plus
lespersonnes qui l’environnent; sa voix s’éteint, son haleine
se refroidit , ses yeux se ternissent , son visage se décom-
pose... il expire... trop heureux si une mort soudaine lui
eût épargné les longues douleurs que nous vqnons de dé-
crire (i) !
i •
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DU RETRECISSEMENT DES DIVERS
ORIFICES DU COEUR.
Existe-t-il des signes propres à nous faire connaître le
siège précis du rétrécissement dans tel ou tel des orifices du
cœur? La solution de ce problème , qui est au fond plus
curieuse qu’utile , va nous occuper quelques instans.
Dans la première édition de son ouvrage, M. Laënnec
(i) La malade de l’observation a3e a présenté au plus haut degré l’ensemble
des phénomènes ci-dessus exposés.
IIISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 221
pensait i“ que XHsochronisrne du bruit de soufflet , dé râpe
ou de scie avec le pouls et la systole ventriculaire annon-
çait que le rétrécissement occupait les orifices artériels;
2° que l’isochronisme des mêmes bruits avec la systole des
oreillettes était un indice du siège de la maladie dans les
orifices auriculo-veniriculaires; 3®quelebruitsefaisait plus
fortement entendre dans la région des cartilages des 5% 6' et
y' côtes, si les orifices gauches étaient rétrécis, et à la par-
tie inférieure du sternum, au contraire, si les orifices droits
étaient affectés de rétrécissement.
Voici les résultats des longues et attentives recherches que
nous avons faites sur la question dont il s’agit. Il est certain
qu’en général le maximum d’intensité du bruit de soufflet ,
de scie ou de râpe existe dans le point de la région précordiale
correspondant aux orifices rétrécis, et c’est en grande partie
sur cette donnée que nous avons fondé notre diagnostic dans
les cas partiSuliers que nous avons rapportés. Mais comme
l’orifice artériel , surtout à gauche, est très voisin de l’ori-
fice auriculo-ventriculaire correspondant, il est des cas où .
la circonstance que nous venonsSiâ’indiquer ne suffirait pas
pour faire reconnaître, d’une manière indubitable, si le ré-
trécissement occupe l’un ou l’autre de ces orifices. L’exa-
men du pouls, dans les rétrécissemens des orifices gauches,
est une source de lumières qu’il ne faut pas négliger. En
général, il est plus irrégulier, plus petit , plus inégal, plus
intermittent dans le rétrécissement simple de l’orifice aor-
tique que dans celui de l’orifice auriculo-ventriculaire gau-
che. C’est aussi dans le rétrécissement du premier de ces
orifices qu’on observe particulièrement le frémissement
vibratoire du pouls signalé par ®brvisart , frémissement
qui , comme nous l’avons déjà dit , est beaucoup plus
marqué toutefois dans les artères voisines du cœur, telles
que les sous-clavières et les carotides primitives, que dans les
radiales. Ajoutons que \% maximum d’intensité du frémisse-
ment cataire de la région précordiale , comme le maximum
MALADÏÈS Dt3 CÔEUR EN rARTICt'LIER.
d'intensité du bruit de frottement valvulairé, occupe l’es-
pace de la région précordiale en rapport avec l’orifice ré-
tréci.
Quant à V isochronisme dù bruit de soufflet, de râpe ou de
«cie avec la systole ou la diastole ventriculaire , il ne signi-
fie pi‘esque absolument rien. En effet, le bruit de soufflet
existe très souvent pendant le double mouvement du cœur
dont il reniplace alors le double claquement (i).
Le rétrécissement des orifices droits, d’ailleurs infiniment
plus rare que celui des orifices gauches, est, en dernière
analyse, plus difficile à reconnaître que ce dernier, ce qui
ne serait pas, selon Corvisart, « si l’on pouvait interroger
les pulsations de l’artère pulmonaire, comme on examine
les battemens de l’aorte ou de ses branches. » Toutefois, on
aura de fortes présomptions en faveur de l’existence de ce
rétrécissement, si , le bruit de soufflet et le frémissement
cataire ayant leur maximum d’intensité dans la région cor-
respondante aux orifices droits, on observe en même temps
un pouls veineux très prononcé dans les jugulaires , él les
signes qui annoncent une^pertrophieconsidérahle duven-
tricule droit.-
Dans tout ce qui précède, noüs avons supposé que l’in-
duration des valvules et lé rétrécissement des orifices du
,Cœur étaient déjà parvenus -à un degré très avancé. Le
(i) Gela se conçoit aisément en rcdcchissant que, vii l’ouverture permanente
qvie représente l’orifice dont les valvules sont devenues inhabiles à exécuter leurs
mouvemens normaux, une certaine quantité de lang peut refluer à travers cette
ouverture pendant la diastole v^Uriculaire, si le rétrécissemeut occupe les ori-
fices artériels, et pendant la sysffe ventriculaire, s’il affecte les orifices auriculo^
ventriculaires. M. Filhos, contradictoirement à ce qvCavait avanc^ M. Laënnec,
établit en principe que, dans ce dernier cas, le bruit de soufflet est isochrone à la
systole ventriculaire , et dépend du reflux du sang à travers 1 orifice auriculo-
ventriculaire rétréci. Il est très vrai que ce reflux constitue une cause ^de bruit
de soufflet, mais il ne Tést pas moins que le passage ou le f^*x de la colonne san-
guine à travers le même orifice, pendant la diastole ventriculaire , |est aussi une
cause du même phénomène.
histoire générale de l’endocardite. 223
diagnostic n’est pas tout-à-fait aussi facile lorsque la ma-
ladie n’est encore qu’à son premier degré. Toutefois , des
palpitations et une légère 'dyspnée habituelles^ augmentant
au moindre exercice le son âpre et Comme étouffé qui ac-
compagne les battemens du cœur, s’il n’existe pas encore
un véritable bruit de soufflet, un peu d’infHtration des
pieds et de la partie inférieure des jambes , surtout le soir,
lorsque les malades sont restés leVésj voilà des données qui
permettent de soupçonner au moins la maladie, et rien ne
manquera réellement à la certitude du diagnostic, si les
symptômes dont il s’agit ont succédé à ceux d’une endocar-
dite aiguë, tels que nous les avons précédemment exposés.
B. Symptômes et diagnostic de V épaississement et de V indura-
tion de la membrane interne du cœur ou des valvules , sans ré-
trécissement soit des orifices J soit des cavités du cœur.
Le diagnostic d’un simple épaississement de la membrane
interne du cœur , soit qu'il dépendé de l’organisation d’une
fausse membrane à la surface de l’endocarde , soit qu’il
résulte d’une véritable hypertrophie de cetfe enveloppe
interne, me pàraat le plus souvent impossible, au moins
dans l’état actuel de la science.
- Lorsque l’épaississement hypertrophique occupe les val-
vules , sans que celles-ci soient d’ailleurs déforiliées , ni les
orifices rétrécis , il donne ordinairement lieu à une aug-
mentation remarquable dans l’intensité des bruits du cœur.
Ces bruits imitent alors un véritable claquement de fortes
soupapes , ou bien encore le bruit que produiraient deux
lames de parchemin appliquées brusquement l’une contre
l’autre, ce qui m’a fait donner le nom.de hmiis parcheminés
aux bruits valvulaires ainsi modifiési Ce phénomène est sur-
tout bien tranché , lorsque l’épaississement affecte la val-
vule bicuspide , la plus robuste de toutes.
Lorsque l.e.s valvules sont épaissies , indurées, et qu’elles
se sont comme repliées sur elles-mêmes, de manière à
^24 MALADIES DU CCEÜR EN PARTICULIER,
n’avoir plus leur large\ir accoutumée ce qui coïncide
quelquefois avec un élargissement plus ou moins marqué
de l’oriÇce auquel elles sont adaptées , il en résulte un
obstacle nécessaire à la circulation. En effet, les valvules
ainsi transformées en une sorte de ruban ne jouent pins
aveclamême liberté qu’à l’état normal, et elles sont insuffi-
santes pour fermer complètement leur orifice; d’où le
reflux d’une certaine quantité de sang à travers cet
orifice quand elles se redressent, les unes pendant la
systole, les autres pendant la diastole. De ce reflux naît un
bruit de soufflet quelquefois' très. fort, isochrone à la sys-
tole ventriculaire, si , comme cela est le plus ordinaire, la
lésion occupe les valvules auriculo-venlriculaires. Au reste,
cettelésion coïncide le plus souventavec l’adhérence des val-
vules dont il sera question plus bas, et se confond alors en
grande partie avec elle sous le point de vue séméiologique.
C. Symptômes et diagnqptic de V adhérence des 'valvules auri-
culo-'ventî'iculaires aux parois du cœur (i).
Je n’ai 'observé .qu'e cinq ou six fois l’adhérence
dont il s’agit, lésion qui n’avait encore été signalée par
aucun des auteurs qui ont traité des maladies du cœur
ex professa. Dans tous les cas où j’ai rencontré cette adhé-
rence, elle coïncidait avec un épaississement et un endur-
cissement plus ou moins marqué des valvules, dont une ou
plusieuis lames .étaient raccourcies et comme roulées sur
elles-mêmes. Des deuxdâmes de la valvule bicuspide, la
seule que j’aie ainsi trouvée adhérente est la postérieure.
Si les lecteurs ont présentes à la mémoire les observations
relatives à l’espèce de lésion qui nous occupe (Obs. 5 Sa»,
53" et 54e) , ils verront que les symptômes dont il est fait
(i) Je ne connais encore aucun cas d’aclliérences des valvules aortiques ou pul-
monaires aux parois de l’aorte ou de l’arlèrc pulmonaire.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Q2Ô
mention ont pour la plupart une très grande analogie avec
ceux qui ont lieu dans les cas de rétrécissement des orifices :
ces symptômes sont, en effet, les palpitations, le bruit de
soufflet, le frémissement cataire, la dyspnée, les conges-
tions veineuses et les collections séreuses passives. D’où
vient cette ressemblance entre lès symptômes de deux ma-
ladies en apparence si différentes sous le rapport anatomi-
que ? Cette ressemblance tient essentiellement à ce que
dans l’un et l’autre cas , il existe un obstacle mécanique à
la circulation du sang à travers le cœur. Il est vrai que
dans l’induration des valvules avec rétrécissement, l’obsta-
cle est er| quelque sorte double , tandis qu’il est unique dans
la lésion donfnous étudions ici le diagnostic. Mais à part
le rétrécissement de l’orifice dans le cas d’induration des
valvules , quel est donc l’obstacle qui peut s’opposer aa
libre cours du sang à travers le cœur. Ce nouvel obstacle ,
et nous l’avons déjà signalé , c’est le reflux d’une cer-
taine quantité de sang à travers l’orifice permanent de la
valvule indurée et déformée. Or , ce reflux du sang est
précisément l’accident qu’entraîne inévitablement à sa suite
l’adhérence d’une portion du contour des valvules auri-
culo-ventriculaires. Cette adhérence , en effet , ne permet
pas à là portion de la valvule qui en est le siège de se
redresser pendant la systole ventriculaire pour concourir
à l’occlusion de l’orifice auriculo-ventrioulaire. Or, il est
alors physiquement impossible qu’une partie de la masse san-
guine, pressée de toutes parts par le ventricule contracté,
ne reflue pas à travers l’orifice incomplètement fermé.
Si l'on nous demande maintenant comment on peut
distinguer l’adhérence partielle des valvules sans rétré-
cissement bien notable des orifices , die l’induration de
ces mêmes valvules avec rétrécissement, nous avouerons
franchement que cette distinction n’est pas toujours fa*
cile , et qu’il nous est arrivé pour noire propre compte
de diagnostiquer cette dernière maladie da’ns quelques
3* i5
I
s '
il 226 MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER.
S| uns des cas où, il s’agissait de l’autre. Il est vrai qu’à
{ cette époque l’adhérence des valvules était encore pour
■ nous une maladie'tout-à-fait nouvelle. La méprise est d’ail-
leurs fort innocente.
|! Depuis que les faits rapportés dans cet ouvrage nous ont
ï , permis de confronter exactement l’adhérence simple des
valvules avec le rétrécissement par induration de ces mê-
mes valvules ,, il nous a semblé que les différences suivan-
I tes, auxquelles des observations ultérieures en ajouteront
I sans doute de nouvelles, pouvaient, jusqu’à un certain
point, empêcher de confondre ces deux-lésions l’une avec
l’autre: 1° dans l’adhérence , le bruit de soufflet est plus
large, moins sec, moins l'âpeux que dans le rétrécissement
I . un peu avancé; 2® dans l’adhérence, les baltemens du cœur
1 sont moins irréguliers, moins inégaux, moins intermittens
que dans le rétrécissement; et le frémissement cataire,
quand il existe, est moins rude et plus diffus dans le pre-
mier cas'que dans le second; 3“ dans l’adhérence , le pouls
est moins petit , moins étroit que dans un rétrécissement
considérable ; 4° enfin, dans l’adhérence, réiouffement, les
congestions veineuses , les collections séreuses passives,
toutes choses étant d’ailleurs égales, existent à un moins
haut degré que dans le rétrécissement. >
f
D. Symptômes et diagnostic ^es végétations de la membrane
interne du cœur et spécialement des valvules.
' Les végétations de la membrane interne du cœur et des
valvulesne setraduisentcn quelque sorte à l’observation par
aucun signe qui leur soit propre. Les^végétationsqui n occu-
pent que la surface interne des cavités du cœur ( et jusqu ici
elles n’ont été rencontrées que .dans les oreillettes), sont
entièrement india gnosticab les , qu’on me passe cette expres-
sion. Celles qui croissent sur les valvules cllcs-memes ne
donnent véritablement lieu à quelques symptômes un peu
saillans, qu’âutant qu’elles sont assez multipliées pour gener
i
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 227
le jeu des valvules et produire un rétrécissement plus ou
moins considérable des orifices. C’est une vérité que les
observations consignées dans cet opvrage mettent hors de
toute espèce de doute.
Il est bien rare d’ailleurs de rencontrer des masses de
végétations un peu volumineuses sur les bords ou à la sur-
face des valvules , sans qu’il ej^iiste en même temps une in-
duration plus ou moins considérable de ces valvules comme
le démontrent, par exemple, les observations 59" et Ê()® de
ce traité. Dans le cas de cette co-existence, le rétrécissement
est à la fois produit et par^’épaississement avec induration
des valvules, et par les végétations dont celles-ci sont
hérissées ou comme surchargées.
Quoiqu’il en soit, que les végétations existent seules, eq
masses assez considérables pour gêner le jeu des valvules et
rétrécir les orifices du cœur, ou qu’elles spient compliquée»
ayec un épaississement et un endurcissement des valvules ,
capables de donner lieu par eux-mêmes à un rétrécisse-
ment, il est évident que leur diagnostic se confond avec
celui de cette dernière lésion. Toutefois , si les végétations
ne rétrécissaient que médiocrement les, orifices et que les
valvules sur lesquelles elles se seraient développées, con-
servassent encore un assez libre exercise de leurs mouve-
mens, elles n’apporteraient pas à la circulation et à la res-
piration un aussi grand obstacle qu’une induration des
valvules avec notable rétrécissement , ainsi que le prouve
notre 61* observation (i).
(1) Je ne sache pas qu’aucun observateur ait jamais diagnostiqué formellement
l’existence de végétations valvulaires. Je suis porté à en soupçonner l’existence
chez quelques uns de nos malades , auxquels il n’est resté d’autre symptôme
notable d’une endo-péricardile rhumatismale qu’un bruit de soufflet très fort
dans la région des orifices gauches du cœur. Mais jp dois avouer que j’ai besoin
de nouveaux faits pour savoir à quoi m’en tçnir d’une manière positive sur le
bruit de soufflet qui existe dans les cas de ce genre.
x5.
MALADIES DU CaEER EN PARTICULIER.
§ II. Appréciation rapide de quelques uns des symptômes de l'endocardite.
Je ne me propose point ici d’approfondir le mécanisme
des symptômes que l’endocardite possède en commun avec
toutes les autres phlegmasies, étudiées sous le rapport de
leur nature inlime. Mon unique objet est de montrer la
liaison qui^peut exister entre les produits appréciables, les
altérations physiques, suites de l’endocardite, et quel-
ques uns des symptômes ou des accidens éprouvés par les
malades. Cette étude me paraît d’autant plus importante,
qu’elle est généralement plus négligée par la plupart des
praticiens, qui ne s’imaginent pas quelle utilité la pratique
peut retirer de pareilles recherches, de ces théories , comme
quelques uns le disent d’un air de mépris on ne peut plus
philosophique.
Hé bien ! quoiqu’on en dise, parmi les symptômes ou les
accidens qui sè développent pendant le cours d’une endo-
cardite, les principaux, les plus formidables peut-être ,
se rattachent étroitement à certaines altérations anatomi-
ques, physiques, mécaniques, produites par l’endocardite.
Cela ne sera certainement contesté par aucun de ceux qui
auront bien analysé les phénomènes de cette période de
la maladie, où l’élément inflammatoire proprement dit
ayant entièrement ou du moins presque entièrement dis-
paru, pour faire place au travail d’évolution et de déve-
loppement des produits inflammatoires , il ne reste plus
que ces déformations diverses des valvules, ces rélrécisse-
mens des orifices , enfin ces obstacles mécaniques à la cir-
culation que nous avons pris soin de décrire avec tant de
détails.
Mais , ainsi que nous l’avons déjà indiqué précédem-
ment, dans l’endocardite aiguë elle-même, parcourant
encore sa première période , sa période (Vaugmeut , pour
parler le langage des écoles, l’état physique, anatomique,
matériel des cavités du cœur et du sang qui les parcourt,
HISTOIRE GÉNÉRALE I)E l’eNDOCARDITE. 1220
joue quelquefois un très grand rôle dans la production
des phénomènes observés. Croit-on, par exemple , que les
valvules puissent impunément éprouver une violente tur-
gescence inflammatoire? Les concrétions sanguines que,
par un mécanisme encore peu connu, l’endocardite peut
entraîner et entraîne quelquefois à sa suite, lés productions
pseudo-membraneuses qui peuvent se coller , s’accrocher
en quelque sorte aux valvules, à leurs tendons, à leurs
muscles tenseurs, etc., etc., toutes ces altérations, qui pour
provenir d’un travail vital n’en sont pas moins physiques
et matérielles, ne seraient-elles absolument pour rien
dans cette profonde gêne de la circulation, dans ces défail-
lances, ces. lypoihymies qui impriment à la première pé-
riode d’une endocardite sur-aiguë un caractère si grave,
j’ai presque dit si foudroyant ? Quant à moi, je ne doute
point que dans beaucoup de cas les altérations que je
viens d’indiquer ne doivent être prises en sérieuse consi-
dération pour l’explicatjon des symptômes observés pen-
dant la première période d’une endocardite aiguë.
Au reste, je le répète, l’élément phjsiquë et mécanique
celte maladie n’est pas^OMf pour moi, et je le subordonne
au travail vital comme on subordonne un effet à sa cause.
Mais encore une fois , en accordant à l’élément dynamique
et vital de certaines maladies toute la valeur qui lui est due,
est-ce une raison pour ne tenir aucun compte de ce que les
maladies ont de physique et de mécanique? Que dirait-on
d’un mécanicien qui ne chercherait jamais dans les condi-
tions materielles des rouages de ses machines la cause de
leurs dérangemens fonctionnels ? >
ARTICLE TROISIÈME.
DD MODE DE DÉVELOPPEMENT IT DES CAUSES DE l’eNDOCABOITI.
L endocardite reconnaît un double mode de développement:
23o maladies du cœur en particulier.
tantôt, en effet, elle se manifeste sous l’influence de causes
directés, immédiates, et tantôt, au contraire, elle succède
aune autre phlegmasie. On peut donner le nom d’endocar-
dite primitive ou idiopathique, à la première, et celui d’en-
docardite consécutive ou sympathique à la seconde. Les prin-
cipal es phlegmasies à la suite ou pendant le cours desquelles
oD peut voir éclater une endocardite, sont la pleuro-pneu-
monie, la phlébite et l’arthrite vulgairement désignée sous
l’expression de rhumatisme articulaire aigu. Consultez les
observations contenues dans la première section de ce cha-
pitre ainsi qu’à l’article du traitement, et vous en trouverez
un bon nombre auxquelles s’applique le mode de dévelop-
pement que nous signalons en ce moment.
Les causes directes et déterminantes de l’endocardite
idiopathique ou primitive sont, d’ailleurs, foncièrement
les mêmes que celles dont nous avons parlé en traitant de
la péricardite.
Nous ne saurions trop le redire, l’endocardite, à l’instar
delà péricardite, se manifeste sons les mêmes influences
que le rhumatisme articulaire aigu, et bien que, comme
nous l’avons dit ci-dessus, cette phlegmasie puisse éclater
quelquefois pendant le cours d’un grand rhumatisme arti-
culaire aigu et d’une manière purement métastatique , sui-
vant l’expression de certains pathologistes , il n’est pas
moins vrai qiie, le plus souvent, le tissu séro-fibreux interne
du cœur se prend en même temps qiie celui des articula-
tions. C’est aussi ce que nous avons vu pour le tissu séro-
fibreux externe du cœur (i). Au reste, n’oublions pas que
(i) Sous le poi t de vue de leur structure et de leurs fonctions, les parties du
cœur qui s’enflamment par l’influence des causes productrices du rhumatisme ar-
ticulaire ont la plus grande analogie avec les parties des articulations qui sont le
siège de ce dernier. Les cavités du péricarde et de l'endocarde répiésentant, sous
le rapport qui nous occupe, des espèces de cavités articulaires, il n’est pas éton-
nant, comme nous l’avons dit, en exposant les causes de la péricardite, que leurs
phlegmasies co-existent si souvent avec celles des cavités articulaires proprement
dites.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 23 1
l’endocardite et la péricardite de cette espece, ce doublerhu-
niatisme du tissu sëro-fibreux du cœur, marchent presque
toujours de compagnie. Depuis que j’ai rédigé la partie de
cet ouvrage relative à la' péricardite, j'ai eu de nouvelles
occasions de vérifier l’assertion précédente. Encore une
fois, rienn’est donc plus commun que la co-existence d’une
péricardite et d’une endocardite dans les cas (dont il est
question. ’
Nous terminerons ces réflexions 'en rappelant que pour
nous il n’y a rien de réellement spécifique dans le rhuma-
tisme articulaire aigu, ni par conséquent dans l’endo-péri-
cardite rliiimatismale, ‘quant à ce qui concerné leur cause
déterminante. Cette «cause, spéciale et non spécifique con-
siste dans les grandes vicissitudes atmosphériques, et no-
tamment dans l’exposition plus ou moins prolongée au
froid, soit sec, soit surtout humide, le corps’ayant éprouvé
préalablement un état de chaleur porté jusqu’à la transpi-
ration. - '
Vainement quelques modernes médecins , couvrant de
ténèbres les points les plus lumineux de l’étiologie, n’atta-
chent qu’une très médiocre importance à la grande cause
que nous signalons ici. S’il fallait ajouter à l’aütorité jour-
nalière des faits l’autorité* des noms , nous pourrions op-
poser, sans trop de désavantage, peut-être, Hippocrate et
Sydenham aux médecins dont il s’agit ici.^Mutationes anni
temporam maxihiè pariunt moj'bos,.d\l l’oracle de Cos, et in
ipsis temporibuspnutatinnes magnæ,ium frigoris ^ tum caloris;
et Sydenham , l’Hippocrate anglais , proclame dans ce lan-
gage énergique qui lui était familier, que V impression d’un
air froid lorsque le corps est en sueur est plus meurtrièke
que la peste , la guerre et la famine. • '
♦ • * * * > - * J
/ ‘ •
^32 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
»
, . ARTICLE QUATRIÈME.
UlRCItE, DURÉE, COMPLICATIONS RT PRONOSTIC DE l’bHOOCAHDITE.
, r
*
Comme la péricarclile, rcndocardite peut affecter une
marche aiguë, suh-aigiië o\x bien une marche lout-
à-fait chronique. L’endocardite la plus aiguë peut au bout
d’un certain temps ralentir sa marche et se transformer
en une endocardite chronique. La nature et l'intensité des
causes de la maladie, la disposition individuelle des sujets
c^u’elle affecte, le mode de traitement c{ui lui est opposé
sont autant de conditions propres à modifier la marche de
l’endocardite. ’ Les endocardites les plus aiguës que nous
ayons eu occasion de rencontrer s’étaient manifestées à la
suite d’un brusque refroidissement, chez des individus lym-
phatico-sanguins , se livrant à des exercices pénibles, et
auxquels on avait prodigué des excilans, du vin chaud en
particulier , pour rappeler ce que le vulgaire appelle une
sueur rentrée , etc.
Pour calculer, d’une manière sinon rigoureuse, du moins
approximative, la durée de l’endocardite,, il faut avoir égard
à un très grand nombre d’élémeils ou de circonstances, tels
que le degré et l’étendue de la maladie; son état de sim-
plicité ou de complication, l’âge et la force des malades,
les méthodes thérapeutiques mises en usage, et l’époque
précise de' la maladie à laquelle on a pu y recourir. Je ne
possède pas encore un assez grand nombre de faits pour
résoudre d’une manière complètement satisfaisante la ques-
tion de la durée de l’endocardite. Voici les données qui me
paraissent les plus probables. A l’état aigu, l’endocardite gé-
nérale peut affecter une terminaison funeste dans l’espace
de quelques jours ,i^et le plus ordinairement alors la mort
a pour une de ses principales causes la formation d’abon-
dantes concrétions sanguines dans les cavités du cœur. IMais
I
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 233
les résultats extrêmement avantageux que nous avons
obtenus de l’application dp la méthode des à haute
dose, et pratiquées coup sur coup, au traitement de l’endocar-
dite aiguë , nous autorisent à dire que, dans la très grande
majorité des cas, la'^maladie attaquée par celte méthode
se terminera d’une manière favorable, dans l’espace d’une
huitaine de jours, terme moyen. Nous calculons, au reste,
la durée de celte maladie d’après des cas où elle était com-
pliquée, soit avec une péricardite seulement, soit avec une
pleurésie ou une pleuro-pneumonie , soit même avec une
péricardite à la fois et une pleuro-pneumonie. •
A l’état chronique , la durée de l’endocardite est en quel-
que sorte illimitée. Sous cette forme , comme nous l’avons
vu précédemment, il survient loujoursdiverses lésions orga-
niques permanentes qui , lorsqu’elles sont portées très loin
et qu’elles affectent les valvules et les orifices du cœur, se
terminent nécessairement d’une manière funeste. Toutefois,
si le travail sourd , lent et caché qui a présidé à leur déve-
loppement se dissipe complètement, soit par les seuls efforts
de la nature, soit par le bénéfice de l’art, ces lésionspeuvent
rester long-temps stationnaires, et grâce à un sage emploi
des moyens hygiéniques , plusieurs malades pourront pro-
longer pour ainsi dire indéfiniment leur carrière.
Les complications de l’endocardite sont pour la plupart
les mêmes que celles de la péricardite. Nous avons déjà
signale la co-existence de ces deux phlegmasies dans un
grand nombre de cas de rhumatisme articulaireaigu ( voy.
le chap.\de la péricardite ). Il est cependant une espèce
d endocardite qui existe ordinairement sans péricardite,
c est celle' qui se développe à la suite des grandes inflam-
mations vasculaires en général, et spécialement à la suite
d une phlébite intense.
pronostic de l’endocardite se déduit en grande partie
de ce qui précédé. Lorsqu’elle est générale et très aigiië ,
elle ponstitue, sans contredit , Tune des plus redoutables
234 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
phlegniasies que l’on puisse rencontrer. Néanmoins , je le
répète, les' faits les plus positifs nous ont appris qu’elle
n’était pas toujours nécessairement mortelle, même avec
ces deux graves conditions. Quant à l’endocardite en quelque
sorte moyenne et à l’endocardite faible ou légère , en lui
opposant le traitement convenable , elle cède avec assez de
facilité.
Encore une fois , l’endocardite chronique, celle qui a été
suivie de profondes lésions orgàniques , , sans doute,
céder à la saine administration des diverses ressources de
l#tliérapeulique. Mais ses produits lui survivent, et comme
nos instrumens ne peuvent pas les atteindre, leur incura-
bilité est malheureusement une des plus tristes vérités de la
médecine.' Aussi, lorsque les lésions consécutives à l’endo-
cardite sont très étendues, et situées de telle sorte qu’elles
opposent un grand et continuel obstacle à la circulation ,
justifient-elles, en ce qui les concerne, la terrible épigraphe
de Gorvisart : hœretlateri lethalis arunclo.
ARTICLE CINQUIÈME. " ’
h - I
TRAITEMENT DE L KNDOCABDITB.
^ t ' '
4
* \
§ I. Préceptes. généraux.
l
Le traitement de l’endocardite doit être essentiellement
le même que celui delà péricardite.
L’urgence des émissions sanguines suivant la méthode que
nous avons exposée, est plus grande encore, peut-être, dans le
cas d’endocardite que dans celui de péricardite. En effet, la
coagulation du sang ou la formation des fausses membra-
nes quel’inflammation générale et très aiguë de la membrane
interne du cœurne manque jamaisdedéterminer, si elle n’est
pas pour ainsi dire étouffée à sa naissance ou Jugulée, consti-
tue^ quand la masse des concrétions est très considérable, un
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ENDOCARDITE. . s35
accident tellement redoutable, qu’auprès de lui un abon-
dant épanchement purulent ou pseudo-membraneux dans
le péricarde n’est réellement que peu de chose. Il est
même -infiniment probable que les péricardites les plus
graves sont précisément celles qui entraînent à leur suite ,
soit directement et par elles-mêmes ,^feit par la.complica-
tion d’un certain degré d’endocardite, la formation de con-
crétions fibrineuses. Et ce n’est pas seulement par les acci-
densB immédiats auxquels elles donnent lieu, que les con-
crétions fibrineuses et la matière pseudo-membraneuse
déposée à la surface interne du cœur, doivent être regardées
comme une circonstance toujours fâcheuse et quelquefois
mortelle. En effet, il peut résulter ultérieurement de l’or-
ganisation de la matière plastique, des adhérences , des
épaississemens des valvules., des rétrécissemens des orifices,
toutes lésions infiniment graves. -, -
Après les émissions sanguines, générales et locales, il
faut avoir recours , si le mal persiste encore , aux révulsifs
et aux caïmans. ISous avons eu plusieurs fois à nous louer
de l’application d’un large vésicatoire sur la région précor-
diale , à làsurface duquel on déposait chaque jour, huit,
dix, douze ou quinze grains de poudre de digitale. (Pour
plus de développemens , voyez le traitement de la péri-
cardite aiguë.)
Lorsque l’endocardite affecte la forme chronique, et
qu’elle n’a pas encore entraîné de graves désordres organi-
ques, on peut espérer d’en obtenir la guérison -par une
longue persévérance dans l’emploi des émissions sanguines
mitigées, des révulsifs, des bains, du repos absolu , de la
digitalè et d’un régime sévère.
L’induration et l’épaississement de la membrane interne
du cœur et surtout des valvules avec rétrécissement des
orifices du cœur, les adhérences, le ratatinement àé ces
mêmes valvules , etc. , etc., ne sont , ainsi que nous l’avons
dit déjà (Art. Pronostic) , susceptibles d’aucune guérison
236 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
radicale , puisque ces lésions mécaniques réclameraient
l’intervention des moyens également mécaniques ou chi-
rurgicaux , et que nulle opération chirurgicale n’est mal-
heureusement praticable dans le cas qui nous occupe. Il
ne reste plus au médecin d’autre ressource que la méthode
dite palliative. Les’mignées répétées à des intervalles plus
ou moins éloignés ,, le repos , un régime ténu , la digitale ,
les diurétiques et les purgatifs, lorsque des collections sé-
reuses se sont opérées, l’évacuation du liquide paç des
moyens chirurgicaux , lorsque les agens de la matière
médicale sont impuissans , tels sont les élémens fondamen-
taux de la méthode dite palliative. Par ce système de trai-
tement, nous avons soulagé un bon nombre de malades; et
plusieurs qui semblaient menacés d’une prochaine suffo-
cation et partant d’une mort inévitable, ont pu repren-
dre leurs occupations, quand elles n’étaient pas trop fati-
gantes.
Nous devrons , au reste , revenir sur ce point, en trai-
tant de l’hypertrophie et de la dilatation du cœur, lésions
presque constantes , du moins à un certain degré , chez les
individus atteints d’une ou de plusieurs des graves lésions
organiques qui peuvent succéder à l’endocardite chronique.
J
§ II. Ob3errations d’endocardite aiguë terminée par la guérison.
Parmi les observations de péricardite terminée par la
guérison , que nous avons rapportées précédemment , il en
est plusieurs dans lesquelles la péricardite était compli-
quée d’endocardite. Nous y renvoyons les lecteurs. Les
nouvelles observations que nous allons consigner ici appar-
tiennent toutes à l’espèce que nous désignons sous le nom
d’ endocardite rhumatismale , parce quelle coïncide avec un
rhumatisme articulaire aigu. Nous insistons à dessein sur
les faits de cette espèce, parce que notre expérience jour-
nalière nous en démontre de plus en plus la fréquence , et
que par conséquent , on ne saurait trop appeler l atten-
OBS. d’ENDOC. terminée PAR LA GUÉRISON. 287
tiondes médecins sur un point de pratique avec lequel tous
ne se sont pas encore suffisamment familiarises.
OBSERVATION 84e.
‘. T
Jeune homme de 17 ans. — Rhumatisme articulaire aigu.— Endocardite
( baltemens violensdu cœur, bruit de soufflet, etc. ) — Plus tard , pleurésie,
avec épanchement. — Saignées à haute dose, vésic., digit. — Sortie en voie de
guérison.
Un élève en pharmacie, âgé de 17 ans, d’une constitu-
tion lymphatique , peau mince et fine, cheveux châtains,
nous fut adressé par M. le docteur Cottereau , pour être
traité d’un violent rhumatisme articulaire. Il fut admis à la
clinique (n“ 4» salle St-Jean-de-Dieu) , le i3 septembre
i834- Il était malade depuis le 8 du même mois , à la suite
d’alternatives de chaud et de froid, (i).
Au moment de l’entrée , les genoux , les pieds, les épaules,
les coudes eti les mains étaient pris, gonflés ,' et la fièvre
était d’une grande violence ( pouls à 108 , fort , plein , dé-
veloppé, peau sudorale ) ; le moindre mouvement était
impossible.
11 n’existait pas de douleur à la région précordiale , non
plus que de matité anormale. L’impulsion du cœur se faisait
sentir avec force, et les bruits de cet organe étaient mas-
qués par un souffle léger, très sourd.
Prescription. — 2 saig. de ^ palett. chaciuie; i5 sang, à
la main droite; catap. 'ênioll. ; lavein. huit.; diète.
i4- Le caillot est recouvert d’une couenne très épaisse,
ferme , dense , et retroussé sur ses bords. — ■ Urines rou-
geâtres.
(1) Le malade attribuait lui-même sa maladie à la cause ci-dessus indiquée.
Notre conlrère, M. Cottereau , nous apprit qu'il arrivait souvent à ce jeune
homme, après des courses qui l'avaient mis dans un élat de sueur, de descendre
à la cave, d’y rester long-temps , et même de s’y coucher.
I
238 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Les douleurs rhumatismales sont un peu calmées; pouls
à loo; peau chaude. •
Le malade accuse une légère douleur à la région précor-
diale (U dit avoir été refroitli, par suite de la maladresse
de l’infirmier , qui a laissé lomher sur ses draps des pots
remplis de tisane).' Un bruit de soufflet très distinct accom-
pagne les baltemens du cœur, qui sont très forts ; la matité
de la région précordiale occupe une médiocre étendue.
Diagnostic. — Endocardite aiguë.
Prescbiption. — - 4 palet.; uent. rég. précord.
3 palett.\ looch avec digit., gr. yi.
i5. Cessation de la douleur précordiale (la main gauche
seule est encore prise. ) — Le bruit de soufflet du cœur est
moins fort. Les urines déposent abondamment. — Le ma-
lade se trouve très bien; il a dormi (le sang tiré de la
veine présente une très belle couenne).
i6., Le rhumatisme est presque entièrement dissipé ; ce-
pendant, le pouls est à ioo-i;o4 ; les bruits du cœur sont
accompagnés d'un léger râpement. (U/ie saignée de 3 palet.)
Dans la nuit, le malade, au milieu d’une espèce de trans-
port, se lève et fait une chute. ,
17. Persistance du bruit de soufflet; pouls à 100, fort
et plein; les urines sont jumenteuses, analogues à du moût
de raisin. Le malade demande en pleurant des alimens
{oji lui accorde deux tasses d’^au de poulet).
18. Les bouillons ont été pris avec plaisir, le malade a
dormi tranquillement et demande s’il pourra marcber au-
jourd’hui.— Cependant, la peau est ehaude; le pouls plein,
fort, large, tendu, vibrant, à io4, et le bruit de souffle de
la région précordiale est très prononcé. {Saignée, 3 palett.;
20 sangs, rég. précord. ; diète. )
19. Sang recouvert d’une couenne très ferme. — Il ne reste
aucune douleur articulaire , tous Icé mouvemens sont
libres, mais lesbattemehs du cœur sont toujours très éten-
dus , très forts et accompagnés d’un bruit de souffle. (Ce
i
OBS. d’endoc. term. par la guérison. 289
souffle ressemble à celui qui a lieu quand on souffle pour
éieinclre une bougie.)
20 , 21 , 22 et 23. Le malade se trouve très bien. Le pouls
est à ioO'io4-
Le bruit de souffle est plus prononcé pendant le premier
bruit du cœur que pendant le second (i). Il existe une ma-
tité assez étendue dans la région précordiale , mais elle dé-
pend simplement de l’augmentation du voluAie du cœur
(cette matité est de 4 pouc. 4 üg- transversalement, et de 3
pouc, 8 lig. verticalement).
I Pont. rég. précord. 2 palett. Bouillons. \ .
24 et 2Ô. Peu de changement. Articulations tout-à-fait
libres.
26. Le pouls persiste à 100, io4, 108, toujours fort et
vibrant. •
On applique un vésicatoire sur la région précordiale.
27 et 28. A peu près meme état.
Poudre de digit. {<0 gr.') sur le vésicatoire.
29 et 3o. Le malade s’affaisse, maigrit et s’écorche dans
la région du sacrum.
Jusqu’au 4 octobre, il ne survient rien de nouveau. La
fréquence du pouls persiste. Le malade ne se plaint d’aucune
douleur de la poitrine , ni d’oppression. Cependant la res-
piration étant évidemment accélérée (32-36 inspir. par mi-
nute), j’explore attentivement la poitrine et je reconnais
bientôt l’existence d’un épanchement dans le côté gauche
(matité, souffle bronchique, égophonie des plus .belles ,
absence de vibration des parois pectorales pendant que le
malade parle ).
y^entous. scarif. sur.le côté 2 palett.; vésicat.; chiend.^nit. ;
digit. sur le vésicat. — .Bouill: et lait.
(1) Moins obscur dans la région des orifices artériels que dans celle des ori-
ces auriculo-venlriculaires, le second bruit devient tout-à-fait dair dans la ré-
f ion sous-claviculaire, où il imite vraiment un claquement de soupape.
24o maladies du CœUR EN PARTICULIER.
Sous l’influence de ces moyens , l’épanchement dimi-
nue et la respiration perd de sa fréquence ( 28 inspir. ) —
Le bruit de soufflet du cœur persiste toujours, le pouls des-
cend de 1 12 à 96.
La mère de ce jeune homme arrive à Paris et n’attend que
le moment où il pourra supporter'le voyage pour le rame-
ner dans son pays Arras.) 11 quitte l’hôpital, le i" novem-
bre , dans l’état suivant :
Bon appétit , sommeil tranquille ; le malade ne se plaint
de rien. La respiration est à 20-24 minute. L’égophonie
a complètement disparu. La résonnance et le murmure
vésiculaire sont revenus partout, si ce n’est dans le tiers
inférieur du côté gauche.
Bien que le malade affirme ne pas les sentir, les batte-
mens de son cœur sont très forts dans uAe étendue égale à
celle de la paume de la main, et toujours accompagnés d’un
bruit de soufflet tellement prononcé, qu’on l’entend en te-
nant l’oreille à quelque distance de la région précordiale.
On entend aussi le bruit dont il s’agit, en appliquant l’o-
reille à la partie postérieure de la poitrine. En appliquant
la main sur la région précordiale, on sent un frémissement,
une sorte de bouillonnement , semblable æ celui d’un li-
quide qui passerait par une ouverture trop étroite.
1 ■ ' réflexio’ns.
t
Chez ce jeune malade , on ne saurait attribuer le bruit
de soufflet et la force et l'étendue des ballemens du cœur ,
Survenus pendant le cours d’une affection aiguë de cet
organe, à autre chose qu’à une' endocardite, occupant spé-
cialement les valvules. H est à craindre que la lésion des
valvules ne fasse de nouveaux progrès et que plus tard le
sujet ne soit atteint de ce que les auteurs ont désigné vague-
ment jusqu’ici sous le nom de maladie organique, ou d ané-
orisme du cœur, maladies qui ne sont ordinairement autre
OBSk d’endoc. term. par la guérison. 241
chose qu’une induration des valvules , accompagnée des di-
verses altérations que nous avons vu précédemment se déve-
lopper à sa suite.
Quoi qu’il en soit, le nombre des cas dans lesquels j’ai
vu persister ainsi le bruit de soufflet chez des individus
affectés d’une inflammation aiguë de la membrane interne
du cœur coïncidant avec un rhumatisme articulaire aigu ,
s’élève à quinze environ, et ce n’est guère que depuis qua-
tre ans que j’ai commencé à reconnaître la fréquence de
l’endocardite rhumatismale. Quelques sujets continuent à
vaquer assez facilement à leurs occupations ; mais la plupart
éprouvent, quand ils se livrent à quelque exercice un peu
fatigant i des palpitations et de l’oppression.
> I
OBSERVATION 85«.
Femme de a3 ans. — Rhumatisme articulaire ai“u , arec symptômes d'endo-
cardite ( bruit de soufflet . battemens violens du cœur ). — Plus tard , symptômes
de phlébite dans lé membre inférieur gauche. — Émissions sanguines à haute
doses, vésicat., digit. — Guérison.
Une nourrice, âgée de 28 ans, d’une forte stature, mais
d’une constitution lymphatique , était affectée , depuis dix
jours, d’un violent rhumatisme articulaire aigu, lorsqu’elle
nous fut adressée par notre confrère M. le docteur Harraque ,
le 5 janvier i835. Elle fut couchée au n” 4 de la salle Ste-
Madeleine.
Il y avait alors six semaines qu’elle était accouchée. Sa
maladie avait commencé par une courhature avec léger mal
de gorge , suivi de douleur, de gonflement dans la plupart
des articulations, et d’une fièvre très forte. Au moment de
l’entrée, plusieurs articulations étaient encore prises; mais
le genou droit était surtout affecté ; il était très gonflé et
avait i5 pouc. 10 lig. de circonférence, tandis que la cir-
conférence du genou opposé n’était que de i4 pouc.
La fièvre persistait avec violence; le pouls était fort, plein,
tendu , vibrant.
2.
16
24a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
- Les battemens du cœur étaient "violens , étendus et ac-
compagnés d’un bruit de soufflet distinct : il n’existait point
de douleur notable dans la région précordiale , qui réson-
nait à peu près comme à l’état normal.
Malaise général ; visage un peu anxié , immobilité com-
plète.
Diagnostic. —Rhumàtisme articulaire ai"u avec lèsère en-
O O
docardite.
Prescription du^ janvier. — Une saig. de 4 pal.; 20 sangs,
autour 'diL genoii. — Boisson diaphorét.; lavem.; catapl.; diète.
•J. Le caillot est recouvert d’une couenne épaisse, dense,
élastique, résistante, tout-à-fait semblable à une membrane
à demi organisée. — La circonférence du genou a diminué
de 10 lig. Les douleurs sont moindres ; sueurs abondantes;
pouls fréquent et fort; persistance du bruit de souffle.
' Uentous. scarif. autour du genoii. 3 palettes.
8. Peu de changement , si ce n’est que le gonflement du
genou a encore diminué.
Saig. de 3 palettes.
Le caillot est recouvert d’une couenne comme celui de
la précédente saignée. Le genou droit n’a plus que i4 pouc.
de circonférence, c’est-à-dire, qu’il n’est pas plus gros main-
tenant que le gauche. Mais le poignet gauche est gonflé et
plus douloureux que les jours précédens.
Saig. 3. palet.; pot. goinm. sirop diacode; le reste utsuprü.
10. Le bras gauche tout entier est très douloureux.
Saig. de 4 palettes.
11. Le poignet est bien dégonflé ; la malade a sué abon-
damment. — Le bruit de soufflet du cœur persiste (i). —
Le genou malade est entièrement libre.
12. La malade a vomi un ver lombric ; son état est d'ail-
(1) Il existe un léger bruit de diable dans les carolides, circonstance qui ,
comme nous l’avons dit ailleurs, n’est pas très rare à la suite des grandes émis-
sions sanguines.
OBS. d’ENDOC. TERM. par la GüÉRISON. 243
leurs très satisfaisant. Les battemens du cœur sont beaucoup
moins forts et le souffle qui les accompagne très léger.
i3. Bien (3 hoiiill. de poulet).
15. La malade s’est levée dans la nuit et a été prisé peüde
temps après d’une vivè doulèur dans le mollet gâuche. Le
malin à la visite, le mollet est gonflé (i4 pouc. dé circon-
férence), et la sensibilité est telle que la moindre pression
est insupportable. Retour de là réaction fébrile.
36 sangs, au mollet ; catapL; diète.
16. 9 sangsues seulement ont pris; fièvre très forte ;
visage altéré; l’état de la malade est, on ne peut plus grave.
Le gonflement du mollet s’est étendu à la cuisse qui
est infiltrée. Nous soupçonnons une phlébite de la veine
crurale.
Saig. de 3 palett.; 'ventous. scarif. à la jambe et à là cuisse
3 palett.; catapl.
i^. Faciès toujours très altéré ; vomissement de matières
aqueuses ; pouls faibje, à 112-116. — Le sang delà saignée
contient, au milieu d’une abondante sérosité, un caillot
cbuenneux , à bords retroussés.
La cuisse et le mollet sont moins enflés et moins doulou-
reux ; ou ne sent point de cordon dur et tendu dans le
trajet des veines; la fièvre a diminué.
Bain , catapl. émoll. — i bouill.
18. Le membre abdominal gauche est généralemèht
enflé, infiltré , mais peu douloureux; il n’existe nulle part
de fluctuation. — Continuation des vomissemens.
Le bruit de soufflet du cœur existe encore, mais très
faible.
Eau de seltz; solut. de sirop de groseille ; i kilog\ de glacé
pour prendre en jragmens.
19. Nausées sans vomissement; visage meilleur; diminu-
tion du gonflement; pouls à 100 , mou, souple.
20 . 21 , 22 , 23 et 24. Le yisage se ranime , l’anxiété se
dissipe; mais il reste toujours de la fréquence du pouls.
26.
244 MALADIES Dü C(®ÜR EN PARTICULIER.
On exerce une légère compression autour du membre in-
filtré , ce qui est suivi d’une résolution rapide. La malade
supporte bien les bouillons et les potages. Elle dort assez
tranquillement.
a5 et 26. L’amélioration persiste. Cependant la fré-
quence du pouls et le bruit de souffle du cœur continuent.
Vésicatoire sur la région précordiale.
27. Un des deux bras est tellement douloureux qu’on ne
peut le remuer sans faire crier la malade; pouls à 124;
langue lisse et sèche.
8 gr. de digit. 'vésicat. ; diète. , .
28. Amélioration. Le membre inférieur est complète-
ment dégagé ; le bras est moins douloureux. Pouls à loo.
, 29. Pouls à 96 {continuation de la digitale').
3o. La malade ne souffre plus nulle part ; pouls à 92 ; le
bruit de soufflet du cœur diminue sensiblement chaque
jour. Point de matité anormale dans la région précordiale.
( 2 houill. ; 2 potag.), >
Les jours suivans, la convalescence fait des progrès , et le
7 février il n’existait plus de bruit de soufflet dans la région
du cœur. Le pouls était à 76. La respiration était natu-
relle (i). La malade mangeait le quart.
La malade ne reste plus à l’hôpital que pour y guérir
d’un engorgement du sein gauche, où se sont formés des
abcès.
RÉFLEXIONS.
Tous ceux qui ont suivi la malade dont nous venons de
rapporter l’histoire , ont regai'dé sa guérison comme un des
plus beaux cas qui puissent déposer en faveur des émis-
sions sanguines. En effet, lorsqu’après la guérison du rhu-
(1) Dans le cours de la maladie , nous avons percuté et ausculté plusieurs fois
la poitrine, et nous n’avons jamais rencontré aucun signe de maladie de la plè-
vre et des poumons. i
OBS. d’endoc. term. par la guérison.
matisme éclata le gonflement douloureux du membre in-
férieur gauche , avec fièvre violente, vomissemens, altéra-
tion des traits , plusieurs personnes crurent que c’en était
fait de la malade , et qu’il ne fallait plus songer aux émis-
sions sanguines, après celles qui avaient été déjà pratiquées.
Je partageais moi-même en partie cette crainte. Néan-
moins, j’eus recours à de nouvelles émissions sanguines , et
un prompt soulagement en fut la suite. Avec delà patience
et les soins nécessaires , il est donc bien peu de phlegma-
sies aiguës dont on ne puisse triompher, quand elles sont
prises à temps.
Nous pensons que c’est au vésicatoire de la région précor-
diale et à la digitale , qu’il faut rapporter l’achèvement de
la guérison de l’endocardite valvulaire chez cette malade.
OBSERVATION 86«,
Femme de 28 ans. — Rhumatisme articulaire aigu , compliqué d’endocardite
ou de rhumatisme de l’enveloppe interne du cœur ( bruit de soufflet du cœur,
batlemens violens de cet organe.) -^Emissions sanguines à haute dose. — Guéri-
son. — Nouvelle attaque de rhumatisme , avec nouveaux accidens du côté du
cœur.
Lefebvre (Marie), âgée de 28 ans , couturière, d’une
constitution délicate , nerveuse , ayant la peau fine , les
cheveux châtains, habitait Paris depuis quatre ans , lors-
qu’elle fut admise à la clinique, le 24 août i833 (n°8,
salle Sainte-Madeleine). Avant son arrivée à Paris, elle
se livrait: aux travaux de la campagne qui la fatiguaient
beaucoup. H y a trois ans environ qu’elle est accouchée.
Sa grossesse a été laborieuse, et pendant sa durée , il e^t
survenu de temps en temps des palpitations. Depuis l’ac-
couchement, cette jeune femme, mal réglée, ne jouit pas
d’une bonne santé. Quelque temps après ses couches,
elle fut admise à l’Hôtel-Dieu, pour des douleurs rhumatis-
males J siégeant dans diverses articulations.
Il y a trois mois , elle fut reçue à l’hôpital Necker, pour
S46 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
une inaladie de poitrine qu’elle désigne sous le nom de
rhume. Elle y, lut saignee du bras et on lui appliqua des
sangsues. Elle était de nouveau malade depuis onze jours ,
lorsque je l’examinai le lendemain de son entrée à la clini-
qqe (25 août).
Des douleurs existaient dans la plupart des articulations
des membres supérieurs et inférieurs , dont quelques unes
avaient été gonflées avant l’entrée à l’hôpital. Comme à
l’époque où elle fut traitée, à l’Hôtel-Dieu, pour de sem-
blables douleurs, elle éprouvait de l’oppression et un sen-
timent de gêne dans la région précordiale. (La malade a
pris chez elle un grain d’émétique dans du bouillon de
veau. Elle a vomi, mais n’a point été soulagée.)
Prescription du 26. — Une saignée de 3 palett. ; solut, de
sir. de gomme; diète; lao. émoll.
2.6. Les douleurs des membres inférieurs ont diminué,
mais celles des membres supérieurs sont plus vives. Le
poignet droit est un peu enflé , la peau qui le recouvre est
tendue, luisante; le moindre contact arrache des cris à la
malade.
Pouls développé, de 108 à 112 par minute.
Les battemeiis du cœur sont très forts et très étendus ,
tumultueux. Le bruit qui les accompagne est confus et
mêlé de souffle ou de frottement ; il existe un léger frémis-
sepient cataire dans la région précordiale.
La coïncidence de ces derniers symptômes avec un rhu-
matisme articulaire nous porte à soupçonner une inflam-
mation de la membrane interne du cœur et des valvules.
Saignée de 3 palettes ; 12 sangs, et catapl. sur la règ.préc.;
inf. de viol, édulcorée avec le sirop de gomme ; diète.
Le caillot de cette seconde saignée n’est pas relevé sur
ses bords, en forme de. champignon, comme celui de la pre-
mière , et la couenne est moins épaisse.
27. Les douleurs sont un peu moins vives, le pouls est
à 11G-120 ; les battemens du cœur sont toujours très fqrts,
oBS. d’endoc. term. par la guérison. 247
et ils sont accompagnés d’un bruit de râpe assez; distinct ;
la chaleur de la peau est forte ; la malade se sent très
faible.
12 sangs, sur la région précordiale.
28. Les douleurs sont encore très fortes; dyspnée, toux,
douleur dans le côté gauche. Le murmure respiratoire, est
faible, ce qui tient au peu d’étendue des mouvemens res-
piratoires.— Langue rouge, parsemée de quelques plaques
caséiformes. — yisage abattu , affaisse , exprimant la souf-
france. — Même état du cœur.
Une saig. de 2 palett.; pot. gomm.
29. Bruit de râpe très prononcé; io4à 108 puisât.; peau
chaude, tendue, luisante, autour des articulations doulou-
reuses; visage un peu moins affaissé ; la rougeur de la lan-
gue est moindre , les plaques caséiformes se détachent.
Ventous. scarif. sur la régipii précordiale.
30. Les épaules sont encore fort douloureuses; peau
moins chaude , pouls à 96-100, eonservant de la force ; les
battemens du cœur sont si violensque la maladp leur donne
le nom de palpitations; persistance du bruit de râpe ou de
soufflet et léger frémissement cataire.
31. Peau moins chaude , douleurs moins vives, palpita-
tions encore très fortes.
lo sangs, à la région précordiale,
I®’' et 2 septembre. Le pouls est descendu à 84; l’état gé-
néral est bon , le rhumatisme articulaire presque entière-
ment dissipé. Un changement notable s’est opéré dans l’é-
tat du cœur. Les battemens de cet organe ^ont moins forts
. et moins étendus , d’une régularité parfaite ; le frémisse-
ment cataire est presque nul et le bruit de râpe beaucoup
moins prononcé. {Bouill. et potages),
3,4j 5 , 6 septembre. Les battemens du cœur revien-
nent de plus en plus à leur état normal. Le second bruit
est un peu plus âpre que dans l’état ordinaire, mais le bruit
de râpe ou de soufflet proprement dit a complètement dis-
MALADIES DU CCKÜft EN PAETICULIER.
paru. La région précordiale ne rend un son mat que dans
une étendue égale à celle d’une pièce de six francs. Lesbat-
temens du cœur repoussent la main avec une certaine du-
reté, mais dans un espace beaucoup moins considérable que
précédemment. {On augmente graduellement la quantité des
alimens).
7. La malade mange le quart. Elle est tout-à-fait bien.
8. Elle demande sa sortie.
- Les battemens du cœur sont encore un peu forts. Les
deux bruits sont clairs. Le souffle a entièrement cessé, ainsi
que le frémissement cataire.
REFLEXIONS.
Il est clair que les symptômes fournis par l’exploration
du cœur dépendaient bien d’une lésion aiguë, puisqu’ils ont
disparu si rapidement et en même temps que les symptômes
du rbumatisme articulaire.
Or , quelle autre maladie aiguë qu’une inflammation au-
rait pudonner lieu aux symptômes que nous avons indiqués ?
Cette inflammation avait, selon moi, son siège, non dans
le péricarde mais dans \ endocarde , c’est-à-dire dans la mem-
brane interne du cœur, et spécialement dans la portion qui
se déploie sur les valvules. Cette phlegmasie , cause prin-
cipale de la force et de l’étendue des battemens du cœur, a
déterminé un gonflement plus ou moins considérable dans
les valvules, en a gêné le jeu, et de là le bruit de râpe ou de
soufflet et le frémissement cataire. C’est à la complication
dont il s’agit qu’il faut aussi rapporter le sentiment d’op-
pression et d’anxiété dont se plaignait la malade. S’il exis- •
tait réellement une péricardite en même temps que l’endo-
cardite , elle n’était pas accompagnée d’un épanchement
notable (i).
(1) Une nouvelle attaque de rhumatisme, accompagnée de violens battemens
du cœur, eut lieu huit jours environ après la sortie , tt la malade rentra à l’hô-
OBS. d’eNDOC. TERM. par la guérison. 24ï)
Les observations suivantes ont pour but tle montrer que
si l’endocardite rhumatismale , jusqu’ici presque toujours
méconnue, n’est pas guérie dans sa période aiguë , elle est
suivie des accidens ordinaires des lésions dites organiques
du cœur, lésions qui consistent surtout en une induration
des valvules, avec hypertrophie du cœur.
'i
if pital , le 19 novembre, deux mois et demi environ après sa sortie. Le cœur se fai-
j sait sentir dans l’étendue de 4 à 5 pouc. verticalement, et de 5 à 6 pouc. trans-
versalement. Il existait un frémissement vibratoire, et un bruit de râpe très pro-
/ noncé- dans la région précordiale; plus tard , nous distinguâmes nettement d’a-
I bord trois, puis quatre bruits au lieu du double claquement normal. ( Dans la
I partie de nos prolégomènes relative aux bruits anormaux du cœur, nous avons
\ indiqué d’une manière précise les trois et quatre bruits observés chez cette
i malade. Voy. p. 189-90. ) — A cette époque, il n’existait plus de douleurs dans
i les membres.
La poudre de digitale à l’intérieur et à l’extérieur (on en saupoudrait la surface
f d’un vésicatoire’ placé à la région précordiale), l’hydriodate de potasse et un régime
; sévère améliorèrent considérablement l’état de la malade. Elle avait repris un
^ embonpoint assez marqué, lorsqu’elle sortit le 4 mai. Les battement du cœur
fi étaient cependant encore très étendus , et dans les cavités gauches on entendait
I trois bruits au lieu de deux (c’était le second bruit du cœur qui se partageait en
f deux , comme si le ventricule gauche se fût dilaté à deux reprises pour aspirer
I, le sang de l’oreillette correspondante). — Dans l'état de repos, la malade se trou-
t vait très bien.
{ Le 21 mai , cette malade rentre pour la troisième fois, atteinte d’un rhuma-
f lisme aigu, avec réaction fébrile très forte. A ce rhumatisme se joignit plus
i tard un épanchement pleurétique droit. L'état de cette malheureuse nous parais-
I sait presque désespéré; néanmoins, grâce à de petites saignées générales et lo-
i cales, aux v,ésicatoires sur la poitrine, nous fûmes assez heureux pour la voir se
i rétablir dans le même état où elle se trouvait à sa seconde sortie. Il nous sembla
î même que la circulation s’opérait un peu plus librement à travers les orifices du
I cœur. Toutefois, un léger bruit de souffle persistait, et le cœur conservait un vo-
i lume énorme ( on observait encore trois battemens et trois bruits). Pendant la
' systole, la région précordiale était fortement frappée par le cœur, et ce choc
' faisait entendreà l’oreille appliquée immédiatement sur la région indiquée, un
tintement argentin des plus marqués.
Tout récemment ( janvier i835 ), M. le docteur Lafère, pharmacien attaché à
notre clinique, a eu occasion de voir la malade : son état est assez satisfaisant;
toutefois, lorsqu’elle se livre à quelque exercice un peu fatigant, elle éprouve
de fortes palpitations et de l’oppression.
1200 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 87».
Jeune homme de lo ans ija. — Rhumatisme articulaire aigu, suivi de symp-
tômes d’hypçrlrpphje du cœur et d’induration des valvules. — Soulagement
par les saignées, la digitale, le repos et le régime.
Vers le milieu du mois de novembre i833, M. le docteur
Gariel me pria d’examiner son neveu , jeune homme de lo
ans et demi, récemment arrivé de la province, et présen-
tant des symptômes de maladie du cœur[i).
Au moindre exercice, ce jeune homme éprouvait de
violentes palpitations et une dyspnée poussée jusqu’à l’é-
touffement. Les battemens du cœur se faisaient sentir dans
un cercle d’environ 4 pouces de diamètre et soulevaient
fortement la région précordiale ; ils étaient tantôt régu-
liers, tantôt intermittens et irréguliers. Ils étaient accom-
pagnés d’un très fort double bruit de soufflet dont le
maximum d’intensité correspondait à la région de l’orifice
Apripulo-ventriculaire gauche. La petitesse du pouls con-
trastait avec la violence des battemens du cœur ; il surve-
nait fréquemment des hémorrhagies nasales , etc. , etc.
Sachant déjà combien il est commun de voir survenir des
symptômes de maladie dite oî'ganique du cœur^ à la suite des
affections rhumatismales, je demandai à notre honorable
confrère , M. le docteur Gariel, si son jeune neveu n’avait
point essuyé d’affection de ce genre. Manquant de rensei-
gnemens à cet égard , je l’engageai à écrire au médecin qui
avait soigné le jeune malade, et de lui demander quelques
détails spr les antécédens du sujet.
Voici la réponse de ce médecin (M. Fillolel) , que j’ex-
trais textuellement de la lettre qu’il écrivit à M. le docteur
Gariel, en date du i5 novembre i833,
(i) Je revis plus tard ce malade, en consultation avec M. le docteur
Piorry.
OBS. d’eNDOC. TERM. PA^l lA GlîÉRISPN. q5i
« Rhumatisme articulaire aigu , traité par les antiphlogisti-
» (pies; cataplasmes émolUens ; bains chauds; frictions hui-
» leuses et anodynes ; boissons délayantes et diaphorétiques ;
» diète.
« Les palpitations n’ont été ohseivçes que 'vers la fin de la.
» maladie, lors de la cessation presque totale des douleurs arti-
» ciliaires. Jusqu’alors , les. hatternen,s du cceux. n avaient; ^ien
» offert d’extraordinaire. »
Deux 01} trois saignées , lî} digitalp , un régime çévprp , le
repos, sQulagèreîit corisidérablement le jpupe malade
le bruit de soufflet persistait eiiporp lorsqu’il pîtrtit ppup
^011 pays , et il est à craindre que l’hypertrophie dq çppur
et l'induration des yalyules dont il est affecté ne soit tout-
à-fait incurable ( i).
REFLEXIONS.
Appliquons-nous donc, je ne saurais trop le redire,, à
bien diagnostiquer les inflammations aiguës dp la dppble
enveloppe séro-fibreuse du copur; et, une fois rpconpups
coinbattons-les avec la dernière yigUPur , ai npps ne vou-
lons pas qu’elles se prolongent indéfiniment, er engrainant
à leur suite des lésions qu’il ne sera plus pn né tré ppuvpjr
de guérir.
N’oublions pas surtout que de telles phlegmaries ont UhP
tendance d’autant plus grande à se prolonger, que inaUieU'
reusement on ne peut condamner à un repos suffisant l’or-
gane dans lequel elles ont établi leur siège.
(i) J’ai déjà parlé de ce cas dans les prplégpmènes. Je rappellerai jcj
jeune homme qui en est le sujet nous offrit trois battemens et trois bruits du
cœur, au lieu de deux ; tic,., tac... tac...
T!
I
I
202 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 88«.
Homme de 35 ans. — Symptômes d’hyperlrophie du cœur et d’induralioo ‘
des valvules, à la suite de plusieurs attaques de rhumatisme. — Soulagement
par les émissions sanguines , la digitale , le vésicatoire , le repos et le régime.
Kalilet, âgé de 33 ans, serrurier, demeurant rue du
Dragon , n® 4^ , d’une bonne constitution, mais un peu
lymphatique, fut admis à la clinique (n® 2 , salle St-Jean-
deiS||jeu), le 29 décembre 1 834- 11 se plaignait d’oppression,
de palpitations au moindre exercice. Les battemens du cœur
étaient accompagnés d’un bruit de soufflet. On sentait un
frémissement vibratoire obscur dans la région précordiale, ?
laquelle région offrait une matité de 4 pouc. verticalement
et de 4 pouc. 4 transversalement. Pouls petit, irrégu- . •
lier, intermittent, à 120, i3o, i4o puis, et même plus
par minute.
Avant d’avoir interrogé le malade sur ses maladies anté- •
'éden/^’s , j’annonçai que très probablement il avait été •
atteint d une affection rhumatismale (i). Il nous apprit i 1
qu’en 182 T 1825 , 1829, 1882, il avait eu, en effet,''
un rhuniatrsme occupant la plupart des articulations. Pen- 1
dant aucune des attaques de rhumatisme , il ne ressentit de . ;
douleur ni* dans la région précordiale , ni dans les côtés de
la poitrine. Mais c’est à la suite de ces attaques que sa respi-P 1
ration est devenue difficile , courte, et que les palpitations 1 '
se sont développées.
' Deux saignées de 3 palettes chacune, 2 applications de;
ventouses de 3 palet, chacune, un vésicatoire sur la région
pfécÔrdialë ; la digitale a l’exterieur et a 1 intérieur ; le re-
(i) J’ai annoncé d’avance la préexistence d’un rhumatisme chez plusieurs indi-i
vidus atteints de maladie organique du cœur , et un grand nombre de personne*
peuvent attester que les réponses des malades ont le plus souvent justifié cette 1
sorte de prévision.
i
OBS. d’endoc. term. par la GüÉRISON.
pos et un régime sévère, soulagèrent le malade sans le
guérir entièrement , ce qui nous paraît à peu près impos-
sible.
OBSERVATION 89«, 90e, 91«, 92«,
Jeune fille de 19 ans. — Symptômes d’hypertrophie du cœur et d’induration
des valvules, à la suite de diverses attaques de rhumatisme articulaire aigu. —
Soulagement par les saignées, la digitale, le repos et le régime.
Beurse ('Victoire) , âgée de 19 ans , d’une constitution
délicate et nerveuse, peau fine et mince, cheveux châtains,
avait déjà été affectée , à diverses reprises , de rhumatisme
articulaire aigu , lorsqu’une maladie de ce genre la con-
. duisit à la clinique (n® 9, salle Sainte- Madeleine ) , le a
niai i833.
Elle était sujette aux palpitations et ne pouvait monter
un escalier sans être essoufflée. — On entendait à la région
I précordiale un très beau bruit de soufflet pu de scie. Les
1 hattemens du cœur se faisaient sentir dans une grande
étendue et soulevaient notablement la région précordiale.
Il survenait assez souvent des saignemens de nez.
Les émissions sanguines à haute dose firent assez prompte-
1 ment justice de la nouvelle attaque de rhumatisme articu-
1 laireaigu, et calmèrent les palpitations habituelles. Néan-
1 moins, le bruit de souffle persistait toujours, lorsque la
1 malade sortit de l’hôpital, le i" août i833.— Depuis cette
< époque, nous ne l’avons pas revue, mais il n’est que trop
; probable que les accidens dus à l’hypertrophie du cœfir et
« à l’induration des valvules auront fait depuis de nou-
’ veaux progrès (i).
(1) Je ne finirais pas, si je voulais rapporter'ici tous les cas où j’ai vu des
^ ‘ maladies organit/ues du cœur et des valvules, à la suite de rhumatisme articu-
^ ■ laireaigu. Dans ce moment même ( février i855) , j’en ai trois nouveaux exem-
j pies sous les yeux. Le premier a pour sujet une jeune fille de i8 ans environ ,
>■ couchée au n® 6 de la salle Sainte-Madeleine. J’ai observé le second chez un
204 MALAÜiES DU CœUR EN PARTICULIER.
CHAPITRE III.
DE LA CARDITE, Oü INFLAMMATIOIT DD TISSU AIUSCULAIRE
ET DU TISSU CELLULAIRE INTER-MUSCULAIRE DU CŒUR (l).
CONSIDERATIONS PRÉLIMINAIRES.
Suivant CorvisaTt, ïlest peu de maladies du cœur qui soient
moins connues que le carditis. Il divise le carditis en aigu
él en bhroniqué, et il sous-divise le carditis aigu en occulte
et en manifeste.
jeune homme de i4 ans, que j’ai soigné conjoinlement avec M. le docteur Sar- j
landicre, et auprès duquel MM. Broussais, Marjolin et Fouquier furent appelés
ên conshllatiôn (nous avons eu la douleur de perdre ce jeune malade). EnBn, le
troisièihe exemple m’a été fourni par un jeune homme de aa ans, que j’ai vu en
consultation avec M. le docteur Aussandon père.
(i) Corvisart a placé la cardite ( il lui donne le nom de carditis) dans la classe
d'as affections qùi intéressent à la fuis divers tis'sus du cœur. « J’ai placé le car-
• ditis dans cette classe, dit-il, parce que je pense, contre le sentiment de plu-
• sieurs auteurs, que cette affection n’appartient point exclusivement et isolé-
» ment à un des tissus qui composent cet organe, mais qu’elle intéresse d’une ma-
4nière aussi marquée, et le tissu musculafre, et le séreux, et le cellulaire (je n’en
ilexcepte pas même le vasculaire), qui entrent dans la texture ducœur. Pbot-étrk
• MÈMKjs’iL FALLAIT niciDKH quel 6St cclui de ces divers tissus qui se trouve le plus
• alfecté, pourrais-je avakcbb qcb le tissu cbllolaibb bst plus vivembwt ht plus
» ESSBUTIELLBMRIIT LÉsé qu’aucun AUTBB, » (Op. cil., p. 344-)
tiCS réflexions de Corvisart sont parfaitement justes. En effet, on ne connaît
encore aucun exemple de plilegniasie pure et simple du tissu musculairedu cœur.
Tou.efois, nous devions faire pour l’inflammaMon de ce tissu ce que nous avions
fait pour celle des tissus séreux extérieur et intérieur du cœur, c’est-à-dire lui
consacrer un chapitre spécial. Mais, de même que nous avons décrit ensemble et
l’inflammation du tissu fibreux du cœur et l’inflammation du tissu sérVuX du
ïnême organe, ainsi nous avons cru dévoit; étudier, dans un seul et môme cha-
)lifre, et l’inflàihmation du tissu musculaire du cœur et l’inflammation du tissu I
cédlulâirè lAterp'osé entre les faisceaux et les fibres musculaires.
11 eil très vrai d'ailleurs que dans une violénle inflammation du cœur tous les ^
DE LA CARDITE. f2Ô5
M. Laennec pense qUé « il n’existe peut-être pas un seul
exemple incontestable et bien décrit de ririflàmmatiori gé-
nérale du cœur , soit aiguë , soit cbrohiqüe. » Il est vrai
qu’il écrit ceci à la page 554 du a^vol. de sbil ouvrage , et
qü’à la page suivante il dit : « il paràîi constant qiieV injlain~
matfon générale du cœul' a été observée. » M. Làénriec ajoute
que « les exemples d'inflammation partielle et caractérisée par
l’existence d’un abcès ou d’une ulcération dans les parois du
cœw'y sont beaucoup plus communs et plus exactement
décrits.
M. Laennec a considéré le ramollissement du cœur comme
une affection et indépendante de l’inflammation
de cet organe. Il rapporte ainsi qü’il suit l’opinion qùe
j’avais émise sur l’influence de l’inflammation dans la pro-
duction du ramollissement du cœur. « M. Boüillàud regarde
«le ramollissement du cœur comme un effet de l’inflani-
mation , et il pense qu’il èn est de même de VendürcisSe-
« ment plus OU moins prononcé et de la diminution ou de Vdiig-
« mehtation de coloration. » {op. cit , t. Il®, P^g. 538-39 ).
Je commence par déclarer que si j’ai jamais dit quelque
tisiios élêrhentaires decetorgane sont souvent entrepris à la fois, à des degrés diffé-
rens. Mais l'inflammation simultanée des divers tissus constituatisdu cœur serait-
elle plus commune encore qu’elle ne l’est , il n’en faudrait pas moius étudier
spparémeni l'inflammation de chacun de ces tissus, comme on le fait pour l'in-
flammation dts divei'S élémens qui concourent à la composition des autres vis-
cères, tels que le poumon, l’appareil digestif , etc., bien qu’il ne soit pas très rare
de rencontrer une inflammation simultanée de plusieurs de ces élémens ; c’est ce
qui arrive, par exemple, dans certaines fluxions de poitrine, où la plèvre, la mem-
brane intèrne dêsCônduitsaérifères, le parcnr/ijme pulmonaire, sont enflammés à la
fois. 11 serait même impossible de se former des idées nn peu clairès et précises sur
1 histoire des phlegmasies qui affectent simultanément plusieurs dqs élémens ana-
tomiques d’un organe ou d’un viscère, si l’on ne connaissait pas bien auparavant
riiistoire dé l'inflammation de chacun de ces tissus en particulier. Sans doute il
ne faut pas négliger la méthode synthétique en médecine, mais il ne faut pas ou-
blier non plus que la méthode analytique , si heureusement fécondée par
le génie de liiehat, a été le principal instrument des immenses progrès de la
sci ence que nous cultivons.
I
256 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
part que la diminution ou V augmentation de coloration du cœur
est nécessairement l’effet d’une inflammation , c’est là une
absurdité si grossière que M. Laennec aurait pu se dis-
penser de la relever. Mais je n’ai jamais rien dit ni écrit de
pareil. Il est très vrai que j’ai mis le ramollissement du cœur
' au nombre des effets que l’inflammation de la substance
musculaire de cet organe peut produire. Je dois seulement ;
m’étonner que M. Laennec m’ait concédé la propriété de i
' cette opinion , car elle appartient à la plupart des auteurs
j; ' qui se sont occupés avant moi de la cardite, et à Corvisart
en particulier.
■| Au reste, après avoir dit que la seule preiwe que faqoporte \
‘ ù r appui de cette manière de 'voir, c’est que les muscles atteints
d’une phlegmasie aiguë, le cerveau, le foie, les poumons, les
r-eins et la rate dans l’état d’inflammation, se ramollissent ,
M. Laennec poursuit ainsi : « Je remarquerai d’abord que le
choix de ces exemples renferme un cerçle vicieux; car il fau-
, ' drait d’abord prouver que le ramollissement de ces divers orga-
I Ties, lorsqu’il existe seul et sans présence de pus, est l’effet d’une
, inflammation (i). » Je n’ajouterai plus qu’un mot: c’est que
,4, j’ai pu, avec de graves observateurs, considérer le ramollis-
sement'du cœur comme pouvant être la suite de la cardite ,
.| sans en conclure que tout ramollissement du cœur était
' i constamment le produit de cette cause. Cette conclusion eût
j été, en effet, erronée, puisque, sans parler de quelquesautres
causes , la décomposition putride amène à sa suite le ramol- [
■j lissement du cœur comme celui de tant d’autres organes. '
i D’ailleurs, en décrivant la cardite , je n’avais pas à faire !
l’histoire générale du ramollissement du cœur , mais bien i
à signaler le rôle que jouait cette maladie dans la pro- •
' duction d’une espèce particulière de ce ramollissement, et I
* je n’ai rien à rétracter de ce que j’ai dit à cet égard.
(i) On trouvera dans les beaux travaux de M. le professeur Lallemand une i
ample réfutation de la doctrine de M. Laünnec.
I
i
J
DE LA GARDITE: 267
Après avoir élabli que le ramollissement est une des ter-
minaisons de la cardite j il semble qu’on ne pourrait , sans
se contredire, placer l'induration au nombre de ces termi-
naisons. Mais cette contradiction n’est qu’apparente. En
effet, comme tout le monde en convient, les caractères
anatomiques de l’inflammation diffèrent beaucoup selon
le degré et la période de cette maladie, ainsi que suivant
les différens tissus qu’elle peut affecter , soit ensemble, soit
séparément. Quant à l’induration, elle a été, dans tous les
temps, considérée comme une des terminaisons de l’inflam-
niation , par les divers médecins et icbirurgiens qui ont
tracé 1 histoire de cet état motbide. Ainsi donc, pour qu’ii
y eût contradiction à placer à la fois le ramollissement et
l’induration parmi les terminaisons que peut affecter l’in-
flammation en général , et celle du cœur en particulier, il
faudrait qu’on eût attribué l’un et l’autre de ces états au
même degré et à la même période de la maladie, et l’on
voudra bien nous faire grâce d’une erreur de cette espèce.
Le ramollissement, la suppuration et l’induration ne sont
pas, au reste , les seules terminaisons possiblesde la cardite :
il faut placer encore au rang de ces dernières, V ulcération ( i),
les perforations du cœur, avec ou sans formation d’un kyste
anévrismal.
Dans une première section, nous allons rapporter des
exemples des différentes altérations que la cardite , étudiée
sous toutes ses formes et à toutes ses périodes, peut en-
traîner à sa suite. Une seconde section contiendra l’histoire
générale de cette inflammation.
(1) Si je ne mets pas la gangrène au nombre des terminaisons de la cardite
proprement dite , ce n est pas que je la considère comme absolument impossible,
du moins à un certain degré et dans une certaine étendue; mais c’est que , dans
l'étal aduel de la science, je n’en connais aucun exemple incontestable.
i
200 MALADIES Dü COËUll EN PARTICULIER.
; PREMIÈRE SECTÏOÎN.
OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA CARDITE, OU INFLA MMATION
DU TISSU MUSCULAIRE ET pU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCU-
LAIRE DU COEUR.
PREMIÈRE CATÉGORIE.
i •
OBSERVAHOnS DE OARDITB TERMINEE PAR RAMOLLISSEUENX EÏ SDPPUHATIOH.
. OBSERVATION 93c (i). ^ *
Homme de 67 ans. — Douleür dansTe côté gauche de la poitrine, dyspnée,
pouls faible, irrégulier, intermittent; délire. — Mort le septième jour après le I
début de la douleur de côté. — Epanchement purulent dans la plèvre gauche et i
dans le péricarde. — Cœur mou, flasque, se réduisant facilement en bouillie à la I
la moindre pression , avec inQlîralion d’une matière grasse en ire les fibres char- h
nues, et développement d'un réseau vasculaire très apparent. ■ !
' . ' ’ |i
«Un décrotteur , âgé de 6y ans, d’un tempérament |(
» sanguin, éprouva, le 2.4 avril i8o3, une douleur assez |!
» faible dans le côté gauche de la poitrine, avec augmen- |
» talion d’une gêne de la respiration à laquelle il était .sujet [
» depuis 3o ans. Deux jours après il cracha du sang, et le 29,
» cinquième jour de la maladie, il fut admis à la clinique i:
» interne , avec mal à la tête , figure animéè, œil brillant, li
» respiration un peu gênée poitrine vaguement doulou- j
» reuse, point de palpitations, pouls faible, irrégulier, i
» intermittent , inégal sur les deux bras. Lé lendèmain , ii
» la respiration était pkis difficile, bruyante, râleuse; il
» sentait beaucoup plus de douleur dans la jioitrine; il y 1
» avait du délire, accompagné d’une grande loquacité.
» Dans la matinée de ce jc'ur , il se leva de nouveau à midi,
fi) J’emprunte celte observation ê. Corvisart ( elle est la 37' de sur les l
Maladies du coeur)*
PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDÏTE. îiÔQ
» il se recoucha, et expira inopinément le septième jour
» de la maladie.
» La douleur de la poitrine , la gêne de la respiration ,
» l’examen extérieur du malade, m’avaient, dès le second
• jour, donné la certitude de l’existence d’une péripneu-
» monie. L’œil brillant, la loquacité, le délire, le siège de
» la douleur, les caractères du pouls, m’indiquaient que
» l’inflammation s’était étendue sur le cœur (i), sans que
» je pusse soupçonner la dégénérescence particulière du
» tissu de cet organe.
» A l’ouverture du cadavre, la figure était inégalement
» livide et violette; les veines sous-cutanées étaient gorgées
» de sang.
» Le poumon gauche était recouvert,' dans une grande
» partie de son étendue, surtout près du péricarde, d’une
» couche pseudo-membraneuse, de plusieurs lignes d’épais-
» seur.
» La cavité du péricarde contenait environ une livre de
» liquide purulent, floconneux. Sa face interne était en-
» duite d’une fausse membrane dont la superficie était nia-
» melonnée.
» Le cœur, de 'volume naturel, était mou et flasque. Lespa-
» rois charnues des 'ventricules et des oreillettes étaient pâles ,
» jaunâti'es ; on aurait dit qu’une substance grasse s’était dé-
» posée entre les fibres charnues qui paraissaient écartées les
V unes des autres. On 'voyait à la surf ace de ces parvis blan~
» châtres , ainsi que dans l’-intérieur même de leur substance
» charnue, un réseau 'vasculaire bien développé et très apparent.
» En pressant légèrement entre les doigts la substance charnue,
» on la réduisait facilement en une espèce de bouillie dont la
couleur était pâle et terne .
(i) Pour reconnaître avec certitude une péripneumonie et une inflammation
du cœur, il nous faut aujourd’luii des signes moins vagues, m.oins équivoque» »
que ceux exposés dans le récit de cette observation.
17..
î26o maladies du coeur en particulier.
» Toutes les cavités du cœur contenaient des concrétions
» polypiformes qui se continuaient dans la cavité même des
» gros vaisseaux. »
RÉFLEXIONS.
r,
Corvisart ne craint point d'affirmer que Vétat pathologi-
que du cœur, ci-dessus décrit dénote certainement un état inflam-
matoire antérieur. Or, cet état pathologique est un véritable
ramollissement du cœur. La co-existence d’une péricardite
est un nouvel argument en faveur de l’opinion deCorvisart.
Les deux autres observations de cardite, rapportées à la
suite de celle-ci dans \Essai sur les maladies du cœur ^ sont
également des exemples d’un ramollissement de la subs-
tance charnue du cœur coïncidant avec un épanchement
purulent dans le péricarde. Corvisart dit qu’il ne se sou-
vient point d’avoir eu occasion d’observer la cardite aiguë
non compliquée.
A la suite des trois observations qu’il possédait, pour
sa part , sur l’inflammatioii du cœur , Corvisart rapporte
celles de Meckel, à&.Stoi'ck et de Fabrice de Hilden, sur le
même sujet. Les observations de ces derniers auteurs sont
au nombre de six , et dans toutes il existait une péricardite
en même temps qu’une cardite. Les caractères de cette der-
nière maladie n’y sont malheureusement pas exposés avec
tout le soin et toute la précision nécessaires en pareille
matière.
Parmi les observations que renferment les deux précé-
dons chapitres , on trouve quelques cas dans lesquels la
péricardite ou l’endocardite étaient compliquées d’un ra-
mollissement inflammatoire du tissu charnu du cœur. Je
me contenterai donc de rapporter ici le fait suivant, dans
lequel le ramollissement du cœur se trouve encore combiné
avec une péricardite. Ce cas aurait été plus détaillé, si le
malade eût été soumis à notre observation dès l’origine de
Vaffeclion à laquelle il finit par succomber.
PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE.
261
OBSERVATIOIV %«.
Jeune homme de •27 ans. — Fluxion de poitrine incomplètement guerie, Gc-
vre lente, marasme, dyspnée, infiltration des membres inférieurs. — Mort deux
ou trois mois après le début de la fluxion de poitrine. — Adhérences dans les
deux côtés de la poitrine. — Exsudation albumineuse dans le péricarde. — Ra-
mollissement brunâtre du tissu du cœur.
Un jeune homme d’environ ay ans fut admis à l’hôpilal
Cochin , dans le cours du mois de septembre i8a3. Il était
sorti depuis quelques jours de l’hôpital de là Çharité, où
il avait été traité d’une fluxion de poiti'ihe , dont il n’était
pas entièrement rétabli au moment de sa sortie. Autre-
fois fort et bien constitué, il était , au moment de son en-
trée à Coehin , d’uUe maigreur extrême et d’une faiblesse
considérable. Son teint était sale et comme terreux, sa
peau sèche , son pouls petit et fréquent. Il conservait de la
dyspnée et ses membres inférieurs étaient infiltrés.
N’étant plus attaché alors au service de l’hôpital Cochin,
je n’examinai pas assez attentivement la poitrine et la
région précordiale , pour pouvoir porter un diagnostic
précis.
On essaya les apéritifs pour coinbattre l’infiltration. On
fut bientôt obligé de suspendre ces moyens, en raison du
développement d’une irritation du tube digestif. Cepen-
dant l’infiltration disparut peu à peu , ainsi que la gêne de
la respiration. Mais il existait toujours une petite fièvre , et
le malade , d’un appétit vorace , se consumait au milieu
d’un dévoiemept continuel, accompagné de coliques assez
violentes. Il mourut le 20 octobre , environ six semaines
après son entrée.
Autopsie cadavérique , environ 24 heures après la mort.
1° Habit, extérieure. — Marasme ; point de traces de dé-
composition putride.
2° Organ. respirât, et circulât. — Les poumons , rosés ,
crépitans , parfaitement sains , adhéraient de toutes parts
202 MALADIES DU C(®UR EN PARTICULIER,
aux parois pectorales, ainsi qu’au péricarde. Ce dernier
adhérait au cœur dans tous les points. Il existait entre le
feuillet pariétal et le feuillet viscéral une exsudation albu-
mineuse, jaunâtre, de la consistance de blane-d’œufà demi-
cuit , faiblement unie à la surface du cœur , dont on la
détachait à l’instar d’une fausse membrane de formation
récente , bien qu’elle fût évidemment déjà assez ancienne.
Cette exsudation tenait , au contraire , au feuillet pariétal
par des filamens celluleux assez serrés. Enseveli pour ainsi
dire au centre de cette masse albumineuse, dont l’épaisseur
était de pfus de trois lignes, le cœur avait un très petit
volume, comme s’il eût atrophié par la compression.
Sa surface extérieure était dé un rouge foncé , nuancé de quel-
ques points noirâtres. Son tissu charnu était bnin , ramolli et
très facile à déchirer. ,
Introduit dans le ventricule gauche, le doigt en rem-
plissait étroitement toute la capacité.
' ÔBSERVATION 95e (i).
»
Femme de 36 ans. — Symptômes de lésion organique du cœur, à la suite de
trois attaques de rhumatisme articulaire aigu. — Tout-à-coup., symptômes d’une
maladie aiguë, avec dyspnée, lipothymies, etc. — Mort dix-sept jours après le
début de ces accidens. — Cœur volumineux, mou etHasque. — Trois ou quatre
abcès dans la substance musculaire du cœur, avec rougeur noirâtre ; pus sanieux
dans l’épaisseur de l'appendice auriculaire. — Epaississement cartilagineux de
la valvule mitrale, avec rétrécissement de l’orifice auriculo- ventriculaire gauche.
« Une domestique , âgée de 36 ans , fut atteinte , vers sa
» treizième année , époque oû elle travaillait dans des caves
J) humides et couchait dans des bâtimens neufs, d’un rhu-
» matisme goutteux aigu. A i6 ans, il survint une récidive
(i) Cette observation est de M. Raikem. On la trouve dans les BuHelînsde la
Faculté'poiir l’année 1809, avec ce titre: Extrait d’une observation sur une
eardite aiguë, compliquée d* inflammation d une partie du poumon et de la mem-
brane muqueuse de l’e$tomae.
rREM. CATÉG. d’oBSERV. EË GARDITE. 2G3
„ clurliumatïsnie, à la suite de laquelle les doigts et les
» orteils restèrent toujours fixés dans une direction vicieuse,
» avec impossibilité d’une extension complète. Au mois de
» juillet 1808, après des fatigues multipliées, il survint
» une troisième attaque de rhumatisme articulaire qui sévit
» successivement sur toutes les articulations des membres ,
» et se dissipa , au bout d une quinzaine de jours , en Iciis-
» saut les jcLvibes cedeiuciteuses , surtout le soir, pendcuit deux
» mois.
1) Le 5 novembre de la même année , cette fille se cou-
» clia bien portante , ne dormit pas, et éprouva, apres des
» horripilations générales, des mouvemens vifs et tumul-
» tueux dii cœur, une douleur lancinante dans la région
» précordiale, de la dyspnée et, une lipothymie qui dura
» une heure. — Les jours suivans, les mêmes symptônies
» persistèrent ^ quoiqu’avec un peu de relâche ( il survint
» plusieurs lipothymies).
» On administra des antispasmodiques, de l’ÉTREr; onap-
» plùpia de la moutarde aux pieds , des 'vésicatoires aux
» jainies.
» Tous ces moyens n’apportèrent aucun soulagement , 'et
» la malade fut admise à l’hôpital St-Antoine (c’était le
» quatrième jc)ur de la maladie).
» Face abattue, teint blafard , lèvres vermeilles , gonfla-
» ment extraordinaire des veines du nez et des jugulaires ;
» réveils en sursaut. — Nausées et vomissemens fréquens ;
«langue rouge, lisse, humide; douleur à l’épigastre. —
» Pas de toux , respiration peçite, fréquente, diaphragma-
» tique. — Palpitations du cœur véhémentes, intermitten-
» tes , irrégulipres , sensibles à la vue ; décubitus sur le dos,
» erecta ceivice. Thorax résonnant bien. — ipiusieufs lipo-
» thymies dans la journée.
» Potion fortifiante , h fusion 'vineuse de camomille (fj.
(1) Malheureuse et vraiment d^éplorable thérapeutique 1 C’était celle du temps.
^64 MALADIES DU CΔUR EN PABTICULIEE.
» 5 et 6. La potion paraît augmenter les palpitations et
» les menaces de suffocation.
» ’j. Toux et crachats 'viscpieux et sanguinolens.
» 8. Le son de la poitrine devient obscur particulicre-
» ment en bas. (^Emulsion , nwi sur P épi gaslreî)
» 9 et lo. Vomissement des boissons, à l’exception de
>• l’eau sucrée.
» 12. Découragement, anxiétés extrêmes, lipothymies
» incomplètes, palpitations toujours très vives; respiration
«courte, fréquente, laborieuse, inégale, suspirieuse ;
» froid des extrémités ; délire pendant la nuit.
» Ju'ôqu’au i8, peu de changement ; infiltration autour
» des malléoles.
» On pratique une saignée ( le sang n’est pas couenneux).
» 19 et 20. Palpitations constantes, trouble extrême de
» la circulation. Tous les symptômes d’une mort prochaine
» existent... Cependant la malade n’expire que le 22, con-
» servant toute sa connaissance.
» Ouverture du cadavre. ^
» Le lobe inférieur des deux poumons est compacte. Les
> plèvres n’offrent d’autre altération qu’une légère adhé-
» rence de celle du côté gauche.
» Le viscère essentiellement malade est le cœur. Il a un
> volume double de l’état naturel , il est mou et flasque :
> le ventricule gauche surtout est fort augmenté de vo-
3 lume, et ses parois sont amincies. — La valvule mitrale
» présente de l’épai&sissement et un état cartilagineux.
» L’ouverture auriculo-ventriculaire est rétrécie au point
» de n’avoir que 6 lignes au plus de diamètre.
» A la face postérieure et supérieure de l’oreillette gau-
» che , à travers le péricarde qui est parfaitement sain, on
» voit le tissu musculeux du cœur recouvert de petits points
» blanchâtres, injectés d’une couleur rouge noirâtre, of-
» frant trois ou quatre petites tumeurs sphéroïdes , de deux a
* trois lig. de diamètre et soulevant le péricarde. En les incisçintf
PREMT. CATJÉG. d’oRSERV, DE CARDITE. 9.65
• V il en coule un 'véritable pus sanieux et opaque. V appendice
» auriculaire de ce côté est duiycompcrbte , volumineux , et
■ i> contient un pus sanieux. — les autres parties du cœur
» la fibre musculeuse n’offre point d’altération.... »
REFLEXIONS. , • ,
C’est par des observations telles que celles-ci qu'il faut
r répondre à ceux qui oseraient nier les immenses progrès
> qu’a faits, depuis une vingtaine d’années , la médecine
^ vraiment pratique. Oïl prescrit une potion fortifiante et une
infusion 'vineuse de camomille, à une malheureuse , femme
qui étouffe et tombe en défaillance sous la double atteinte
. d’une inflammation aiguë dès poumons et du cœur !
,Te rappellerai aux lecteurs que l’observation présente
> vient encore confirmer tout ce que nous avons dit si sou-
’ vent déjà sur la connexité qui existe entre les lésions orga-
1 niques du tissu séro-fibreux du cœur et les affections rhu-
I matismales des articulations. La femme qui fait le sujet de
t cette observation avait été, en effet, affectée, à trois* reprises
différentes, d’un rhumatisme articulaire aigu ; à la suite de
la troisième attaque, les jambes restèrent œdémateuses pen-
dant deux mois. A l’ouverture du cadavre , outre les traces
de la maladie aiguë qui a entraîné la môrt, on trouve un
état cartilagineux de la' vahule mitrale aùec rétrécissement de
Vorifice [auiiculo - -ventriculaire gauche. D’après les faits si
nombreux que nous avons précédemment rapportés, n’est-
il pas à peu près certain que la' lésion dont il s’agit a été
la conséquènee d’une endocardite valvulaire coïncidant
avec le rhumatisme articulaire aigu dont la malade a été
atteinte ? ’
266 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
OBSERVATIONS 96^ et 96* (bis).
Homme de 58 ans. — Rhumatisme compliqué de symptômes d’inflammation
du cœur. — Mort rapide. — Foyers purulens dans les parois, les piliers et la
cloison du cœur. ' -
\ '
Dans sa dissertation inaugurale sur la cardite partielle et
générale, M. Simonet rapporte le cas suivant.
Un ancien chirurgien, âgé de 58 ans, sujet aux affections
rhumatismales (i^), en éprouvait une grave atteinte, lorsqu’il 1
fut amené à l’hôpital Beaujon. Il avait alors les extrémités ;
froides, une faiblesse générale , le pouls raide , serré, assez ü
fort et irrégulier. Le cœur battait largement et tumultueu- )
sement , la respiration paraissait étouffée.
Une saignée fut vainement pratiquée. Le malade mourut f
quelques heures après dans une, syncope. . ;
•Autopsie c.adaoér., ^4 heures après la mort. ^
Sous la couche graisseuse du cœur, il y avait une demi-
douzaine de petits foyers purulens. La membrane interne du
çœur était rouge dans plusieurs endroits ; à travers cetie i
membrane on apercevait deux points blancs-jaunâires fai- I
sant relief sur le pilier de la valvule mitrale : l’incision en
fit éçQuler du pus. Un de ces foyers pénétrait dans l’épais-
seur du pilier. Une exsudation très mince revêtait les por- i
tions enflammées de la membrane; dans divers points de
_ l’épaisseur de la cloison, on rencontrait des foyers de deux :
à trois lignes, tous pleins d’un fluide blanc-jaunâtre. Les
espaces de la substance qui n’offraient point de foyers
étaient gris- jaunâtres, ramollis , se déchirant sous le moindre '
effort.
A l’ouverture du corps d’un individu qui succomba en ?
(1) Encore un nouvel exemple d’une inflammation du cœur coïncidant avec
un rhumatisme.
i
PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARGITE. 267
deux jours à une inflammation très aiguë du cœur , M. le
docteur Latham rencontra l’alteraLion suivante « Tout le
» cœur offrait une teinte d’un rouge brun; la substance était
» ramollie, et çà et là , quand on incisait les ventricules ,
i » on voyait sourdre d’innombrables gouttelettes de pus à
» travers les fibres musculaires. » [Loml. Méd. Gaz, 111,
I pag. 118). -
OBSERVATIONS 97e, 98®, 99e.
Jeune homme de 19 ans.— Variole, suivie d’abcès, et probablement de phlébite.
' Mort le ciniiuante-cinquième jour. — Abcès enkysté, de la grosseur d’une ave-
line, dans le tissu même du cœur.
Un soldat, âgé de 19 ans, était au 4' jour d’une variole ,
1 lorsqu’il fut admis à l’hôpital du Gros-Caillou, le 7 décem-
Ibre i83i. Dans le cours de cette maladie, il survint des ab-
(cès, des escarres et une énorme infiltration du membre sii-
I périeur gauche , suite probable d’une phlébite. Le malade
tétait tombé dans un marasme extrême, quand- il mourut ,
lie 55® jour de la maladie. La fièvre avait persisté jusqu’au
I dernier moment; et bien que le malade n’accusât aucune
. douleur locale, son visage offrait l’expression de l’anxiété la
] pluî profonde.
Voici ce que montra l’ouverture du cadavre. A la base du
• ventricule gauche , derrière la valvule mitrale , dans l’é-
paisseur même du tissu charnu du cœur, existait un abcès
de la grosseur d’une aveline, contenant un pus blanc, bien
lié, homogène, nullement caséeux , sans communica|,ion
■ avec l’extérieur ni l’intérieur du cœur, renfermé dans un
kysté assez consistant. Incisé dans toutes les directions, le
cœur n’était le siège d’aucune autre suppuration... ( Ob-
serv. publ. par M. Ca§, Broussais dans le t. 21® des Annal,
delà Méd. Physiol. — Paris, i832 ). '
Chez un enfant, âgé d’environ 12 ans , affecté de péri-
cardite, M. Laënnec trouva dans l*épaisseur des parois du
200 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
ventricule gauche , près de sa hase, un abcès qui aurait pu '
contenir tout au plus une aveline.
Chez un homme de 6o ans , qui avait présenté les symp- !
tomes d’une inflammation aiguë de quelqu’un des viscères t
thoraciques, M. Laënnec trouva du pus concret, c'est-à-dire, |
une exsudation albumineuse , de la consistance de blanc d'œuf
cuit , interposé entré les faisceaux charnus du ventricule gau-
che (i) .
, DEUXIÈME CATÉGORIE.
OBSKBVATIONS DE CAHDIXE TEBMINKB PAB DLCBBATION, rKBFOBATlOlt ET BOPTDBB
DES PABOIS DD COEDB , DK LA CL0I80B INTBBVENTBICOLA I B 8 OD IBTB BADB lCDLi I BK ,
DBS VALVULES, DES TEIfDOKS ET DBS COLORKES CHABBDSS.
J
Plusieurs observateurs, tels que Benivenius , Dulaurens,
Lazare Rivière, Olaüs-Borri'chius, Bonet, Sénac, Morgagni,
Peyer et Graeiz paraissent avoir observé des ulcères de la
face interne dcs_parois du cœur (2). Corvisart n’en rapporte
(i) M. Choisy a consigné dans sa dissertation inaugurale deux faits qui se [
rapportent à rinflammatioh suppurative du coeur. Ces laits sont mallieureuse- j
ment ind qués, plutôt que décrits. Voici d'ailleurs le passage que nous Signa- |
Ions ici :
« Linflammation aiguë des oreillettes du cœur est , si j’en dois juger par deux .
• cas que j’ai pu vérifier par l’autopsie, une maladie bien grave et promptement t
• mortelle: dans run d'eux, l’oreillette gauche était ramollie, suppurée. J’avais
• remarqué pendant la vie une dilatation extrême des pupilles, leur immobilité,
• un étal profond de stupeur. Chez l’autre sujet, qui nous offrit les mômes allé- 1
• ratio7is affectant les mômes parties, le symptôme prédominant avait consisté en
• des hémoptysies peu abondantes, mais pour ainsi dire non interrompues.
• Chez tous deux, nous avions observé une extrême irrégularité delà circu-
• lation.^
Si l’on en excepte l’irrégularité du pouls, les symptômes mentionnés par |
M. Choisy ne me paraissent avoir aucune relation nécessaire avecl’inflammalion 1
aiguë des oreillettes. I
(a) Il est bon de noter toutefois que , dans certains cas , on a pris pour des
ulcères de la face externe du cœur les dépressions et les cnfoncemeus d’une fausse 1
membrane péricardi tique.
I
r
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 26g
aucun exemple qui lui soit propre .M. Laënnec en a recueilli
un seul cas que voici : chez un malade attaqué d’une hy-
pertrophie du ventricule gauche du cœur, on trouva, à
la face interne de ce ventricule, un ulcère qui avait un pouce
de longueur sur un demi pouce de large , et une profondeurde
plus de quatj'e* lignes au centre, — M. Laënnec ajoute que
l’hypertrophie du ventricule gauche avait été reconnue, mais
que le stéthoscope ne fit entendre aucun bruit d’après lequel on
mit soupçonner non seulement V ulcère , mais même la rupture
du ventricule gauche qui s’ensuivit deux jours avant la mort, à
juger d’ après V exacerbation des symptômes qui survint vers
■cette époque. {Op. cit., tom. II, pag. 55q-58).
Dans l’observation 5o<-'-de ce Traité, j’ai rapporté un
L exemple d ulcérations supeificielles des valvules aortiques
.IJ’y renvoie le lecteur. Voici maintenant quelques cas de
perforation des parois et de la cloison du cœur, et d’éro-
^sion complète des colonnes charnues et des tendons de cet
.'organe.
OBSERVATION 100e (i;.
Homme de 70 ans.— Depuis long-temps, syncopes fréquentes.— Mort subite.
- Ulcération et rupture de l’oreillette gauche.
Un homme de 79 ans , d’une constitution débile , avait ,
üdepuis long temps, de fréquentes syncopes. Il était d’une
^ susceptibilité assez vive et sujet à des accès de colère...
;'l Depuis quinze jours, son sommeil était troublé par des
1 rêves, pendant lesquels on l’entendait crier au feu et au
voleur , lorsque tout-à-coup il mourut le 24 novembre
<1 1812 , en jetant des cris violens.
■Autopsie cadavérique. ^
Le péricarde contenait environ deux livres de sang. Il
(0 Cette observation , recueillie par M. le docteur Hipp. Cloquet , a été mi-
tbee dans les Bulletins de la Faculté de médecine de Paris. ^
îiyo MALADIES DU CCKUU EN PAllTICULTER.
ÿ avait une ulcération avec rupture à l’oreillette gauche ,
pr ès (le l’embouchure de l’une des veines pulmonaires.
Cette ulcération, du diamètre de sept millimètres, offrait
un amincissement remarquable dans ses environs , et pré-
sentait une sorte de trame aréolaire comme la dentelle.
,7
11 n’y avait aucune trâce de suppuration aux environs. Un
filet nerveux de l’un des plexus cardiaques était parfaite-
ment disséqué dans le lieu de l’éroSion. — L’oreillette cor-
respondante était fort dilatée. — Le cœur n’olfrait aucune
autre lésion , si ce n’est qu’il était un peu plus volumineux
que dans l’état naturel. — L’aorte présentait quelques
ossifications. ‘ / ^
OBSERVATION 101® (i).
Enfant de la ans ip. — Dépuis cinq mois, symptômes d’une maladie orga-
nique du cœur, avec obstacle à la circutalion. — Mort dans un état de sufloca-
tion. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Perforation de la cloison inter-
ventriculaire, à l’origine de l’artère pulmonaire. — Erosion et destruction _de
l’une des valvules de l’orifice aortique.
Un enfant de 12 ans et demi disait être malade depuis
cinq mois seulement, lorsqu’il fut admis à l’hôpital de cli-
nique interne, le 21 avril 1797. Il était alors dans un état
si fâcheux, qu’on avait lieu de craindre prochainement
pour ses jours. Visage bouffi, lèvres violettes, infiltration
des membres supérieurs et inférieurs; dyspnée; la main,
placée sur la région du cœur, sentait un battement peu
régulier, accompagné d’un bruissement particulier très
remarquable. Cependant le pouls était d’une régularité
surprenante mais petit, faible et facile à étouffer. Des
palpitations revenaient par accès fréquens, pendant les-
quels la suffocation était imminente. Le malade ne pouvait
rester couché ; il se trouvait mieux quand il était assis ,
le tronc incliné en avant.
(i) Cette observation est extraite de l’ouvrage de Corvisart.
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 27 1
Le 24 avril , il survint un accès de suffocation , à la suite
duquel le malade se trouva sensiblement mieux qu’il n’avait
été depuis long-temps. Cependant de nouveaux symptômes
alarmans se déclarent, et la mort arrive le lendemain , 2S
avril, après une agonie de 10 à 12 heures, pendant laquelle
tout le corps était couvert d’une sueur froide, et la bouche
abreuvée d’une écume jaunâtre. "
Autopsie cadavérique.
Poumons dans l’état naturel, seulement un peu flasques.
Une petite quantité de liquide dans le péricarde.
Le volume du cœur était considérablement augmenté,
et ce viscère paraissait bien plutôt appartenir à un homme
de haute stature et de vigoureuse constitution, qu’à un
sujet aussi jeune.
Les oreillettes étaient dilatées. Les parois du ventricule
droit étaient plus épaisses qu’elles ne le sont ordinaire-
menti
La cloison des ventricules avait conservé son épaisseur
naturelle. Cette même cloison, à V endroit de la naissance de
r artère pulmonaire , était percéé d’une ouverturé ronde qui
pouvait admettre l’extrémité du petit doigt. 'Cette oûVerture
commufdquait directement avec la cavité du 'Ventricule gauche.
Les bords eh élaient lisses et blanchâtres dans toute leur éten-
dùe ^ à là partie supérieure du pourtour du trou, on apercevait
'dcilX' petits tiihèrculès charnus dé Couleur rougeâtre. La 'valvule
sCnii-lunaire aortique au-deséous de laquelle ce trou était situé,
était corrodée et en partie détruite [ï) . '
Les parois du ventricule gauche avaient conservé leur
/ y ' '
" ..tt- . ■ ■■■.'■ I !:■,'■ -prry' ' '■ —
I y
(1) Celle valvule formait une espèce de petile frange, qui se présénlâît à l’o-
ïTÜce de coimlauiiicalion , sans le boucher enlièrement ; de sorte que le sang ,
poussé par le ventricule gauche dans l’aorte, pouvait, lorsque ce ventricule ces-
sait d’agir, refluer, à la faveur de la destruction de la valvule sigmoïde, dans le
ventricule droit, en traversant l’ouverture contre nature dont la direction sem-
blait cependant être du ventricule droit vers la Cavité du gauche.
27'^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
épaisseur ordinaire. Dans la cavité de ce ventricule , immé-
diatement au-dessous d une des valvules sigmoïdes de
1 aorte , on voyait 1 ouverture gauche du trou indiqué plus
haut.
' RÉFLEXIONS.
Corvisart regarde comme indécise la question de savoir
si la perforation décrite plus haut existait chez ce sujet
depuis sa naissance , ou bien si elle s’était formée acciden- i
tellement par rupture ou par érosion. Dans le premier '
cas, dit-il, ce serait un 'véritable 'vice de conformation ; dans >•
le second cas , elle devrait être mise au raiiB des maladies ü
< ® \
organiques . / ,
Suivant Corvisart , la disposition liSse et comme tendi- ji
neuse des bords de l’ouverture , semblerait-'iniliter pour la i
première opinion, tandis que, d’un autre côté, l’érosion de h
l’une des valvules semi-lunaires qui se propageait jusque ti
sur le pourtour de l’ouverture , l’existence des tubercules il
charnus de couleur rougeâtre, etc. , pourraient engager à
embrasser la seconde. En nous déclarant pour notre propre
compte en faveur de cette dernière hypothèse , outre l’ar- ir
gument invoqué ci-dessus à son appui, nous ferons remar ir
quer que sous le point de vue des symptômes, rien ne i
prouve que la'perforation ait été congénitale ; que , au con- i J
traire, la déclaration du malade ( il disait n’avoir éprouvé j
de dérangement dans sa santé que depuis cinq mois), por- (
terait à croire que cette perforation était réellement acci- j
dentelle. La disposition lisse et comme tendineuse des bords i
de l’ouverture ne suffisait pas d’ailleurs pour démontrer
que celte ouverture était congénitale , car une perforation
accidentelle , lorsque la cicatrisation de ses bords est com- ;
plète , peut offrir une semblable disposition. Au reste, en
admettant que ce vice de conformation fût congénital ,
il s’agirait encore de déterminer si la perforation ne s’est
pas opérée dans ce cas par un mécanisme seuiblablcà celui i
DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. QyS
qui préside au développement des perforations dites acci-
dentelles ou non congénitales.
Nous reviendrons sur cette question , en traitant des
vices de conformation du cœur proprement dits ou dus à
une perturbation des lois qui régissent l’évolution orga-
nique.
Dans l’observation suivante qui a'été recueillie par M. le
docteur Thibert, et publiée dans les Bulletins de la faculté
de Médecine (année 1819), on verra une perforation simul-
tanée de la cloison inter-auriculaire et de la cloison inter-
ventriculaire, et partant une communication établie entre
les quatre cavités du cœur , à l’endroit de cette perforation.
On peut aussi se demander, à l’occasion de ce fait, si la
lésion était congénitale ou accidentelle. L’observation man-
que des détails qui auraient pu nous fournir les données
nécessaires à la solution précise de ce problème. Nous avons
cru pouvoir adopter, sans inconvénient, 1 hypothèse d’une
perforation accidentelle , consécutive à une cardite par-
tielle ulcérative.
OBSERVATION 102e.
t
Jeune homme de a4 anc. — Pas de symptômes d'An^vRissiK du cŒon, ni de
maladie bleue. — Mort d’une maladie fébrile, au bout de six semaines. — Per-
foration de la cloison du cœur, a#ec communication des quatre cavités de cet
organe entre elles.
« Un couvreur, âgé de 24 ans, meurt, au bout de six
ï semaines, d’une maladie lébrile , sans avoir offert ni
» symptômes bien tranchés éianévrisnie du cœur, ni symptô-
* mes de maladie bleue.
ï Le cœur, dont le volume est augmenté de près d’un
> quart, offre ses cavités dilatées , sans que ses parois soient
» plus épaisses ou plus denses que dans l’état ordinaire.
» L’oreillette droite seule est beaucoup plus épaisse qu’elle
» n’a coutume de l’ètre. Elle communique avec la gauche
* par le trou de Botal. Une grande ouverture ^ très irrégulière.
i
274 MALADIES Dü COEUTl EN PAI\TICULIER. ’
» Située a la partie inférieure de la cloison inter-ventricu-
» laire , fait communiquer ensemble les quatre cavités du
> cœur, et devait occasiorier le mélange intime des deux
» espèces de sang. Le contour de celte ouverture est formé
> par des franges membraneuses jaunâtres , très irréguliè-
1 res (i). J
OBSERVATION 103e.
Jeune fille de 22 ans. — Phthisie pulmonaire. — Pouls tellement fréquent i
qu’on peut à peine le compter. — Quintes de toux très violentes. — Mort dix-
huit jours après l’entrée à l’hôpital. — Rupture d’une colfanne charnue du ven-
tricule droit. — Caillot blanchâtre, contenant une matière comme purulente.
I
I
Une jeune fille de 22 ans, nommée Sophie, était parvenue 1
au troisième degré de la phthisie pulmonaire , lorsqu’elle
entra à l’hôpital Cochin , le 3o juillet 1822. Elle avait des
quintes de toux très violentes et une fièvre très vive , a^ec 1
un pouls tellement précipité, qu’on pouvait à peine en comp- 1
ter lesbattemens; ellemourutdix-huitjoursaprèsson entrée.
Autopsie cadauériquè, 27 heures après la mort.
Désorganisation tuberculeuse des deux poumons...
Le péricarde contient une certaine quantité de sérosité. \
Le cœur est assez ferme, un peu moins gros que le poing 1
du sujet, et assez pourvu de graisse. Le ventricule droit k
contient un petit caillot blanchâtre au centre duquel on (
trouve une matière liquide comme purulente, blanche, t
Cette sorte de végétation globuleuse adhérait aux tendons ç
d’une colonne charnue , qui était complètement rompue et
flottante au milieu de la cavité ventriculaire (îî).
^i) « Cette disposition, dit M. Thibert , a fait penser à un professeur de |
• l’Ecole que la communication entre les quatre cavités du cœur pouvait bien ne 1
• pas être congéniale, mais le résultat de la destruction graduelle de deux mem- i
• branes, dont l’adossement seul aurait formé en cet endroit la cloison qui sé- |
• pare les cavités droites des cavités gauches, comme on l’a quelquefois observé.» 3
(a) Je dois faire remarquer ici qu’il n’est pas démontré que la rupture dont
nous venons de parler ail été précédée d’une ulcération ou d'un ramollissement i
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE.
- TROISIÈME CATÉGORIE.
275
OBSBBVATIONS DB CARDITK ÜI.CÉRATIVB, AVEC FOBMATlOIt n’uS KYSTE
. AB^VBISMAL ( TUMBUB ANÉVBISMALE DD COEUB ).
Walter , Mathieu Baillie et Zannini ont observé chacun
un cas de la maladie à laquelle sont consacrées les observa-
tions de cette caiégorie. Corvisarl ignorait ces observations
lorsqu’il en consigna une du même genre dans l’article où
il s’est occupé des^tumeurs au cœur. S’il les eut connues, il
infl.immaloire (le l.i colonne charnue qui en était le sié^e. Mais j’ai cru pouvoir
supposer la préesistehce de l’une de ces deux lésions , en raison du pus rencontré
au centre du (ÿjillol contenu dans le ventricule droit' Je ne donne, au reste,
cette tiy[)olhèse que pour ce qu’elle vaut.
Corvisarl est le premier qui ait bien signalé la rupture des piliers du cœur et
de leurs tendons, rupture à la^tielle il a donné le nom de rupture partielle. Des
tiois exemples de ce genre de lésion qu'il a consignés dans son ouvrage , deux ,
suivant lui, sont relatifs à une rupture sans lésion préalable de la partie rompue,
tandi' que l’autre se rapporte à une rupture par érosion. Voici d'ailleurs un ex-
trait de ces trois cas. ^
I" CAS 53 de l’oiiv. de Con isarl). — Un carrier, âgé de 3g ans, avait,
à l’âge de ao ans, éprouvé des douleurs rhumatismales , et plus tard une fluxion
de poitrine, à la suite de laquelle il survint des symptômes d’après lesquels Cor-
Tisarl soupçonna une lésion organique du cœur. Le malade succomba sept mois
après la pueonionie. — Taches blanches sur le péricarde. — La grande portion
de ta valvule mitrale qui. est au-devant de l’orifice de l’aorle ne tenait plus par
les filets tendineux aux colonnes charnues auxquelles ces filets l'ont se rendre. A
son bord, devenu libre, pendaient plusieurs espèces de végétations assez irrégu-
lières, et imitant bien certaines excroissances vénériennes. — L’une des colonnes
charnues laissait voir deux portions mousses des filets tendineux. On ne trouvait
pat ailleurs les traces des autres filets tendineux , rompus ou détachés. Des
végétations semblables aux précédentes existaient sur l’une des valvules aortiques
et dans un pouce carré de la surface interne de l’oreillette gauche. — Ne pourrait-
on pas soupçonner, dit Corvisart, que la rupture des Clets de la valvule n’a eu
lieu que par le fait môme de l’altération qu’ils ont soufferte par l’action de la vé-
gétation? Ailleurs, Corvisart considère celle rupture comme un résultat d’é-
rosion.
ae CAS {Obs. 4o de Corvisart ). — Un courrier, âgé de 3o ans, éprouve, à la
suite de fatigues violentes, les symptômes d’une inflammation de poitrine. Trans-
poilé à l’hôpital de la Charité, huit jours après le début de sa maladie, il y mou-
rut au bout de deux jours. Les principaux symptômes observés étaient les sui-
18.
27^ MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
n’eût point fait précéder son observation de la réflexion
suivante : « Un fait très extraordinaire, et même unique,
)» qui s’est présenté à mon observation, prouve que le cœur
» peut , outre les dilatations particulières qui lui sont
» propres, devenir le siège de tumeurs anévrismales entiè-
» rement semblables à celles dont les artères des membres
» se trouvent quelquefois affectées. »>
Dans un savant mémoire sur V anévrisme faux consécutif
du cœur, M. Breschet, après avoir rapporté les quatre cas
que nous venons de mentionner, en expose six autres, re-
Tans : traits altérés; pouls petit, serré, singulièrement fréquent, irrégulier; bat-
temens confus et irréguliers dans la, région du cœur; le malade ne pouvait rester
ni couché, ni debout, ni sur son séant ; il était dans un état d'agitation, d'anxiété,
impossible à décrire, et menacé d’une suffocation instante. — Avant de procéder
à l’ouverture du cadavre , Corvi.sart annonça qu'il existait une lésion aiguë du
cœur, et sans doute une rupture ou déchirure de quelqu’une de ses parties. —
Autopsie cadavirique. — Traces de pleuro-pneumonie gauche. — On apercevait
dans te ventricule gauche qu'un des gros piliers qui soutiennent les valvules mi-
trales était rompu à sa base. Il y avait apparence de suppuration à l’endroit même
de la déchirure à ta paroi du cœur, ce qui prouve qu’elle n’était pas ancienne ;
prés de celle déchirure on apercevait un caillot recouvert de matière purulente...,
3e CAS ( Obs, 4i Corvisart ), Un tourneur, âgé de 54 ans, éprouve, à la
suite d’un tour de reins très violent, des symptômes d'une affection aiguë de poi-
trine. Vingt mois apres , il entre pour la seconde fois à la Charité , éprouvant
alors une anxiété extrême. La respiration était suffocatlve; le malade sentait
dans la région du cœur des douleurs qui lui arrachaient des cris. — J1 mourut
deux jours après l’entrée. — Autopsie cadavérique. — Tache purulente à la partie
antérieure du médiastin. Cœur d’un volume trois fois plus considérable qu'à l'é-
tat sain. Appendices en forme de crêtes de coq à la face externe du péricarde.
Pâles e livides à leurs bases . d’un rouge foncé à leur sommet , ces excrois-^ances
n’étaient autre chose que des portions graisseuses qui avaient éprouvé un mode
rABTicütjER d’altération. Adhérence g nérale du péricarde au cœur. Les valvules
mitrales étaient garnies de quelques excroissances molasses , comme charnu s. —
En examinant les tendons des piliers qui soutiennent ces valvules, on vit que
deux d’entre eux avaient été anciennement bompos. Les extrémités de ces deux
tendons claient mousses, lisses et arrondies à l’endroit de leur rupture. On ne
retrouvait pas sur te bord de la Valvule l’endroit précis où ils devaient s’ioscrer
avant leur rupture.
M. Laënnec a observé un cas de déchirure des tendons valvulaires, qui sem-
blait avoir été précédée de l’ulcération de ces cordes ligamenteuses. Malheureuse-
loei t M. Laënnec se borne à mentionner ce fait.
c
TROIS. CATÉG. D OBSEUV. DE CABDITE. 277
cueillis, les deux premiers, par MM. Bérard, le troisième
par M. Cruveilher, le quatrième par M. Dance, le cinquième
par M. Ereschet lui-même ( le sixième est une simple des-
cription d’une pièce pathologique conservée dans le Muséum
de la Faculté).
Depuis la publication du mémoire de M. Breschet, deux
nouveaux cas d’anévrisme faux consecutif du cœur ont ete
insérés dans le Jouvruil hebdomadaire de medecine^ le premier
par M. le docteur Reynaud, le second par M. le docteur
Pétignv; un troisième cas a ete recueilli par M. Choisy, qui
l’a publié dans sa dissertation inaugurale.
OBSERVATION 104« (1).
, Homme de 37 ans. — Symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le
cœur. — .Vlorl dans un état d’anxiété extrême. — Tumeur presque aussi volu-
mineuse que le cœur lui-même, surmontant la partie supérieure et latérale du
ventricule gauclie, contenant dans son intérieur des concrétions sanguines assez
denses, et communiquant par une ouverture peu large avec la cavité du ventri-
cule. — Adhérence du péricarde avec la surface extérieure de la tumeur.
\
Un nègre, âgé de 27 ans , fut reçu à l’hôpital de la Cha-
rité, le 17 septembre 1796- H était dans un état d’angoisses
et d’anxiété inexprimables; la respiration était gênée, et en-
trecoupée; la poitrine résonnait bien dans toute son éten-
due. Le malade se plaignait d’une douleur violente vers la
région de l’estomac, ainsi que vers celle du foie. Le pouls
était petit, serré, faible et fréquent. Le lendemain de son
entrée, le malade eut une hémorrhagie nasale si abondante,
qu’elle précipita l’instant de sa mort, qui arriva le jour
«nême.
Autopsie eadauèrique.
Le cœur a conservé son volume naturel, mais la partie
supérieure et latérale du 'ventricule gauche est surmontée dune
\
(1) Observation de Corvisart.
270 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER.
tumeur presque aussi volumineuse que le cœur lui-même^ tumeur
qui y par sa base, se confondait acec les parois de cet organe.
Avant de parvenir au centre de cette tumeur, il fallait couper
une couche comme cartilagineuse , un peu moins épaisse que les
parois du ventricule, La substance qui formait cette tumeur
avait cependant conservé l'apparence et la couleur des muscles.
V intérieur de la tumeur contenait plusieurs couches de caillots
assez denses , parfaitement semblables a ceux qui remplissent
une partie de la cavité des anévrismes des niembi'es, à cette
différence près que la couleur de ces couches, comme lympha-
tiques était plus pale. Cette meme cavité communiquait avec
V intérieur du ventricule, par une ouverture qui avait peu de lar-
geur, et dont le contour était lisse et poli. Il était évident que
cette tumeur s' était formée entre la substance charnue du cœur et
la membrane qui lui est fournie par le péricarde qui était intime-
ment adhérent à la superficie de cette poche. ^
Les valvules mitrales étaient épaissies et ossifiées.
L’estomac et les intestins grêles contenaient beaucoup
de sang presque pur et coagulé, suite évidente de l’hé-
morrhagie.
OBSERVATION 105e (1),
A l’ouverture du corps du grand tragédien Talma, le coeur
offrit les altérations suivantes :
' D’un volume un peu plus qu’ordinaire, cet organe se
prolongeait inférieurement et se terminait par une tumeur
arrondie, séparée de la pointe du cœur par un légère dé-
pression circulaire. Là, les deux feuillets du péricarde deve-
naient adhérens et semblaient par leur réunion former à»
eux seuls les parois de la poche. Le cœur droit et ses an-
nexes étaient sains. L’oreillette gauche, l’orifice auriculo-
venlriculaire , les valvules mitrales, l’aorte, les valvules
(1) Observation de M. Breschet.
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 279
tricuspicles n’offraient rien de palhologique ; le ventricule
«rauche seulement fut trouvé dilaté , sans que ses parois pa-
russent avoir augmenté ou diminue d’épaisseur. La cavité
ventriculaire aurait pu loger un œuf de poule ordinaire.
Par son extrémité inférieure, le ventricule gauche commu-
niquait, au moyen d’une ouverture du diamètre d’un pouce
environ, avec une poche arrondie dont la largeur dépassait
celle de son ouverture, et dans laquelle aurait pu etre con-
tenu un petit^œuf de poule. La communication du ventri-
cule et de la poche anévrismaiique était établie au travers
d une virole cartilagineuse, épaisse de deux lignes et demie;
à partir du milieu de sa paroi, cette virole s’amincissait in-
sensiblement et finissait par dégénérer en une membrane
qui , confondue avec les feuillets du péricarde, constituait
la poche anévrismale. Par son bord supérieur, le bourrelet
s’unissait aux fibres charnues du cœur, dont il paraissait
être la continuation; il donnait également attache, par
deux points opposés de son diamètre , aux deSx colonnes
charnues des valvules mitrales. Au moyen de cette altération
pathologique , la cavité du ventricule gauche avait pris la
disposition d’un cylindre creux, ouvert inférieurement dans
la cavité plus large de la poche anévrismale. Celle-ci , dis-
séquée avec soin , a été trouvée formée par les deux feuil-
lets du péricarde, qu’il était facile de suivre sur l’origine du
bourrelet fibro-cartilagineux; ces feuillets, entièrement con-
fondus, s’amincissaient ensuite insensiblement au fur et à
mesure qu’ils s’éloignaient davantage du ventricule. La
membrane qui formait le fond de la poche n’avait pas plus
d’épaisseur que le dure-mère sous les pariétaux et pouvait
lai être comparée pour la texture et la solidité. En haut ,
en se rapprochant de la dépression qui existait entre le som-
met du ventricule et le sommet de la tumeur anévrismale,
on remarquait la séparation des deux feuillets du péricarde,
et sous la lame cardiaque de cette enveloppe on pouvait
apercevoir quelques faisceaux très minces, diminuant in-
280 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
sensiblement et disparaissant tout-à-fait sur la tumeur ; ces
faisceaux nous ont semblé appartenir aux fibres superfi-
cielles du tissu charnu du cœur; inférieurement ces fibres
n’existaient plus, et, comme il â été dit, les parois delà
poche n étaient formées que par l’adossement des deux la-
mes du péricarde.
A l’aspect lisse et poli de la cavité de la poche , on aurait
pu croire que la membrane interne du cœur s’y continuait.
Cependant, à partir du bourrelet cartilagineux , et dans
toute la circonférence de l’ouverture de communication de
3a cavité du ventricule avec celle de la tumeur, on a pu dis-
tinguer les vestiges d’une membrane très mince, frangée ,
dentelée, adhérente aux caillots renfermés dans la tumeur.
Ces franges paraissaient résulter de la déchirure de la mem-
brane interne du cœur.
La poche anévrismale contenait une substance d’un rouge
pâle, comparable par sa teinte à des muscles décolorés, et
cette substance disposée par couches concentriques rem-
plissait la totalité ou la presque totalité du sac. Ces cou-
ches pouvaient être divisées en couches plus minces, lamel-
leuses, et tout au plus de l’épaisseur d’une feuille de papier
oud’uneapotiévrose. Klles résistaient à un tiraillement assez
fort; et quoique le simple examen à l’œil nu n’ait pas lait
reconnaître d’organisation bien distincte dans cette sub-
stance, cependant sa solidité et sa résistance paraissaient
être supérieures à celles des caillots sanguins. Le centre de
cette substance contenait une matière moins dense , plus
colorée, beaucoup plus rapprochée 'de la nature du sang.
«
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE.
OBSERVATION 106* (i).
281
Ilonirré de 4g ans. — Signes ordinaires d’une induration des valvules du
cœur, avec hypertrophie du même organe. — Morl à la suite d'une double atta-
que apoplectique. — Kyste anévrismal vers la pointe du ventriculé gaucho , con-
tenant quelques couches de. (ibrine très dense et très adhérente'. — Adhérence
étroite du péricarde avec les parois du kyste.
Un ancien militaire, âgé de 4.9 3ds, éprouvant de^jfeis six
à huit mois de l'oppression , de rélouffement , est admis
dans la salle de la Clinicjue. Il olTrait alors tous ]es signes
d’une induration des valvules du cœur, avec hypertrophie
de cet organe. Au bout d'un séjour d’environ deux mois ,
il est frappé, à deux reprises, d’une apoplexie et succombe
à la seconde attaque.
Autopsie cadavérique, le lendemain du jour de la mort.
Le cœur était d’un volume presque double de l’état na-
turel. Vers le point qui correspond au sommet du ventri-
cule gauche, il présentait un renflement arrondi du volume
d’une noix ordinaire ; là , il était intimement adhérent au
péricarde. Ce ventricule était prescpie à lui seul la cause du
grand volume du cœur ; il était plutôt dilaté qu’épaissi : sa
capacité était considérable. Vers sa pointe, une ouverture ca~
pable d'admettre le doigt indicateur conduisait dans une cavité
plus ample sur-ajoutée à la pointe du coeur. Cette cavité surnu-
méraire contenait quelques couches de fibrine^ très dense et très
adhérente; les parois étaient en grande qoartie formées par le
péricarde , qui leur adhérait étroitement. A l’endroit où la po-
che se détachait de la pointe du cœur, on remarquait un
léger rétrécissement, et l’on cessait d’apercevoir les fibres
charnues du cœur; cependant quelques colonnes amincies
et blanchâtres se prolongeaient dans la cavité de cette ^dila-
tation. L’adhérence de cette poche au péricarde épaissi était
(i) Extrait de l’observation de M. Dance.
2oa ' maladies DD CœUR EN PARTICULIER,
tellement intime, que rien n’annonçait sa rupture pro-
chaine; la plus grande partie des colonnes charnues du ven-
tricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte
de tissu fibreux blanc et résistant. La valvule mitrale con-
tenait vers ses bords libres et adherens des fragmens de
matière osiéo-pétrée. Elle avait perdu en grande partie sa
mobilité, mais permettait neanmoins eficoreune libre com-
muni^tion entre l’oreillette et le ventricule.
Le^^ntricule droit ne semblait qu’un appendice du gau- >
che ; ses parois avaient leur épaisseur ordinaire ; la portion j
qui correspond à l’entrée de l’artère pulmonaire était nota- •
blement dilatée , tandis que rinférieure avait conservé sa i
capacité naturelle. La valvuje tricuspide jaunâtre était dans i
un état voisin d’ossification (i). ''
(
OBSERVATION 107e’ (a).
Homme de 35 ans. — Mort à la suite d'accidens nerveux , sans signes de !
maladie du coeur. — Epaississement, opacité de la membrane interne du venlri- ►
cille gauclie et du tissii cellulaire ious-jacent. — Kyste anévrismal pouvant con-
tenir une petite noix, à la partie moyenne du bord postérieur du ventiicule s
gauche; second kyste anévrismal, plus petit, à la partie antérieure du même :
ventricule, près de la cloison iutervf-utriculaire.
Un homme , âgé d’environ 35 ans , n’offrait aucun symp- s
tomes qui pûTattirer l’attention du coté du cœur, lorsqu’il i
(i) Je m’abstiendrai de rapporter ici la description des graves lésions rencon- i
trées dans le cerveau , par suite de l’bémorrhagie qui s’y était opérée.
(a) Observation de M.r le docteur Reynaud.
En plaçant l’observation de M. Reynaud parmi les cas de tumeur anévrismale 'i
consécutive à une ulcération des couches internes des parois du ventricule gau-
che, je n’ignore pas que me trouve jusqu’à un certain point en désaccord avec, ij
cet excellent observateur. Il paraît certain à M, Revnaud que le cas qu’on va lire
se rapporte aux anévrismes vrais primitifs. Suivant iiii , les deux poches anévris- ■
males étaient fe résultat de la distension de la membrane interne en forme de poche, i
distension qu’il attribue aux contractionsdu ventricule, et qui a été favorisée par une
altération de la membrane qui en était le siège. Les fibres du cœur n’avaient point ^
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 283
fut admis dans le service de M. Lerminier, à la Charité. Il
y yuccomba à la suite d’accidens nerveux formidables , sur-
1 venus dans le cours d’une affection salurnine"( colique de
J plomb).
Le cœur est un peu plus volumineux qu’il ne doit être
, dans l’état normal , ce qui tient à une légère hypertrophie
avec dilatation du ventricule gauche.
La membrane interne qui tapisse les cavités gauches de
] l’organe est épaissie, opaque et d’un blanc laiteux dans
presque toute son étendue; la valvule bicuspide est épaissie
vers son bord libre , surtout dans les points où viennent
s'insérer les colonnes tendineuses, qui, elles-mêmes , aug-
mentées de volume, ont une co.uleur blanche, opaque.
Celle altération existe particulièrement sur celles qui par-
teut d’une colonne charnue principale, située à la partie
postérieure du ventricule. Au-dessous et dans l’étendue de
plusd’un pouce carré, la membrane interne estplus blanche
que dans les autres points ; son épaisseur estplus considé-
rable; on la sé|)are avec facilité d’une couche sous-jacente
de tissu cellulaire hypertrophié, susceptible de se diviser
elle-même en plusieurs feuillets. Ces diverses couches réu-
nies ont quelque chose dans leur structure qui rappelle
celle des artères.
A- peu près au centre de cette portion de membrane ainsi
altérée, et dans un point correspondant a la partie moyenne du
participé, dit-il, à cette distension, mais avaient été simplement refoulées,
comme le sont les pailies voisines d’un anévrisme situé sur le trajet d’uue ar-
tère. Quelque prix que nous attachions à l’opinion de M. Reynaud , l’examen
attentif des différentes particularités de l’altération dont on trouvera plus loin la
description , nous a conduit à penser que ce cas avait réellement plus d’affinité
avec ceux relatifs à l’anévrisme faux consécutif, qu’avec ceux qui appartiennent
à une simple dilatation partielle du cœur, maladie qui nous occupera ailleura.
L’apparente continuité delà membrane interne du sac avec la rnembrane interne
du ventricule ne suffit pas pour démontrer la non-existence d’une ulcération an-
térieure de celle dernière.
284 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
bord postérieur du 'ventricule , existe une ouverture arrondie
susceptible de recevoir le bout du doigt et conduisant dans une
cavité presque sphérique , pouvant contenir une petite noix, et
s'étendant jusqu’au Jeuillet 'viscéral du péricarde , dont elle ~
n’est séparée que par une très mince couche de fibres charnues.
Cette espèce de poche anévrysmale contient dans sa partie la.
plus déclive une petite quantité de coagulum fibrineux , qui ,
déposée d’une manière unijorme , s’ étend en membrane à sa
surface. Les parois de cette poche sont formées par une mem- •
brane épaisse , dense, de texture fibreuse , composée elle-
même de deux feuillets, l’un siiperfciel plus mince, d’un blanc i
opaque, l’autre plus épais , semblable a la membrane moyenne >
des artères altérée,^ et contenant dans son épaisseur quelques i
points fibro-cartilagineux et osseux. Cette membrane se con- •
tinue sans interruption, seulement en s’épaississant au col du (
sac, avec la membrane interne du 'ventricule, dont elle a d’ail- \
leurs les caractères. Les fibres musculaires du cœur sont ètran- ‘
gères à la formation de ce sac; elles en sont séparées par une )
couche de tissu cellulaire , et il serait facile de les en détacher, r
Toutefois b adhérence paraît plus intime vers la partie du sac, ,
'voisine du péricarde.
Une autre poche, mais plus petite que la première, et en i
totalité remplie par un coagulum fibrineux , qui parait ancien, ,
existe a la partie antérieure moyenne du -ventricule, près de la r
cloison inter-'ventriculaire . Son col est également plus étroit que '
soji fond, et la membrane interne du cventricide , qui s’y continue i
est pareillement épaissie et forme une sorte de bourrelet à son y
orifice. Les parois de 'cette seconde poche , épaissies , denses ,
comme fibreuses , semblent de même nature que celles de la i
première. Sa forme est moins sphéroîdale, elle est alongée , et
au lieu que son grand axe se dirige -vers la surface exiérieure
du cœur, il est au contraire oblique daîis l’épaisseur des parois
du 'Ventricule.
Les orfices du cœur sont libres. — L’aorte présente à sa sur-
TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 205
■ ïftlCî'îïG (^Uël(^tt6S points CpmSSlS et ^CLl\iQ.Tlt SClllIlG dcLTlS SCt
cavité.
OBSERVATION. 108<> (i).
Homme de 53 ans. — Symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le
I cœur. — Mort dans un accès de suffocation. — Tumeur anérrismale partant de
I la pointe du ventricule gauche, d’un volume presque égal à celui des deux ventri-
I cules réunis, adhérente au péricarde et au diaphragme, contenant des couches
de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes. >
*
Un nègre africain, d'une constitution robuste, âgé de
53 ans, maçon, fut admis à l’hôpital de la Pitié, le oc-
tobre i83o. Il se plaignait de palpitations de cœur, de gêne
dans la respiration. Les battemens du cœur étaient forts
et tumultueux ; le pouls dur et serré. Les extrémités infé-
rieures n’étaient point œdématiées. Un état analogue sub-
sistait chez ce malade depuis plusieurs années; il cédait
momentanément aux saignées et au repos , et redevenait
insupportable par le travail et la vie active. M. Cfément fit
tirer du sang plusieurs fois , prescrivit des potions avec la
teinture de digitale, des boissons délayantes et un régime
convenable avec un repos absolu. Ces moyens produisirent
un soulagement marqué et amenèrent une sorte de conva-
lescence.
Lorsque, au i" janvier i83i, j’entrai comme externe
dans la division de M. Clément, je reconnus aussitôt les
traits de Zamor, que j’avais vu, un an auparavant, dans
la troisième salle de l’hôpital du Midi , où il resta plus de
six mois. Il était alors confié aux soins de M. Cullerier , et
soumis à des frictions mercurielles locales , contre un
double engorgement testiculaire consécutif à une uréthrite,
compliquée de bubons aux deux aines. Outre sa maladie
vénérienne, il était sujet dès lors à un peu de toux, à de
(i) Observation de M. le docteur Péligny.
.1
, 200 MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER.
la dyspnee et à des palpitations. Un régime doux lui était
recommandé, et il quittait rarement le lit.*
J ai dit que l’etat du malade était sensiblement amélioré
au i®"" janvier i83i. Alors en effet , il se levait de son lit
pendant la journée, marchait facilement dans la salle , et
mangeait la demi-portion d’alimens ; mais il avait delà ,
difficulté à monter l’escalier. La respiration était libre; le
pouls un peu fort ‘et lent, sans être inégal. Pendant le i
cours du mois, nous observâmes deux fois de légers symptô- ;
< mes d’élévation dans le pouls , et accompagnés de gêne dans
' la respiration ; ils durèrènt chaque fois de trois à quatre
jours et cédèrent à la diète , sans le secours des émissions
sanguines. Le mois de février se passa bien , mais dans la
soirée du 28 le malade éprouva de l’oppression avec une
forte dyspnée; le pouls était plein et fort. Le chirurgien de
garde pratiqua une saignée de 4 palettes, qui fut suivie
de quelque soulagement. Le lendemain l’oppression con-
tinuait , le pouls était dur et accéléré. On renouvela la
’ saignée; on prescrivit des boissons pectorales etda diète. 11
j y eut, le 2 mars, une diminution notable des symptômes; ;
^ tnais le 3 , réapparition de la dyspnée y et de plus, toux
^ sèche, douleur vive derrière le sternum et sous le sein
! droit; enduit blanchâtre sur la langue; fièvre; râle sous-
; crépitant à grosses bulles des deux côtés de la poitrine.
' (âo sangsues au côté droit). La douleur diminua progressi-
j ' vement les jours qui suivirent et se dissipa complètement I
I; ie 8. Il resta cependant de la soif, de l’inappétence, de la (
I chaleur à la peau , de la fréquence dans le pouls et du ma- "
laise. Quoique rien ne pût annoncer une mort prochaine , ,
, ; le malade fut pris le 10 mars, à 4 heures du soir, d un (
: accès de suffocation, et expira sans qu’on pût lui apporter
aucune espèce de secours.
I Aulopsie cadavérique^ 4^ heures après la mort,
i II n’existait aucune infiltration aux extrémités.
Les deux ventricules du cœur étaient dilatés considéra-
J
,1
i
1
1
trois, catég. d’observ. de cabdite.
287
blement, et le droit était chargé de graisse. De la pointe du
'Ventricule gauche partait une tumeur anéurismale, d’ mi volume
presque égal à celui des deux ventricules réunis ; elle était cir-
conscrite^ a son origine^ par un collet ou ei^oncement circulaire j
elle adhérait, dans les trois quai'ts de son étendue, au péricarde
et au diaphragme, et n^ était libre que dans son quart supérieur
et droit. Âpres avoir incisé longitudinalement le ventricule gau-
che et la tumeur elle-même, nous vîmes que, à renfoncement
extérieur qui marquait V origine de celle-ci, correspondait inté-
rieurement un rebord lisse ^ saillant, egalement circulaire d'un
pouce et demi de diamètre. Les parois de la tumeur étaient for-
mées de dedans en dehors, par une véritable membrane charnue,
due à la continuation des fibres musculaires extérieures du ven-
tricule gauche (i) et par le feuillet viscéral du péricarde, lequel,
dans les trois quarts de la surface extérieure, était fortifié par
Vautre feuillet intimement uni au diaphrame. U épaisseur de ces
parois était généralement plus grande que celle des oreillettes ,
et moindre que celles des ventricules {elle était d'environ une
ligne). Les fibres charnues manquaient dans deux endroits de
la partie droite de la tumeur, qui présentait là deux cavités
accessoires propres à recevoir V extrémité du pouce et séparées
l'une de Vautre, d'avant en arrière, par la prolongation d'une des
colonnes du ventricule gauche. De ces deux excavations, l'anté-
rieure n était recouverte que par le feuillet viseéral du péricarde ;
la postérieure, plus large et un peu moins profionde, située infé-
rieurement, était recouverte , outre le péricarde , par le centre
nerveux du diaphragme.
La tunique interne du cœur paraissait se terminer brusque-
ment sur le rebord s filant qui séparait intérieurement le ven-
tricule gauche de la tumeur anévrismale. Celle-ci était rugueuse
à l'intérieur, et encroûtée de concrétions fibrineuses plus ou
moins adhérentes, et disposées par couches concentriques, comme
(1) Ne serait-il pas possible qu’on eût pris une couche fibrineuse organisée
pour un prolongement du tissu musculaire du cœur î
288 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
on a coutume de ï observer dans les anévrismes des artères.
Dans le centre, on moyait un sang noir en partie caillé, en
partie liquide, qui remplissait également toutes les cavités du
cœur.
QUATRIÈME CATÉGORIE.
OBSIRTATIÜNS DE CARDITB TERMIKÉF. PAR inDDBATIOTT.
Parmi les observations qui ont été rapportées sur cette
induration du cœur, il en est beaucoup dans lesquelles
l’induration était la sui te d’une péricardi te ou d’une endocar-
dite plutôt que d’une cardite proprement dite. Il est nean-
moins des cas où l’induration a été réellement consécutive
à une cardite soit simple , ce qui est infiniment rare, soit
compliquée d’endocardite ou de péricardite (je^ n’ai jamais
rencontré que cette dernière espèce de cardite).
Albertini paraît avoir observé un cas d’ossification de l’une
des oreillettes.
;
Corvisart a trouvé une fois la substance du cœur telle-
ment dure qu'elle résonnait comme un cornet (1), bien qu’elle
eût conservé sa couleur rouge. Il a rencontré une autre
fois un endurcissement cartilagineux de la pointe du cœur.
Burns dit avoir eu l’occasion de voir^le tissu des ventri-
cules parfaitement ossifié , de telle soi'te çpx'il ressemblait à
celui des os du crâne.
M. Kenauldin communiqua à CorvisarlTobservalion d’une
sorte de pétrification du cœur.
M. Broussais a vu deux fois le cœur endurci et semblable
à une noùv de coco.
([) M. Laënnec dit aussi avoir rencontré un cas où le ventricule droit du coeur,
hypertrophié, résonnait à la percussion comme un de ces corneU de cuir qui ser-
veut à jouer au Iriclrae.
qÙat. catég. d’observ. de cardite. 289
Les observations que nous avons déjà rapportées dans
cet ouvrage offrent plusieurs cas d'induration du cœur :
chez le sujet de l’observation 21®, une induration fibro-
cartilagineuse et comme lardacée ou squirrheuse du péricarde
s'était propagée au tissu propre du cœur. Chez le sujet de l'ob •
servation 64®, une des colonnes charnues était transformée en
tissu fibro-cartilagineux . La section de cette colonne faisait moir
que la substance musculaire était entourée d'une sorte de cocpxe
fbro-cartilagineuse. Chez le sujet de l’observation loG” (re-
cueillie par M. Dance), la plus grande partie des colonnes
charnues du ventricule gauche étaient décoloj'ées et converties en
une sorte de tissu fbreux, blanc et résistant .
devais rapporter brièvement ici quelques autres cas d’in-
duration du cœur.
'' OBSERVATION 109e.'
Femme de 33 ans. — Symptômes d'hypertrophie du cœur, avec induration des
valvules et réUécissemenl d'un oriGce. — Hyperirophie et dilatation du ventri-
cule droit , dont tes parois ont une consistance très grande, comme si elles eussent
subi un commencement d’induration cartilagineuse. — Induration de la valvule
mitrale, et rétrécissement de l'oriGce correspondant.
Louise Neuray, âg^e de 33 ans, éprouvait, à la suite d’une
chute sur la région précordiale , les symptômes caractéris-
tiques d’une induration des valvules du cœur avec rétré-
cissement d’tin orifice et hypertrophie des ventricules :
bruit de soufflet, battemens violens, surtout dans la région
du ventricule droit, etc.' (La malade assurait sentir très bien
que les palpitations étaient plus fortes dans cette région
que dans celle des cavités gauches.) La mort arrive le 9 jan-
vier 1823.
j4utopsie cadavérique.
Entre autres lésions du cœur, nous constatâmes les sui-
vantes : Le ventricule droit est d’environ un tiers plus grand
qu’à l’état normal (la dilatation est surtout très prononcée
vers l’insertion de l’artère pulmonaire ). Les parois de ce
1200 MALADIES DU CCKUÏÏ EN PARTICULIER,
ventricule ont- de 3 à 5 lig. d’épaisseur. Leur tissu est d’un
rouge rose, d'une consistance très grande, comme si elles avaient
subi un commencement d' induration cartilagineuse. — Valvule
O
bicuspide transformée en un anneau d’un tissu blanc ,
résistant, tendineux ou fibro- cartilagineux , resplendis-
sant , ete. ^
OBSERVATION llOe.
Homme d’environ 5o ans. — Symptômes de maladie organique du cœur. — j
Mort par suite d’une apoplexie pulmonaire. — Induration de plusieurs colonnes j
charnues du ventricule gauche , etc.
• J . « U
Un ancien professeur de belles-lettres, âgé d’une cinquan-
taine d’années, offrait, depuis long-temps, les symptômes
A'uwejnaladie organiciue à\i cœur, lorsqu’il fut admis à l’hôpi- -
talCochin, oùil succomba, le i3 octobre 1822, àuneattaque :
véritable A'apoplexie pulmonairefoudroyantei — Le ventricule ^
gauche du cœur était dilaté et épaissi; le tissu de ses colon- •
nés charnues était profondément altéré, ramolli et facile à
déchirer dans les unes , dur et résistant dans les autres. Les ,1
colonnes ainsi^ indurées étaient d’un blanc-jaunatre, décolora- :
tion qui tranchait avec la rougeur vive du tissu des pa- i
rois, etc.
OBSERVATION 111« (i)'.
Homme de 48 ans. — Mort au milieu des symptômes d'un obstacle à la circu- i
latioii à travers le cœur. — Induration des piliers charnus du ventricule droit et
de la portion droite de la cloison interventriculaire.
O,
Un jardinier , âgé de 48 ans , mourut à l’hopilal Cocliin 1
(le 21 janvier 1820), au milieu de symptômes qui annon- ■
raient un grand obstacle à la circulation. — Les piliers !
charnus du ventricule droit avaient augmenté de volume , et ,
telle était Leur densité, qu’en les tirant fortement en sens con- <
(1) Observation de M. Bertin.
1
QUAT. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. QQl
traire, ils semblaient se casser plutôt que se déchirer. Les
parois de ce 'ventncule , agrandies et épaissies, présentaient
la même dureté que les piliers. La cloison 'ventriculaire était
très épaissie, et tandis que la moitié droite de cette cloison
était endurcie , la moitié gauche avait conservé sa densité ordi-
naire. *
OBSERVATION 112® (ijl
Femme d’enTiron cinquante ans , morte avec des signes de lésion organique du
cœur. — Ventricule gauche offrant au toucher une fermeté et une résistance
telles que l’on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue.
Une femme d’environ 5o ans fut apportée à l’hôpital
Cochin , où elle mourut au bout de quelques heures. Son
pouls était à peine sensible, irrégulier, intermittent; la
main appliquée sur la région précordiale sentait les bat-
temens du cœuV,qui, dans un point assez circonscrit ,
étaient brusques et accompagnés d’un frémissement ca-
taire. — Le cœur avait un volume considérable. Les parois
du ventricule droit, un peu plus épaisses que dans l’état
naturel étaient molles et (’ac les à déchirer. Le 'ventricule
gauche offrait au toucher une jérmeté et une résistance telles ,
que l'on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue.
Ses parois , ainsi endui cies, avaient l'é[)ai>seur de deux
travers de doigt , et sa cavité, presque effacée, était rem-
plie par une conci étion polypense, de la grosseur d’une
petite sangsu«. , • •
(i) Observation de M. Berlin.
202
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
DEUXIÈME SECTION.
HISTOIRE GENERALE DE LA CARDITE , OU DE l’iNFLAMMATION DU
TISSU MUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCULAIRE
DU COEUR.
ARTICLE PREMIER.
I
y CiRACTÙaKS ARATOUIQUBS DE LA CABOITB.
La cardite, soit générale, soit partielle, nous présente
des caractères anatomiques très divers , selon ses différens
degrés, ses diverses périodes et terminaisons.
Notons d’abord que jusqu’ici la cardite générale ne pa-
raît pas avoir été observée à l’état simple : elle a toujours
été accompagnée d’endocardite ou de péricardite (i). Nous
ne reviendrons pas ici sur les caractères anatomiques pro-
pres à ces dernières.
S T. Ramollissemenl, suppuration diffuse et abcès.
* '
Le ramollissement et la suppuration , dans cette pbleg-
masie , comme dans toutes les autres , ne sont pas les carac-
tères-anatomiques de la première période , période qu’on
peut désigner sous le nom de période cVirntation simple, de
tuT'^escence on d’érection inflammatoire, et dont le phlegmon
naissant nousfournit un exemple remarquable. Mais comme
on n’a presque jamais l’occasion d’examiner fe cœur dans le
premier degré de la cardite, j’ai cru pouvoir commencer l’é-
tude des caractères anatomiques de cette maladie par la des-
cription du ramollissement et de la suppuration. Ces deux
(i) On conçoit dilTicilemetit comment la cardite partielle clle-mfime peut
exister sans complication d’endocardite ou de péricardite. Cependant quelques
cas, cl particulièrement l'observation de M. Cas. Broussais ( voy. lobs. 97*) ,
porteraient à croire qu’il en est ainsi quelquefois.
histoire générale de la CARDITE. 2g3
états ne me paraissent être que deux degrés, deux modes
d’une aliéralion essentiellement la même, plutôt que deux
altérations entièrement différentes l’une de l’autre.
Ce n’est pas que tout ramollissement du cœur me semble
devoir être considéré comme le prélude ou l indice d’une
suppuration de cet organe. Mais je n’ai à m’occuper pour le
moment que du ramollissement qu’entraîne à sa suite 1 in-
flammation du cœur, ramollissement qui nest point 1 apa-
nage exclusif de cette inflammation , puisqu on 1 observe
aussi dans les autres inflammations, telles que la pneumonie,
l’encéphalite ; et, pour prendre un exemple qui se rattache
plus immédiatement encore à notre sujet , dans l’inflamma-
tion des muscles extérieurs en général et dans \e psoïtis en
particulier, dont j’ai eu pour ma part l’occasion d’observer
un certain nombre d’exemples.
Le ramollissement inflammatoire du cœur, le seul dont
nous devions nous occuper ici, offre deux principales va-
riétés, que l’on peut désigner sous les noms de ramollis-
sement 7ottge et de ramollissement blanc, ou grisâtre (peut-
être conviendrait-il même d’admettre une troisième variété
sous le nom de ramollissement jaune).
Quelle que soit la variété de ramollissement du cœur
qu’on ait à étudier, on la reconnaîtra aux caractères sui-
vans : le tissu du cœur a perdu la fermeté qui lui est natu-
relle, au point qu’il suffit de le presser légèrement entre
les doigts pour le rompre; il est devenu friable et pour ainsi
dire fragile. Les parois des ventricules, lorsqu’elles sont
ramollies, deviennent en général flasques et s'affaissent sur
elles-mêmes. , ,,
ramollissement rouge , qui a lieu dans la période
d acuité de la cardite, la substance musculaire du cœur est
rouge, brunâtre, quelquefois violacée, et le tissu cellulaire
mtermuseulaire est injecté. On trouve aussi quelquefois du
sang plus ou raoing altéré, analogue à de la lie de vin, in-
filtré dans les interstices musculaires ou au-dessous de la
4 ■ ■
2g4 MALADIES DU COEUH EN l’AETICULIER.
membrane séreuse qui revêt le cœur à l’extérieur et à l’in-
térieur. 11 me semble que la matière liquide dont il s’agit
ici, Il est reelleinent autre chose qu’un mélange de sang et
de pus ou qu’un pus encore mal élaboré, cru, comme on
le disait autrefois , tel que celui qu’on recontre dans un
phlegmon non encore parvenu à sa muturitéj ou dans le
ramollissement rouge du poumon^ lequel n’est au fond lui- i
même qu’un phlegmon de celte dernière espèee. i
Dans le ramollissement blanc ou grisâtre du cœur, l’injec-
tion et la rougeur sont moins prononcées que dans le précé- i
dent , et à la place du liquide sanieux indiqué plus haut, on
trouve du véritable pus. Ce ramollissement Ciiraciérise une •
périotle de la carditeplusavancée quecelleà laquelle corres-
pond le ramollissement rouge. Le ramollissement blanc ou ;
grisdu cœur, n’e^t réel lement que lesecond degré du ramol-
lissement rouge, comme le ramolljssement gris du poumon i
n’est que le second degré du ramollissement rouge de cet l
organe , comme le ramollissement gris ou blanchâtre du i
psoas n’est que le second degré du ramollissement rouge 5
de ce muscle, etc., etc. Et de même que ces derniers ramol-
lissemens coïncident avec une suppuration décidée des or^
ganes qu’ils affectent , de même aussi le rampllissement f
blanc ou grisâtre du cœur accompagne la suppuration du j
cœur (i).
(1) Je ne dis pas que le ramollissement qui nous occupe soit absolument la I
même diose que la suppuration ^ ce qui serait une erreur. Je dis purement et ;
simplement que l’on observe le ramollissement dont il s’agit pendant la période I
de la suppuration. Dr, le ramollissement et la suppuration ne sont eux-mêmes 1
que les caractères, les signes anatomiques d’une terminaison d’un étal morbide I
résidant à la fois dans les solides et dans les liquides qui concourent à l’organisa-
tion intime de nos parties, et qu’on est convenu de désigner sous le nom d’in- '
flamrnation,
M. Laënnec ayant confondu sous le nom générique de ramollissement des états
morbides différens , il ne faut pas s’étonner de la confusion qui règne dans ce '
qu’il a ditsur ce sujet. 11 a clé jusqu’à donner le môme nom à la simple flaccidité
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CARDITE. üg5
Le ramollissement blanc a été signalé ainsi qu’il suit par
Corvisart : « La cardite convertit à la longue la partie mus-
M culaire du cœur en une substance molle et pâle; les fi-
» bres charnues conservent alors peu de ténacité, le tissu
1) cellulaire qui les unit paraît lâche ; quelquefois il est pé-
» néiré de matière lymphatico-purulenle; dans certains cas,
» il est en partie détruit ; le système vasculaire est plus ap-
» parent , plus développé que dans 1 état ordinaire , et pa-
» raît atteint aussi de la phlegmasie des autres tissus. — Les
» parois du cœur se déchirent par le moindre effort, et il
» n’est pas besoin d’exercer sur elles une forte pression pour
» les réduire en bouillie. » ciY. , p. 2.5y.)
Je crois pouvoir rapprocher de cette variété du ramollis-
sement du cœur, la troisième espèce de ramollissement
admise par M. Laënnec , dans le passage suivant de son
ouvrage (tom. II^, pag. 535, ae éd.) : « Il est une troisième
» espèce de ramollissement qui est accompagnée d’une
» pâleur blanchâtre de la substance du cœur. Ce ramollis»
» sement n’est jamais porté à un point tel que cette sub-
» stance en devienne friable; et souvent même le degré de
» consistance de la substance du cœur ne paraît pas sensi-
» blement diminué, quoique cet organe soit devenu flasque,
U et que ses parois s’affaissent totalement après l’incision.
» Cettesorte de ramollissement accompagne ordinairement
» la péricardite, et ne s’observe dans aucun autre cas. »
Il est bon de faire remarquer que dans les cas d’après
des tissus, à leur mollesse et au ramollissement tel que nous le décrivons ici.
Encore une fois, en exposant les caractères anatomiaues de la cardite , nous ne
pouvions pas ne pas parler du ramollissement du cœur; mais de ce que nous consi-
dérions la cardite comme pouvant produire un état de ramollissement du cœur,
il ne fallait pas en conclure que nous regardions toute espèce de mollesse ou de
ramollissement comme un produit de l'inflammation , fût-ce même le ramollisse-
ment qu'on obtient en faisant macérer les tissus, ou en les abandonnant à la dé-
composition putride. Avons-nous eu tort , oui ou non, de ranger le ramollisse-
ment au nombre des terminaisons de la cardite? Voilà la véritable question.
296 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
lesquels Corvisart a tracé la description du ramollissement
blanc du cœur, il existait une péricardite avec épanche-
ment. Je pense donc que le ramollissement décrit ici par
M. Laënnec et celui décrit par Corvisart ne sont au fond
qu’un seul et même ramollissement, bien que les carac-
tères indiqués par M. Laënnec ne s’accordent pas entière-
ment avec ceux signalés par Corvisart. Quoi qu'il en soit,
je suis porté à croire , d’après un assez grand nombre de
faits, que la présence d’un épanchement purulent dans le
péricarde est une cause de décoloration de la substance
musculaire la plus extérieure du cœur, soit que cette déco-
loration s’opère par une sorte de macération ou autrement.
La troisième variété du ramollissement, ou le ramollisse-
ment jaune ou jaunâtre, me paraît avoir Heu dans certains
cas de cardite chronique (i). Il coïncide ordinairement
avec une décoloration générale, une teinte jaunâtre de l’ex-
térieur du corps des individus qui en sont affectés. Ce ra-
mollissement a été très bien décrit par M. Laënnec. Après
avoir exposé les caractères du ramollissement-avec rougeur
de la substance musculaire du cœur, l’auteur du Traité de
l’auscultation médiate ajoute : « Plus ordinairement, le ra-
» mollissement du cœur est accompagné d'une décolora-
» tion marquée de sa substance , qui prend une teinte jau-
» nâtre assez analogue à celle des feuilles mortes les plus
» pâles. Celte teinte jaunâtre n’occupe pas toujours toute
» l’épaisseur des parois du cœur; souvent elle est très pro-
» noncée dans le milieu de cette épaisseur , et fort peu à
> l’extérieur et à la surface interne (2). Assez souvent le
(1) Il se peut que le ramollissement dont il s’agit se rencontre à un léger de-
gré chez des sujets qui n’avaient point présenté les symptômes d’une cardite
sourde et chronique : tels sont cerlains individus cachectiques. C’est une impor-
tante question à examiner.
(2) L’inverse a quelquefois lieu , c’est-à-dire que les couches musculaires inté-
rieures et extérieures peuvent offrir un ramollissement couleur feuille morte , tan-
dis que les couches centrales sont intactes.
histoire générale de la cardtte. 297
), ventricule gauche et la cloison interventriculaire la pré-
» sentent d'une manière très marquée , tandis que le ven-
» tricule droit conserve sa couleur naturelle et une fermeté
n j)lus grande. Enfin quelquefois on trouve encore ça et
» là des points rouges et d’une assez bonne consistance
» dans des cœurs dont la substance est d’ailleurs très for-
» tement ramollie et tout-à-fait jaunâtre. »
* Je n ajouterai rien pour ma part à celte description, qui
est tout-h-fait conforme à ce que j’ai observé; j en rappro-
cherai seulement le passage suivant de la description anato-
mique de la cardile par Corvisart : « En considérant le
» cœur entier dépouillé du péricarde, il offre à sa surface la
» couleur d’une graisse Ÿk\ejaunâù'e. Cette matière, comme
» graisseuse, semble remplir les interstices des fibres mus-
» culaires, qui, en général, sont peu apparentes, en raison
» de leur ténuité et de leur pâleur. Peut-être cet état, su-
» perficiellement examiné , a-t-il été pris quelquefois pour
» une dégénérescence graisseuse. »
Je ne sais si Corvisart a voulu décrire ici exactement la
même espèce de ramollissement que M. Laënnec a signalée
plus haut. Toutefois, comme la description de Corvisart
s’applique mieux encore au ramollissement chronique ou
jaunâtre, qu’au ramollissement aigu , il m’a semblé utile de
la mentionner en passant.
Occupons-nous maintenant d’une manière plus spéciale
delà suppuration du cœur. La quantité et la 'qualité du pus
sont variables. La consistance de celte matière offre en par-
ticulier de notables différences. Elle est quelquefois sem-
blable à celle du pus phlegmoneux ordinaire, tandis que
dans d'autres cas elle égale celle du blanc d’œuf cuit (voy.
l’observ. deiM. Laënnec) ou du fromage, et je ne serais pas
surpris que parmi les cas publiés sous le titre de Tubercules
du cœur , il y en eut cjui dussent être rapportés à ce der-
nier état du pus. ^
Le pus n’est pas toujours simplement infiltré dans les in-
'igS MALADIES DU COEUR EN PARTFCLLIER.
terslices des faisceaux ou des fibres musculaires du cœur; il
forme quelquefois des collections ou des foyers qui consti-
tuent les abcès du cœur. Pour l’étendue, le siège et la dispo-
sition de ces abcès, nous renvoyons le lecteur aux observa-
tions particulièresque nous en avons rapportées. Nousajou-
terons seulement ici que la.collection purulente est tantôt
libre, c’est-à-direen contactimmédiat avec le tissu du cœur,
et tantôt enveloppée d’une membrane de nouvelle forma-
tion (dans ce dernier cas, l’abcès porte le nom d’abcès en-
kysté). Un abcès du cœur, qu’il soit enkysté ou non, peut
s’ouvrir ou se faire jour, soit à l’intérieur du cœur, soit à
l’extérieur ou dans la cavité du péricarde. Dans le premier
cas , le pus se mêle avec le sang contenu dans les cavités du
cœur. Dans le second cas, que j’admets comme possible,
mais dont je ne connais pas d’exemple, il se formerait dans
le péricarde un épanchement purulent, indépendant d’une
péricardite proprement dite. Si l’abcès s’ouvrait à la fois
et à l’intérieur et à l’extérieur du cœur, il eu résulterait une
.perforation promptement suivie de mort, comme dans les
cas de perforation ulcéreuse ou traumatique.
§ II. Ulcérations du cœur, avec ou sans formation de kyste anévrismal ;
perforations.
Les ulcérations du tissu musculaire du cœur sont ordi-
nairement, constamment'peut-être , précédées de l’érosion
de la membrane interne du cœur. Ces ulcérations varient
en nombre, en étendue , en profondeur, et siègent en
différens points de la surface du cœur {V. les observations
particulières). Elles affectent pour le ventricule gauche une
remarquable préférence.
La formation d’un kyste anévrismal consécutivementàune
ulcération des membranes interne et moyenne du cœur, so-
père par le même mécanisme que celle d’un kyste anévris-
mal des artères. La disposition du coag^lum lamelleux est
aussi exactement la même dans {'dAxisvismcfaux-conséciUif du
inSTOIBE génébaiæ de la cardite. 299
cœur que dans l’anévrisme faux-conséculif des artères. C’est
pourquoi je ne crois pas devoir insister longuement ici
sur la description anatomique de cet accident des ulcéra-
tions du cœur. La tumeur formée par le sang infiltré et
coagulé offre de grandes différences dans son volume.
Ainsi , ce volume égale à peine quelquefois celui d’une ave-
line ou d’une noix, tandis que, dans d’autres cas, il surpasse
celui d'un œuf et peut même être supérieur à celui des deux
ventricules réunis. ( Voy. l’observ. 108®. )
Presque constamment le Lysle anévrismal a contracté
des adhérences avec le feuillet pariétal du péricarde, et c’est
à cette heureuse circonstance qu’il faut attribuer la rareté
de la rupture de ces tumeurs. Cette adhérence a de l’ana-
logie avec celle qui a lieu dans un bon nombre de cas d’ul-
cérations ou d’excavations ulcéreuses d’autres organes,
parmi lesquels nous citerons particulièrement les ulcéra-
tions intestinales et les cavernes pulmonaires.
Les ulcérations suivies de la formation d’une poche
anévrismale, n’ont été jusqu’ici rencontrées que sur le
ventricule gauche. M. Breschet a dit, dans son mémoire
sur la maladie qui nous occupe , que le sommet du ventri-
cule en était le siège le plus ordinaire. De treize cas de cette
affection analysés par M. Reynaud, sept font exception à la
règle énoncée par M. Breschet; par conséquent, dit le pre-
mier de ces observateurs, il est impossible d’établir encore
rien de général sur le point du ventricule où ces tumeurs
peuvent plus particulièrement se développer. (Voy. le mé-
moire de M. Reynaud , inséré dans le Journal hebdomadaire
de médecine.^
Les perforations du cœur peuvent être la -terminaison
des ulcérations simples du cœur ou des ulcérations avec
formation d’un kyste anévrismal. Toutefois, elles sont
bien plus rares dans ce dernier cas que dans le premier.
Elles s’opèrent ordinairement par rupture , plutôt que par
le progrès naturel du travail ulcératif ou érosif. Comme
oOO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
nous 1 avons dit plus haut, c’est à la présence du feuillet
fibreux , ordinairement épaissi , emprunté par le sac ané-
vrisrnal au péricarde, que ce sac doit le privilège de résister
long-temps à la rupture.
Quoi qu’il en soit , la rupture d’une ulcération du cœur
est suivie d’effets bien différens, selon l’endroit où elle
s opère. Ainsi, par exemple, quand la rupture affecte les
parois du cœur, un épanchement de sang mortel a lieu
dans le péricarde. Quand, au contraire, la perforation
occupe la cloison ventriculaire , une communication s’éta-
blit entre les cavités opposées du cœur, et , par suite , le
sang noir peut se mêler avec le sang rouge , et récipro-
' quement ; mais il n’en résulte point d’accident mortel.
Je ne ferai que rappeler ici la rupture des colonnes char-
nues destinées aux rnouvemens des valvules, celle des
tendons valvulaires et des valvules elles-mêmes , à la suite
du ramollissement ou de l’érosion de ces parties.
§ III. Induration du cœur.
Presque toujours consécutive à celle de l’endocardeou du
péricarde, dont elle n’est alors qu’une sorte d'extension ou
de propagation, l’induration du tissu musculaire ou du tissu
cellulaire intermusculaire du cœur offre d’ailleursdivers de-
,grés, que les comparaisons employées dans les observations
précédemment rapportées feront apprécier d’une manière
assez rigoureuse. Dans l’observation 106', la substance du
cœur avait une consistance fibreuse ou tendineuse ; dans
l’observation iii*, la densité des piliers charnus du ven-
tricule droit était telle qu’en les tirant fortement en sens
opposé, ils semblaient se casser plutôt que se rompre;
dans l’observation 109% les .parois du ventricule droit
avaient une consistance si grande qu’elles semblaient avoir
subi un commencement d’induration cartilagineuse; dans
l’observation 21*, une portion de la paroi postérieure d’un
des ventricules avait une consistance lardacée ou squir-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CARDITE. 3oi
rheuse ;dans l’observation iia', le ventricule gauche offrait
au toucher une fermeté et une résistance telles, qu’on aurait
cru presser un os ou tout autre corps analogue. Gorvisart
et M. Laënnec ont trouvé le cœur endurci au point qu’il
résoîinait comme un cornet à la percussion. M. Broussais a vu
deux fois le cœur endurci de telle sorte, quil était semblable
à une îioix de coco.
L’induration du cœur offre dans son siège et son étendue
des variétés multipliées. Elle affecte tantôt les parois des
oreillettes ou des ventricules , tantôt la cloison , tantôt les
piliers charnus. Lorsque cette induration est accompagnée
d’une véritable transformation des parties en tissu cartila-
gineux, osseux ou osséo-pétré , elle ne peut envahir un
ventricule tout entier, car elle entraînerait alors une im-
possibilité de contraction et de dilatation incompatibles
avec la vie. Il est, au reste, bon de noter que dans les cas
où l’on croit ainsi que les fibres musculaires sont conver-
ties entièrement en tissu cartilagineux , etc. , elles sont
simplement atrophiées, et quelquefois plus ou moins dé-
colorées. Cette circonstance seule peut nous expliquer
pourquoi chez les individus dont le cœur présentait une
pareille induration, la circulation n’a pas .toujours subi
d’obstacle très considérable. . ..
ARTICLE DEUXIÈME.
DBS SYMPTÔMES ET DU DUGNOSTiC DE LE CABDITB.
§ I. Diagnostic de la caidile générale, aiguë ou chronique.
On ne trouve pas dans les auteurs de signes qui puissent
nous faire reconnaître ou même soupçonner l’existence de
la cardite générale , soit à l’état aigu, soit à l’état chro-
nique.
« 11 me paraît bien difficile , pour ne pas dire impossi-
3o2 maladies du coeur en particulier.
» ble, de faire un ensemble de sig’nes certains auxquels on
» peut distinguer le carditis d’avec l’inflammation du péri-
» carde : les signes et les symptômes semblent être les
y> mêmes. » C’est ainsi que s’exprime Corvisart sur le dia-
gnostic de la cardite (i)i
Il ne faut pas chercher dans l’ouvrage de M. Laënnec
des lumières sur le diagnostic de la cardite générale, soit
aiguë, soit chronique, puisque ce célèbre observateur dé-
clare qu’î7 n existe peut-être pas un seul exemple incontestable
et bien décrit de cette maladie.
Je n’ai jamais rencontré de cardite qui ne fut compliquée
de péricardite ou d’endocardite, et j’avoue que les signes
de ces deux dernières phlegmasies ont seuls irappé mon
attention. Jusqu’ici, je ne connais aucun signe qui puisse
caractériser spécialement la cardite. Ce qui me paraît cer-
tain, c’est que la complication d’une cardite très aiguë
avec la péricardite ou l’endocardite est une, circonstance
des plus aggravantes.
Le ramollissement inflammatoire (2) du cœur, tel qu’on
l’observe assez ordinairementchez les individus atteints des
anciennes fièvres essentielles des auteurs, « serait-il la cause,
» se demande M. Laënnec, de la fréquence extraordinaire
» du pouls qui survient souvent dans la convalescence ale
^ » ces fièvres? » Cela paraît assez probable. Touielois, un
(1) Aux pagps 24^ ^49 de VEnaai mtr les maladies du cœur, on lit aussi qu’il
est impossible de diagnostiquer le carditis ; et de là sans doute le nom à'occuUe ,
que Corvi>arl lûî donne; après l'avoir divisé en aigii et chronique.
A la page 4 '9 enfin, Corvisart dit qu i/ est impossible de bien cnnslaler la
cardi[6, même aiÿtië , autrement que par l’ouverture, c’est-à-dire quand le ma-
lade a succombé.
(2) Je sais Tort bien que dans l’état tyohoïde prolongé . les divers
tissus tendent à perdre de leur ronsistaiice , et que la décomposition putride,
prompte às'em[>arer des cadavres des individus morts dans cet étal, est aussi une
cause de ramollissement; mais il n’en est pas moins vrai que le ramollissement
du cœur, chez les sujets alfectés d'une inllammatiou typhoïde, avec violeûte
réaction fébrile# est quelquefois le résultat d’un travail iuûammatoire.
niSTOIRTÎ GÉNÉRALE DE LA CARDITE. 3o3
simple travail inflammatoire de la membrane interne du
cœur suffit pour produire le phénomène ci-dessus signalé,
et nous croyons avoir démontré qu’un travail de cette na-
ture n’est pas aussi rare qu’on l’avait cru jusqu’ici.
^ »
S II. Diagnostic des lésions consécutives à une cardite partielle.
I® Ah ces , ulcérations et perforations du cœur.
Aucun signe positif et caractéristique n’annonce l’exis-
tence des ulcérations' simples et des abcès du cœur. Tous
les pathologistes sont malheureusement d'accord à ce sujet.
Quant aux perforations par lesquelles peuvent se
terminer les ulcérations du cœur, si des adhérences ne
s’opposent pas à l’effusion du sang dans le péricarde, et que
ces perforations siègent sur les parois de l’organe , une
mort aussi rapide que la foudre est le plus souvent le seul
signe par lequel elles nous révèlent leur existence.
Que si la perforation affecte la cloison interventriculaire
ou interauriculaire, la mort n’en est point le résultat, et il
est même des cas où cet accident ne donne lieu à aucun
symptôme grave. Au reste , nous reviendrons sur ce point
en traitant de cQ/vice de conformation du cœur, connu sous
le nom de persistance du trou de Botal.
2° Anévrisme faux-consécutif du cœur.
Le diagnostic des tumeurs anévrismales du cœur est
jtrsqu’à présent enveloppé d'une profonde obscurité. Dans
aucun des quinze à dix-huit cas aujoui d’hui connus , la ma-
ladie n’a été, je ne dis pas reconnue, mais même soupçonnée.
Comme les parois du cœur elles-mêmes, les parois de la tu-
meur anévrismale pourraient, par le seul progrès du mal ,
ou sous l’influence de quelque cause mécanique, se rompre,
eldelà une hémorrhagiesoudaiuement mortelle. Dansl’ob-
servalion deM. le docteur Pétigny, cet accident était en quel-
3o4 MALADIES DU CCEUD EN PARTICULIER.
que sorte sur le point de s’accomplir, tant étaient minces
les parois dans une des régions de la tumeur anévrismale.
Sans doute, l’emploi éclairé du toucher, delà percus-
sion et de l’auscultation nous procurera par la suite quel-
ques lumières sur le diagnostic des tumeurs anévrismales
du cœur. Il est clair, en effet, qu’elles doivent donner lieu à
une matité dont l’étendue sera proportionnelle à leur vo-
lume, qu’elles peuvent à la longue soulever la partie des pa-
rois pectorales à laquelle elles sont sous-jacentes et qu’un
bruit anormal se produit probablement , quand une certaine
quantité de sang pénètre dans la poche anévrismale, ou ,
lorsque ce liquide en est expulsé. Toutefois , il est à présu- i
mer que le diagnostic restera toujours assez difficile, dans j
beaucoup de ca§ , attendu qu’une foule de lésions autres
que les tumeurs anévrismales du cœur, peuvent être accom- i
pagnées des mêmes signes physiques que ces dernières. Les
cas où le diagnostic pourrait être établi sont ceux où la
tumeur aurait un énorme volume et ferait saillie sous la
région précordiale.
Les réflexions que nous venons de présenter s’accordent
au reste avec l’opinion de M. Brèschet. « Le diagnostic des
» tumeurs anévrismales du cœur, dit-il, est fort difficile
» à établir...'., il nous semble que la poitrine doit donner '
» un son presque mat vers sa partie inférieure gauche; que i
» les pulsations du cœur doivent se faire entendre diffé- ■
» remment et vers la base et vers le sommet de cet organe; ;
» que dans ce dernier lieu, elles doivent être obscures et :
» devenir un frémissement, peut-être avec bruissement ou i
» susurras. » ■>
ARTICLE TROISIÈME.
GADSKS ET TRAITEMENT DE IA CARDITH.
Les causes de la cardite générale, aiguë ou chronique,
sont absolument les mêmes que celles de Tendocardite et
i
DE l’inflammation DU TISSU ADIPEUX. 3o5
de la péricardite. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous
avons dit de la coïncidence des inflammations du cœur
avec le rhumatisme articulaire aigu ; nous ferons seule-
ment remarquer que parmi les observations de cardite que
nous avons rappoj'tées, il en est qui confirment la loi de
cette coïncidence telle que nous l’avons précédemment
établie. '
Je n’ai rien à dire non plus des causes de la cardite par-
tielle, qui, comme la cardite générale, est ordinairement
consécutive à la péricardite , et surtout à l’endocardite.
Le traitement de la cardite se confond évidemment avec
celui de l’endocardite et de la péricardite.
CHAPITRE IV.
DE l’inflammation DU TISSU ADIPEUX OU CELLÜLO-
GRAISSEÜX DU COEUR.
Il est assez probable que le tissu cellulo-graisseux du cœur,
malgré le peu de développement de son appareil vasculaire
n’est pas entièrement à l’abri des atteintes d’une inflam-
mation , soit aiguë, soit chronique ; mais j’avoue ne possé-
der aucune observation sur ce sujet, et tous ceux qui ont
écrit avant moi sur les maladies du cœur ne sont pas plus
avancés. Il me semble assez extraordinaire qu’on n’ait en-
core jamais constaté positivement l’existence de cette phleg-
masie dans les cas de violente péricardite.
11 serait curieux de savoir quelles modifications peut
apporter dans les caractères anatomiques des produc-
tions consécutives à la péricardite simple ou compliquée
de cardite, la présence des matières morbides sécrétées
par le tissu cellulo- adipeux du cœur, frappé d’inflam-
mation chronique. Les recherches que j’ai faites sur les
a.
ao
■I
3o6 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
différentes causes qui entraînent tant de modifications
'■ dans les divers produits morbides accidentels, et particu-
lièrement dans ceux qui ont été désignés sous le nom vague
de cancer^ me conduisent à présumer que les altérations du
tissu adipeux et des produits anormaux qu’il sécrète jouent
un certain rôle dans les modifications dont il s’agit. Ainsi,
par exemple, il m’a semblé que celle espèce de cancer, à la-
quelle on donne le nom d encéphaloïde, se développait plus
particulièrement dans les organes a!)ondammcnl (’purnis
j d’un tissu graisseux ou médullaire, et 1.1 maiiere li-
î quide qu’on exprime ]>ar la pres>ion de certaines masses en- i
céphaloïde.'^, nda paru pouvoii' être considérée comme pro-
venant, du moins en partie, du secretum accitlenlel auquel
donne lieu un état morbide, encore peu connu, du tissu
cellulo - adipeux. Cet état morbide pourrait bien, si je
ne me trompe, ne pas difl'crer essentiellement de celui
qu’on connaît dans les autres tissus sous le nom à'injlamma- I
tion chronique. I
Mais c’est trop s’arrêter sur de simples conjectures.
CHAPITRE ADDITIOiMNEL
AU LIVRE PREMIER.
LES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES ET OSSEUSES DU* CŒUR
O — ■
PEUVENT-ELLES SEi. DEVELOPPER SANS INFLAMMATION PRÉA-
LABLE DE CET ORGANE?
LE CANCER, LES TUBERCULES, LES KYSTES SÉREUX DU CŒUR,
CONSTITUENT-ILS DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES ES-
SENTIELLEMENT DIFFÉRENTES DE TOUTES CELLES DÉCRITES .
DANS LES PRÉCÉDENS CHAPITRES ? j
La solution des deux problèmes qui sont l’objet de ce '
chapitre est d’une trop haute importance pournepas exciter
(
DES PRODUCT. CARTIt., OSSfiUS. OU CALC.
toute la sollicitude des vrais observateurs. J’ai, pour ma
part, j’oserai le dire, un trop grand amour de la vérité
pour n’avoir pas consacré à l’examen de ces problèmes tous
les moyens qui sont en mon pouvoir, et je vais exposer ici,
avec la plus entière franchise et l’indépendance la plus
complète, le résultat de mes observations et de mes ré-
flexions.
PREMIER PROBLÈME.
LES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES, OSSEUSES OU CALCAIRES DU
COEUR peuvent-elles se développer sans inflammation
PRÉALABLE
('
Tous les médecins qui ont fait de l’anatomie pathologi-
que une étude assidue et approfondie, savent que rien n est
plus commun que de rencontrer des productions osseuses
ou calcaires dans les artères et dans les valvules gauches
des personnes avancées en âge. Frappés de la fréquence de
ce genre d altéra tions , quelques auteurs en ont conclu que
les ossifications dont il s’agit étaient uniquement dues aux
progrès de 1 âge, à la vieillesse. En supposant que les ossifi-
cations des viei 1 lards ne fussent, en ellèt , qu’une de ces nom-
breuses modifications organiques, de ces irréparables dégra-
dations, de ces rides profondes que le progrès desans entraîne
fatalement à sa suite , il n'en resterait pas moins démontré
que tellen’est pas l’originede toutesles ossifications ducœur
et des artères, à moins de soutenir que la vieillesse- com-
mence quelquefois à seize ou vingt ans ou même à l’âge de-
quelques mois , puisque nous avons rapporté dans le cours-
de cet ouvrage un très grand nombre d’exemples d’ossifi-
cations chez des individus appartenant aux âges ci-dessus
indiqués (i). Ces exemples prouvent incontestablement
(i) Ce serait un très beau sujet à étudier que les altérations dont la vieillesse:
20.
ÀL
3o8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
que des ossifications du cœur et des artères se développent
très fréquemment chez des jeunes sujets, et que dans ces
cas, elles ont été précédées d’un travail inflammatoire,
lequel a pour ainsi dire fait les frais de leur matière pre-
mière. Il s’agirait donc de déterminer si réellement les
ossifications des vieillards sont le pur effet des progrès de
l’âge, ou si , au contraire, elles ne reconnaissent pas pour
point de départ la même opération morbide que celles des
jeunes sujets.
Les auteurs on t trouvé plus commode de trancher le nœud
que de le dénouer, c’est-à-dire qu’ilsont affirmé le fait sans le
prouver. La scrupuleuse attention avec laquelle j’ai longue-
ment étudié ce point litigieux à’ organogénie morbide, ne me
permet pas de me prononcer avec autant d'assurance. Les
vrais observateurs reconnaîtront d’abord avec moi que la
vieillesse ne préserve pas de la maladie à laquelle les ossi-
fications doivent leur origine chez les jeunes sujets, bien
qu’elle lui imprime de notables modifications. La première
difficulté qu’il fallait résoudre, c’était donc de montrer,
par des observations précises, que les vieillards porteurs
d’ossifications n’avaient point éprouvé de phlegmasie chro-
nique, sourde, latente dans les parties où résidaient les
productions accidentelles, (bt^ qu’on n’oublie pas que ces
productions , dans le cœur’et dans les artères , comme sur
la plèvre et le péricarde, peuvent se rencontrer de longues
années après l’inflammation qui en aurait été la cause pro-
ductrice.) Or, je déclare que je n’ai trouvé dans aucun au-
teur la solution de cette première et très grave difficulté.
Admettons toutefois que parmi les ossifications des vieil-
lards, il en soit qui n’ont point été précédées d’un travail
inflammatoire quelconque. Qu’on nous apprenne au moins
amène naturellement avec elle le développement. L’usure des organes, triste
condition de leur exercice poussé jusqu’à l’extrême vieillesse, mériterait en par-
ticulier de nouvelles recherches.
DES PRODUCT. CARTIL., OSSEUS. OU CALC. SoQ
à distinguer celles-là de celles qui auraient pu procéder du
mode inflammatoire ; qu’on nous dise en quoi le travail
qui produit de toutes pièces les ossifications chez les vieil-
lards , diffère de celui qui les engendre chez les jeunes
sujets, et qu’on nous explique pourquoi on ne trouve pas
toujours ces mêmes ossifications chez tous les vieil-
lards (i).
Quant à moi , je pense , en définitive , que parmi les os-
sifications du cœur et des artères chez les vieillards, quel-
ques unes ont certainement été précédées d’un travail in-
flammatoire comme chez les jeunes sujets. Mais je déclare
n’avoir pas encore toutes les preuves nécessaires, pour
être convaincu qu’il en est d’autres dans la production
desquelles ce travail n’a joué absolument aucune espèce
de rôle (2). Attendons.
(1) J’ai fait avec le soin le plus minutieux l’examen cadavérique d’un homme
octogénaire, qui mourut à l’hôpital Cochin , en iSaa. Il n’existait point d’ossifi-
cations dans le cœur ni dans les artères. J’avoue que de pareils faits sont très
rares , et c’est précisément pour cela que je pris note de celui-ci.
(a) Ce qui me paraît probable, c’est que le perpétuel frottement auquel le»
valvules et les parois artérielles sont soumises, est réellement unê condition phy-
siologique ou fonctionnelle qu’il ne faut pas négliger, quand il s’agit de détermi-
ner toutes les circonstances propres à favoriser le développement de certaines in-
durations, soit cartilagineuses, soit osseuses de ces parties.
Aucun médecin n’ignore que la pression et les frottemens habituels qui s’exer-
cent sur d’autres parties entraînent à la longue diverses espèces d’induration.
Qui ne connaît, entre autres, ces excroissances cornées que produisent la pression
et le frottement exercés sur les orteils par des chaussures trop étroites? Qui ne
connaît les callosilés des mains de ceux qui se livrent aux professions manuelles
les plus fatigantes? Qui ne sait enfin que les tendons et les tissus fibreux soumis
à de longs et violeus frottemens s’ossifient assex fréquemment ? Certes, ce n’est
pas moi qui nierai l’intervention de pareilles causes ; mais dire vaguement que
la vieillesse produit des ossifications, et rejeter ensuite l’origine inflammatoire de
celles qui ont lieu cher les jeunes sujets et chez les adultes , voilà, en vérité , une
logique qui n’est pas à mon usage.
3 10 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
DEUXIÈME PROBLÈME.
LES TUBERCULES ET LE CANCER DU COEUR CONSTITUENT-ILS DES
PRODUCTIONS ESSENTIELLEMENT DIFFERENTES DE CELLES QUE
l’inflammation CHRONIQUE DE CET ORGANE PEUT ENTRAÎNER
A SA SUITE? '
- La solution de cé nouveau problème suppose d’abord
une connaissance claire et précise , une exacte description
des tubercules et du cancer du cœur. Car, comment pou-
voir décider si une production quelconque est une simple
modification d’une autre, ou si elle en est essentiellement
différente, quami on ne connaît pas bien les caractères
de l’une et de l’autre de ces productions? Commençons
donc par l’exposition de l’état actuel de la science , sur la
partie purement descriptive ou monographique du sujet
de notre second problème.
ARTICLE PREMIER.
CA>CBB DO CCBOB.
§ I-
Le cancer.>du cœur paraît avoir été décrit pour la pre-
mière fois par M. Carcassonne, dans, les Mémoires de la
Société royale de médecine, jmur les années 1777-1778) (i;.
(1) Les mémoires fie celte société pourTannée i776conliennent un cas de cette
affeélion qui doit trouver sa place ici.
j,r — Une tille de aa ans, que sa mauvaise conduite avait fait renfermer
IVIUpaiildurefoge, à Perpignan , se plaignit, à son entrée, d'une pesanteur
dans l'intérieur de la poitrine, qui répondait vis-à-vis de la mamelle gauche.
Elle était en même temps atteinte d'un écoulement, de chancres à la vulve, de
des tubercules et du cancer. 3lt
mm. Récamier, Rullier , Cruveilhier , Ferrus, en ont
rencontré quelques cas. Malheureusement , ces cas sont in-
diqués plutôt que décrits. L’observation de M. Rullier,
que nous allons rapporter , a été insérée dans les Bulle-
tins de ta Faculté de niédecme , pour Vannée i8i3.
jait. — Un homme, âgé de 35 ans, rachitique, et
sujet à de fréquens catarrhes pulmonaires, fut pris peu
après une péripnemonie jugée incomplètement, d’une
douleur au côté gauche de la poitrine, avec oppression
vive : à la même époque le ventre était douloureux, surtout à
droite où l’on sentait une tumeur peu résistante. Le malade
se couchait toujours sur le côté gauche, qui ne résonnait
pas lorsqu’on le percutait. 11 survint insensiblement un
œdème des membres inférieurs, et ce malheureux expira
après une longue agonie.
Autopsie cndaoériipie.
Le cœur était un peu vo1umine\tX3 scs cavités un peü
agrandies, ses. membi ânes et ses vaisseaux non loin de l’é-
tat naturel. Le tissu de cet organe olTrait à jieine quelques
rlia^nd.-s et de condviômes prè< de l'amis. — J.es sympiômrs s\ pliililiqiies cédè-
rent à lin ti'iMtei"eni ;mli-vénei ieii ; iniiis le> iiceideiis du côlé de la poitrine per-
sislèrent , et d s’y jo j;nil une dont, ilr pongilive qui oeeupuit toute lu région pré-
cordiale. Le pouls était jielit , fréqu ni , ii réiiulier : dans les vives douli urs,. il se
suspen lait p' ndanl qnelqni s secondes. 11 y avait de fréqnr-nles syncopes. |ll ar-
riva un moment oii la nml.ide ne put se coueh' r ; elle restait a-sise, un peu pen-
■cliée en ari ii-re, sur le coté gauche ou sur le devant de la poiti ine. La rnorl sur-
vint au bout de deux ans.
Ouverture du cadavre. — Une fS])ècc île carcinome avait envahi une partie du
coeur. On ne trouvait plus que quelques lambeaux du péricarde. Extérieurement,
un lur"e ulcère orcupail lu face posicrceure du cœur, dans loule l’éleridue desdeiiao
ventricuUs. Au fond de cet ulcère, on ne trouvait p us que quelques libres mus-
cutaires, qui formaient une toile très mince, et qui furent rompues par une lé-
gère pression du doigt. Tout autour de l’ulcère, ia sob^tarce du cobub était «o-
TABLEUKNT IROURÉE ET COUMB SQO 1 R RU E USB.
Il est probable que l’auteur de celte observation n’était pas très vetsë dans lés
recherches d'anatomie pathologique , Lt que la description qu'il nous a donnée de
l’état du cœur et de l’u/cératioa de toute la face postérieure des parois du cœur,
ne doit pas être prise trop à la lettre.
212 MALADIES DU COEUH £n PARTICULIER,
traces de son organisation ’jjrimiiive ; la totalité de la sub-
stance musculaire ne Tamisait qu’un douzième de- la masse;
le reste était composé d’une substance nouvelle, squirrheuse
et en partie carciriomateuse , formant des bosselures irré-
gulières, dont le plus grand nombre s’étendait de la lace
externe à l’interne.
On trouva aussi une transformation squirrheuse du
pancréas, de l’intestin grêle et du mésentère.
Les poumons étaient sains.
3*^ et faits. — Deux ob'ervations de cancer du cœur
ont été publiées par IM. Andral [Anat. pa'thoL, t. IP, p. 827).
O Dans la première de ces observations, le malade, âgé de
» 56 ans, n’avait offert d’autres symptômes que ceux d’une
» hypertrophie des parois du ventricule gauche du cœur.
» L’ouverture du cadavre montra effectivement un état
« d’hypertrophie considérable de ce ventricule, avecrétré-
» cissement de son orifice par des ossifications. Mais de plus
» existait une autre altération qu’aucun signe particulier
» n’avait révélée pendant la vie. Sur les parois du cœur
» droit existaient de nombreuses bosselures. En incisant
» ces bosselures, je les trouvai formées d’un tissu très dur,
» gris-bleuâtre et comme demi-transparent en quelques
» points; ailleurs, d’un blanc plus opaque et sillonné par
» des lignes rougeâtres. Ce tissu occupait presque en toia-
» lité la paroi externe du ventricule droit : sa couleur
» blanche était apparente à travers la membrane interne.
» En un petit nombre de points seulement, se voyaient en-
» core quelques faisceaux de fibres musculaires décolorées
»> et comme atrophiées. Ces fibres étaient plus prononcées
» du côté de la face interne du ventricule... Les parois de
» l’oreillette droite présentaient dans toute leur étendue,
» excepté dans l’appendice auriculaire , la même dégéné-
» ration.
» Dans le second cas, la lésion, également bornée au côté
yi droit du cœur, était moins étendue. Le malade , âgé de
DES TUEEHCULES ET DU CANCER. 3l3
» ans quand il mourut, avait joui d’une bonne santé
» jusqu’à l’âge de 35 ans. Alors, il devint légèrement asth-
» matique. Pendant les cinq ou six mois suivans, il ne sen-
» tit qu’un peu de gêne dans la respiration. Au bout de ce
» temps, il fut pris un jour, après son déjeûner, d’une
» atroce douleur qui, se faisant d’abord sentir à la regiom
» précordiale, s’étendit bientôt à tout le cote gauche du
» thorax. En même temps, force palpitations du cœur;
» augmentation de la dyspnée habituelle ; vomissement des
«alimens; perte momentanée de connaissance. Pendant
» l’année qui suivit cet accident, la gêne de la respiration
» augmenta peu à peu, et sept ou huit fois le malade fut
» pris de la même douleur, qu’il comparait à la douleur
» par élancement que produit une dent cariée. Lorsqu il
» entra à la Charité , il était dans un état de dépérissement
» évident; sa face avait une teinte jaune-paille fort remar-
» quable; chaque soir, il y avait un léger mouvement fe-
» brile sans sueur. Pendant le mois qui suivit son entree j
» le malade ressentit plusieurs fois à la région du cœur des
» douleurs passagères , mais très vives. De temps en temps
» il avait d’assez fortes palpitations; mais dans leurs inter-
» valles , \ auscultation ne découvrait dans le cœur, non plus
» que dans les poumons , aucune altération. Au bout de six se-
» maines de séjour à la Chanté , les membres inférieurs ,
» puis les supérieurs, et enfin la face, s’infiltrèrent, et le
» malade succomba lout-à-coup sans agonie.
A l’ouverture du cadavre , on trouva la paroi externe
» du ventricule droit occupée par une tumeur bosselée,
» qui, par sa forme et sa saillie considérable , semblait
» comme un cœur surnuméraire... S’étendant de la pointe
» du ventricule à la base , et dépassant même ce dernier
» point, pour envahir, dans l’espace de quelques lignes,
» le tissu de l’oreillette, cette tumeur avait remplacé pres-
» que en totalité les fibres musculaires, dont on ne voyait
» plus qu’une couche mince à la surface interne du ventri-
I
2i4 maladies du cceür en particulier.
” quelques points , elle faisait une saillie notable
» à l’intérieur de la cavité ventriculaire ; elle était formée
» par la matière dite encéphaloïde , dure en quelques
»■ points, molle et comme diffluente en d’autres points. »
5® Fait. — Chez un homme mort dans un état d’imbécil-
lité j cas publié dans la Revue médicale [mSii 1824), M. Bayle
trouva lé cœur altéré ainsi qu’il suit : Cet organe offrait au
toucher plusieurs duretés considérables. Les parois de
l’oreiilette droite, épaisses d’uue ligne et demie, très con-i
sistantes, avaient une couleur grisâtre , une structure lar-
dacée. Le pourtour de l’orifice auriculo-ventriculaire était
transformé en une matière lardacée d’un pouce et demi
d’épaisseur. L’oreillette gauche offrait la même altération.
Les ventricules étaient sains, mais leur cloison était can-
céreuse (i).
6e et ^0 Faits. — M. Laënnec dit avoir rencontré deux
cas de cancer encéphaloïde du cœur. Dans l’un, la matière
cancéreuse formait de petites masses de la grosseur d’une
aveline, ou moindres, dans la substance musculaire des
ventricules. Dans l’autre, elle était disposée en forme de
couches épaisses d’une à quatre lignes, le long des vais-
seaux coronaires, entre le lèuillet séreux du peiicarde et
le cœur lui-même. '■
8“ Fait. — Dans une observation de M. Trélat , les parois
de l’oreillette droite, épaisses d’une ligne et demie, étaient
très consistantes, grisâtres, lardaeées. Toute la masse char-
nué intermédiaire à cette oreillette et au ventricule cor-
respondant, étaitentièrement transformée en matière squir-
rheuse d’un pouce et demi environ d’épaisseur. La même
dégénérescence se remarquait sur l’oreillette gauche. Les
(i) L’auteur de cette observation dit qu’on n’observa aucun symptôme local , Ÿ
et que la nutrition elle-même demeura iutacle , ce qui n’empêcba pas le malade I
de mourir.
DÈS TUBERCULES ET DU CANCER. 3l5
■ventricules étaient à peu près sains , mais leur cloison était
cancéreuse.
pe Fait. — Dans \e cas remarquable de maladie cancéj'euse,
publié en iSaS, par M. Velpeau, le cœur contenait une
douzaine de masses cancéreuses de grosseur variable, mais
dont la plus grosse nè dépassait pas le volume d’un œuf de
pigeon.
lo® Fait. — On trouve dans l’ouvrage de M. Ollivier, sur
la moelle épinière, le fait suivant : Une femme, âgée dé
56 ans, succombe à Une attaque d'apoplexie; aucuh symp-
tôme particulier n’avait décelé lexistencé d’une affection
I du cœur. « Les fibres musculaires des parois du ventricule
» droit étaient changées en tissu blanc jaunâtre, cérébri-
» forme , offrant tous les caractères de l’encéphâloïde ;
» cette dégénérescence n’occupait qüe la moitié inférieure
» des parois muscitlèuses dé ce ventricule. Lë ventricülé
» gauche était sain. »
II® Fait. — Dans l’atlas de son Traité des mülàdiès dèh
enfans noui>eau-nés , M. Billiard a fait représenter un cas dé
squirrhe du cœur. L’enfant chez lequel existait ce sqüirrhé
n’était âgé que de 3 jours. Trois masses squirrheuses occu-
paient les parois du cœur.
12®, i3® et i4® Faits. — A.ux cas précédens j’eri ajouterai
trois autres, dont les deux premiers me sont propres et
dont le troisième appartient à M. Bertin.
Chez le sujet de notre 4® observation et dont nous aVons
aussi parlé â l’occasion de l'induration du cœur, cèt orgdiie,
surtout en arrière offrait au toucher une consistance squir-
rheuse. Les deux feuillets du péricârde adhéraient de toute
part entre eux. Celui qui recouvré le cœur, généralement
épais d’une ligne, avait une épaisseur plus considérable
encore à la face postérieure dé l’organe. Là, le tissu du
cœur était moins distinctement fibreux et charnu que jiar-
tout ailleurs, il était décoloré et sémblàit avoir participé à
3l6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIE.
la dégénérescence lardacée du péricarde. Les parties indurées
criaient sous le scalpel qui les dwisait.
J’ai vu, avec M. le docteur Dalmas, à la Charité, un
malade chez lequel existait une tumeur cancéreuse da
médiastin antérieur qui avait envahi les parties voisines»
Le péricarde , singulièrement épaissi , était lardacé eomnie la j
tumeur. La portion du poumon en contact avec le péricarde
semblait avoir été atteinte elle-même par la dégénérescence
cancéreuse. De plus, la 'veine-cave supérieure était oblitérée
par une concrétion ^volumineuse , très solide , grisâtre , et près- .
que entièrement semblable à la matière cancéreuse du médiastin.
La concrétion adhérait solidement, et comme par continuité de
tissu, à Hune des faces de la 'veine.
Le cas qui appartient à M. Bertin n’est autre que notre
observation a6®, et a beaucoup de rapport avec la précé-
dente. Chez le sujet de cette observation , qui succomba à
une péricardite chronique , le péricarde faisait partie d'une |
tumeur lardacée, carcinomateuse , développée entre les lames
du médiastin. — La portion du poumon en contact avec le péri-
carde semblait pai'ticiper à la maladie du médiastin.
' § II.
Voilà l’état et, si l’on ose le dire, l’inventaire de I
nos connaissances actuelles sur le cancer du cœur , i
étudié sous le point de vue purement descriptif. Cer- |
taineinent , ces connaissances sont trop incomplètes , |
pour qu’on puisse fonder sur elles une théorie satisfai- |
santé du cancer du cœur. Ce qu’il nous importe de i
noter pour le moment , c’est que , en conscience, de pareils I
faits ne sauraient démontrer que , sous les rapports étiolo- i
gique , symptomatologique anatornico-pathologique , »
le cancer du cœur est une \és\ow essentiellement differente de
r induration de cet organe, au lieu d’en constituer une espèce, >
un mode particulier. Que si le cancer du cœur nest qu un
DE3 TUBERCULES ÉT DU CANCER. Siy
mode particulier de rinduration simple ou combinée des di-
vers tissus constituans du cœur, quelles que soient d’ailleurs
les différences qui le distinguent des autres modes d’indura-
tion, nous devons lui reconnaître un certain nombre de
ressemblances avec ces derniers.
Il s’agirait surtout ^e savoir maintenant si le cancer qui
se développe idiopathiquement dans le cœur a ete précédé
ou non tl’un travail inflammatoire chronique, ainsi que
cela a lieu pour les autres modes d’induration que nous
; avons étudiés précédemment. Sous ce rapport^, comme sous
tous les autres, nous reconnaissons que les quatorze faits
• rapportés plus haut ne fournissent que des données très
' incomplètes. En attendant que de nouvelles observations
' nous procurent les lumières nécessaires pour résoudre di-
• rectement la question actuelle , il ne nous reste d’autre
1 ressource que d’appliquer par induction , à la nature du
I cancer du cœur, la théorie que nous avons adoptée en
traitant d’autres cancers mieux étudiés. C’est pourquoi nous
' terminerons cette discussion par le passage suivant de
l’article ca/icer que nous avons composé pour le Dictionnaire
1 -de Médecine et de chirurgie pratiques. Et comme ce passage
! suppose la connaissance des idées de M. le professeur An-
dral sur le même sujet , nous allons commencer par les
exposer dans la note ci-dessous (i).
(i) « Qu’enl-ce que le cancer, et dans quelle classe de maladies faut-il le ranger?
■> A mon avis, le cancer n’est pas une altération à part. Toutes les lésions, soit de
• nutrition, soit de sécrétion, arrivées d ce terme où on les voit se terminer par une
•» ulcération qui étend de plus en plus ses ravages , soit en superficie, soit en pro-
fondeur; voilà le cancer {i). — Celle expression, loute métaphorique, qui appar-
•» tient à l’enfance de la science, comme celle d'inllaminalion , n’indique que la
•» terminaison commune d’altérations très différentes les unes dés autres. Je ne
.•crois pas que l'on puisse maintenant répéter avec Bayle et Laënnec que le can-
• cer est unealléralioii sui generis, caractérisée par la présence des tissus squir-
îi) Ou là une Mpèce de cancer, maia non le cancar en général , car il eit dea productiona dilea
•cancttcuies md» ulc«ration«
3l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Apres avoir établi que, dans leiat actuel de la science,
une obscurité profonde règne sur le mode de production
du cancei'i comme sur le mode de production d’une foule
d’autres matières morbides, sans en excepter le pus lui-
même, je poursuis ainsi : « Mais notre ignorance sur la
» nature intime du travail anormal qui préside au dé-
?) veloppement des affections cancéreuses une fois avouée,
?> il reste à examiner si ce travail ne serait pas un mode
y) de celui qui a lieu dans la majadie qi e l’on désigne
»> sous le nom inflammation chronique... Quant à nous,
» considérant que nous avons vu un très grand nombre
» de fois les productions cancéreuses Fe développer dans
?) des parties où avait existé manifestement une phleg-
» masie,^et que d’ailleurs ces productions coïncident très
)) souvent avec d’autres altérations, que l’on est géné-
» râlement convenu de regarder comme une suite de
P phlegmasie, nous déclarons formellement et de bonne
«rheux et encéphaloïrle, soit isolés , soi! combinés. D’une part , en effet , il n'est
• nullement rare de constater sur le cadavre Texislence de ces deux produclion.s ,
• hjen qu’on n’ait observé pendant la vie aucun des accidens qui , d’après les au-
• teurs, accompagnent le cancer, de telle sorte qu’en pareil cas on a les carac-
• lères anatomiques de la maladie, sans en avoir le'SymptômfS. D'une autre part,
• on rencontre ces symptômes dans plus d’un cas où , par l’analomie, on ne peut
• découvrir ni sqüirihe ni encéphaloïdc. En effet, le sinqile développement d’un
• réseau vasculaire insolite à la surface ou dans la trame de la membrane tégu-
• mentaire externe ou interne, une ancienne fluxion vers une portion de mem-
»brane muqueuse, sans qu’il y ait changement réel dans sa texture; l’hyperlro-
» phie d'un point de cette membrane où du derme ; un bouton , une excroissance ,
• qui s’élèvent des surfaces muqueuse ou cutanée, et qui ne sont formés i|ue par
» une simple expansion du tissu pro|>re des membranes, sans traces de formation
• nouvelle; l’épaississement du tissu cellulaire , rinCltration de ses mailles par
• une matière albumineuse ou gélatineuse; I’iwdubation rouge ou blanche des
• ganglions lymphatiques, induration dans laquelle il n'y a pas plus de tissu acci-
• dentel qu’il n’y en a dans le poumon en hépatisation rouge ou grise; voilà autant
• de lésions qui , aussi bien que la matière encephaloïde cl le squirrhe , peuvent
• toutes se terminer par la destruction de la partie où elles se sont développées ,
• et par la production d’une ulcération qui tend sans cesse à s’agrandir en tous
• sens... » [Précis d’anatomie pathologique, t. 1, p. 5oi.)
DES TUBEECULES ET DU CANCER. SlQ
» foi qu’on ne saurait tracer une ligne de démarcation
,, distincte entre les prôduits qui peuvent se dévelop-
» per à la, suite des phlegmasies dites chroniques , et ceux
» qu’on appelle cancéreux. Si l’on objecte que c’est un \ice
» de logique que de rapporter à l’inflammation des pro-
» duits d’aspect et de forme différens, nous répliquerons
x> que le mot générique inflammation indique seuUment ce
» (ju’il y a de commun dans le mode de loi’malion de ceô
«produits, et que, pour exprimer leurs dilïérençes, il
» importe de joindre au mot inflammation un certain iiom-
» bre d’adjeciifs, méthode qui a d'ailleurs été généralement
«suivie... (
« Mais qu’on n’oublie pas qu’en faisant intervenir ainsi
» l’inflammation chrt)nique dans le développement des
» productions cancéreuses, nous ne prétendons pas, encore
» une fois, en expliquer la nature intime ( on sait assez
» que rien n’est plus obscur que la nature intime de l’in-
« flammation, soit aiguë , soit chronique ). La seule chose
» que nous nous proposions d’établir, c’est que parmi les
« produits qui peuvent se manifester dans une partie qui a
» été frappée d’inflammation , on aurait tort de ne jamais
» compter ces végétations anormales qui portent le nom
» de squirrhe ou de matière encéphaloïde (i)..
}) M. Andral ne considère pas la présence des matières
» dites squirrheuses ou encéphaloïdes comme un caractère es-
« sentiel du cancer. Sans discuter cette opinion, subversive
» de celle généralement adoptée par lès anatomo-patholo-
» gisles qui ont précédé M. Andral , je ferai seulement re-
(i) Reste ensuite à déterminer quelles sont les conditions quelconques ( la
prédisposition comprise) en vertu desquelles les produits primitifs du travail
inflammatoire alfectent telle ou telle forme, telle ou telle apparence, se modi-
fient, s’altèrent de diverses manières, etc. C’est là, sans contredit, un grand
sujet de recherches, et la science sera profondément reconnaissante envers ceux
qui dissiperont les ténèbres dont il est enveloppé.
320 MALADIES DU CŒlIIl EN PAETICULIER.
» marquer qu’elle constitue pour ainsi dire le pendant de j
') l’opinion de M. Broussais sur la cause productrice d’une i
» foule de lésions dites organiques. Kn effet, M. Broussais 1
» attribue à V ùritation l’origine des lésions dont il s’agit, et
» M. Andral , de son côié, considère toutes ces mêmes lé-
» sions, quelque différentes qu’elles soient, sous le point de
» vue anatomique, comme pouvant avoir pour commune j
' » terminaison une ulcération ijui, au heu de marcher a la cica- ^
» trisation, tend a s’agrandir dans tous les sens, c’est-à-dire ^
» le cancer, d’après la définition qu’en a donnée M. Andral.
» Comme il ne me paraît pas moins important de le-
» nir compte des différences des maladies que de signaler
» leurs analogies et leurs , je crois que, tout
^ en adoptant ce qu’il y a de philosophique dans la manière
» de voir de M. Andral , il faut cependant continuer à dé-
» signer sous des noms différons les diverses altérations
» dont l’ulcération indiquée peut être la terminaison, et il
» me semble que donner le nom de cancer à cette ulcéra-
» tion , au lieu de le conserver pour l’affection caractérisée
» par la présence des tissus dits squirrheux ou encéphaloïde,
» ce serait jeter une nouvelle confusion dans la science.
» Mieux vaudrait, à mon avis, renoncer entièrement à
» cette vicieuse expression de cancer, que de l’employer
» pour désigner une foule de choses différentes. En effet,
«détourner sans cesse lesmots de leur acception ordinaire, j
» c’est s’exposer à donner naissance à d'interminables dis- *
» putes (i )• »
(i) J'ajouterai à ce qui vient d’ôtre dit que j’ai publié, il y a déjà plusieurs
années ( Journal complÂmentalre des sciences médicales) , des cas de dégénéres-
cence cancéreuse ou squirrheuse, consécutive à une rndammation de cause ex- ^
terne ou traumatique.
Plus récemment, j’ai lu à l’Académie royale de méd’cine l’observation d’une
induration squirrheuse du pylore, consécutive à une gastrite provoquée par un
em|)oisonnement avec l’acide nitrique. On ne ])0uvait raisonnaDlement , dans ce
cas, supposer au caucer une autre origine. Celle observation a été publiée dans
DÉS TtBîîTir.UtEfl fit Bü CAiVCBft, ?)0.i
Quoi qu’il en soit, revenant à notre question, nous con«
cl lions :
i“ Que les faits actuellement connus sur les protluCliotis
cancéreuses du coeur ne sont pas assez nombreux , ni sur-
tout assez bien observés pour qü’on puisse en déduire direc-
tement une doctrine rigoureuse sur l’origine et la nature
de cet état morbide;
2° Que, par conséquent, en les ralliant aux productions
et transformations dont l’inflammation des divers tissus du
cœur peut être le point de départ, en les considérant enfin
comme un mode spécial terminaisons que cette maladie
peut affecter, nous procédons- par voie de généralisation y
c’est-à-dire que nous appliquons au cancer du cœur la doc-
trine qui nous a paru dériver de l’étude d’autres affections
cancéreuses mieux connues.
le Journal liebJomadaire de médecine ; et M. le professeur Andral l’a insérée dans
la dernière édition de sa Clinique médicale, en y joignant les réflexions suivantes :
« Ce fait nous paraît démontrer, de la manière la plus manifeste, qu’un cancer
» peut se développer dans l’estomac à la suite de l’ingestion dans cet organe d’une
» certaine quantité d’acide nitrique. Il est évident qu’en pareil cas un travail
1) phlegmasique a précédé la formation du cancer. » {Clin. médic., t,. II, p. 99,
5' édit.)
On sait, d'ailleurs, queM. Andral est arrivé à découvrir que le squirrhe n’était
souvent autre chose qu’une hypertrophie avec induration du tissu cellulaire. Or,
il est reconnu que l’induration. et l’hypertrophie du tissu cellulaire sont au nom-
hre des caractères anafom(7ues les plus communs, des suites les plus ordinaires
de rînflaminalion chronique de ce tissu.
Les chirurgiens ont de fréquentes occasions de s’assurer de l’influence de l’in-
jlammation chronique sur le développement de Vinduration squirrheuse ou ean~
céreuse des organes externes. 11 est vrai que quelques uns ont essayé de distinguer
l’induration pure et simple de l’induration cancéreuse , en disant que l’une se re-
produisait après l’ablation, tandis que cela n’avait pas lieu pour l’autre. Mais ils
ne savent pas à priori distinguer l’une de l'autre ces deux espèces d’induration,
et de là le cercle vicieux suivant : telle tumeur ou induration est cancéreuse,
car elle a repullulé après extirpation; et cette tumeur a repullulé parce qu’ellç
était cancéreuse.
21
.3Q2 maladies du CCffitJR EN PARTIGCLIER.
ARTICLE DEUXIÈME.
XUBBaCDLBS DO COBOH.
§ I.
•
Nous possédons moins de faits encore sur les tubercules
du cœur que sur son cancer. M. Laënnec dit avoir ren-
contré trois ou quatre fois seulement des tubercules
dans la substance musculaire du cœur. Malheureusement
M. Laënnec ne donne aucun détail sur les cas qu’il a ob-
servés. Ces trois ou quatre cas sont les seuls que M. le pro-
fesseur Andral ait indiqués dans son Précis d'anatomie
pathologique. Il ajoute que le cœur est un des organes oii la
matière tiiheiculeuse se développe le plus rarement. Pour ma
part, je n’ai jamais eu occasion de rencontrer un véritable
état de tuberculisation du cœur.
On trouve dans le Journal des sciences chimiques ei médi-
cales de Dublin (i833) , une observation ayant pour titre :
Masse tubekccleuse üeveloppée dans les parois de l’oreil-
lette GAUCHE DU CœUR, ET DETERMINANT l’oCCLUSION PRESQUE
COMPLÈTE DES TRONCS DES VEINES PULMONAIRES. Le Sujct de
cette observation était un homme de 62 ans , chez lequel
on avait reconnu les signes de la phthisie pulmonaire. A
l’ouverture du cadavre , on trouva , entre autres altéra-
tions , les parois de l' oreillette gauche converties enune masse
solide de matière tuberculeuse de près (T un pouce d’épaisseur.
Cette production morbide était développée entre les membranes
externe et interne de l’oreillette.
Il est fâcheux que l’auteur n’ait pas’précisé les caractères
anatomiques de la masse qu’il a rencontrée dans l’oreillette
gauche. La manière dont cette observation a été recueillie
h’estpas propre à nous convaincre positivement de la na-
ture tuberculeuse de cette tumeur.
Dans une thèse récemment soutenue à la Faculté de Paris
DES TUBERCULES ET DU CANCER.
(i 834) par M. Sauzier, on trouve le cas suivant : « Le 19 dé-
j cembre 1 833, entra à l’hôpital Saint-Eloi de Montpellier, le
* nommé Pierre-Jacques, charretier, âgé de 34 ans, d’une
J constitution faible et lymphatique. Versle mois denovem-
j bre i833, en traversant un ruisseau avec un fagot sur la
J tête, il avait fait une chute, pendant laquelle le menton
J avait frappé la partie supérieure et antérieure du ster-
î num ; là se développa peu à peu un vaste abcès dont la
J marche fut très lente. Le malade eut également un abcès
* au-dessous du sein , abcès qui , après son ouverture , pa-
» laissait communiquer avec la cavité thoracique , car la
î toux faisait sortir une matière écumeuse par la plaie. Le 20
» décembre , une ouverture fut pratiquée à l’abcès qui était
ï au-devant du sternum ; il s’en écoula une sérosité jaunâ-
ï tre, mêlée à une matière semblable à,du lait caillé. Alors,
» une toux sèche s’empara du malade , ainsi que le dévoie-
» ment et les sueurs colliquatives, et le 26 janvier, il ex-
» pira dans le dernier de_gré du marasme.
» U autopsie cadavérique montra des tubercules en grand
i> nombre dans les poumons, le pancréas, dans les plèvres
t diaphragmatique et pulmonaire. Les poumons offraient
D de toutes parts des adhérences. Les ganglions bronchi-
« ques étaient engorgés. On trouva aussi des tubercules
y> dans un tissu nouveau qui unissait les deux feuillets de
» la plèvre.
» Le stei'iium était carié ; plusiem's cartilages des côtes avaient
3) été brisés. Deux tubercules à l'état de crudité existaient dans
» la substance des oreillettes du cœur ^ et là oîi se trouvaient
t les tiibercides il y avait adhérence du p>éricarde \ i). i>
(1) L’auteur de celle observation pense que le même travail morbide qui avait
été suivi de 1 adhérence du péricarde, avait déterminé la formation des tubercules
du cœur. Celte opinion nous paraît juste et confoime à ce qu’on observe dant
le développement des tubercules d’autres organes,
MALVDIES I)ü E(tl’R EN PARTICELIÉR-
Ce n’est pas assurément d'après le petit nombre de fàitâ
incomplets que nous venons de faire connaître, qu’on peut
résoudre la question de savoir si la tuberculisation du
cœur diffère essentiellement de toutes les altérations que
l’inflammation chronique de cet organe peut entraîner à sa
suite, ou si , au contraire , elle ne constitue qu’un mode
particulier de suppuration. A défaut d’une solution directe,
et en attendant les faits qui pourront la donner, nous
croyons devoir appliquer aux tubercules du coeur \a.théorie
des tubercules développés dans les autres organes en géné-
ral et dans les poumons ou le tissu cellulaire en particulier.
Or, d’après des arguraens qu’il ne nous est pas possible
d’exposer ici , nous considérons les tubercules de ces parties
comme constituant une des modifications que peut présen-
ter, dans le cours de son évolution, le produit ou le aecre-
tum inflammatoire (i).
(i) Quelques auteurs ont donné le nom de tubercules aux granulations que
l’on rencontre si souvent à la surface des membranes séreuses chroniquement
enflammées, et dont nous avons rapporté des exemples dans les chapitres consa-
crés à la péricardite et à l’endocardite. D'autres auteurs ont dit qu'entre les gra-
nulations dont il s’agit et les granulations pulmonaires des phthisiques, il n'v
avait de commun que le nom. Si l’on veut donner le nom de tubercules aux gra-
nulations qui peuvent se produire à la surface du péricarde ou de l’endocarde ,
certes, c’est une étrange doctrine de nier toute espèce de connexion entre les
tubercules et rinflammalion chronique , et d’aller presque jusqu’à soutenir que
cette maladie préserve des tubercules.
Je ne sache pas que l'on ait encore placé parmi les tubercules proprement dits
les granulations développées à l’extérieur ou à l'intérieur du cœur, pour eu con-
clure ensuite que ces granulations n’étaient point une conséquence de l’inflam-
mation. Je sais seulement qu’un élève très distingué de l’école ipie nous combat-
tons vient de soutenir que les granulations de l’arachnoïde n’étaient point l’effet
d’un arachnitis chronique, mais bien un produit tuberculeux. En procédant ainsi,
les adversaires de l’opinion que nous enseignons finiront par la rendre évidente
aux esprits les moins clair vojans.
DES KYSTES SEKEUX.
3‘25
ARTICLE TROISIEME.
K.ïiTES SBEEÜX (»)•
§ !• .
Ni Corvisart, ni M. Laënnec, ne rapportent aucune ob-
servation de kystes séreux du coeur qui leur soit propre.
Ces kystes , seloiv M. Laënnec , se développent très rare-
ment dans le cœur. Il ajoute que cependant Baillou, Hou-
lier, Cordœus, Rolfinckiiis, Thébésius, Fanton , Valsalva
et Morgagni, en ont donné des exemples.
(i) Je n’ai jamais rencontré d’hydalides ni autres entozoaires dans le cœur.
Mais je n’ignore pas que d’aulrcs auteurs en ont parlé. Corvisart et M. Laënnec
ne paraissent pas avoir observé de cas de ce genre; mais M. Laënnec rapporte
aux vers vésiculaires du cœur le cas suivant , recueilli par Morgagni. o Chez un
«vieillard, mort d’une maladie aiguë, un kyste, de la grosseur d’une petite ce-
»rise, Implanté à moitié dans les parois du ventricule gauche, faisait saillie à sa
• surface. Ce kystè, incisé, laissa échapper une petite membrane contenant de la
» mucosité blanche, et dans laquelle on distinguait une particule dure comme un
• tendon. » H est impossible, selon M, Laënnec, de méconnaitre dans cette des-
cription les caractères du genre cyslicerque. La petite membrane pleine de
mucosité était la vessie caudale, et le point dur, le corps replié sur ‘lui-même.
D’après le volume du ver, on peut présumer, ajoute M. Laënnec^ que c’était le
eysüccrcits fmnus (Rudolphij ; d’autant plus que c’est presque le seul que l’on ait
trouvé jusqu’ici chez l’homme.
« Le développement du cyslicerque dans le cœur de l’homme ne m’est démontré,
• dit M. le professeur Andral , que par un seul fait qui m’est propre. Une fois ,
• à la Charité, j’ai trouvé, dans le cœur, trois petites vésicules , ayant chacune la
• grosseur d’une noisette, transparentes dans toute leur étendue, et présentant à
• leur intérieur un point blanc, plus dur que le reste de la vésicule, qiic par la
• pression on faisait sortir de l'intérieur de la vésicule comme une tête. » ( Précis
d’anat. pathol,, t. II , p, 3.îj-33a.)
M. Andral dit aussi avoir trouvé le eysticerque dans le cœur de plusieurs
porcs ladres.
( Quelques anciens observateurs prétendent avoir trouvé de véritables vers , des
poux et mêmes des serpens ou des vipères dans le cœur.
Ces observations, qui prouvent que l’anatomie pathologique elle-même a eu
son époque fabuleuse, ne valent pas la peine d’être réfutées.
3q6 maladies du cœur en particulier.
On trouve dans le sepulchretnm de Th. Bonet, un cas
qui paraît se rapporter aux kystes séreux du cœur : viEpi-
plouni , inesavœuin , hepar, lien , pul/noiies, coa quoque ipsum ,
et pevitonœum erant obsita 'vesiculis aqua purissinia plenis et
limpidissima.
M. Dupuytren a trouvé des kystes séreux développés
dans répaisseur de l’oreillette droite, dans la cavité de la-
quelle ils faisaient saillie , et qu’ils distendaient de manière
à lui donner''un volume égal à celui du reste du cœur.
Dans un cas recueilli par M. Andral, il existait au milieu
des parois du. ventricule gauche un kyste du volume d’une
noix ordinaire ; le liquide transparent qui le remplissait ,
Jaillit à plus de six pouces de hauteur , au moment où le
kyste fut incisé.
Dans un autre cas, M. x4.ndral a vu un kyste séreux dé-
veloppé à la surface libre de lamembràne interne du cœur.
« D’un des points des parois delà cavité du ventricule droit
» assez près de l’orifice auriculo-ventriculaire, se détachait
» un petit kyste séreux, du volume d’une noisette , et qui
» tenait à la membrane interne du ventricule par un pédi-
« cule mince, dont la texture ressemblait à celle de la mem-
» brarie elle-même. »
Je crois qu’on peut rapprocher de ce dernier fait le cas
suivant de maladie du péricarde chez un chien ^ publié par
M. Duvernoy, dans les Bulletins de la Faculté de médecine de
Paris.
« Un chien mâtin de la Ménagerie du Jardin des Plantes
» est mort âgé d’un an, avec les syinptomes d’une hydro-
» pisie ascite et d’un hydrolhorax
» Le péricarde, extraordinairement distendu, renfermait
» une grande quantité de sérosité. La portion de ce sac qui
» enveloppe immédiatement le cœur , était couverte d’une
» foule innombrable' de vésicules ovales, pressées les unes
» vers les autres, de manière à masquer toute la surface du
)» cœur. La plupart tiennent à un pédicule aussi fin qu’un
DES KYSTES SÉREUX. 3^7
cheveu, et long de quatre à cinq railUmtitres. Les vési-
cules s’affaissent par une légère compression. Elles for-
ment avec leurs pédicules une sorte d’enveloppe au
cœur, qui peut avoir environ cinq millimètres d’épaisseur,
et qui en augmente beaucoup le volume apparent. On
voit aussi quelques vésicules semblables sur la face in-
terne de la partie libre du péricarde, laquelle, examinée
de près, en offre un grand nombre de plus petites, qui
se seraient probablement développées , si l’animal avait
vécu plus long-temps (i). »
§ II.
Quelle est l’origine des kystes séreux qui peuvent ainsi se
développer , soit à la surface interne , soit à la surface ex-
terne, soit dans l’épaisseur même du cœur? Nous ne possé-
dons point encore assez de faits bien observés 'ço\xx répondre
à cette question. Le kyste développé autour d’une collection
purulente du cœur peut-il ultérieurement se transformer
en un kyste séreux? un épanchement sanguin circonscrit
dans le tissu du cœur ne peut-il pas aussi être remplacé par
un kyste séreux, comme il arrive dans l’hémorrhagie céré-
brale. Les kystes se développent-ils, pour ainsi dire, de
toutes pièces dans Certaines concrétions sanguines qui se for-
ment à l’intérieur des cavités du cœur, ou bien au sein du
liquide que contient le péricarde, à la suite d’une péricar-
dite ou d’un simple hydro-péricarde i' encore un’e fois, avant
de décider toutes ces questions, il est très sage d’attendre
de nouvelles observations.
■ ' ' ' lï '.
1 - - ... ». t _
«
(i) M. Duvernoy ne pense pas. qu’on ait jamais fait d’observation semblable
chez l’homme, du moins dans la même membrane sérèuse. M. Meckel, présent à
a dissection de ce chien , dit que son père avait vu quelque chose de semblable
dans l’articulation du genou d’un goutteux.
LIVRE DEUXIÈME.
DE l’aUGJIENTATION ET DE LA DIMINUTION DE SECRETION
DES TISSUS Sl^REUX ET CELLULAIRE DU COEUR.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
Dans le Livre précédent nous avons exposé les lésions que
l’état morbide, désigné sous le nom d’inflammation, déter-
minait et dans la quantité et àaxvs la qualité des liquides
sécrétés par divers tissus du cœur. Il s’agit maintenant h
d’étudier la simple augmentation ou diminution d’activité |
de la sécrétion normale dont ces tissus sont les agens. il
Avouons d’abord que la diminution de la sécrétion dont |
il s’agit n’a point jusqu’ici occupé l’attention des observa- |
leurs," et que, pour notre part, nous en parlons plutôt \
comme d’un état morbide possible que comme d'un état
morbide sur lequel nous ayons recueilli des observations
précises. Nous n’avons même absolument rien à dire sur ce
sujet, sinon que dans les inflammations commençantes des
membranes séreuses, il est assez généralement admis que
la sécrétion purulente ou pseudo-membraneuse est ordi-
nairement précédée d’une sorte de sécheresse de ces mem-
braneset partant d’une diminution ou même d’une suppres-
sion complète de leur sécrétion normale.
Quant à, la supersécrétion pure et simple (i) des tissus
séreux et cellulaire du cœur, elle constitue une sorte d’état |
intermédiaire entre l’état .normal et l’état inflammatoire. |
Nous avons exposé ailleurs l’idée que nous nous formions |
(i) Hypercrinie de M. le prcfesseur Andral.
AL G:\lEiNTATION IiT Dl.MliN U TION DE sÉCRÊtIOlV. 3t2g
de raugnieutation. de sécrétion des membranes séreuses et
du tissu cellulaire en général, (^oj. lart. Hydropisies du
Uictiojiu- de uiadec. et de chir, pj'CitKj Ce n est pas ici le lieu
d’approfondir celte question. Bornons-nous donc à rappeler
que pour signaler les rapports qui existent entre les /liu;
séreux actifs et les fluxions inflammatoires proprement dites,
M. Dupuytren et les élèves de son ecole, tels que Maranclel,
MM. Breschet, Cruveilhier, etc., en ont fait deux genres
d’un seul et même travail pathologique, savoir, l’irrita-
tion (i). D’autres pathologistes ont donné le nom d’Aje/ro-
phJegmasîes aux hydropisies actives.
1\I. Aiidral a donné le nom à’ hypercrinie par stimulation à
V irritation sécrétoire de M. Dupuytren et de Marandel , et
le passage suivant du Précis d’anatomie pathologique prouve
que son auteur rapproche \' hypercrinie par stimulation de
l’inflammation à un certain degré : « La stimulation qui a
> a été le point de départ de l’hypercrinie, dit M. Andral ,
» peut s’être ensuite dissipée, laissant, comme trace de son
> ancienne existence , , une accumulation de sérosité là où
ï a eu lieu le stimulus.... Dans ce cas, la maladie,
» MATOiiiE à son début , ne l’est plus à une époque plus
» avancée. » ( Tom. P', pag. 3 19).
Le mode iM excitation , de stimulation , âiirritation , sous
l’influence duquel se produisent les hydropisies actives,
nous paraît, ainsi que nous l’avons dit plus haut, tenir le
milieu entre l’action sécrétoire normale et la sécrétion in-
flammatoire. Ce qui distingue formellement la simple
irritation sécrétoire de l’inflammation proprement dite,
c’est que dans celle-*ci le produit sécrété est du pus ou
(1) Digne disciple du grand maître dont la médecine déplore en ce moment la
perte prématurée, Marandel établit quatre ordres naturels d’irritations : 1° n«-
triüvcs , 1° sécrétoires, ùo hémorrhagiques , 4“ inflammatoires. (Voy. l'excel-
lente Dissertation inaugurale de cet auteur, intitulée : Essai sur les irritations.
Paris, 1807.) . ■
33o MALADIES DU COEUll EN PAnTIflELIER.
un liquide pseudo-membraneux , tandis que dans l’autre
le liquide sécrété surabondamment conserve ses qualités
ou sa Tiature normales. Tissot et Géromini ont comparé
Faction qui produit Fhydropisie active à celle qui caracté-
rise la vésication modérée. Les flux séreux actifs trouvent
plus exactement encore leurs analogues dans ces sueurs
abondantes que provoquent les exercices violens, dans
cette salivation copieuse qui suit l’application d’un stimu-
lant sur la muqueuse buccale , dans cet écoulement de lar-
mes que provoque une légère irritation de l’œil , dans ces
diarrhées aqueuses ou séreuses qui surviennent par l’inges-
tion de certains médicamens, etc. En somme, on peut
facilement transformer une simple irritation sécrétoire en
une irritation inflammatoire, en augmentant la dose de
l’irritation , et par contre on voit de véritables irritations
inflammatoires dégénérer, en perdant de leur intensité, en
une simple irritation sécrétoire. Cela n’empêche pas , encore
une fois , qu’il ne faille étudier à part le mode morbide
qui porte ce dernier nom. Mais revenons maintenant à ce
mode morbide considéré spécialement dans les tissus séreux
et cellulaire du cœur.
Des deux membranes séreuses du cœur, il en est une,
l’endocarde, où l’on ne peut admettre que par analogie et
induction l’existence de l’état morbide qui nous occupe.
L’accumulation de sérosité qui, dans les autres membranes
séreuses , constitue le caractère anatomique de la maladie ,
ne saurait se rencontrer ici , pour des raisons que tout le
monde devine.
Le tissu cellulaire du cœur peut-il devenir le siège d’une
infdlration séreuse .P Aucun des auteurs qui ont écrit sur
les maladies du cœur n’a parlé de cette maladie, que Ion
peut désigner sous le nom ôiœdème du cœur. Jeu ai dit
quelques mots dans le Traité des maladies du cœur de 1824»
ainsi que dans l’article OEdèmü du Dictionnaire de médecine et
augmentation et diminution de SÉGRÉTION. 33 1
(le chirurgie pratiques (^\). Mais comme dans les cas d’œdème
du cœur que j’ai eu occasion d’observer, il n’en est aucun
que je puisse rapporter d’iine manière certaine à la caté-
; gorie des bydropisies actives , c’est-à-dire produites par
stimulation ou irritation , je ne crois pas devoir lui consacrer
ici un chapitre particulier.
L’hydropisie active ou Vinitation secretoire du péricarde
< est donc la seule maladie dont nous ayons à traiter pour le
I moment dans ce second livre de notre ouvrage.
, • I
. CHAPITRE UNIQUE.
DE l’hYDROPÉRICARDE ACTIF, OU DE l’iRRITATION
J t
SÉCRÉTOIRE DU PERICARDE.
ARTICLE PREMIER. ,
J ,
Dans le chapitre qu’il a consacré à l’hydropéricarde ,
Corvisart ne dit absolument rien sur les diverses espèces
que peut offrir cette maladie, étudiée sous le point de
vue de son mécanisme ou de son mode de production. Il
importe cependant t^e no point confondre l’un avec l’autre,
et l’hydropéricarde qui fait l’objet de ce chapitre , et l’hy-
dropéricarde passif, qui résulte d’un obstacle a l’absorption
et à la circulation veineuse. D’ailleurs ,[bien que Corvisart
commence par dire que « l’hydropisie du péricarde pour-
» rait être considérée comme un des résultats de l’inflam-
t
M mation de cette membrane , » il ne manque pas de faire
(i) 3’ai quelquefois aussi rencoutré .une inGUration séreuse du tissu cellulaire
accidentellement formé à la suite d’une péricardite. '
33‘î MALAüIliS Dr Cœuu KX PAKUCLUlir,.
observer que la collection de liquide trouble , coloré , purulent ^ f
qui. se jorine dans le péricarde, a la suite de la péricardite ,
diffère, sous plusieurs rapports , de V amas de sérosité limpide |
et presque incolore qui constitue partieulièrement Vliydropéri- |
carde. Cependant, chose assez digne de remarque, des à
deux observations d’hydropéricarde rapportées par Corvi*
sart, l’une, de l’aveu meme de cet illustre médecin , pour- h
rait être ralliée aux observations de péricardite i^i) , tandis |
que 1 autre est un exemple d’hydropéricarde passif , coiisé- |
cutifà une ossification des valvules mitrale et aortique, I
chez un individu âgé seulement de 33 ans. D’où il suit que 1
Corvisart n’a consigné dans le chapitre de l’hydropéricarde |
aucun cas où cette maladie se soit développée primitive- |
ment sous la simple influence d’une pure augmentation de fi
sécrétion ou d’une irritation sécrétoire du péricarde. |
M. Laënnec n’a guère plus insisté que Corvisart sur les |
dili’érentes espèces d’hydropéricarde , et il ne rapporte I
aucune observation sur cette maladie. Il considère comme I
très rare l’hydropéricarde idiopathique ou essentiel. Je par- 1
tage complètement l’opinion de M. Laënnec à cet égard ,
et j’avoue qu’à moins de rattacher à l’hydropéricarde i
actif l’accumulation de sérosité limpide qui semble succé- I
derà l’épanchement purulent ou pseudo-membraneux chez i
les individus qui ont été affectés d’une péricardite aiguë, |
passée à l’état chronique, je ne possède aucun cas indubi-
table de cette maladie. J’ai cependant noté comme tel le
cas suivant.
Une jeune femme, affectée de variole, s’étant refroidie
imprudemment, et ayant fait un grand excès de régime (2) »
pendant le cours de la période de suppuration, fut prise .
(j) Voici quelle était la lésion constatée après la mort : Lé péricarde avait plui
d’épaisseur que dans l’état naturel. La superficie du cœur paraissait avoir été le
sioÿc d’une inflammation chronique. La cavité du péricarde contenait environ
quatre pintes, ou huit livres , de sérosité claire et verdâtre.
(1) La malade se lève enchçmise, sc promène ainsi dans la salle, sans se garantir
DR l’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 333
tout-à-coup d'accidens cholériques, et mourut en moins
'de 24 heures, foudroyée par les évacuations alvines et
les vomissemens'(2i juin i833). Outre les altérations que
présentait le tube digestif (c’étaient celles du véritabla
I choléra), on trouva un quart de 'V erre environ de sérosité
limpide dans le péricarde. Comme il très rare de rencontrer
dde la sérosité dans le péricarde des individus emportés par
Bim violent choléra, et que, d’un autre côté , cette femme
i's’était exposée à un refroidissement propre à provoquer des
congestions séreuses internes, j’ai cru pouvoir attribuer
lâci l’épanchement séreux du péricarde à une augmentation
üde sécrétion de cette membrane, plutôt qu’à un obstacle à
n’absorptioiî ou à la circulation. Toutefois, cette manière
dde voir ne me paraît que probable pt non rigoureusement
ddémontrée.
A l’article hydropéricarde du Dictionnaire de Médecine et
Me chirurgie pratiques , j’avais rapporté un cas qui paraissait
cdevoir se rattacher à l’hydropéricarde acïÿ'prop renient dit
(ce cas m’avait été communiqué par RT. le docteur Cas.
IBroussais). Mais le malade ayant succombé, on trouva des
I traces de péricardite terminée par un énorme épanchc-
iinent.
En dernière analyse, dans l’état actuel delà science, on
serait fort embarrassé de citer un seul cas incontestable
(d’hydropéricarde actif, non précédé d’une péi'icardite qui,
de l'état aigu, est passée à l’état chronique. Mais les hy(îro-
I péricardes de -ce dernier genre doivent-ils être classés dans
1 la catégorie des hydropéricarJes actifs proprement dits?
» Cela n’est pas démontré, et je dois pourtant déclarer que
' c’est sur eux que repose en partie l’histoire générale que
I nous allons tracer ci-après.
«lu froid. Une de ses compagnes , vaincue par ses instances, lui cède sa portion
A’a'.imens, consistant en une poire, (lu bouilli et du pain. La malade mange le
tout avec avidité.
334
MALADIES DE CŒUR EN PARTICULIER.
ARTICLE DEUXIÈME.
HISTOIRE GÉRÉaALE DE l’hYDROPÉBICABDE ACTIF.
§ I. Caractères anatomiques.
I
Sous le point de-vue des caractères anatomiques , l'hy-
dropéricarde actif ne diffère pas sensiblement de l’hydro-
péri carde pasèif.
Les auteurs ne sont pas d’accord sur la quantité de séro-
sité nécessaire pour constituer un liydropéricarde , soit
actif, soit Par exemple, Corvisart nous enseigne que ;
si la sérosité que l’on trouve ordinairement dans le péri-
carde excède six à sept onces, il existe une hydropisie de |
ce sac membraneux (i). M. Laënnec ne s’explique pas net- j.
tement sur la question qui nous occupe. Il dit seulement j
que lë plus souvent Vlijdropéricarde idiopathicpLë se réduit à \
quelcpæs onces. » Il me paraît certain qu’il suffit d’une |
quantité de sérosité moindre que celle indiquée par Cor- [
visart, pour constituer un véritable bydropéricarde. En !
effet, la quantité de sérosité qui peut s’accumuler dans le I
péricarde par le seul effet d’une longue agonie , ne s’élève '
pas ordinairement au-delà d’une à deux onc.es.
Quoiqu’il en soit, la présence de six, sept ou huit onces
de sérosité dans le péricarde ne caractérise qu’un hydropé- j
picarde assez peu copieux. Il n’est pas très rare , eu effet,
de voir cette quantité s’élever à deux ou trois livres. Dans
un cas observé par Corvisart , et que nous avons déjà rap- (
(i) « Si l’observation prouve, dit Corvisart, que la quantité de six onces soit |
» la plus considérable qu’on ait trouvée dans le péricarde d'un grand nombre |
» d’individus morts des suites de toute espèce de maladies, autres que celles qui
» jieuvenl déterminer l'hydropéricarde , ne suis-je pas en droit de conclure que,
> lorsque cette sérosité excède six à sept onces, il existe une hydropisie de ce
» sac membraneux ? »
I
DE e’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 335
pelé un peu plus haut , le péricarde contenait huit li\nres
de sérosité.
; Le liquide de l’hydropéricardé est d’une limpidité par-
[ faite, tantôt incolore , tantôt fauve , verdâtre ou jaunâtre
I {s’il existe une complication d’hémopéricarde, le liquide
'lest rougeâti’e et quelquefois même -noirâtre). La couleur
I jaune offre quelquefois la teinte qui caractérise les dissolu-
tions d’or.
Le péricarde est quelquefois épaissi en même temps que
^ distendu proportionnellement à la quantité de sérosité
; épanchée. Je l’ai trouvé souvent sensiblement plus blanc
; que dans l’état normal , comme s’il eût été lavé ou pour
s mieux dire macéré parla sérosité. La couleur d’un blanc
jiimat ou légèrement lactescente est surtout très marquée sur
(de feuillet viscéral (i).
Je ne sais si le simple épanchement de sérosité dans le
Ijppéricarde peut, amener à la longue un état d’atrophie du
J cœur, comme il arrive pour le poumon à la suite d’un
t épanchement séreux dans la plèvre, mais j’ai vu cette
atrophie du cœur survenir par l’effet de la compression
rprolongée qu’avait exercée sur lui un épanchement pseudo-
iinembraneux.
La tumeur qui résulte de l’amas d’une énorme quantité
>.de sérosité dans le péricarde, agit aussi mécaniquement sur
jldes organes voisins, tels que leS poumons , le diaphragme,
j! la rate et le foie ; elle les refoule , usurpe en quelque sorte
Hideur place, et soulève la région précordiale.
I — . ■ , , . .
(i)M. Laënnec ne paraît pas avoir observé celte particularité, et si c’est à elle
que s’applique le passage suivant de l’article Ilydropéricardc du Traité de l’aus-
\ ciittation médiate, j’oserai afûmer que M. Laënnec est tombé dans une légère.
' erreur ; « Quelques auteurs , dit-il, rapportent avoir trouvé le cœur comme ma-
' » céré ; mais ces observations, énoncées plutôt que décrites, peuvent être rangées
« au nombre des faits mal vus plus mal exprimés encore. » ,
336
XIAtÂnîKS DU COEUR UN fARTlcr tlER.
§ II. Signes cl syiniitômes de l'Iiydropéricarde actif (i)*
Les signes certains de l’hydropérlcarde ne peuvent être j
Iburnis que par les méthodes dç V mspeclion , de la palpation, i
de la percussion C.I de V auscultation. Cependant Lancisi , et
après lui plusieurs autres observateurs, comptaient parmi r
les signes les plus certains de celle liydropisi'e, \c, sentiment ■
(l'un poids énorme sur la région du cœur. Pieimann et Saxonia i
prétendent que les màlades sentent leur ^ cœur nager dans .
Veau (2). Mais c’est avec raison que Morgagni fait remarquer i
que de tels signes regardés comme pathognomoniques , mé- jc
ritent à peine de figurer même parmi les symptômes équi- h
voques de l’hydropéricarde. \
Sénac assure avoir vu dans les intervalles des troisième, ÿ
quatrième et cinquième côtes gauches, le /lot du liquide fi
épanché dans le péricarde. Mais il est probable qu’il se sera |
fait illusion. Corvisart , tout en avouant qu’il n’a pas am
strictement le phénomène indiqué par Sénac , déclare avoir |
constaté, par le'toucher l’existence de la fluctuation. Cet î
illustre observateur reconnaît toutefois qu’il peut se faire ’
que les ondulations qiCil a senties avec la main chez un .seul i
malade dépendissent des battemens du cœur, .l’ai eu occasion
de rencontrer un cas qui semble appuyer la remarque de t
Corvisart. Nous avions cru"!, au premiér abord, avoir con- I
stalé l’existence de la fluctuation dans la région précordiale,
chez un de nos malades. Mais un examen attentif nous con- "
vainquit bientôt que le phénomène pris pour la fluctuation
n’était autre chose que la contraction du cœur, lequel avait i
(1) Quelle que soit l’espèce de l'hydiopéricarde, ses signes physiques sont lou-, |
jours es.-.enlie!lernent les mêmes. On peut donc appliquer à l'iiydropéricarde |
passif ce que nous dirons ici des signes physiques de l'iiydropéricarde net//'. (
(2) Un malade chez lequel existait un énorme épanchement dans le péricarde, ’
et dont M. Cas. Broussais m’a communiqué l’ohservalion, ôlail fort effrayé u'e «c
^liis sentir battre son ceptir, mais il ne le sentait pas, d'ailleurs, nager dans t’fau,
)
\
DE l’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 887
été éloigné de sa place accoutumée et appliqué en quelque
sorte contre la paroi thoracique par une énorme tumeur
située dans le côté gauche de la poitrine (i). '
Corvisart a signalé , le premier , la 'voussure que présente
la région précordiale , dans certains cas d’hydropéricarde :
« Dans quelques cas, dit-il, cette région est plus élevée,
plus arrondie, plus bombée que le reste de la poitrine. »
Le même auteur n’a pas négligé de mettre au rang des
signes de l’hydropéricarde la matité de la région précor-
diale. L’étendue de cette matité est en raison directe de la
masse de l’épanchement. Chez le malade dont M. Cas.
Broussais m’a communiqué l’observation , a partir de deux
I pouces au-dessous du bord supérieur du sternum jusqu à Vap~
( J pendice xyphoïde, et même au-dessous, de haut en bas, et trans-
versalement du sein du côté droit au sein du côté gauche , exis-
, tait un son mat très prononcé.
La main appliquée sur la région précordiale ^ d'ans le cas
I d’hydropéricarde considérable , ne distingue plus les batte-
mens du cœur, du moins lorsque le malade garde la position
1 horizontale. Dans le cas de M.Cas. Broussais, par exemple, les
i contractions du cœur ne produisaient aucune impulsion sensible k
1 la main. Cependant Corvisart insiste beaucoup sur un signe
( qui semble en contradiction avec ce que nous venons de
i I dire. Ce signe, qui s’est offert deux fois à l’observation de
( Corvisart , consiste en ce que les battemens du cœur se font
j sentir, tantôt k droite , tantôt a gauche, ou , pour s' exprimer
• plus clairement, dans différons points d'un cercle assez étendu.
(Ce phénomène dépend, ajoute Corvisart, ■ de ce que le
. cœur nage pour ainsi dire , ou erre assez librement dans le
1 liquide, pour aller frapper des points d’autant plus éloignés
j 1 les uns des autres , que l’épanchement et la dilatation sont
) ; plus considérables (2).
t —
(i) Il ne faut pas confondre le phénomène que nous venons d’étudier avec le
^ bridi de fluctuation dont il sera question à l’article de Y hydro-pneumopéricarde.
(a) La contradiction dont nous parlions plus haut est, comme on voit, plus
I 22
l
i
338 MAIADrES Dü CCEÜR EN PARTICULIER.
Après avoir rapporté les divers signes exposés par Corvi-
sart,M. Laënnec s’exprime ainsi sur leur valeur : « On peut
» les rencontrer réunis en plus ou moinsgrand nombre at'ec
» ou sans hydropéricarde, » assertion qui nous paraît man-
quer d’exactitude, M. Laënnec ajoute : « Le stéthoscope
» aidera sans doute à établir le diagnostic , mais je ne puis
» dire quels signes il fournira , parce que je n’ai pas eu assez
B d’occasions d’observer l’hydropéricarde idiopathique. »
L’auscultation fournit les mêmes données séméiologiques
dans le cas de simple hydropéricarde, que dans le cas d’é-
psLïichexnenVpéricarditique (i). Lorsque l’hydropéricarde est
très abondant, les bruits du cœur sont lointains, obscurs,
et ils ressemblent, jusqu’à certain point, à ceux du cœur du i;
fœtus. Dans le cas déjà cité de M. Casimir Broussais, on n
n' entendait que des contractions faibles et obscures du cœur, et ii
d’autant plus obscures, que l’on s’ écartait davantage de la région ij
correspondante a la base du cœur , de sorte qu’en ce point les >
deux contractions étaient distinctes (2), tandis qu’aux extrémi- ?
tés de la région occupée par le son mat, on n’ entendait plus j
qu’une sorte de murmure , assez analogue à celui que perçoit i
l’oreille lorsqu’on en approche un coquillage.
Les autres signes de l’hydropéricarde consistent en des ;
lésions des fonctions de la respiration et de la circulation, j
produites mécaniquement par la pression qu’exerce le pé- 1
ricarde distendu sur toutes les parties voisines. Comme ces i
lésions sont communes à plusieurs autres maladies du cœur, 1
et que nous en avons déjà parlé en traitant de l’épanche- ' :
ment consécutif à la péricardite, nousn’y reviendronspasici.
apparente que réelle ; car ce n'est pas dans la position horizontale que les iatte-
mtns du cœur S6 font sentir dans diffcrcns points d'un cercle assez étendu,
(1) Il est bien entendu cependant que, vu l'absence de fausses membranes sur
les feuillets du péricarde, dans les cas de simple bydropéricarde , on n’enlendra
pas les divers bruits de frottement péricardique dont nous avons |>arlé ailleurs.
(») Les bruits que M. Cas. Broussais désigne ici sous le nom de contractions
du coeur f sont pour nous , comme on sait, les bruits valvulaires.
DE l’iIYDROPÉRICAUDE actif. 339
Les signes physiques exposés plus haut permettent-ils de
diagnostiquer sûrement l’hydropéricarde? Après avoir dit
que l’ensemble des signes qu’il avait présentés étaient bien
propres a combattre V opinion de quelques médecins qui ontregardé
le diagnostic de Vliydropéricarde comme étant toujours impos-
sible à établir, Corvisart ajoute : Il faut pourtant convenir que
cette maladie, assez facile à reconnaître quand elle est isolée,
devient , dans la plupart des cas , par ses nombreuses et fré-
quentes complications, d’une obscurité très grande.
M. Laënnec croit pouvoir assurer que les épanchemens
peu abondans dans le péricarde (au-dessous d’une livre, par
exemple) «e donneront jamais aucun signe, et que probable-
ment on ne pourra jamais reconnaître que ceux qui sont
beaucoup plus considérables: mais il pense que ceux qui
I passent deux ou trois livres pourront être quelquefois re-
connus à l’aide des signes donnés par la percussion, l’aus-
cultation et l’inspection. Au reste, dit M. Laënnec, les
hydropéricardes essentiels sont tellement rares , que l’on
1 doit peu regretter de n’avoir pas de signes plus sûrs de
' cette afrection. {Op. cit., t. Il* pag. 6yo.)
Notre expérience personnelle nous autorise à poser en
fait, que tout observateur exercé qui fera un usage attentif
des méthodes d’exploration indiquées plus haut, parviendra
presque toujours à reconnaître l’existence d’un abondant
épanchement dans le péricarde. Mais il ne sera pas aisé, dans
tous les cas , de déterminer quelle est Yespèce de l’épanche-
ment; pour parvenir à résoudre ce problème, il faut avoir
une connaissance exacte des antécédens, et s’être livré
à une étude approfondie des diverses maladies à la suite
desquelles um liquide quelconque peut s’épancher dans le
l péricarde. Ce n’est réellement que par une assidue et lon-
gue fréquentation des salles de malades, qu’on acquiert le
1 tact nécessaire à la solution de ces délicates questions de
diagnostic.
aa.
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
340
§ III. Trailement de l’hydropéricarde (i).
On devra combattre l’hydropéricarde actif primitif, si
jamais on a l’occasion de le constater, par les moyens pré-
conisés contre les autres hydropisies actives en général ,
tels que les saignées, les diurétiques, les sudorifiques , les
purgatifs, les révulsifs extérieurs, etc.
, Mais lorsque les divers agens de la thérapeutique médi-
cale proprement dite ont échoué contre l’hydropéricarde,
convient-il de recourir aux secours de la chirurgie? Faut-il,
en un mot , donner issue au liquide épanché , en pratiquant
une opération qu’on pourrait appeler la paracentèse du
péricarde? ( Et ici, que l’hydropéricarde soit primitif , ou
qu’il ne soit autre chose que la transformation d’une péri-
cardite en une simple hypercrinie ou irritation sécrétoire,
la question reste à peu près la même. )
Les praticiens ne sont pas tous d’accord , ni sur l’indica-
tion de cette opération , ni sur son mode d’exécution. Sénac
a proposé d’appliquer particulièrement à l’hydropéricarde
l’opération de la ponction avec le trois-quarts. Corvisart
pense, contre l’opinion de cet auteur, que les avantages
qu’on peut retirer de l’ouverture du péricarde, contre-ba-
lanceront rarement le danger auquel elle expose le malade.
Mais si l’on se décidait à la faire, l’incision par le bistouri
devrait être préférée, selon lui, à la ponction par le trois-
quarts , qu’il considère comme dangereuse sous plusieurs
rapports, sans justifier, d’ailleurs, par aucun fait, l’idée dé-
favorable qu’il en a conçue. De son côté, Sénac n’a rapporté
aucune observation à l’appui de son procédé. 11 cite seule-
(i) Je n’ai rien de bien positif à dire sur les causes de l’hydropéricarde actif :
elles sont probablement les mÊmes que celles des autres hydropisies actives eu
général. Aucun des auteurs qui se sont occupés de l’étude des maladies du cœur
ne nous fournit de données spéciales sur ce sujet. ^
I
de l’ilYDEOlPÉRlCATlDE ACTIF. 34 1
ment un cas à! hydrothorax , pour lequel il a fait une ponc-
tion à la poitrine avec le plus heureux succès.
Notons ici que, dans certains cas, on a cru avoir ouvert
le péricarde , tandis qu’on avait pénétré seulement dans la
plèvre. En voici la preuve.
I Dans un cas où Desbois , Dumangin , Sue et Desault , ras-
semblés en consultation , crurent reconnaître , les uns une
hydropisie de poitrine, les autres un amas d^ eau dans le péri-
carde, Desault, pour accorder les consultans , proposa une
opération qui convenait à l’une et à l’autre affection ; c était
d’ouvrir la poitrine entre la sixième et la septième cotes gau-
ches, vis-à-vis la pointe du cœur. Ce projet fut exécuté le
lendemain. L’incision ayant été faite, Desault porta les
doigts dans la poitrine, et sentit une espèce de poche pleine
d’eau, qu’il prit pour le péricarde. Cette poche ayant été
j ouverte avec un bistouri mousse, il s’en écoula une chopine
! d’eau environ, avec une espèce de sifflement à chaque ex-
I piration. L’écoulement étant fini, tous les assistans ayant
I porté tour à tour le doigt dans l’ouverture, sentirent un
corps uni, pointu, conique, qu’ils prirent pour le cœur à nu.
Le malade ayant succombé le quatrième jour, l’ouver-
ture du cadavre fit voir que la poche incisée et prise pour
le péricarde , était une membrane qui unissait le bord du pou-
mon gauche au péricarde. Le corps conique et pointu qu'on avait
jugé être le cœur, était, en effet, cet organe, mais enveloppé du
' péricarde, auquel il adhérait en grande partie.
Dans un second cas à peu près semblable à celui-ci, Cor-
I visart rapporte que la même opération a été pratiquée de-
puis Desault (i); il ajoute que l’erreur a été la même : on
croyait avoir pénétré dans le péricarde , et l’ouverture du
(i) M. Laënnec dit que l’incision entre les sixième et septième côtes a été
pratiquée </««æ fait par Desault. Il est probable que M. Laënnec aura , par mé-
garde, pris le cas indiqué ici par Corvisart, pour un cas où Desault arait fait l'o-
pération.
Il
34^ MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER.
* â
corps prouva que le liquide que l’on supposait venir de la
cavité de ce sac membraneux s’était échappé de la poitrine,
qui avait été ouverte par l’opération.
Selon M. Laënnec, « il ne serait peut-être pas impossible
» de remédier efficacement à l’hydropéricarde au moyen de
» l’opération chirurgicale. » Il pense que l’opération la plus
utile et la moins dangereuse que l’on pût faire serait la tré-
panation du sternum au-dessus de l’appendice xyphoïde.
11 ajoute que peut-être il faudrait exciter une péricardite
par des injections légèrement stimulantes pour obtenir
la guérison de l’hydropéricarde. Mais les conseils de
M. Laënnec n’ont encore en leur faveur que les présomp-
tions de ce praticien.
Au reste, c'est à M. le professeur Richerand, et non à
M. Laënnec, qu’appartient la première idée de la méthode
des injections pour la cure radicale de l’hydropéricarde (i),
méthode qui , comme tout le monde le sait , n’est que l’ap-
plication d’un mode de traitement usité avec tant de succès
contre une autre liydropisie , savoir : l’hydrocèle ou l’hy-
dropisie de la tunique vaginale.
Dans l’état actuel de la science , ce serait , à notre avis,
faire acte de témérité et non de prudence que de recom-
mander, sans restriction, d’appliquer au traitement de
l’hydropéricarde la méthode adoptée pour la cure radicale
de l’hydrocèle. Mais il nous semble qu’on s’est peut-être
exagéré les dangers de la péricardite à laquelle il faudrait
donner lieu pour obtenir l’adhérence réciproque des feuil-
lets opposés du péricarde, seul moyen de prévenir le
retour de l’amas de sérosité à laquelle on aurait ouvert
une issue par la ponction, l’incision ou la trépanation
indiquées plus haut. Les faits nombreux contenus dans
(i) Ce n’est pas ici le lieu de rapporter le cas remarquable d’extirpation des
côtes jçauches, qui fournil à M. Richerand l'occasion de conceroir et de proposer
la méthode dont nous venons de faire mention.
DE l’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 343
notre article Péricardite sont bien propres à calmer un
peu l’inquiétude qu’aurait pu causer jusqu’ici l’existence
d^une péricardite adhésive, telle que celle qu’on produirait
par des injections irritantes. Toutefois, nous répéterons
ce que nous avons dit à l'article du traitement de la pé-
ricardite : la pratique dont il s’agit est un de ces problè-
mes dont l’expérience n’a pas encore donné la solution.
Nous ne pouvons donc nous prononcer formellement ni
pour ni contre une tentative de ce genre (i).
(i) La péricardite, provoquée parles injections irritantes, serait aussi simple
que possible. Or, nous avons vu ailleurs que les accidens graves observés dans cer-
tains cas de péricardite , tenaient surtout aux complications dont elle était ac-
compagnée.
Ce n’est pas seulement à l’hydropéricarde, mais à quelques autres hydropisies
intérieures, telles que l’ascite et Thydroihorax, qu’on pourrait appliquer la mé^
Ihode de la cure de l’hydrocèle , s’il n'était à craindre que, dans beaucoup de cas ,
le remède ne fût pire que le mal. M. Lhomme, de Château-Thierry, a proposé de
guérir l’ascite en faisant pénétrer dans la cavité péritonéale une certaine quantité
de vapeur vineuse. Depuis cette époque, MM. les docteurs Jobert (de Lamballe)
et Vassal ont guéri chacun un cas d’ascite eq^ovoquant , après la sortis du li-
quide, une péritonite adhésive.
M. le docteur Vassal se servit, pour irriter le péritoine, de l’instrument au
moyen duquel il avait retiré la sérosité. La guérison eut lieu à travers de si gra-
ves accidens, qu’il serait peut-être plus que hardi de répéter en pareille occa-
sion la pratique de notre honorable confrère.
En6n, dans une dissertation présentée à la Faculté de médecine, il y a deux ou
trois ans, il est question d’une ascite qui fut guérie par des injections composées
d’un mélange d’eau et de décoction de quinquina.
Ces faits sont certainement bons à connaître , mais, encore une fois , ils ne suf-
fisent pas pour décider la grave question de thérapeutique à laquelle ils se rap-
portent.
LIVRE TROISIÈME.
DE l’augmentation ET DE LA DIMINUTION DE NUTRITION,
OU DE l’hypertrophie ET DE l’ ATROPHIE DU CŒUR.
CHAPITRE PREMIER.
DE l’hypertrophie DU COEUR.
• I
- CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. ‘ j
I
Passer de l’étude de Fhypercrinie du cœur à celle de |
l’hypertrophie du même organe , ce n’est pour ainsi dire |
pas changer de sujet. Q^st-ce, en effet, que la nutrition, |
sinon une véritable sécrétion nutritive ? J
M. Dupuytren et les élèves de son école ont rattaché I
\ hypertrophie en général à la grande classe irritations ^
sous le titre irritation nutritive. Notre intention n’est pas
de nous engager ici dans de vaines disputes de mots : nous
prévenons donc les lecteurs que lorsqu’il nous arrivera de
désigner l’hypertrophie sous le nom f}iirritation nutritive j
nous n’attacherons à cette dernière expression d’autre sens
que celui d’une augmentation pure et simple de nutrition ,
sans altération dans les qualités physiques et chimiques ou la \
composition intime des tissus hypertrophiés.
Jusqu’ici, les auteurs n’ont traité que de l’hypertrophie
du tissu musculaire du cœur. Cependant , tous les autres
tissus qui concourent à la structure de cet organe sont
susceptibles de ce mode morbide. En traitant des suites de
la péricardite, de l’endocardite et de la cardite, nous avons |
I
DE l’hypertrophie. 345
rapporté un grand nombre d’observations dans lesquelles
il existait une hypertrophie des tissus séreux , fibreux et
cellulaire du cœur. Il est vrai que dans la plupart des cas,
les tissus dont il s’agit étaient à la fois hypertrophiés et
I ; transformés en des tissus anormaux ; mais dans quelques
cas l’hypertrophie était pure et simple. Les valvules en
] particulier se présentent chez certains sujets avec tous les
caractères d’une véritable hypertrophie. Nous pourrions
donc consacrer ici un article spécial à l’hypertrophie de
{ chacun des tissus du cœur. Toutefois, comme l’hypertro-
,j] phie du tissu musculaire est la seule qui mérite sérieuse-
ii 1 ment d’étre étudiée sous le point de vue clinique et pratique,
i:( c’est d’elle seule que nous nous occuperons d’une manière
f spéciale (i).
Ce n’est qu’à une époque encore assez récente, que les ob-
; servateurs ont assigné à V hypertrophie ou super- nutrition du
I tissu musculaire du cœur le véritable rang qu’elle doit occu-
I per dans la longue série des maladies de cet organe. Lancisi,
: Sénac, Morgagni , et beaucoup d’autres médecins contem-
] porains de ces derniers , n’étudièrent point à part l’hyper-
i I trophie du cœur (2) : ils la subordonnèrent à la dilatation
( ou à \ anévrisme de cet organe. Il y a plus , c’est que , loin
I I de considérer l’épaississement du cœur, qui 'accompagne si
I ! souvent la dilatation de cet organe , comme une simple
i . augmentation de la nutrition de celui-ci, Lancisi attribue
j t cet épaississement à un mice des fluides, et le compare à l’en-
! : gorgement et à l’augmentation de volume que V obstruction
(1) L’hypertrophie du tissu séro-fibreux et du tissu cellulaire du cœur se dé-
I ' veloppanl le plus ordinairement, d’ailleurs, à la suite des inflammations dont
I ils peuvent être le siège , nous lui avons consacré quelques lignes en nous occu-
^ 1 pant de la péricardile, de Y endocardite et de la cardite.
(2) Par le mot hypertrophie du cœur, nous entendrons désormais l'hypertro-
' I phie de la substance charnue de cet organe , bien que , comme nous l’avons dit
plus haut, les autres tissus soient aussi susceptibles d’hypertrophie.
l
I
346 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
et la stagnation des Jliudes font éprouver aux autres 'viscères.
Un tel rapprochement n’est pas entièrement dénué de vé-
rité ; mais il est clair que Lancisi confondait ici deux choses
fort distinctes, savoir : l’accroissement de la masse normale
des organes par suite d’une simple augmentation ddxis l’acte
nutritif, avec le même accroissement par suite d’une alté-
ration, et non d’une pure et simple augmentation de l’acte
nutritif. Lancisi confondait, en un mot, X hypertrophie avec
X hétérotrophie (je dirais la cacotrophie, si cette expression
était plus euphonique). Il faut, d’ailleurs, convenir de
bonne foi que très souvent ces deux états morbides se
rencontrent à côté l’un de l’autre dans le même organe,
et qu’une simple augmentation de nutrition peut dégénérer
assez facilement en une altérati'on de nutrition.
Morgagni n’a point commis l’erreur dans laquelle était !.
tombé Lancisi : il dit positivement que l’épaississement !i
des parois du cœur, dans les cas que nous étudions, est j
une augmentation de la substance musculaire du cœur u
(prœternatumle carnis musculosœ augmentum), et quelle n’est j !
point due à un vice des fluides {yitio fluidoruni).
A l’instar de ses prédécesseurs , qu’il laissa néanmoins ,
bien loin derrière lui, Corvisart décrivit pour ainsi dire en ;
bloc et la dilatation et l’hypertrophie du cœur, en conti-
nuant à subordonner celle-ci à la dilatation, comme l’indi-
que sa fameuse distinction des anévrismes du cœur en actifs
et en passfs. L’anévrisme actif de cet illustre observateur
n’est', en effet, que la réunion de la dilatation des cavités
du cœur avec l’hypertrophie de leurs parois.
Tel était l’état de la science sur la matière qui nous
occupe, lorsque, le lo août i8ii , M. Bertin en fit le sujet
d’un Mémoire qu’il présenta à l’Institut , et dont Corvisart
fut nommé rapporteur. Plus tard, M. Bertin communiqua
de nouveaux mémoires à cette savante compagnie. Comme
c’est particulièrement sous ce point de vue que ce médecin
DE l’hypertrophie. 347
a bien mérité de la science , et que personne plus que moi
ne désire qu’une justice pleine et entière soit rendue à celui
dans le service duquel j ai commence mes premières re*
|. cherches sur les maladies du cœur, et dont j’ai rédigé les
i. travaux, le lecteur me permettra de consigner, dans la
note ci-dessous, le rapport qui fut fait à l’institut par
i'M. Pinel , sur les différons mémoires de M. Bertin(i).
(,) ‘ INSTITUT DE FRANCE.
ACAOiMIB ROYÀLB DBS 8GIEHCB8.
rarii , le 15 janvier 1821.
Le Sbcbétaibb PEnpÉTOBi, de l’Académie pour les sciences naturelles certifie
ique ce qui suit est extrait du procès-verbal de la séance du lundi i5 janvier 1821.
Pfpuii Morgagoi jusqu’à nous» l^s meilleurs esprits en médecine , et tous les hommes dont les tra*
i « Ysux ont servi aux progrès de la science « ont pris t’anatomie pathologique pour hase de leurs recher-
I ' ehes. Pour ne parler que des maladies du cœur, nous citerons les travaux de Lascist» de Ssnac , de
î Mil. PoRTAL, CORTISART, KrEYSIG , BoRNS , TbSTA, MeCKCL > IIOCDSOS , et LaBNSEC.
I Les Mémoires de M. Bbrtix , dont l'Académie a chargé MM. Pbllbtan , Douêril et moi de luiren*
\ è dre compte,, ne le cèdent en rien aux écrits dont nous venons de citer les auteurs, et nous pourrions ,
I • à beaucoup d’égards, revendiquer en faveur de M. Bertin ranlériorité de PobiervatioD et de la ooo*
I I paissance de plusieurs lésions organiques du cœur, sur lesquelles il a communiqué à l’Académie des
I « observation)», à une époque où quelques uns des ouvrages les plus estimés sur ce sujet n'avaient pas en-
I c core été publiés. Loin de nous l’idée que les faits et les recherches de M. Bbutin lui aient été empruntés
\ < et rendus publics sans sa participation et à son insul Le champ de l'observation est ouvert à tout le
\ I monde , et couime la vérité est une, elle doit se montrer à tous sous les mêmes formes. Notre remarqite
i| a a seulement pour but de garantir M. Bertin de toute accusation de plagiat en lui assurant l’antériorité.
I Ln effet , lorsque l’auteur présenta à l’Académie , le 10 août ISH, sun premier mémoire sur les wa-
I ladies org.Toiques du cœur, on n'avait encore que faiblement distingué l’épaississement de cet organe
I c d'avec la dilatation de scs parois , et de l’augmentation de ses cavités désignées sous le nom d’anévrisme:,
t on paraissait avoir confondu sous la dénomination d’épaississement un état inverse, et tout opposé bous
‘ 1 le rapport anatomique et ph,vsiologique. On ne semblait pas avoir distingué raugnieotation simple de
I nutrition des parois musculaires du cœur, d'avec les vices ou les altérations plus ou moins profondes
< que peut présenter cette nutrition. À cotte époque, M. Corvisarx nommait ces espèces d’allérationf ,
4 énivritmei aet'f* , sans déiermioer les oirconslauces et les caractères anatomiques qui tendent à dimi>
I nuerou même à détruire celte activité , soit par les ramollissemens , soit par les endurcissemens des pa-
rois ou des colonnes muscqlaircs du cœur et d’une foule d'autres altérations résultant de l’augmentation
i de nutrition , mais qui souvent aussi peuvent épaissir les parois sans les hypertrophur. C'est encore à la
I même époque que U. Bortal ne considérait dans cet épaississement du cœur qu'une Iransformatiou
' d’une substance étrangère au tissu musculaire de cet organe, et avait été ainsi conduit à ne regarder
( cet état anatomique que comme toujours passif.
Ce fut alors que M. Bebtin , après dix années employées , dans les hôpitaux confiés à ses soins, à re*
4. eneillir, comparer et rapprocher entre elles un grand nombre d'observations confirmées par l'inspec*
lion ca^lavérique , essaya de d'émotiirer, dans son premier mémoire , que lu dénomination d’anévrrsme
ne donnait pas une idée de la dilatation du cceuri que l'activité trop géaéralcmeDt attribuée à une espèce
de dilaiaiion des parois, accompaguée de leur épaississeiaeol, ne devait être reconnue que «Uusivs cas
348 MALADIES DÜ CÆUÏl EN PARTICULIER.
Cet observateur distingua trois formes d’hypertrophie
du cœur.
Dans la première forme , les parois d’une ou de plusieurs
cavités du cœur sont hypertrophiées, sans que ces cavités
aient augmenté ou diminué de capacité : c’est l’hypertro-
phie simple.
Dans \dL seconde forme y les parois des cavités sont hyper-
d’une véritable augmentation de nutrition du tissu musculaire ; que celle augmentation de nutrition
ne co*exislait pas toujours avec la dilatation; que 1a dilatation et l’épaississement réunis ne constituaient
pas l’augmentation d’activité des parois musculaires, puisque l’auteur avait valnemeol cbercbé à eu
trouver les dispositions anatomiques dans un grand nombre d’observations ; que souvent au contraire ,
les cavités du cœur étaient très diminuées ( disposiiion dont la première découverte parait appartenir
à U. Bsatin}; et qu'enfin l’activité morbide du cœur s’alTaiblissait en raison de ses complications,
surtout lorsque l’épaii-sissemeDi , doué d’abord des caractères du tissu musculaire, mais perdant en-
suite de sa densité, de sa consistance, de sa couleur, devenait d'un brun foncé, se ramollissait, se relà
cbait; ou lorsqu’il présentait une disposition inverse, c'est-à«dire un endurcissemeut de son tissu,
rencontré le plus souvent dans les piliers et les colonnes de la cavité des ventricules.
Tels sont les résultats les plus marquans du premier mémoire sur lequel M. Convisiat fut chargé,
en ISll , par l’Âcadémie, de lui faire un rapport , mais que ses nombreuses occupations ne lui lais*
séreot pas le tebops de vous présenter. Nous allons poursuivre l’analyse des autres mémoires de
M. Behtin , que l’on ne doit considérer que comme le développement des idées et des observations
consignées dans la première partie de son travail.
Chacune des formes de l'bypertropbîc, considérée plus particulièrement dans le ventricule gauche, pa*
ra!t surtout avoir été approfondie dans les trois mémoires présentés successivement depuis plus d’une
année à l’Académie. Ainsi, M. Bbbtiiv, suivant dans son deuxième mémoire la même marche aua-
lytique , commence par exposer des faits et des observations propres à établir la première espèce d'hy-
pertrophie suivante : l'épaissUsement tam dilatation du ventricule gauche. Cette altération est d’abord con-
sidérée à son état primitif et ensuite avec les diverses complications dout elle est souvent accompagnée.
Chacune de ces observations présentées; avec les pièces anatomiques, à plusieurs sociétés de médecine,
est suivie de réllexioos dont on peut tirer pour la physiologie pathologique des conséquences nouvelles
et avantageuses.
Le troisième mémoire a pour but de faire connaître et de déterminer le* signes caractéristiques et
les altérations organiques propres aux Ayperlrop/uei du yenlricu/« gauc/«e et du ventricule droit y avec di-
minution de leurs cavités.
Sbnao avait déjà consacré un des articles de son bel ouvrage à la diminution de volume , à la peti-
tesse des cavités', au dessèchement du cœur.
MiLPicai et Fabbicb db Uildbr parlent de cœurs petits, ridés, flétris ; Coitis&bt fait mention du ré-
trécissement du ventricule gauche ou droit, delà diminution des cavités , produite par U rétractilité
des parois, à la suite des indurations , des altérations cartilagineuses et osseuses des valvules iricuspides
et mitrales.
Dans les observations que M. BinnH a recueillies, il a observé que le volume du cœur n’était pas
sensiblement altéié ; que les ventricules étaient cependant plus charnus que dans l’état naturel, et que
l’épaississemeDt musculaire était évidemment formé aux dépens de la cavité, sans oependaot paraître
présenter aucune trace d'altération quelconque.
Ce troisième mémoire contient six observations remarquables, tant sous le rapport de 1a description
des symptômes, que sous celui des détails d’anatomie pathologique.
Le quatrième est consacré à faire connaître Vhypertrophie des parois du ecrur jointe à leur dilatation.
L’auteur a reconnu cette dîsposiiinn morbide dans dix observations détaillées. Il expose ensuite les
dilTérens degrés d’byperiropbie dans le ventricule gauche , daus le ventricule droit , dans les oreilleitefi
il fait rcuarquer qu’elle est loin d’étre ubiforme dans les parois du cœur , dans U cloison des venin*
DE l’hypertrophie. 349
trophiées en même temps que la capacité de ces cavités est
augmentée : c’est Vhypertrophie excentrique ou l’anévrisme
actif de Corvisart.
Dans la troisième forme , l’épaississement hypertrophique
du cœur coïncide avec la diminution de capacité de ses
cavités , comme si l’hypertrophie ç’était opérée à leurs dé-
pens : c’est V hypertrophie concentrique.
cules et des oreilleltes; qu’elle rarie dans les colonnes cbarnues et dans les différens points des parois
des casités ; et qu'elle oITre diOerens degrés , selon la dilatation plus ou môins grande et les dimensions
proportionnelles des cavités correspondantes.
Ces diverses nuances d’altérations sont décrites avec beaucoup de soin par M. Bebtik.
D’après les travaux et les recberebes que cet auteur a pré.sentés à l’Académie , il a été conduit à re-
connaître, 1“ que, dans les différentes espèces de lésions organiques, le tissu musculaire peut être plus
ou moins altéré ; 2° que le cœur s’épaissit en se dilatant et sans se dilater; 3° que l’épaississement des
parois offre deux caractères anatomiques dillérens. l’augmentation ou l’altération de la nutrition, tantôt
simultanés, tantôt existans isolément; 4° M. BtnTiiv prouve que l’épaississement par hypertrophie, objet
principal des mémoires que nous venons d’analyser, offre trois formes différentes , dont deux n’avaient
pas été , avant l’année 1811 , rattachées à la doctrine des maladies du cœur , et que nous avons déjà
indiquées plus haut , c’est-à-dire rsugmentation du volume du cœui sans accroissement des cavités , et
la diminution des cavités causée pat l’hypertrophie ; 5“ il pense que la dénomination d’aiièensme n’est
applicable sous aucun rapport à ces deux espèces d’altérations , et qu’elle n’a été donnée à l’épaississe-
ment joint à la dilatation des cavités, que d’après des rapports que l’on avait cru apercevi^r entre cette
dilatation et celles des parois artérielles ; dilatation asseï rare, et que beaucoup de pathologistes, et
surtout Sennebt , LiMOns et Scaepa , ont révoquée en doute ou niée formellement ; 6“ il alliriue qu'il
faut bien se garder d’appeler les hypertrophies des dilatuthns actives, parce que l’énergie de la paroi
est singulièrement modiüée , quelquefois même très affaiblie , soit par l’endurcisseméiit , soit parle
ramollissement de la paroi épaissie , et par toutes les autres complications ; '3° il pense , enlin , que
l’épaississement, avec ou sans dilatation des parois, doit être distingué d'après ses caractères anato-
miques , et non d’après les phénomènes physiologiques qui sont si nombreux et'si variables.
Ces divers aperçus pathologiques, confirmés depuis par des travaux récens et recommandables, mais
que nous n’avons pas dû citer, nous étant surtout appliqués à faire connaître les altérations organiques du
cœur sur lesquelles M. Bebtin a le premier ou l’un des premiers fixé l’attention des observateurs ne
«eraienl pas sans doute nouveaux aujourd’hui ; mais si l’on se reporte à l’époque où l’auteur a présenté
*on premier mémoire, dont les autres ne sont que le développement, on verra que ses travaux sont loi'n
d’avoir été sans utilité pour la science.
Les distinctions admises par l’auteur sont déduites d’un grand nombre de faits bien observés, et qui
ont demandé beaucoup de sagacité et de patience dans les recherches anatomiques. L’auteur a toujours
eu soiu de s’en tenir à la description exacte des faits, et de rallier les symptômes avec les drvers résultat»
fournis par l’anatomie pathologique.
Aussi pensons-nous que les travaux de M. Beetin n’ont pu que concourir aux progrès de la connais-
sance de ces maladies ; nous croyons même qu’ils y ont déjà servi, et que la classe ne sera que juste
envers M. Bebtih , en accueillant favorablement ses travaux , et en reconnaissant l’antériorité de ses re-
cherches sur plusieurs altérations organiques du cœur. Qu’il nous soit permis de nous féliciter dé voir
nous communiquer le fruit de ses veilles, le fils d’un homme que l’Académie compta parmi ses membres
les plus distingués , et qui a laissé des souvenir» glorieux dans les sciences anatomiques.
Signé DÜMÉBIL, PELLETAN, PINEL, rapporteur.
L’Académie approuve le rapport et en adapte les conclusions.
Cerliûé conforme à Toriginal :
Le lecrétaire perpétuel , conseiller d’Etat , olpcier de l’ordre rojal de la Légion d’honneur,
B. CUVIEK.
350 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
DepiiisM. Berlin , plusieurs observateurs ont eu occasion
de rencontrer les trois espèces, les trois formes d’hyper-
trophie qu’il avait signalées , et nous en avons rapporté
dans cet ouvrage plusieurs exemples que nous avons re-
cueillis nous-mêmes (i).
Chez les auteurs antérieurs à M. Berlin , on ne trouve
réellement aucun fait qui se rapporte exactement à sa troi-
sième forme d’hypertrophie (hypertrophie concentrique).
Mais il n’en est pas ainsi de la première forme (hypertro-
phie simple).
Dans une observation qu’il a rapportée dans sa iy« lettre,
Morgagni dit positivement que la cavité du ventricule droit
était à l’état normal, mais que les parois de ce ventricule
étaient très épaissies : venthiculus dexter caveam quidem
(i) M. le professeur Cruveilhier est, à notre connaissance , le seul obserra-
teur qui Sit coYitesté l’existence de l’une des foi-mes de l'hypertrophie du cœur
établies par M. Berlin , savoir l'hypertrophie conccnfriçue. Les raisons qu’allègue
ce savant anatomo-pathologiste contre l’existence de cette forme d’hypertrophie,
sembleraient prouver qu’il n’a pas lu avec attention les faits rapportés dans le
Traité des maladies du cœur, de 1824 ; car aucune de ces raisons n’cst réellement
applicable aux faits dont il s’agit.
« Les faits que j’ai eu occasion d’observer, dit M. Cruveilhier, ne me permet-
*tent pas d’admettre l’hypertrophie concentrique. L’effacement de la cavité, l’c-
«paisseur des parois , proportionnellement plus considérable , me paraissent le
• résultat du genre de mort. Le cœur de tous les suppliciés que j’ai eu occasion
• d’examiner m’a offert ce double phénomène au plus haut degré. Les parois ven-
• triculaires se touchaient dans tous leurs points. J’ai fait la même observation
• chez les individus qui ont succombé à une mort violente. Les cœurs hyperlro-
• phiés concentriquement des auteurs que je viens de citer f MM. Berlin et
• Bouillaud) me paraissent des cœurs plus ou moins hypertrophiés, que la mort
• a surpris dans toute leur énergie de contractilité. On peut d’ailleurs s’en con-
» vaincre en voyant la facilité avec laquelle cct ventricules, sans cavité propre-
• ment dite, se laissent dilater par l’introduction de plusieurs doigts. »( Voy.
Vart. Hypertrophie, du Dict. de mèd. et de chir. pratiq.)
Les observations d’hypertrophie concentrique qué nous allons rapporter dans
la première section de ce chapitre répondront, de la manière la plus victorieuse
aux objections de M. Cruveilhier, si compétent, d’ailleurs, en matière d’anatomie
pathologique , celle branche de la médecine que ses travaux ont contribué puis-
samment à illustrer.
\
DE L’iIYPERTROPniE. 35 1
SECDNDUM NATünAM , SED CRASSISSIMAS PARIETES ITABEBAT. ( De
Sedib. et Caiis. morhor. , etc. ; Epist. XVII , art. 21.)
Borsiéri admet formellement l'espèce d’hyperlrophie
dont il est ici question , comme le prouve le passage sui-
vant de ses Institutions de médecine : Interdum moles tan-
tum CORDIS IPSA VIDETUR AUCTA , QUIN TAMEN JUSTO MAJOR
CAVEARUM AMPUTUDO DICI POSSIT.
Enfin , Corvisart lui-même a publié dans son ouvrage
un exemple d’hypertrophie simple du ventricule gauche.
Chez un malade mort d’un anévrisme de l’aorte, « le ven-
I » tricule gauche du cœur, sans être dilaté, offrait des
I » PAROIS BEAUCOUP PLUS EPAISSES ET BIEN PLUS FORTES QU’eLLES
» NE LE SONT ORDINAIREMENT, et déjà, ajoute CoTvisart , cette
j » force du 'ventricule gauche non dilaté explique comment la
» crosse de V aorte , qui recevait la 'vive projection du sang par
J) ce 'ventricule, trop fort pour céder, a dû subir une dilatation
I » à laquelle le cœur se refusait. » (Op. cit. , pag. 335.)
' Le lecteur trouvera dans le cours de ce chapitre le ré-
sultat des recherches qui nous sont propres sur les causes,
les signes et les effets de, l’hypertrophie du cœur, soit
qu’elle existe sans dilatation ni rétrécissement des cavités
de cet organe , soit qu’elle co-existe , au contraire , avec
l’un ou l’autre de ces deux états morbides. Nous ajoute-
rons seulement ici que dans la plupart des organes creux
autres que le cœur , nous avons observé ( et d’autres ont
fait la même observation) les trois formes d’hypertrophie
admises pour le cœur par M. Bertin.
PREMIÈRE SECTION.
OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR l’hYPERTROPHIE DU TISSU
MUSCULAIRE DU COEUR.
L’hypertrophie du tissu musculaire du cœur se rencon-
trant bien moins souvent à l’état simple qu’à l’état de com-
352 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Linaison avec quelque autre maladie de cet organe, il n’est
pas étonnant qu’un grand nombre des observations que
nous avons déjà rapportées , soient des exemples de l’affec-
tion qui fait l’objet de ce chapitre.
La péricardite et surtout l’endocardite chroniques sojit
des maladies avec lesquelles co-existe presque constamment
l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Et pour que
le lecteur ne puisse conserver aucune espèce de doute à cet
égard , il nous suffira de mettre sous ses yeux un relevé
exact des observations d’endocardite et de péricardite chro-
niques consignées dans le$ deux premiers chapitres de cet
ouvrage.
Nos cas de péricardite chronique sont au nombre de
sept(Observ. 20®, 21®, 22®, 28®, 24®, 25®, 26®). De ces
sept cas, il en faut retrancher deux (Observ. 26® et 26®),
comme ne contenant pas des détails complets sur l’état du
cœur. Restent cinq cas , parmi lesquels il n’en est aucun
dans lequel on n’ait constaté l’existence d’une hypertrophie
du tissu musculaire du cœur.
Le chiffre de nos endocardites chroniques s’élève à trente-
quatre (Observ. 43®, 44", 5i®, 52® 53j®, 54®, 55®, 58®, 59®,
60®, 61®, 62®', 63®, 64®, 65 , 66®, 67®, 68®, 69®, 70®, 71®,
72® , 73® , 74' , 74' , 75® , 76' , 77® , 78® , 79® , 80®, 81® ,
82®, •‘83®). De ces trente-quatre cas , il eh est six (Obs. 54® ,
55®, 61®, 73®, 74®et74®bis qui, faute de détails suffisans
sur l’état du cœur , ne doivent pas être placées en ligne de
compte. Les vingt-huit cas restans nous offrent tous des
exemples incontestables d’hypertrophie du tissu muscu-
laire du cœur.
D’où il suit\ en définitive, que sur trente-trois cas bien
décrits d’endocardite, de péricardite ou d'endo-péricardite,
terminées par épaississement, induration des tissus affectés
ou par le développement des diverses productions décrites
ailleurs, il n’en est pas un seul où l’on n’ait trouvé un état
d’hypertrophie du tissu musculaire du cœur.
DE l’iIYPERTROPHIE; ' 3Ô3
Nous rccommànclons à toute ralteiition du lecteur ce
remarquable résultat, cerapport importantsur lequel nous
reviendrons en traçant l’histoire générale de l’hypertro-
phie du tissu musculaire du cœur, et que tendront à con-
firmer les observations qui vont suivre.
Ayant déjà rapporté trente-trois cas d’hypertrophie du
cœur (et ces cas nous présentent la maladie sous toutes ses
formes principales) , nous aurions pu , à la rigueur, nous
dispenser d’en consigner ici de nouveaux exemples. Toute-
fois, comme la matière est d’un grand intérêt , nous avons
cru devoir faire précéder l’étude générale de l’hypertrophie
musculaire du cœur de vingt-une autres observations par-
ticulières que nous avons divisées en deux séries. Dans la
première série se trouvent les observations relatives à l’hy-
pertrophie de chacun des deux ventricules (i) , et dans la
I seconde celles d’hypertrophie affectant à la fois plusieurs
I • des cavités ou même toutes les cavités du cœur. J’appellerai
j celle-ci hypertrophie multiple on générale, et l’autre hyper-
trophie partielle.
(i) Nous n’avons pas cru nécessaire de consacrée des catégories spéciales d’ob-
• servations à l’hypertrophie des oreillettes et à celle de la cloison et des colonnes
charnues. Il est extrêmement rare de rencontrer l’hypertrophie de ces parties,
sans qu’il existe en même temps une hypertrophie des ventricules. Nous verrons
cependant plus loin un cas fort curieux, dans lequel une énorme hypertrophie des
colonnes charnues du ventricule droit a paru coïncider avec une atrophie des pa-
rois de ce ventricule.
364 MAtADIES DÜ CCEÜK EN PARTlCÜLIEE.
PREMIÈRE SÉRIE D’OBSERVATIONS.
HYPERTROPniE PARTIELLE*
§ I. Observations d’hypertrophie du ventricule gauche.
1® Hypertrophie simple ou avec capacité nonuale de la cavité
'ventriculaire.
OBSERVATION 113e.
Homme de 65 ans. — Battemensdu cœur forts, avec bruit sourd, concentré.
— Attaque d'apoplexie. — Hypertrophie simple du ventricule gauche. — Epan-
chement de sang dans les ventricules cérébraux.
T «
Péchard, âgé de 65 ans, paveur, ayant le cou gros et
court , d’un tempérament sanguin , d’une taille moyenne ,
fortement constitué, d’un caractère doux et tranquille,
était sujet, depuis quatre à cinq ans, à des maux de tête et à
des étourdissemens, quelquefois suivis d’une perte de con-
naissance momentanée : ces accidens étaient ordinairement
calmés par d’abondans saignemens de nez. Depuis quelques
jours, cet homme éprouvait des étourdissemens plus vio-
lens que de coutume, et attendaitqu’une heureuse épistaxis
vînt l’en délivrer, lorsque, le i3 septembre 1822, pendant
qu’il travaillait avec ses camarades , il tomba tout-à-coup
privé de connaissance. Il fut apporté à l’hôpital Cochin ,
où nous l’examinâmes , à dix heures du soir.
Il était couché sur le dos et immobile. Il avait vomi une
bile verdâtre , et fendu involontairement ses matières fé-
cales dans le lit : son visage était injecté , sa tête penchée à
droite, et la boucli^ tournée du même côté; la pupille
droite était plus dilatée quO la gauche; on observait une
perte absolue de l’intelligence > du sentiment et des mou-
vemens volontaires ; les membre'* droits e.xécutaient quel-
qnesmouvemensa^/^o/^/^^^/^^/c^, mais le* gauches, soulevés et
abandonnés à leur poids, tombaie;nt comme des corps
OBSERVATIONS D*HŸPERTROPHlEf 3Ô5
inertes ; la respiration était irrégulière et stertoreuse par
intervalles; pouls grand, fort, superficiel, un peu fréquent;
les batteniens du cœur, particulièrement ceux du ventri-
cule gauche, étaient forts, et les bruits concentrés et sourds.
Diagnostic. — Hypertrophie du 'ventricule gauche ; hémor-
rhagie cérébrale.
On pratiqua sur-le-champ une saignée de 4 pcilett. , et des
sinapismes Jurent appliqués aux pieds.
Le i4, à neuf heures du matin, peu de changement,
quelques secousses convulsives dans le bras gauche, inter-
mittence et irrégularité du pouls {une saignée de 3 palett.;
potion avec lo gr. d’émétique, pour en prendre Une cuillerée
d’heure en heure) .
Dans la journée , voici ce que l’on observa ; difficulté de
la déglutition , continuation de la sterteur intermittente ; le
bras le plus paralysé ayant été pincé , a fait un léger mou-
vement pour se retirer ; les paupières , le globe de l’œil ,
le sourcil et les ailes du nez , surtout la droite , sont agités
de mouvemens convulsifs; le malade remue la mâchoire
inférieure et semble ruminer; la dilatation de la poitrine
ne s’opère sensiblement que par la contraction du dia-
phragme; point de vomissemens ; borborygmes , hoquet ,
selles involontaires, sueur générale.
A dix heures du soir, le pouls est plus irrégulier, lent,
la déglutition plus laborieuse , la résolution des membres
est complète.
Le i5 au matin, ronflement slertoreux continu, mais
moins bruyant; 'strabisme ; roulement des yeux ; agitation
convulsive des ailes du nez; nul signe de sentiment ni
de mouvement {même potion, 20 sangsues à chaque tempe ,
mésic. aux jambes) .
Le soir, visage pâle et livide, sueurs, alternatives de
suspension de la respiration et de sterteur ; pouls petit et
très inégal, selles involontaires , point de vomissement.
Mort à huit heures,
25,
35G MALADIES DU COF.Cïl EN PAETICDLIER.
yJntopsie cadai>érique , 12 heures après la mort.
i" Habit, extér. — Cadavre d’un homme robuste et bien
conformé ; face pâle , point gonflée.
2® Org. respirât, et circulât. — Poumons volumineux,
bien crépitans, adhérens, à peine engorgés aux parties les
plus déclives.
CœuV d’un bon quart plus volumineux que le poing du
sujet, arrondi. L’augmentation de son volume tient exclu-
sivement à l’hypertrophie du ventricule gauche , qui sem-
ble constituer le cœur tout entier, et dont les parois , à la
partie moyenne, ont environ i4 lignes d’épaisseur : celle-ci
diminue vers le sommet, et aussi un peu vers la base. Les
colonnes charnues sont très robustes. La cavité ventricu-
laire offre très sensiblement sa capacité naturelle.
Le ventricule droit pnraîtn’ètre qu’une sorte d’appendice
du gauche. La cloison ventriculaire, hypertrophiée dans
la même proportion que le ventricule gauche ,' semble lui
appartenir en propre.
Les deux oreillettes sont épaissies ; la droite est plus am-*
pie que la gauche.”
Le tissu du cœur est rouge , ferme et vermeil.
Les orifices et leurs valvules sont dans l’état normal.
L’artère coronaire gauche est beaucoup plus volumi-
neuse que la droite.
L’aorte, dilatée à son origine, plissée et comme bosselée
à son extérieur, contient des caillots de sang. Sa face interne
est Jaune, rugueuse, ulcérée, et parsemée de plaques,
dont les unes sont cartilagineuses, et les ossifiées ,
minces et semblables à des coquilles d’œuf. La surface des
ulcérations est rougeâtre; autour d’elles, le tissu artériel
est friable et comme terreux ; elles intéressent la membrane
interne et la moyenne. Lesparoisde l’aorte, généralement
épaissies dans toute sa longueur, crient sous 1 instrument
qui les divise ; elles réagissent cependant assez fortement
sur le doigt iotroduit dan,^ le tube artériel, Les vaisseaux
OBSÊRVAXIONS d’h YrERTROPHlIi. 307
de la membrane celluleuse sont très nombreux , rouges et
comme injectés. La membraneyi^/vVieM^e, dans l’épaisseur
de laquelle semblent situées plusieurs des plaques osseuses
indiquées , se sépare facilement des autres. Les artères qui
naissent immédiatement de l’aorte , celles de la base du
crâne et leurs ramifications, les ophthalmiques, sont éga-
lement incrustées de lames cartilagineuses^ calcaires ou
plâtreuses.
3“ Organ. digest. et annex. — Les circonvolutions de l’in-
testin grêle sont contractées; elles contiennent cependant
I de la bile, ainsi que l’estomac. — - La membrane muqueuse
i de celui-ci est généralement rouge ; ses rides , très grosses,
offrent une belle couleur rosée ; la membrane muqueuse de
l’intestin grêle est généralement pâle, La membrane mu-
queuse du gros intestin présente un fond verdâtre, sur
lequel se dessinent des arborisations d’une couleur rosée
ou d’une teinte plus foncée. — Le foie est gorgé de sang.
! La vésicule contient une bile noire. — La vessie, distendue
t par l’urine, s’élève bien au-dessus du pubis,
i, 4" Centr. nerveux. — Les sinus de la dure-mère sont
!i gorgés de sang; les méninges en sont comme infiltrées,
I surtout dans les anfractuosités cérébrales. Les ventricules
»
1 latéraux sont dilatés par une grande quantité de sang li-
[ quide ; toutefois, l’épanchement est plus considéi’able dans
t le ventricule droit que dans le gauche ; leur cloison est dé-
i chirée. La substance cérébrale est ferme et ponctuée de sang.
RÉFLEXIONS.
1 Dans cette observation d’une hypertrophie simple du ven-
1 tricule gauche , remarquez bien qu’il n’existait point cette
1 lividité du visage, cet engorgement veineux, cette infil-
* tration , ces étouffemens que les auteurs regardent comme
inséparables de ce qu’ils appellent anévrisme, ou vague-
ment hypertrophie du cœur. C’est qu^en effet ces symptô-
mes n’appartiennent point à l’hypertrophie, et n’indiquent
353 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
au contraire qu’un obstacle à la circulation veineuse. Or,
dans le cas présent, non seulement il n’y avait point d’ob-
?itacle au cours du sang, soit veineux, soit artériel, mais
encore le mouvement et l’impulsion communiqués à la
masse sanguine, étaient tellement actifs et impétueux, qu’il
en est résulté des hémorrhagies , à l’une desquelles le ma-
lade a succombé.
2,“ Hypertrophie excentrique ou aoec dilatation de la cavité
'ventriculaire.
OBSERVATION Hie. •
Homme de 5g ans. — Plusieurs fluxions de poitrine. — Plus tard , symptômes
d’anévrisme de l'aorte sous-sternale. — Point d’infiltration générale , ni d’ascite ,
ni d’orthopuée. — Congestion cérébrale, par suite de la compression exercée
par la tumeur anévrismale sur la veine-cave supérieure. — Hypertrophie du
ventricule gauche, avec dilatation légère. — Valvules du cœur à l’état normal.
— Anévrisme de l’aorte , avec état crétacé des parois du vaisseau.
Jouin (Louis-Roche) , porteur, âgé de 5g , était malade
depuis dix-huit mois , lorsqu’il fut admis dans le service
delaCharité (n° 4> salleSaint-.Iean-de-Dieu), le4avril i833.
Il disait avoir éprouvé des fluxions la poitrine. A lage
de a6 à 28 ans, il avait eu aussi les hras enflés. C’est depuis
18 mois seulement que, sans cause à lui connue, il lui était
survenu une petite grosseur dans la région droite du ster-
num. En même temps, le malade s’aperçut qu’il ne pou-
vait se livrer à quelque exercice fatigant ou monter un es-
calier , sans éprouver des palpitations et des élouffemens.
Il eut aussi, à différentes reprises, des crachemens de
sang (i;.
(1) Le malade est entré à l’Hôlel-Dieu , il y a troismois.il fut .saigné assez
abondamment, apres quoi on prescrivit l’application de la glace sur la grosseur
de la région sternale. Le malade ayant refusé ce dernier moyen, il sortit de l hô-
pital , après lin séjour d’une semaine seulement.
OBSERVATIONS o’iIYPERTROPHIE. 36^
Voici ce que nous observâmes au moment de l’entrée :
A droite du sternum , dans l’étendue de deux pouces, dans
la région correspondante à l’origine de l’aorte, on observe
un relief très sensible, une sorte de tumeur en forme de
voussure. Celte tumeur présente des baltemens isochrones
au pouls , et en appliquant la main à sa surface on sent un
frémissement vibratoire ou cataire très distinct. La percus-
sion pratiquée sur cette région donne un son mat. La ré-
gion précordiale elle-même rend un son clair dans toute
son étendue, si ce n’est vers la tumeur où il y a de la ma-
tité (un pouce carré).
Lesbattemens du cœur sont réguliers, un peu étendus,
mais d’ailleurs assez normaux. Les bruits qui les accompa-
gnent sont un peu forts, et on les entend très bien dans la
région sous-claviculaire droite (il semble que la tumeur en
les propageant en augmente l’intensité).
Le pouls radial est égal des deux côtés, la respiration
est faible en arrière, et l’on entend à la partie supérieure,
du côté gauche , un ronchus sec , très fort.
Diagnostic. — Anéorisme de V aorte sous-sternale , et proba-
blement plaques osseuses ou cartilagineuses , et ulcérations de
cette artère.
Prescription du h avril. — Saignée de 3 palet.; compress.
résolut, sur la tumeur; jidej} calm. avec acét. de plomb 3
gouttes; 2 bouilL, 3 potag. au riz. ,
6 avril. Couenne luisante, verdâtre, à la surface du caillot.
Le frémissement vibratoire de la tumeur est moins marqué.
8 avril. Saignée de 2 palettes.
Il avril. Les battemens de la tumeur sont moins forts.
Saignée de i palettes (point de couenne sur le caillot,
qui est assez abondant).
i5, i6, ly. Le malade crache un peu de sang.
i5 sangsues autour de la tumeur. >
À la fin du mois d’avril , la tumeur formait un relief
^lüins prononcé (le malade mangeait le quart).
o6o MAtADIES DU CŒUR EN PARTICULIER-
3 mai. Saignée de a palettes ( le sang se recouvre d’une
couenne légère) .
5 mai. Insomnie, langue sèche, nausées; batlemens irré-
guliers du cœur.
Rien de nouveau jusqu’au aa mai. Ce jour-là, on remar-
que une bouffissure assez considérable de la face , avec gon-
flement énorme des 'veines jugulaires .
a8. Le malade accuse pour la première fois une douleur
dans la région de la tumeur; la joue et les paupières du
côté droit sont fortement œdématiées.
>
i®'^juin. La veille, le malade est tombé tout-à-coup sans
connaissance. Avant la visite , une saignée lui avait été pra-
tiquée, il avait repris sa connaissance, mais la parole était
encore gênée, et la face plus rouge qu’avant l’accident.
5 juin. Pendant la visite, le malade perd connaissance;
il tombe dans un état comateux , et sa lespiration devient
stertoreuse; la face est bouffie, vultueuse {saignée 3 palet.;
lav. laxaté). — Il reprend connaissance après la saignée, mais
plusieurs rechutes ont lieu dans le cours de cette journée.
6 juin. Le malade a repris sa connaissance.
8. En auscultant en arrière dans le point correspondant
à la tuiiieur , on constate, lorsque le malade parle, un trem-
blottemerit de la voix, une sorte à’ égophonie.
i6. Le malade crache encore un peu de sang.
g et lo juillet. Retour de l’état comateux; point de ré-
ponse aux questions; décomposition des traits; râle tra-
chéal. {Saignée; bouill. de veau \ émét. 3 grains^ lav. /a.r.)
12. La saignée n’a pas donné de sang. — Le râle est un
peu moins bruyant (^deux 'vésic. aux jambes).
Dans la nuit le râle trachéal devient plus fort que jamais.
; i3. Mort à 6 heures du soir.
Autopsie cadavérique ^ 89 heures après la mort. ( Voy. la
planche V^.)
i” Habit, extér. — Pâleur générale et amaigrissement ;
infiltration considérable du bras droit.
OBSEUVATIONS l)’ll Y PEUTUÛPlUE. 3() f
2“ Organ. Hrculat. et respir. — Sous le slernum existe une
tumeur, dont la surface adhère très intimement avec la face
postérieure de cet os et des côtes correspondantes, qui pré-
sentent une légère excavation pour recevoir la convexité
de la tumeur. Les adhérences s’étendent jusqu’au sommet
du côté droit de la poitrine ; séparée du sternum , la tu*
meur présente, à l’endroit de cette séparation, une matière
molle, friable,* qui n’est autre chose que de la fibrine coa-
gulée, altérée, en grande partie décolorée. Le poumon
gauche répond par son bord antérieur à la partie inférieure
de la tumeur qu’il limite ; il recouvre complètement le
ventricule et l’oreillette gauches et environ les deux tiers
du ventricule droit. 'Il est volumineux, abondamment
parsemé de matière noire et gorgé de sang à sa base et à
son bord postérieur.
Située derrière la partie moyenne du sternum, la tu-
meur, en se portant à droite, avait refoulé le poumon cor-
respondant contre les parties latérale, supérieure et pos-
térieure du côté droit. Le poumon , ainsi refoulé par la
tumeur avec laquelle il avait contracté de solides adhé-
rences, était atrophié. La tumeur avait en même temps
exercé une compression considérable sur la veine-cave
supérieure, la jugulaire , et la sous-elavière droites.
Après avoir bien isolé la tumeur de ses adhérences avec
les parties voisines, on voit qu’elle est en quelque sorte
greffée sur le côté droit de l’aorte ascendante , laquelle for-
mait là une poche ovoïde, du volume de la tête d’un fœtus.
La tumeur était longée par le nerf de la huitième paire.
• Un peu flasque, on sentait en la palpant qu’elle contenait
une énorme quantité de sang en caillots. Les côtes droites
semblaient rentrées en dedans , et le foie présentait trois pro-
fondes scissures dues évidemment a la pression des côtes^ dont
ces scissures étaient pour ainsi dire le moule (le tissu du foie,
dans les points ainsi déprimés,, n’était point altéré dans sa
structure.)
36‘1 MALADIES DU COEUR £N PARTICULIER*
Appuyée sur la partie inférieure de la trachée-artère et
sur les bronches, la tumeur avait notablement aplati ces
canaux, lesquels offraient inférieurement une teinte d’un
rouge foncé, contrastant avec la pâleur des autres régions
du tube respiratoire.
L’aorte ayant été ouverte, voici ce qu’on a observé : sa
portion sous-sternale est remplie par un caillot , qui n’est
décoloré que là où il se trouve en contact avec les parois de
la tumeur; ce caillot est ailleurs d’un noir foncé et com-
posé de caillots secondaires , entassés confusément et sans
former de couches distinctes. A droite , on aperçoit la com-
munication de l’aorte avec le kyste anévrismal; l’orifice de
communication offre i pouce et demi de longueur sur i
de largeur ; sa circonférence est ellipsoïde. Les caillots dont
il a été question plus haut étaient séparés des véritables
parois delà tumeur par d’autres caillots bien plus anciens ;
et ceux-ci étaient disposés par couches d’autant plus den-
ses , qu’elles étaient plus rapprochées du kyste anévrismal.
Ces couches fibrineuses adhéraient entre elles j)ar un tissu
lamineux facile à détacher. Les parois du kyste semblent
formées elles-mêmes par les couches les plus extérieures du
coagulum lamelleux , couches organisées dans lesquelles
on aperçoit des faisceaux analogues aux faisceaux de fibres
musculaires (i); autour de ces faisceaux existent les produc-
tions celluleuses ou fibreuses qui font adhérer le sac ané-
vrismal aux parties voisines.
Les parois de l’aorte, dilatées au point que ce vaisseau
offrait 8 pouces de circonférence , étaient épaissies et res-
semblaient à du cuir blanc. La portion de l’aorte ainsi di- i
latée présentait des bosselures et des enfoncemens , et était
criblée intérieurement de plaques cartilagineuses, osseuses,
plus ou moins saillantes et raboteuses.
(i) Quelques autres couches ressemblaient à delà chair décolorée et devenue
friable*
OBSERVATIONS d’u Yl’ERTROPHlE. 363
Il existait une ligne de démarcation des plus évidentes,'
un véritable bourrelet, à l’endroit où les parois de l’aorte
se continuaient avec la circonférence de l’orifice de com-
munication entre la cavité de ce vaisseau et celle du sac
anévrismal. Ce'bourrelet, épais, saillant, indiquait 1 endroit
où les parois de l’aorte avaient été ulcérées et rupturées. Du
reste , la structure du sac différait complètement de celle
des parois de l’aorte elle-même ; ce kyste , formé de fibres
linéaires , rougeâtres , résistait avec assez de force à la
pression et à la traction.
L’altération crétacée de la crosse de l’aorte se continue
dans la portion thoracique descendante de ce vaisseau, ainsi
que dans les troncs qui naissent de la crosse, mais à un fai-
ble degré. Cette altération va en diminuant dans la portion
abdominale de l’aorte, et devient presque nulle dans l'es
troncs qui en naissent.
Le péricarde ne contient pas de sérosité. Le cœur, bien
conformé , est un peu plus volumineux qu’à l’état normal.
Son tissu est un peu mou et rougeâtre (i).
Le ventricule gauche est sensiblement dilaté, et ses parois
sont un peu plus épaisses qu’à l’état normal (2). Les oreil-
lettes sont un peu dilatées.
Les diverses valvules ne présentent pas de notables alté-
rations.
3° Organ. deVinnerv. — A l’ouverture des méninges, il
s’écoule une abondante quantité de sérosité, et la surface
du cerveau est abreuvée du même liquide. Les ventricules
(1) Il ne faut pas oublier que l’ouverture n’a été faite que 09 heures après la
mort , et dans une saison chaude , circonstances dans lesquelles tous les tissus ten-
dent à se ramollir et à se décomposer.
(2) Gomme nous avions consacré à l’examen minutieux de la tumeur un temps
considérable, nous en manquâmes pour prendre les dimensions du cœur; mais
on verra dans la planche V e, où ce cœur est représenté; qu’il existait bien réellc-
tnentune hypertrophie excentrique ou avec dilatation , à un degré moyen.
364 MALADlliS DU CΟK EN EAlUlCLLlER.
latéraux sont très vastes et contiennent aussi de la sérosité ;
deux cuillerées environ de ce liquide existent dans les
fosses occipitales inférieures. Les mailles de la pie-mère en
sont infiltrées. — La substance cérébrale est un peu molle
et médiocrement pointillée de sang; il en est de même de
la substance cérébelleuse.
Les artères de la base du crâne sont minces et non ossi-
fiées. .
4° Organ. digest. — Pointillé rouge et ramollissement
léger dans la portion splénique de la membrane muqueuse
gastrique (arborisations noires dans quelques points de la
même région); partout ailleurs, la membrane muqueuse
est saine. — Gros intestin contenant des matières fécales à
demi solides, parfaitement sain.
RÉFLEXIONS.
Voilà un nouveau cas dans lequel une hypertrophie du
ventricule gauche, avec légère dilatation, n’a point donné
lieu à cet ensemble de symptômes dits généraux que plu-
sieurs médecins attribuent encore aujourd’hui à ce qu’ils
appellent Vané{>?'isme du cœur. Hé bien , chez ce sujet , les
valvules et les orifices étaient à l’état normal.
Il est survenu, il est vrai, un gonflement des veines
jugulaires et une infiltration. du membre supérieur droit
et du visage , surtout à droite. Mais, ainsi que l’a démontré
l’ouverture du cadavre , et comme nous l’avions d’ailleurs
annoncé, pendant la vie ces accidens étaient dus à la com-
pression exercée par la tumeur sur la veine-cave supérieure
et sur la veine sous-clavière .di'ji te. Aussi les membres infé-
rieurs et l’abdomen n’ont-ils été le siège d’aucune accumu-
lation de sérosité. Les accidens cérébraux (perte de con-
naissance, difficulté de parler, respiration stertoreuse, etc.),
ont été également le résultat de la congestion veineuse du
cerveau, laquelle dépendait elle-même de l’obstacle au
cours du sang dans la veine-cave supérieure.
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. . flCiS
L’observation suivante est extrêmement remarquable èn
ce quelle nous offre l’exemple d’une hypertrophie du ven-
tricule gauche, qui paraît être survenue très rapidement
chez un individu affecté d’un rhumatisme aigu.
OBSERVATION 115<> (i'.
>
Jeune homme de a?, ans. — Rhumalisme articulaire aigu , avec baUcmens vio-
lens du cœur. — Mort environ un mois’ après le début. — Hypertrophie avec
dilatation du ventricule gauche. r, ,
•i . ■
f
« Angelot (Denis), tailleur, âgé de 22 ans, d’un tempé-
» rament sanguin, fut admis à l’hôpital Cochin (12 jan-
» vier i8i8), présentant les symptômes d’un rhumatisme
» articulaire aigu. Il se plaignait en même temps d’une dou-
» leur au côté gauche et vers la base de la poitrine , qui ,
» du reste, était bombée et sonore dans toute son étendue.
I » Le pouls était fort, plein et vibrant , les battemens du
I » cœur étaient aussi très prononcés. Le visage était' un
i » peu pâlé ; la peau était couverte d’abondantes sueurs. La
jj » langue était humide et blanchâtre ; l’abdomen tendu ,
\ » sensible à la pression.
i » Le deuxième jour après l’entrée, les douleurs articu-
'I » laires devien'nentplusaiguës, et les moindres mouvemens
I » les rendent insupportables ; la respiration est pénible ;
» lalangue présente de la rougeur sur-ses bords; la soif est
. i » très vive ; un frisson de deux à trois heures est suivi d’une
I » chaleur violente et de copieuses sueurs. Les battemens
» (lu cœur sont plus forts , la 'vibrance du pouls est plus mar-
» qiiée. '
' » Même état le troisième et le quatrième jours. Le cin-
i| » quième, les symptômes sont un peu diminués; mais les
,i '
i 1 (ô Celte observation appartient à M. Berlin ( je l’extrais du Traité des ma-
- {adies du oceiir de }•
i
366 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
» jours suivans, les douleurs rhumatismales furent portées
» au plus haut degré d’intensité. Elles se calmèrent le
» huitième jour, la tuméfaction des articulations diminua ; .
» cependaîit\ les hattemens du cœur augmentèrent de force. —
» Le neuvième jour, une douleur pongitive se fit sentir
» vers la douzième côte gauche. Elle fat enlevée par une
» saignée de trois palettes, mais se renouvela le lendemain
» avec les palpitations et la vibrance du pouls.
» Le douzième jour , les symptômes de rhumatisme dis-
» paraissent ; mais le cœur continue de battre avec la même
» violence y et la vibrance du pouls persiste. — Un état de
» constipation est combattu par des laxatifs.
» Le quinzième et le seizième jours, les hattemens du cœur
)) et la vibrance du pouls sont moins marqués.
» Les jours suivans, le malade se croyant entièrement
» rétabli J se disposait à sortir.
» Le I®' février, il éprouve de nouveau une assez vive
» douleur au même côté de la poitrine; elle cesse le soir,
» se renouvelle avec plus de violence lé lendemain , dis-
» paraît encore , revient le jour suivant et persiste.
» Le 5 février au soir, le malade , après s’être promené
» assez long-temps dans le jardin , éprouve un frisson vio-
» lent , suivi de nausées" et, de vomissemens ; toux , douleur
» de^côté très aiguë, respiration pénible et même sterto-
» reuse, palpitations tumultueuses. — Une saignée de bras
» pratiquée à minuit le soulage au point qu’il peut se lever
» et même se> promener le lendemain; mais les mêmes
» symptômes se répètent encore le soir.
» Le 8 février, survient une expectoration sanguino-
w lente; les membres commencent à s’infiltrer; les extré-
» mités se refroidissent; le pouls est petit et irrégulier;
» le malade ne parle plus^ qu’avec la plus grande diffi-
» culté ; ses paroles sont entrecoupées de soupirs et de
» sanglots , et il tombe , le g février , dans un état coma-
teux ; sa respiration est bruyante et haute ; le visage qui
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHîE. 367
» était resté constamment pâle , offre un aspect cadavé-
» reux, et la mort^arrive le lendemain à huit heures du
» soir.
» Autopsie cadavérique.
T> Les poumons étaient très engorgés par le sang. Le
» poumon gauche était un peu refoulé vers la partie supé-
» rieure de la poitrine : il était uni par quelques adhéren-
» ces à la plèvre costale. Le péricarde contenait une sérosité
» jaunâtre. ' ' ,
» Le cœur était très volumineux. ^ Les parois du 'ventricule
» gauche avaient plus d’un pouce d’ épaisseur /vers la hase;
» hjpertï'ophie qui allait en diminuant- vers la pointe , oîi elle
» était encore très prononcée. Les colonnes charnues étaient
» plus développées que dans Vétat naturel. La cuvité -ventricu-
» laire était plus que doublée.
» L’oreillette gauche et les valvulés ne présentaient rien
» d’extraordinaire. — Les parois du ventricule droit étaient
» amincies, mais sa cavité était dans l’état ordinaire, ainsi
» que l’oreillette de ce côté. — ' L’aorte avait un calibre sin-
» gulièrement petit , non seulem'ent comparativement à la
» capacité du ventricule gauche , mais d’une manière ab-
« solue (l). ' r- ,
(1) Il est bien fâcheux que l’ouverture n’ait pas été plus détaillée. D'après les
symptômes rapportés plus haut, il est certain qu’il existait une inflammation aiguë
de la plèvre et du pounîon , probablement accompagnée d’endo-péricardite ; et il
n’est rien dit des altérations que ces maladies devaient avoir entraînées à leur
suite. Cette observation est encore un exemple de la coïncidence des maladies du
cœur avec le rhumatisme articulaire aigu. , -
3G8
MAtADTES i)U COF.tjR HN PAnTICIILll^R.
OBSERVATION 110«.
Femme de 79 ans. — Baüemens du cœur très forts, semblables à des coups dfl
marteau. — Paralysie du côté gauche, avec raideur du bras droit, cris et agita-
tion. — Ilypertrophie avec légère dilatation du ventricule gauche ; arachiiitis ,
ramollissement de l’hémisphère droit du cerveau. ‘
Jeanne Bossuet , âgée de 79 ans, domestique, d'une taille
élevée, maigre , pâle et nerveuse, fut apportée à rhôpiial
Coeliin le la janvier 1822. Les personnes qui la condui-
' saient ne purent nous apprendre rien autre chose, sinon
qu’elle avait perdu subitement connaissanee quinze jours
auparavant; que les •facultés- intellectuelles s’étaient en
partie ranimées au bout de quelques inslans , mais que
depuis le' côté gauche était paralysé. Voici, au reste, les
symptômes que la malade présentait à son arrivée. Tète
penchée à droite , bouche déviée dans le même sens, lan-
gue obliqu,ant un peu à gauche , quand la malade la mon-
tre , ce qui lui est difficile ; pupilles égales, mobiles ; visage
e.vprimant une sorte d’étonnement stupide; paralysie des
membres gauches , cris, agitation, loquacité , subdelirium.
— Toutes les artères , mais surtout les carotides, battent
avec force et le pouls est un peu fréquent. Les battemens
du cœur soulèvent les .vêtemens de la malade; ils sont vi-
goureux, bien détachés, et repoussent brusquement la
main appliquée sur la région précordiale. Explorés avec le
cylindre, ils ressemblent véritablement à des coups de
marteau , et produisent un son assez clair. -•
Diagnostic. — Hypertrophie du cœur , phlegmasie cérébrale.
De si graves maladies, jointes à l’âge très avancé du su-
jet, ne laissent aucun espoir de guérison.
Cependant le visage se décompose , le membre supérieur
droit se raidit, et résiste à l’extension ; la malade, plongée
dans un état comateux, pousse des gémissemens et îles cris,
et succombe dans le cours du cinquième jour après son
entrée»
OBSERVATIONS D’HYrERTROnilE. 36ç)
Autopsie cadavérique , 3o heures après la mort.
i“ Organ. respir. et circulât. — Les deux poumons sont par-
faitement crépitans (le droit était adhérent à la plèvre pa-
riétale). '
•Le péricarde est injecté.
Le cœur est tien plus gros que le poing du sujet. Le
ventricule droit , environné d’une grande quantité de
graisse, est d’ailleurs sain. Il ne contient pas de sang , non
plus que l’oreillette' correspondante, dont les colonnes
charnues sont très fortes.
Le ventricule gauche est hypertrophié. Ses parois, à la
base, ont environ 1 1 lignes d’épaisseur ; la cloison ventricu-
laire est épaisse d’environ 7 lignes. Les colonnes du ventri-
cule gauche sont très nombreuses, et sa capacité l’emporte
un peu sur celle du droit. Les parois de l’oreilette gauche
sont épaissies. Le tissu dès ventricules'est rouge et ferme.
Des points jaunâtres existent dans toutes les valvules
du cœur ; les valvules aortiques sont même parsemées de
quelques plaques osseuses ou calcaires. Les artères coro-
naires forment un relief très marqué à la surface du cœur.
Elles sont dures et ossifiées dans tout leur trajet.
L’origine de l’aorte est dilatée ; dans toute la longueur de
cette artère; la surface intérieure est inégale, hérissée de
lames jaunes , terreuses et de squammes calcaires, analo-
gues à des coquilles d’œuf, mais plus épaisses, et dont plu -
sieurs soulèvent la membrane interne. Les artères qui nais ;
sent immédiatement de l’aorte, cellesdes membreset surtout
des pelviens, les artères de la base du crâne, les ophthal-
miques, partagent la dégénérescence de l’aorte; leur mem-
brane celluleuse est très injectée (i). Le tronc de l’artère
mésentérique supérieure, entièrement ossifié, forme un
(1) Il est asseï remarquable que les carotides prioiitiyes avaient en quelque
sorte échappé à l'altération.
2.
34
à..
370 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
tube dur et inflexible ; mais les branches et les rameaux qui
se distribuent aux organes digestifs sont exempts de cette
altération. Tout le système artériel, en général, est gorgé de
sang liquide, tandis que le système veineux, revenu sur lui-
même, en contient à peine.
a® Orgaii, digest. — Les circonvolutions 3e l’intestin grêle
sont petites, contractées et rouges. Le rectum est distendu
par des matières fécales endurcies. La membrane muqueuse
de l’estomac est d’un rouge foncé dans la région splénique.
3° Centres netveux. — Il existe une grande quantité de séro-
sité à la base du crâne et dans les ventricules. L’arachnoïde
4.
qui recouvre les circonvolutions supérieures du cerveau
est opaque et d’une couleur laiteuse. Le lobe postérieur de
l’hémisphère droit offre une teinte jaune. très prononcée:
il est ramolli et comme déliquescent. A son centre existe
une matière blanchâtre, crémeuse, vraiment purulente; sa
substance offre d’ailleurs une rougeur et une injection con-
sidérables, et est parsemée de caillots de sang très petits,
ainsi que de masses jaunes , plus grosses, faciles à écraser,
dont l’intérieur est infiltré de sang. Le foyer est tapissé
d’une membrane très fine , parcourue de vaisseaux rouges
très apparens. L'arachnoïde^qui enveloppe les circonvolu-
tions ramollies leur adhère si intimement , qu’elle paraît
confondue avec elles. Le reste’du cerveau est sans altéra-
tion notable. Les plexus et la toile choroïdes contiennent
des globules hydatidiformes.
OBSERVATION 117».
(
!
Homme d’environ 4o ans. — Battemens du coeur peu sensibles à la main ,
arec pouls fort et vibrant. — Dyspnée extrême, infiltration , etc. — Hypertro-
phie et dilatation énornie du ventricule gauche llydrolborax.
Pierre Brisson , âgé d’une quarantaine d’années , maçon,
d’une taille peu élevée, mais fortement constitué, assurait
n'être malade que depuis une quinzaine de jours, lorsqu’il
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIË. 87!
entra à l’hopItal Cochin le i3 juin 1822. L’état très alar-
mant où il se trouvait nous portait cependant à croire que
sa maladie datait d’une époque plus éloignée. Voici quel était
cet état ; douleur à la partie moyenne du thorax et à la
région précordiale , où le malade éprouvé un sentiment
d’oppression insupportable. Toux, orthopnée, pouls fort,
vibrant et régulier ; battemens du cœur peu sensibles à la
main (l'état d’angoisse et d’agitation ne permet pas de pra-
tiquer l’auscultation) ; céphalalgie, étourdisseraens, éblouis-
semens fréquens, insomnie des plus cruelles ; visage blême
et boul'fi, lèvres grosses et un peu livides (i).
PfiEScniPTioN. — Tisane apérit. ; jul. digit.
Le 16 juin, quatrième jour après l’entrée j le malade,
incessamment menacé de perdre la respiration , ne peut
plus rester couché ; la frayeur et l’anxiété sont peintes sur
son visage. Le 17, le malade reste assis, appuyé sur le bord
de son lit, la tête basse et le corps penché en avant : il gé-
mit et est haletant : il implore nos secours et nous conjure
de ne pas le laisser mourir. On pratique une saignée, du
bras; mais le sang ne coule que goutte à goutte, ce qui
oblige de remplacer la saignée générale par l’application de
trente sangsues à la région précordiale. Le 18, peau froide,
, œdème du pied droit (vésicat. sur la poitrine). — Environ
deux heures de sommeil la nuit suivante. — Le 19, jour d’o-
rage et de pluie , augmentation rapide de tous les symp-
tômes, étouffement, angoisses affreuses; le malade nu,
assis sur sa chaise , le tronc tendu et fortement courbé en
avant, la tête appuyée sur le bord du lit, ne peut conserver
d’autre position et s’attend à une mort prochaine. — Le 20>
(i) Celte observation, recueillie en 1822, manque de quelques détails tê-
méio'ogiquts. Si je la rapporte ici, c’est quelle offre de l’intérêt sous le point
de vue anatomique , ainsi que sous celui de la rapidité avec laquelle l’hypertro-
phie parait s’élre développée.
24.
: 37^2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
' situation de plus en plus déplorable; contraction comme
‘} convulsive du diaphragme, suffocation imminente, visage
plus gonflé, yeux égarés, peau froide, désir delà mort,
qui arrive enfin à dix heures du matin.
Autopsie cadai^érique , 20 heures après la mort.
r .1" Habitude extérieure. Cadavre bien conformé; infdtra-
i tion des membres , dont les veines sont gorgées de sang'.
2°. Organ. respir. et circul. — Son mat des. deux côtés de la i
jj poitrine; épanchement d’une grande quantité de sérosité,
N légèrement rougeâtre , dans les deux cavités de la plèvre. ,
Pressés par ce liquide et par la masse énorme du cœur, les i
deux poumons, peu volumineux, présentent un tissu en-
k core crépitant, mais condensé par la compression,
j! Le péricarde contient une petite quantité de sérosité rou-
geâtre. Le cœur, gorgé de sang, énorme (quatre fois environ
plus gros que le poing du sujet ) , occupe autant d’espace i
! que les deux poumons réunis : il est situ^ transversalement, |
de manière que sa base comprime un peu le poumon droit, i
' tandisquelesdeuxventriculespèsentpourainsi dire de tout 1
leur poids sur le poumon gauche. Débarrassé des caillots a
fibrineux noirs qui l’engorgent, le cœur conserve encore un 4
volume extraordinaire. Le ventricule gauche a une capacité îj
triple de celle qui lui est naturelle, et ses parois ont envi- , -
ron six lignes d’épaisseur. Son tissu est rouge et assez ferme. .|
L’oreillette gauche, extrêmement petite en comparaison
du ventricule, pourrait contenir un œuf de poulette. — Le i
ventricule droit , bien moins ample que le gauche, un peu i
dilaté néanmoins, conserve son épaisseur ordinaire. Cette 'j
épaisseur, assez uniforme dans toute l’étendue de ce ven- i
tricule, comme cela avait aussi lieu dans le gauche, dimi- :i
nue seulement un peu vers la pointe. L’oreillette droite , 1
épaisse et charnue, est d’un bon tiers plus volumineuse que I
la gauche. — Les orifices du cœur sont sains. L’aorte et l’ar- |
tère pulmonaire sont gorgées de caillots de sang ; la crosse de j
.à
OBSERVATIONS d’hYPERTROPIIIE. 873
]a première est sensiblement dilatée, tandis que son orifice
est peut-être un peu rétréci.
' 3” Organ. abdom. — La membrane muqueuse de l’esto-
mac, de l’intestin grêle et du gros intestin, présente une
rougeur foncée, analogue à la couleur du kermès, et pro-
duite par l’engorgement mécanique des vaisseaux sanguins.
Un tîenia vivant parcourt toute' la longueur de 1 intestin
iléon. — Le foie et la rate sont gorgés de sang. La vessie est
contractée, rosée intérieurement.
4” Organ. encéphal. — Le cuir chevelu est aussi gorgé de
sang ; il existe une assez grande quantité de sérosité dans
l’arachnoïde. A la convexité du cerveau, le feuillet viscéral
de cette membrane adhère avec le feuillet pariétal, et -pré-
senté çà et là diverses granulations ; sur les côtés des hé-
misphères, l’arachnoïde est opaque, laiteuse et injectée;
la substance cérébrale est d’une grande mollesse (i).
30 Hypertrophie concentrique ou avec rétrécissement de la ca-
vité'ventriculaire. , ,1
«
^ OBSERVATION 118«.
C
Femme de 4o ans. — BaUemens du ventricule gauche violens, sourds et peu
étendus; palpitations. — Paralysie du bras droit, puis érysipèle de la face. —
Mort. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec rétrécissement de sa cavité.
— Ramollissement du cerveau et du cervelet.
Sally (Prudence), âgée de 4o ans, domeslique, d’un
(1) Cette hypertrophie paraît avoir affecté une marche aigue , puisque le ma-
lade nous assurait n’en avoir éprouvé les premiers symptôm.es que quinze jours
avant son entrée. Nous avons déjà dit qu’il nous semblait probable que la ma-
ladie dont il s’agit remontait à une époque plus ou moins éloignée. Néanmoins ,
des faits de ce genre méritent d’être publiés, afin que l’on parvienne un jour à
déterminer si véritablement, dans certains cas, l’hypertrophie du coeur peut ac-
quérir en quelques semaines un développement qu’elle n’acquiert ordinairement
qu’au bout d'un temps beaucoup plus long.
Déjà, au reste, l’observation n5« nous a offert un remarquable exemple
d’une hypertrophie à marche probablement aiguë.
374 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
tempérament sec et nerveux, née à Saint-Domingue,
éprouvait, depuis huit ans, par intervalles, des palpitations,
lorsqu’elle entra à l’hôpital Cochin, le 8 avril 1822. Les
menstrues, habituellement peu abondantes, mais régu-
lières, avaient cessé de couler depuis un mois seulement.
Pendant les trois années précédentes on lui avait fait plu-
sieurs saignées , qui l’avaient soulagée. Au mois de janvier
dernier (1822), le bras droit avait été entièrement para-
lysé. Lors de l’entrée , la paralysie n’était pas encore entiè-
rement dissipée; le membre exerçait néanmoins des mou-
vemens volontaires, à la vérité très faibles. La malade se
plaignait d’une céphalalgie assez violente , continuelle,
occupant particulièrement les côtés et le derrière de la tête.
Quand on l’interrogeait , elle répondait avec une lenteur
extrême ; ses traits exprimaient une sorte de stupeur idioti-
que ; elle éprouvait de temps en temps des palpitations et
des élouffemens; le pouls était régulier, peu développé ^
maisf/wret fort; les battémens du ventricule gauche, ex-
plorés avec le cylindre , étaient forts , concentrés, sourds^ et
profonds.
Diagnostic. —Hypertrophie du 'ventricule gauche; affection
cérébrale.
On prescrit 1 5 sangsues au siège et une infusion de feurs de
tilleul et d’oranger.
Il ne se passa rien de remarquable dans l’état de la ma-
lade , jusqu’au i®" mai. A cette époque la conjonctive droite
était vivement enflammée ; la céphalalgie était intolérable
et il existait de la constipation [vésic. à la nuque; hydromel
glaub. ; pédil. sinap.) .
Le vésicatoire détermine un gonflement très doulou-
reux des ganglions lymphatiques du côté droit du cou ,
dans lesquels il se forme quelques foyers de suppura-
lion. On pratique une petite incision, qui est suivie de
soulagement.
Le i5 mai, après s’être promenée toute la journée, la
OBSERVATIONS D’nYPERTRoriIIE. 376
malade éprouva une attaque de nerfs, sur les symptômes
de laquelle on ne put recueillir rien de satisfaisant. Elle
dit en avoir éprouvé plusieurs autres semblables. La nuit
suivante fut agitée [pot. calm. , pédil.) .
16. L’accès nerveux est tout-à-fait disparu ; mais le côté
droit du visage est le siège d’un érysipèle œdémateux ;
lièvre ; quelques signes de délire dans la journée.
iq. L’érysipèle s’étend à toute la face (3o sangsues au cou ,
et au visage ^ petit-lait êmétise ÿ limonade^ dièté^.
18. Fièvre très vive, tendance continuelle à sortir du lit;
pas de réponse aux questions. Appelé auprès de la malade,
à deux heures après midi, je la trouve sans connais-
sance ; ses lèvres sont décolorées , la turgescence inflam-
matoire du visage est presque nulle ; le visage est pâle ; les
paupières sont fermées ; le sentiment est éteint ; le pouls
est fréquent et petit; la respiration rare, lente, accompa-
gnée de râle ; cependant les mouvemens respiratoires se
ralentissent de plus en plus;, le pouls perd sa fréquence,
devient lent, s’évanouit... Les batteraens du cœur lui sur-
vivent ; quelques inspirations demhconvulsives s’opèrent
encore ; pendant leur long intervalle , on croit la malade
morte. .. La main ajipbquée sur la région du cœur le sent en-
core tressaillir. Deux au très inspirations profondes se mani-
festent ; un liquide écumeux abreuve la bouche, une sorte
de frémissement se fait sentir dans les muscles de l’avant-
bras ; leurs tendons tressaillent ; la respiration ne s’opère
plus... La malade est morte.
Autopsie cadavérique , 48 heures après la mort.
I® Habit, extér. — Cadavre maigre, sans infiltration, bien
conformé. ' '
2® Organ. respirât, et circul, — Les deux poumons sont
sains.
Le cœur, gorgé de sang, et, dans cet état, double du
poing du sujet , remplit toute la partie anterieure gauche
de la poitrine, en s’étendant jusque vers la clavicule. Les
3;6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
orifices ne présentent rien de notable que la rougeur de
leurs valvules. Le 'ventricule gauche ^ extrêmement robuste, a
ses parois épaisses d' un pouce . dans leur partie moyenne : Ve-
paisseur diminue vers la base et le sommet. Quelques colonnes
charnues sont également hypertrophiées. La cavité du ventri-
cule est très sensiblement rétrécie.
Les deux oreillettes, et le ventricule droit, dont la pointe
descend bien moins bas que celle du gauche, sont à peu près
dans leur état normal. La cloison interventriculaire a 6
lignes d’épaiSsèur. Le tissu musculaire du cœur est rouge,
ferme et vermeil.
L’aorte, dont le calibre est peu considérable, contient
de longs cordons fibrineux. Sa face interne est parsemée
d’écailles jaunâtres , terreusies, calcaires ou fîbro-cartilagi-
neuses. La même altération se remarque dans les artères du
bassin, des membres abdominaux et surtout dans celles du
cerveau. Les artères coronaires , les carotides , les artères
de membres thoraciques, sont saines, si ce n’est que les
premières sont plus volumineuses que dans l’état naturel.
3° Cent. neiv. — Ramollissement inflammatoire du corps
strié droit , et de la partie moyenne inférieurè de l’hémi-
.sphère gauche. Ramollissement de la partie centrale de l’hé-
misphère droit du cervelet (i). ^
OBSERVATION
Homme de 5o ans. — Deux (luxions de poitrine. — Palpitations; battemens
du cœur forts et étendus; matité augmentée de la région précordiale; pouls pe-
tit, étroit, vibrant. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche. —
Traces d’ancienne endo-péricardite.
Baudouin, âgé/ de 5o ans, cultivateur, d’une forte con-
stitution, fut reçu à la clinique (n°7, salle Saint-Jean-de-
(i) Je ne fais qu’indiquer ces altérations, que j’ai décrites avec soin danj le
traité de VEncéphaliU, où cette observation a été consignée.
OBSERVATIONS b’iIYPERTROPIITE. 377
Dieu), le i5 novembre i833. Il a eu àcnx fluxions de
poitrine, la première , il y a onze ans , et la seconde , il y a
quatre mois. La douleur qui* accompagna cette maladie
( exista les deux lois dans le côté gauche.
Dans le cours de la présente année , il a- été pris d'un
I écoulement hémorrhoïdal qui n’a duré que a4 heures ,
{ et c’est aussi depuis un an environ qû’il s’est aperçu que ses
jambes et son 'ventre enflaient. Voici quel était son état au
î moment de l’entrée : ' - .
Peau pâle, tendue en raison de l’infiltration, qui estcon-
|s sidérahleaux membres inférieurs (les supérieurs sont à peu
fprès à l’état naturel). L’abdomen est tendu et la fluctuation
»y est très sensible. — Le pouls est étroit, un peu 'vibrant, à
^76, régulier, sans intermittence. Les veines jugulaires ne
s sont pas notablement dilatées.. Les battemens du cœur,
rréguliers comme le pouls, se voient à un pouce environ plus
lhaut que dans l’état normal ; ils frappent fortement et
rrepoussent la main qui les explore; la matité de la région
■[ précordiale occupe une surface de 12 à 16 pouces car-
’rés. Dans toute l'étendue de la matité, les bruits du cœur
vsont plus forts qu’à l’état normal (dans la région des
l'cavités gauches, le second est un peu sec et étouffé). On
jlJes entend dans toute la partie antérieure de là poitrine.
111 survient des palpitations, lorsque le malade se livre à
quelque exercice ou qu’il monte un escalier ; mais il n’en
existe pas à l’état de repos, et le malade n’a pas besoin
d’avoir la tête très él^evée pour respirer. Le sommeil est
assez bon; quelques réveils en sursaut.
Dans le côté gauche , en arrière, la résonnance est très
f claire jusqu’au dessous du scapulum , où elle devient nulle
et où on entend un râle crépitant très gijos (la peau du
I dos est infiltrée). ■ — A droite, la résonnance est comme à
pgauche , mais on n’y entend pas de râle. — Il n’existe ni
V-égophonie , ni bronchophonie.
378 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Diagnostic. — Hypeî'trophie du cœur. — Commencement
d* induration des 'Valmles. — OEdème du poumon.
Prescription. — line saignée deZpalett.; org.sir. des cinq
racin. et sir. pointe d’asperge ; 3 bouill. ; 2 potag.
18. Fièvre vive avec sécheresse de la langue et de la
peau; pouls à n6/, toujours étroit , petjt, quoique dur et
vibrant. Le malade éprouvé une vive douleur à la cuisse
{saignée de 3 palétt. ; dicté).
19. Le ventre paraît moins tendu. La fièvre continue
(pouls à 96); il est survenu du dévoiement ; persistance de
la douleur de la cuisse.
% * * '
21 , 22 , 23 , 24» 25 , 26. On remarque que les veine»
qui rampent sur les parois de la poitrine sont très volu-
mineuses. ^ ^
On fait quelques mouchetures au scrotum, qui est énor-
mément infiltré.
Les jours suivaiis , le dévoiement augmente; la douleur
de la cuisse continue; la figure s’altère; l’amaigrissement fait
de rapides progrès.
Mort le 29 3 7 heures du soir.
Autopsie cadàoérique, 4<> heures après la mort.
I® Habit, extèr.- — Les membres inférieurs sont fortement
infiltrés; la tuméfaction du scrotum et des parois de l’ab-
domen est beaucoup moindre qu’elle n était il y a quel-'
ques jours. . .
A la partie externe de la cuisse gauche, là où le malade
avait accusé une vive douleur, existe un vaste foyer puru
lent , à la fois sous-cutané, sous-aponévrotique et interrau
culaire : il s’étend depuis la partie supérieure externe d
la cuisse jusqu’au tendon du triceps, et embrasse toute la!
partie externe du membre.
La sérosité abdominale présente une teinte citrin
foncée.
2” Organ. circid. et respir, — Le péricarde contient un
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 3’]^
demi-verre de sérosité roussâtre^ il adhère de toute part
avec la plèvre voisine ; les poumons adhèrent, de leur côte,
aux parois pectorales'par un tissu celluleux ou fibro-cellu-
leux. Les veines du cœur sont plus saillantes qu a 1 état nor-
mal. Cet organe estpresque entièrement dépourvu de graisse
à sa partie antérieure ainsi que sur le commencement de
|l l’aorte, où l’oiî observe des taches laiteuses , traces d’an-
ji cienne péricardite.
i Poids du cœur non encore vidé , avec l’origine des gros
!i vaisseaux, 388 grammes.
Le cœur semble presque entièrement formé par le ventri-
( cule gauche et la cloison. Le ventricule droit forme à peine
I le cinquième de la masse totale du cœur ; le tissu cellulaire
1^ de ce ventricule est infiltré ; la cavité ventriculaire ne con-
I I tient presque aucun caillot de sang; sa capacité est d’un bon
quart plus grande qu’àd’état normal ; l’épaisseur de ses pa-
j Trois est de 2 lignes à 2 lignes i|4; elles sont molles et
if flasques. L’oreillette droite est plus dilatée encore .que le
ventricule i ses parois sont un peu amincies. — L’orifice
1 ; auriculo-ventriculaire droit a 5 pouces de circonférence ;
iMa circonférence de l’orifice ventriculo-pulmonaire est de
’ i 3 pouces i|2. Les valvules droites ne sont pas sensiblement
J < épaissies ; elles sont rouges comme le reste de la cavité, ce
il qui tient, peut-être, à l’imbibition cadavérique.
La cavité du 'ventricule gauche est rétrécie et forme une espèce
t de canal cplindricpie , contenant à peine le doigt indicateur. Ce
’ i rétrécissement coïncide avec une hypertrophie considérable des
\ J parois, lesquelles, à la base, ont un pouce d’épaisseur. Cette
» épaisseur reste à peu près la même dans les trois quarts de la
‘ 1 longueur du ventricule, et diminue ensuite vers la pointe;
! l’épaisseur de la cloison interventriculaire est de lo lignes.
^ L’oreillette gauche a une cavité d’un bon tiers moindre
que celle de la droite. Sa capacité absolue est un peu moindre
> ( qu’à l’éiat normal, L’ épaisseur de ses parois est un peu plus
que normale. (Les cavités gauches ne contenaient presque
1
1 •
38o MALADIES DU COFX'R EN PARTICULIER.
aucun atome de sang, et elles étaient cependant rougies |
comme par imbibition.).
L’orifice auricula-ventriculaire gauche a 4 pouces 3 ligne*.:
de circonférence. — La ■valvule bicuspide est notablement <
épaissie, principalement la lame qui répond à l’ouverture
aortique. Là, son tissu crie sous l’instrument qui le di^^sc:
à l’instar d’un fibro-cariilage ; l’épaisseur de la sectiom
est d’une demi-ligne; d’ailleurs, la valvule est mobile et
peut fermer exactement son orifice : — l’orifice aortique a)
3 pouces 5 lignes de circonférence ; ses valvules ne sontr
pas sensiblement épaissies, et sont mobiles comme à l’étati
normal.
La substance du cœur est assez ferme, mais plus brune
que dans l’état ordinaire.
L’intérieur des gros vaisseaux estd’un rouge plus ou moins
foncé (i); dans -toute son étendue l’aorte présente çà et là
des taches blanchâtres ou légèrement jaunâtres, analogues
à celles qui existaient sur la portion du péricarde qui se
déploie sur l’origine du vaisseau et sur le cœur.
Les deux poumons sont gorgés de ^ang et de sérosité;
leur tissu condensé, et comme carnifié, est d’un rouge-
' brun. Les bronches offrent une teinte rouge assez pronon-
cée, violâtre en quelques points.
3“ Organ. digest. et annex. — Le foie contient une quantité |
de sang assez considérable; son tissu, d’un rouge-marron oui
chocolat , est légèrement induré. — La rate est hypertro-1
phiée et mélanosée à sa surface externe, où elle présente!
quelques plaques fibro- cartilagineuses. — La membranel
muqueuse de l’estomac offre une teinte grisâtre sur laquelle!
tranche un pointillé rouge, disséminé en divers endroits.!
( J
(i) Comme le cadavre ne fut ouvert que 4o heure» après la mort, il se peut
que celle rougeur, ainsi que celle du cœur, dépendît, du mains en partie, d'une
imbibition cadavérique, bien que la saison ne filt pas favorable à la prompte dé-
composition putride. N’oublions pas cependant que pareille rougeur, dans des cas
' analogues à celui-ci , est quelquefois le résultat d'un état phlegmasique.
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 38 1 ’
La teinte grisâtre de reslomac existe dans toute l’étendue
de l’intestin grêle, plus foncée sur les plaques de Payer que
partout ailleurs. (Il semble que les plaques intestinales ne
contiennent pas de sang; elles sont plus épaisses qu’à l’or-
dinaire, ce qui tient à un commencement d’infiltration.) —
i La muqueuse du gros intestin, généralement pâle et comme
I lavée, offre çà et là, cependant , quelques arborisations
(Tosées. Les parois de l’intestin sont épaissies par l’infiltra-
i tion. — Les reins sont plus pâles qu’à l’état normal : on ob-
«serve à leur surface quelques kystes. — La muqueuse de la
'Vessie est blanche.
■ . \ ^ f
§ II. Hypertrophie du jrentricalé droit.
I” Hypei'trbphie simple ou avec capacité normale de la cavité
' 'Ventriculaire (i). ’
OBSERVATION 120e,
J
Femme de 5o ans. — Palpitations , battemens très étendus du cœur, dyspnée,
|i>nCllralion , etc. — Hypertrophie simple du ventricule droit. — Rétrécisse-
ment de l’orifice auriculo-venlriculaire gauche, étc.
* r ■ ‘ ’
« Lassple (Elisabeth), âgée de 3o ans, d’un tempéra-
I) ment sanguin, d’un embonpoint très prononcé, avait
» une mauvaise santé depuis trois ans, lorsqu’elle entra
» à l’hôpital Cochin, le 12' décembre 1818,
» Elle avait éprouvé dès le commencement une légère
•» dyspnée et quelques palpitations passagères; plusieurs
» affections catarrhales augmentèrent la difficulté de res-
» pirer , et déterminèrent lin sentiment de suffocation bien
» prononcé.
» Celte malade se plaignait de céphalalgie violente et
:
t ^ — —
(i) L’observation que nous allons rapporter «ur cette forme d’hypertrophie du
ventricule droit appartient à M. Bertin.
382 MALADIES DU COEDR EN PARTICULIER.
> d’une sensation fréquente de vapeurs chaudes qui sem-
> blaient s’élever de la poitrine vers la tète : les palpila-
» lions se renouvelaient plus souvent et affectaient en quel-
> que sorte un caractère de périodicité.
» On avait regardé cette affection comme nerveuse , et
» l’on s’était borné à un régime adoucissant et à quelques
> antispasmodiques. Les symptômes cessaient de temps en
> temps; des intermittences assez longues semblaient con-
> firmer une guérison illusoire.
» Lessymptômesquenousvenons de mentionners’étaient
t manifestés un mois avant son entrée à l’hôpital.
ï La figure, assez pleine; offrait un teint bleuâtre; les
» yeux étaient légèrement, injectés; les battemens des ca-
® rotides étaient assez prononcés ; la poitrine, très grasse,
» ne permettait pas d’éclairer le diagnostic par la percus-
> sion (i). Les extrémités supérieures et inférieures étaient
» œdématiées, mais le doigt ne les déprimait que difficile-
> ment ; la position verticale était devenue indispensable.
» La respiration était pénible, courte, précipitée; les
«palpitations fréquentes; les ba.ttemens du cœur se fai-
> saient sentir jusque dans la partie droite de la poitrine ;
J ces battemens étaient mous ; ils n’étaient, ni secs ni dé-
» tachés. La moindre compression sur la poitrine détermi-
€ nait une dyspnée plus grande ; la toux était peu fréquente
> et accompagnée d’une expectoration muqueuse ; le pouls
> était profond; la dilatation des parois semblait se faire
» difficilement ; les pulsations n^vaient ni la force ni la
» vibrance si ordinaires dans l’hypertrophie.
» L’abdomen était souple,, nullement douloureux au
> toucher.
» La malade conservait presque constamment la tête
(i) Nous n’avons pas besoin de dire que nous rapportons ce passage de l’ob-
i*rralion sans adopter l’assertion qui s’y trouve exprimée.
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 383
> penchée sur la poitrine, quelquefois elle la portait en
• arrière avec force, et ce mouvement était suivi de plaintes
» et de soupirs ; ses bras se croisaient sur la poitrine , et
» elle conservait cette position la nuit comme le jour.
ï Les symptômes continuèrent les jours suivans avec la
) même intensité. Quelques stries sanguinolentes teignent
» les crachats ; les palpitations et les battemens du cœur
1 diminuent quelquefois sans que la malade éprouve un
I » grand soulagement.
> Enfin les symptômes augmentent de plus en plus; les
> crachats sanglans deviennent plus fréquens, et la malade
! » succombe, neuf jours après son entrée , le ao décembre,
» à onze.heures et demie.
I > Autopsie cadavérique.
» La poitrine contient une petite quantité de sérosité ; les
^ ï poumons sont adhérons : ces adhérences sont anciennes
» et bien organisées. ^
» Le tissu des poumons ne laisse presque point échapper
» de sang^; ils sont mous et crépilans; on observe seu-
> lement sur leur lobe inférieur deux ou trois points
i > durs et engorgés. La plèvre , aux adhérences près , est
I > saine. — Le péricarde , sain , transparent , ne contient
I » que peu de sérosité. Le cœur est un peu plus volumineux
! » que dans l’élat naturel et chargé d’une assez grande quan-
ij ï tité de graisse : la capacité de Poreillette droite est aug-
> montée, et ses faisceaux charnus sont plus marqués que
II » dans l’état sain ; le ventricule droit , d’une capacité à peu
f » près naturelle , a ses parois beaucoup plus épaisses et ses
l| » colonnes plus développées que dans l’état sain.
r » L’orifice auriculo-ventriculaire droit est libre ; la val-
I » vule tricuspide présente quelques points d’induration :
j » elle est épaissie et d’une couleur jaunâtre; les filets ten-
j * dineux qui s’y attachent sont plus courts que dans l’état
> sain. L’orifiice de l’artère pulmonaire n’offre rien de par-
» ticulierj il en est de même du ventricule gauche; mais
384 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
* 1 orifice auriculo-ventriculaire gauche est très altéré. |
> L’ouverture qu’interceptent les deux bords libres de la
> valvule mitrale est très petite : elle a dans son plus grand
» diamètre quatre lignes et demie, et dans le plus petit
> une ligne et demie ; les deux extrémités de ses bords i
» libres sont réunies, et confondues ; les cordages qui la ten- ÿ
» dent sont ramassés et très courts. La valvule est épaissie, i
» fibro-cartilagineuse, parsemée d’un grand nombre de |
» petits grains formant de petites couches irrégulièrement
* compactes et quelques petits mamelons isolés : la couleur
* de cette valvule est d’un jaune pâle.
» L’abdomen contient de la sérosité. »
a® Hypertrophie excentrique ou ayec dilatation de la cavité
'vejitricqlaire.
• OBSERVATION 121e (i).
Femme de 53 ans. — fiattemens violens du cœur, surtout dans la région du
ventricule droit; palpitations, dyspnée- extrême, hémoptysie abondante, infil-
tration des, membres, etc. — Hypertrophie avec dilatation du ventriçule droit.
— Induration fibro-cartilagineuse de la valvule bicuspidè, avec rétrécissement
de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche..
•- > .
Néuray (Louise) , âgée de 33 ans , d’une constitution plus
nerveuse que sanguine , avait cessé d’être réglée depuis six
mois , lorsque des étouffemens et fine grande anxiété la dé-
cidèrent à entrer à l’hopitâ! Cochin , le ai septembre iSaa.
11 y avait alors huit ans qu’à la suite d’une chute sur la ré-
gion précordiale , elle avait éprouvé, dé violentes palpita-
tions , avec orthopnée et crachement de sang. Admise à
l’Hôtel-Dieu pour cette maladie, elle’y fut traité par feu M. le
professeur Pelletan. Des saignées répétées et un régime
(i) J’ai déjà rapporté celte observation en extrait, à l’arliclè Jnduralion du
tœur ( observ. log* ) , Je la donne ici avec tous ses détails.
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 385
sévère lui procurèrent un soulagement considérable, et
elle sortit au bout de cinq mois. Cependant elle continua
à éprouver de temps en temps des palpitations que le moin-
dre exercice augmentait, et qui quelquefois étaient accom-
pagnées d’orthopnée. Lorsque la malade entra à l'hôpital
Cochin, les palpitations étaient très fortes.
Elle nous offrit d’ailleurs l’état suivant : pâleur du visage,
air d’anxiété et de souffrance , œil saillant , exprimant la
frayeur et l’égarement, lèvres assez vermeilles. Oppression,
orthopnée, toux , crachats teints de sang , respiration râ-
lante, pouls petit, dur, fréquent, régulier; les batte-
mens du cœur se font sentir à la main dans une grande
étendue, ils soulèvent les vêtemens ; ils sont plus forts
dans la région du ventricule droit que dans celle du' gau-
che (i).
Les batteraens du cœur sont accompagnés d’une vive
impulsion , et ressemblent véritablement à des coups de
marteau; les bruits de cet organe s’entendent jusqu’à la
partie postérieure de la poitrine. On entend un bruit de
soufflet dans la région des cavités gauches.
Râle ronflant très sonore, dans plusieurs points de la
poitrine.
Diagnostic. — Hyperti'ophie anévrismale du cœur', rétrécis^'
sement de V orifice awiculo-oentriculaire gauche.
Prescription. — Deux saignées du bras , les juleps caïmans
et le repos ayant adouci la position de la malade , elle sortit
de l’hôpital un mois après son entrée.
Elle revint six semaines plus tard dans un état très alar-
mant. Depuis cinq jours, elle avait craché une grande quan-
tité d’un sang écumeux ; l’anxiété, la crainte d’une suffoca-
tion prochaine, lui laissaient à peine goûter quelques in-
<>
(i) La malade sentait très bien , disait-elle , que ses palpitations étaient plus
violentes à droit» qu’à gaueht,
2.
a5
386 MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER. j
stans d’un sommeil promptement interrompu par des ré-
veils en sursaut.
\Jemploi des saignées y de la digitale, des bains de pied,
des 'vésicatoires , ne produisit que des améliorations momen-
tanées. La situation de cette malheureuse était déchirante; i
les battemens du ventricule droit conservèrent toujours i
leur violence, ils retentissaient dans toute l’étendue du '
thorax; la main appliquée à la partie postérieure de cette
cavité les ressentait; mais elle les entendait, s’il est permis
de s’exprimer ainsi, plutôt qu’elle ne les touchait-, on eût
dit qu’elle faisait les fonctions du stéthoscope. La malade ne
pouvait rester le dos fixé contre ses oreillers; car dans cette
circonstance les battemens lui semblaient beaucoup plus
violens. Elle restait ordinairement assise sur le bord de
son lit, les jambes pendantes, le tronc fortement courbé en
' avant, la tête appuyée sur ses membres supérieurs, qui étaient
eux-mêmes soutenus par ses genoux ; elle crachait toujours
du sang, mais l’expectoration se faisait avec beaucoup de
peine ; le moindre effort , tel que celui nécessaire pour
rendre les urines ouïes matières fécales, déterminait une
suffocation imminente ; l’ingestion des alimens augmentait
notablement l’étouffement ; les lèvres furent toujours assez
vermeilles; le pouls, constaimment régulier , conservait sa
petitesse. Quelquefois les accidens se calmaient; pendant
cette sorte de trêve , la malade se berçait de l’heureuse idée
d’un prochain rétablissement ; mais le retour de l’oppres-
sion ne tardait pas à dissiper cette douce espérance. En6n,
les membres s’infiltrent, la peau des inférieurs s’ulcère. En
proie aux plus horribles angoisses , ne goûtant aucun in-
stant de sommeil, poussant des gémissemens plaintifs et
entrecoupés , la malade accuse l’impuissance de la méde-
cine , et appelle la mort à son secours ; son visage est pâle,
défait , profondément abattu ; les muscles inspirateurs se
contractent avec d’énormes efforts et presque convulsive-
ment ; les membres supérieurs fixés sur le lit leur fournis-
»
OBSERVATIONS d’hYPERTROPIIIE. 887
sent un point d’appui; pendant l’inspiration les narines se
dilatent, la bouche s’ouvre, la tête se redresse par une
sorte de synergie ; si Tort demande à la malade ou elle
éprouve de la douleur, elle répond qu’elle ne souffre point,
mais qu’elle étouffe. Elle succombe le 9 janvier i8a3, trente-
trois jours après sa seconde entrée.
Autopsie cadavérique, 5y heures après la mort.
1° Habit, extér. — Infiltration considérable des membres
et des parties génitales ; visage violacé.
2° Organ. respir. et circul. — Très peu de sérosité dans la
poitrine ; poumons volumineux, marbrés , bien crépitans,
ayant leur bord postérieur gorgé d’un liquide écumeux
jaunâtre. Bronches d’un rouge foncé et pleines de muco-
sités.
Le cœur, gorgé de caillots de sang, présente un volume
énorme. Vidé du sang qu’il contient, il est encore d’un tiers
plus gros qim le poing du sujet.
La cavit^u ventricule droit est d’environ un tiers plus
grande que dans l’état normal ; la dilatation est surtout
très prononcée vers l’insertion de l’artère pulmonaire : les
parois du ventricule ont de trois à cinq lignes d’épaisseur,
leur tissu est d’un rouge-rose, d’une c.onsiatance très grande
et dans un commencement d’induration cartilagineuse ; les
colonnes charnues sont très fortes et très nombreuses. Les
orifices ventriculo-pulmonaire et auriculo-ventriculaire
droit sont libres.
L’oreillette droite est dilatée dans la même proportion
que le ventricule; ses parois sont épaisses, charnues, mu-
nies de colonnes très prononcées.
Le ventricule gauche est sensiblement dans l’état naturel,
sa pointe descend moins bas que celle du droit; ses parois
ont environ cinq lignes d’épaisseur à la base ; son tissu est
vermeil , mais moins dur que celui du droit.
La capacité de l’oreillette gauche est presque double de
l’état naturel ; ses parois sont fortes et épaissies.
a5.
388 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
La cloison ventriculaire est épaisse de cinq lignes.
orifice auriculo-ventriculaire gauche , rétréci , peut à
peine admettre l’extrémité du peiit doigtj sa figure estellip-
tique et son grand diamètre n’a pas plus de quatre lignes. La
valvule bicuspide est transformée en une sorte d’anneau ova«
laire, d’un tissu resplendissant, blanc, résistant, tendineux
ou fibro-cartilagineux, criant sous le scalpel. Ce bourrelet,
épais d’environ deux lignes, s’avance dans la cavité du ven-
tricule, comme s’il y eût été poussé par le choc du sang, et
reçoit l’insertion des filets tendineux des colonnes char-
nues.
Les veines cardiaques sont gorgées de sang. Les artères
coronaires et les valvules aortiques sont saines.
3* Organ. digest. et annex. — La cavité du péritoine con-
tient environ une pinte de sérosité roussâtre. Les circonvo-
lutions de l’intestin grêle, rouges à l’extérieur, sont peu vo-
lumineuses et contractées. — La membrane interne de l’esto-
çiac offre une rougeur foncée et très vive; ce#e rougeur ,
en quelque sorte artérielle , se continue, en s’affaiblissant
un peu, dans l’intestin grêle qui contient des matières san-
guinolentes d’un brun rougeâtre ; dans le gros intestin la
rougeur est simplement rosée. — Le foie et la rate, très vo-
lumineux, sont gorgés de sang d’tin noir mêlé de rouge.
4° Centres nero. — Les méninges sont un peu rouges ; les
ventricules cérébraux renferment une pêtite quantité de
eérosité sanguinolente ; la substance cérébrale est d’une
bonne consistance.
OBSEiiVATioNs d’iiypertuophie. 38g
3® Hypertrophie concentrique ou auec rétrécissement de la ca-
vité 'ventriculaire.
OBSERVATION 122r.
• ^
Femme de 5a ans, — Atthmt habituel { défaut de rense gnemens sur les au-
tres anlécédens de la malade). — Péripneumonie aiguë de tout le poumon
droit. — Mort le second jour après l’entrée. — Hypertrophie du ventricule
droit, avec rétrécissement de sa cavité , qui reçoit à peine le doigt indicateur.
Plaques laiteuses sur ce ventricule, — Etat crétacé de l’aorte. — Ramollissement
et suppuration du poumon droit.
Une couturière, âgée de 5a ans, d’une*taille élevée,
d’une grande maigreur, d’une constitution médiocrement
forte, fut reçue à la clinique, le 8 septembre 1833. Cette
femme était plongée dans un état d’assoupissement, qui ne
lui permit pas de nous donner des renseignemens bien satis-
faisans sur son état antérieur. Elle nous assura n’être ma-
lade que depuis cinq jours, ajoutant toutefois qu’elle était
depuis très long-temps ast lunatique.
Visage rouge, injecté, fièvre très vive (peau très chaude ,
pouls à II2, assez développé, souple), oppression considé-
rable (36 inspirations par minute).
La malade ne se plaint nullement de douleur dans la poi-
trine.
Battemens du cœur assez forts ,. accompagnés de leur
double claquement accoutumé.
Distension des veines jugulaires, de la gauche principa-
lement.
Côté droit de la poitrine. Résonnance assez bonne en avant,
moindre cependant que celle du côté opposé. Souffle bron-
chique et bronchophonie ( en arrière, le souffle bronchique
et la bronchophonie sont plus prononcés qu’en avant); râle
crépitant vers la partie moyenne, et partout ailleurs ab-
sence de la respiration vésiculaire. Matité dans toute la
partie postérieure , un peu moindre à la partie moyenne
qu’en haut et en bas.
390 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Côté gauche. Ce côté rend un son très clair à la percus-
sion; la respiration y est pure, forte, puérile.
Le crachoir contient quelques crachats visqueux, d’un
rouge-sale, tournant à la teinte jus de pruneaux.
Diagnostic.— fut pas difficile de reconnaître Vexis-
ïéhce d’une pneumonie de tout le poumon droit. Mais faute de
renseignemens sur les antécèdens de la malade , nous hésitâmes
sur le diagnostic des lésions qui avaient pu donner lieu à /’état
ASTHMATIQUE qui paraissait avoir précédé la maladie actuelle.
Prescription. — N’espérant pas triompher d’un cas aussi
grave par la méthode des émissions sanguines telle que nous la
pratiquons, j’étais disposé à m’en abstenir, lorsque les assis-
tans, témoins des succès que nous avions obtenus par les émis-
sions sanguines , m’engagèrent à les employer dans ce cas,
quelque désespéré qu’il me parût. En conséquence, deux sai-
gnées de a. a Z palettes Jurent prescrites , une pour le matin et
l’autre pour le soirj dans l’intervalle des deux saignées , 'vingt
sangsues devaient être appliquées sur le côté malade.
La mort survint la nuit suivante.
Autopsie cadavérique, 3o heures après la mort.
I® Habit, extér. — Cadavre d’une grande maigreur ; point
d’infiltration, teint jaune-pâle.
2® Organ. circul. et respir. — Cœur arrondi , à pointe
mousse, plus gros que ne le comportent la constitution et
le marasme du sujet. Vers la partie supérieure de la face
antérieure du ventricule droit , existent quelques plaques
fibreuses , d’une teinte blanchâtre , laiteuse.
Les cavités droites du cœur sont gorgées de caillots adhé-
rons , en grande partie décolorés ; les cavités gauches en
•contiennent à peine. Les parois du ventricule droit sont fort
•épaisses, surtout dans les points ou existaient les plaques lai-
teuses < là, elles avaient une épaisseur de 4 lignes , abstraction
faite de la couche graisseuse , qui, dans cet endroit, avait
eavü'on une demi~iigne d’épaisseur. — La cavité du ventricule
droit est rétrécie à tel point qu’on y introduit à peine le doigt
OBSERVATIONS d’iiYPERTROPHIE. 39I
indicateur. Les colonnes charnues de ce ventricule sont
très nombreuses et forment un réseau serre. L’oreillette
droite n’est pas sensiblement dilatée; ses parois sont
épaissies. ' •
Les parois du ventricule gauche ont 6 à 7 «lignes d’épais-
seur. Les colonnes de 'ce ventricule sont peu développées.
Sa capacité absolue, bien qu’un peu moindre qu’à l’état nor-
mal, l’emporte cependant sur celle du droit. L’oreillette
gauche est moins hypertrophiée, que la droite, et sa cavité
est sensiblemeut normale.
. Les orifices artériels et auriculo-ventriculaires sont par-
I faitement libres. Les valvules ne sont pas notablement
I épaissies. ,
La substance musculaire du cœur est assez vermeille et
' d’une consistance médiocre.
I i
Quelques taches jaunes existent à l’origine de l’aorte ;
dans sa portion pectorale et abdominale, cette artère est
criblée de plaques plus épaisses, fibreuses ou fibro-cartila-
gineuses.
I Les veines jugulaires contiennent des caillots fibrineux,
i blancs, élastiques, très probablement formés avant la
ü mort (i).
Poumon droit recouvert de faussés membranes minces,
I de la consistance de la couenne du sang. La plèvre parié-
tale était dépourvue de fausses membranes (2). Il existait à
peine 2 ou 3 cuillerées de sérosité floconneuse. — Poumon
droit hépatisé, ra/no//t dans toute son étendue, un peu
(1) La glande thyroïde, considérablement tuméfiée, du volume d’une petite
rate, était en grande partie transformée en matièrg calcaire. Ainsi tuméfiée, elle
exerçait sur les veines jugulaires une compression qui pouvait s’opposer au libre
cours du sang dans ces vaisseaux.
(a) C’est d’après ce cas et quelques autres semblables que j’ai été conduit a
établir que la douleur pleurétique tient surtout à l’inflammalion du feuillet pa-
inétal (il n’existait pas de point de côté chei cette femme). •
39*2 ilALAÜlES DU CCKUn EN rAUÏlCULïER.
moins à la partie moyenne de sa face postérieure que par-
tout ailleurs. La surface des incisions pratiquées dans son
tissu était d’un gris-rougeàtre , et il en ruisselait un liquide
sale, évidemment purulent : il existait un mélange du 2® et
du 3* degré dé la pneumonie, avec prédominance de ce der-
nier. Au sommet, le pus était déjà réuni de manière à former
de petits foyers ou*des abcès commencans. Le tissu pulmo-
naire était vide d’air et imperméable. — La membrane mu-
queuse des bronches droites était d’un rouge-violet.
Le poumon gauche, très riche en matière noire, était
moelleux , élastique , parfaitement sain , si ce n’est que
son tissu nous parut un peu raréfié, ainsi que cela est assez
commun chez les sujets déjà avancés en âge, surtout dans
les cas d’asthme. C’était réellement là un commencement
d’emphysème (i).
(i) Les observations 75e, 76e et 77* de cet ouvrag-^ sont de remarquables
exemples d’hypertrp])hie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité.
Chez le sujet de la 76e observation ( femme de 67 ans) , la cavité du ventri-
cule droit aurait pu contenir seulement un œuf de pigeon. Ses parois avaient une
épaisseur qui variait de seize à onze lignes. Les cordes valvulaires étaient fortes
et comme enveloppées d’un prolongement de la substance charnue. ( Voy. la
planche IV. ) — Le cœur tout entier pesait 12 onces.
Chez le sujet de la 76e observation (jeune homme de 25 ans), le ventricule
droit'était très bombé, très dur ( trois fois plus dur que le ventricule gauche).
Ses parois étaient épaisses de 8 à 10 lignes; sa cavité était réduite à très peu de
chose, et presque nulle vers sa pointe. Cet épaississement était en partie le ré-
sultat du développement des colonnes charnues, pressées les unes contre les au-
tres, et formant au premier coup d'œil un plan continu.
Chez le sujet de la 77 observation (jeune fille de 7 ans ) , le ventricule droit
était presque oblitéré par l’hypertrophie concentrique de ses parois qui avaient prés
d’un pouce d’épaisseur à la base , et offraient une coloration rouge et une fermeté
considérables ( il aurait pu contenir à peine Iq première phalange du pouce ).
Obs. 123e. — Aces cas •j’ajouterai le suivant, recueilli par M. Berlin,
chez un sujet âgé de 37 ans, qui succomba à une affbctioi» dd coecb , dort
LBS PBBMIBRS SYMPTOMES SB névBLUPPèBKKT PBnDAMT LB CODES d’dn BHDUATISMg
ABTiCDLAiBB AiGD. Les colonnts chamues du ventricule droit , développées au point
d’c^ler une plume à écrire , avaient contracté de telles adhérences entre elles,
quelles remplissaient la cavité du ventricule , de sorte que pendant la vie le san^
OBSEUVATlOJSrS DH Yl'ERTllOPHIE.
393
deuxième série D’OBSERVATIONS.
V
IIYPEBTUOPIIIB MULTIPLE OU CÉNÉRALE.
Il est assez rare de rencontrer l’hypertrophie occupant
exclusivement une des cavités du cœur. Aussi, parmi les
observations de notre première série, aflectee à l’hypertro-
phie partielle, en est-il dans lesquelles plusieurs cavités du
cœur participaient à l’hypertrophie. Nous allons rapporter
de nouveaux cas de ce dernier genre.
Dans les cas d’hypertrophie simultanée de plusieurs des
cavités du cœur, la forme de l’hypertrophie n’est pas tou-
jours la même pour chacune des cavités hypertrophiées,
comme on peut le voir en relisant les observations que
nous avons déjà rapportées précédemment, et comme on le
verra dans quelques" unes de celles qui vont suivre. -Tou-
tefois, la forme prédominante dans l’hypertrophie géné-
rale du cœxir, de même , au reste , que dans l’hypertrophie
partielle, est l’hypertrophie avec dilatation (excentrique ou
anévrismale).
ne pouvait que filtrer entre leurs mailles... Cette hypertrophie des colonnes coïn-
cidait avec une atrophie des parois du ventricule lui-même. Le ventricule gauche
était dilaté au point de contenir huit onces d’eau, et ses parois étaient épaissies
vers la partie inférieure seulement. La cloison ventriculaire avait plus d’un pouce
d’épaisseur. Il existait une adhérence du péricarde au cœur, et une induration
cartilagineuse de la valvule mitrale et des valvules aortiques.
Voici encore un cas où des lésions organiques du cœur ont eu pour point de dé-
part \int endo- péricardite rhumatismale.
r '■ I
,-j ... .
a
i
I
3g4 maladies du coeur en rARIICUIIER.
OBSERVATION 124».
Homme de 53 ans. — Battemens du cœur forts et étendus , palpitations au
moindre exercice, matité augmentée de la région précordiale, bruit de soufflet
du cœur, infiltration générale, etc. — Hypertrophie générale du cœur, dilatation
des cavités droites , de l’oreillette gauche et de l’orifice auriculo-ventriculaire i
droit (cavité du ventricule gauche normale), induration cartilagineuse et pier- i
reuse delà base de la valvule bicuspide.
Marollé, âgé de 53 ans, fondeur, i d’une stature élevée,
d’un embonpoint assez considérable, peau fine et pâle, au- i
trefois très actif et grand travailleur, maintenant mou, sans î
énergie, fut admis à la Clinique ( n® 17, salle Saint-Jean-
de Dieu), le a5 novembre i832. • t
r Jusqu’à l’âge de 5o ans, cet homme assure s’étre tou- *
jours bien porté. A cette époque, il éprouva une affection (
de poitrine sur laquelle il ne peut donner d’autres rensei- 1
gnemens, sinon qu’il souffrait dans celte cavité, et qu’il (
toussait. Depuis lors, il est, dit-il, sujet au catarrhe, et, de- 1
puis deux ans, il éprouve des palpitations qui ne lui per- ■
mettent pas de continuer ses travaux. Une infiltration des ^
membres inférieurs se joignit aux palpitations. D’abord 1
cette infiltration se dissipait quand le malade restait cou-
ché ; mais depuis plusieurs mois elle persiste, même quand I
il garde long-temps le lit. Le ventre s’est enflé depuis que |
l’infiltràtion des membres est devenue permanente.
Etat au moment de l’entrée :
Décubitus un peu incliné à droite , la tête très élevée ;
infiltration des membres inférieurs , des parois abdomi- |
nales et des paupières ; infiltration qui est plus marquée i
du côté sur lequel le malade est incliné que du côté opposé I
( la peau des parties infiltrées est tendue, luisante, demi- :
transparente ). La percussion fait reconnaître l’existence j
d’une certaine quantité de liquide dans les parties les plus !
déclives de l’abdomen.
Respiration laborieuse , sifflante , fréquente ( 3o à 34
OBSERVATIONS d’uYPERTROPHIE. SgS
inspirations par minute) ; étouffement au moindre mou-
vement.
Râle muqueux en divers points de la poitrine. En ar-
rière, au niveau de l’épine de l’omoplate, on entend de
chaque côté un souffle assez fort, avec retentissement très
notable de la voix. La résonnance est assez bonne , si ce
n’est dans le tiers inférieur environ de la poitrine.
La toux est fréquente, et suivie d’une expectoration mu-
queuse , abondante, mêlée de spumes.
Pouls régulier , médiocrement fort et développé , à
p6-ioo.
La matité de la région précordiale est beaucoup plus
étendue qu’à l’état normal. Les battemens du cœur sont forts
et étendus , et se transforment en palpitations au moindre
effort.
Les bruits du cœur se font entendre dans une grande
étendue ; ils sont accompagnés d’un bruit de soufflet très
marqué , mais qui n’empêche pas complètement de distin-
guer le claquement valvulaire.
Les veines jugulaires offrent le phénomène de la fluc-
tuation. Les battemens des carotides ne présentent rien de
particulier. En auscultant dans leur trajet, on entend très
bien le double bruit du cœur.
L’état des voies digestives est assez satisfaisant.
Diagnostic. — Hypertrophie anévrisinale du cœur, et pro-
bablement rétrécissement de V un des orifices de cet organe, par
suite de V induration des 'valvules . ' • .
Prescription. — Large 'vésicat, sur la rég. précord.; boiss,
apéritiv.; bouilL, potag. et lait.
Les symptômes augmentent graduellement, surtout la
dyspnée et les congestions séreuses , et la mort arrive le
9 décembre , à 7 heures du soir , quinze jours après
l’entrée.
Autopsie cadavérique J 38 heures environ après là môrt.
( Voy. la planche VI. ) ,,i ^
396 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
I® Habit, extèr. — Infiltration considérable des membres
supérieurs et inférieurs , plus prononcée à droite , côté sur 1
lequel le malade était resté incliné. Cadavre d’un homme i
assez fortement constitué. ,
a® Org. cirçul. et respir. — La cavité du péricarde con-
tient environ 2 cuillerées de sérosité limpide, jaune-ver-
dâtre. Le cœur, très volumineux , injecté à sa surface, est
plus déjeté à gauche que dans l’état normal. Il s’étend en
haut jusqu’aux cartilages des troisième et deuxième côtes. »
Une plaque laiteuse existe vers l’union des cavités droites '
avec les cavités gauches. Des taches semblables , mais
beaucoup moins épaisses, très superficielles, se remar-
quaient' aussi sur les cavités gauches et vers l’origine de :
l’aorte.
Enlevé avec l’origine des gros vaisseaux , préliminairement liés, pour empêcher
la sortie du sang qui distend ses cavités, le cœur pèse 1 üv. 7 onc. (1)
Ses dimensions sont les suivantes :
Circonférence à la base 13 pouc. 6 lig.
De la pointe du cœur à l’origine de l’aorte 5 pouc. 3 lig.
— au sommet de l’oreillette gauche 6 pouc.
Diamètre transversal 4 pouc.
Epaisseur ou diamètre antéro-postérieur S pouc.
Après avoir été vidé et lavé, le cœur pèse iSonc.
•
Le sang caillé qu’il contenait était d’un noir-jai , plus
abondant dans les cavités droites que dans les gauches.
Les troncs vasculaires qui se ramifient à la surface du
cœur sont très dilatés , surtout à la face postérieure de
l’organe.
La cavité du ventricule droit est d’un bon tiers plus
\
l
(1) La ligature de la veine-cave inférieure s’étant défaite au moment de 1 abla-
tion du cœur, il i’esl échappé de l’oreillelte droite une masse asse* considérable
de sang caillé. \ '
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 897
^ande qu’à l’êiat normal. Dans leur partie la plus épaisse,
ses parois ont 4 ip d’épaisseur ( la base, moins épaisse
que la partie moyenne, n’a que 3 lig. d’épaisseur ).
L’oreillette droite, dilatée dans la même proportion
que le ventricule correspondant, est également plus épaisse
que dans l’état normal. Ses colonnes charnues sont très dé-
veloppées, ainsi que celles du ventricule droit. L’orifice
qui fait communiquer ces deux cavités est très large. Nulle
lésion notable de la valvule tricuspide, sinon qu’elle n’était
probablement pas assez large pour fermer l’orifice de la
cavité à laquelle elle est adaptée. ^
Le ventricule gauche a une capacité qui n’est guère que
la moitié de celle du droit. A. la partie moyenne , ses pa-
rois présentent i pouc. d’épaisseur ; celle-ci va èn dimi-
nuant à la base. Il a sa pointe arrondie , mousse. L’oreil-
lette gauche, d’une capacité moindre que la droite, est éga-
lement épaissie.
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche est d’un bon tiers
moins grand que le droit. La valvule bicuspide, considéra-
blement épaissie à sa base , forme une espèce de bourrelet
plissé sur lui-même, ce qui lui donne une certaine ressem-
blance avec l’ouverture anale. A l’endroit où les colonnes
du cœur s’insèrent à la valvule, ainsi qu’à la base même de
cette valvule, on trouve un tissu fibro-cartilagineux qui
crie sous le scalpel quand on l’incise; il est tout tout-à-fait
pierreux ou calcaire en plusieurs points. Le tissu du cœur
lui-même est d’un rouge assez vermeil , et d’une bonne
consistance.
L’orifice aortique est parfaitement libre , et ses valvules
îi’offrent aucune lésion notable. Dans toute son étendue,
l’aorte présente un aspect chagriné , surtout à la partie
postérieure, et des plaques jaunâtres, d’un tissu dense et
résistant , plus marquées vers l’origine des artères inter-
costales. Point de rougeur à la membrane interne de
l’aorte.
.SgB MALADIES DU COEÜR EN PARTTCUETEE.
Les deux poumons pèsent ensemble 5 liv. a 'onc. Ils
adhèrent de toutes parts à la poitrine par un tissu cellulaire
dense, fibreux, très infiltré de sérosité, surtout à la base |
et au sommet. Leur coloration est d’un gris tirant sur
le noir. Le poumon gauche, vraiment hépatisé, ne cré-
pite plus dans aucun point de son étendue ; la surface
des incisions qu’on y pratique présente une ^teinte d’un î
hoir ardoisé. En promenant les doigts sur la surface de ces i
incisions , on rencontre çà et là des points d’une grande du- ^
reté. Le tissu se déchue assez difficilement, et il s’en écoule
par la pression un liquide séro-sanguin , de la même cou- i
leur que le tissu du poumon ( le liquide qu’on exprime des ■
incisions du , poumon ressemble à l’encre de Chine). Le
poumon gauche présente un volume moindre, et d’ailleurs ■
les mêmes altérations.
La membrane interne des bronches est d’un rouge assez î
foncé. I
3® Org.digest. etannex. — La cavité du péritoine contient |
une pinte' de sérosité citrine. La membrane muqueuse ij
gastro-intestinale, ni épaissie, ni ramollie, est rouge dans t|
toute son étendue (cette rougeur est cependant moins mar- î
quée dans le gros' intestin que partout ailleurs; dansl’esto- i
mac, la rougeur est très foncée ; dans tout l’intestin grêle, \
la rougeur est assez uniforme et vive ).
La rate est petite et comme atrophiée.
Le foie est un peu moins volumineux que dans l’état nor- •
mal ( l’élément jaune paraît prédominer sur l’élément rou- j
ge ). Le tissu de cet organe est sec, dense et en quelque \
sorte coriace. — La bile de la vésicule est peu foncée en
couleur.
OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE.
399
OBSERVATION 125 .
Homme de 53 ans. — Palpitations, matité augmentée de la région précor-
jjjgje, — Mort rapide par suite d’une hémorrhagie cérébrale. — Hypertrophie
I générale et dilatation du cœur ( il pèse 1 liv. 4 gi’os ).— Plaques laiteuses de l’en-
docarde , induration des valvules. — Adhérence du péricarde.
Un homme, âgé de 53 ans , d’une forte constitution, fut
admis à la Clinique ( n° 24, salle Saint-Jean-de-Dieu ), le
10 octobre i833.
Obligé de se livrer à des travaux très pénibles, cet
homme s’était toujours bien porté jusqu’en 1825. Depuis
cette époque , il a éprouvé , à la suite de ce qu’il nomme
une sueur rentréè , xme. oppression habituelle, des palpita-
tions , maladie pour laquelle il a déjà été reçu à la Pitié , à
la Charité et à l’Hôtel-Dieu. ( A la Pitié, la maladie a été
considérée comme un emphysème pulmonaire.)
Etat du malade a son entrée. — Visage violet, ainsi que
les mains; étouffement porté jusqu’à l’orthopnée; palpita-
I lions au moindre effort ; infiltration des membres infé-
rieurs. •
La respiration s’entend mal dans toute la partie posté-
rieure de la poitrine , surtout en bas ( on entend du râle
sibilant en arrière , surtout à gauche et à la partie anté-
j Tieure des deux côtés); résonnance assez bonne; crachats
I séreux.
Examinés avec la main, les hattemens du cœur sont profonds,
forts, étendus , régidiers.
Matité dans une étendue de 2 pouces verticalement, et de 3
pouces transversalement.
Le premier bruit du cœur est un peu sourd, le second assez
‘ clair if .
r -rr~ T T . ' I . ' ' — ■ ■ . . , M ' ...II
(i) L’auscultation ne fut pas pratiquée chez ce malade assez souvent, et avec
•toute l’attention nécessaire. C’est le .seul ;cas de rétrécissement d’un orifice du
cœur dans lequel je n’aie pas constaté un bruit de soufflet ou de râpe.
400 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Les jugulaires sont légèrement gonflées. Lesbattemensdes |
carotides n’offrent rien de particulier ; le pouls est petit ,
régulier , d’une force médiocre. La peau est froide , surtout i
aux extrémités.
Le malade se tient continuellement assis.
Les ibnctions digestives se font assez bien.
Diagnostic. — Hypertrophie du cœur, avec lésion organique i
de r aorte {^épaississement et altération crétacée des parois).
Traitement. Saignée; till. sp. gom., org. sp. 5 racines ; po^ «
lion i5 goutt. teint, digit.; 3 bouil., 3 pot.
12 octobre. La 'saignée présente quelques rudimens de •
couenne et beaucoup de sérum.
Les crachats ont l’aspect d’eau visqueuse, agitée avec de 4
l’air. On entend un râle semi-crépitant qui pourrait en im- é
poser pour de la péripneumonie , et qu’on attribue à un ||
œdème du poumon. — Le visage est moins violet. ^
i3, i4> i6, 17 et 18. Soulagement ( le malade mange |
le quart). ’ |
20. Le soir à cinq heures et demie, le malade conversait
avec ses voisins, lorsqu’il fut subitement frappé d’hémiplé-
gie à droite (le côté conserve sa sensibilité). L’intelligence
n’est pas entièrement abolie, quoique la parole le soit (il
murmure à peine quelques mots lorsqu’on lui adresse une i
question). Le pouls , large et plein , ne bat que 48 fois par
minute. Les Lattemens du cœur sont également d’une il
grande force, quoique très lents (Aaig-/iée iraA 4 pal. |
minutes après V accident).
Après la saignée, les pulsations et les battemens du cœur J
diminuent de force, sans changer de nombre. ( La ce/newt i
laxatif. ) '
21. La peau est froide et visqueuse ; le malade ne paraît
plus comprendre les paroles qu’on lui adresse. {^Saignée;
sinapismes aux mollets, renouvelés deux fois-, lavem. laxatif;
diète. )
Diagnostic. — Epanchement dans la couche optique et le
Or.SliUVATIONS D 11 VPRaT!lO?IirE.
corps strié. gnucke jiisfjue i>ers la protubérance annulaire., et
non point à la partie anterieure (i).
22. 31ort a 1 1 heures du soir, apres un long râle, sans que
la parole soit revenue (on avait appliqué plusieurs sina-
pismes). '
Autopsie cadaoéi'icpie , 34 heures après la mort.
1° Habit, extér. — Cadavre d’une taille moyenne , d’un
embonpoint médiocre, n’offrant point d’in filtration.
2® Org. respir. et circulât. — Les deux poumons, très vo-
lumineux, adhèrent de toutes parts par un tissu cellulaire
bien organisé aux parois thoraciques. Le poumon gauche
adhère au péricarde de la même manière : il le recouvre
dans les deux tiers de son étendue ( la partie non recou-
verte correspond à un espace qui a été circonscrit exacte-
tement par la percussion avant l’ouverture )'. Il s’écoule
une grande quantité de sang caillé à l’ouverture des gros
vaisseaux de la base du cœur. Débarrassé de ses caillots,
cet organe offre encore un volume énorme [cor hoyinum de
certains auteurs (2) ). Lrt cavité du péricarde n existe plus;
le Jéuillet pariétal adhère de toutes parts , par un tissu cellu--
laire bien'organisé et un peu injiltré, au feuillet cardiaque.
Pesé comparativement avec le cœur d’un vieillard, qui
était lui-même un peu plus volumineux qu’à l’état normal ,
il le dépassait en poids de 8 onc. 2 gros. Son poids absolu
est de 16 onc. 4 gros.
De la base du ventricule gauche à la pointe du cœur, .il y
a 3 pouc. Il lig. ; le diamètre transversal a 4 pouc. 9 lig. ;
(i) L’absence de la parole, dans ce cas, tenait, en effet, à la paralysie de la laii«
gue et des autres muscles de l'articulation des sons , et non à celle de la portion du
cerveau qui préside à la formation des signes représentatifs des idées.
'(î) Cette expression de cor bovinum ne doit pas être prise à la lettre. En ef-
fet , le coeur le plus hypertrophié cbcî l’homme n’a pas la moitié du poids’du
cœur normal d’un bœuf vigoureux,
2.
26
4o2 maladies du cotur en particulier.
la circonférence , lapouc. ; le diamètre antéro-postérieur,
2 pouc. 7 lig.
Le ventricule droit ])ourrait contemr un gros œuf de
poule ; ses parois ont 5 lig. d’épaisseur, vers la pointe comme
à la base. Les colonnes charnues sont développées , ainsi
que les tendons par lesquels elles s'insèrent à la valvule tri-
cuspide.La circonférence de l’orifice ventrîculo-pulmonaire
est de 3 pouc. ^ lig. L’oreillette droite a une cavité presque
double de celle du ventricule ; elle présente à sa surface
interne un certain nombre de plaques, dont deux surtout
forment un relief assez marqué, et offrent cette teinte lai-
teuse des plaques que l’on trouve parfois à la surface du
péricarde; l’oreillette est généralement hypertrophiée, sur-
tout aux colonnes de son auricule. — La valvule tricuspide
est considérablement épaissie, sans être déformée; son tissu
crie légèrement sous V instrument qui* le divise. Cet épaississe-
ment et cette induration commençante existent surtout à la
t O
zone tendineuse oîi se fixe la 'valvule (' la longueur de ses
lames est de ii à 12 lig. ). L’orifice auriculo-ventriculaire
droit est sensiblement élargi. Les veines-caves sont consi-
dérablement dilatées.
La cavité du ventricule gauche est à peu près égale à
celle du ventricule droit. L’épaisseur de ses parois , à la
base, est de 8 à 9 lignes, et va en diminuant vers le
sommet. Le diamètre vertical du ventricule gauche est de
3 pouc. I lig."; sa circonférence interne est de 4 pouc. ij2.
Le diamètre vertical du ventricule droit est de 2 pouc.
10 lig. ; sa circonférence interne est de 5 pouc.
L’orifice ventriculo-aortique a 2 pouc. 1 1 lig. — Les valvu-
les de l’aorte et de l’artère pulmonaire bouchent exactement
les orifices auxquels elles sont adaptées ( l’eau versée dans ces
vaisseaux ne pénètre pas dans les ventricules). — Les val-
vules aortiques ontfi.lig. de hauteur; elles sont bien confor-
mées, mais elles sont épaissies, indurées, et crient sous l’in-
strument : elles sont parsemées de quelques plaques jaunà-
OBSERVATIONS d’iIYPERTROPHIE. 4o3
iresjrudiniensd’ossificalions. Lescolonncscharnues du ven-
tricule gauche ne sont pas très développées, excepté celles
qui vont s’insérer à la valvule mitrale ; la plus grosse de
ces dernières est parsemée de plaques d’un blanc laiteux' au-
dessous desquelles le tissu musculaire est intact. L’oreillette
gauche paraît un peu plus vaste que la droite j elle commu-
nique avec le 'ventricule au moyen d’une espece de J'ente qui
reçoit à peine V extrémité du petit doigt et ressemble à une glotte
d’enfant. Dans cet endroit, l’oreillette se termine par un
espace infundibuliforme, à circonférence légèrement fron-
cée comme celle de l’anus, et dont le diamètre est de 5 lig.
environ (la circonférence de la fente est de i8 lig.).‘Cette ou-
verture est formée par l’e.Vlrémité libre des deux lames de
la valvule bicuspide , qui , par leur réunion , forment une
I espèce d’anneau. Les colonnes charnues viennent s’insérer,
1 par de nombreux tendons, sur la face ventriculaire de
I ces lames valvulaires. Ainsi épaissies dans toute leur éten-
due, les lames valvulaires, d’une longueur de i3 lig., sont
rendues inégales par des plaques développées dans leur
j épaisseur, qui est de,i lig. La circonférence d’insertion de
la zone tendineuse a 4 pouc. 4 hg.
Sur la membrane' interne de cette oreillette, il existe,
|l comme sur celle de l’autre, des plaques blanchâtres, fibro-
I cartilagineuses.
Le tissu du cœur est assez ferme et vermeil ; cet organe
I est entouré de toutes parts d’une couche de graisse assez
I épaisse et assez molle.
■' L’aorte descendante est généralement un peu dilatée et
hypertrophiée : elle n’offi'e pas de plaques cartilagineuses ,
I comme sa portion ascendante. .
; Les poumons sont sains , si ce n’est que leurs cellules
; sont remplies d’une sérosité spumeuse, que la pression en
il fait sortir avec crépitement. Le poumon gauche est plus
;i engorgé que le droit.
26.
MALADIES DU COUUn EN PAUTICULIER.
3° Organ. cligest. et annex.^ — L’estomac, dont la mem- i
brane muqueuse paraît un peu ramollie, offre des mar- ^
brures d’un noir rougeâtre dans son grand cul-de-sac ; l’in- |
testin grêle ne présente rien de remarquable; le gros in- 1
testin contient des matières fécales en assez grande quan-
tité.— Le foie, congestionné, est plus lourd et d’une couleur
plus jaunâtre qu’à l’état naturel. — La rate est rétractée
et d’une forte consistance. — Les reins sont à l’état normal. i
4“ Or g. de Uinneryat. — A. l’ouverture du crâne , il ne s’é-
coule aucun liquide. Le cerveau est généralement mou : on
observe sur la partie externe du lobe moyen, une large suf-
fusion sanguine, indice d’un épanchement. En ouvrant le
cerveau, le^corps calleux s’est déchiré et on trouve du sang • .
caillé entre les deux hémisphères. En incisant la substance ;
cérébrale, on constate un ramollissement de celle qui cor- «
respond à la suffusion sanguine (le sang est comme combiné i
avec elle). La portion la plus antérieure est seule exempte
de l’altération. En dehors, les deux tiers externes de la cou- |
f
che optique etducorpsstrié gauches sont complètement dé- ‘
chirés et détruits par un vaste épanchement. La substance cé- t
rébrale, combinée avec le sang, forme une espèce de bouillie i
diffluente, représentant de la lie devin foncée en couleur. En
versant une certaine quantité d’eau , on voit des lambeaux
de substance cérébrale flotter au mjlieu du liquide. La par-
tie la plus interne du corps strié et de la couche optique
n’a pas été envahie par l’épanchement.
Le sang trouvé entre les deux hémisphères provenait
évidemment du foyer décrit, et s’était échappé à la faveur
d’une déchirure.
Le corps strié et la couche optique du côté droit, un peu
mous, n’offrent, d’ailleurs, aucune trace d’épanchement.
La masse cérébrale en général, à gauche surtout , est in-
jectée et abondamment pointillée de sang.
L’artère basilaire et ses principales ramifications ont leur
OBSERVATIONS D’ilYl'ERTROPUiE. /j.o5
parois un peu épaisses, blanchâtres en quelques points, sans
plaques cartilagineuses ou calcaires (i\
(i) On a dft remarquer que, dans plusieurs autres observations, ainsi que dans
celte dernière, une hémorrhagie ou un ramollissement du cerveau ont compliqué
l’hypertrophie du ventricule gauche. Comme 1 influence de celte hypertrophie
sur le développement de ces afleclions est un point de doctrine encore conlro-
versé, on ne saurait trop multiplier les faits propres à 1 éclairer. Cest pour-
quoi je vais consigner ici l’extrait de trois nouvelles observations qui me sont
propres. J’y joindrai l'observation publiée en l’an xin par Legallois , qui me pa-
i rait être le premier qui ait considéré i'iiypértrophie du ventricule gauche comme
pouvant déterminer l’hémorrhagie cérébrale.
OnsKHV. lad". Hyperlropjiie a^évrismale des deux ventricules, ramolllsse-
I ment du cerveau. Une portière, âgée de .^6 ans , éprouva lout-à-coup , dans sa
loge, une attaque d'hémiplégie. Le lendemain , elle est apportée à la Clinique
i ( le 5 février i835 ). — Membres gauches privés de sentiment et de mouvement;
i bouche ét jmux déviés à droite , parole difficile. — Batlemens du cœur irrégu-
j liers, forts, tumultueux, ressemblant en quelque sorte à des coups de battoir...
! Les jours suivans , le membre supérieur paralysé se contourna , mais jamais on ne
remarqua de rigidité notable. Mort le i5 , dix jours après l’entrée ( la parole et
la connaissance se conservèrent jusqu’au dernier moment : elles n’étaient qu’af-
faiblies).— Le coeur, situé presque transversalement, est d'un bon tiers plus volu'-
tnineux qu’à l’état normal {il pèse SGy gram.). Deux plaques laiteuses, trace d’an-
I eienne pèricardile, existent sur la face antérieure du ventricule droit, dont laeavitê
i est un peu augmentée , et dont les parois ont 4^5 lig. d'épaisseur. La cavité du
< ventricule gauche est à peu prés égale à celle du droit ; ses parois ont à la base 7
1 lig. à J lig. 1/2 d’épaisseur. Valvule tricuspide un peu épaissie. Valvule mitrale
ij indurée , ai ec rétrécissement considérable de l'orifice auricuto-venlriculaire gau-
I che. — Orifice aortique libre. — Dégénérescence crétacée de l’aorte. — Sérosité en
quantité médiocre dans les ventricules latéraux du cerveau. La substance blanche
qui forme ta paroi du droit est sensiblement ramollie ; le ramollissement s’étend
vers le commencement du lobe postérieur droit , et occupe une grande partie do
la face externe du lobe moyen. En dehors de la couche optique et du corps strié
droits existe un nouveau foyer de ramollissement. Dans les lobes postérieur et
I moyen, la substance est convertie en une bouillie un peu épaisse, sans traces d’in-
Sjcction. — Dans le foyer situé en dehors de la couche optique et du corps strié, on
aperçoit une injecliàn sanguine très prononcée, portée jusqu’à l’ infiltration en plu-
l sieurs points. Ailleurs, la substance ramollie est infiltrée d’un liquide d’une
i teinte d'un blanc légèrement Jaunâtre, et qui ressemble à un pus très clair. En
-■ un point, là où l’injection est à son maximum, le liquide est manifestement pu-
t riforme. — Les artères de la base du cerveau et leurs ramifications n’offrent pat
I de notables ossifications.
• Obsbrv. 127'. — Hypertrophie concentrique du ventricule gbuche , ramollisse-
• ment très circonscrit du cerveau, Uneàcaülère, âgée de 65 ans, sujette à de
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 130«.
Femme de 4^ ans. — Battemens forts et étendas du cœur; matité et voussure
de la région précordiale. — Bruit de râpe. — Hypertrophie avec dilatation du
cœur en général, et du ventricule droit en particulier. — Induration des val-
vules bicuspide , aortiques et tricuspide. — Plaques fibreuses sur le péricarde.
Adhérences anciennes de la plèvre et du péritoine.
Une femme âgée de 4^ ans , d’une constitution un peu
grêle, à poitrine étroite, fut apportée à la Clinique et cou-
violens battemens du cœur et à des étourdissemens, éprouva, le a4 février i835,
une paralysie du côté droit, sans perte de connaissance (le sentiment persistait dans
les membres paralysés). Le a6, elle fut apportée à la Clinique. Face rouge, yeux t
injecté, parole difficile, etc... Les jours suivons, on observe une rigidité, une con-
tracture du membre supérieur droit, qui est en même temps contourné... La et- |
phalalgie est très forte. Mort le i3 mars, quinze jours après l’entrée. — Cœur volu-
mineux, La cavité du ventricule gauche est un peu moindre qu'à l’état ftermal. Ce t
ventricule, arrondi, très robuste, a des parois 8 à 9 Ug. d’épaisseur. Les parois |
du ventricule droit ont 2 lignes d'épaisseur seulement. — Une grande quantité de j
sérosité dans la eavite de l’ arachnoïde ; dans les ventricules et à la base du crâne.
( Vers les derniers jours, la malade était tombée dans un état comateux.) En de- 1
hors du corps strié gauche , dans un espace qui pourrait contenir une noisette , .
existe un ramollissement bien caractérisé,
Obsbbv. 1 28e. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche, Hemor- |
r/iflg'tc ceréôra/e. Un marchand d’habits, âgé de 60 ans, tomba tout-à-coup
sans connaissance, le 16 avril iS55. Le 17 , il fut apporté à la Clinique. Le 18 ,
à la visite, le malade n’avait pas encore repris connaissance; il était plongé dans
un coma profond , et ne pouvait proférer une parole. Les membres droits étaient
dans une immobilité et une résolution complètes. ( Le malade était sensible à un
fort pincement de ces parties. ) Respiration stertoreuse. Rétention d urine.
Les battemens du cœur repoussaient assez fortement la tête appuyée sur la ré-
gion précordiale, bien que le pouls fût petit , étroit ( à loo par minute). -
Mort le 1 S, à 3 heures, le lendemain de l’entrée , troisième jour de l’attaque.
— Le cœur est d’un grand tiers plus volumineux qu’à l’élat normal , arrondi,
comme dodu , à pointe mousse ( il pèse oji gram. ). Le ventricule gauche est
énormément hypertrophié , et sa cavité est rétrécie {elle peut à peine recevoir le
doigt indicateur'). Le maximum d'épaisseur de ses parois est de i5 Ug, Le
maximum d’épaisseur des parois du ventricule droit est de 5 Ug, 1/2. La cloison,
deÿtig. d'épaisseur, proém 'ine dans la cavité du ventricule droit , dont la capacité ts t
d’ailleurs d peu près normale. Les colonnes charnues du ventricule gauche sont
très robustes. La valvule mitrale est épaissie et parsemée de quelques plaques
OBSERVATIONS d’iiYPERTROPHIE. 4c>7
chée au n°8.de la salle Sainte-Madeleine, le i a janvier i835.
Elle était alors dans un état si grave , qu’elle ne pouvait ré-
pondre à aucune de nos questions sur les antécédens de sa
santé. La fdle de cette femme nous apprit seulement qu’à
différentes reprises ,;les jambes avaient été enflées.
Voici les symptômes que nous observâmes, le lendemain
de l’entrée (i3 janvier).
Face bouffie, terreuse ; lèvres violettes ; gonflement vari
queux des veines jugulaires et des troncs veineux qui rampent
sous lapeau de la poitrine.
Pouls petit, filiforme, à 112 pulsations; bruissement ou
jaunes. — Le tissu du cœur est vermeil. L’origine des artères coronaires est e®**-
vertie en tissu fîbro-cartilagîneux ; le commencement de l'aorte présente aussi dei
points et des lames jaunes, rudimens d'ossifications. — Les circonvolutions du
cerveau sont pptites, et cet organe est comme affaissé ( une perte de substance ,
suivie d’une cicatrice déprimée, existe à la surface de quelques unes des circonvo-
lutions ). Dans l’intérieur de la couche optique et de la partie postérieure du corps
strié de l' hémisphère gauche , existe une excavation caverneuse, de la grandeur
d’une petite noix, à surface frangée, inégale, ramollie et remplie d’un sang noir
liquide, mêlé seulement de quelques petits, caillots. Un autre foyer hémorrhagique
occupait tout le côté gauche de la protubérance annulaire , d’où il s'étendait aux
trois quarts du côté opposé , se prolongeait dans le pédoncule antérieur du
cerveau, et de là communiquait avec l’autre foyer. Les aetbbes dk la basb dd
CnANE ÉTAIENT OSSIFIÉES.
Obsert, 129e — Voici maintenant Tobservalion de Legallois, telle qu’on la
trouve dans le tome !"■ des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris , publié
en l’an xui. Elle a pour litre : Obseroation lue à la Société par M. Legallois, sur
une maladie du cœur par hypersarcose ou par excès de la substance musculaire
de ce viscère, cause présumée d'dse apoplexie foudeoyante, qui a terminé les
jours de la malade.
U lie femme éprouvait, dès l’enfance, uue impossibilité de faire des mouvemens un
peu prompts sans essoufflement , disposition qui s’élait progressivement et consi-
dérablement accrue jusqu’à la mort, quia eu lieu à 26 ans. Les étés augmen-
taient celte incommodité, et des sueurs abondantes accompagnaient l’essouffle-
ment. Celle femme s’éveillait de très bonne heure, et ne pouvait plus dormir ni
rester au lit, au bout de quelques heures de sommeil; elle ne pouvait porter de
vêtemens serrés en aucun temps, mais surtout après avoir mangé; elle mangeait
beaucoup, surtout du pain, et avait toujours faim. Elle était sujette aux hémor-
rhagies nasales et aux maux de tête ; son visage était pâle.
Lie jour même qu’elle périt, elle éprouva tout-à-coup un violent mal de dents ,
auquel elle n’avait jamais été sujette , et la joue droite se gonfla subitement.
4o8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
frémissement vibratoire dans le trajet des artères carotides ;
et sous-clavières.
Voussure manifeste de la région précordiale, avec élar- =
gissement des espaces intercostaux correspondans ; cette j
région offre une matité de 4 pouces verticalement et de 4 i
pouces 3 lignes transversalement. Le maximum de la ma- l
iité existe à la partie inférieure du sternum, c’est-à-dire )
dans le point de la région précordiale correspondant au i
ventricule droit. La main appliquée sur la région indi-
quée est repousséa par un coup fort, sec, vigoureux, ce !
qui cofitraste avec la faiblesse du pouls.
Les deux bruits du cœur sont remplacés par un double ;
bruit de râpe ,■ assez sec.
Les membres inférieurs sont infiltrés, et l’abdomen dis-
tendu, fluctuant. • V ,
Elle eut deux ou trois vomissemenf, et perdit connaissance; la respiration de- ►
vint steiToreuse, et la bouche se couvrit d’écume, les urines coulèrent involon-
tairement, et la mort survint environ trois quarts d’heure après que le mal de :
dents se fut déclaré.
Adtopsie c AOiVKRiQCE. — Lc volumc, la dureté du cœur, et l’épaisseur de tes
parois étaient extraordinaires : tout son volume était dû au ventricule aortique.
Les valvules, les oreillettes et le ventricule droit étaient dans les proportions na-
turelles. La CAPACHé DU VBSTttlCULE AOBTIQUE h'ÊTAIT CKPBîSDArîT PAS PLUS
GRANDE qu’a l'ÉTA'T ORniKAlRE,
Le poids total du cœur était de 6 hectogram. ( environ i liv. i;4 ), ta longueur
de sa base à sa pointe était de i décimèl. et i/5 {,5 pouc. ) , sa plus grande circon-
férence de 3i décimùi.\\% pouc. \}t) (i). Les parois du ventricule gauche,
à la base, avaient 27 millimèt. ( 1 pouc. ) d’épaisseur, et seulement 2 millimèt.
( 1 Ug. ) à la pointe.
L’hémisphère droit du cerveau contenait dans sa cavité près de 3 onc. de sang
( 9 dccagram. ). On y observait une crevasse à sa partie postérieure et externe ,
crevasse qui était également pleine de sang. En cet endroit, la substance du cer-
veau était d’un rouge pâle, mollasse et cédant facilement sous le doigt. Une par-
tie du sang s'était aussi fait jour dans la cavité du côté gauche, par une rupture
dans ta cloison intermédiaire (2).
[l'i II y H erreur dans ces calculs : en elTct , on représente d’abord 1 décimcl. cl 1|3 par 5pou.,
et ensuite 31 déciniét. par 12 pouc. Ii2. \
(2i Fondé sur l’aulurilé de Morgagni , Legallois regarde rêtal pulpeux de la substance cérébrale
dans 1rs coups apopiccliqurs ccmcue un effet et non coûuue la cansede l’êpauchenient de sang.
i
i f Si.
OBSERVATIONS d’iIYPERTROPIIIE. /|.09
La malade est plongée dans un assoupissement continuel ,
c et offre un état d’oppression considérable.
Diagnostic. — Hypertrophie anéorismale du, cœur en général
et du ventricule droit en particulier , aoec induration des valvules.
Prescript. — Saignée au moment de Ventrecj solut. de sir.
de gomrn. 2 pots; pot. calm. avec digit. gr. yJ ; 2 bouiïl. ,
2 tasses de lait.
Le membre supérieur du côté sur lequel là malade reste
couchée (côté droit) est énormément infiltré. On ne peut
1 retirer la malade de son état d’assoupissement — L’agonie
I est évidente.... Mort dans la journée.
Jutopsie cadavérique 20 heures environ après la mort.
1” Habitude extér. — Infiltration séreuse des membres ;
visage livide , violacé.
2° Organ. circulât, et respù'at. — A l’ouverture de la-^poi-
trine, il s’écoule une assez grande quantité de sérosité lim-
pide , citrine.
Le' péricarde contient un demi -verre environ d’une
sérosité d’un jaune verdâtre, parfaitement transparente.
Pâle , comme lavé par le liquide, *il présente en plusieurs
points des' plaques d’un blanc-laiteux, organisées, s’enle-
vant assez facilement et laissant au-dessous d’elles le feuillet
viscéral du péricarde tout-à-fait sain.
Le cœur est généralement dilaté et hypertrophié.' Le
ventricule droit est d’un grand tiers plus vaste qu’à l’état
normal. Ses parois présentent à peu près le double d’épais-
seur de l’état normal. La cavité de ce ventricule contient
des concrétions sanguines noirâtres, molles. L’oreillette
correspondante est également dilatée.
L’orifice auriculo-ventriculaire droit , considérablement
dilaté , a 5 pouces de circonférence. La valvule tricuspide
est épaissie.
Les valvules de l’artère pulmonaire sont dans l’état normal.
Le ventricule gauche contient des concrétions sembla-
4lO MALADIES DU Ca:UIl EN PAllTICULIEn.
blés a celles du droit : il est moins ample que ce dernier.
— L’orifice aortique a 3 pouc. 4 üg- de circonférence.
Les valvules aortiques sont rouges ( la rougeur persiste
après le lavage, et tranche sur la couleur jaune nankin de
la paroi interne de l’aorte); leur bord adhérent est converti
en tissu fibro-cartilagineux. — Infiltration sanguine entre
les fibres charnues qui forment la couche la plus superfi-
cielle du ventricule gauche.
L’épaisseur des parois de ce ventricule est de 5 à 6 lig. à
la base. La substance musculaire est plus brune qu’à l’état
normal, altération de couleur à laquelle ne participe pas
le ventricule droit. La lame antérieure de la valvule bicus-
pide présente plusieurs plaques cartilagineuses. — L’orifice
auriculo-ventriculaire gauche a 3 pouc. 3 à 4 lig.
L’aorte, généralement blanche à l’intérieur, offre un ca-
libre plus étroit qu’à l’état normal.
Les poumons adhèrent presque de toutes parts à la plè-
vre pariétale. Ils contiennent beaucoup de sérosité (œdème
des poumons, plus prononcé dans le droit que dans le
gauche ).
3° Cent, nerveux. — Beaucoup de sérosité dans la cavité
de' l’arachnoïde et dans les mailles de la pie-mère. — Les
ventricules contiennent un peu du même liquide. La sub-
stance cérébrale, d’une bonne consistance, est fortement
sablée d’un sang qui ruisselle à la surface des sections pra-
tiquées dans le cerveau.
4® Org. dig. èt annex. — La cavité abdominale contient
une grande quantité de sérosité citrine. — Le foie adhère au
diaphragme par du tissu cellulo-fibreux ; son volume est
augmenté. — Le tube digestif offre à l’extérieur une teinte
rosée (sa cavité n’a pas été ouverte).
I
OBSERVATIONS d’iiypertropiiii:. 4ll
OBSERVATION 131*.
Homme de 4; ans. — Battemens du cœur larges, étendus; palpitations; dys-
pnée; pouls irrégulier, petit, intermittent. — Plus tard, gangrène et infiltration
i du membre inférieur gauche. — Hypertrophie générale et dilatation du cœur. —
PPIaques laiteuses sur le péricarde; induration fibro-Cartilagineuse et insuffisanca
é des valvules auriculo-ventriculai res. — Dégénérescence crétacée de l’aorte et de
1,1a plupart des grosses artères. — Oblitération de la fin de C artère iliaque primi-
r. tive gauche et de la veine principale du membre malade.
Durand, ancien soldat, âgé de 47 Rds, est entré à la Cli-
nnique (n° 22, salle Saint-Jean-de-Diéu ), le 12 oct. i833.
CCet homme, d’une constitution robuste, fut pris, il y a
ttrois mois environ, sans cause à lui connue, de gène dans
lia respiration, surtout lorsqu’il se livrait au moindre exer-
ccice. Cette gêne a fait des progrès’lents , mais continuels,
I malgré les soins qu’il a reçus dans divers hôpitaux ( à l’hô-
jpital Beaujon spécialement, et dans le service de M. Ler-
I minier, où il a été placé à deux? reprises différentes).
Examen à la visite du i3.
La coloration de la peau , surtout à la face, était d’ûn
bleu pâle, terne, livide j les lèvres et les ailes du nez étaient
gonflées.
Depuis une quinzaine de jours, le malade crachait abon-
damment un liquide séreux j la respiration était difficile,
haute, et la dyspnée augmentait au moindre effort, tel que
celui qu’exige un simple changement de position dans son
lit; il existait un râle muqueux que l’on entendait dans
tous les, points de la poitrine.
Les battemens du cœur étaient profonds, mais larges,
étendus, et la main semblait frappée par une. très grosse
masse. La matité de la région précordiale occupait deux
pouces en travers et de haut en bas. 1
On n’entendait pas de bruit de soufflet bien marqué dans
la région précordiale. Cependant le premier bruit du
4l'^ MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
cœur était apro , rude, sec; le malade éprouvait de fré-
quentes palpitations.
Le pouls était irrégulier, faible et intermittent.
Les membres inférieurs étaient infiltrés.
Les fonctions digestives s’exercaient assez bien.
Diagnostic. — Hypettrophie generale du cœur ÿ induration 1
des 'valvules , sans rétrécissement des orifices.
Prescription. — Saign. 3 palett., tilL, orang. édulc.
i4 octobre. Un peu de soulagement. {^Pot. 12 gouLt. de :
teint, de digit., lav., bain'^ bouill. et potagl)
15. Même état. {^Vésicatoire sur la région précordiale é)
16. La dyspnée est plus forte que les jours précédons. 1
( Saign. 3 pal.)
17. Un peu de soulagement.
18. On remarque que l’épiderme de la plus grande par- i
tie de la face interne de la cuisse gauche est enlevé , et î
qu’il s’est formé en cet endroit une large escharre gangré- !
neuse , dont il s’écoule une^ abondante sérosité fétide (i). |
Le membre est le siège d’une vive douleur. Le pouls est 4
très petit et très irrégulier. ( Lotions avec décoct. de kina 1
chlorurée^ eat.'') ' ii
19. Plongé dans une espèce d’ivresse gangréiieusefe. ma- i
lade dit ne s’être jamais mieux trouvé. La joie qu’exprime
son visage contraste singulièrement avec la lividité de celte 1
parue et la décomposition des traits; l’étouffement est im-
minent; la désorganisation est plus marquée; la surface 1
dénudée offre celte teinte d’un gris sale qui caractérise la 1
gangrène avec suppuration; langue rosée; le pouls est
plus misérable encore, très irrégulier. Le malade assure ne !
(i) Le membre inférieur gauche est fortement œdémateux, tandis que le droit
n'offre qu’un léger empâtement à sa partie inférieure. Je présume qu’il existe un
obstacle ii la circulation dans les artères et les veines du premier, et j’annonce
une ûn prochaine.
OBSETIVATIONS d’iI YPERTHOPltlE. /| l 3
plus ressentir aucune douleur dans le membre où il souf-
j ira\t lant U ye\\\e.{ Pot. tonique.)
Il meurt le 20, à trois heures du matin, après un râle
de quelques heures. { Il exhalait une odeur tellement fé-
tide, que les sœurs et les infirmiers disaient qu’il était
pourri. ) ’
Autopsie cadavérique , 3o heures apres la mort,
1° Habit, extér. — Cadavre d’une taille et d’un embon-
f point médiocres. Le membre inférieur gauche est seul très
infiltré. La partie dénudée est circonscrite par une ligne
|r noire, s’étendant du creux du jarret à l’épine iliaque anté-
rrieure et supérieure. La surface gangrénée est grisâtre et
a abreuvée d’un pus sale, qui infiltre un peu le tissu du
c derme.
2° Org. circulât, et respimt. — Le péricarde contient cn-
'^viron 4 onc. d’une sérosité citrine, mêlée de quelques flo-
ccons. Le cœur, distendu par des caillots , a un volume iri-
qple de celui du poing du sujet; il a une forme globuleuse,
eet présente, sur le côté gauche, plusieurs plaques laiteuses.
|] Débarrassé de ses principaux caillots, il pèse 636 gram.
ilîSa circonférence, à la base, est de 12 pouc. ; sa hauteur de
I i4 pouc. i|2 ; sa largeur de 6 pouc. 2 lig.
On trouve dans les cavités du cœur un sang coagulé et
i 1 très noir.
La cavité du ventricule gauche est un peu plus grande
IC qu’à l’état normal. Ses colonnes charnues sont volumi-
I ineuses, et forment un réseau serré. La hauteur dè la cavité
; test de 2 pouc. i lig.“, sa circonférence de 3 pouc.
i L’épaisseur des parois de ce ventricule, presque égale
' I partout, même au sommet, est de 7 à 8 lig.
La cavité du ventricule droit est un peu plus grande que
( celle du gauche. Elle est hérissée aussi de colonnes chai'-
|i nues, très fortes. L’épaisseur des parois, à peu près la même
U dans tous les points, est de 4 à 5 lig.
La substance musculaire est d’un rouge vermeil. Les ori-
4l4 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
fices aortique et pulmonaire sont libres ( ils ont tous les
deux 2 pouc. Il lig. de circonférence) ; leurs valvules sont
minces et un peu rouges.
L’oreillette gauche a une cavité double de celle du ven-
tricule correspondant. Malgré cette dilatation, ses parois
sont épaisses de a à 3 lig. , et représentent celles du ven-
tricule droit à l’état normal.
La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau-
che est de 3 pouc. 5 lig. Sa valvule présente, surtout à la
base, des incrustations fibro-cartilagineuses et calcaires
(il s’en trouve beaucoup aussi au point d’insertion des colon-
nes charnues). Du reste, elle n’est pas assez large pour fer-
mer l’orifice auquel elle est adaptée. Plusieurs des tendons
valvulaires sont confondus avec le bord induré de la valvule.
L’oreillette droite présente la même hypertrophie et la
même dilatation que la gauche. L’orifice auriculo-ventri-
culaire est dilaté, et présente 4 pouc. 2 lig. de circonfé-
rence.
La valvule tricuspide , ratatinée comme la mitrale, pré-
sente quelques lames fibro-cartilagineuses, criant sous l’in-
strument qui les divise.
La membrane interne du commencement de l’artère pul-
monaire est saine. Celle de l’origine de l’aorte offre quel-
ques plaques fibreuses, qui se continuent dans les artères
coronaires.
L’aorte thoracique et ajDdorainale , incisée dans toute sa
longueur, présente à sa partie postérieure des plaques min-
ces, jaunes et comme plâtreuses, qui forment un relief à
sa surface interne , et que l’on peut facilement enlever avec
le dos du scalpel. Le reste de la membrane paraît sain. A la
division de l’iliaque primitive gauche, un caillot mou obli-
tère ce vaisseau ; plus bas se trouve un peu de sang demi
liquide. Sa membrane interne offre dans toute son étendue
la même altération que la face postérieure de l’aorte. Les
veines satellites sont oblitérées par un caillot mollasse ,
OBSERVATIONS D’ilYrERTROPIIIE.
* l’ dont la densité augmente au-dessous de l’arcade crurale, où
* I il est un peu grenu, friable et d’ancienne date. Les parois de
i la veine fémorale sont épaissies, la membrane interne est
U légèrement rosee. • ,
' Les vaisseaux correspondans du côté droit n’offrent pas
Mes altérations indiquées au même degré. L’incrustation
I comme plâtreuse observée dans l’aorte et 1 artère iliaque
U gauche est surtout moins marquée. La tunique interne des
i artères est plus jaune, leurs parois sont moins épaissies,
f Le' caillot des veines droites nest ni aussi volumineux, ni
aussi dense que celui des gauches , dont il n’a pas non
f plus l’aspect briqueté.
Le tissu cellulaire sous-cutané, du membre abdominal
:gauche est infiltré et forme une couche de 7 à 8 lignes d’é-
paisseur; du côté droit où l’infiltration est légère, la couche
ccelluleuse n’a que 2 à 3 lignes d’épaisseur.
La jugulaire interne du côté droit est triple au moins de la
;;gauche, dont le volume est normal. Les carotides offrent
lia même traînée de matière plâtreuse que les artères déjà
eexaminées; en quelques points, la membrane interne est
sseule altérée, en d’autres points le vaisseau est ossifié ou
I cartilagineux dans toute son épaisseur.
Le côté droit de la poitrine contient beaucoup de séro-
ssité , et on y voit plusieurs adhérences. Le poumon de ce
ccôté a une couleur pâle , laiteuse , suite de sa macération
cldans la sérosité. Il est assez léger, crépite , et ne contient
qqu’une médiocre quantité de sang et de sérosité. L’incision
ildu lobe inférieur fait couler un liquide puriformCj contenu
ddans les bronches , et peut-être dans quelques vésicules
ppulmonaires.
Le poumon gauche est plus léger ( il est recouvert d’une
t.fausse membrane grisâtre, ancienne). Les bronches con-
t tiennent aussi un peu de pus. Le tissu pulmonaire est rouge.
3° Org. dig. et annex. — Le tissu du foie est condensé et
1 abreuvé d’une grande quantité de sang, qui s’écoule en par-
4lG MALADIES DU COEUR Ex\ PARTICULIER.
lie des lèvres de l’incision , et demeure en partie comLiné .
avec la substance de cet organe.
La rate a un peu moins de volume et un peu plus de
consistance et de densité que dans l’état sain. Sa surl’ace est i
parsemée de taches d’un blanc sale, qui s’enlèvent par pla- 1
ques, comme les fausses membranes de la plèvre. |
Le rein droit est un peu moins volumineux que le gau-
che : rien d’ailleurs à noter pour ces organes.
L’estomac, d’une grandeur considérable, présente une
légère 'rougeur de sa membrane interne (quelques petites
plaques d’un rouge pointillé sont disséminées à sa^surface). i
La muqueuse de l’intestin grêle paraît saine : elle est seu- !
lement injectée en quelques points. !
4° Centres netv . — Les sinus de la dure-mère (les latéraux i
surtout) contiennent des caillots mous, qui en occupent i
presque tout le calibre. Les artères carotides internes, -ï
examinéesfdans le sinus caverneu;:, offrent la même alté-
ration que le tronc dont elles naissent. — Le tissu sous- :
arachnoïdienest infiltré d’une grande quantité de sérosité, 4
légèrement rouge. Cette inhltration est plus considérable
en arrière qu’en avant. — La pie-mère est injectée.
Les ventricules latéraux ne contiennent guère qu’une ou t
deux cuillerées de^ sérosité. — Le cerveau a sa consistance
ordinaire. Il est piqueté d’un assez grand nombre de points n
rouges. — Le cervelet nous semble plus mou qu’à l’état [
normal, sans être à proprement parler ramolli. |
•I ■*
OBSERVATIONS B’nYPERTROrHIE. 4^7
OBSERVATION 132e.
Homme de 55 ans. — Battemens du cœur très forts . accompagnés d’un bruit
de soumet dans la région du sternum et la partie latérale supérieure droite de la
poitrine ; symptômes ordinaires d’un obstacle à la circulation à travers le cccur.
Hypertrophie générale très considérable. — Anévrisme énorme de 1 aorte sous-
sternale, sans rupture des membranes.
Pierre Pinçon , âgé de 35 ans , matelassier , d un tempéra-
ment sanguin-bilieux , cheveux châtains, fortement con-
stitué, entra àl’hôpiial Cochin leaomaiiSaS. Il éprouvait,
depuis plusieurs années, une difficulté de respirer qui se
prononçait surtout pendant les exercices un peu violens et
qui était accompagnée de battemens de cœur auxquels il
faisait d’ailleurs peu d’attention. Les étouffemens étaient
1 devenus plus considérables depuis trois mois, et il s’y était
■ joint des symptômes gastriques pour lesquels on avait
I appliqué quelques sangsues.
Etat du malade a son entrée. — Face livide , plombée et
i bouffie : infiltration des membres, surtout des gauches ;
1 parole entrecoupée, orthopnée , insomnie , réveil en sur-
j saut; pouls régulier, sans fréquence, développé, dur et
! vibrant au bras droit, très petit au bras gauche; toux, cra-
i chats visqueux; langue humide et blanche.
Auscultation. — Râle muqueux dans la presque totalité
de la poitrine ; battemens simples très forts, sibilans sous
la partie moyenne et supérieure du sternum et sous les car-
tilages des premières côtes droites , jusque vers la clavicule.
Le bruit de soufflet, très prononcé, se fait entendre dans
la région précordiale elle-même, et y couvre pour ainsi dire
le premier bruit du cœur, dont les contractions , isochrones
jl aux battemens simples indiqués, soulèvent assez fortement
ï le cylindre.
' Diagnostic. — Hjyerlrophie du cœur. — Anévrisme de la
V ( crosse dë V aorte. Bronchite.
!] Prescription. — Saign. Z palett. ; tis. apérit.; pot. avec
: I i teint, digit.
K
4l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
La saignee diminua un peu l’oppression. — Le a3 , trois
jours apres l’entree , retour de l’étouffement ; anxiété ex-
trême; sentiment d’un poids incommode dans la région
précordiale et vers l’appendice xiplioïde ; picotement dans
les membres; ventre en assez bon état. — Les jours suivans,
un peu d’amélioration; visage moins- livide, respiration
plus libre , même état du pouls ; battemens des veines
jugulaires isochrones à ceux des carotides. — Le malade
se lève et mange la demi-portion ; il a beaucoup de peine
à monter l’escalier , et est obligé de s’arrêter à chaque
marche. - — Le 5 juin au soir, accès de dyspnée des plus
violens ; contractions comme convulsives des muscles
respirateurs ordinaires ; contractions simultanées , et , pour
ainsi dire , synergiques des muscles du cou , de la mâchoire
inférieure et des ailes du nez ; suffocation imminente , vi-
sage livide, sueurs froides (saignée de trois palettes) ; nuit
assez calme; soulagement les deux jours suivans.
Le 8, nouvel accès (saignée de trois palettes); nouveau
soulagement. — Le 9 , à onze heures et demie du soir,
attaque des plus terribles. Le malade, en proie à la crainte
d’un étouffement prochain, les mains appuyées sur son
lit, le visage décomposé et couvert de sueurs froides, les
yeux ternes et égarés, la bouche béante, les narines dilatées,
lutte, pour ainsi dire, de toutes ses forces, contre l’obsta-
cle qui s’oppose à sa respiration ; les battemens de son
cœur sont forts et semblables à des coups de marteau ; tou-
tes les artères battent avec violence, et l’œil distingue les
mouvemens de celles des membres supérieurs dans pres-
que tout leur trajet. — On pratique une saignée ; mais la
velue ne fournit qu’une petite quantité d’un sang épais ,
noir, qui coule en bavant , et se coagule presque sur-le-
champ. On prescrit un bain de pieds et des sinapismes. Enfin,
au bout de quelques heures , le malade revient à son état
habituel. — Le ii , l’oppression se renouvelle (vésicatoire
sur la poitrine). »— Jusqu’au 20, peu de changement. La
OBSEIIVATIONS D’iTYPEIlTROPITTr:. l\\(^
main, appliquée sur la région où existent les hatlemens
■ indiqués précédemment , sent une sorte de frémissement
vibratoire très marqué. — Du 20 au s5 , les traits s’altèrent
. deplusenplus; Tœdème envahit le bras droit ; lepoulsperd
‘ de sa vibrance ; le malade est tellement oppresse qu’il nepeut
r prononcer deux mots de suite; il n’a plus la force de se
-soutenir, et le corps , obéissant à sa pesanteur, retombe
- sur le lit , quand on le soulève ; il ne mange presque plus.
iF Enfin, l’épuisement des forces et l’oppression augmen-
! tent ; le malade , couché horizontalement , glisse vers les
j pieds du lit ; ses yeux sont ternes, humides, inanimés ; la
■ respiration est à cha(!jue instant sur le point de lui échap-
per ; elle lui échappe en effet , et il meurt le 2 juillet, à
tiune heure et demie, en essayant de boire un demi-verre
dde vin que ses parens venaient de lui présenter.
Autopsie cadaoérkpie , vingt heures après la mort. (Voy.
lia planche ’V II).
1° Habitude extérienre. — Cadavre robuste , énormément
i infiltré. Son mat dans la région du sternum , et à son côté
ddroit surtout.
2“ Org. circul. et l'espir. — Le sternum et les côtes sont
<sans altération. Chaque cavité de la plèvre contient envi-
rron un demi-litre de sérosité sanguinolente. Le cœur , trois
l'fois plus gros que le poing du sujet, et l’aorte sous-sternale,
ddüatée au point d’égaler le volume d’une tête de fœtus à
t terme, remplissent à peu près les trois quarts de la cavité
i thoracique. Situé presque transversalement, le cœur con-
i lient une énorme quantité de sang : il est arrondi ou plutôt
a a la forme d’une gibecière, et son tissu paraît plus ferme à
L' gauche qu’à droite ; son diamètre vertical est d’environ
icinq pouces, et le transversal de huit. Ses vaisseaux , très
^■gros, engorgés, se dessinent à sa surface où ils forment un
r réseau à branches très nombreuses. Vidé des caillots de
^ sang qu’il renferme, il conserve encore un volume extra-
ordinaire.
I
4^0 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Le venlricule gauche descend plus bas que le droit : sa
cavité, énorme , peut contenir le poing : ses parois vers la i
hase ont 8 à 9 lig. d’épaisseur ; elles s’affaissent après l’in-
cision sous leur propre poids. Les piliers musculeux sont
très gros et très multipliés ; le tissu, un peu jaunâtre, rou-
git et devient vermeil au contact de l’air. L’oreillette gauche,
revenue sur elle-même, offre une capacité qui n’est guère
que le tiers de celle du ventricule : ses parois ont augmenté
d’épaisseur; sa membrane interne est rouge. La valvule 1
mitrale est saine. !
Le ventricule droit est dilaté, sans augmentation ni dimi-
nution sensible de l’épaisseur de ses parois, mais avec'
développement considérable de ses colonnes charnues. |
L’orifice auriculo-ventriculaire droit est très dilaté : ses i
valvules sont rouges, ainsi que la membrane interne des 1
cavités droites, rougeur qui est plus foncée que celle des I
cavités gauches. La cloison ventriculaire participe à l’hyppr- -
trophie du ventricule gauche auquel elle paraît appartenir j
en propre. ^ |
L’aorte s^fus-sternale , dilatée jusqu’aux troncs qui nais- |
sent de sa crosse, forme une tumeur anévrismale , irrégu- |
lièrement ovoïde, la dilatation étant beaucoup moindre à
la paroi postérieure qu’aux parois latérales et antérieure.
Cette tumeur fait saillie, et tombe en quelque sorte dans I
le côté droit du thorax, où elle répond aux quatre pre- I
mières côtes et à leurs cartilages : elle est composée des trois .
membranes artérielles, uniformément dilatées et très épais- i
sies. La membrane interne est d’un rouge très prononcé, i
qui se prolonge dans tout le reste de l’aorte et dans plu- ;
sieurs des troncs qui en partent; elle est parsemée de pe- ;
tites ulcérations et d’une infinité de lames calcaires ou car- i
tilagineuses jaunâtres, situées au-dessous d’elle, plutôt que .
dans son propre tissu, et dont quelques unes néanmoins
sont à nu dans la cavité artérielle anévrismée. Celle-ci est
remplie d’énormes caillots de sang, non disposés en couches
!
OBSERVATIONS d’iIYPERTROBIIIE. f\‘)A
concentriques, mais conl'usément entassés, et pour la plu-
part récens : quelques uns seulement, plus anciens, ont
une apparence charnue. La tumeur anévrismale se termine,
par une gradation insensible et douce vers la sous-clavière
i gauche; elle est légèrement bosselée à sa surface. A partir
de la sous-clavière , l’aorte reprend son calibre naturel ,
mais elle continue à offrir sur sa membrane interne quel-
ques plaques jaunâtres , rudimens d’ossifications. — Les
poumons, comprimés par le cœur et par l’anévrisme aorti-
que, sont refoulés vers les clavicules et sur les côtés; ils
-sont légèrement engorgés, mais d’ailleurs crépitans. Leur
I membrane muqueuse est rouge, et couverte d’un mucus
1 rouillé.
«
3“ Org. dig'ést. et annex. — La rate et le foie sont très vo-
1 lumineux et gorgés de sang. Le tissu de ce dernier est d’un
1 rouge brun; on y remarque une infinité de points noirâ-
itres, formés par du sang, qui, d’abord simplement épan-
<ché, s’est en quelque sorte combiné plus tard avec ce
1 tissu : on pourrait donner à cet état pathologique du foie
1 le nom à' apoplexie hépatique. Les vaisseaux gastro-intesti-
] naux sont également gorgés de sang , et de cette conges-
1 tioia passive résulte ’ une rougeur foncée de la membrane
] muqueuse de l’estomac et des intestins.
OBSERVATION 133®.
Femme de j5 aii.s. — Baltemens du cœur profonds, avec peliles.sé du pouls ,
I matité un peu augmentée de la région précordiale; bruits du cœur sourds, obscurs,
< étouffés, surtout dans la région des cavités gauches ; infiltration générale. — Hy-
] pertrophie des deux ventricules, avec rétrécissement de leur cavité; hypertro-
I pbie des colonnes charnues du ventricule gauche, et de la cloison inlerventricu-
1 laire. — Epaississement, opacité de l’endocarde; induration des valvules auii-
. culo-ventriculaires, sans rétrécissement des orifices. — Incrustations cartilagi-
1 neuses ou osseuses de l’aorte et des artères coronaires.
Anne Faraden, âgée de ^5 ans, couturière, d’une bonne
« constitution, s’était bien portée jusqu’à l’âge de 6o ans.
4^2 MALADIES DD COEUR EN rARTICL'LlER.
Depuis cette epoqiie, sa santé était altérée; toutefois ce
Tl était que depuis environ deux ou trois mois qu’elle avait;
été obligée de cesser ses occupations, lorsqu’elle fut reçue^
à la Clinique (n° i4, Sainte-Madeleine), le3i octobre i833. 1
Infiltration considérable des membres inférieurs ; œdème, 1
des mains et des avant-bras ; visage bouffi; en proie à unet
dyspnée profonde, la malade reste assise plutôt que cou-;
chée dans son lit , et ne répond que par des paroles entre-
coupées aux questions qui lui sont adressées.
Veines jugulaires dilatées, se gonflant fortement à cha-r
que expiration.
Pouls petit, mais régulier, de 96 à loo. j
La région précordiale rend un son mat dans rétenduelj
de deux pouces transversalement et de ‘deux pouces etl,
demi verticalement. Les battemens du cœur sont profonds!
et soulèvent peu la région précordiale. Pratiquée dans la}
région des cavités gauches, l’auscultation fait entendre uni
double bruit sourd et éloigné. Le premier bruit est accora-iï
pagné d’un très léger murmure de frottement, premiera
degré du bruit de soufflet ou de râpe. Sous le sternum out[
dans la région des cavités droites, on entend un double i[
claquement, beaucoup plus clair que celui des cavités É
gauches.
Râle sonore, ronflant, à la partie antérieure du thorax, :
laquelle rend un son normal. La partie postérieure du |
côté droit résonne bien , si ce n’est à sa partie inférieure; i
la partie postérieure du côté gauche offre de la matité
dans ses deux tiers inférieurs , et on y entend une e^o-
phonie-modele.
Sommeil presque nul.
Peu d’appétit; dévoiement de temps en temps.
Pendant les huit ou dix premiers jours que la malade
passa dans notre service, elle fut explorée avec la plus
grande attention, et chaque jour nous constatâmes l’égo-
phoniç indiquée , ainsi que le bruit sourd , profond ,
OBSERVATIONS D’iIYrERTROPHlE. /|23
étouffé, et en quelque sorte rauque, de la systole du ven-
tricule gauche. ^
diagnostic.— des 'valvules avec hypertrophie du
coeur- — La cavité du ventricule gauche est prohableineut plutôt
rétrécie que dilatée (HYPEaiRoruiE concentrique). Epan-
chement de sérosité dans le côté gauche du thorax.
Traitement. — Sous l’influencede la digitale, de loxymcl
scillitique, du repos et d’un régime sevère, 1 hydrothorax
et l’anasarque se dissipent, la dyspnee diminue considéra-
blement et la malade peut dormir.
Malheureusement cette améliorati-onne fut pas de longue
durée. Dans les derniers jours de décembre, l’infiltration
était revenue, l’oppression était portée jusqu’à l’étouffe-
ment; le visage était violet, fatigué, anxié; les bruits du
cœur étaient toujours obscurs à gauche, et la main, appli-
quée sur la région précordiale, sentait à peine les batte-
mens de cet organe. Pouls petit, régulier.
Au commencement du mois de janvier i834, des eschar-
res se forment sur la région postérieure-externe des fesses,
et répandent une odeur> des plus fétides. L’enflure est gé^
nérale. Des phénomènes adynamiques ou typhoïdes se
manifestent, et la mort arrive, le 12 janvier à 4 heures.
Autopsie cadavérique, ly heures après la mort.
1° Habit, extér. — L’anasarque existe à un degré mé-
diocre; le ventre est affaissé. Les escharres de la fesse droite
sont très profondes.
2“ Orgaii. cire, et respir. — Le péricarde contient une
cuillerée environ de sérosité citrine. D’un bon tiers plus
volumineux que le poing du sujet, le cœur est situé trans-
versalement, et sa pointe est mousse. Sa surface est sillon-
née de vaisseaux très développés. Les parois des artères
coi’onaires sont d'un blanc opalin, ce qui tient aux incrus-
tations calcaires dont elles sont criblées.
Le poids du cœur, non vidé, y compris l’origine des gros vaisseaux, est
de 4^5 grani.
4^4 maladies du coeur en particulier.
Vidé et lavé, le cœur pèse
4i5 gram.
Le cœur paraît constitué presque en entier par le ven-
tricule gauche, qui est globuleux, arrondi, et pour ainsi
dire dodu. Le diamètre longitudinal de ce ventricule est
d’environ 4 pouc.
La cavité du ventricule droit, qui ne forme qu'une sorte
d’appendice du gauche, contiendrait à peine un œuf de
pigeon ou une grosse amande. Le maximum d’épaisseur des
parois de ce ventricule est de 4 lig- La cavité de l’oreilleLte
droite, bien qu’elle soit elle-même plutôt diminuée qu’aug-
mentée, est triple de celle du ventricule. L’orifice auri-
culo -ventriculaire droit est libre, la valvule tricuspide
bien conformée, mais épaissie, hypertrophiée, et un peu
cartilaginisée à son bord libre. L’orifice de l’artère pul-
monaire et ses valvules n’offrent rien de notable.
La cavité du ventricule gauche est tellement rétrécie,
qu’elle admet à peine le doigt indicateur. Les parois de ce
ventricule ont une épaisseur de i3 lig. à la base, de y à 8
lig. en tirant vers la pointe, et de 4 hg- à celle-ci. Les co-
lonnes charnues en général, et en particulier celles qui
sont destinées au mouvement de la valvule mitrale, ont
un volume très considérable, et leur hypertrophie est,
peut-être , proportionnellement plus prononcée que celle
des parois.
L’oreillette gauche, dont la eavité est sensiblement ré-
trécie, offre intérieurement une couleur d’un blanc terne,
tirant un peu sur le jaune; ce qui coïncide avec un épais-
sissement de la membrane interne (son épaisseur est de i|4
de ligne). Cette membrane s’enlève assez facilement; elle
est un peu ridée vers la base de la valvule mitrale. Un
large lambeau de cette membrane que j’ai détaché, avait
l’épaisseur et la consistance de la dure-mère.
La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau-
che est de 4 pouc. ; la valvule bicuspide n’est pas notable-
I
OBSERVATIONS d’iIYPERTROPIIIE. 425
ment déformée, bien qu’un peu ratatinée, épaissie, et fibro-
cartilag-inisée, surtout à son bord libre,- un peu rugueuse,
inégale à sa surfaee , elle crie sous l’instrument qui l’ineise.
La membrane interne des ventricules est généralement
I assez pâle et parsemée de quelques points opalins, occupant
j surtout les muscles tenseurs de la valvule mitrale. Vers
j l’origine de l’artère pulmonaire et de l’aorte, la teinte lai-
teuse ou même nacrée était aussi très prononcée, et l’endo-
carde s’y détachait aisément sous forme d’une pellicule
semblable à une membrane séreuse ordinaire devenue à
demi-opaque. En examinant sous l’eau, on voyait flotter des
lambeaux ou flocons celluleux, là où l’endocarde avait été
enlevé.
La cloison interventriculaire, hypertrophiée en quelque
sorte aux dépens de la cavité du ventricule droit, où elle
faisait saillie, offre un bon pouce d’épaisseur. La substance
musculaire du cœur est d’un rouge assez vermeil e‘t d’une
bonne consistance.
La circonférence de l’orifice aortique est de 2 pouc. 6 lig.
Cet orifice peut être exactement fermé par les valvules qui
le bordent, et c^ui, sans être déformées, présentent quelques
taches jaunes, rudimens d’ossifications. Des taches sembla-
bles et de véritables ossifications se rencontraient dans
l’aorte sous-sternale, ainsi que dans les artères coronaires.
Dans tout le reste de son étendue , les parois de l’aorte sont
incrustées de substance calcaire, cartilagineuse; plus épais-
ses qu’à l’état normal, elles se rompent facilement et sont,
Ien quelque sorte fragiles.
La veine-cave et les autres grosses veines contiennent
une assez grande quantité de sang à demi caillé, et sont un
peu rougeâtres intérieurement.
I De chaque côté de la poitrine, mais surtout à droite, se
\ rencontrent des adhérences cellulo-fibreuses. A la partie
f postérieure du côté gauche, les adhérences sont infiltrées
> de sérosité,
!
1
426 MALADIES DU CCEUR EN rARTICULIER.
Bien que gorgés d’une assez abondante quantité de sang
et de sérosité (le gauche surtout), les deux poumons sont
encore crépitans et pas trop pcsans.
Les bronches sont arrosées de mucosité et de sérosité.
Leur membrane interne offre une teinte violette assez
foncée, surtout dans le poumon gauche.
3'^ Organ. clig. etannex. — La cavité abdominale contient
environ un demi-litre de sérosité citrine, assez claire. La
surface des intestins, lavée et comme blanchie par le liquide,
est plus pâle qu’à l’état normal, et légèrement opaline.
L’estomac, d’un volume médiocre, contient une bonne
quantité de bile d’un jaune-verdâtre. Sa membrane interne,
légèrement pointillée de rouge, est partout d’une bonne
consistance, si ce n’est dans le grand cul-de-sac, où elle est
un peu molle et amincie. — Les intestins grêles sont petits,
contractés. Leur membrane interne est blanche, sans in-
jection^ mais un peu colorée par la bile que contient la
partie supérieure de cet intestin (i). — Les gros intestins
contiennent des matières bien digérées, quoique un peu
molles ; leur membrane interne est d’une blancheur sem-
blable à celle des intestins grêjes.
Le foie est un peu gorgé de sang; il est d’une consistance
à peu près •normale.
RÉFLEXIONS.
L’autopsie cadavérique a justifié notre diagnostic pré-
sumé d’une hypertrophie avec rétrécissement de la cavité
ventriculaire. Est-ce à ce rétrécissement qu'il faut attribuer
(1) Un examen altenlif nous lit découvrir des plaques de Peyer vers la répon
iléo-cœcale. Nous en avions aussi rencontré chez d’autres sujets très âgés, qui avaient
été enlevés par le choléra-morbus. Il n’est donc pas vrai que ces plaques n’existent
pas chez les vieillards, comme l'ont avancé quelques médecins. Tout récemment
nous les avons trouvés en partie ulcérées , en partie cicatrisées , chez une femme
d'une cinquantaine d’années , qui avait succombé aux suites d’une vérilabis fièvre
dite typhoïde (entérite typhoïde ).
OBSEHVATIONS d’hypertropiiie.' 4 <27
les congestions séreuses passives qui existaient chez cette
ïualade? S’il en était ainsi , ce rétrécissement aurait exercé
sur la circulation une influence semblable à celle du ré-
trécissement des orifices memes du cœur. Sans vouloir
affaiblir ici l’importance de cette cause , il me parait pro-
bable que les altérations de l’aorte n’auront pas été com-
plètement étrangères à la gène que la circulatipn du sang
a éprouvée dans le cas présent.
OBSERVATION IS/i» (i).
Femme de 69 ans. — Palpitations , bpttemens forts et tumultueux du
cœur, etc. — Hypertrophie concentrique des deux ventricules. — Induration de
la membrane interne du ventricule gauche et de la valvule bicuspide, avec rélré*
cissemeut de l'orifice auriculo- ventriculaire gauche,
Catherine Moreau , âgée de 5o ans , d’une constitution
lymphatique, essuya, dans sa jeunesse, des rhumes nom-
breux; à un âge plus avancé, elle éprouva presque con-
stamment une toux sèche et une douleur fixe et profonde
vers la partie inférieure gauche du sternum : phénomènes
que des chagrins domestiques exaspérèrent trop souvent.
Enfin, survint une nouvelle affection catarrhale, pour la<
quelle la malade entra à l’hôpital Cochin , le a5 mars 181 4*
Sa face était alors légèrement bouffie , ses yeux saillans ,
ses lèvres décolorées , la teinte générale de la peau d’un
jaune-pâle; il existait une douleur profonde et un senti-
ment de pesanteur à la région précordiale ; la poitrine ré-
sonnait assez bien ; les battemens du cœur, irréguliers et
tumultueux , n’étaient point en harmonie avec le pouls ;
toutefois, cette absence d'harmonie n’était pas constante;
à des palpitations précipitées et sans mesure succédaient
des battemens forts et fréquens , mais réguliers , et, pour
(») Celte observation appartient àM. Berlin,
4^8 MALADIES nu COEUR UN PARTICULIER,
ainsi dire, d’accord arec ceux du pouls; celui-ci , assez or-
dinairement petit et souple, présentait , dans les moment
d’exacerbation, de la dureté, de la tension, de la vibrance;
mais il ne tardait pas à reprendre son premier caractère ;
la difficulté de respirer était extrême, et le plus léger
exercice produisait une oppression insupportable; la posi-
tion horizontale était impossible; il se manifestait des syn-
copes assez fréquentes.
Cet état se maintint sans changement bien marqué jus-
qu’au 6 avril ; mais , le soir du même jour, l’anxiété , les
palpitations et la dyspnée augmentèrent considérablement.
Après un repas un peu plus copieux et une promenade un
peu plus longue et plus fatigante qu’à l’ordinaire, le visage
se colore légèrement; les yeux sont devenus rouges, assez
fortement injectés et larmoyans ; les lèvres deviennent
d’une pâleur un peu livide ; un froid insupportable s’em-
pare des extrémités ; un sentiment de strangulation se dé-
clare , et la malade , après quelques efforts de toux, expec-
tore un sang vermeil.
Le 7, on s’aperçoit pour la première fois que les jambes
s’infiltrent.
Les jours suivans, l’infiltration fait des progrès, mais
les palpitations diminuent de force et de fréquence.
Le 25, l’infiltration envahit les membres supérieurs et
la face; le sommeil est devenu impossible; les palpitations
entrepris leur première intensité, et la malade craint à
chaque instant de périr suffoquée; le soir du même jour,
les crachats sont teints de sang, mais peu abondans; la res-
piration est haute et stertoreuse : la malade tombe dans un
état comateux, et l’agonie se déclare; la mort arriva le
lendemain 26.
Autopsie cadavérique.
Le cadavre est énormément infiltré : les muscles sont
pâles. La poitrine contient une grande quantité de sérosité
citrine ; les poumons et la plèvre n’oflrent aucune altéra-
OÎÎSETIVATIONS d’iIYPEETIIOPIIIE. 4q9
lion ; le péricarde contient près de deux pintes d’un liquide
absolument semblable à celui contenu dans la poitrine ; le
cœur ne présente pas un volume beaucoup plus considé-
rable qu’a l’état sain.
La face supérieure et externe du ventricule droit est
chargée d’une graisse molle et diffluentej 1 oreillette droite
offre une cavité double de celle qui lui est naturelle, et
l’épaisseur de ses parois est presque triplée. L epaisseui des
parois du ventricule droit est plus que doublée , et cette
augmentation de nutrition s est faite aux dépens de la ca-
vité qui est retrecie. Les parois du ventricule gauche sont
aussi beaucoup plus épaisses que dans 1 état natuiel , la ca-
vité offre un rétrécissement encore plus considérable que
celui du ventricule droit. La membrane qui tapisse cette
cavité est dure , rénitente, fibro-cartilagineuse ; la valvule
mitrale partage cette affection, et présente même quelques
points osseux.
L’oreillette gauche n’a rien de particulier; les autres
viscères sont dans l’état naturel.
KÉFLEXIONS.
Dans l’observation qui vient d’être rapportée, nous
voyons un nouvel exemple d’une hypertrophie des deux
ventricules, opérée aux dépens de leur cavité. Le rétrécis-
sement de la cavité du ventricule gauche était plus pro-
noncé que celui du ventricule droit, et nous trouvons un
épaississement considérable de la membrane interne du
premier de ces ventricules. Cette dernière circonstance est
importante à signaler : en effet , comme je crois l’avoir
démontré précédemment, elle atteste l’existence d’une an-
cienne endocardite ventriculaire; et l’on conçoit que la
fluxion sanguine , l’hypérémie active que suppose le déve-
loppement de l’hypertrophie , doit, dans le cas qui nous
■occupe , affecter de préférence les couches musculaires
les plus voisines de l’endocardite , c’est-à-dire les couches
43o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
internes et les colonnes charnues elles-mêmes. Or, cette
liypertropliie interne affecte presque nécessairement une
marche en quelque sorte centripète , et la capacité du
ventricule perd alors en étendue ce que les colonnes char-
nues ou les couches intérieures de sa substance musculaire
gagnent en volume ou en épaisseur (i).
Malgré l’existence d’une double hypertrophie ventricu-
laire et la force des baltemens du cœur, la femme qui fait
le sujet de cette observation a présenté des congestions sé-
reuses et d’autres phénomènes qui devaient faire soupçon-
ner un obstacle mécanique à la circulation centrale. Cet
obstacle existait, en effet, puisque l’orifice auriculo-ventri-
culaire était rétréci, et que la valvule bicuspide était in-
durée et déformée au point de ne pouvoir plus remplir ses
fonctions de soupape.
Le rétrécissement des deux ventricules était d’ailleurs une
nouvelle cause de gêne dans la circulation. L’énorme dila-
tation de l’oreillette droite était l’effet de l’accumulation
du sang derrière l’obstacle qui s’opposait à son libre pas-
sage à travers le cœur ( cette oreillette était hypertrophiée
à un très haut degré).
Ajoutons enfin qu’une autre cause d’obstacle à la circu-
lation et à la respiration se rencontrait dans l’énorme
épanchement dont le péricarde était le siège.
(i) La foi me d’hypertrophie qui existait dans le cas présent peut seule nous
expliquer pourquoi le cœur ne présentait pas un volume beaucoup plus considé-
rable que dans l'état sain. En effet, ce volume eût été considérablement aug-
menté si , comme celle de l’oreillette droite, l’hypertrophie des ventricules eût
été accompagnée de dilatation.
IIISTOlhE G]KNÉRALE de l’hypertrophie. 43 1
DEUXIÈME SECTION.
HIStOIRE GÉNÉRALE DE LHYPERTROPIHE DU TISSU MUSCULAIRE DU
CŒUR,
article premier.
CiRAClàaBS ANATOMIQUES DE l’hYPEHTHOPHIB DO TISSD MOSODLAIRB
DU CCEOH (1). ^
• •
I. Considél'ée par rapport à l’état dans lequel se trouve
la capacité des cavités qu’elle affecte , l’hypertrophie pré-
sente trois formes bien distinctes, dont la détermination,
appartient à M. Ber tin.
La première forme est celle où les cavités du cœur con-
servent leur capacité naturelle, en même temps que leurs
parois sont plus ou moins épaissies : on la connaît sous le
nom d’hypertrophie simple.
(1) Pour pouvoir apprécier, d’une manière un peu exacte, les divers degrés de
cette hypertrophie, il faut avoir bien présentes à l'esprit les données que nous
àvons établies dans nos prolégomènes sur le poids et les dimensions du cœur.
Kous rappellerons seulement ici les principales de ces données :
Chez un adulte, d'une taille ordinaire et bien constitué , la moyenne du poids
du cœur est de S à 9 onc.; la moyenne delà circonférence de cet organe, à sa
base , est de 8 à 9 pouc. ; la moyenne des diamètres longitudinal et transversal
est de 3 pouc. ip ( le diamètre transversal l’emporte un peu , en général, sur
le longitudinal); la moyenne du diamètre antéro-postérieur est d’environ
2 pouc.
La moyenne de l’épaisseur des parois . du ventricule gauche , à la base , est
6 à 7 lig.
La moyenne de l’épaisseur des parois du ventricule droit ,
à la base, est de 2 lig. ijia
La moyenne de l’épaisseur des parois de l’oreillette gauche
est de I lig_ ijg
La moyenne de l’épaisseur des parois de l’oreillette droite
est de 1 jjg^
La cavité ventriculaire, terme moyen, peut contenir un œuf de poule ( toute*
fois, la cavité du ventricule droit l’emporte un peu sur celle du gauche).
432 SIALABIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Dans la seconde former il y a augmentation de la capa-
cité des cavités dont les parois sont épaissies : on la désigne i
sous le nom d’hypertrophie excentrique ou anèvrismale (i).
La troisième Jorme, opposée à la précédente, est celle où
il existe une diminution notable de la capacité des cavités
dont les parois ont augmenté d’épaisseur : elle porte le
nom d’hypertrophie concentricque ou centripète (2).
^ dilatation est la plus commune de
toutes les formes de l’hypertrophie. Quand la dilatation
n’est pas très considérable, la nutrition semble avoir suivi, ,i
dans la formation de cette espèce d'hypertrophie, les mêmes f?
lois que dans l’évolution normale du cœur. Dans l’accrois-
sement régulier de cet organe, en effet, il y a simultané-
ment augmentation de sa masse et agrandissement de la' ca-
pacite des cavités dont les parois prennent plus d’épaisseur,
L’hypertrophie simple n’est pas très commune, surtout ji
dans le ventricule droit. Nous n’avons rapporté qu’un seul h
cas de cette dernière (obs. 120"), et trois ou quatre de la
même forme affectant le ventricule gauche (obs. 65®, iiS',
1 29Q. A ces trois ou quatre cas qui nous sont propres, il faut
en ajouter trois autres, dont l’un appartient à Morgagni, 1
l’autre à Corvisart, le troisième à Legallois. Nous n’exagère-
rons point en disant que, pour vingt cas d’hypertrophie ané-
çrismale , c’est à peine si l’on en trouve un d’hypertrophie
simple.
(1) Il n’est pas rigoureusement nécessaire, quand les cavités sont très dilaiCvs,
que les parois aient augmenté d'épaisseur, pour qu’il y ait réellement hypertro-
phie. Il suffit , en effet, dans ce cas, que les parois aient conservé leur épaisseur
normale, pour qu’il existe une hypertrophie plus ou moins considérable , selon
l’augmentation de la capacité des cavités. Ainsi, par exemple, le sujet de notre
observation 117e, chez lequel Incapacité du ventricule gauche était triple de
l’état normal, offrait assurément une hypertrophie considérable de ce ventricule,
bien que ses parois n’eussent que 6 lig- d’épaisseur.
(2) Voy. les pl. IV et VIII, où se trouve représentée une hypertrophie con-
centrique du ventricule droit et du ventricule gauche , et comparez-les avec les
pl. II et V, où l’on a figuré une hypertrophie excentrique du ventricule gauche.
histoire générale de l’hypertrophie. 433
L’hypertrophie concentrique, centripète, ou avec dimi-
nution de la capacité de la cavité dont les parois sont épais-
sies, n’est pas aussi rare que l’hypertrophie simple, bien
qu’elle ait été presque entièrement inconnue avant M. Bertin.
D’après les observations que nous possédons actuelle-
ment , nous serions autorisé à établir que cette forme
d’hypertrophie est plus commune dans le ventricule droit
que dans le gauche, et qu’elle se développe à un plus haut
degré dans le premier que dans le second (i). Mais il est
possible que des observations ultérieures ne confirment pas
le rapport ou la loi que nous venons d’énoncer.
Rappelons quelques exemples propres à fixer les idées
sur le degré de la dilatation et du rétrécissement des ca-
vités du cœur, dans les cas extrêmes d’hypertrophie ané-
vrismale et d’hypertrophie concentrique.
Chez le sujet de l’observation i32®, la cavité du ventri-
cule gauche aurait pu contenir le poing, Ch*ez le sujet de
l’observation 62% la cavité du ventricule droit, très vaste ,
aurait pu contenir un œuf d’oie, et celle du gauche, plus
dilatée encore, le poing d’une femme. Chez le sujet de l’ob-
servation 63®, le ventricule droit aurait pu contenir un
œuf d’oie. Chez le sujet de l’observation 77% jeune fille de
7 ans, V oreillette droite était tellement dilatée , qidelle pouvait
I contenir un caillot plus gros que le poing d\ui adulte.
Chez le sujet de l’observation 65% la cavité du ventricule
droit pouvait à peine contenir le pouce. Chez le sujet de
l’observation 75®, la cavité du ventricule droit aurait pu
contenir un œuf de pigeon. Chez le sujet de la 76' obser-
(1) Les cas d’hypertrophie concentrique du ventricule droit contenus dans cet
i ouvrage sont au nombre de S ( observ. 65, 75, 76. 77, 122, 123, i53, i54), tan-
' ' disque celles de la même forme d'hypertrophie du ventricule gauche ne sont
I qu’au nombre de 5 ( observ. u8, iig, 12S, i33 et i54). Dans aucun de ces
i I cinq cas, l’épaisseur des parois ne sJest élevée à 16 lig., comme cela s’est reneon-
1 Iré dans l’observation 76, relative à une hypertrophie concentrique du ventri-
cule droit.
2.
28
434 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
vation , la cavité du ventricule droit, dit M. Louis, était
réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe,
dans la hauteur de deux pouces. Chez le sujet de l’obser-
vation 77®, le ventricule droit aurait pu contenir à peine
la seconde phalange du pouce.
Chez le su jet de l’observation laS®, les colonnes charnues
du ventricule droit, adhérentes entre elles, étaient en
même temps tellement épaissies , qu’il n’y avait presque
plus de caïité, et que le sang ne pouvait plus que filtrer
dans l’espace étroit qu’elles laissaient entre elles.
Chez le sujet de l'observation ïi8®, le ventricule gauche
pouvait a peine contenir le doigt.
II. Le poids du cœur, lorsque l’hypertrophie est géné-
rale et portée à un très haut degré , peut être triple du
poids normal.
Voici d’ailleurs quelques exemples qui feront connaître
les principales différences du poids du cœur dans les cas
d’hypertrophie bien prononcée ;
Chez la femme de Vobserv. 60^, le cœur pesait <188 gram. (env. sa onc. )
Chez le sujet de l’observ. 1 29®, le poids du, cœur était de
Chez les sujets des observ. 4^® et 65®, de
Chez le sujet de l’observ. aie, de
Chez le sujet de l’observ. a4®. de
Chez le sujet de l’observ. i aSc, de
Chez les sujets des observ, a3«, 5 2= et 66«, de
Chez les sujets des observ. 22®, 62®, 64® et 124®, de i4
Chez les sujets des observ. 53®, 6g« et 76®, de 12 à i3 onc.
ao onc.
18 onc.
17 onc. 1 gros.
17 onc.
i6 onc. 4 gros.
16 onc.
i5 onc.
Uépaissew' des parois du ventricule gauche varie de
7ài41>g-
\J épaisseur des parois du ventricule droit est de 3 à 5 lig.
Toutefois, dans quelques cas, elle s’est élevée beaucoup
plus haut : ainsi, dans l’observation 76®, elle était de 8 à
10 lig.; dans l’observation 77®, d’environ i pouc. ; et de ii
à 16 lig. dans l’observation jS' (i).
(1) La règle posée par M. Laënnec, savoir : « que l’épaisseur absolue des pa-
mSTOIRE GÉNÉRALE DE l’iIYPERTROPHIE. 433
IIL Le 'volume du cœur est augmenté en raison compo-
sée de l’hypertrophie de ses parois et de la dilatation de ses
cavités.
La circonférence de la base du cœur s’élève souvent
à 12 pouc., et quelquefois même au-delà. Chez quelques
sujets, le diamètre longitudinal du cœur est de 5 pouc., et
le diamètre transversal de 8 pouc. : c’est ce qui avait lieu,
par exemple, chez les malades des observations 2i* et i32.,
(Voy. les pl. II et VIL ) Chez le sujet de la dernière de ces
observations, et chez celui de la 53®, le cœur avait trois fois
le volume du poing du sujet, et réuni à une tumeur ané-
vrismale de la crosse de l’aorte , grosse comme la tête d’un
fœtus à terme, il remplissait les trois quarts de la cavité thp-
racique.Chez le sujet de l’observation 177% jeune fille de 7 ans,
le cœur occupait le tiers environ de la moitié antérieure
de la poitrine. Chez le sujet de l’observation 81®, femme de
3o ans, le cœur occupait une grande partie du çôté gauche
de la poitrine.
IV. L’hypertrophie du cœur entraîne des changemens
notables dans la forme, la situation, la direction, les rapports
de cet organe. 11 est ordinairement placé transversalement
ou à peu près dans le coté gauche de la poitrine, et sa
pointe, ainsi lout-à fait déviée à gauche, est mousse et
comme elfacée (i). Le cœur est , en général , arrondi , glo-
buleux, sphéroïJe, pour ainsi dire rebondi et dodu. Toule-
• roisHu venlrii'ule droit n’est, dans aucun cas, très considérable, » se trouve
donc ici en déf.iut. DVprès l’ob-iervalion de M. Laënnec, celle épaisseur ne se-
rait jamais de plus de 4 ou 5 lig.
(i)Ce cliangement de direction du cœur, et l’effacement de sa pointe, tien-
nent probablement, le premier à ce que le cœur, en augmentant de volume
éprouve moins de résistance à se porter du côté vers lequel il e.st naturellement
incliné, que partout ailleurs, et surtout en avant ; elle second, à la réaction des
parois contre la |)oinle, qui tend à les presser d'autant plus, que l'iiyperlropbie
est plus considérable.
436 MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER,
fois, clans les grandes hypertrophies, avec dilatation, son
diamètre transversal l’emportant beaucoup sur les diamè-
tres vertical et antéro-postérieur, il offre assez exactement ,
ainsi que l’a indiqué M. Laënnec, la forme d’une gibecière
(voy. la planche Vil et l’obs. iSa'). Lorsque le cœur hy-
pertrophié occupe, comme noirs l’avons dit, le quart, le
tiers et même la moitié de la cavité pectorale, il est évident
que ses rapports avec les parties voisines doivent être mo-
difiés. Les poumons sont refoulés de chaque côté, la hase
du cœur remonte vers la clavicule , et la pointe descend
vers les 6*, 7% et même 8® espaces intercostaux. Dans l’ob-
servation 53®, par exemple , la hase du cœur répondait au
2* espace intercostal, et la pointe au 8'. (Voy. aussi les
observ. 2i«, 28*, 69®, 182®, etc.)
Pour éviter d’inutiles répétitions, nous renvoyons le
lecteur aux faits particuliers , et à l’article de nos Prolégo-
mènes consacré à la détermination du poids, du volume et
des dimensions du cœur dans l’état d’hypertrophie générale
et partielle. On y trouvera de nouveaux détails sur les di-
vers accidens que présente l’hypertrophie, selon qu’elle
occupe une seule ou plusieurs des cavités du cœur, les pa-
rois de ces cavités ou leurs colonnes charnues. Ajoutons
seulement ici : 1° que dans les cas où l’hypertrophie occupe
exclusivement ou du moins principalement le ventricule
droit, celui-ci descend plus bas que legauche, etc’estalors
à lui que paraît appartenir la pointe du cœur, tandis qu’à
l’état normal celle-ci est formée tout entière ou à peu près
par le ventricule gauche ; 2” que dans les cas d’hypertrophie
considérable de la cloison interventriculaire , celle-ci fait
ordinairement saillie du côté du ventricule droit, dont elle
envahit en quelque sorte la cavité ( obs. 53® ); 3® que dans
l’hypertrophie simple et anévrismale, l’épaisseur des parois
augmente , en général , delà pointe à la base, comme uans
l’état normal, tandis que dans l’hypertrophie concentrique,
la même gradation ne se rencontre pas toujours, et que,
histoire générale de L’iïYrERTROPiiiE. 437
au contraire, l’épaisseur est assez souvent presque la même
partout, ce qui donne surtout au cœur cette forme arrondie,
globuleuse , sphéroïde , dont nous avons parlé plus haut ;
4" que c’est à l’hypertrophie des couches musculaires les
plus intérieures et des colonnes charnues, qu’il faut rap-
porter, en général, la diminution de capacité qui constitue
le caractère distinctif de l’hypertrophie concentrique ou
centripète ; 5® que , dans certains cas , c’est probablement à /
une hypertropliie des couches musculaires extérieures,
qu’est duc l’augmentation d’éiDaisseur des parois des cavités
sans augmentation ni diminutiofi de la capacité de ces
dernières , et que dans l’hypertrophie anévrismale , l’aug-
mentation de nutritfon s’opère dans tous les sens à la fois,
comme dans l’accroissement normal du cœur (i). Je sou-
mets, au reste, celles de ces propositions qui ne sont en-
core que probables au jugement des observateurs éclairés ,
bien disposé à profiter du fruit de leurs recherches.
V. Dans l’hypertrophie pure et simple, le tissu muscu-
laire du cœur est assez ordinairement d’un rouge plus rosé,
plus vermeil qu’à l’état normal ; il est en même temps plus
ferme, plus résistant (voy. les observations ai®, 43®, 53®,
77®, 78®, ii3®, 121®, etc. ).
Il ne faut pas confondre l’épaississement vraiment hyper-
trophique avec l’épaississement qui a lieu dans certaines
maladies où la substance du cœur est ramollie , friable , ou
indurée. Il n’y a pour ainsi dire qu’une lésion de quantité
dans l’hypertrophie, tandis qu’il y a lésion de qualité et de
quantité^ la fois dans les cas de ramollissement et d’indu-
(1) N’oublions pas cependant que , dans les cas de dilatation très considérable ,
^celle-ci dépend en grande partie d’une cause mécanique, savoir, l’accumulation
du sang dans la cavité dilatée; accumulation qui est le plus ordinairement l’effet
d’une induration valvulaire, avec rétrécissement d’un orifice du cœur. Aussi,
dans ce cas , tout étant d'ailleurs égal, est-ce , en général , la cavité située immé-
diatement derrière l’obstacle qui éprouve le maximum de dilatation.
43S MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
ration avec épaississement de la substance musculaire du
cœur. Dans l’hypertrophie la plus pure, loin d’être alté-
rée, la substance musculaire du cœur est, en quelque
Sorte, d’une qualité meilleure encore qu’à l’état normal ,
comme l’indiquent sa fermeté et sa coloration vermeille. Il
pëüt arriver, d’ailleurs, et les cas de ce genre ne sont pas
extrêmement rares, que la substance musculaire du cœur,
d’abord simplement hypertrophiée, éprouve un état de
tàmoIUssemejit ou d' induration, et celle circonstance est une
de celles dont il importe le plus detre prévenu, si l’on
veut éviter de graves méprises, dans la détermination des
signes propres à chacun des divers modes morbides aux-
quels la substance musculaire du cœur est exposée.
"Vl. L’hypertrophie du tissu musculaire du cœur, outre
l’espèce de complication qui vient d’être signalée ci-dessus.
Se lie à une foule de lésions nouvelles dont les unes siègent
dans le cœur lui-même, dans le sang qui parcourt ses ca-
vités, et dont les autres résident dans des organes plus ou
ïiloins éloignés du cœur. Nous ne pouvons les décrire ici,
iiiais nous allons indiquer les principales.
Rien n’ést plus commun que de rencontrer, en même
temps qu’une hypertrophie du cœur, les diverses lésions
organiques consécutives à une endocardite, à une péricar-
dite, ou à une endo-péricardite dites chroniques. Telle est
mêfne la fréquence de cette sorte d’association morbide,
qü’étànt donnée une inflammation chronique du tissu séro-
fibreuX externe et surtout interne du cœur, on peut presque
toujours affirmer l’existence d’une hypertrophie de la sub-
stance musculaire de cet organe. Ce n’est point ici un de ces
vains rapprochemens, de ces aperçus h priori ou préconçus
que l’on invoque en faveur de quelques faux systèmes, mais
bien la rigoureuse et fidèle expression des faits. Rappelons-»
nous, en effet, que sur 33 cas de péricardite et d’endocar-
dite terminées par induration , épaississement, etc., il n’en
est aucun dans lequel on n’ait constaté l’existence d’une hy-
HISTOIBE GiÎNÉRALE DE t’iIYPERTHOPIIIE. /|3g
perlrophie du tissu musculaire du cœur. Dans les 21 cas
d’Iiypertropliie que contient la premièi^e section de ce
chapitre, il en est quelques uns qui, faute de détails
sulfisans, ne doivent pas fiiire partie d’un relevé positif.
Quant aux autres , ils confirment pleinement le rapport,
j’ai presque dit la loi, que nous venons d’exposer.
Je crois donc potivoir affirmer que l’hypertrophie du
tissu musculaire du cœur et les altérations consécutives à
une péricardite ou à une endocardite prolongées, chroni-
ques, se rencontrent ordinairement ensemble, et que les
exceptions à cette jvgie sont peu nombreuses. Mais, encore
une fois, je ne suis en ce moment que le simple historien
des faits, et je ne les accommode point à une théorie ^ car,
personne plus que moi n'est convaincu que observations
particulières ne sont point Jaites pour les théories, mais que les
théories, au contraire, doivent être faites pour les observations
particulières. Conformément à ce principe, nous recherche-
rons plus loin quelle induction on peut tirer des résultats
ci-dessus énoncés.
Après les lésions dont nous venons de parler, celles que
1 on trouve encore dans le cœur conjointement avec l’hy-
pertrophie de son tissu musculaire étant peu importantes
a connaître, nous les passerons ici sous silence (i).
Quant aux lésions des organes autres que le cœur, elles
(1) Ajoutons quelques mois seulement sur l’engorgement sanguin des cavités
du eœiir, que l’on ne manque presque jamais de rencontrer dans les grandes hy-
pertrophies anévrismales du cœur, avec complicalion d’obstacle à la circulation.
On pourra, jusqu’à un certain point, juger de la dilatation du cœur parla quan-
tité de sang contenu dens ses cavités. Cette quantité est quelquéfois Viraiment '
enorme , comme le prouvent quelques uns des exemples suivons :
Chez le sujet de l'observation 77e (jeune fille de 7 ans ), le caillot de sang
contenu dans l’oreillette droite seulement était plus gros que le poing d’un
adulte; chez le sujet de l’observation 55®, le cœur contenait lo onc. a gros de
sang caillé ; chez les sujets des observations 2i« et 63«, 10 onc. ; chez Ite .sujet de
1 observation 53c, g ^ ,noyenne du poids du sang que contiennent le*
carités du cœur, dans les cas ci-dessus spécifiés, est donc de 7 à 8 onc.
44o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
sont a^eu près essentiellement les mêmes que celles dont
nous avons parlé au chapitre de l’endocardite, et la plu-
part tiennent moins à l’hypertrophie proprement dite qu’à
ses complications avec d’autres lésions du cœur, parmi les-
quelles celles des valvules tiennent le premier rang. Les
principales, au reste, sont la dégénérescence cartilagineuse,
crétacée, calcaire, du système artériel (i); les congestions
séreuses et sanguines des parties extérieures, ainsi que de
plusieurs organes intérieurs, et spécialement des poumons,
du foie et du cerveau. Nous reviendrons plus loin sur ces
diverses lésions, et nous tâcherons de rapporter chacune
d’elles à sa véritable cause.
ARTICLE DEUXIÈME.
DBS SIGRES DE l’hYPERTEOPHIE DD COEUB ; DB SON lîîFLÜEHCB SDB LES HéMOOBHAGIES
EU GÉHEHAL, ET SDH CELLES DD CERVEAU El DES POUMONS EN FABTICDLIBB.
§ l'f. Signes de Thypertrophie du cœur.
T. Signes de l'hypertrophie du cœur en général.
Les signes de l’hypertrophie du cœur se distinguent en
ceux qui sont fournis par l’exploration de cet organe lui-
même , de ses mouvemens et de ses bruits , et en ceux qui
se tirent de l’exploration des autres organes et de leurs
fonctions. Commençons par l’exposition des premiers.
Signes idiopathiques de l'hypertrophie du cœur.
. L’augmentation permanente de la force et de l’étendue
(i) Les artères coronaires en particulier offrent souvent la dégénérescence dont
U s'agit. Elles m’ont paru , en général , bien plus développées qu'à l’état normal.
Chez le sujet de l’observation ii5e, l’uae de ces artères était incomparablement
plus volumineuse que l’autre.
histoire GÉNKRALE de t’iIYPERTROPHIE. /|/|l
clesbattemens du cœur, et partant l’augmenLatlon du double
bruit normal qui les accompagne , voilà réellement les si-
gnes fondamentaux de l’hypertrophie pure et simple du
cœur.
Si nous ajoutons qu’à ces signes, se joignent l’augmen-
tation de l’étendue de la matité de la région précordiale,
et quelquefois une saillie notable, une voussure mani-
feste de cette région , nous aurons indiqué tous les signes
idiopathiques de l’hypertrophie du cœur. Entrons dans
quelques détails sur chacun de ces signes.
i“ Dans les cas où l’hypertrophie est très considérable, les
mouvemens du cœur sont visibles dans une grande étendue
du côté gauche de la poitrine et vers le creux de l’estomac,
où ils déterminent une secousse, un ébranlement qu’on peut
distinguer quelquefois à travers les vêtemens et les couver-
tures des malades. La pointe du cœur, plus déviée à gau-
che qu’à l’état normal , soulève le 6% le et quelquefois
même le 8* espace intercostal , tandis que les mouvemens
de la base de cet organe répondent au S*" ou même au 2' es-
pace intercostal.
2° Si l’on applique la main sur la région précordiale ,
elle est frappée, et pour ainsi dire rudement repoussée, par
des battemens du cœur, semblables à des coups de mar-
teau, ou mieux encore à des espèces de coups de poing.
Nous avons actuellement sous les yeux un jeune homme
de 3o ans, couché au n° 9 de la salle Saint-Jean-de-
Dieu , qui nous présente un remarquable exemple de
cette espèce de battemens. Chez ce sujet, affecté d’une
énorme hypertrophie du cœur, en appliquant la main sur
le creux de l’estomac, on reçoit un choc, un véritable coup,
parfaitement détaché , comme le serait un coup de poing.
Dans certains cas, le cœur frappe la main de toute sa
masse, tandis que dans d’autres il ne la repousse que de sa
pointe. Par le toucher, on ressent l’ébranlement qui ac-
compagne le choc du cœur, non seulement dans la région
44^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
précordiale, mais jusqu’à la partie postérieure du côté gau-
che de la poitrine.
Si, au lieu d’explorer les battemens du cœur avec la
main, appliquée immédiatement sur la région précordiale,
on les explore avec un stéthoscope sur lequel on appuie la
main, on distingue, d’une manière encore plus précise peut-
être, l’impulsion de ces battemens. Enfin, si l’on applique
l’oreille sur la région précordiale, la tête est soulevée à
chaque contraction ventriculaire , avec une force propor-
tionnelle au degré de l’hypertrophie.
Sauf le cas où ils se transforment en véritables palpita-
tions , ce qui arrive pendant des exercices un peu fatigans ,
des émotions vives, des imprudences de régime , les batte-
mens du cœur ne sont pas plus fréquensqu’à l’état normal:
ils sont même quelquefois plus lents, ce qui tient peut-être
à ce que la durée de la contraction, qui est en quelque sorte
filée, est plus prolongée dans les grandes hypertrophies ,
qu’elle ne l’est à l’état sain. Hors le cas de complication avec
un rétrécissement des orifices, avec une affection nerveuse
du cœur, etc., les battemens de cet organe dans l’hypertro-
phie sont réguliers.
3° Les bruits du cœur offrent quelques modifications,
selon la forme de Ehypertrophie. L’épaisseur des parois
ventriculaires est une condition peu propre à la transmis-
sion de ces bruits. Aussi, lorsque l’épaisseur de ces parois
est portée à un très haut degré (12 a i5 lignes et plus ), et
qu’en même temps les cavités des ventricules ont perdu
de leur capacité normale, les bruits du cœur sont-ils sourds,
obscurs , et comme étouffés. Mais quand l’épaissCur des
parois ventriculaires est médiocre, que la cavité ventricu-
laire n’a pas perdu de son étendue, ou même est dilatée,
alors les bruits du cœur sont plus forts, plus sonores, plus
clairs ; ils se propagent dans une étendue considérable de
la poitrine, et souvent même jusqu’à la partie postérieure
de Cette cavité. Ën même temps l’oreille, appliquée imnie-
mSTOlllE GiNÉRArt: de l’hypertrophie. 443
diatemenl sur la poitrine, fait entendre distinctement, à
chaque systole ventriculaire, le tintement métallique dont
nous avons longuement parlé ailleurs. (Voy. les Prolégo-
mènes.)
Ce n’est que dans des cas exceptionnels que l’on entend
un léger bruit de soufflet chez les individus affectes d'hy-
pertrophie pure et simple du cœur, et cela n’arrive guère
que pendant les accès de palpitations. En général, l’exis-
tence d’un bruit de soufflet constant et bien distinct chez
un individu atteint d’une hypertrophie du cœur est un
indice à peu près assuré d’une complication. (On trouvera
dans les Prolégomènes, ainsi que dans les chapitres consa-
crés à l’endocardite et. à la péricardite, les détails néces-
saires sur les lésions propres à produire le bruit dont il
s’agit. ’i
4® L’hypertrophie du cœur n’est point accompagnée de
douleut* dans la région précordiale ; mais lorsqu’elle est
très considérable, quelques malades disent éprouver dans
Cette région, ainsi que vers le creux de l’estomac ou le
centre phrénique, un sentiment de géiie et de poids in-
commode.
5® L’étendue de la matité de la région précordiale est en
raison composée de l’hypertrophie et de la dilatation du
cœur. Les observations que nous avons rapportées donnent
des exemples des principaux degrés que peut offrir cette
étendue. Sur le vivant comme sur le cadavre, nous avons
déterminé par la percussion médiate, d’une manière tout-
à-fait géométrique, le volume du cœur (i).
^(1) Il est juste de déclarer que Corvisart , en percutant, suivant la méthode
d Avenbrugger, était parvenu au môme résultat : « Souvent j’ai pu, dit ce pro-
»fond observateur, déterminer avec exactitude (l’ouverture des cadavres l’a
• prouvé) le degré de dilatation du cœur, en le mesurant , pour ainsi dire, sur
•1 étendue des parois de la poitrine, où la percussion entendre un son
• nul ou seulement obscur. • (Ouv. cil., p. 588).
444 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
6® La 'voussure de la région précordiale n’avait point en-
core été signalée chez les individus affectés d’hypertrophie
du cœur. Elle n’est cependant pas très rare dans les cas où
l’hypertrophie est considérable ; et nous l’avons constatée,
de la manière la plus positive, chez un bon nombre de su-
jets, non seulement par l’inspection, l’application de la
main , mais aussi quelquefois par la mensuration directe.
Cette voussure est accompagnée d’un élargissement plus ou
moins marqué des espaces intercostaux delà région qu’elle
occupe. (Voy. les observ. ai®, a3®, a4“j 43®, 5i®, 53®, 64®*)
Signes réactionnels de V hypertrophie du cœur.
1° Lésions de la circulation artéi'ielle et 'veineuse. Le i
pouls, dans l’hypertrophie simple et anévrismale du cœur,
est fort, grand, large, bien détaché, régulier. Dans ,i
l’hypertrophie concentrique^ le pouls conserve de la raideur
et de la vibrance ; mais il est peu développé, comme embar- i
rassé ou comprimé. En général, les sujets affectés d’hyper- ;
trophie pure et simple du cœur ont le visage animé, l’œil
brillant, une tendance aux hémorrhagies dites actives, et :
une chaleur un peu plus élevée qu’à l’état normal. Il est à i
peine nécessaire de dire que l’exploration du pouls ne ii
fournit des signes que pour l’hypertrophie du ventricule i:
aortique, et que si l’analogie nous porte à penser que le ii
pouls del’artère pulmonaire présente les caractères ci-dessus ü
indiqués, dans les cas d’hypertrophie du ventricule droit, i
l’observation clinique ne nous offre aucun moyen de nous j
assurer directement du fait.
Les complications de l’hypertrophie du cœur avec les
lésions que nous avons précédemment indiquées, modifient
tellement le pouls, qu’on ne peut plus alors beaucoup
compter sur son exploration pour le diagnostic de l’hy-
pertrophie elle-même.
Dans l’hypertrophie pure et simple du cœur, sans lésion
des valvules, sans rétrécissement des orifices ou des cavités
IIISTÔÎRIE générale DE l’iIYPERTROPIIIE. 44>^
du cœur, sans grave lésion organique des principaux vais-
seaux artériels et veineux, la circulation veineuse s’opère
librement, et il ne survient point de congestions passives ,
soit de sang, soit de sérosité, dans les différens organes et
dans les cavités séreuses, ou dans les vacuoles du tissu cel-
lulaire. Cela n’arrive réellement que dans les cas où l’hy-
pertrophie est compliquée avec d’autres lésions propres à
opposer un obstacle au cours du sang veineux.
2° Lésions de la respiration. En général, dans l’hy-
pertrophie pure et simple du cœur, lorsque cet organe n’a
pas acquis un volume très considérable, la respiration n’est
pas sensiblement gênée. Mais lorsque le cœur est énorme,
qu’il usurpe eh quelque sorte le tiers ou le quart de l’es-
pace réservé aux poumons, la respiration devient fréquente,
courte, difficile. A la vérité, dans les cas de ce genre, il
est rare que ce soit là la seule cause de la dyspnée ; le plus
ordinairement, en effet, une énorme hypertrophie du cœur
est accompagnée d’une autre lésion qui s’oppose au libre
passage du sang à travers le cœur, et détermine ainsi une
congestion séro-sanguine dans les poumons.
3® Lésions de la locomotion, de V innervation , et de la
digestion. Ces fonctions ne sont pas notablement jésées
dans les cas d’hypertrophie pure et simple. Les lésions
qu’elles peuvent éprouver, par suite des complications de
l’hypertrophie, ne doivent pas nous occuper ici.
Le tableau que nous venons de tracer, en traitant de
l’influence qu’exerce l’hypertrophie du cœur sur diverses
fonctions, est loin de ressembler exactement à celui présenté
parles auteurs. Mais, on peut le dire , sans crainte d’être
démenti par les laits, les signes de cet ordre n’avaient jamais
été soumis au creuset d’une saine analyse, et, sur cette ma-
tière, nos devanciers avaient commis de graves méprises.
Qu’on ouvre leurs ouvrages, et l’on verra qu’ils donnent
pour signes de l’hypertrophie ou de l’anévrisme actif du
cœur, V injection violette de la face, V engorgement de tous les
44C MALADIES DU CCŒUR EN PARTICULIER.
capillaires veineux en général, les hydropisies et les hémorrha-
gies passives , la dyspnée, V étouffement , etc. C’est pourtant là,
me permettra-t-on de le dire, une sorte de contre-sens phy-
siologique. De tels signes dénotent évidemment un obstacle ■
mécanique ou vital à la circulation. Or, comment concilier
ces phénomènes d’obstacle à la circulation avec une simple
hypertrophie, un anévrisme actif <\\x cœur? En effet, loin
d’enrayer le mouvement circulatoire, cet état du cœur
constitue, au contraire, une condition propre à imprimer
une nouvelle énergie au cours du sang. Peut-on supposer,
en bonne et saine physiologie, qu’une véritable et simple
hypertrophie du cœur soit capable par elle-même de pro-
duire des phénomènes qui nous révèlent un embarras, un n
affaiblissement des fonctions circulatoires? Autant vaudrait li
dire alors que les larges épaules du portefaix , les bras ro- h
bustes du boulanger, les vigoureux mollets du danseur, i
sont des conditions qui rendront le premier impropre à I
porter de lourds fardeaux, le second à remuer la pâte, et le i
troisième à exécuter les divers mouvemens dont se compose i
son art. Quoi ! nous attribuerions à \ anévrisme actif, à i
l’hypertrophie du cœur, des symptômes évidens d’obstacle )
à la circulation! Comme si nous avions oublié que, dans les t
cas d'hypertrophie, dégagés d’une complication propre à s
entraver le cours du sang (voy. par exemple l’observ. ii3'),
les sujets ont le pouls large, vigoureux et vibrant comme 3
les mouvemens de leur* cœur; que leur face est d’un rouge b
■vif et non violacé ; que la transpiration de leur peau est i
augmentée et non diminuée; qu’ils sont prédisposés aux J
hémorrhagies actives et non aux congestions sanguines ou i
séreuses passives !
ftlais, répondra-t-on, d’où proviennent donc les signes }
d’obstacle à la circulation , tels qu’on les rencontre si sou- ;
vent chez les individus atteints d’hyperirophie du cœur? I
De quelques unes des nombreuses complications qui peu- ;
vent accompagner cette hypertrophie , et spécialement |
HISTOnUÎ GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE.
d’une grave lésion des valvules, d’un rétrécissement des ori-
fices du cœur (i), de profondes altérations dans l’aorle ou
les grosses veines, de la formation d’abondantes concré-
tions sanguines, etc. ? C’est pour n’avoir point tenu compte
de tous les élémens morbides qui se rencontrent dans les
cas d’hypertrophie , pour n’avoir pas apprécié chacun
d’eux à sa juste valeur, que les auteurs sont tombés dans
l’erreur que nous relevons ici : Cavenclum est ^ dit très bien
IMichelotii, uhi plurasimul 'vitia deprehendantur, ne sine certâ
j'atione, imurn aliquod, potissimum, pro morbi causa propo~
natiir.
IL Sig?ies propres a V hypertrophie de chacune deg cavités
du cœur en particulier.
Les signes que nous venons d’exposer s’appliquent spé-
cialement à l’hypertrophie des ventricules. Nous ne pen-
sons pas qu’il soit possible, dans l’état actuel de la science,
de déterminer, d’une manière précise, les signes propres à
I hypertrophie des oreillettes en général et à l’hypertrophie
de chacune d’elles en particulier. Mais comme elle accom-
pagne presque constamment les grandes hypertrophies des
ventricules, le diagnostic de celles-ci entraîne en quelque
sorte celui de l’hypertrophie des oreillettes.
ISous n avons' point , il faut V avouer, dit Gorvisart , de si-
gnes très certains qui caractérisent bien particulièrement V af-
fection de Vune plutôt que de l’autre des quatre cavités du cœur.
Cette assertion, fort juste sous un rapport, ne l’est pas sous
tous les autres. En effet, il est des signes qui caractérisent
avec certitude l’hypertrophie des ventricules. j
(0 L’hypertropliie concentrique peut, quand elle est poussée très loin , équi-
valoir à un obstacle à la circulation de ce dernier genre. Mais il est évident que
dans celte forme de l’iiyperlropliie, qui constitue aussi un cas compliqué, c’est
au rétrécissement de |a cavité, et non à i’hypertropbiç des parois, qu'il faut
attribuer les pliénoipènes d’pbslacle à la circulation.
448 MALADIES DU C(®UR EN PARTICULIER. i
1*’ Diagnostic de l'hypertrophie du 'ventricule gauche. On 1
reconnaîtra cette hypertrophie aux signes suivans : Les j
battemensdont nous avons décrit plus haut les caractères,
se font principalement sentir dans la région des cartilages \
des 5“j 6®, y, ou même 8® côtes : c’est là que se trouvent ;
à leur maximum d’intensité, la matité, et la voussure ou la
saillie précédemment indiquées. En même temps*, le pouls
est fort, tendu, vibrant, le visage vermeil; les yeux sont
animés ; il se manifeste, à des intervalles plus moins éloi-
gnés, des bouffées de chaleur vers la tête, des étourdisse-
mens, des saignemens de nez, etc.
2® Diagnostic de V hypertrophie du ventricule droit. Les bat-
temens du cœur, les palpitations, se font sentir particu-
lièrement sous la partie inférieure du sternum (voy. i’ob-
serv. 121^); c’est là surtout que se trouve la matité, et, à
moins que cette hypertrophie ne soit compliquée de celle
du ventricule gauche, ce qui est à la vérité très commun,
le pouls ne présente pas la force et la vibrance dont nous
avons parlé plus haut. Les malades sont sujets à des con-
gestions sanguines actives des poumons, et quelques uns
expectorent même, de temps en temps, une certaine quan-
tité d’un sang pur et vermeil ( nous reviendrons tout à
l’heure sur cet accident). On a répété , d’après Lancisi, que
le battement , la fluctuation des veines jugulaires, ou même
leur simple dilatation, étaient un signe d anévrisme, soit
actif , soit passif, du ventricule et de l’oreillette du côté
droit. INous avons déjà parlé de ce phénomène en traitant
des lésions des valvules et des orifices du cœur, et nous y
reviendrons, quand nous étudierons la dilatation de cet or-
gane. Qu’il nous suffise de noter ij:i en passant que le pouls
'veineux n’est ,pas une condition nécessaire de l’hypertro-
phie du ventricule droit, et que s’il existe fréquemment j
avec elle, c’est qu’alors l’orifice auriculo-ventriculaire nest j
pas exactement fermé pendant la systole , soit en raison de
son extrême dilatation, soit en raison d’une lésion quel-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE. 440
conque qui entraîne V insiifjisance de la valvule tricuspide ,
défaut d’occlusion qui permet à une certaine quantité de
sang de refluer du côté de l’oreillette droite et des veines
qui s’y dégorgent.
Etant donnés les signes généraux de chacune des formes
de l'hypertrophie des ventricules, et les signes spéciaux de
l’hypertrophie de chacun de ces ventricules, il est évident
que l’on connaît par là ceux qui caractérisent les combi-
naisons possibles de ces diverses formes d’hypertrophie
entre elles. Passons donc à un autre sujet.
S II. De l’influence de l’hypertrophie des ventricules du cœur sur les hémor-
rhagies en général, et sur celles du cerveau et des poumons en particulier.
Nous avons déjà effleuré cette question en exposant les
signes fournis par l’exploration de la circulation, chez les
individus atteints d’une hypertrophie des ventricules du
cœur. Mais la matière nous a paru assez importante pour
exiger un paragraphe à part.
1° De V influence de V hypertrophie du ojentricule gauche du
cœur sur les hémorrhagies en général, et sur celle du cer-
veau en particulier .
De la connaissance de l’influence qu’exerce normalement
le ventricule gauche sur la circulation de toutes les artères
en général, on pourrait en induire, à priori, qu’un des
effets dynamiques de l’hypertrophie de ce ventricule sera
une pré-lisposilion aux hémorrhagies dites et aux hé-
morrhagies par rupture, surtout dans les parties qui oppo-
sent le moins de résistance à l’effort du sang, parmi lesquelles
il faut placer certaines membranes muqueuses, la pulpe
cérébrale, etc. L’expérience et l’observation sont ici con-
formes aux inductions de la logique physiologique.
Legallois me paraît être le premier des médecins mo-
dernes qui , dans l’observation que nous ayons rapportée
a. , 29
45o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
ailleurs (obs. 126'), ait entrevu et indiqué l’influence d’une
hypertrophie considérable du ventricule gauche sur l’apo- j
plexie sanguine ou hémorrhagie cérébrale. Plus tard ,
M. le professeur Richerand insista d’une manière plus
explicite sur cette question de physiologie pathologique,
et après avoir rappelé que trois illustres médecins, Mal-
pighi, Cabanis et Kamazzini, enlevés à la science par i
des attaques d’apoplexie foudroyante, étaient affectés d’une |
hypertrophie du ventricule aortique , il posa en principe i
que cette affection était une prédisposition plus prochaine
à l’apoplexie que la constitution dite apoplectique {1). Depuis, ,
un grand nombre d’auteurs , et M. le docteur Bricheteau i
en particulier, ont soutenu la même thèse (2).
Si l’hypertrpphie du ventricule gauche exerce réellement
une influence notable sur le développement de certaines
hémorrhagies du cerveau, on conçoit qu’elle peut aussi,
mais d’une manière bien moins directe et moins prochaine,
constituer une prédisposition plus ou moins marquée aux.
congestions inflammatoires du même organe , et partant à
l’espèce de ramollissement qui est quelquefois la consé-
quence de ces congestions.
Dans ces derniers temps, notre honorable confrère et
ami , M. le docteur Rochoux , a nié formellement l’influence
qu’on avait attribuée à l’hypertrophie du ventricule gauche
sur la production de l’hémorrhagie cérébrale. Je crois que
M. Rochoux a été conduit à cette opinion par la doctrine
(ï) Corvisart nose pas assurer avoir observé un scuteas dans lequel l’apoplexie I
ait été l’effet évident d’une maladie du cœur. Mais il pense que l ^s fuiis rapportés |
par Morgagni, Laurent , Liculaud , Testa et d’ autres encore , suffisent pour i
établir qu’une affection du cœur ( il ne dit pas laquelle ) peut devenir ta cause !
déterminante de l’apoplexie. ( Ouv. cité , pag. ipa. )
(a) Les premières recherches de JL Bricheteau sur cette matière ont été pu- -
hliées dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences medicales.
Plus récemment, ce savant observf'leur s’est occupé du même sujet dans un ou- t
vrageq uia pourt lire ; CUniquedi. hôpital iVfcAcr.
histoire GÉJNÉRALE de L’iIYPERTROPftlE. 4^1
qu’il s’est formée sur le mode de génération de celte hé-
morrhagie, qu’il considère, contre le sentiment de tousles
autres ol:>servateurs , comme étant toujours précédée d’un
ramollissement particulier de la substance cérébrale (ra-
mollissement héinori'ha gipare'j . En effet , on ne voit pas un
rapport aussi direct entre une hypertrophie du cœur et
l’espèce de ramollissement non inflammatoire dont il s’agit,
qu’entre la même hypertrophie et une hémorrhagie céré-
brale soit par rupture , soit par exhalation sanguihe. Au
reste, ce n’est que par des observations qu’on peut résoudre
d’une manière satisfaisante le problème qui nous occupe.
Avant de résumer celles qui sont contenues dans cet ou-
vrage, je signalerai une circonstance jusqu’ici négligée par
les observateurs , savoir, la fréquence de la dégénérescence
crétacée, et partant de la fragilité des' artères cérébrales chez
les sujets qui succombent à une hémorrhagie cérébrale , et
qui sont atteints d’une hypertrophie du ventricule gauche
du cœur. On conçoit facilement combien une telle altéra-
tion du système artériel du cerveau est favorable 'à sa rup-
ture, et partant à la production d’une hémorrhagie. Sans
doute, celte altération n’est pas constante 5 sans doute
aussi , il est des hémorrhagies cérébrales chez des ïndi vidas
qui ne sont point affectés d'hypertrophie du ventricule
gauche; mais ce serait, à mon avis, fermer les' yeux à la
double évidence des faits et du raisonnement, que de
refuser à cette affection ainsi qu’à l’altération crétacée,
existant chacune isolément, et surtout existant l’une et
l’autre à la fois, une place parmi les causes prédisposantes
ou meme déterminantes de l’hémorrhagie cérébrale.
Tenons maintenant à nos propres observations.
Or, sur 54 cas d’hypertrophie du cœur rapportés dans
ce chapitre et dans le premier et le second chapitre dü
premier livre, il en est ii, c'est-à-dire un peu plus d’un cin-
quième, dans lesquels on a observé une hémorrhagie ou un,
452 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
ramollissement du cerveau (i). Les cas de ramollissement
sont au nombre de cinq (observ. ^5', ii6®, ii8®, 126®, et
12^*), et ceux d’hémorrhagie au nombre de six (observ.
21®, 63®, ii3% 125®, 128® et 129®). Parmi les sujets des onze
cas dont il s’agit, il se trouve cinq hommes et six femmes;
et, circonstance assez singulière, c’est que les cinq cas de
ramollissement ont été observés chez des femmes (une
seulement a éprouvé une hémorrhagie cérébrale). De ces
onze sujets, un était âgé de 26 ans, un de 82, un de 4o, un
de 49, un de 53, un de 56, un de 5j, un de 60, deux de 65
et un de 79.
L’état des artères cérébrales n’est indiqué que dans sept
cas. Dans quatre de ces sept cas, elles étaient ossifiées,
crétacées. Dans deux cas elle« étaient saines et dans un
autre leurs parois étaient seulement un peu blanches et
épaissies. Parmi les quatre casoù l’état des artères cérébrales
n’est pas indiqué, il en est un où l’on a noté une ossification
des artères carotides : il est parconséquent assez probable
que la même lésion existait dans les artères cérébrales.
Dans six de ces cas, il existait une hypertrophie anévris-
maley ou avec dilatation, de la cavité du ventricule gauche ;
dans trois, une hypertrophie ou avec rétrécisse-
ment de la cavité, et dans deux , une hypertrophie simple
ou avec état normal de la cavité (2).
r
■
I
(1) Il est bon de noter que parmi res 54 cas , il s’en trouve un certain nombre
dans lesquels l'hypertrophie u’affeclail pas, ou n’alfeclait que légèrement le ven-
tricule gauche , ce qui rend plus forte encore la proportion que nous signalons
ici.
(a) Testa et Corvisart ont signalé la cécité et la fonte de l’œil comme des effets
des maladies organiques du cœur. Le dernier de ces accidens est cependant
tellement rare, que l’on n’en trouve aucun e\emple dans la plupart des traités des
maladies du cœur. La 4* observation de VEssai sur les maladies du cœur est
peut-être le seul cas de ce genre q\ie l'on puisse citer. Or, il s'agit dans ce cas
d’une péricardite et non d’une de ces lésions que les auteurs ont désignées sous le
nom d’organiques. ,
Mais ce qu’il y a de certain, c’est que le système artériel de l’œil étant en •
niSTOIKE .GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPIIIE. 453
j s-». De l'influence de l’hypertrophie du 'ventricule droit du cœur
I sur l hémorrhagie ou apoplexie pulmonaire.
' Je ne possède, pour ma part, que trois observations de
I véritable apoplexie ou hémorrhagie pulmonaire, chez des
I individus atteints d’une hypertrophie du ventricule droit
j (obscrv. 21% iio'^ et 121®). Dans deux cas , l’hypertrophie
du ventricule droit coïncidait avec celle du ventricule
j gauche et des oreillettes; dans un cas (observ. 121®) , elle
; existait sans hypertrophie marquée du ventricule gauche.
Ces cas ne me paraissent pas assez nombreux pour pouvoir
démontrer incontestablement l’influence du ventriculedroit
sur la production des hémorrhagies du parenchyme même
des poumons et de la membrane muqueuse des voies res-
piratoires. Cependant ces faits doivent être pris en sérieuse
considération, et tout porte à conjecturer (jue d’autres
viendront les confirmer (i).
quelque sorte une dépendance de celui du cerveau, il participe quelquefois à
l’élal crétacé de cer dernier; et de là peut-être, dans quelques cas , des troubles
de la circulation et de la imliïtion de l’oeil , et par suite de ses fonctions.
D’autres auteurs ont placé lesmaladies dites organiques ducœur,et notamment
ce qu’ils appellent l'anévrisme de cet organe , parmi les causes de la gangrène.
Quant à nous, nous n'avons jamais observé cet accident que dans les cas où la
maladie du coeur était compliquée d’un obstacle au cours du sang dans le système
artériel de la partie gangi énée , ainsi que cela est arrivé chez le sujet de l’obser-
vation Cet obstacle à la circulation artérielle d'une partie, quelle qu’en
soit la nature, est une cause de gangrène, qui jusqu’ici n’avait pas encore été assez
étudiée.
(1) Je crois devoir rappeler ici ce que j’ai dit à ce sujet dans un mémoire sur
l’hypertrophie du cœur, publié en 1824 , dans les Archives générales de méde-
cine, et, un peu plus tard , dans le Traité des maladies du cœur, dont Al. Ber-
tin m’avait conGé la rédaction: « Avoir démontré l’influence de l’hypertrophie
»du ventricule gauche sur le cerveau, c’est avoir prouvé celle de l’hypertropliie
»du ventricule droit sur le poumon; car, de même que l’encéphale reçoit directe-
»inent le choc du flot de sang que le ventricule gauche lance dans l’aorte, ainsi
• le poumon reçoit immédiatement l’impulsion communiquée à la colonne de
• sang que le ventricule droit projette dans le tronc pulmonaire. Par conséi;uenl,
• lorsque les parois de ce ventricule ont augmenté d’épaisseur et d’énergie, elles
454
WALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER.
article troisième.
DIS CiVSKS, Dü MODE DE DÉVELOPPEMENT ET DE LA MABrnn r.. ’
UE LA MABCHB DE L HYPBBTHOPHIl
DU CQEUa.
L étiologie de l’hypertrophie du cœur laisse beaucoup
adcs.rer dausiesauleursquis’ensontoccupés. Ceuxqui sont
poster, eursa Corvisart n’ont guère fait autre chose que ré-
péter cequi avau eiéd.t par cet illustre praticien, à l’article
du mode de développement de l’uWcmme actif du cœur.
« Le cœur, ainsi que tous les autres muscles du corps hu-
” main, écrit Corvisart, est susceptihie de prendre un ac-
» croissement plus marqué, une consistance plus solide
» une force plus considérable par la continuité, et surtout
» parlenergie plus grande de son action. N’observe-t-o-n
» pas, en effet, tous lesjours, un développement e.vtraordi-
r naire de tous les muscles du corps chez les porlefai.v, de
» ceux des bras chez les forgerons, les boulangers, etc ?
» L exercice pour les muscles extérieurs, l’exercice et l’ir-
» ritation pour le cœur , sont les causes principales qui font
> de ces organes un centre de nutrition plus actif, et y
» ixent une quantité plus grande de substance nutritive.»
• impriment a la circulation pulmonaire une activité proportionnelle à leur bv-
• perlrophip, surmontent parfois la résistance des vai.sseaux ; et de là des hénior-
• rhagies, des apoplexies pulmonaires, qui s’opèrent ainsi par le même méca-
• nisme que IVü/j/eane proprement dite, c’est-à-dire l’bémorrliagie cérébrale
• dans les cas d’bypertrophie du ventricule aortique... 11 ne faut pas confondre ces
• especes d bémorrbagies, ces eoups de sang du poumon, avec celles qui sont le
• résultat d un grand obstacle mécanique à la circulation veineuse. »
J'ajouterai à ce que j’ai dit alors qu’on retrouve rarement dans l artère pulmo-
naire cette altération crétacée, osseuse ou calcaire, qui , comme nous lavons vu
se rencontre si fréquemment dans l aorte et les artères cérébrales. Or, nousavoni
montré que celle altération était une cause prédisposante à riiémorrbagie céré-
brale, et qu’elle secondait singulièrement l’action de riiiperlropliie. Sèrait-ceà
1 absence de celte cause adjuvante qu’d faudrait attribuer, du moins en partie la
rarele des bemorrbagies pulmonaires dans les cas d'bvpertropbie du ventricule
Qjroitî
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE. 4^5
Passant ensuite aux causes déterminantes de cet exercice
j ^'forcé, de cette irritation du cqeur, Corvisari considère comme
I telles : l 'étroitesse des artères ou le défaut de rapport entre
le calibre des ^vaisseaux et la quantité de sang que le cœur doit
y faire passer ^ tous les obstacles opposés au cours du sang soit
; par un 0)106 d' organisation , soit par un état pathologique qiiel-
1 conque, soit par V influence des affections morales sur V action du
I cœur , soit parles actes du corps , peut-être aussi la qualité plus
I ou moins stimulante du sang, qui, à égale quantité, doit aug-
menter ou diminuer la force de V organe. {om>. cit. ; pag 69-70.)
Fidèle à la doctrine de Corvisart, nous avions, dans nos
premiers travaux, attaché une importance un peu exagérée
I à l’influence des obstacles à la circulation aortique ou pul-
monaire sur le développement de l’hypertrophie du cœur
en général et de celle de ses ventricules en particulier (i).
La collection de nouveaux faits, observés et analysés avec
une grande attention , le rapprochement de ces faits de ceux
relatifs à l’hypertrophie des organes autres que le cœur,
nous ont fourni quelques nouvelles lumières sur les con-
ditions qui président au développement de l’hypertrophie
du cœur. ‘
Nous avons vu que Corvisart, Dupuytren, Marandel,
M. Cruveilhier, etc. , rattachaient au genre irritation l’acte
morbide sous l’influence duquel s’opère l’hypertrophie en
général et celle du cœur en particulier. Pour distinguer
ce mode d’irritation de tous les autres , nous lui conserve-
rons le nom à' irritation nutritive, qui lui a été assigné par
Dupuytren (2). Tous les auteurs étant d’accord sur ce
(1) Les obstacles dont il s’agit sont une cause directe et prochaine de dilata-
tion du cœur; aussi , lorsqu'ils sont très puissans, donnent-ils à l'hypertrophie
qui peut coïncider avec eux, la forme anévrismale ou excentrique.
_ (2) Nous répétons à ceux qu’offusque le mol irritation, depuis qu'il est devenu
pour ainsi dire le symbole d’une grande révolution médicale, que, pour nous,
l’expression ù’irritation nutritive est exactement synonyme d’augmentation de
nutrition.
'456 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
point, il ne reste plus qu’à déterminer les causes directes
ou indirectes de l’irritation nutritive du cœur. *
Les causes directes, comme l’avait très bien remarqué
Corvisart, sont principalemeijt les exercices f'atigans , les
professions qui exigent de grands efforts , les affections
morales qui excitent de vives palpitations, un régime sti-
mulant, etc. Sous ce point de vue, il en est du cœur comme
de tous les autres organes en général , qui tous s’hypertro-
phient sous l’influence d’un exercice trop actif auquel ils
sont habituellement soumis (i).
(i) Dans le mémoire que j’ai publié en 1824 sur l'hypertrophie du cœur, j'ai
admis pour celle du ventricule droit une cause particulière , qu’il n’est peut-être
pas inutile de rappeler ici. Cette cause consisterait dans le passage d’une cer-
taine quantité de sang artériel dans les cavités droites du cœur, par suite d’une
perforation congénitale ouaccidentePede la cloison inter-auriculaire ou inter-ven-
triculaire. J’avoue que cette cause à’ irrilaüon ou d’excitation est un peu hypo-
thétique. Il est néanmoins des considérations assez puissantes qui militent en fa-
veur de notre opinion. En effet, chez les sujets des observations yü', 77',
79*, qui tous étaient affectés d’une hypertrophie du ventricule droit , il existait
une communication entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur, et
partant la possibilité du passage d une certaine quantité du sang de ces dernières
dans les premières. D’un autre côté, ne sait-on pas aujourd’hui que dans le. cas de
passage du sang d’une artère dans une veine, comme il arrive chez les sujets atteints
de ce qu’on appelle en chirurgie un anévrisme variqueux, la veine s’épaissit, s' hy-
pertrophie, s'artérialise, pour ainsi dire? i\'esl-ce pas jusqu’à un certain point un
phénomène du môme genre qui s’opère lorsque le ventricule ueûieax.s’hypertrophie
dans le cas indiqué plus haut? 11 s'artérialise , si l’on ose ainsi parler, comme la
veine qui communique avec une artère. Et je me sers d’autant plus volontiers de
cette comparaison, que pour expliquer l’hypertrophie du ventricule pulmonaire
ou veineux, quelques auteurs, et Corvisart entre autres, avaient cru devoir
imaginer line prédisposition organique native, une transposition des yenlr'icaïes.
Dans l’observation 79*, Morgagni , à qui elle appartient, dit expressément:
Ventrieulus sinister formà erat quâ solet dexter, et dexter vicissim quâ sinUter ;
et quanquarri hoe latior, parietibus tamen crassioribus. Ce passage Je Morgagni
justiûe en quelque sorte doublement notre comparaison.
Quoi qu’il en soit , en admettant que la cause dont nous venons de nous occu-
per exerce réellement quelque influence sur le développement de certaines hy-
pertrophies du ventricule droit, il importe de renfermer (îelte influence dans de
justes limites, et de ne pas négliger les autres causes qui pourraient agir de con-
cert avec elle dans les cas où son intervention peut être légitimement ad-
mise.
histoire générale de DinTERTROrniE. 4^7
Mais ce n’est pas toujours d’une manière aussi directe
que s’hyperiropliient les divers organes en général, et le
cœur en particulier ; et c’est ici que nous avons à présenter
aux lecteurs quelques aperçus nouveaux sur lesquels nous
a appelons loule*leur alieniion.
Touslesbonsobservaieurs savent aujourd’hui combien il
test fréquent de rencontrer un épaississement hypertro-
j phique dans une foule d’organes qui ont été le siégé d’une
^ longue congestion inflammatoire, soit que cette congestion
I ait été chronique déprimé abord, soitqu’après avoir af-
fecté le mode aigu, elle ait fini par revêtir le mode chro-
I nique. Et ce qu’il y a de bien remarquable, c’est que, dans
les cas dont il s’agit, l’iiypertrophie pure occupe les tissus
’ voisins de celui où régnait l'inflammation plutôt que ce
«dernier lui-même (celui-ci s’épaissit bien, il est vrai ,
1 mais il est rare/ qu'il n’éprouve pas, en même temps qu’il
! s’épaissit, une altération de texture, un ramollissement ou
une induration, par exemple). C’est ainsi que le tissu cellii-
llaire, que les ganglions lymphatiques, etc., s’hypertro-
phient à la suite d’ulcérations chroniques de la peau et de
• certaines membranes muqueuses; c’est ainsi que les tissus
fibreux des articulations, que les extrémités articulaires
des os elles-mêmes s’hypertrophient à la suite d’une in-
flammation chronique des synoviales articulaires; et pour
passer à des faits qui se rallient plus prochainement encore
à l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur, c’est ainsi
que la couche musculaire de l’estomac, de l’intestin et
de la vessie s’hypertrophie assez fréquemment à la suite
desphlegmasies dites chroniques delà membrane interne de
ces viscères creux.
Il suffisait de généraliser ces faits, dont personne ne con-
testera la rigoureuse exactitude, pour établir à priori que
l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur doit se rencon-
trer fréquemment à la suite des inflammations prolongées ou
chroniques des membranes externe et surtout interne de cet
458 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
organe. Toutefois, ce n’est point ainsique j’ai procédé pour
mon compte, et ce n’est réellement qu’à posteriori, par voie
d observation directe et non par yo\Qd' induction et de généra-\
lisation, que je suis parvenu à établir que l’hypertro-’
pliiedu tissu musculaire du cœur est souvetit consécutive à
la péricardite et surtout à l’endocardite chronicpies. Après
avoir constaté que, sur les 33 cas bien décrits d’endocardite
et de péricardite chroniques rapportés dans les deux pre-
miers chapitres de cet ouvrage , il n’en était aucun où
l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur manquât, c’eût
été réellement nier l’évidence que de ne pas reconnaître
quelque, rapport entre cette dernière maladie et les deux
premières (i). C’est alors seulement que , rappelant dans
mon esprit les faits d’hypertrophie des organes autres
que le cœur, et considérant les connexions qui existaient
entre elle et les phlegmasies dites chroniques de ces orga-
nes, je fus frappé de la similitude qui, sous le rapport
que nous étudions, se trouvait entre l’hypertrophie du
cœur et celle de tous les autres organes en général.
Ainsi donc, le mode de développement del’hypertrophie
musculaire du cœur, tel que nous venons de le signaler, n’est
point un phénomène isolé, mais bien la confirmation nou-
velle d’une que des faits déjà connus avaient démon trée(2).
(1) A ces 33 cas d'hypertrophie du cœur, il faut ajouter les 21 que contient le
présent chapitre, et qui, pour la plupart, conlirment le rapport ci-dessus
énoncé.
(2) Si c’en était ici le lieu , et si l’espace nous le permettait, nous montrerions
de nouveaux points de contact entre l’hypertrophie du cœur et celle d’autres
orqanes creux. Nous verrions que , pour les autres organes comme pour le
cœur, l’hypertrophie coïncide souvent avec un rétrécissement de leurs orifices
( c’est ce qui arrive particulièrement dans beaucoup de cas d’hypertrophie des
fibres charnues de l’estomac et de la vessie); que cette hypertrophie des or-
ganes autres que lecœur est souvent accompagnée de la dilatation, et quelquefois
du rétrécissement de leur cavité; qu’elle est générale ou partielle, et que, par
exemple, il y a une grande analogie enire l’hypertrophie des colonnes charnues
delà vessie (vessies à colonnes) et l’hypertrophié des colonnes musculaires des
cavités du cœur, etc.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’nYrERïROPIIIE. 4^9
Cela éiant posé, nous pouvons placer maintenant parmi
les causes indirectes de l’hypertrophie du tissu musculaire
I du cœur, toutes celles qui peuvent donner lieu à une péri-
cardite ou à une endocardite , avec cette condition formelle
toutefois, savoir , que ces dernières maladies ne sont, en
(^général, suivies de la première qu’autant qu’elles se pro-
I longent et qu’elles affectent, comme on dit, le mode ou la
forme chronique.
Il nous semble qu’on pourrait donner le nom à’/iypertro”
phie consècatwe à celle-qui se développe dans les cas dont
il vient d’étre actuellement question , et le nom àdhypertro-
phie primitive à celle qui s’opère sous l’influence des causes
. directes que nous avons indiquées plus haut.
D’après ce qui précède, on présume facilement quelle
(doit être la marche de l’hypertrophie du tissu musculaire
( du cœur. Règle générale : d’après les faits nombreux con-
i ténus dans cet ouvrage et dans les autres monographies sur
lies maladies du cœur, l’hypertrophie du tissu musculaire
t de cet organe ne s’opère que d’une manière lente et graduée.
’ De tous les cas particuliers que nous avons rapportés, deux
; seulement semblent faire exception à cette règle (observ.
ii5®et ii|7®). Chezles sujets de ces deux observations, l’un
i âgé de 4q ans , l’autre de 22 ans , une hypertrophie con-
: sidérale du cœur paraît s’être développée dans l’espace de
trois semaines à un mois. Ces exemples d’hypertrophie
aiguë du cœur ont besoin d’être confirmés. Nous n’avons pas
la certitude, malgré l’assertion du premier des malades,*
dont nous avons recueilli nous-même l’observation, que
sa maladie ne datât, en effet, que de trois semaines. Quant
au second sujet, que nous ri’avons point observé , et qui
n’était âge que de 22 ans , nous ferons remarquer que la
maladie du cœur à laquelle il succomba coïncidait avec un
rhumatisme articulaire aigu (cet ouvrage fourmille réelle-
ment d’exemples de cette coïncidence). Or, il serait rigou-
reusement possible qu’on eut pris pour une hypertrophie
46o MALADIES DU COEUR EN PAETICULIER.
proprement dite du cœur une sorte de tuméfaction ou de
turgescence inflammatoire de cet organe. Ce sera bien là ,
SI Ton veut, une hypertrophie du cœur ; mais en appliquant
ce mot à l’état dont il s’agit, il est clair qu’on le détourne
un peu de la signification qu’on lui avait jusqu’ici reconnue.
ARTICLE QUATRIÈME.
TaAITBUERT DE l’hYPEETBOPHIE DO COEUE.
Considérée en elle-même et indépendamment des autres
maladies du cœur avec lesquelles elle peut être combinée,
l’hypertrophie du tissu musculaire de cet organe doit être
combattue par l’usage bien entendu des émissions sanguines
et des sédatifs, secondés par le repos et par un régime ali-
mentaire d’autant plus sévère que la maladie est plus
avancée.
La fameuse méthode de Valsalva et d’Albertini ne trouve
sa rigoureuse et stricte application que dans les cas où
l’hypertrophie est réellement énorme. Et même dans ces
cas extrêmes, on trouvera peu de malades doués d’une assez
grande patience et d’une résignation assez stoïque, pour se
soumettre sans réserve à une pareille méthode.
Dans une maladie qui ne peut céder que lentepient et
graduellement aux moyens qui lui sont opposés, il est bien
difficile de formuler exactement le nombre des émissions
sanguines que l’on devra pratiquer, en se conformant pour
la quantité de sang à retirer chaque fois , aux circonstances
d’âge, de force, de tempérament, etc. Chez un adulte, de
force moyenne, affecté d’une hypertrophie du cœur d’éten-
due également moyenne , 3 à 4 saignées du bras, de 3 à 4
palettes, pourront être pratiquées dans le cours du traite-
ment, et l’on y joindra I ou 2 applications de ventouses
scarifiées sur la région précordiale, à la dose de 2 à 3 palet-
tes chacune. Le mode d’action des émissions sanguines ,
HISTOIRE générale DE l’hYPERTROPHIE. 4^1
dans la maladie qui nous occupe, est si simple, que nous
pouvons nous dispenser de l’expliquer.
De tous les sédatifs auxquels on puisse recourir, le plus
efficace, le plus direct , c’est incontestablement la digitale:
ce médicament, comme je l’ai déjà dit, est le véritable
opium du cœur. Je n’insisterai point ici sur ses différons
modes d’application; je dirai seulement que je l’ai employé
avec beaucoup d’avantage par la méthode endermique. Je
fais ordinairement appliquer un vésicatoire sur la région
précordiale, et chaque jour on recouvre sa surface de
poudre de digitale, à la dose graduée de 6 à i5 grains. On
diminue ainsi, comme par enchantement, le nombre et la
force des battemens du cœur , et ce ralentissement des batte-
mens du cœur constitue pour cet organe un véritable
repos, une sorte de diète, dont on comprend facilement
tous les avantages. Car, s’il est vrai qu’un exercice im-
modéré du cœur soit une des causes les plus prochaines de
son hypertrophie, un des corollaires de cette proposition,
c’est que la diminution d’action de cet organe constitue une
condition éminemment favorable à Xdirésolutionde, la maladie
que nous venons de nommer. Par les émissions sanguines,
on enlève au cœur une portion de son stimulus naturel et
de V aliment indispensable à sa nutrition ; par la digitale on
engourdit, on assoupit en quelque sorte le principe dyna-
mique ou nerveux de l’action du même organe (i).
(i) Je me suis assuré un si grand nombre de fois de l’action sédative de la di-
gitale, que j’ai peine à comprendre comment un observateur tel que M. Laënnec
a pu lu mettre sérieusement en doute. « J’avoue, dit-il, qùe l’action de la digitale
• ai! u’a jimàis parc bikn évidente , et surtout constante , même lorsque la dose
• était au point de produire des vomissemens et des vertiges. J’ai remarqué seule-
• menl, avec plusieurs praticiens qui se sont occupés des propriétés de la digitale,
• que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère souvent les
• battemens du cœur, et que par la suite elle semble quelquefois les ralentir. »
(Ouv. cit. , t. Il , p. j35. )
En vérité , je ne sais de quelle digitale M. Laënnec a pu se servir pour obser-
462 MALADIES DU COEUH EN PAETICULIEP..
Le repos de l’esprit et du corps, un régime doux et ténu,
quelques tisanes rafraîcliissantes , calmantes, telles que
la solution de sirop d’orgeat, l’inlnsion de fleurs de lil'eul i
et de feuilles d’oranger, pont autant de moyens qu’il ne '
faut pas négliger, et sans le concours desquels (je parle sur-
tout du repos et du régime alimentaire), on n’obtiendrait !
pas des émissions sanguines et des sédatifs tout le succès t
qn’on a droit d’en attendre.
On a vanté dans ces derniers temps l’administration de t>:
l’iode dans les cas d’hypertrophie du cœur. Je n’ai employé
que chez un ou deux malades, et sans résultat-avantageux, p
cet anti-hypertrophique, si puissant contre une foule fe
d’hypertrophies extérieures, où son emploi est bien plus ||l
facile. t
On constate la diminution de l’hypertrophie du cœur
parles méthodes d’exploration que nous avons fait con-
naître, en traitant des signes de cette maladie, et spéciale-
ment par la percussion , l’inspection et le toucher. ^
Les cas dans lesquels nous avons obtenu une notable
diminution , sinon une complète disparition de l’hypertro-
Ter les effets ci-dessus indiqués. Ce que l’expérience la plus exacte me permet
d’afûnner, de la manière la plus positive, c!est que la bonne digitale, dans les
premiers Jours de son adminislration , n accélère pas souvent les batlemcns du
coeur ^ et que non seulement elle skusLk quelquefois les raléntrr, mais qu’< lie les
ralentit bien réellement, et, chez plusieurs individus, dans l’espace de a4 à i|S
heures seulement. Nous avons fai* descendre ces hattemens de loo et plus par
minute à 4S, 44» 56 et même 28.
Il est bon de prévenir les praticiens que l’usage prolongé de la digitale, à une
dose un peu forte, donne quelquefois lieu à un délire et à des hallucinations qui \
peuvent persister pendant plusieursjours.il importe de suspendre l’administra- I
lion de la digitale , jusqu’à ce que l’accident que nous signalons ait disparu. Tout i
réceminent encore (avril i855) , nous avons observé , pour la troisième fois, le '
délire produit par la digitale , chez un jeune homme, couché au n® 2 de la salle ’
Saint-Jean-de-Dieu, où il fut admis pour un rhumatisme articulaire aigu , com- *
pliqué de péricardite. Au bout de trois ou quatre jours de suspension de la digi-
fale , les hallucinations et le trouble des idées ont disparu. ( Le malade en a con-
servé le aouvenir. )
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’atrOPHIE. 46^
phie du cœur, sont assez nombreux. M. Laenneo possédait
une douzaine d’exemples de guérisons d’ hypertrophie simple
ou aoec dilatation du coeur , qui ne s'étaient point démenties
depuis plusieurs années. Un seul de ces exemples est rap-
porté par M.Laennec, et il est d’autant plus intéressant
que le sujet ayant succombé à une autre maladie, deux
ans après la guérison, M:Laennec constata par. l’ouverture
du corps que le cœur , loin d’être encore hypertrophié,
était dans un état d’évidente atrophie (i).
CHAPITRE II.
i
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’atROPHIE , Oü DE LA DIMINUTION:
DE NUTRITION DU CCEUR (2).
ARTICLE PREMIER.
CARACTÈBES anatomiques de l'atBOFHIE DD COEUR.
Nous avons exposé dans nos prolégomènes les clifFérences
qui existent entre le poids et le volume d’un cœur atrophié
(1) Voici la description de M. Laënnec : Le cœur n’était pas plus gros que ce~
lui d‘un enfant de 12 atis , bien constitué, quoique la malade, âgée dé SS ans ,
fût d'une haute stature (environ 5 pieds 3 pouc.). Son aspect extérieur rappelait
toul-à-fiit celui d'une pomme ridée.
En l^ant ce fait dans V /iuscultation médiate, comme aussi' en parcourant plu-
sieurs autres passages de c6 livre, on verra que M. Laënnec confondait les signes
de l'hypertrophie avec ceux qui sont propres aux obstacles mécaniques à là cir-
culation.
(ï) 3 'espérais pouvoir faire précéder l’histoire générale de l’atrophie du coeur
d’une dizaine d’observations particulières sur cette maladie; mais, pressé par
l’espace, je me contenterai d’en rapporter une seule dans cette note. Cétte obser-
vation, jointe à celles que nous avons résumées dans nos prolégomènes', prouve-
464 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
et le poids et le volume d’un cœur à l’état normal. Rappelons
ici les principaux résultats du résumé des sept cas d’atrophie
du cœur décrits à cette occasion.
ront què l’alrophie ou non congénitale du cœur ne pourrait point
être révoquée en doute, comme le dit M. Cbomel ( t. VllI du D/c(ionnacr« de
médecineen a5 volumes. pageôiG).
OBSERVATION I35c.
Femme de 6i ans. — Ballemens du cœur profonds, petits, peu étendus;
bruits du cœur très faibles; pouls petit, mince. — Anciennes alftrlions du cœur
et du bas-ventre. — Mort rapide, suite d’une périlonile sur-aiguë — Atrophie
générale du cœur, dont le volume égale à peine'celui d’un sujet de t a ans (amin-
cissement des parois, et diminution des cavités). — Traces d’une ancienne péri-
cardite, et d’une ancienne péritonite. — Epanchement purulent dans le 'pé-
ritoine.
I
Une marchande des quatre saisons , âgée de 6i ans, d’une force et d’une sta-
ture moyennes, fut transférée des salles de M. Fouquier dans celles dont je suis
chargé, le a3 novembre iSôa.
11 v ava#trois mois que cette femme était entrée à l'hôpital, pour une affec-
tion caractérisée principalement par de la dyspnée et une inültration des mem-
bres inférieurs. Elle avait éprouvé, à une époque fort éloignée de celle de son
entrée, à la suite découches, des symptômes de péritonite. Plusieurs fois aussi
elle avait offert des symptômes d’affection jiectorale.
Au moment oü elle fut placée dans notre service, eile ne se plaignait que d'être
enrhumée. Il existait du râle muqueux dans les deux côtés de la poitrine , sur-
tout en arrière; crachats muqueux , toux quinteuse.
Comme la malade avait été infiltrée , et qu’elle éprouvait de l’étouffement
après avoir monté un escalier, on explora le cœur, et voici quels furent les résul-
tats de cette exj.loration :
Les battemensdu cœur étaient si profonds, si petits, si peu étendus, que 1a
main, appliquée sur la région précordiale, les sentait à peine; ils étaient accom-
pagnés d’un byuit sourd , si faible , qu'on l'entendait difficilement dans les inter-
valles des mouvemens respiratoires, et nullement pendant ces mouveme^, qui
étaient accompagnés d’un souflle assez bruyant. 11 n’existait point de bruit de
soufflet dans la région précordiule.
Le pouls était faible, mince, régulier-
La mal.ide se proposait de quitter prochainement l’hôpital , lorsque , le a8 no-
vembre, elle fut prise tout-a-coup d’une vive douleur dans le côté droit de la poi-
trine, avec dyspnée, très prononcée, et légère réaction fébrile. Cependant il n'y
avait point de son mat , et la respiration s’entendait assez bien dans le côté dou-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’ ATROPHIE. 4^5
1° Poids du cœur. Dans les sept cas indiqués, le minimum
de ce poids était de i35 grammes (4 onces i à 2 gros) , le maxi-
mum, de 200 grammes, et la moyenne, de 175 grammes.
2° Volume et dimensions. La moyenne de la circonférence
loureux. ( Aaignée da deux palettes, douze sangsues sur le côté, boiss. pect,,
looch , diète.)
29, La douleur était un peu calmée, mais non entièrement éteinte. ( niîica-
ioire sur le côté, )
Le soir, une douleur des plus aiguës se fait semirdans le côté droit de l'abdo-
men , vers les dernières circonvolutions de l’intestin grêle; une extrême prostra-
tion se déclare; le pouls est à peine sensible, et les extrémités se refroidissent;
les jambes soni le siège, sinon de véritables crampes, du moins de tiraillemens qui
s’en rapprochent. ( Sinapismes.)
2o. Persistance des accidens. Comme il était alors question d’une légère ré-
crudescence du choléra , il paraissait naturel de se demander si nous n’avions
point affaire à quelque cas de ce genre, La malade fut examinée'avec une grande
attention.
Il n'y avait point eu de vomissemens ni de selles cholériques; les traits étaient
grippé», les extrémités notablement refroidies, le pouls filiforme et difficile à
sentir par intervalles; la douleur du flanc droit était si vive, que la pression sur
celte région , quelque légère quelle fût , devenait bientôt insupportable.
Je jugeai que les phénomènes observés chez celte malade étaient l’effet d’une
péritonite sur-aiguë , occupant surtout la région droite de la partie inférieure de
l'abdomen.
La malade étant âgée, et depuis long-temps atteinte d’une affection chronique,
le pronostic le plus grave fut porté.
Dix sangsues sur l’endroit douloureux n’amenèrent qu'un faible soulagement,
et le lendemain, 1" décembre, à dix heures du soir, la malade expira dans un état
de douleur et d’anxiété extrêmes, après avoir fait des efforts de suicide.
Autopsie cadavérique, 36 heures après la mort.
1“ Org. digest. et annex. — Les anses intestinales contenues dans le flanc
droit et la portion voisine de l’excavation pelvienne, sont d’un rouge foncé, injec-
tées, et le péritoine qui les recouvre parsemé de très minces filamens, qui sont
des pseudo-membranes naissantes; quelques onces d’un épanchement sanguino-
lent se rencontrent dans les environs des anses intestinales enflammées. Le péri-
toine se déchire avec une extrême facilité, et , au-dessous des lambeaux qu’on en-
lève, on voit une belle injection, d’un rouge artériel. Dans le côté gauche de l’ab-
domen , les anses du gros intestin sont adhérentes entre elles , ainsi qu’avec l’é-
piploon, au moyen d’un tissu cellulaire filamenteux , très dense ( traces évidentes
de l’ancienne péritonite). L’épiploon est en même temps replié sur lui-même, et
comme ratatiné. — La rate est petite, atrophiée, inégale, rugueuse à sa surface, ce
2. 3o
466 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
du coèur^ mesurée dans quatre cas, était de 6 pouces 9 li-
gnes 1/2.
La moyenne du diamètre longitudinal, mesuré dans six
cas, était de 2 pouces 2 lignes; célle du diamètre transversal,
qui dépend de Id préseticfe de plaques cartilagineuses ou calcaires qui incrustent
son enveloppe séro-fibreuse. — Membrane muqueuse de l’estomac sans injection,
plutôt un peu pâle, amincie dans le grand cul-de-sab, Où elle est même détruite
complètement par plaques de quelques lignes d’étendue. Rougeur de certaines
portions de la membrane muqueuse de l’intestin grêle ( dans le commencement
et vers la fin). Membrane muqueuse du gros intestin, décolorée, anémique, of- K
frant dé ndtnbreuses plaques enfoncées j d’une teinte ardoisée , qui ne sont autre k
chose, les Unes que des ulcérations cicatrisées , les autres, moins nombreuses, que M
des ulcères non encore cicatrisés. Développement de quelques follicules. Les ma- 'it
itères contenues dans l’estomac et les Infesltns n’ont aucun caractère cholérique, üi
— Uni demi-verre environ d’urine trouble dans la vessie.
a® Org. respirât, et circulai. — Les deux poumons sont perméables , crépi- in
tans , riches en matière noire ; le droit adhère de toutes parts à la plèvre pariétale i!i
par Un tissu cellulaire bien organisé et très ancien. On ne trouve de tubercules
dans aiicun point de ces organes. La membrane muqueuse bronchique est rouge , î
violette , injectée , épaissie , recouverte d’abondantes mucosités , qui , en appro- i;
chant des dernières ramifications bronchiques , se transforme en une matière il
tout-à-fdit puriforme. Le tissu pulmonaire est, en certains points, le siège d’une ic
infiltration œdémateuse. Les divisions des bronches sont manifestement très dila-
tées, surtout à droite.
Le cœur est d un grand tiers moins volumineux que dans l’état normal (sa gros-
.seur est à peu près celle du cœur d'un individu de lo a 12 ans). Il est ridé, ,1
comme flétri à l’extérieur, o'u l’on trouve {sur les cavités droites seulement) des .1
plaques blanches, laiteuses, traces d’une ancienne péricardite. Le ventricule gau- m
c lie contiendrait à peine un œuf de pigeon. L’épaisseur de ses parois est d'environ i(
trois lignes. Le ventricule droit , un peu moins étroit, a des parois dont l’épais- a
seur eit d'une ligne et demie d peu prés. On y trouve quelques caillots de sang, i
en partie décolorés, ainsi que dans l’oreillette correspondante. Les orifices sont .1
parfaitement libres. Quelques minces incrustations à la base des valvules gau- B
ches. La membrane interne du cœur n'offre aucune rougeur. Des incrustations o
calcaires ou fibro-cartilagineuses de diverse grandeur se rencontrent çà et là !
dans l’aorte; l’une d’elles, enfoncée dans le tissu artériel, est circonscrite par
une ligne sinueuse, ressemblant à une cicatrice; dans l’aire circonscrite par la
ligne indiquée , la membrane interne parait manquer complètement On trouve
aussi trois ou quatre taches rouges, produites par du sang épanché au-dessous ■
de la membrane interne. Partout ailleurs, celte membrane est d’un blanc jau- .
oâtre.
histoire générale de l’ATROPiliE. 467
mesuré dans les six mêmes cas , de^a pouces 7 lignes a/3 ;
celle du diamètre antéro-postérieur, mesuré dans deux cas
seulement, de i pouce 6 lignes 1/2.
La moyenne de l’épaisseur des parois du ventricule gauche,
mesurée dans six cas , était de B lignes i\G ; celle de l’épais-
seur des parois du ventricule droit, mesurée dans cinq cas,
de 2 lignes 3[5.
Si l’on compare ces dernières dimensions avec celles de l’é-
tat normal, on verra qu’elles les égalent ou même qu’elles les
surpassent d’une petite quantité. Il paraît bien singulier,
au premier abord , que les parois ventriculaires d’uil cœur
atrophié aient plus d’épaisseur, dans quelques cas, que
celles d’un cœur à l’état normal. Mais toute surprise cesse ,
lorsqu’on fait attention que, dans la grande majorité dès cas
où le cœur s’atrophie, les parois ventriculaires reviennent
en quel(]ue sorte sur elles-mêmes , et qu’elles gagnent ainsi
en épaisseur ce qu’elles perdent en longueur et en largeur,
à peu près comme il arrive pour les parois de l’estohlac et
de la vessie, lorsque ces organes sont contractés.
Au reste , il est des cas d’atrophie du cœur où les parois
ventriculaires perdent de leur épaisseur. Par exemple j‘
dans l’observation placée en tête de ce chapitre (i35) , èllé
n’était que de 3 lignes pour le ventricule gauche, de i‘
ligne ip pour le ventricule droit , et cependant la cavité
de ces deux ventricules avait notablement jierdu dé sa
capacité normale.
Mesurée chez un seul sujet, l’épaisseur des parois des
oreillettes était de i ligne pour la gauche et de 112 ligrie
pour la droite.
Notée dans quatre des sept cas dont nous rappelons le
réiumé, la capacité des ventricules était moindre qu’à
l’état normal : dans un cas, la cavité du ventricule gauche
pouvait à peine contenir le doigt.
Dans notre observation i34® , le ventricule gauche aurait
Z'o.
468 MALADIES DU CtBiUR EN PARTICULIER,
pu contenir à peine un œuf de pigeon (le ventricule
droit était un peu moins étroit).
Mesurée dans deux cas , la circonférence de l’orifice au-
riculo-ventriculaire gauche avait pour étendue moyenne
3 pouces 4 lignes (celle de l’orifice auriculo-ventriculaire
droit n’ayant été prise que dans des cas de lésion de cet
orifice, nous ne l’indiquerons pas) ; celle de l’orifice ven-
iriculo-aortique, 2 pouces 4 lignes i\2 ; celle de l’orifice
ventriculo-pulmonaire, 2 pouces 4 lignes.
L’épaisseur des valvules ne fut notée que dans un seul des
sept cas indiqués. Toutes étaient d’une extrême minceur, à
l’exception delà tricuspide, qui était anormalement
boursouflée.
Les comparaisons suivantes compléteront ce que nous
avions à dire du volume du cœur à l’état d’atrophie. Dans
notre observation i35% le volume du cœur n’excédait pas
celui d’un enfant de 12 ans (le sujet de cette observation
était une femme de 61 ans) ; il en était de même chez une
femme dont l’observation a été recueillie par M.Laennec et
que nous avons citée à l’article du traitement de l’hyper-
trophie du cœur (cette femme était âgée de 57 ans et d’une
taille de 5 pieds 3 pouces). Chez un homme d’environ 3o ans
et fortement constitué, le cœur avait un volume qui ne dé-
passait pas celui du cœur d’un enfant très jeune. Dans un
cas recueilli par Burns, le cœur d’un adulte n’excédait pas
en volume celui d’un enfant nouveau-né; dans un autre cas
recueilli par le même observateur , le cœur d’une fille de
26 ans était aussi petit que celui d’un enfant de 6 ans.
Lorsque le cœur est ainsi émacié, rapetissé, il paraît
comme ridé , flétri , et c’est avec beaucoup de justesse que
M. Laennec l’a comparé, dans un cas de ce genre, à une
pomme ridée.
En somme, il résulte de nos observations que, selon ses
différens degrés, l’atrophie du cœur peut faire perdre à
cet organe le quart , le tiers et même la moitié de son poids
HISTOIRE GÉNÉRAI, E DE L’ATROriIIE. /[Gq
et de son volume normaux. Mais n’oublions pas de faire re-
marquer que le poids et le volume du cœur ne diminuent
pas toujours de concert ou dans les mêmes proportions,
ce qui dépend surtout de ce que les cavités du cœur à l’état
d’atrophie , loin de perdre toujours de leur capacité , en
augmentent quelquefois. Sous ce point de vue même,
nous croyons devoir établir diverses espèces ou formes
d’atrophie du cœur.
forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités
du cœur sont amincies, sans changement notable de leur
capacité , de telle sorte que le volume du cœur est peu di-
minué. On pourrait donner le nom d’atrophie simple à cette
première forme.
0.^ forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités
du cœur sont amincies en même temps que leur capacité
est augmentée (i). Cette forme d’atrophie correspond à
l’hypertrophie excentrique ou anéorismale. Dans cette forme,
le volume du cœur peut être plus considérable qu’à l’état
normal.
forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités
du cœur ont une épaisseur égale ou- même supérieure à celle
qui constitue l’état normal , mais la capacité de ces cavités
est diminuée. Cette forme d’atrophie correspond à l’hyper-
trophie concentrique ou centripète. Dans cette forme d’atro-
phie, qui est la plus commune , tandis que c’est la forme
inverse d’hypertrophie qu’on rencontre le plus fréquem-
ment, les parois du cœur ne conservent ou ne dépassent
la mesure de leur épaisseur normale qu’en raison de leur
retrait sur elles-mêmes. Elles perdent en longueur et en
(i) Il est bien entendu que, pour admettre l'existence d'une atrophie de ce
genre, il faut que l'amincissement ne soit pas le simple résultat de la distension
des cavités du cœur. Un des meilleurs moyens de s’assurer de la réalité de l’a-
trophie , dans le cas dont il s’agit, c’est de peser le cœur. Nous reviendrons
sur l’amincissement des parois du cœur en traitant de sa dilatation ( anévrisme
passif).
i
470 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
largeur plus quelles ne gagnent en épaisseur, de telle
sorte que, maigre eette fausse hypertrophie dans le sens de
l’épaisseur, le poids du cœur est d’un quart, d’un tiers, ou
même d’une moitié au-dessous de l’état normal.
ARTICLE DEUXIEME.
SIGNES DB l'aXBOFBIB DD CCEOB.
On reconnaîtra l’atrophie du cœur à des signes inverses
de ceux dont nous avonsparlé au chapitre de l’hypertrophie
du même organe. Les batiemensdu cœur sont petits, con-
centrés; le bruit qui les accompagne est faible, et l’est d’au-
tant plus que les cavités du cœur sont plus étroites et les
parois plus épaisses par suite de leur retrait. La main sent
difficilement le choc du cœur dans l’état de calme , et ce
choc semble produit par une masse moins volumineuse qu’à
l’état normal (à moins de complication de l’atrophie avec
une dilatation considérable , cas dans lequel, à la vérité,
l’impulsion du cœur est presque nulle). Il n’existe pas ou
presque pas de matité dans la région précordiale.
Le pouls est petit, mince, étroit , assez dur et résistant,
dans l’atrophie concentrique \ mou , faible , mais assez large,
dans l’atrophie anèurisinale ou excentrique.
Lorsque tous les signes dont on vient de lire l’exposition
existent chez un individu, quel que soit, d’ailleurs, l’état de
la nutrition générale, on peut affirmer qu’il existe une
atrophie du cœur. Mais, comme nous allons le dire tout à
l’heure, l’atrophie du cœur coïncide ordinairement avec
un état d’amaigrissement général. Sans doute cet amaigris-
sement général peut faire présumer d’avance une atrophie
du cœur, qui est un amaigrissement, une sorte do phthisie
du cœur. Mais on se tromperait gravement, si l’on croyait
qu’une émaciation générale suppose toujours et nécessaire-
HISTOIRE GÉNÉRALE HE l’ATROEHlEj 4?t'
ment un état d’atrophie du cœur. En effet, l’hypertrophie
de cet organe peut coïncider avec un marasme général très
prononcé.
ARTICLE TROISIÈME.
DBS CAUSES ET DU TRAITEMENT DE l’atROPHIE DD CCEOR.
I. Les causes de Tatrophie du cœur sont locales ou généra-
les. Parmi les causes locales nous signalerons la compres-
sion long-tempsexercée sur le cœur par un épanchement ou
toute autre cause mécanique , le rétrécissement des artères
coronaires, soit mécanique, organique (on observe ce
dernier dans certains cas d’induration cartilagineuse ou
calcaire des artères indiquées, et quelquefois même alors ,
comme nous en possédons un exemple, une de ces artères
est complètement oblitérée), etc.
Les causes générales de l’atrophie du cœur sont les divers
états morbides, ou les diverses conditions hygiéniques dont
l’effet est de s’opposer à une suffisante nutrition de tout le
système de l’économie. La plupart des cas d’atrophie du
cœur que nous avons recueillis avaient pour sujets des in-
dividus tombés dans un profond état de marasme, à la
suite de quelque grave altération chronique (primitive-
ment ou secondairement ) des grands viscères , tels que
l’appareil digestif ou l’appareil respiratoire. Parmi ces su-
jets, nous citerons surtout les tuberculeux, les cancéreux,
les individus chez lesquels une entérite typhoïde, une fièvre
émptive, n’ont entraîné la mort qu’au bout de deux ou
trois mois , etc.
II. Le traitement de l’atrophie du cœur se confond en
quelque sorte avec celui des maladies dont elle peut être
la suite]et l’effet : sublatâ causa, tollitur effiectus. Nous n’avons
point à nous occuper ici du traitement de ces nombreuses
47'^ MALADIES DU CÔEÜR EN PAETK^ULIER.'
maladies. Quant à l’atrophie pour ainsi dire primitive du
cœur, savoir celle qui résulterait d’une alimentation in-
suffisante, son remède est facile à trouver. Dans un cas
semblable , le cœur ne fait que participer à l’amaigrisse-
ment, à Vatrophie générale du corps, et l’on sait ce qu’il
convient de faire chez un individu qui n’est exténué que
par le jeûne et dont les organes sont d’ailleurs sains.
LIVRE QUATRIÈME (i).
DE l’augmentation ET DE LA DIMINUTION d’abSORPTION
DES TISSUS Sl^REUX ET CELLULAIRE DU COEUR.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
Nous avons vu , au commencement du Livre IP , que
la diminution de séerétion des tissus séreux et cellulaire
du coe.ur constituait un état morbide sur lequel on ne pos-
sédait encore que fort peu de données positives. Il n’en est
pas de même de la diminution du pouvoir absorbant de ces
mêmes tissus. Des faits très nombreux démontrent, en
effet , la réalité de cet état morbide. Mais on peut appliquer
à l’augmentation d’absorption des tissus séreux et cellulaire
du cœur, ce que nous avons avons dit de la diminution de
la sécrétion de ces mêmes tissus , savoir, que c’est un état
morbide jusqu’ici peu étudié. Toutefois, on aurait tort de
révoquer en doute, je ne dis pas seulement sa possibilité ,
mais son existence; car, dans les cas fort communs où l’on
voit disparaître des épanchemens séreux ou autres , il est
de toute évidence que cela n’a lieu qu’à la faveur d’une
augmentation dans le travail normal de l’absorption. Tout
ce qu’on peut dire, c’est que, dans les cas dont il s’agit,
l’augmentation de l’acte de l’absorption mérite moins d’être
(i) Ce livre devait être le troisième et non le quatrième. Il était naturel, en
effet, de traiter de l’augmentation et delà diminution de l’absorption des tissus
séreux et cellulaire du cœur après avoir étudié l’augmentation et la diminution
de sécrétion de ces mêmes tissus. Le lecteur voudra bien nous pardonner cette lé-
gère erreur de lieu.
4y4 MALADIES BU CCEUE EN PARTICULIER.'
considéré comme un état morbide que comme une sorte
d operation médicatrice. JNotre intention n’est pas, au reste, de
disputer ici sur le nom qui convient à l’acte que nous signa-
lons, mais bien d’en prouver la réalité.
Nous ne consacrerons point un chapitre particulier à l’é-
tude de l’augmentation d’absorption des tissus séreux et
cellulaire du cœur. Content d’avoir signalé ici ce phéno-
mène , nous allons entrer en matière par 'l’histoire de
l’hydropéricarde passif, à laquelle nous joindrons celle de
l’œdème passif du tissu cellulaire du cœur.
On trouve quelquefois dans le péricarde , un liquide sé-
reux ou aqueux qui, au lieu de provenir d’une augmenta-
tion de la sécrétion ou d’une diminution de l’absorption de
cette membrane séreuse, s’y est introduit à la faveur de la
rupture d’un kyste séreux ou hydatique dans la cavité du
péricarde. D’autres fois , on rencontre dans cette même ca-
vité une certaine quantité de sang ou de gaz (i). Nous avons
cru conyenablede parler de cesdiversesaffections, à la suite
des épanchemens dans le péricarde produits par un défaut
d’équilibre entre la sécrétion et l’absorption, qui s’exercent
à la surface de cette mernbrane séreuse. Elles seront l’objet
du Chapitre ii" de ce IV® Livre. ,
(i) Un abcès enkysté ou non enkysté, développé dans le tissu cellulaire qui
avoisine le péricarde; un épanchement pleurétique circonscrit^ un abcès du pou-
mon, poüriaient aussi s’ouyrir dans le péricarde, et donner lieu à une collection
purulente, dont une péricardite n’aurait pas été la source. On a écrit dans plu-
sieurs ouvrages, par exemple, que le fils de J.-L. Petit avait succombé à un abcès
du médiasliii qui s’était l'ait jour dans le péricarde.
DE L’iIYDROPÉKICARDEr
4?^
-Tir
CHAPITrxE P.REMIER.
«
DE l’hydropéricarde PASSIF, ET DE l’o|;d|;me
DU TISSU CELLULAIRE DU CŒUR.
. J ^ il r , \
§ I. Caraclères anatomiques.
L’hydropéricarde passif ne diffépnt point sensil:)|epgieDt
de l’hydropéricarde actif, sous le point de yue des ç^r
raclères anatomiques, nous n’ajouterons rien ici à ce qnp
nous ayons dit ailleurs (voy. pag. 334 "
raclères. ,
Quant aux caractères anatomiques {dePoeç^è’pe dp epeu^»
lesvoici :1e tissu cellulo-graisseux qui enveloppe cetorgane
se présente sous forme d’une masse tremblotante, géla-
liniforme, et la pression en fait sortir un liquide séreux,
transparent, tantôt incolore, tantôt légèrement coloré
en jaune ou en jaune-verdâtre. Ainsi pénétré, infiltré et
comme imbibé de sérosité, le tissu cellulaire offre une
teinte opaline ou d’un blanc mat, comme il arrive (juand
on le fait macérer dans l’eau pendant un certain temps.
§ II. Diagnostic.
Les Signes physiques de l’hydropéric^rde pa^j^sont es-
sentiellement les mêmes que cepx de l’hydropériç^r^e
actif (voy. pag. 336 et suiv.). C’est surtout par la considéra-
tion des causes différentes sous l’influence desquelles i|s
se développent l’un et l’autre, que l’on peut paryepir à les
distinguer entre eux.
R n’est aucun signe qui puisae nous faire reconnaître
positivement l’œdème passif du cœur. On peut tout au
476 MALADIES DU CCEüR EN PARTICULIER.
plus en soupçonner l’existence chez les individus atteints 1
d’une hydropisie générale passive.
§ III. Causes.
La double hydropisie qui fait le sujet de ce chapitre re-
connaît les mêmes causes que toutes les autres hydropisies
passives en général, savoir les nombreux obstacles au cours
du sang, qu’ils soient purement mécaniques et physiques,
ou qu’ils soient, comme on le dit, vitaux.
L’oblitération des veines cardiaques serait, sans doute,
une cause d’hydropéricarde passif et cl' œdème passif du cœur ^
mais je ne sache pas qu’elle ait encore été constatée. J’ai
souvent rencontré chez les individus atteints de cette
double hydropisie , une dilatation considérable , une sorte
d’état variqueux des principaux rameaux et du tronc des ^
veines coronaires , ce qui était un indice de la difficulté avec ni
laquelle ces veines se dégorgeaient dans l’oreillette droite. J
l)
§ IV. Traitement.
L’hydropéricarde passif réclame les mêmes moyens I
que toutes les hydropisies passives en général , tels «
que les saignées , les diurétiques , les purgatifs , etc. |,
Tous ces moyens, en dégorgeant, chacun à leur ma-
nière, le système sanguin, favorisent la résorption de
l’épanchement. Mais ce n’est pas assez que de combattre
l’épanchement lui -même, il faut attaquer \di cause sous
l’influence de laquelle il s’est opéré. Si l’on ne parvient
pas à faire disparaître celle-ci, l’épanchement ne man-
quera pas de se reproduire. Malheureusement, dans la
plupart des cas, la lésion à laquelle se rattache
î’hydropisie qui nous occupe est au-dessus de toutes nos
ressources.
DE L’HYDROPÉUICi^RDE.
477
CHAPITRE II.
ARTICLE PREMIER.
/
I»B L*HYDR.OPiRlCARDK PRODUIT PAR LA RUPTURE D^ülV KYSTE SEREUX OU HYDATIQUE
f
DANS LE PÉRICARDE.
Aucun des auteurs de traités sur les maladies du cœur
n’a signalé l’espèce d hydropéricarde dont il est ici question.
Je n’en connais moi-même qu’un exemple, qui a été publié,
dans le t. XP du Joui'nal hebdomadaire de médecine , par
M. le docteur Alibert , alors interne des hôpitaux. Voici
cette curieuse observation.
OBSERVATION I36<-.
Homme de 3g ans. — Voussure de la partie inférieure du côté droit de la poi-
trine; matité dans la môme région, ainsi que dans la région précordiale. — Bat-
temens de la pointe du cœur, à trois pouces en dehors de l’articulation des trois
dernières côtes sternales gauches. — Rupture d’une poche hjdatique très volu-
mineuse dans la cavité du péricarde.
« Ln homme âgé de 3p ans était malade depuis trois ans,
» lorsqu’il entra à l’hôpital Necker le i6 février 1828. Il
» éprouvait une douleur sourde dans le côté droit de la
» poitrine, avec toux et dyspnée. Le côté droit de la poi-
» irine sur lequel le malade se couchait de préférence, était
» plus développé que le gauche , surtout inférieurement ;
» là, les espaces intercostaux étaient élargis, et jusqu’au ni-
» veau de la quatrième côte sternale, la percussion ne
« donnait aucun son, l’auscultation aucun bruit respira-
3> toire.
» Le cœur semblait avoir éprouvé un déplacement, car
47^ MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER.
» c était a trois pouces au moins en dehors de l’articulation des
» 5®, 6® et vraies côtes, que l’on sentait le mieux son im-
» pulsion. Ses battemens s’entendaient du reste très bien
» au-devant du sternum et dans tout le côté droit de la
» poitrine, principalement à sa partie inférieure.
» Le 3o mars, au matin, le malade dit avoir passé une
» nuit très pénible. Son anxiété était extrême, et il ne pou-
» vait rester couché. La douleur s’était étendue à la région
a précdrdiale, laquelle. Comme les jours précédons, ne
» résonnait plus lorsqu’on la percutait. Les battemens du
» cœur étaient tumultueux, et, quoique faibles, s’enten-
» daient dans une plus grande étendue. On entendait aussi
» dans la région du cœur , surtout à droite, vers le sternum,
» un bruit particulier, clair, qui se renouvelait à chaque
» mouvement respiratoire, et assez semblable à celui que
» l’on produit en déchirant un petit morceau de papier
» bien sec.
» Mort dans la matinée.
» Autopsie cadavérique , 20 heures après la mort.
» Eh divisant les cartilages costaux à gauche, le bistouri
» pénètre dans la cavité du péricarde, d’ou il s'écoule une
» assez grande quantité de sérosité inodore , citrine et tout-à-
» fait limpide du reste. Le péricarde conserve sa couleur, son
)) épaisseur et sa transparence naturelles . Dans le côté droit du
thorax; entre le diaphragme, le poumon, qui est refoulé
)i vers sa i’acine, et le cœur, considérablement déjelé à
> ga'ùchë, il eiiste une hydatide de la grosseur de la tète
» d’un énfant d’un an. Les parois de cette vaste poche ont
» environ une ligne d’épaisseur; elles sont homogènes,
» d’un blanc laiteux, fragiles, et résu) tent de la juxta-posi-
i lion de plusieurs feuillets très minces... Le liquide que
» cette poche contient est limpide et en tout semblable à celui qui
i) Le trouvait dans le péricarde. La cavité du kyste hydatique
» communique avec le péricarde, au moyen d'une ouverture
yL toute récente^ étroite, longue de 4 lignes et située derrière l'o^
y>
»
1)
DE l’iIYDROPÉRICARDÉ.
reilleüe droite, au-devant de la 'veine cave inférieure. Cette
ouverture permet au liqld'de kontéhü dans Vhjdatide de passer
librement dans la cavité du péricarde, et vice versa. »
ARTICLÈ DEUXIÈME.
DI l’hÉMOPÉRICARDB , 00 DB l’bP AKCHEMKNT DE SANG DANS LA CAYITlè
1)0 PEBICABDE.
r*îoü*s avons vu, en traitant dès caractères ânatomiquès dé
la péricardite, que répanchèmerit qu’elle èhtraîriè â sà
suite pouvait contenir une certaine quantité dé sàDg. Ce
n est pas des cas de ce genre que nous avons à noiis occuper
ici. il s’agit dés epancheméris de sang pur que l’on fën-
contre quelquefois dans la cavité du péricarde.
La source des épànchèriiëns de cetié espece est variable : ils
peuvent, en effet, provenir de la rupture des vaîsséàüx véi-
neux ou artériels du coeur , de la rupture des parois dé cet
organe ou de celles des gros vaisseaux qui s’insèrent à sa
base. Le sang qui constitue ces épanchemens est donc tantôt
artériel et tantôt veineux. Il est ordinairement coagulé,
du moins en très grande partie.
L’hémopéricarde n’étant qu’un accident , qu’un effet
d’une autre maladie, il nous suffit de le signaler ici eri
passant. Les signes physiques de cet épanchement doi-
vent être essentiellement les mêmes que ceux d’un épan-
cliement séreux. Nous manquons, au reste, de faits sur
ce sujet.
Lorsque cet épanchement est le résultat d’une rupture
du cœur, de l’origine de l’aorte ou de l’artère pulmonaire,
il est suivi d’une mort subite, aussi prompte que l’éclair, et
c’est là l’hémorrhagie foudroyante par excellence.
48o
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
ARTICLE TROISIÈME.
Dü PNBOMOPÉaiCARDB ET DE L’iIYDaO-rUBDUOPiaiC AHDB.
Le développement d’une certaine quantité de gaz dans
la cavité du péricarde, est un phénomène qui n’a pas encore
été suffisamment étudié. La quantité et la qualité ou la
nature chimique des gaz rencontrés dans le péricarde, n’ont
pas, jusqu’à présent, été indiquées d’une manière précise.
Distendu par ces gaz, le péricarde résonne à la percussion
comme un ballon ; si l’on incise ses parois , les gaz s’en
échappent avec sifflement.
Le pneumopéricarde coïncide ordinairement avec un
épanchement liquide. M. Laënnec dit néanmoins avoir ren-
contré le péricarde distendu seulement par de l’air.
Les causes du pneumopéricarde ne sont pas encore bien
connues. Dans les cas où il co-existe avec un épanchement
de pus fétide, c’est à la décomposition de celui-ci qu’il con-
vient de le rapporter (i). Suivant M. Laënnec, legazdupé-
ricarde semble quelquefois dégagé du liquide séreux contenu dans
le péi'icarde, ou mêlé avec lui par suite des derniers mowemens
du cœur, car il forme des bulles à la surface du liquide.
M. Laënnec dit aussi, mais sans preuves suffisantes, que
V épanchement liquide et aériforme à la fois du péricarde, peut
avoir lieu dans l'agonie de toutes les maladies.
Le diagnostic de l’hydro - pneumopéricarde repose sur
deux signes principaux, savoir une résonnance tympanique
et un bruit de fluctuation dans la région du péricarde.
« Il m’est arrivé quelquefois, dit M. Laënnec, d’annoncer
(i) Il peut se développer des gaz dans le péricarde comme dans une foule
d’autres parties , par suite de la décomposition putride des sujets dont on prati-
que l’ouverture. Mais ce n'est pas de ce pneumopéricarde cadavérique, et en
quelque sorte posthume, qu'il est ici question.
DE l’hYDRODÉRICADDE. 4^ ^
» le pneumopéricarde, à une résonnance plus claire du bas
» du sternum, survenue depuis peu de jours, ou à un bruit
» de fluctuation déterminé par les batlemens du cœur et
» par les inspirations fortes. »
Dans un cas d’hydro-pneumopéricarde observé récem-
ment par M. le docteur Bricheteau, il existait dans la région
précordiale un hrail qui ressemblait assez bien a celui que fait
l'eau agitée par la roue d’un moulin, et dû évidemment aux
mouvemens alternatifs du cœur (i).
On ne peut réellement confondre l’hydro-pneumopé-
ricardeavec aucune autre maladie.
Il est vrai que lorsque l’^estomac est distendu à la fois par
des liquides et des gaz et qu’il remonte vers la région pré-
cordiale , le son clair que rend à la percussion la région
correspondante à cet organe et le bruit de fluctuation que
l’on produit par une secousse brusque de cette même région,
pourraient, au premier abord, donner l’idée d’un hydro-
pneumopéricarde , comme aussi d’un hydro-pneumothorax.
Mais il suffit de quelque habitude clinique et d’un peu d’at-
tention pour ne pas commettre une erreur aussi grossière.
L’agitation j'hythmique du liquide par les mouvemens alter-
natifs du cœur, et par suite le bruit de roue de moulin, pour
me servir de la comparaison de M. Bricheteau, sont en quel-
que sorte la clefdu diagnostic de l’hydro-pneumopéricarde.
(i) A Touverture du cadavre du malade chez lequel M. Bricheteau avait en-
tendu le bruit dont il s'agit , on trouva un épanchement consécutif à une péri-
cardite chronique. La matière purulente exhalait une odeur extrêmement fétide.
La percussion du péricarde, non encore incisé, donnait un bruit de flot. A l’ou-
verture de ce sac, un gaz se dégagea avec sifflement.
3i
CLASSE DEUXIÈME.
SES UALADIBS QUI CONSISTENT 8N UNE LESION SIMPLE BT PBIMITIVB
UB l’innervation ou gceub, od des nkvhoses de cet organe.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
On ne trouve presque rien sur les névroses du cœur
dans les auteurs les plus célèbres de traités ex-professo sur
les maladies de cet organe. Corvisart, par exemple, n’a
pas même prononcé le nom de cette classe de maladies.
M. Laënnec a consacré une dizaine de pages à leur étude.
M. le professeur Andral ne s’en est point occupé dans la
partie de sa Clinique médicale où il a traité des maladies du
cœur.
Commençons par bien nous entendre sur la définition
maladies qui font actuellement le sujet de nos recherches.
Il ne s’agit point ici des maladies organiques proprement
dites auxquelles les nerfs du cœur sont sujets, comme toute
autre partie organisée et vivante , mais bien des lésions du
principe même de l’innervation, dont les nerfs ne sont en
quelque sorte que les dépositaires ou les conducteurs (i).
Nous manquons malheureusement d’observations sur les
diverses lésions appréciables , telles que l’inflammation ,
(i) Cette déGnition est aussi celle qui a été adoptée par M. Laënnec : » Parmi
« les élèves des écoles médicales actuelles, dit-il, beaucoup sont aussi peu dispo-
wsés à reconnaître des maladies nerveuses, autres que les affections organiques
«des nerfs et de l’appareil cérébro-spinal , qu’à admettre les altérations /jnmi-
ttives des liquides; on ne peut cependant se eefuser a croire que toute ma-
aladie dans laquelle on ne trouve ni lésion constante dans lrs solides, ni
• altération évidente dans lrs liquides, ne peut consister qo'bn un trouble
• QURLCONQIJK DK l’iHNERVATION. • (OuV. cil. , l. II, p. 744* * )
DES NÉVROSES. 4^3
l’hypertrophie, l’atrophie, etc., dont les nerfs du cœur
peuvent être affectes, et certains cas que nous rattachons
à de pures névroses du cœur, ne sont , peut-être , au fond
que des exemples de quelques unes des Xésions appréciables ,
matérielles, signalées ci-dessus. Nous regrettons vivement
de ne pouvoir combler la grande lacune qüè présente
cette partie de la pathologie du cœur. •
Quoi qu’il en soit, nous allons décrire, aussi exactement
qu’il nous sera possible , les maladies que nous avons cru
devoir ranger dans la classe de névroses proprement dites,
et qui peuvent être divisées en trois espèces principales ,
suivant qu’elles consistent en une augmentation , en une di-
minution ou en une irrégularité des phénomènes auxquels
président les nerfs du cœur. On pourrait donner lé nom
à’ hyperdynamie du cœur à l’augmentation des mouvémèns
de cet organe; celui adynamie à la diminution de ces
mouvemens ; et enfin celui àé alaxodynainie à l’irrégülarilé
de ces mêmes mouvemens.
N’oublionspas de faire remarquer, avant d’entrer en ma-
tière, que les divers phénomènes que nous allons étudièr
à l’état simple, se rencontrent dans quelques-unes des
maladies organiques qui ont été décrites dans les précédens
chapitres , et nous les avons, par conséquent, placés parmi
leurs symptômes. Il s’agit maintenant de faire connaître
les cas où les troubles de l’innervation du cœur existent
en quelque sorte par eux-mêmes, c’est-à-dire isolés de
toute lésion appréciable des divers tissus de cet organe, et
sous l’empire de conditions purement dynamiques.
3i.
484
MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER.
ARTICLE PREMIER.
DES PÀLPITATIOHS NEBVEOSES DO CQEDB.
§ I. Idée générale.
On donne le nom de palpitations nerveuses à ces mouve-
mens tumultueux, forts etfréquens, dont le cœur est quel-
quefois agité, chez des sujets qui ne sont atteints d’aucune lé-
sion matérielle appréciable de cet organe. Ces mouvemens peu-
vent ne durer que quelques inslans, ou bien , au contraire,
persister pendant long-temps. Ils sont sentis par les per-
sonnes chez lesquelles ilsexistent, tandis que les battemens
ordinaires du cœur ne le sont pas, au moins chez l’immense
majorité des hommes.
Les bruits du cœur augmentent de force pendant les
palpitations, et c’est particulièrement alors que le médecin
les entend à distance, et que les malades les entendent eux-
mêmes , surtout lorsqu’ils restent couchés sur lecôté gauche.
Les palpitations sont quelquefois accompagnées d’un
léger bruit de souffle , qui disparaît aussitôt que le cœur est
revenu à son état de calme. Ces palpitations sont quelque-
fois accompagnées d’un sentiment de malaise et d’anxiété
difficile à caractériser, et dont on rapporte le siège à la
région précordiale; quelquefois même il y a une ten-
dance très marquée aux défaillances et à la syncope.
§ II. Causes des palpitations nerveuses.
Les palpitations dites nerveuses se rencontrent dans
une foule de cas très différens les uns des autres et qu’il
nous importe de faire brièvement connaître.
Commençonspar établir d’abord que le tempérament ner-
veux constitue une prédisposition très réelleaux palpitations
dont il s’agit , comme en généralà toute autre maladie ner-
veuse.Cette prédisposition étant donnée, voyons maintenant
quelles sont les diverses conditions propres à déterminer
les palpitations de l’espèce qui nous occupe ici.
DES NÉVROSES. /|85
i” Les affections vives de lame, la joie, la frayeur, la
colère, provoquent souvent des palpitations. Il est des affec-
tions moins vives, qui, par la continuité de leur action ,
amènent également à leur suite des palpitations : telles
sont la tristesse, la mélancolie, la nostalgie. C’est à cette
catégorie qu’il faut rapporter ces palpitations si communes
chez les étudians, qu’elles,ontreçu à Edimbourgia dénomi-
nation de maladie du cœur des étudians. Les excès d’étude
et les veilles, etc., favorisent singulièrement le développe-
ment de ce genre de palpitations.
2° L’abus des boissons spiritueuses, du régime excitant
en général, suffît quelquefois pour donner naissance aux
palpitations. Il en est de même de l’excès des plaisirs véné-
riens, et de l’onanisme en particulier.
3° Des palpitations qui n’ont pas encore été suffisamment
étudiées et qui rentrent vraiment dans la classe des palpita-
tions nerveuses, sont celles qui apparaissent chez les in-
dividus et On sait, d’ailleurs, com-
bien sont nombreuses les causes de l’anémie et de la chlorose;
mais que ces états morbides soient le résultat d’abondantes
hémorrhagies ou de quelque lésion viscérale qui porte une
atteinte profonde à l’hématose et à la nutrition , il est dé-
montré par l’expérience qu’il suffit de la plus légère- cause
pour faire éclater alors des palpitations.
Les palpitations chlorotiques ont été de notre part l’objet
d’une étude d’autant plus attentive, qu’elles sont journelle-
ment confondues avec celles qui accompagnent certaines
maladies organiques du cœur. L’erreur est très facile à
commettre par les médecins qui ne se sont pas assez fami-
liarisés avec le sujet dont il s’agit ; car les personnes
chlorotiques, comme les personnes affectées de certaines
lésions organiques du cœur, éprouvent de la dyspnée et de
l’étouffement au moindre exercice , après avoir monté un
escalier , etc. 11 fut une époque où nous manquions nous-
même, dans quelques cas, des éléraens propres à nous
486 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
faire bien distinguer ces deux genres de cas les uns des
autres. 11 n en est plus de même aujourd’hui, et quiconque
aura lu attentivement cet ouvrage et aura observé pendant
quelque temps les maladies dont il traite , saura se pré-
server d’une erreur de diagnostic d’autant plus grave, que
le traitement de la chlorose pure et simple est diamétrale-
ment opposé à celui que réclament les maladies organiques
du cœur avec lesquelles on pourrait la confondre.
Les palpitations chlorotiques ne sont pas le plus souvent
accompagnées d’un bruit de soufflet du cœur bien caractérisé;
mais constamment, dans l’état chlorotique bien décidé, les
artères d’un grand calibre , et spécialement les carotides et
les crurales, font entendre ces bruits variés qui tantôt imitent
le ronflement d’un diable, le sifflement ou le gémissement du
vent qui traverse une serrure ou une fente étroite, le bour-
donnement de certains insectes, le roucoulement plaintif de
quelques oiseaux , etc. Depuis trois ans, j’ai rencontré une
centaine de fois au moins le phénomène dont il s’agit chez les
chlorotiques. C’est inconstestablement un des caractères
les plus constans à la fois et les plus curieux de la chlorose
confirmée (i).
4® Il est des palpitations d’une autre espèce que les auteurs
paraissent avoir aussi un peu trop négligées : je veux parler
de celles qui apparaissent sous les mêmes influences que ces
douleurs vagues ou ambulantes, que l’on connaît sous le nom
de r/t?^ma?w//2a/e5.Lespalpitations en quelque sorte rhumatis-
males coexistent assez souvent avec une douleur dans la ré-
(i) Nous avons rapporté plusieurs cas de palpitations chlorotiques dans nos
Prolégomènes, à l'occasion des bruits anormaux des artères. Il serait superflu
d’en consigner ici de nouveaux. Je dirai seulement que tout récemment ( mars
et avril iH35 ), nous avons eu successivement , au n® 4 de la salle Sainte-Made-
leine , deux chloroti<iues, chez lesquelles les artères crurales faisaient entendre,
plus encore que |es carotides, un très beau sifflement musical, imitant assez bien
le gémissement plaintif d'une tourterelle entendu de loin , pu le cri suspirieux du
vent qui traverse brusquement une fissure étroite.
DES NÉVROSES.
gion précorfliale , s’irradiant ou non vers le membre supé-
rieur gauche. Les palpitations dont il s’agit coïncident
parfois avec des intermittences du pouls , et causent habi-
tuellement une inquiétude extraordinaire aux sujets qui en
sont tourmentés, bien que, sous tous les autres rapports ,
ils offrent pour la plupart les signes de la plus florissante
santé.
r
Il ne faut pas confondre ces palpitations avec celles qui
ont lieu dans la péricardite ou l’endocardite rhumatisma-
les ; pas plus qu’il ne faut prendre une simple pleurodynie
pour une pleurésie. Toutefois, je n’oserais affirmer que les
palpitations qui accompagnent les affections rhumatisma-
les des nerfs du cœur ne consistent pas, quelquefois du
moins, en des lésions vraiment irritatives, mais mobiles, de
ces nerfs ; et si telle est , en effet , leur origine , elles ne
sont pas alors une pure lésion d’innervation.
§ III. Marche, durée et diagnostic des palpitations nerveuses.
Les palpitations nerveuses sont quelquefois continues ;
mais le plus souvent elles affectent une marche irréguliè-
rement intermittente comme celle de la plupart des autres
maladies nerveuses. La durée des palpitations que nous
étudions, ne saurait être rigoureusement déterminée.
Le diagnostic des palpitations nerveuses est un sujet di*
gne de toute l’attention des vrais praticiens.
Chaque jour, on voit des jeunes gens qui ne sont affec-
tés que de simples palpitations nerveuses, venir consulter
pour une lésion organique du cœur; chaque jour aussi,
comme déjà nous l’avons dit précédemment , on Voit con-
fondre les palpitations des jeunes filles chlorotiques avec les
palpitations produites par certaines affections organiques
du cœur.
Jusqu’ici , les observateurs les plus distingués eux-mêmes
avouent qu’il est des cas où le diagnostic dont nous nous
4^8 MALADIES DU CC®DR EN PARTICULIER,
occupons est environne des plus grandes difficultés. Citons
a ce sujet le passage suivant de l’article de M. le professeur
Andral sur les palpitations ( Dict. de méd. en 21 vol.):
t Les palpitations qui sont liees a des lésions organi-
> ques et celles qui, en étant indépendantes, ont été appe-
» lées nerveuses, peuvent être souvent distinguées fa-
ï cilement les unes des autres. Mais lorsque les palpitations
» dites nerveuses se répètent ou se prolongent, lorsqu’el-
» les ont une grande intensité , le diagnostic devient par- \
n/ois très difficile. Cherchera-t-on à l'établir d’après la
* nature des symptômes qui existent pendant la durée
^ des palpitations? on pourra n’arriver à rien de satis- ;
> faisant. En effet , les palpitations nerveuses peuvent '
y> produire les mêmes phénomènes locaux et généraux
» qui accompagnent les palpitations liées à une affection
» organique du cœur. Hors même le temps des palpita-
ï tions, il y a plus d’un cas où le diagnostic restera encore
» obscur. En effet, dira-t-on que les palpitations étaient
» nerveuses, par cela seul qu’après qu’elles se sont dissipées
> les individus sont revenus à la santé ? Mais il est démon-
» tré maintenant que , dans les premiers temps d’une af-
» fection organique du cœur, les symptômes qui l’avaient
» annoncée peuvent s’effacer à peu près complètement pen-
» dant un certain intervalle. D’uneautre part, dans beau-
» coup de simples palpitations nerveuses , les battemens
» du cœur, hors le temps de ces palpitations, peuvent
» continuer à présenter quelque anomalie; ils peuvent être
» irréguliers ou accompagnés d’un bruit de soufflet , lequel
» est bien souvent indépendant de toute lésion organique.
» De plus , les malades peuvent conserver une dyspnée
» plus ou moins considérable; nul doute que, chez les
» adolescens surtout , cette dyspnée , jointe ou non à des
» palpitations, ne soit aussi souvent un phénomène pure-
» ment nerveux, ou lié à une congestion pulmonaire. On
» voit combien cet ensemble de symptômes est semblable
DES NÉVROSES. 4^9
) à ceux qui marquent le début de plusieurs affections or-
» ganiques du cœur... Il ne faut pas d’ailleurs perdre de
» vue que , par cela seul que l’action du cœur est accrue ,
> sa nutrition tend à se modifier ; d’où il suit que les palpi-
» talions qui existent d’abord sans lésion organique , peu-
j vent être le point de départ de celle-ci. î
Une longue persévérance dans l’étude du sujet qui nous
occupe , pouvait seule fournir toutes les données nécessai-
res à la solution de l’important problème dont il s’agit en
ce moment. Il est certain que , au moyen de la percussion,
de l’auscultation, de la vue et du toucher, on peut me-
surer exactement, géométriquement, le cœur; déterminer
si les valvules fonctionnent bien ou mal; si les orifices
sont libres ou rétrécis; si les parois sont hypertrophiées,
épaissies ou amincies, etc., etc. Or, dans les palpitations
indépendantes d’une lésion dite organique du cœur, il est
facile , pendant leur durée, mais surtout pendant les mo-
mens de calme, de s’assurer, par une exploration attentive,
que le volume du cœur n’est point notablement augmen-
té ; que le sang coule librement à travers les orifices et les
cavités de cet organe. D’un autre côté, les congestions vei-
neuses , la teinte violacée du visage, les hydropisics , qui , à
une période avancée des lésions des valvules et de quelques
autres affections du cœur, ne manquent jamais de se
manifester, ne se rencontrent point ordinairement dans
les cas de palpitations TjiiAT cause purement nerveuse.
En résumé, je crois que , grâceaux progrès de la science,
on peut aujourd’hui distinguer les unes des autres les di-
verses palpitations désignées sous le nom de palpitations
nerveuses et celles qui accompagnent les grandes lésions
organiques du cœur.
Les cas dans lesquels il serait le plus facile de se tromper
sont ceux où il existe à la fois des palpitations dépendantes
d’une lésion organique du cœur, et des palpitations de na-
ture nerveuse. Ces cas se présentent plus souvent dans la
49® MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
pratique qu'on ne serait peut-être tenté de le croire au pre- i
mier abord.
Voici un exemple fort remarquable de ce genre de com- i
binaison morbide. Une jeune femme, d’une constitution i
nerveuse des plus prononcées, non réglée depuis plusieurs j
mois , éprouve de fortes palpitations pour la plus légère i
cause. La sensitive est pour ainsi dire moins mobile et moins
irritable qu’elle ; il suffit de la toucher, le matin à la visite, ' i
pour la faire rougir, lui causer de violens batlemens du li
cœur, et même des mouvemens spasmodiques, qui dégé- î
nèrent facilement en des attaques d’hystérie. Hé bien! cette d
même personne est atteinte d’une énorme hypertrophie du |
cœur, avec induration des valvules du côté gauche de ij
cet organe , maladie qui a pris naissance pendant le cours ji
d’un rhumatisme articulaire très aigu.
!
§ IV. Traitement des palpitations nerveuses. |
I
Il résulte de tout ce qui précède que les palpitations il
peuvent coïncider avec un certain nombre d’états morbi- |i
des généraux ou locaux , différons les uns des autres sous i
plusieurs rapports. Par conséquent, il importe beaucoup j
de déterminer rigoureusement le point de départ ou la G
véritable cause des palpitations, si l’on veut leur opposer X
un traitement rationnel. Cette détermination , dis-je , est i;
de la dernière rigueur ; car les moyens qui conviennent t
aux palpitations chlorotiques , par exemple , sont tout-à- ■
fait opposés à ceux par lesquels il faut combattre les pal-
pitations dues à une hypertrophie ou à une sur-nutrition du i
cœur^ soit primitive, soit consécutive, ainsi que celles qui i
proviendraient d’un état pléthorique.
Dans le premier cas, en effet, les toniques, lesferruginéux,
les bains frais, un bon régime, un exercice modéré, forment
la base du traitement. Les émissions sanguines sont formelle-
ment contre-indiquées, à moins de complications qu’il n’est
pas de mon sujet de faire connaître. Dans l’autre cas, au con-
DES NÉVROSES. 4o I
traire, ces mêmes émissions sanguines, combinées ou non
avec les sédatifs, doivent être mises en usage. Je erois devoir
relever à cette occasion une erreur que commettent souvent
un assez bon nombre de médecins : ils appliquent à diffé-
rentes reprises des sangsues à la vulve, pratiquent même de
petites saignées du pied, chez de jeunes personnes chloro-
tiques, dont les règles sont arrêtées. Ils s’imaginent que la
chlorose tient à l’aménorrhée , tandis que, dans l’immense
majorité des cas, l’aménorrhée reconnaît pour cause l’état
chlorotique , lequel n’est bien souvent qu’une variété de \'a-
nèmie. Cela est si vrai, que si l’on parvient, par le système
de traitement indiqué plus haut, à faire disparaître la chlo-
rose, les règles ne tardent pas à reparaître comme d’elles-
mêmes.
Dans les palpitations entretenues par une vive affection
de l’âme, il faut imiter, quand on le peut, la conduite des
Erasistrate, des Boerrhaave et des Bouvart. C’est surtout
par les remèdes moraux qu’il faut combattre ces palpita-
tions morales elles-mêmes.
Je ferai une remarque, en terminant, c’est que, dans les
cas très communs où les malades rapportent à une grave
maladie du cœur les palpitations nerveuses qu’ils éprou-
vent , cette idée entretient et accroît même les palpita-
tions. Si le médecin qu’ils consultent est assez habile à
la fois et assez heureux pour les convaincre de leur er-
reur, de tels malades sont déjà à moitié guéris.
ARTICLE DEUXIEME.
NEVRALGIES DC COEÜH.
Il est assez commun, dit avec raison M. Laënnec, de
rencontrer des personnes qui éprouvent constamment ou par in-
tervalle des douleurs analogues à celles du rhumatisme et des
MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
névralgies , dont elles rapportent le siège au cœur et qui sont :
prises à tort par les malades, et quelquefois même par les mé- '
decins, pour des signes d'une affection organique. » M. Laënnec t
rattache ces douleurs aux névralgies du cœur. J’avoue }
qu’il ne me paraît pas démontré que les douleurs dont il j
s’agit siègent bien réellement dans le cœur lui-même, or-
gane qui, à l’état normal, ne paraît jouir d’aucune;
sensibilité animale (Bichat). Mais je n’en partage pas moins
l’opinion de M. Laënnec sur la nature névralgique de ces i
douleurs, qui me semblent résider dans les nerfs phréni- li
ques et intercostaux. Je ne prétends pas, d’ailleurs, que les >
nerfs du cœur eux-mêmes ne puissent participer à la lésion [i
des nerfs respirateurs; je pense seulement que cette lésion se i
révèle alors par des troubles dans les mouvemens du cœur, ji
accompagnés de ce malaise intérieur indéfinissable qui pré- f
cède souvent les défaillances ou les lipothymies. L’affection
névralgique peut se propager aux nerfs qui s’anastomosent
avec le nerf phrénique et les intercostaux , tels que le pneu-
mogastrique, les plexus brachial et cervical , etc. Ilestextrê-
mement probable que certains cas à' asthme nerveux et de la
maladie désignée sous le nom d’angine de poitrine, appar-
tiennent à l’affection névralgique qui nous occupe ici.
Pour distinguer entre eux les cas où ces affections sont |
simples de ceux où elles coïncident avec des lésions organi-
ques du cœur , il suffit de bien connaître les signes positifs [
de ces dernières , tels que nous les avons longuement ex- i:
posés dans le cours de cet ouvrage. En effet, les signes ■
dont il s’agit manquent dans les cas où les troubles de la I
circulation et de la respiration dépendent d’une affection
purement nerveuse des organes de ces fonctions.
DES NÉVEOSES.
4g3
ARTICLE TROISIEME.
5PASUB DO COBÜR, AVEC BBUiT DB SOUFFLET EX FRÉMISSEMENT CATAIRE.
M. Laënnec est le seul auteur qui ait parlé de la maladie
, ci-dessus désignée , à laquelle il n’a guère consacré qu’une
] page de son ouvrage. Cette nouvelle maladie du cœur me
] paraît, quant à présent du moins ^ lout-à-fait imaginaire.
] Dans la courte description qu’en trace M. Laënnec , on ne
1 trouve absolument rien qui démontre ou fasse même soup-
çonner un -vrai spasme du cœur, si tant est d’ailleurs
( qu’un tel spasme pût être compatible avec la vie.
Selon M. Laënnec , le bruit de soufflet du cœur qui a lieu
I dans cette maladie existe presque toujours en même temps
( dans quelque artère. Cette remarque nous porte à penser
I que l’affection décrite par M. Laennec ne diffère point au
fond de celle dont nous avons parlé à l’occasion des palpi-
tations des individus chlorotiques ou anémiques. M. Laën-
nec, il est vrai, dit que« c’est en général chez les hypochon-
» driaques, et particulièrement chez ceux qui sont d’une con-
» stitution sanguine et pléthorique, que l’on remarque le plus
» souvent le bruit de soufflet du cœur , existant presque
» toujours en même temps dans quelque artère; » mais,
ainsi que nous avons eu déjà occasion de le faire remarquer,
la mort prématurée de ce célèbre observateur ne lui a pas
permis d’étudier complètement les différentes conditions
des diverses espèces de bruit et de ronflement des artè-
res (i). Quoi qu’il ne soit, nous croyons que, dans l’état ac-
(i) Il n’est aucun endroit de son ouvrage où M. Laënnec ait signalé l’état
chlorotique comme constituant une des maladies dans lesquelles se manifestent
les ronflcmens artériels; et c’est là néanmoins l’affection que ces ronfle-
mens accompagnent d’une manière toute spéciale, et avec une telle constance,
que la première existant à un haut degré , on en peut conclure à l’existence des
seconds,
4q4 maladies du coeur en I'ARTICULIER.
tuel de la science , le spasme proprement dit du cœur est une i j
maladie dont aucun fait positif n’atteste l’existence.
ARTICLE QUATRIEME.
DBS tlPOTHYMIES Et DE LA SYECOPE KEEVEDSES, !
§ I. Idée générale de la syncope. j
Les défaillances, la lipothymie et la syncope ne sont 1
que trois degres d’une seule et même affection nerveuse du |
cœur, savoir, la diminution de l’innervation de cet organe.
Le plus haut degré, qui constitue la syncope , est réelle- |
ment la paralysie momentanée du cœur. j
Les phénomènes de la syncope complète sont ceux de la
mort subite, dont elle ne diffère qu’en ce que, dans le plus
grand nombre des cas, les malades peuvent encore être rap-
pelés à la vie : nous disons dans le plus grand nombre des
cas, car il en est quelques uns où la syncope est suivie d’une
mort réelle. L’individu qui éprouve une syncope com-
mence par ressentir un malaise inexprimable, ses yeux
s’obscurcissent, se couvrent comme d’un nuage , des tinte-
mens d’oreille se manifestent, le visage pâlit, les lèvres
se décolorent , la pensée s’évanouit , le sentiment s’éteint, !
tout le corps se refroidit, se couvre de sueur ; les membres i
tombent comme des masses inertes , les genoux se dérobent i
sous le poids du tronc , toutes les articulations se fléchis- s
sent , le pouls et la respiration disparaissent ... il ne reste f
plus aucun signe de vie extérieure ; elle est , pour ainsi dire, f
momentanément éclipsée. Cependant on revient à soi, les
sensations et le mouvement se raniment , la chaleur repa-
taît, et l’on se sent, pour ainsi dire, renaître.
Le plus souvent la syncope ne dure que quelques secondes;
d’autres fois elle persiste pendant quelques minutes.
DES NÉVROSES. 4g5
Il ne faut pas confondre avec la syncope proprement dite
ces pertes de connaissance qui peuvent se prolonger plu-
sieurs heures ou même des jours entiers. L’absencecomplète
des battemens du cœur ne saurait durer aussi long-temps
sans entraîner la mort.
Le sentiment de malaise et d’anxiété, que nous avons
donné comme le signe avant-coureur de la syncope , ne
se présente pas toujours ; bien plus , quelques personnes,
avant de se trouver éprouvent un sentiment plein de
charmes, de douceur et presquevde ravissement. Montai-
gne , revenu d’une syncope, regrette amèrement l'espèce
de bien-être voluptueux que lui avait procuré cet anéantis-
sement passager de la vie.
§ II. Causes de la syncope.
Les causes de la syncope sont très variées , et souvent
opposées; c’est ainsi que l’on se pâme, suivant l’expression
du vulgaire, de joie et de douleur, d’amour et de haine, etc.
La syncope peut être l’effet des douleurs physiques
violentes, telles que celles qui accompagnent la péritonite,
par exemple, de vives émotions, de sensations produites par
la vue de certains objets, par certains sons, par certaines
odeurs, etc (i).
Divers agens toxiques jouissent de la propriété d’affaiblir
ou même de suspendre complètement ' les battemens du
(i) On rapporte que les dames romaines tombaient en syncope lorsqu’elles
respiraient l’odeur des fleurs, en sorte qu’il ne leur était pas permis d’en avoir
dans leurs apparlemens. Tous les jours nous voyons chez nous des femmes se
trouver mal à la vue d’une araignée, d’ude chauve-souris: il en est dont les nerfs
sont tellement susceptibles, quelles éprouvent, dit-on, le même accident par le
toucher du velouté delà pêche, de la framboise, du satin, etc. Quelques unes font
encore mieux, elles tombent en défaillance sans aucune raison sensible, et pour
ainsi dire à volonté; sans doute que la syncope produit sur elles le même effet
voluptueux que sur Montaigne.
4g6 MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER.
cœur : tels sont l’acide hydrocyanique , par exemple , cer- s ;
tains miasmes septiques, etc.
Une cause plus directe de cette maladie consiste dans la
brusque soustraction d’une quantité considérable de sang; ji
de là les syncopes que déterminent les hémorrhagies, et i
même une simple saignée. Les grands obstacles à la circula- i
tion suspendent également l’action du cœur et amènent la i
défaillance. Telles' sont les principales causes qni peuvent,
directement ou indirectement , éteindre momentanément
la puissance nerveuse du cœur, et produire par conséquent
la syncope.
§ III. Traitement de la syncope.
La syncope purement nerveuse, telle que celle qui arrive
aux femmes vaporeuses, aux convalescens , etc. , n’est
nullement dangereuse ; la plus légère excitation, l'im-
pression de l’air frais , les aspersions d’eau froide, l’applica-
tion de quelques émanations odorantes plus ou moins fortes
sur lamembrane pituitaire , telles que celles que fournissent
l’éther, l’eau de Cologne, l’ammoniaque, etc. , et mille
moyens connus du simple vulgaire , suffisent pour la
faire disparaître.
ARTICLE CINQUIEME.
DE8 IRKÉGOLARITÉS BT UES IHTERMITTENCES DBS BATTEMBKS Dü COEOR.
Que les lésions qui peuvent survenir dans le rhythme
des battemens du cœur soient purement nerveuses, comme
nousle supposons ici , ou qu elles accompagnent des lésions
matérielles de cet organe, leur description reste toujours
la même. Or, comme nous avons décrit les irrégularités
et les intermittences des battemens du cœur, dans la
partie de nos prolégomènes où nous avons étudié ces batte-
mens à état anormal, nous y renvoyons les lecteurs.
DES NÉVROSES. 497
Les irrégularités et les intermittences des battemens du
cœur surviennent le plus souvent, en même temps que
les palpitations et sous l’influence des mêmes causes. Les
mêmes moyens conviennent , en général , aux unes et aux
autres. C’est ainsi, par exemple, que la digitale régularise
les battemens du cœur comme elle en modère la force et
la fréquence. Ce médicament, modérateur à la fois et ré-
gulateur àes, battemens du cœur, est, sans contredit, celui
qu’il convient surtout d’opposer à l’affection qui fait l’objet
de cet article. (Voy. Palpitations.)
a.
3a
■1
CLASSK TROISIÈME.
DES »14P^I}IBS QHI CplOISTEUT BS8BHTIBLLBMENT BT PniMITIVEMERT El» DES
J,^SIO(«S rpY^IQUES E?C lilÉC^inQUBS pO ÇC^DÇ.
CHAPITRE I.
* . t
DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ DU CŒUR PAR CAUSES
MÉCANIQUES.
Je diviserai ce genre de solutions de continuité du cœur |
en celles qui sont produites par l’action des causes vulné- i
rantes ou trciumatiques , et en celles qui s’opèrent sponta- ;
nément, suivant le langage de certains auteurs, ou, ce qui :
est la même chose , sans l’intervention des instrumens vul-
nérans proprement dits, et qui portent le nom de ruptures.
ARTICLE PREMIER.
PLAIES OD BLE5SCRBS DO COEDB.
I. Les plaies du cœur, comme toutes les autres, peuvent i|
être produites par des instrumens tranchans, piquans ou
contondans (on jilace parmi ces derniers les projectiles |
mis en mouvement par la poudre à canon). Elles peuvent J
être pénétrantes ou non pénétrantes. Nous ne parlerons que j
de ces dernières , et ce que nous en dirons sera très j
court (i). N ^
• f
ï
(i) Ceux qui Toudront avoir plus de détails sur celte matière n’auront qu'à
i
BLESSURES DU CŒUR.
II. Les plaies du cœur peuvent être compliquées de
la présence du corps ou de l’instrument dont elles sont
l’effet, et cette circonstance prévient quelquefois, dumoins
pour le moment , une hémorrhagie mortelle. Tout le monde
connaît l’histoire d’Épaminondas (i).
Toutes les parties du cœur ne sont pas également ex-
posées à l’atteinte des corps vulnérans. Sur 64 cas de
plaies du cœur rassemblés par M. Ollivier (fi’ Angers), vingt-
neuf fois la lésion occupait le ventricule droit , lequel forme
la pa rtie la plus découverte de la syrfape antérieure du
cœur ; douze fois , le ventricule gauche ; netif fois , Jes
deux ventricules ; trois fois , l’oreillette droite; une fpis ,
l’oreillette gauche ; sept fois , la pointe pu la basp du çpeur;
et dans trois cas , le siège de la blessure n’ét^it pa§ in-
diqué.
Ce n’est pas toujours par des agens vulnéraps vepus du
dehors que sont produites les plaies du pœur. Voipi, pap
exemple , un cas de déchirure du cœur par un fragment
de côte.
Un charretier, âgé dea3 ans, eut le malheur de se troit-
ver pris entre les moyeux de deux voitures, le 3 mai |i83p.
11 perdit tout-à-coup connaissance. Transporté immédiate-
ment à l’Hôtel-Dieu , il ne donna plus aucun signe dp vie.
Autopsie çadavèricpie , vingt-sçpt heures après la mort.
De légères ecchymoses existant de chaque côté de la
poitrine , indiquent assez que cette cavité a été comprimée
transversalement. Les huitième et neuvième côtes spnt
consulter l’excellent article de M. le docteur Ollivier (d’Angprs) sur les plaies
du cœur, publié dans le tome VIII* du Dictionnaire de médecine, en a5 volumes.
Paris, 1854.
(1) Si l’histoire d’EpaminoneJas paraît un peu fabuleuse au leçfeur, en vpipi une
plus positive, publiée par M. le docteur Ferrus. Un aliéné s’enfonça à demeure entre
les cinquième et sixième côtes gauches un stylet de fer, qui traversa obliquement
de bas en haut le ventricule gauche et la cloison interventriculaire. Le blessé vé-
cut vingt joufs.
3:2,
600 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
fracturées à la réunion des deux tiers postérieurs avec le
tiers antérieur. Une dépression s’observe à l’endroit de la
fracture.
La plèvre gauche est remplie par une grande quantité
d’un sang noir, liquide, avec d’énormes caillots.
Le péricarde, vu à l’extérieur, présente une légère teinte
bleuâtre; il contient un peu de sang noir coagulé: à son
côté gauche existe une ouverture de deux pouces , dirigée
de haut en bas et de gauche adroite. A sa face postérieure,
le cœur offre une plaie transversale , longue d’un pouce et
demi, pénétrant dans la cavité des deux ventricules. Cette
plaie correspond parfaitement à l’ouverture du péricarde.
Les fragmens de la 8® côte, fracturée comme il a été dit,
sont portés en dedans. Le fragment antérieur fait une
saillie considérable dans la cavité de la plèvre : il est aigu ,
piquant, taillé en bec de flûte , et c’est évidemment lui qui a
déterminé la blessure du péricarde et du cœur. [Cette observa-
tion a été recueillie par M. Clioisy , qui l’a publiée dans sa
Dissertation inaugurale.)
III. La plupart des plaies du cœur entraînent une mort
subite. Dans quelques cas seulement, le blessé peut ne
succomber qu’après un temps plus ou moins long. Dans
les grandes plaies du cœur, le blessé tombe comme s’il eût
été frappé d’un coup de foudre : quasi fulmine ictus , con-
cidit, dit Diemerbroëk , en parlant d’un combattant qui,
dans un duel , reçut un coup d’épée qui traversa le ven-
tricule gauche. Les deux enfans assassinés par Papavoine
moururent sur le coup. Or , il résulte du rapport de M. le
docteur Denis que le ventricule gauche fut traversé chez
ces deux infortunés.
Voici trois cas de plaies du cœur non suivies d’une
mort subite , rapportéspar IM. Ollivier (d’Angers). Un men-
diant de Milan, dont Morgagni nous a transmis l’histoire,
reçut un coup de couteau qui traversa le ventricule gauche
à sa partie antérieure. Il s’écoula peu de sang à l’instant
BLESSURES DU CœUR.
5oi
meme. Après avoir fait environ soixante-dix pas , le blessé
s’assit , et mourut au bout d’une demi-heure en vomissant
son dîner. — Un soldat tombe sur une baïonnette, qui
pénètre entre la 6“ et la 7® côtes gauches. Le blessé ne suc-
combe que 49 heures après la blessure, au moment où il
était allé à la garde-robe. Une plaie large de 9 lignes péné-
trait dans le ventricule gauche , où l’instrument avait di-
visé une des colonnes charnues qui se fixent à la valvule
mitrale. — Un jeune homme reçoit un coup de couteau au-
dessous de la mamelle gauche et éprouve plusieurs syncopes.
Peu à peuple blessé se rétablit, puis meurt tout-à-coup le
dixième jour. On trouva une plaie pénétrante du ventricule
gauche.
Suivant M. Ollivier, ce seraient les plaies du ventricule
gauche qui détermineraient le plus souvent la mort subite.
Il établit que les blessures des oreillettes ne sont pas aussi
rapidement mortelles qu’on le pense communément. En
comparant les divers exemples de plaies du cœur, dit-il ,
on voit que celles du ventricule droit sont à la fois les plus
communes et les moins promptement mortelles. D’après
le relevé que nous avons mentionné plus haut, tous les
blessés appartenant à cette dernière catégorie (plaies du
•ventricule droit) , à l’exception de deux , n’ont pas vécu
moins de deux jours.
D’où proviennent les différences dans la durée de la vie
après une blessure pénétrante du cœur? Morgagni attribue
la subitanéité de la mort à l’obstacle que le sang trouve à
s’écouler au dehors du péricarde , et par suite à la compres-
sion du cœur. M. Ollivier trouvecette explication très ration-
nelle. J’avoue que je n’en suis pas aussi satisfait pour mon
propre compte. Il est bien plus simple, lorsqu’il existe un
épanchement considérable de sang dans le péricarde ,
d’admettre que le sang, qui devait arriver dans tous les
organes, et spécialement dans les centres nerveux, pour y
entretenir la vie , s’écoulant en presque totalité à travers
A ■
00‘2 MALADIES bÜ CCæUR EN PAIITICULIEII.
ia blessure, la syncope et la mort sont par cela même for-
cées. Ëartliolin pense que l’étroitesse et l’obliquité de la bles-
sure peuvent contribuer puissamment à retarder la mort, et
il est des faits Favorables à cette explication , dont l’esprit sai-
sit facilement la justesse. Toutefois, considérant qu’il est des
cas dans lesquels la largeur de la plaie du cœur u’a pas em-
pêché la vie de continuer encore assez long-temps, M. Ollivier
ne pense pas que t étroitesse et V obliquité de la plaie constituent
à elles seules les conditions qui empêchent celle-ci d’être
immédiatement mortelle. La cause des différences qui
noüs occupent, suivant cet auteur « réside tout entière
» dans la direction du trajet de la blessure relativement à
» celle des fibres de chacun des plans musculeux du cœur;
• ainsi, une plaie du ventricule gauche, par exemple,
» peut , pour ainsi dire , ne faire qu’écarter les fibres des
» plans Superficiels, et diviser en travers celles du plan pro-
» fond , et 'vice versâ. Est-elle , au contraire , à peu près
» transversale à la direction de ces différens plans , la plaie
» réstera béante, et donnera lieu à une hémorrhagie promp-
» tement Funeste. Ici, Ton conçoit toute l’influence que
» peut avoir la forme particulière de l’instrument vulnérant
» qui traverse l’épaisseur des parois ventriculaires. M. Alph.
» Sanson a très bien fait remarquer que le défaut de pa-
» rallélisme des plans charnus du cœur est la condition qui
» favorise le plus la Formation d’un caillot sanguin capable
> d’obturer là plaie. » La nouvelle condition signalée très
ingènieusëment ici par M. Ollivier est assurément d’une
grande importance pour empêcher une blessure du cœur
d’être sulaitement mortelle; mais les deux autres conditions
indiquées par Bartholin n’en doivent pas moins être prises
en considération , et en les réunissant à Pautre , on a véri-
iabiement les données nécessaires à la solution du problème
dont il vient d’être question.
IV. Plusieurs faits rapportés dans l’article de M. Ollivier
ne laissent aucun doute sur la possibilité de la guérison
• BLfisèuhÈ^ btj côÈuîi. 6o3
de certaines plaies pénétrantes du cœur. Voici les conseils
qu’il donne pour le traitement des blessures de cet organe
en général. « La première indication à remplir, dit-il , est
» d’affaiblir la circulation par des saignées abondantes et
» répétées, et de modérer en même temps la fréquence des
ï mouvemens du cœur. L’administration de la digitale peut
» être ici un auxiliaire puissant.... Il importe beaucoup,
» ainsi que l’a proposé M. Alph.^Sanson , de tenir le blessé
» dans une atmosphèreaussi froide que possible. DëS&pplica-
» tiens de glace sur la poitrine seront alors très utiles.
» Il faut maintenir le plus long-temps possible le blessé
» dans un repos absolu. Le séjour prolongé au lit, l’im-
» mobilité du corps, l’éloignement de toute cause d’émotion,
» un régime débilitant, sont surtout nécessaires ici...
.) Quant au traitement local de la plaie, il faut en rap-
» procher immédiatement les bords. En s’opposant ainsi à
ï l’écoulement du sang au dehors, on favorise la formation
» d’un caillot qui pourrait obturer la plaie du cœur. Lue
» conduite opposée enlèverait toute chance de sâlut au
» blessé. »
5o4
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
ARTICLE DEUXIEME.
BOPT0RES DO COEUR.
SECTION PREMIÈRE.
OBSERVATIONS PARTICULIERES DE RUPTURE SIMPLE OU MULTIPLE
DE 'DIFFÉRENTES PARTIES DU COEUR.
1° Observations de rupture des parois du cœur.
OBSERVATIONS 137e 138e, 139e, lAO*.
Jeune homme de i3 à i4 ans. — Ecrasement par la roue d’une voiture. —
Rupture du ventricule gauche, de la base au sommet, le long du bord par lequel
il se réunit au ventricule droit.
Le a3 octobre i8i3, M. Worbe fut appelé pour consta-
ter la mort d’un jeune homme de i3 à i4 ans, écrasé par
la roue d’une voiture. .
Les côtes , leurs cartilages et le sternum étaient dans
leur état naturel. Le péricarde était rempli de sang , et le
ventricule gauche du cœur rompu antérieurement, depuis
sa base jusqu’à son sommet , le long du bord par lequel il
se réunit au ventricule droit (i).
RÉFLEXIONS.
La rupture des parois du cœur par suite de violences
analogues à celle dont il est question dans le cas précédent,
ne constitue pas un accident très rare. Nous avons vu une
(i) Cette observation a été recueillie par M. Worbe, et publiée, en i8i4,
dans les Bulletins de la Faculté de médecine.
RUPTURES DU CCŒUR. 5o5
rupture de l’oreillette droite chez un homme qui s’était
jeté par une croisée, pendant les angoisses d’une dyspnée
des plus violentes.
Verbrugge a rapporté deux cas de rupture du cœur pro-
duite par des violences extérieures. Dans le premier cas ,
cité d’après Mumersen, un jeune homme robuste eut une
rupture de l’oreillette droite, par suite d’un coup de pied
de cheval sur le sternum. Dans le second cas , raconté d’a-
près Nébélius , il s’agit d’un cavalier qui expira après avoir
été traîné par son cheval. On ne trouva aucune contusion
extérieure , aucune fracture aux côtes, et cependant l’o-
reillette droite et la veine-cave étaient déchirées.
Les faits précédens ne dil’fèrent pas beaucoup de ceux-
relatifs aux plaies du cœur proprement dites; mais les ob-
servations suivantes prouvent que ce n’est pas toujours
sous l’influence de violences extérieures que se développent
les ruptures des parois du cœur.
OBSERVATION 141, (i).
Nausées et vomissemens. — Perte subite de connaissance , refroidissement, —
Mort. — Epanchement de sang dans le péricarde. — Rupture de l’oreillette
droite dans la longueur d'iin pouce.
Un curé de Bordeaux , d’une constitution pléthorique
et forte, ayant soupé comme à son ordinaire, le 5 novem-
bre 1821, éprouva, au moment de se coucher, un refroi-
dissement considérable des mains et des pieds. A peine est-
il dans son lit , qu’il est pris de nausées et de vomissemens.
Il appelle quelqu’un , puis perd la parole, tombe sans con-
naissance dans les bras de son domestique , accouru à sa
voix; pâlit, devient froid, et expire avant l’arrivée de
M. le docteur Grateloup, qu’on avait fait appeler.
(i) Observation recueillie par M. le docteur Grateloup, de Bordeau^t.
ëô6 MALADIES DU COÉtll ÈN PARTIGÜLIEII.
A l’buterturB du càdavrB , on trouva da?ii le pèritardé un
epanchemétit considérable de sérosité rouge ^ mêlée de gros
caillots de sang. Le cœur était volumineux et prodigieuse-
ment gras. Soit oreillette droite offrait une déchirure d’envi-
ron un pouce de longueur.
OBSERVATION lA2e (i).
Vieillard de 8o ans. — Depuis quelques jours^ oppression, faiblesse. — Mort
Subite. — Èpanchemeiit de sang dans le péricarde. — Crevasse du ventricule
gauche, longue de lo à 12 lig. , dirigée selon Taxe de ce ventricule. — Ossifica-
tion des valvules aortiques, ainsi que de l’aorte et de plusieurs autres artères.
Un vieillard de 80 ans environ , s’étant rendu à l’hôpital
de Clermont, pour une oppression et une faiblesse qu’il
éprouvait depuis quelques jours , fut frappé d’une mort
subite , sans aucun signe , à l’extérieur, de lésion orga-
nique.
A l’ouverture du cadavre, M. Fleury trouva le péricarde
très distendu , rempli d’un sang rouge et coagulé. Il aper-
çut ensuite une crevasse du ventricule gauche , longue de
ib à 12 lig. , et dirigée selon l’axe de ce ventricule. Elle
était à peine sensible du côté de la cavité de ce dernier,
à cause du caillot qui en bouchait presque toute l’éten-
due (â).
Les valvules aortiques et le tronc de l’aorte présentaient
(1) Observation recueillie par M. Fleury, chirurgien eh chef de rHôtel-Ditu
de Clermont, el publiée dans le t. l*'' des Bulletins de la Faculté de médecine
de Paris.
(2) Suivant M. Fleury, Vépancbeulrnt dâns le péricarde se serait fait graduel-
lement, elté vieillëtd n’oürait succombé que lorsque le t-entricide , par la pres-
sion constante et progressive qu’il éprouvait de la part du sang épanché , n’en
pouvait plus admettre lui-même dans sa cavité. Celte hypothèse n’est guère pro-
bable , et il est bien plus naturel de penser que répanchement aura été subit ,
comme la mort l*a été èlle-mcmfc.
RUPTURES DU C(®UR. ^0^
dans leur épaisseur plusieurs points d’ossification. Les ar-
tères sous-clavières, les carotides, les crurales et leurs
principales branches , étaient presque totalement ossi-
fiées (i).
OBSERVATION 143«.
M. le docteur Bignardi , de Milan, à consigné le fait sui-
vant dans le n° de janvier 1829 des Annal, univ. di med.
Une jeune demoiselle de Modène mourut tout-à-cbup
lorsqu’elle s’occupait de préparatifs de toilette pour se ren-
dre à un bal.
En examinant soigneusement le cOeürj oh trouva, vers là
base du ventricule gauche> près de l’insertion de l’aorte, ühé
petite tunieur, de la grosseur d’une fève, dont les parois
étaient constituées uniquement par l’adossenient de la
membrane interne du ventricule aü feüillet sérèux qui re-
vêt le cœur. Vette tutneur, qui forinait ùn retiêf sensible à la,
^rfàce de cet organe, Ûail le siégé d'wte déchirure pàr la-
quelle un épanchement de sang s’était op 'été daii's le péricarde,
et de là , la moH subite.
2° Observations de rupture des valvides du cœur, des tendons
'valvulaires et des colonnes charnues t
J’ai déjà rapporté quelques cas de cette espèce de rup-
ture à l’occasion des ulcères du cœur. A ces cas , je join-
drai les trois suivans.
OBSÈRVATIÔN li4e.
M. Nicod a publié , dans le n® 4i du Journal hebdotna-
dmre de médecine ( i i octobre i834 ) , un cas de rupture de
(i) M. Fleury pense que cette ossification a déterminé la rupture du Teütricule
U cœur, en forçant celui-ci à redoubler d^efforts pour faire arrive^ le sang dans
les dernières ramifications artérielles.
ôoo maladies du coeur en particulier.
deux colonnes charnues du ventricule gauche, chez une
dame qui avait éprouvé deux accès de suffocations extraor-
dinaires. Il existait en outre une ossification des valvules du
cœur.
OBSERVATION 145e (i).
Femme de 78 ans. — Chute d'un troisième étage. — Fracture de plusieurs
os, rupture du foie, de la rate et du cœur (épanchement de sang dans le péri-
carde; rupture de la base du cœur, à l’insertion de l'aorte; déchirure d’une
des valvules aortiques ).
Deluzenne (Marie-Madeleine), âgée de 78 ans , était d’un
caractère fort irascible , et se querellait avec ses voisines :
pour les causes les plus minimes.
Le i" septembre, à la suite d’une de ces querelles, elle !
assura que, pour se venger de sa voisine , elle se jetterait i
par la fenêtre. Avertie par les autres femmes du dortoir, i
la fille de service vint s’opposer à l’exécution de cette ven- :
geance d’une nouvelle espèce.^ en menaçant à son tour de I
prévenir la surveillante de l’emploi. Cependant Deluzenne, 1
le lendemain, à 4 heures du matin, approcha une chaise
de la fenêtre, et se précipita d’un troisième étage, élevé
d’environ quarante pieds de hauteur.
Après avoir porté les jambes en dehors de la fenêtre,
cette malheureuse s’est tenue quelques secondes accrochée
par les mains , puis s’est abandonnée à son propre poids , <
en sorte qu’elle est tombée sur les jambes et a expiré sur- i
le-champ.
Autopsie cadavérique^ vingt heures après la mort.
1° Crâne. — Fêlure décrivant une courbe à convexité E
antérieure, et partant du sommet de l’occipital pour se t
rendre sur le pariétal , la portion écailleuse du temporal ,
(1) Celle observation a été recueillie par M. Bergeon. J’en ai retranché quel- 1=
ques détails, inutiles à notre objet.
RUPTURES DU COEUR. 609
et finir sur le côté externe du corps du sphénoïde, sans in-
téresser le rocher.
Thorax. — Le côté droit du thorax présente sept
fractures de côtes dans un point assez rapproché de leur
angle. L’un des fragmens a déchiré une des artères inter-
costales, et l’on voit dans ce côté de la poitrine un épan-
chement sanguin médiocre.
Le péricarde, énormément distendu , contient des caillots de
sang, dont la quantité peut être évaluée à une livre.
En soulevant le cœur, on aperçoit une séparation de V aorte
dans son point d’insertion avec cet organe , lésion qui a été cer-
tainement l’effet d’un contre-coup. Cette déchirure est située a
la partie postérieure de l’aorte ; autour d’elle se trouve une ec-
chymose de la largeur d’une pièce de trente sous; en ouvrant ce
'vaisseau par sa partie antérieure, on 'voit une déchirure assez
régulière, transversale , s’étendant au tiers de sa circorférence,
et ayant séparé en deux l’une des 'valvules sigmoïdes.
3° Abdomen. — Le foie présente une rupture de deux
lignes de profondeur sur deux pouces de largeur. La rate
offre à sa face externe une lésion tout-à-fait semblable à
celle du foie
RÉFLEXIONS.
Dans le cas précédent, la rupture de la base du cœur ou
de l’aorte à son insertion , la déchirure transversale d’une
des valvules aortiques , ont été évidement l’effet de la vio-
lente secousse produite par une chute de 4o pieds de haut.
Mais les valvules du cœur peuvent , comme les parois elles-
mêmes, comme les tendons valvulaires et les colonnes
charnues , éprouver des solutions de continuité par l’effet
de causes non extérieures , et se rompre, par exemple,
sous l’effort des contractions du cœur ou d’une réaction
violente et brusque de la colonne sanguine contre elles.
Dans le cas suivant, recueilli par MM. Laënnec et
5 10 MALADIES DD COEÜR EN PARTICULIER.
Fizeau , ces observateurs ont attribué à un effort de ce
genre une dilatation partielle et une double rupture de ;
la valvule mitrale. Toutefois, nous n’oserions affirmer que i
tel ait été réellement le mécanisme de la rupture. Il se
pourrait du moins que cette rupture eût été précédée d’une
ulcération de la valvule.
OBSERVATION 146e (i).
Homme de moyen âge.,-^ Palpitations, dyspnée. — A la face supérieure de la >
valvule mitrale, aorte de petite poche , percée à ses extrémités de deux ouvertu- i
res, dont l’inférieure, plus large, avait des bords comme frangés, de sorte quev
la valvule paraissait avoir été rompue en cet endroit.
I
« Un homme de moyen âge éprouvant des palpitations ,
» de la gêne dans la respiration, etc., succomba à l’hospice |
» de la Charité. ,
» Ouverture du cadavre. — Le cœur était beaucoup plus gros i
» que dans l’état naturel, ce qui dépendait presque entière- f
» ment deTépaisseur des parois du ventricule gauche, dontk
» la cavité elle-même ne paraissait guère plus ample que
» r état naturel.
» Les vafvules offraient en divers points des concrétions n
yt osséo -pierreuses , de manière à rester continuellement'
» tendues , sans pouvoir se relever sur les parois de l’aorte, l
» ce qui rétrécissait considérablement l’orifice de cette 1
» artère.
» La valvule mitrale présentait aussi deux petites con- (
» crétions de même espèce, mais qui n’en gênaient en rien>
» le mouvement. ^ la face supérieure de cette 'valvule, s’éle-'
» vait une sorte de petite poche dhin demi-pouce de longueur, >
» de plus de quatre lignes de diamètre , et percée cl ses extré-\
(i) Ce fait a été consigné dans le tome H'’ des Bulteiins de la Faculté de mé-\
decine , sous le titre suivant : jE.rtrait d’une noie iur une dilatation partielle de i
ta valvule vdlralcf par MM, Laëuuec et Fiieau.
RUPTURES DU CŒUR. 5ll
» mités dçi{X ouyejiures , dont V inférieure était la plus
» large. Cette dernière avait des hords assez irréguliers et
» comme frangés ., de sorte que la lame inférieure de la valmle
P mitrale paraissait avoir été j'ojnpue en cet endroit, et le petit
» sac anéorismal formé par la dilatation de la lame supérieure :
» seulement Couverture supérieure était évidemment C effet d'une
» rupture déjà ancienne de ce sac, çar elle était fort lissé (ï).
DEUXIÈME SECTION.
HISTOIRE OENPRALE DES RUPTURES DU COEUR*
§ I. Cargclcpes apalpmicjues.
Jl est des lésions dont le nom seul indique sqffisamment
et clairement le caractère anatomique fondapiental , et la
rupture est de ce genre de lésions, Nous n’avons donc à nous
occuper ici que du siège , de l’étendue, de la direction , du
nombre des ruptures du cœur. Nous nous bornerons à
quelques remarques sur cette matière , renvoyant le lecteur
pour plus de détails aux observations particulières.
Quant à leur siège ,il en est des ruptures du cœur comme
des ulcérations et des tumeurs anévrismales du mêine or-
gane, c’est-à-dire qu’elles paraissent affecter plus fré-
queniment les cavités gauches que les droites, Dans les
dix cas que renferrtie la première section de de chapi-
(i) « Celte dilatation paraît avoir été l’effet de l’obstacle que }e rétrécissement
«de l’orifice de l’aprle opposait au cours du sapg. On conçoit, en effet, cjue la
«lame inférieure de la valvule a pu se rompre par l’effort du sang, qui, poussé
«par le ventricule gauche, avec une force nécessairement plus grande que dans
«l’étal naturel , vu l’épaississement des fibres de ce ventricule , ne pouvait cepen-
? 4ant passer avgg facijiité 4sbs l’aofte ^réfleipion des autpfm de l’pbserpfitioTf)f ^
5ia MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
tre, six fois la rupture occupait le cœur, gauche (observ. 187, ,■
142% i43", i44% i45“> i4h“), et quatre fois le cœur droit, p
Dans ces quatre derniers cas , c'’est toujours l’oreillette 1
qui a été le siège de la rupture. Dans quatre des six premiers ;
cas, la rupture existait sur les parois du ventricule gauche;
dans un cas, elle affectait la valvule mitrale et dans un autre,
les colonnes du ventricule (dans l’observation i45®, il exis-
tait à la fois une rupture de la base du ventricule gauche p
et une rupture d’une des valvules aortiques). Dans aucune 1
de nos dix observations, lescloisonsinterventriculaireouin-
terauriculairen’étaientle siège delarupture ; maisonconçoit 1
qu’elles n’en sont pas exemptes, et parmi les cas de per-
foration du cœur que nous avons rapportés à l’article Car- ■
dite, i] en est dans lesquels il sera jDrobablement survenu
une rupture des cloisons indiquées , préliminairement
amincies par une ulcération plus ou moins profonde.
L’étendue, la direction , la forme de la rupture offrent
des différences nombreuses : dans l’observation i37®, le !
ventricule gauche était rupture de la base au sommet, le I
long du bord par lequel il se réunit avec le ventricule droit; I
dans l’observation 142®, il existait une crevasse de 10 à 12 i
lignes , parallèle à l’axe du ventricule ; dans l’observation ‘
145®, la base du ventricule gauche était séparée de l’aorte |
en arrière, et une déchirure, dirigée transversalement, avait !
partagé une des valvules aortiques en deux parties ; dans
l’observation i46®, la valvule mitrale , soulevée en manière
de poche, offrait deux ouvertures dont l’une avait des bords
irréguliers et comme franges , etc.
Les ruptures du cœur offrent aussi des différences de
nombre. Tantôt on n’en rencontre qu’une seule , tantôt
deux, trois, et même plus.
Sur 49 cas de rupture du cœur, rassemblés par M. Ollivier
(d’Angers), 8 étaient relatifs à la rupture multiple. Dans
deux cas recueillis par M. Rostan , deux déchirures exis-
taient vers la pointe du ventricule gauche. Dans un exem-
hUPTÜllES DU COEUR. 5l3
pie rapporté par Mor^a^i [Epist. lxiv), le ventricule gau-
che éiaii rompu en trois points. Dans une des observations
de I\I. Portai , le venlriculegauche , pour ainsi dire crevassé,
offrait trois déchirures. En avril i824> 11b le professeur An-
dral lut, à l’Academie royale de médecine, une observation
de rupture multiple du cœur. Cinq perforations oblongue.s
occupaient la paroi postérieure du ventricule gauche (i).
I^I. Blaud a également trouvé cinq déchirures sur le même
cœur (toutefois, deux de ces déchirures seulement péné-
traient dans chaque ventricule, et les trois autres n’intéres-
saient que les couches superficiellesdes ventricules). Datisun
cas publié par M. Ashburner [Londoiiy Med. and phjs. journ.,
décemh. 1822) , deux ruptures existaient sur le ventricule
gauche et une troisième sur le ventricule droit.
§ II. Causes des ruptures du cœur.
Les causes des ruptures du cœur sont prédisposantes ou
déterminantes. Les causes prédisposantes sont un ramollis-
sement du cœur , l’amincissement de ses différentes parties,
un abcès , une ulcération. Les causes déterminantes sont
1° des violences extérieures avec ébranlement, secousse,
commotion de tous les organes en général ou de la région
du cœur seulement; 2“ des efforts considérables et brus-
ques; 3° dans quelques cas, les simples mouvemens de la
circulation (dans les cas de ce genre surtout, interviennent
les causes prédisposantes signalées plus haut). Le sujet de
l’observation avait été écrasé par une roue; les sujets
des observations i38® et i45® s’étaient précipités du haut
d’une croisée; le sujet de l’observation iSp® avait reçu un
coup de pied de cheval sur le sternum ; le sujet de l’observa-
(1; D.ins la 'éance de T Académie du 6 avpll iSaf, M. Huilier avait présenté, à
celle société un cœur dont les parois éloierit le siège d'une double perforation. Oc
observai! en même temps dans les cavités de cet organe des concrétions fibrineuses
formées long-temps avant la mort.
2.
33
5l4 MALADIES DU CCÇUR EN PARTICULIER,
lion i4o" avait été traîné par so|ÿ cheval ; le sujçt’de l’oh-
servalion 141*^ avait éprouvé c|cs nausées et des efforts de
vomissement ; le sujet de l’observation 144*^ avait eu des
accès de suffocation extraordinaives.
Le mécanisme des ruptures du cœur est essentiellement
le même que celui des ruptures de divers autres organes,
tant externes qu’internes, tels que les tendons de certains
nuiscles, les mucles eux-mêmes, l’esloinac, l’œsophage, ■
rutérus, etc. (i). Dans les chutes , c’est vraiment quelque- 1
fois par une sorte de contre-coup que l,e cœur se rompt.
Cela devient surtout évident lorsque, comme dans le, cas [
rapporte par M. Bergeon , k chute n’a pas lieu sur la région ;
du cœur. I
, j
5 IIL Signes et diagnostic des ruptures du cœur. I
Le siège des ruptures du cœur doit être pris en grande j;
considération , quand il s’agit de leurs signes et de leur ji
diagnostic. Lorsque les parois du cœur sont largement
rupturées , un épanchement de sang s’opère dans le j
péricarde, et le malade tombe mort comme s’il eût été ji
l'rappé de la foud,re. Un seul fait publié par !\1. Restant
porterait à croire qu’une rupture peu étendue de> parois du lj
cœur peut n’être pas mqrielle. Dans le cas (lont il s’agit, |ij
une concrétion sanguine avait oblitéré la solution de cou-
tinuité, et cette sorte île Ipouchon ou d'obturateur organique ij
avait mis obstacle à toute hémorrhagie uliérieuie.
Si la rupture occupe ia cloisdn des ventricules ou desu
oreillettes, il peut en résulter un mélange du .-ang noir et *
du sang rouge, et par suite, selon quelques auteurs, la ma-a
ladie contiue sous le nom de cyanose.
(I) Bm ns me paraît ^tre le premier qui ail dit que le cœur, pendant les efforts ■'
espulsifs auxquels il se livre, peut se rompre, eoinme on voit rutérus se déobireritr
pendant les contractions expulsives trop violeules dont il est parfois le siégé dansl)
l’acte de Taccoudicmenl.
nUPTÜRrS DU COEUR. 5l5
Nous manquons encore de fails pour exposer les divers
signes et les accidens dos ruptures des colonnes charnues ,
des tendons valvulaires et des valvules. Tout ce quon peut
dire, c’est que la rupture d’une valvule ou des colonnes
charnues destinées à ses inônveinens, doit nécessairement
entraîner quelque désordre dans la circulation.
La perforation d une valvule, soit par rupture primitive^
soit par érosion suivie de rupture, constitue une des con-
ditions dans lesquelles nous avons dit que se produisait un
bruit de soufflet simple ou sibilant (I). ür , un observateur
des plus distingués , M. le docteur 'J'arral, m’a récemment
communiqué un cas de bruit desoufflet sibilant ou musical
chez un individu dont les valvules aortiijues offraient une
lésion de ce genre (ce malade était placé dans le service de
M. Lerminier, à la Charité). Toutefois, il ne faudrait pas
croire que le bruit de soufflet musical ou sibilant de la ré-
gion précordiale soit un signe assuré d’une perforation val-
vulaire; en elfei, nous l’avons rencontré dans des cas où
celle lésion n’existait point.
§ IV. Pronostic et traitement.
Le pronostic des ruptures du cœur diffère beaucoup sui-
vant lesirgequ’elles occupent. Ainsi les ruptures des parois
du cœur avec épanchcuient de sang dans le ])éricarde sont
nécessairement mortedies. il ii’en cs't pas de même de celles
de la cloison intc ventriculaire ou interaiiriculaire , des
colonnes çharnueû,des valvules et de leurs tendons; mais,
comme l’ai déjà dit plus haut, nous n’avons pas assez de
faits bien observés pour exposer, d’une manière un peu
précise , les accidens qui peuvent en résulter.
(0 Le du sang des cavités droites dans les cavités gauches, et rédpro-
quenienl, par suite d'un ouverture plus ou muins étroite de la cloison interven-
triculaire ou inlerauriculuire , pourrait aussi donner lieu à un bruit de soufilet.
33,
‘ 5l6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Il n est point de traitement pour les ruptures des parois
du cœur. Quant aux ruptures des colonnes, des valvu-
les, etc. , comme nous n avons pas eiieore les signes néces-
saires à leur diagnostic , que pourrions-nous due de leur
traitement?
CHÂPITRE IL
DES CHANGEMENS DE DIMENSIONS DES CAVITÉS ET DES
ORIFICES DU CŒUR.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
Jusqu’ici les auteurs n’avaient point étudié, d’une m
nière particulière, la d datation oui élargissement des orifices
du cœur. Ils s’étaient exclusivement occupés des dilata-
tions des cavités de cet organe, dilatations vulgairement con-
nues sous le nom d’anévrismes du cœur, l’un actif, qm n’est
autre chose que la combinaison d’une dilatation avec un
épaisissement hypertrophique des parois de cet organe;
l’autre passif, consistant en une dilatation avec amincis-
sement de ces mêmes parois.
Le rétrécissement des orifices du cœur a été étudié par
les auteurs de traités sur les maladies du cœur, et notam-
ment par Corvisart; mais le rétrécissement des cavités de
cetorgane avait été entièrement négligé , jusqu’à I\I. Bertin,
qui démontra par des hiits positifs, qu il peut se rencontrer
dans une espece particulière d’hypertrophie, savoir l’hyper-
trophie interne, concentmjue ou centripète.
Dans un organe tel que le cœur , qui fonctionne en quel-
que sorte conformément aux lois rigoureuses de la mécani-
DILATATION DES CAVITES ET DES OÏÏIFICES. 617
qne, on ne saurait apporter trop de soin à faire connaître
par d’exactes descriptions les. moindres changemens sur-
venus dans les conditions de la structure physique de cette
machine vivante. Aussi avons-nous jugé convenable de nous
occuper encore ici de la dilatation et du rétrécissement des
cavités et des orifices du cœur, considérés en eux-mêmes,
bien que nous ayons déjà été obligé d’en parler précédem-
ment, en traitant des maladies complexes dont ils consti-
tuent un des élémens.
ARTICLE PREMIER.
SI LA DILATATIOIY DBS CAVITÉS ET DES OBIflCBS DÜ COBOI*
’ SECTION première:
X
OBSERVATIONS PARTICULIÈRES.
Comme celle desartères, la dilatation du cœur est tantôt
generale et tantôt partielle. Nous avons vu précédemment
qu’elle pouvait coïncider avec un épais.si.ssement ou avec un
amincissement desparois. La dilatation avec épaississement
constitue l'hypertrophie anévrismale ou excentrique (ané-
vrisme actif ou hypertrophique), maladie à laquelle se rap-
portent une cinqu.anlaine des observations contenues dans
cet ouvrage. La dilatation avec amincissement des parois ,
ou l’anévrisme passif, est beaucoup plus rare que la précé-
dente.Corvisart en a rapportéquelquesexemples. M. Fleury,
de Clermont,a consigné le suivant dans les Bulletins de la Fa-
culté de médecine pour l’an xiii : chez un homme de 27 ans,
dont le péricarde renfermait trois pinteset demie desérosi té
jaunâtre , les cavités droites du cœur étaient orodi gieusenient
I
5l8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
dilatées et amincies ^ à tel point (jne P oreillette était convertie i
en une espèce de mejnhrane transparente , et que le a/entricule i
avait tout ait plus V épaisseur qu 'ont ordinairement hs oreillettes.
Je vais rapporiei’ un nouveau cas de celte espèce de dila-
tation. Je le ferai suivre d’une observation de dilatation
partielle de la portion pulmonaire du ventricule droit , i
genre tie dilatation dont l’observation 121*' nous a déjà
offert un exemple.
Je ne consignerai point ici de nouveaux cas de dilatation I
des orifices ; je renvoie à ceux que contient la catégorie des 1.
observations d’hypertrophie aiiévrismale. j
1
OBSERVATION I/i7e.
Homme de 5i ans. — Signes de tuberculisation pulmonaire. — Ballemens du
cœur faibles, presque sans impulsion, étendu'; ; bruits <-lairs. — Dilatation des
vffntiicules et surtout du gauche, dont les parois out une épaisseur qui n’excède
guère celle des parois du ventricule droit.
Mougenot ( Jean-Nicolas) , âgé de 3i ans, garçon tail- 1
leur, e.v -grenadier de la garde impériale, d’une constilu-l
lion lymphaticiue , poitrine longue et étroite, peau blan-ji
che et fine , poils rouges , d’un caractère très doux , enlraï
à l’hôpîlal Cociiin, le 3o juillet 1822. Il disait avoiri
éprouvé plusieurs rhumes très forts, accompagnés de cra-i
chemens de sang; il avait heauçoup maigri , surtout depuisi
six mois, et présentait d’ailleurs les phénomènes suivans:
toux, crachats épais, abondans, muqueux, verdâtres, noni
mêlés de sang depuis six semaines , perle d’haleine, essouf-i
flemeOt au moindre exercice; on entend un râle avec gars
gouillement, et une pecloriloquie très forte dans presquq
tout le coté droit de la poitrine : dans plusieurs autres
points le râle. ressemble à un léger claquement.
Les hattemens du cœur sont étendus et ne présentent qji une
impulsion très faible ; leè bruits de cet organe sont clairs, et la
premier he dijjère guère du second , qu en pe qu il est un peu
dilatation dus cavités et des orifices. 5ig
plus prolongé - les deux bruits s'entendent même à la partie
postérieure de la poitrine (i).
Langue scihe, rosée; soif, inappelcnCe, riausees et
quelquefois vomissement après les quintes de toux, dévoie-
ment sans coliques ; ctialeur à la peau , sueurs nocturnes ;
poids petit ^ fréquent et faible', lièvre hectique, simulant un
peu une fièvre intermittente quotidienne , insomnie.
Prescription. — Gomme éduTc.; look; qhart.
12 août. Cn point pleurétique se manifeste dans la ré-
gion du téton droit; pectorilocjuie dans les deux côtés de la
poitrine; gargouillement ou respiration soulflante.
Les battemens du cœur sont faibles et sans impulsion , tou-
jours accompagnés d’un bruit clair.
Prostration, pâleur et décoloration de la peau, menace
de sulfv cation.
ij. Défaillances, obscurcissement delà vue fréquent ;
agonie. Mort tranquille dans la nuit du ly.
yiutopsie cadavérique , i8 heures après la mort.
1° Org. circulât, et resp. — Dans le côté droit de la poi-
trine, existent des fausses membranes de consistance varia-
ble : à la base et au milieu , elles sont molles, pulpeuses et
injectées; elles s’épaississent considérablement vers le Som-
met, où leur présence semble destinée à prévenir l’épan-
chement de la matière tuberculeuse dans le sac de la
plèvre. En effet, tout le poumon droit forme uné grosse
masse de consistance hépatique, creusée, dans sa moitié su-
périeure , d’un trcjs grand nombre d’excavations. Incisée
en plusieurs points différens , la substance présente un
aspect grenu, et nullement spongieux; à la surface des in-
cisions se voient les ouvertures de plusieurs tuyaux bron-
chiques. Cette substance est d’un gris noirâtre; elle est
■ « .1.
(i) Ces signes nous firent annoncer dès le premier abord une dilatation avec
amincissement des ventricules.
020 MALADIES DD CCEDR EN PARTICULIER,
parcourue par des lames demi-transparentes , comme lar- m
dacees , appartenant à la plèvre épaissie qui tapisse n
les scissures pulmonaires. Le poumon gauche, moins volu-
mineux que le précédent, est crépitant à son bord anté- .
rieur, tandis que son bord postérieur est gorgé de sérosité ,
et contient des tubercules granuleux. On trouve çà et là ;ij
dans ce poumon plusieurs foyers tuberculeux de médiocre li
étendue. Les ganglions bronchiques, volumineux et noirs,
sont transformés, dans leur centre, en une substance blan- i;
che et pullacée; les bronches sont rouges, tapissées de ■
mucosités, et d’une matière grumeleuse provenant des
cavernes pulmonaires. — Le côté gauche de la poitrine con-
tient une médiocre quantité de sérosité citrine ; on y trouve
peu d’adhérences.
Le cœur est volumineux pour un phthisique : ses parois |
sont molles, flasques et affaissées. Le 'ventricule droit est un
peu plus ample que dans V état naturel^ le 'ventricule gauche
est plus grand que le droit. Celte dilatation anéorismale a lieu
aux dépens de V épaisseur des parois y qui n'excède guère
celle des parois du 'ventricule droit. — Les oreillettes ne présen-
tent pas de changemens considérables , soit dans leur éten-
due , soit dans leur épaisseur; leurs valvules offrent une
rougeur violette.
Org. dig. et annexes. — Le foie, volumineux, est moins
compacte que le poumon droit du sujet, un peu ramolli et
très facile à déchirer. — L’estomac, très ample, offre à sa sur-
face interne une rougeur violacée et comme anéurismati-
que ; la membrane muqueuse, ramollie, s’enlève très
l^acilement, laissant au-tlessous d’elle des réseaux vascu-
laires injectés. — Le jéjunum et le duodénum offrent
une rougeur et une injection semblables à celle de l’es-
tomac : cette rougeur est continue, tandis que dans l’iléon
elle est interrompue par des espaces plus ou moins con-
sidérables d’une pâleur notable. Les parois intestinales
sont molles et infiltrées. — Le gros intestin, très long,
DILATATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. 5*2 l
contient des malicres demi-üquides , et est généralement
injecté; on y rencontre des ulcérations très nombreuses,
surtout dans le cæcum , où elles sont fort étendues et d’une
forme alongée.
OBSERVATION (ï).,
Homme de 4g ans. — Affection scorbutique. — Teinte livide et bleuâtre du
visage et surtout des lèvres. — Dilatation de la portion pulmonaire du ventricule
droit. — Communication entre les deux oreillettes au müjen du irou de Botal
non oblitéré, etc.
Lexmelin, âgé de 49 ans, d’un tempérament bilieux,
perdit, il y a environ un an, une place qui était son seul
moyen d’existence. Depuis lors, il fut en proie à un violent
cliagrin, et obligé de faire usage d’une mauvaise nourriture.
Une tristesse profonde, une langueur générale de toutes les
fonctions, suivie bientôt de tous les symptômes cjui carac-
térisent le scorbut, obligèrent le malade à entrer dans un
hôpital : il fut placé à Saint-Louis , le 2i juin 1819^ — On
observait alors les symptômes sulvans : air triste, visage
pâle, blême; bouche ihauvaise, exhalant une odeur
des plus fétides et que le malade ne pouvait supporter lui-
même ; gencives ramollies , saignant facilement. Vaste in-
filtration sanguine à la jambe et au pied droit, taches sur
diverses-autres parties du corps, mais moins étendues, cir-
conscrites, et pour la plupart analogues à des piqûres de
puce; engorgement considérable du genou ; pouls petit ,
misérable, mais régulier; langueur et sorte d’apathie
générale, impossibilité de marcher ou de se tenir debout :
d’ailleurs, nulle douleur locale. Le malade tousse de temps
en temps.
(1) J'ai recueilli celle observation en iSip; lorsque j’étais interne à l'hôpital
Saint-Louis. Elle fut pul)liee dans le Joiirnnl de médecine , rédigé par MM. üé-
clard, Jules Cloquet, elc. Je ne crois pas qu'à celle époque on eût encore
gnalé la dilatation partielle du ventricule droit.
Ô2Î2 MALADIES DU CŒUn EN rAETlCULIEE.
On applique sur le pied et la jamhe des compresses imbibées !
d' àlcdol camphi'é ; on prescrit au malade de la tisane de I
houblon, du vin anti-scorbutiipie, et un gargarisme avec F esprit |
de cochléaria , et la décoction de quinquina acidulée. -
Ces moyens conlinués pendanl un mois n’opèrenl pres-
queaucun changemeiil dans 1 état général dumalade ; seule-
meiiL les symptômes locaux s’alTaiblissent.
20 et 2* juillet — Hémorrliagie buccale très considérable. i
(Le malade évalue la pei-le de sang à deux verres.) — Jus- |
qu’ici l affection scorbutiqueavait e.xclusivcmentatiirénotre
attention, mais alors la louxlégèië que le malade éprou- J
\ait à son entrée étant devenue presque continuelle et |
très fatigante , les lèpres ayant pris \ine couleur livide et |
bleuâire, la face s’étant pour ainsi dire bouffie, on ne pou- \
xait plus méconnaître l’existence d’unelésion organique du j
poumon et du cœui\ La dyspnée se prononça de jour en jour j
davantage, et en meme temps les taches scorbutiques et l’en- |
gorgement du genou se dissipèrent, ^
4 et 5 août — Oppression plus forte, étouffemens, i
inquiétude ; visage légèrement livide, altéré et pour
ainsi dire mourant. — Mort, le 5 août à trois heures après
niidi, dans une sorte d’asphyxie. ;
.Autopsie cadavérique. \
I® Org. circulât, et respirât. — Epanchement d’une sé-
rosité jaunâtre dans le péricarde. — Dilatation des cavités i
droites du cœur : la cavité du ventricule droit était double de \
V état normal. C’était surtout à gauche, du côté de l’ai'tère
pulmonaire, que ce ventricule s'était dilaté ; la il formait en
quelque sorte un troisième ventricule intermédiaire aux deux
autres. — Les parois ventriculaires n’étaient pas sensible-
ment amincies. Les colonnes charnues étaient très multi-
pliées. Le tissu musculaire du cœur était pâle , flasque.
\d artère pulmonaire, dilatée, offrait un calibre double de celui de
laorte. Les cavités droites et les veines-caves étaient gor-
i
i
1
DILATATION DES CAVITES ET DES OEÎFICES. 023
gées d’un sang noir et coagulé ( le foie lui-nièine était pour
ainsi tWve inondé de ce liquide.)
Les deux oreillettes cominuuiquent entre ellesau moyen
du trou de Butai largement ouvert. L’ouveriure/le comm-
unication est arruiulie , sans déchirure, et offre le dia-
mètre d’une pièce de 20 sous.
Les poumons, et surtout le gauche , étaient parsemés
d’une innombrable quantité de granulations. La plèvre qui
les recouvrait adhérait de toutes parts à la plèvre costale,
au moyen d’une couche celluleuse, plus dense et plus épaisse
à gauche qu’à droite.
2® Org. dig. — L’estomac offrait çà et là des points où la
membrane muqueuse éiaitB’un rouge brun; elle était blan-
che ailleurs, cequi lui donnait comme un aspect marbré.
3^ Habit, extét. — Le tissu cellulaire du genou gauche
était épaissi ; il n’y avait épanchement d'une matière al-
bumineuse ni dans l’articulation, ni dans les muscles, etc. ,
etc.
4° Sfst. nerv. — Lé cerveau nous parut tout-à-faitsaini'
I
SECTION DEUXIÈME.
%
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA DILATATION DES .CAVIlÉS
ET DES ORIFICES DU CCEUR.
S I. Caractères anatomiques.
I. — La dilatation des cavités du ccéur peut élTQ géfiérâle
ou partielle. '
i' De la dilatation générale ou suivant toute la circonférence.
Bâillon et Lancisi sont les preiniers qui aiènt appliqué
aux dilatations du cœur la dénomination d’anévrisme, dé-
nomination qui, long-Éenips avant eui, avait été donnée
024 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
exclusivement aux tumeurs formées par les dilatations ar- i
terielles. Morgagni employa indifféremment le terme de
dilatation et celui d’anévrisme pour désigner l’augmenta-
tion de capacité des diverses cavités du cœur. Toutelbis, cet
illustre médecin , imité en cela par notre Corvisart, avait
cru devoir ajouter que la dénomination d’anévrisme du
cœ,ur était loin d’être parfaitement exacte, si l'on voulait
désigner par elle une maladie du cœur absolument sem- i
Llable à l’anévrisme artériel. Quant à moi, malgré le res- ’i
pect que je professe pour l’autorité de ces grands maîtres,
je ne reconnais aucune différence essentielle, entre la di-
latation des artères et celle du cœur. Il est, d’ailleurs,
évident que si la maladie n’était pas essentiellement la 4
même , soit qu’elle occupe le cœur, soit qu’elle affecte les
artères, Morgagni et Corvisart n’auraient pas dû lui donner 1
un seul et même nom.
Le premier de ces deux célèbres observateurs , comme (
aussi ceux qui l’avaient précédé, confondirent sous le nom (
commun d’anévrisme du cœur plusieurs formes morbides (
qui méritaient d’être distinguées, telles que la dilatation 1
simple ou sans épaississement ni amincissement notable 1
des parois, la dilatation avec épaississement ou hyper-
trophie des parois, et la dilatation avec amincissemelit de
ces mêmes parois. Ajoutons, avec M. Berlin, qu’en parlant
de l’augmentation d’é[>aisseur des parois du cœur, les anciens
auteurs ne séparèrent pas assez nettement les cas où l’épais-
sissement était le simple résultat d’un accroissement de la
nutrition de ceux où il coïncidait avec une altération de
celle même nutrition , comme cela arrive dans leramoliis-
sement, l’induration, etc.
Corvisart est le premier qui ait classé les anevrismes
du cœur. Il en admet deux espèces, savoir, les anévris-
mes actifs et les anévrismes passifs. Dans la première es-
pèce , les parois du cœur sont en même temps dilatées et
épaissies, affection qui coïncide avec l’augmentation de la
DTLA.TATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. 525
force du cœur ( de là le nom ^'actifs que Corvisart a im-
posé aux anévrismes de celle espece). La seconde espèce est
caractérisée par la dilalalion avec amincissement des pa-
rois, et par l’affaiblissement des fonctions de l’organe ( de
là l’expression de passifs sous laquelle Corvisart a désigné
les anévrismes de celte seconde espèce ).
La dilatation peut affecter une, plusieurs ou la totalité
des cavités du cœur, soit qu’elle existe avec ou sans épais-
sissement , avec ou sans amincissement des parois dilatées.
Suivant que la dilalalion des cavités du cœur est plus ou
moins étendue , ou qu’elle se trouve compliquée ou non
d’hyperlrophie, le cœur offre un volume variable. La dila-
tation est-elle énorme et combinée avec l’hypexlrophie ,
le cœur peut présenter un, volume double et même tri-
ple de l’état normal. En même temps que le cœur ac-
quiert ainsi un volume extraordinaire, il change souvent
de forme et de position. Quelquefois, par exemple, il re-
présenie, comme nous l’avons dit ailleurs (voy. hypertro-
phie), une sorte de gibecière, et il se trouve placé lout-
à-fait transversalement, au lieu d’avoir sa pointe simple-
ment dirigée un peu à gauche, comme dans l’étal normal.
2® De la dilatation partielle et de V anévrisme faux-consécutif
du cœur.
Il y a long-temps déjà que des cas de cette espèce d’ané-
vrisme avaient été recueillis par les observateurs; mais ce
n’est que tout récemment qu’elle a été étudiée avec détail.
La dilatation partielle précède quelquefois, sans doute, la
rupture des couches internes des parois du cœur avec for-
mation d’un kyste dit anévrismal (i). Celle qui s’est le plus
(i) C'est à tort qu’on a décrit sous le nom d’anévrisme vrai du cœur les tu-
meurs aiiévrismales de cet organe proprement dites. Elles méritent bien mieux
le nom à'anévrisme faux consécuUf. La rupture des couches intérieures des pa-
626 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
fréquemment présentée à notre obscrvaiioii , c’est la dila-
tation de la portion pulmonaire du ventricule droit. Comme
nous avons parlé ailleurs de \ anévrisme faux-consécutif >\\x
cœur (-voy. cardile terminée par ulcération) , nous n’y revien-
drons point ici.
II. — La dilatation des orifices du cœur n’est pas moins
commune que celle des cavités elles-mêmes, ainsi qu’on peut
s’en assurer eu lisant un grand nombre des observations con-
tenues dans cet ouvrage. Elle est susceptible de plusieurs de-
grés qu’il était impossible de bien apprécier avant d’avoir
déterminé, d’une manière au moins approxima tive, comme 1
nous l’avons fait dans nos prolégomènes, les dimensions nor- r
males des divers orifices du cœur. Rappelons ici quelques i
exemples de dilatation ou d’élargissement des orifices. D ins J
l’observation 1 19*^, l’orifice auriculo - ventriculaire droit |t
avait 5 pouc. de circonférence. Il en était de même chez le 1
sujet de l’observai ion i3o®. La circonférence de cet orifice b
n’est pas indiquée, d’une manière précise dans l’obœrvaiion k
laS® , mais il y est dit qu’il était dilaté au point ( jue la val-
■yulve triçuspide ne pouvait pas le fermer. Chez Je sujet de 1
l’observation iig*", déjà citée, l’orifice auriculo-ventricu- b
laire gauche avait une circonférence de 4 pouc. 3 l ig., etc. \
Nous ne saurions trop répéter aux amis de l’ob'-er- i
vation exacte de ne pas négliger l’examen des c.'imcn- [
sions des orifices du cœur dans les maladies dites organi- I
ques dont il peut être atteint, car si ces dimensions sont l
telles que les valvules ne puissent pas suffire à l’occlusion !
de leurs orifices, il en résulte nécessairement un trouble plus 1
ou moins fâcheux de la circulation du sang à travers le
cœur.
rois fin cœur conslilue, en effet, l'un des caractères fondamentaux.de la maladie, !
une fois quelle est bien établie.
DILATATION DE5 CAVITJfS ET DES ORIFICES. 627
ç II. Mécanisme et principales causes de la dilatation des cavités et des orifices
du cœur.
La dilalation des cavités et des orifices du cœur s’opère
ordinairement sousl’influence d’un obstacle à la libre circula-
tion du sang. Sous ce point de; vue , la dilatation du cœur ne
diffère pas de',la dilatation d^es autres organes creux. Eit effe^,
l’observation démontre que ce.s derniers, quels qu’ils soient,
ne tardent pas à se dilater d,’une manière plus ou moins
notable, lorsque , en vertu d’un obstacle quelconque, les
matières qu’ils sont destinés à contenir pendant un certain
temps, ne trouvant plus une libre issue, s'accumuleiit
dans leur cavité, réagissent cqnire leurs parois, et les dis-
tendent outre mesure. L’organe se laissera d’autant plus
facilement dilater, que ses parois seront douées d’une
moindre épaisseur, et que les causes de dilalation agi-
ront avec plus de force et t!e vitesse. Si ces causes ne sont
pas permanentes, si elles ne s’exercent que pendant un
temps assez court, ordinairement l’organe dont la résis^tance
a été momentanément vaincue ne tarde pas à revenir sur
lui-même, et à se rétafilir dans son état normal. Que si, au
contraire , les causes agissent d'une manière continue, ou
qu’elles s’exercent du moins très fré(]uemment , la dilata-
tion de l’organe devient constante, permanente, et par-là se
transforme en un véritable état pathologique.
C'est par ce mécanisme que surviennent la dilatation
de l estomac dans les cas de cancer avec rétrécissement du
pylore, celle de la vessie, par suite d’un rétrécissemenE
du col, de cet organe ou du canal de lurèlre, etc. C’est
aussi par la même raison -que l’on voit s’opé.rcr une dila-
tation du cœur chez les individus atteints de rétrécisse-
ment de quelqu’un des orifrees de cet organe cerrtral de 1^
circulation. vain la structure du cœur est plus ro-
buste que celle des autres viscères creux, l,e mécanisme de
sa dilatation n’en est pas moins essentiellement le même,ij
628 MALADIES DU COEUR EN rARTICULTER.
Le sang qui s’accumule clans ses cavités, toutes les fois |
quil ne peut pas en être expulsé librement, est une i
véritable lorce dilatante, (|ui tend nécessairement à éloi- i
gner les parois de l’axe de la cavité qu elles constituent , et i
qui finit, à la longue, par triompher de leur résistance. Je
dis a la longue, car il est démontré que si la cause qui i
détermine l’engorgeménl des cavités du cœur d sparaît au
bout d’un certain temps, pour ne plus se renouveler, les 1
parois distendues ne lardent pas à revenir à leurs ])remiè- M
res dimensions. C est ce qui a lieu, par exemple, dans les ^
cas où une maladie aiguë des poumons, telle qu’une hépa-
tisation , empêchant le sang de traverser librement leurs 1,
vaisseaux , ce liquide s’accumule dans les cavités droi- i(
tes du cœur. 11 est impossible de fixer positivement 1
l'espace de temps pendant lequel la force contractile de cet \
organe peut lutter efficacement contre la puissance qui i
tend à la surmonter. On sait seulement que le cœur résis- !
tera d’autant plus long-temps que son tissu musculeux
sera plus épais. C’est pour cela que, toutes choses égales
d'ailleurs, les oreillettes se dilatent plus facilement que les
ventricules, et que le ventricule droit, comparativement
au ventricule gauche, est, en quelque sorte, prédisposé à
la dilatation.
Nous venons de voir comment le sang, accumulé dans
l'intérieur du cœur, devient la véritable force sous l’impul-
sion de laquelle les cavités et les orifices de cet organe se
développent, s’agrandissent, se dilatent. Nous avons éta-
bli que, pour mettre en jeu cette force dilatante, il fallait
qu’il existât un obstacle au-devant du point où elle s’exerce, i
Il y a, entre le siège de cet obstacle et celui de la dilatation
du cœur, un rapport nécessaire et trop évident pour
qu’on puisse le mettre en doute. Cette sorte de loi est que
les cavités du cœur, situées imméLliatement derrière l’obs- !
tacle , se dilatent les premières. C’est ainsi que les obs-
tacles à la circulation dans le système pulmonaire délcr-
dilatation des cavités et des ôeieicés. 62g
minent la dilatation du cœur à sang noir, tandis que la
dila'ation du cœur à sang rouge est produite par les obsta-
cles au cours du sang dans le système aortique. Si nous
voulions préciser encore davantage cette idee , nous dirions
que chaque oreillette se dilate particulièrement par lelfet
d’un obstacle à l’orificc auriculo - ventriculaire ‘'qui lui
correspond, comme chacun des ventricules se dilate a
l’occasion d’un obstacle à l’orifice artériel avec lequel sa
cavité communique. Cependant, il est Éon d ajouter
qu’en raison de l’inégale résistance des diverses cavités du
cœur, il arrive assez fréquemment que ce n’est pas toujours
la cavité la plus voisine de l’obstacle qui se dilate la
première. C’est ainsi, par exemple, que, sous l’iiifluen ce
d’une induration des ^valvules aortiques, avec rétrécis-
sement de l’orifice qu’elles bordent, l’oreillette gauche
pourra êlrele siège d’une dilatation plus ou moins sen-
sible avant que le ventricule g'auche ne se soit lui-même di-
laté. Enfin, on conçoit également qu’en vertu des con-
nexions et des communications qui existent entre les di-
verses cavités du cœur, comme entre toutes les parties du
système vasculaire, un grand obstacle au cours du sang,
quel qu’en soit le siège, peut, au bout d’un certain temps,
déterminer une dilatation générale de toutes les cavités
du cœur, et même de la plupart des gros canaux vascu-
laires.
Jusqu’ici, nous n’avons considéré notre sujet que sous
un point de vue purement mécanique. Mais ce n’est pas
seulement sous ce rapport que nous devons l’étudier. Le sang
qui s’accumule dans les cavités du cœur ne joue pas uni-
quement le rôle d’une force mécanique; il exerce aussi
une action excitante, stimulante ou irritante. En vertu
de cette excitation , la nutrition de l’organe tend à devenir
plus active, et le devient effectivement dans beaucoup de
cas : d’où il résulte que la même cause, savoir, un obstacle à
la circulation, est à la fois suivie de dilatation et d’hyper-
2. 34
53o MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER,
trophie. C’est à la production de ce double effet qu’est due
l’espèce d’anévrisme que Corvisart appelle Si le
cœur ne s’hypertrophiait pas ainsi dans les mêmes circon- i
stances où il se dilate, sa contracliliié serait bien plus
fréquemment vaincue par les puissances de dilatation aux-
quelles il peut être soumis, et la circulation deviendrait
tout-à-fait impossible. Malheureusement, en même temps
que cette hypertrophie' du cœur augmente sa résistance, :
elle devient elle-même une source de nouveaux accidens
dont nous avons tracé l’histoire ailleurs. ( Voyez Hypertro-
phie. )
Néanmoins, par des raisons qui ne sont pas toujours i
bien connues, l’hypertrophie ne se combine pas constam- \.
ment avec la dilatation du cœur. Dans certains cas, au con- I
traire, les parois dilatées du cœur sont amincies au lieu b
d’être épaissies. Alors le sang ne joue plus que le rôle de p
puissance dilatante, et, comme les parois perdent en ï
épaisseur et en force ce qu’elles gagnent en étendue , il en
résulte la forme d’anévrisme que Corvisart désigne sous le
nom de passif.
Lorsque, par suite d’une maladie capable d’altérer sa nu-
trition, le tissu du cœur aura perdu plus ou moins com-
plètement sa cohésion et sa contractilité dans un point de
son étendue seulement, il est évident que la force avec la-
quelle le sang presse contre les parois de l’organe pen-
dant les contractions de celui-ci, doit, à la longue , di- 3
later le point devenu le moins résistant. Il en sera de même, a
lorsque la puissance dilatante s exercera spécialement sur l
(i) Burns a donné de la dilatation hypertrophique, ou de l’anévrisme actif du II
ctBur, une explication qui nous sem|3le aussi exacte qu'ingénieuse : selon cet au- a
leur, le mécanisme de la dilatation du cœur avec hypertrophie est comparable à !
celui par lequel l’utérus . pendant la grossesse , se dilate , se développe et s’épais- ü
siten tous sens. Toutefois, cette théorie n’est applicable qu’à un certain ordre «
de cas d’hypertrophie anévrismale.
dilatation des cavités et des orifices. 53 1
une région des cavités du cœur. C’est par ce mécanisme
que s’opèrent les dilatations partielles de cet organe.
Au nombre des causes capables de donner lieu aux
anévrismes du cœur , se placent naturellement les efforts ,
les exercices violens, lesprofessions qui exigent habituelle-
ment le déploiement de forces musculaires très considéra-
bles. Aussi les charretiers , les portefaix , les charrons, les
paveurs, etc. , sont-ils souvent affectés de la maladie qui
nous occupe. Ces diverses causes agissent en déterminant
un refoulement et une accumulation de sang, dans le cœur.
Les grandes passions, telles que la colère, la haine, la
jalousie, etc., surtout quand elles sont concentrées, peu-
Tcnt également produire la dilatation du cœur ; on doit en
dire autant des professions qui ont particulièrement pour
objet l’expression des passions , celle d’acteur tragique ,
par exemple.
Les déviations de la colonne vertébrale, et tous les au-
tres vices de conformation qui diminuent la capacité de la
poitrine, constituent autant de causes productrices ou du
moins prédisposantes de l’anévrisme du cœur. 11 en est
ainsi de tous les vétemens qui compriment avec trop de
force la poitrine et l’abdomen (i).
§ III. Diagnostic et traitement de la dilatation des cavités et des orifices
du cœur.
Tout ce qui concerne ce diagnostic ayant été exposé, avec
les détails nécessaires, aux îHYÛcles hypertrophie et atrophie
du cœur, nous ne nous en occuperons point ici.
Nous rappellerons seulement que chaque jour on voit
(i) Qu on n oublie pas que nous indiquons seulement ici les causes pulsées
dans les choses qui sont du ressort de l’hygiène. Mais il est une condition patbo-
logique, déjà indiquée plus haut, qui joue le rôle principal dans le plus grand
nombre des dilatations du cœur, savoir, un obstacle mécanique au cours du sang ,
situé en deçà des cavités ou des orifices dilatés.
34.
i
632 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,
des médecins , d’ailleurs très habiles, attribuer aux dilatâ*
lions, ou, comme ils le disent, à V anévrisme <\vl cœur, une
foule d’accidens qui n’ont souvent avec celui-ci que des rap-
ports de coïncidence ; tels sont particulièrement les con-
gestions sanguines passives, les collections séreuses du
même nom, et l’étouffement qui les accompagne ordinal-
rement. En effet , dans l’immense majorité des cas, lés acci-
dens ci-dessus tiennent à un obstacle mécanique au cours du i
sang, lequel est en même temps la cause de la dilatation i
du cœur. Ce n’est pas que la dilatation considérée en elle- ■
même ne joue quelquefois un certain rôle dans la produc-
tion des accidens dont il s’agit : carj les, fibres muscu- -
laires, quand elles ne s’hypertrophient pas en même temps t
qu’elles se dilatent, perdent réellement de leur ressort, et ||
leur distension s’opère en quelque sorte aux dépens de leur il
force. Mais , encore une fois , on a exagéré ce genre d’in- |
fluence , et dans beaucoup de cas, l’hypertrophie fait plus
que compenser l’affaiblissement qui pourrait résulter de
la dilatation.
Quant à la dilatation des orifices, si elle est portée
assez loin pour que les valvules ne puissent pas les fermer ,
il en résulte un reflux du sang qui nuit évidemment au jeu
régulier de la circulation. Ce reflux est, comme nous l’avons
dit, une des causes du bruit de soufflet, du frémissement
cataire, [et quand il s’opère à travers l’orifice aurico-ventri-
culaire droit, il donne lieu au pouls veineux, à la fluctua-
tion des veines jugulaires.
Pour le traitement de la dilatation du cœur, on se con-
formera aux préceptes que nous avons donnés en étudiant
l’hypertrophie et l’atrophie avec dilatation.
EÉTRÉCISS. DES CAVITES ET DES ORIFICES. 533
ARTICLE SECOND.
t
BéiaKCISSEMBItT BBS CAVITÉS BT DES OBIFICES DO CCEDB.
Nous avons vu , en traitant de l’hypertrophie du cœur,
que l’épaississement de sa membrane interne , et surtout
celui de ses colonnes charnues ou de ses couches musculai-
res profondes , constituait une cause de rétrécissement des
cavités de cet organe. Nous avons vu également que l’atro-
phie pure et simple du cœur comptait au nombre de ses
caractères anatomiques une diminution de la capacité des
cavités , et nous avons indiqué quels étaient les effets de
ce rétrécissement , que nous devons nous borner à signaler
ici.
••
Les autres causes qui peuvent donner lieu au rétrécisse-
ment des cavités du cœur sont une compression exercée
par une tumeur, un épanchement, etc. , sur cet organe,
la présence de concrétions sanguines , soit récentes encore,
soit anciennes et organisées. Or, dans ces cas , comme dans
l’atrophie et l’hypertrophie concentrique, le rétrécissement
n’est pour ainsi dire qu’un accident , un effet d’une autre
maladie.
Considéré en lui-même, et abstraction faite de sa cause ,
le rétrécissement des cavités du cœur, quand il est porté
assez loin, constitue un obstacle mécanique à la circulation,
et peut déterminer les divers accidens qui accompagnent
tout obstacle de ce genre , tels que des congestions veineu-
ses, des collections séreuses , etc. Si le rétrécissement oc-
cupe le ventricule gauche, il en résulte une petitesse du
pouls, comme dans le cas de rétrécissement de l’orifice
aortique. >
Le rétrécissement des cavités du cœur n’est par lui- ,
même la source d’aucune indication de quelque impor-
tance. Il faut combattre la maladie dont il est l’effet, et
laisser ensuite à la nature le soin de faire le reste , car s’il
634 maladies du coeur en particulier.
est donne à l’art de dilater mécaniquement une foule d’au-
tres organes , il n’en est pas de même quand il s’agit du
cœur.
Le rétrécissement des orifices du cœur se produit dans i
des conditions essentiellement les mêmes que celles dont i
nous avons parlé à l’occasion du rétrécissement des cavités
de cet organe. L’espèce de rétrécissement des orifices du
cœur la plus commune.et la plus importante à connaître est
celle qui accompagne l’induration des valvules. INous ne
reviendrons pas sur ce que nous en avons dit , en traitant |
de cette induration , considérée comme une terminaison de
l’endocardite valvulaire chronique. ’
CHAPITRE III.
DES LÉSIONS DE RAPPORTS^ OU DES DÉPLACEMENS
ET DES HERNIES DU CŒUR (l).
» * .
\ " ,
ARTICLE PREMIER.
DBS SIMPLES DEPLACEMENS DU COEUH.
On peut distinguer deux espèces de déplacement du
cœur : l’une dans laquelle cet organe occupe , comme à
l’ordinaire, la région précordiale, mais ayant sa pointe
tournée touL-à-fait à gauche ( voy. les observ. d hypertro-
phie considérable du cœur ) , 1 autre dans laquelle le cœur
(i) M. Breschet désigne sous le nom à'eclopies les divers changemens de si-
tuation et de position du cœur, lésions sur lesquelles il a publié, en i8a6, un
méoioire important.
DÉrLACEMElVS DU COEUR. 535
ne siège plus clans la région précorcliale , et se trouve , par
exemple, refoulé dans le côié droit de la poitrine.
Les cas de véri table déplacement du cœur ne sont pas extrê-
mement rares. Lancisi et Morgagni ont désigné sous le litre
de prolapsus les déplacemens en bas, seul vice de position
dont il soit fait mention dans l’ouvrage de Corvisart. Dans
UM des observations de Morgagni , la cause qui avait ainsi
repoussé le cœur de haut en bàs j consistait en une tumeur
anévrlsmale de l’aorte. Dans un cas rapporté par Sénac,
le cœur avait enfoncé le diaphragme qui lui formait une
espèce de capuchon.
Le déplacement en haut du cœur se rencontre dans les
cas où cet organe est soumis à une pression , à un refoule-
ment exercé sur lui de bas en haut, soit par une tumeur
développée dans l’hypochondre gauche, soit par un vaste
épanchement dans le péritoine, etc.
Divers auteurs ont eu occasion de rencontrer le refoule-
ment du coeur dans le côté droit de la poitrine. Sennert
trouva le cœur d’un étudiant caché dans la cavité droite du
thorax, à la suite d’une maladie qui avait entraîné la con-
somption du poumon ( c’est-à-dire , selon toute apparence,
un épanchement considérable dans la plèvre gauche ). Dans
un cas rapporté par M. Larrey , les battemens du coeur se
faisaient sentir à la région du sein droit. L’autopsie cadavé-
rique montra que le cœur avait été rejeté à droite par une
hydropisie enkystée. Une tumeur pourrait, comme les
épanchemens libres ou enkystés, produire le déplacement
du cœur à droite. C’est ainsi qu’à l’ouverture du côrpS du
marquis de Saint-Auban, Boerrhaave trouva le cœur re-
poussé dans la cavité droite de la poitrine, par l’effet de la
compression qu’avait exercée sur lui une énorme tùmeur
développée dans le coté gauche du thorax. Quoi qu’il en
soit , de toutes les causes qui peuvent opérer l’espèèe de dé-
placement qui nous occupe, la plus commuiie est un
Vaste épanchement dans le côté gauche de la poitrine.
536 BIAtADIES DU CCEÜR EN rARTICÜEIER.
J ai, tout récemment encore ( 16 avril 1835^, observé, '
conjointement avec M. le professeur Velpeau, un cas de
ce genre.
Le passage accidentel de l’estomac et des intestins dans i
un des côtés de la poitrine, peut être la cause d’un déplace- i
ment du cœur. M. Chaussier avait observé cette espèce de
déplacement. En voici un exemple : chez un enfant, qui i
expira quelques heures après sa naissance, l’autopsie dïfea- I
vérique fit reconnaître ce qui suit: l’estomac, une grande \
partie des intestins, la rate et le pancréas, étaient contenus i
dans la cavité gauche de la poilmne. La cavité droite renfer-
mait le cœur, le thymus et les deux poumons. (Gust. Th. Wey- '
land; Diss. inaug. méd. — léna. 1831. ) ,
Quelquefois, le déplacement du cœur à droite est moins f
considérable, en sorte que cet organe se trouve situé per- |
pendiculairement à la région moyenne de la partie infé- w
vieure de la poitrine , comme cela est arrivé dans le casque i!
voici : Un enfant de sept ans succombe à des vomissemens
dont il était atteint depuis les premiers temps de sa nais-
sance, et qui se compliquèrent d’accidens cérébraux. A
l’ouverture de son corps, on vit que la cavité gauche de la
poitrine, jusqu’au niveau de la seconde cote , était remplie
par les circonvolutions des intestins. Le cœur était situé sur
la ligne médiane Le poumon gauche, atrophié, offrait à
peine la sixième partie de son volume norntal. Le poumon
droit était bien conformé, et ne présentait rien d’extraor-
dinaire. ( Gust. Th. Weyland ; Oper. cit. )
Rien n’est plus facile que le diagnostic des divers dépla-
cemens du cœur. La percussion, l’auscultation, la palpa-
tion et l’inspection, permettent, en effet, comme nous
l’avons déjà dit tant de fois, de déterminer, de la manière
la plus certaine , le lieu précis qu’occupe cet organe. On
pourrait confondre le simple déplacement du cœur à droite
avec la transposition congénitale du même organe, si l’on
n’avait égard qu’aux signes physiques; mais les renseigne-
HERNIES DU COEUR.
537
mens sur l’état antérieur du malade, la transposition des
autres viscères qui accompagne celle du cœur, etc., voilà
qui suffit pour distinguer ces deux cas l'un de l’autre (1).
ARTICLE DEUXIÈME.
HERNIE DU CCeUH (2).
Les cas de hernie du cœur ont été observés par divers
auteurs. Chez un fœtus humain, né au huitième mois de la
grossesse, dont Vaubonais nous a donné la description, le
(1) Je crois devoir rapporter ici un cas singulier de lésion de rapport du cœur
( par suite de l’absence de l’extrémité inférieure du sternum, le cœur était immé-
diatement placé sous la peau). Celle curieuse observation a été publiée par Cliaus-
sier dans les Bullclins de la Facullé de médecine de Paris, pour l’année i8i4.
oj'ai vu, dit-il, à rhôiàlal militaire de Dijon ujj soldat de 27 ans, d’une con-
st lotion robuste, dont le cceur, situé à la partie antérieure et moyenne du thorax,
n’élail recouvert que par la (leau, qui était mince, unie, et ne présentait aucun
vestige de cicatrice. Dans ce sujet, que j'exaininai avec beaucoup d’attention, le
creurctonservailà peu près tia situation naturelle, et ne sortait point hors du thorax.
Il n’existait du sternum que son extrémité supérieure, à laquelle s’articulaient de
chaque côté la clavicule et la première côte. Les autres côtes, jusqu’à la septième,
paraissaient manquer en totalité, ou au moins en partie , de ce cartilage de pro-
longement qui , dans l’état ordinaire, lesallache au sternum. Elles se terminaient
en avant par un tubercule com|iacte, épais, arrondi, qui paraissait s’étendre de
l’une à l’autre, les réuniret leur servirde point fixe. La septième côte conser-
vait sa forme et son étendue naturelles. Elle se prolongeait jusqu’à la ligne mé-
diane , y était fixée et réunie à celle du côté opposé par un tubercule épais, com-
pacte. Les autres parties du thorax étaient bien conformées.
» L’absence du sternum et d’une portion de certaines côtes laissait ainsi un grand
espace oblong , dans lequel on voyait, de la manière la plus frappante , tous les
mouvemens du cœur.
■> Malgré celle singulière conformation congéniale, cet homme jouissait d’une
bonne santé ; il était ilepuis plusieurs années attaché au service militaire, en
avait supporté toutes les fatigues, sans éprouver aucun accident, et il n’était
entré à l’hôpital que pour une légère indisposition, qui lui permit bientôt de con-
tinuer sa roule. »
(2) Nous aurions pu rattacher la hernie du cœur aux vices congénitaux dont
il sera question dans notre quatrième classer des malarlies du cœur. Cependant ,
538 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
cœuT', sorti du thorax par une ouverture située à la partie supé~ i' i
rieiire de cette cavité ^ était à nu et pendu au cou comme une i i
MEDAILLE, ( Méju. de V Acad, des sciences. — 1712. )
Martin Martinez a rapporté un cas analogue au précédent i;
dans une dissertation imprimée à Madrid, en 1723,
Tourlelle dit avoir vu, à Besançon, un enfant qui avait fi
à la partie inférieure du thorax une ouverture par laquelle le 1
cœur sortait et se portait jusqu'à un pouce au-dessus de l’om- h
hilic.
Parmi les espèces les plus extraordinaires de hernie du !
cœur, il faut placer les deux cassuivans, dont Is premier i
était en même temps un exemple de hicardie: Chez un en-
fant, qui mourut peu de temps après sa naissance, Baudé"-
locque assure avoir trouvé deux cœurs distincts, Vun situé dans
ï abdomen, l'autre dans le thorax, et communiquant ensemble
par diverses ramifications 'vasculaires.
Chez un énfant singulièrement difforme dans plusieurs
de ses parties, né à l’hospice de la Maternité, en 1812,
Chaussier a vu une tumeur herniaire qui , située à la base du
cordon ombilical, contenait 7ion seulement la plupart des viscè-
res abdominaux , mais encore le cœur. Cet organe , dont la base
se trouvait tournée dû côté de l'ombilic, était attaché par
sa pointe à la partie antérieure du palais. Le centre du dia-
phragme présentait une ouverture par laquelle le cœur avait
fait hetnie dans l'abdofnen. Ajoutons que le fœtus, ainsi
mal conformé, vécut quelques heures après sa naissance.
La note suivante sur une hernie congénitale du cœur
mérite de trouver place ici (elle fut lue par Chaussier, a
la Société de la Faculté de médecine de Paris , en 1814 ).
« Le 3o juin i8i3 , on a déposé à l’hospice de la Mater-
comme celle hernie paraît s'opérer sous l’influence de conditions morbides acci-
clcntcllcmcnt survenues chez le fœlus, nous avons cru devoir ne pa^s séparer son
histoire de celle des simples déplacemens du cœur, dont il vient d être question
dans le précédent article.
t
HERNIES DU COEUR. 53g
» nité un enfant femelle nouveau-né, qui présente , à la
» partie supérieure et antérieure de l’abdomen , une tu-
» ineur molle, hémisphérique, élevée d’à-peu-près un
- » pouce (So millimètres), large d’environ deux pouces un
» quart (6o millimètres) , et dans laquelle on distingue, à
» la simple inspection et d’une manière très évidente , la
I » forme et les mouvemens alternatifs d’élévation etd’abais-
• ü sement du cœur, de dilatation et de contraction de ses
» ventricules.
» L’apparence, le volume de cette tumeur, qui dé la
» partie antérieure et inférieure du thorax s’étend presqué
J à la hauteur de l’ombilic, change à chaque instànt^sui-
» vaut l’état de la respiration. Quand l’enfant inspire, le
» cœur se relève, il remonte et paraît rentrer en partie
» dans le thorax; quand il expire, le cœur se porte en
> avant et en bas , et les mouvemens de Ses ventricules
» sont plus apparens. La tumeur augmente sensiblement
» de volume et est plus tendue lorsque l’enfant crie , et
B surtout lorsqu’on le tient debout; elle diminue et de-
» vient plus molle lorsqu’il est tranquille et couché sur le
» dos, un peu sur le côté , les membres à demi fléchis. Une
î pression graduée fait disparaître la tumeur ; le cœur,
» dont on sent très bien les battemens, s’enfonce et paraît
» rentrer dans le thorax ; mais la respiration de l’enfant
» est alors moins facile, et dès que Lon cesse la pression ,
ï la tumeur reprend sa forme première , et le cœur s’é-
» chappe avec une sorte de bruissement.
» En examinant plus particulièrement le contour de
» cette tumeur, on reconnaît, à la partie antérieure et la-
» térale gauche du thorax , une large ouverture ou échan-
ï crure qui, autant que l’on peut en juger à travers l’épais-
» seur des chairs, commence au-dessous du bord de la
» quatrième côte sternale , est formée au-dedans par une
» jiartie du sternum , et en dehors par l’extrémité des côtes
» qui ont été détruites , ou n’ont pas pris Lacer oisseraeiit
54o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ‘
» et l’étendue qu’elles ont ordinairement. L’extrémité su- i
» périeure des muscles droits ( sterno-pubiens ) parait r:
» manquer, au moins du côté gauche , ou bien ces muscles j
» sont fort écartés l’un de l’autre, car les parties déplacées I
» ne paraissent recouvertes que par la peau qui, en devant I
» et en haut, est d’une grande ténuité et semi-diaphane, j
» mais qui paraît plus épaisse en bas et du côté de l’om- ,
» bilic, et présente dans cet endroit une large tache bru-
» nâtre et d’une forme irrégulière. Il paraît aussi , d’après il
» le volume de la tumeur , qu’elle contient une portion du }
» foie , et que le cœur est appuyé sur la face convexe de II
» cet organe , et y exécute ses mouvemens (i). »
D’autres cas de hernie du cœur ont été publiés par i
M. Breschet, dans son mémoire sur Yectopie de cet organe. |
Ce savant anatomiste réduit à trois genres les hernies ou I
ectopies du cœur :
GENRE. — Ectopie thoracique du cœur. I
2* * GENRE. — Ectopie abdominale.
3® GENRE. — Ectopie céphalique.
• Les cas que nous venons de rapporter fournissent des
exemples de ce triple genre de hernie du cœur.
Il est très commun de voir coïncider les différentes
espèces de hernie du cœur avec des vices de conformation
de cet organe, dbnt plusieurs sont incompatibles avec la
vie. Au reste, ces hernies supposent elles-mêmes l’existence
d’autres lésions dans les parties voisines, telles que des
(i)« Ainsi, ajoute M. Chaussier, par la nature, la disposition, les pliéno-
> mènes qui l’accompagnent, cette affection con^én/n/e peut être rapportée à la
• classe des hernies, et distinguée des prolapsus, de l'extrophie ou autres ahé-
» rations accidentel les de cet organe. »
I.’enfanl observé par M. Chaussier était d'ailleurs bien conformé. Il tétait, exé-
cutait bien ses fonctions, et semblait promettre de vivre
(*) On conserTiil cet enfant à la Maternité. Je ne racbe pai qu'il en ait été qurition dtpuii la
publication de la note qu'on vient de lire.
HERNIES DU COEUR. 54 1
solutions de continuité, des adhérences anormales, etc.;
et ces lésions peuvent entraîner de graves accidens ou
même une mort inévitable, soit immédiatement après la
inaissance , soit très peu de temps après.
Il n’est pas de notre objet d’approfondir ici les lois et le
imécanisme de la production des ouvertures anormales à
travers lesquelles le cœur s’échappe. Quant à certains vices
Ide conformation qui peuvent coexister avec les hernies du
cœur, nous en traiterons plus loin.
Chez les sujets qui ne succombent pas immédiatement
après leur naissance, le diagnostic des hernies du cœur se
fonde sur les mêmes données que celui des simples dépla-
cemens dont nous avons déjà parlé.
i
CLASSE QLATRIÈ5IE.
t.
DES VICES PBlMORDlAüX DK SITUATION ET DE CONFORMATION BO COBDR.
V ,
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. ,
L’étude des états anormaux dont l’ensemble consti-i
tue la classe des monstruosités s’est enfin complètement:
dégagée de la forme fabuleuse et mystique dont elle fut
enveloppée jusqu’au commencement du xviii* * siècle (i).
L’observation et l’esprit philosophique ont fait justice
des idées superstitieuses dont les monstruosités avaient été
le sujet, et là où l’on ne voyait que des effets de la colère
céleste pu des opérations du démon, les observateurs ont
aujourd’hui reconnu les conséquences de grandes lois d’a-
natomie et de physiologie anormales, telles que celles de
Varrêt, du retardement ou de l’excès de développement, etc.
Toutefois, malgré ses immenses progrès, il s’en faut bien
que la tératologie soit une science achevée. Combien de
ses parties sont encore couvertes d’une profonde obscurité !
La définition de la monstruosité n’est pas aussi facile que
(i) Dans son traité des monstres, publié pour la première fois en i6i6, Lice-
tus professe que quelques monstres sont dus à l’opération du démon.
Jean Riolan, l'un des hommes les plus éclairés du 17® siècle , a pu écrire que:
«quant aux monstres faits à l'image du diable, il faut, si on les laisse vivre,
• les tenir constamment enfermés et cachés dans une chambre. Enfin, il en est
• d’autres qui , moitié hommes et moitié animaux , font injure à la nature et au
• genre humain : ceux-ci doivent être au plus tôt mis <i mort.»
On sait que, chez les Romains, la loi des Douze Tailles ordonnait la mort de
tous les monstres. Cette barbare coutume, à laquelle on ne saurait, sans le pro-
faner, donner le nom de loi , était surtout appliquée aux hermaphrodites. Elle
était aussi eu vigueur chez les Athéniens.
VICES PRIMORDIAUX DE CONFORMATION. 543
quelques uns pourraient le croire. Depuis Ambroise Pa-
ré (i), elle a subi de nombreuses modifications.
Suivant Béclard , une monstruosité est l'état permanent
i'ime jormation qui n aurait dû être que passagère. M. Isid.
Goffroy Saint-Hilaire, qui rapporte cette définition , fait
justement observer qu’elle est trop étroite, puisqu’elle
ne s’applique en réalité qu’aux monstruosités par arrêt de
développement (2).
Dans son article monstruosité du nouveau Dict. de méd. ,
M. Andral donne le nom de monstruosité à toute aberra-
tion de nutrition y d'où résulte pour l'être qui la présente une
conformation d'un ou de plusieurs de ses organes , différente
de la conformation qui appartient à son existence extra-uté-
rine y à son espèce ou à son sexe. Mais, dit encore M. Isid.
Geoffroy Saint-Hilaire, il existe un grand nombre de mons-
truosités qui ne résultent pas évidemment d'une aberration de
la nutrition.
Dans le’ beau Traité de tératologie de ce dernier auteur,
on ne trouve point une définition générale de la mon-
struosité. M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire s’est contenté de
définir chaque classe de monstruosité en particulier, et ses
définitions expriment le fait propre à chaque classe de
1 monstruosité , sans rien préjuger sur l’origine et les cau-
1 ses de cette dernière.
La détermination du mode de développement des diver-
ses monstruosités est un des problèmes qui ont le plus
occupé les anatomistes et les physiologistes, et dont la
(1) Ce grand chirurgien, comme pour payer son tribut aux préjugés de son
temps, dit que les monstres sont choses qui apparaissent contre le cours de
nature, et sont le plus soovknt signes de quelques u*lheues a advenir.
(2) M. Geoffroy Si-Hilaire père a donné une définition du même genre,
mais plus large : «Un monstre, dit-il , n’est qu’un fœtus sous les communes
«conditions, mais chez lequel un ou plusieurs organes n’ont point participé
» aux transformations successives qui font le caractère de l’prgauisation. »
544 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
solution n’est cependant pas encore complèiement trouvée.
Un examen attentif des faits relatifs aux monstruosités
semble démontrer qu’elles proviennent d’une double
origine, savoir, les maladies survenues pendant le cours
de révolution du germe, et la constitution primitivement
défectueuse dé ce même germe, soit sous le rapport de la
position de ses parties, soit sous le rapport de leur confor-
mation. A parler rigoureusement, les monstruosités de la
première classe ne sont autre chose que de véritables ma-
ladies, survenues pendant la période de la vie intra-utérine
ou fœtale , et I on devrait réserver, peut-être , le nom de
vionstruosités aux défectuosités originelles ou primordiales
des germes eux-mêmes. Il est vrai que cette origine des
monstruosités est un peu hypothétique (i).
Quant aux vices de conformation, par suite d’une ma-
ladie survenue pendant le cours de la vie intra-utérine ,
leur existence est un des faits les plus incontestables.
Sous ce point de vue, la classification des monstruosi-
tés se confond presque entièrement avec celle des ma-
ladies elles-mêmes, considérées en tant que simples lé-
sions anatomiques. Cela est si vrai, que la classification
tératologique de M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire contient au
fond tous les élémens d’une classification anatomico-pa-
tliologique des maladies. Ainsi, sous le no/n d’hémitÉries
(i) «Depuis que l'hypollièse de l’existence des germes et de leur évolution
• est généralement reçue, on a aussi admis des germes primitivement défectueux, et
• des accidens postérieurs à la fécondation , |jour expliquer les monstruosités en
» général. Dans le dernier siècle, Lémery fut le représentant de la première opi-
• nion,et Winslow celui delà seconde. Les deux combattans finirent par se faire
• des concessions réciproques. Ainsi , par exemple, Lémery admettait une dis-
» position originaire , primitive, pour lès cas de transposition régulière des vis-
• cères d'un côté à l'autre, et W inslow adoptait les causes accidentelles pour
• quelques cas. Haller avait adopte cette opinion mixte. Parmi les modernes,
»M. Chaussier semble n'admettre que les causes accidentelles. Swammerdam dit
• en leur faveur qu’on peut produire à volonté des monstruosités dans les in-
• sectes, en agissant sur les chrysalides. » (Béclard , mdm. sur les acéphales).
VICES PRIMORDIAUX DE CONFORMATION. 545
(demi-monstruosités ou anomalies simples ) , cet auteur
comprend : i° les changemens de volume ; 2° les change-
mens de forme; 3° les changemens de structure; 4° les
changemens de disposition; 5° les anomalies relatives au
nombre et à l’existence des organes. N’est-ce pas là évidem-
ment une classification anatomico-pathologique tout en-
tière?
Si nous voulions appliquer rigoureusement la classifica-
tion de M. Isid., Geoffroy St-Hilaireaux anomalies (\\x c.æ\jr ,
il ne nous faudrait rien moins que refaire ici, aux névroses
près, toute la pathologie de cet organe. Mais laissant de
côté tout ce qui, dans cette classification, se rapporte aux
simples changemens de position et de direction , à l’hy-
pertrophie et à l’atrophie proprement dites, à l’induration,
au ramollissement, à tous les changemens de structure
en un mot, nous étudierons successivement les anomalies
primordiales du cœur, consistant, soit dans la transposition
de cet organe, soit dans la persistance du trou botal (ano-
malie à laquelle nous réunirons les autres ouvertures congé-
niales de la cloison qui sépare les cavités droites des cavités
gauches du cœur), soit dans le défaut ou la pluralité du
cœur , dans l’augmentation ou la diminution de ses diverses
parties constituantes, soit enfin dans un changement de
connexion^ entre cet organe et les gros vaisseaux qui
s’ouvrent dans ses cavités.
Etudiées en elles-mêmes , et indépendamment de leur
mode d’origine et de leur mécanisme, les anomalies de
position et de conformation du cœur rentrent parfaitement
dans la classification générale de M. Isidore Geoffroy-Saint-
Hilaire.
La division des anomalies relatives à la disposition des
organes en cinq espèces, savoir i: i° les anomalies par
changement de position; 2° les anomalies par changement
de connexion; 3° les anomalies par continuité de parties
ordinairement disjointes; 4° les anomalies par cloisonne-
2. 35
546 MALADIES Du COLUR EN PARTICULIER,
ment ; 5° les anomalies par disjonction des parties ordinai-
rement continues; cette division, dis-je , est parfaitement
applicable au cœur. Mais comme toutes ces anomalies peu-
vent se manifester accidentellement sous l’influence des
diverses maladies que nous avons étudiées dans les précé-
dons chapitres de cet ouvrage, nous n’avons pas dû nous
en occuper ici d’une manière spéciale (i).
r*- , - •
(
CHAPITRE I.
DE LA DEXIOGARDIE ,OU DE LA TRANSPOSITION CONGÉNITALE
ET PRIMORDIALE DU COEUR A DROITE.
§ I. Idée générale de celte anomalie,
11 ne faut pas confondre la' transposition du cœur , dont ;
il est ici question, avec le refoulement de cet organe dans
le côté droit de la poitrine, tel que nous l’avons décrit , en :
traitant des simples déplacemens du cœur. En effet , dans b
ce cas, l’organe n’est pas, à rigoureusement parler, traiis- L
posé. Ses cavités gauches n’ont pas pris la place des droites, L
et réciproquement, circonstance qui caractérise spéciale- I
ment l’anomalie que nous étudions ici (a). Dans les cas de j
■ —
(i) Les observations que l’on recueille chaque jour sur les diverses maladies |
que peut éprouver le fœtus pendant le cours de la vie intra-utérine, répandent p
une vive lumière sur le mode dé développement d'une foule d’anomalies dites |ij
congénitales ou primordiales, et le moment n’est pas éloigné . peut-être , où M
l’étiologie des monstruosités subira une radicale et complète révolution.
(i) .Sous ce point de vue , nous'croyons que M. le professeur Bérard n’a pas g
donné une idée suffisamment claire de la transposition du cœur, quand il a dit R
simplement ; Chez tes stijels qui offtent une transposition complète des viscères, [t
le coeur a sa pointe dirigée à droite et en avant, et sa base en se,ns opposé,
Eu effet, ce n’est point ce changement de direction qui spécifie l’anomalie
dont il s’agit, puisque comme M. Bérard le déclare lui-méme : « Le même chaa- m
TRANSPOSITION DU COEUR. 647
simple déplacement du cœur à droite par une cause acci-
dentelle , le poumon gauche n’est pas situé à la place du
droit, et réciproquement, l’aorte à droite, le foie à gau-
che, etc. Or , c’est là ce qui a lieu dans les cas de véritable
transposition du cœur , transposition qui n’est , pour ainsi
dire, qu’un élément d’un renversement général des viscères
du thorax et de l’abdomen. L’anomalie du cœur dont nous
nousoccupons ici, n'a pas encore été décrite dans les trai-
tés des maladies du cœur. Elle n’est cependant pas extrê-
mement rare, et il y a déjà bien long-temps que des obser-
vations en ont été rapportées. En voici quelques unes.
*
§ II. Cas particuliers de transposition ou de renversement du cœur et des autres
viscères du thorax et de l’abdomen.
OBSERVATION
Chez un soldat des invalides, disséqué par Méry, en 1686,
on trouva un renversement des viscères. C’est à l’occasion
de ce fait, que le grand Leibnitz composa les quatre vers
suivans , qui ne sont pas assurément son plus beau titre à
l’immortalité.
La nature , peu sage , et sans doütb en débadchb ,
Jlaça le foie au côté gauche ;
Et de. même, vice ver sâ.
Le cœur à la droite plaça.
OBSERVATION lüQe.
On trouve dans le tome premier de la médecine pratique
de Maximilien Stoll , un exemple de transposition des vis-
cères : « Un homme est mort ayant un ictère noir provenant
» du squirrhe du sphincter de la vésicule du fiel. Le foie
Agement de direction a été observé dans des cas où les viscères n’étaient pas
A transposés. » ( Dict. de méd, en a5 vol., t. VIII, p. 219.)
35.
548 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER.
» était sphacelé^ et par un jeu extraordinaire de la nature ^
» tous les 'viscères^ tant de la poitrine que de C abdomen,
» étaient changés de place , en sorte que le foie se trouvait à
» gauche , etc. «
OBSERVATION 150e,
On lit dans les Bulletins de la Faculté de Médecine de
Paris (i2 décembre i8i6) : t M. Béclard a présenté, à
» l'examen de la société , le torse d’une femme âgée , chez
» laquelle on a reconnu une transposition complète de
> tous les viscères de la poitrine et du bas-ventre (i). »
J’ai eu occasion d’observer, en 1824, à l’hôpital Cochin,
une transposition du cœur et des autres viscères. Je vais
consigner ici ce cas tel qu’il a été publié par M, le docteur
Dubled , dans le tome VI des Archives générales de médecine
( 1824 ).
OBSERVATION 151e,
' Un charpentier , âgé de 20 ans , d’une assez belle stature ,
entra à l’hôpital Cochin , le 28 août 1824, disant n’être
malade que depuis quatre jours , ce qui ne s’accordait guère
avec la teinte jaune-pâle de tout le corps et un amaigrisse-
ment déjà assez prononcé. Quoi qu’il en soit , il ne se plai-
(1) Dan» son Trailé des maladies des enfans nouveau-nés , Billiard dit que
ta transposition du cœur à droite est une déviation moins rare qu'on ne pourrait
le croire, et que M. Baron en a présenté plusieurs exemples à C Académie royale de
médecine.
Dans son savant Mémoire sur Yectopie du cœur, ÎI. Breschet dit avoir re-
cueilli quaire cas dans lesquels cet organe était placé dans la moitié droite du
thorax. Mais comme les autres viscères avaient généralement conservé leur po-
sition normale, il est plus que douteux que les cas dont il s’agit soient relatifs 5
une véritable transposition du cœur; aussi M. Isid. Geoffroy-Sainl-IIilaire n’a-
t-il pas cru devoir placer ces quatre cas parmi les cinquante on soixante observa-
tions qui , d’après son calcul , ont été rapportées jusqu'ici par les au eurs sur la
transposition des viscères , déviation organique à laquelle il a donné le nom d’/«ê-
térotaxie.
transposition du CœUR. 549
gnaitcfue de céphalalgie, d’étourdissemens , d'oppression,
et de baltemens dans la télé. Le pouls était plein et fré-
quent; les carotides battaient avec une force extraordi-
naire.
Les battemena du cœur , examinés au stéthoscope , étaient
forts, vifs, fréquens , étendus , surtout dans la cavité pecto-
rale droite , ou il semblait quil existât un second cœur.
La langue était blanchâtre , humide, la soif modérée, le
ventre souple et indolent , bien que le malade accusât de
la constipation.
Prescription : Saignée du bras; boiss. émoll. ; lau. émoll.;
sinap.
Peu d’amélioration : les battemens dans la tête conti-
•>
nuent. En somme , tout reste dans le même état pendant
trois ou quatre jours. Tout-à-coup, dans la nuit du 3 au
4 septembre le malade est pris de vomissemens de sang. —
Les dérivatifs , les répercussifs , les tisanes acidulées-gom-
mées sont mis en usage , sans pouvoir arrêter les vomisse-
mens ; bien plus, les boissons les plus douces sont rejetées
elles -mêmes, et parmi les matières vomies on reconnaît
des fragmens de fibrine qui aurait été comme lavée.
Prescription : Sangsues à V épigastre ; potion anti-émét. de
Rivière.
Au bout de quelques jours, le ventre se ballonne, la
diarrhée survient; l’amaigrissement fait des progrès; les
forces baissent de plus en plus, la sensibilité s’émousse;
cependant les battemens du cœur, des carotides et de
l’aorte ventrale sont toujours très forts. ( Les battemens
de cette dernière artère devinrent surtout très sensibles,
vers la fin de la maladie, par suite de la cessation du bal-
lonnement du ventre, et de l’extrême rétraction des pa-
rois abdominales. )
Prescription : Décoct. blanche; riz gom., sir. de coing;
demi lav, avec aniid. et laudan.; pot. avec teint, éth. de
55o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Le malade s’éteignit le 3i septembre.
Autop$ie cadavérique^ heures après la mort. —La poi-
trine et le ventre ouverts, la première chose qui frappe les
regards , c est une transposition des organes renfermés dans
ces deux cavités (i).
Le cœur occupait dans le çôté droit de la poitrine la place
qu'il occupe ordinairement dans la cavité gauche : il se dirigeait
de gauche a droite, de, niardère que sa hase regardait la par-
tie gauche de la poitrine , tandis que sa pointe répondait à
l'intervalle des sixième et septième côtes droites. Le ventricule
droit était à gauche et réciproquement. La partie interne du
ventricule droit, ainsi situé à gauche, recev ait li oreillette droite,
dans laquelle 'venaient s ouvrir les deux veines-caves , situées
l'une à cote de l autre sur le cote gauche de la ligne médiane.
De la base de ce même ventricule naissait l'artère pulmonaire ,
dont la branche qui va ordinairement aiipoumon gauche se ren-
dait au poumon droit , tandis que la branche affectée norma-
lernent à ce dernier poumon se distribuait au poumon gauche.
A la base du ventricule gauche , placé à droite , on voyait en
dehors, V oreillette gauche , regardant comme lui à droite, en
dedans l'aorte cpd , dirigée obliquement de bas en haut et de
gauche à droite , venait se courber au-dessous de l'extrémité
sternale de la clavicule droite. Elle formait ainsi une courbure
dont la convexité , tournée en haut et à gauche, donnait nais-
sance successivement h un seul tronc , d'oîi partaient un peu
plus loin l'artère carotide primitive gauche et la sous-clavière
du même côtéj 2° l' altère carotide droite j 3° la sous-clavière
droite. Après avoir fourni ces trois troncs , l'aorte se courbait
(1) Tous ces viscères étaient d’ailleurs parfaitement sains, à l’exception de la
portion descendante du colon et de la moitié de sa portion transverse , qi^ , noi-
râtres à l’extérieur, présentaient à l’intérieur un grand nombre de petites ul-
cérations jaunâtres, et de végétations fougeâtres , de la grosseur d’un grain dQ
seigle ou de millet.
Le cerveau était sain.
TRA.NSPOSITION DU CCEUR. 55 1
de haut en bas, et descendait jusqu'à la troisième vertèbre lom-
baire, en suivant le côté droit de la colonne vertébrale.
Le poumon droit n offrait qu'une scissure et conséquemment
que deux lobes , tandis cpie le gauche présentait trois lobes et
deux scissures.
■ La veine azygos, placée dans le côté gauche de la poitrine,
venait s'ouvrir dans l'oreillette droite, transposée à gauche.
Transposé également , le diaphragme présentait à gauche
l'anneau Jibreux qui donne passage à la veine cave ascendante,
tandis qu'à droite, il livrait passage en avant à l'œsophage et
en arrière à l'aorte.
L' œsophage se rendait à l'estomac , en se dirigeant ohlique-
ment de haut en bas et à droite.
La grande courbure de l'estomac regardait en bas, en avant
et à droite', tandis que la petite courbure de cet organe était
tournée en arrière- à gauche et en haut. La grosse tubérosité ou
le grand cul-de-sac de V estomac occupait V hypochondrc droit ou
se trouvait également la rate , qui en occupait la partie la plus
profonde. La petite extrémité de l’estomac, tournée à gauche ,
donnait naissance au duodénum qui, d'abord dirigé oblique-
ment de bas en haut, et de droite à gauche, se recourbait au-
dessous de la 'vésicule du fiel, descendait jusqu' au-dessus du rein
gauche, puis eifiin se recourbait de nouveau pour marcher trans-
versalement, et venir se terminer sur la partie latérale droite
de la seconde vertèbre lombaire, en donnant là naissance au jéjiL-
num. Ce dernier et l'iléon étaient renfermés dans la duplicature
du mésentère, lequel , partant de la partie latérale droite de la
seconde 'vertèbre lombaire, 'venait se terminer dans la fosse ilia-
que gauche a oie l'iléon, en se dilatant, donnait naissance au
cæcum. De V extrémité supérieure de ce dernier intestin ainsi >
situé dans la fosse iliaque gauche , partait le colon ascendant.
L' app'ë^ice cœcal était jeté sur le côté gauche de b excavation
pelvienne. Le colon ascendant montait dans la région lombaire
gauche , jusqu' au-dessous du bas-fond de la 'vésicule du fiel,
et là se courbait de haut en bas, pour marcher transversalement
552 MALADIES DU C(EUR EN PARTICULIER.
de gauche à droite , en formant Varc du colon\ enfn, ce dernier
arri\>è dans V hjpochondre droite au-dessous de la rate, se cour-
bait de haut en bas pour descendre dans la région lombaire
droite et former le colon descendant. Cette troisième portion du
colon, parvenue au-devant de la symphyse sacro-iliacpie droite,
se plongeait daiis le petit bassin obliquement de droite à gauche,
pour former le rectum qui offrait une direction inverse de celle
quil présente ordinairement.
Le pancréas était placé transversalement au-devant de la
colonne vertébrale , de telle sorte que sa tête ou grosse extrémité
était tournée a gauche, tandis que sa queue ou petite extrémité
regardait h droite.
Enfin, le foie occupait Vhypochondre gauche ,• son grand
lobe était tourné à gauche , tandis que son lobe moyeu, situé a
droite, recouvrait un peu le grand cul-de-sac de C estomac.
§ III. Quelques considérations sur les causes et le diagnostic de la
transposition du cœur.
Dire que la situation du cœur à droite est une débauche
de la nature peu sage [ Leibnitz), un jeu extraordinaire de la
nature (StoU\ c’est reconnaître implicitement son ignorance
sur la véritable cause de cette anomalie. Ce qui me paraît
certain, c’est que s’il existe une anomalie dont on puisse
difficilement contester la primordialité , si j’ose me servir
de ce mot, c’est celle dont il s’agit ici.
La diagnostic de la transposition du cœur est une chose
très simple. L’inspection, le toucher, la percussion et l’aus>
cultation nous apprendront à la fois l’existence de cette
anomalie. Pour distinguer la véritable transposition du
cœur, du simple déplacement du même organe à droite, il
suffit de réfléchir que dans la première, le foie occupe
l’hypochondre gauche , l’estomac l’hypochondre d#feit, et
que l’aorte longe le côté droit de la colonne vertébrale, etc,
553
PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL^ETC.
CHAPITRE IL
DE LA COMMUNICATION ENTRE LES CAVITES DROITES ET LES
CAVITÉS GAUCHES DU COEUR, SOIT A LA FAVEUR DE LA
NON-OBLITÉRATION DU TROU DE BPTAL, SOIT AU MOYEN
DE PERFORATIONS ANORMALES DE LA CLOISON INTER-
AURICULAIRE ET INTERVENTRICULAIRE.
§ I. Cas particuliers,
\ t
Parmi les observations précédemment rapportées dans
cet ouvrage, il en est neuf dont les sujets ont présenté
l’anomalie dont nous nous occupons ici. (Voir les observa-
tions yZ, 76, 78, 79, 80, loi, 102 et i48.) Nous allons
en* consigner ici six nouveaux cas.
OBSERVATION 152-= (1).
(
Enfant de 4 ans. — Dyspnée et coloration livide du visage depuis la nais-
sance; étouffement au moindre mouvement; battemens du cœur violens, tumul-
tueux. — Cœur très volumineux. — Ventricules paraissant avoir les mêmes di-
mensions; oreillette droite excessivement distendue. — Fosse ovale, très large et
très profonde , percée de plusieurs trous. — A la base du ventricule droit , ou-
verture considérable, conduisant dans l’aorte-, un peu au-dessus et à gauche de
celte ouverture, il en existe une autre qui s’abouche dans l’artère pulmonaire. —
Valvule tricuspide épaissie et comme calleuse. — : Echancrure et interruption du
septum des ventricules , établissant une libre communication entr.e les deux
ventricules.
Un enfant de quatre ans , affecté d’une hydrocèle congé-
nitale, toussait beaucoup et était très oppressé , lorsque
M. Palois, de Nantes, fut appelé pour lui donner des soins.
(0 Cette observation a été recueillie par M. Palois, de Nantes, et publiée
dans les Bulletins de la Faculté de médecine , pour l'année 1809.
664 ÏIAIADIES DU COEUR EN PARTICULIER.'
Sa face , colorée en rouge foncé, était bouffie ; ses lèvres ■
injectées , livides. — Peu de jours après sa naissance, on i
s’était aperça qu’il respirait avec beaucoup de peine, sur-
tout en tétant, que sa face se gonflait alors et devenait très i
rouge, mais reprenait, par le repos, sa teinte naturelle.
En avançant en âge, le petit malade est devenu de plus i;
en plus oppressé; les pieds et les mains sont toujours livides '
et froids; les ongles violets et presque noirs. Au moindre ;
mouvçmerit, la respiration, courte et bruyante, semblait i,
prête à s’arrêter, ce qui l’empêchait de partager les jeux
des enfans de son âge. Les battemens du cœur , violens et ;i
tumultueux, étaient facilement visibles. Pour peu qu’il fit il
froid, il ne pouvait quitter le coin du feu. L’oppression ;i|
était beaucoup plus fatigante, et la coloration de la peau \i
plus foncée et plus livide dans les temps très chauds et très ||
froids. I
Six mois avant la mort de cet enfant, le ventre commença j
à grossir, et M. Palois y reconnut bientôt de la fluctuation, i
Autopsie cadavérique.
Cadavre émacié ; taches livides sur le» épaules et les |
fesses ( il avait coulé par le nez beaucoup de sang noir et
très fluide).
L’abdomen'' contenait une grande quantité de fluide sé-
reux. — Injection de l’estomac et des intestins. — Foie très
volumineux et de couleur bleue d’ardoise.
Le péricarde distendu contenait de la sérosité.
Le coeur, d’un volume considérable , était placé presque
transversalement; l’oreillette droite était excessivement
distendue; la gauche, petite et contractée ; les veines qui
aboutissent à l’une et à l’autre, dans l’état naturel. Les ven-
tricules paraissaient d’égale dimension. L’aorte, d’un ca-
libre extraordinaire à son origine, sortait de la base] du
cœur plus en devant et a droite cjuoji ne 1 observe ordinai-
rement. L’artère pulmonaire, au contraire, beaucoup plus
petite qu’elle n’aurait dù être, naissait directement an-
PERSISTANCE DU TROU DE BOTAt, ETC.
I J devant de l’origine de l’aorte , vis-à-vis et un peu à droite!
; J de la cloison des ventricules. La fosse ovale, très large,
;t très profonde, était garnie d’un tissu mernbraneux joerce de
plusieurs trous , établissant une communication directe avee
\i L'oreillette gauche, laquelle n’offrait rien de remarquable.
Le ventricule droit présenta à sa base une ouverture
c considérable conduisant dans l’aorte. Un peu au-dessus et
à à gauche de cette ouverture, on en voyait une autre beau-;
ccoup plus petite et garnie de deux lèvres calleuses dirigées
L obliquement d’avant en arrière, s’abouchant dans l’artère
|p pulmonaire. La valvule tricuspide était épaissie et comme
If. calleuse à son bord libre.
. A quelques duretés près, la valvule mitrale était dans
sson état naturel. L’orifice aortique, très considérable,
êétait placée près du septum des ventricules , lequel était
i interrompu et comme échancré à sa partie supérieure, ce
cqui établissait une libre communication entre les deux
^ventricules. Les valvules aortiques étaient saines. L’artère
jpulmonaire n’avait que deux 'vals’iües placées tramversale-s
irnent, une antérieure et l'autre postérieure, très larges, formant
t entre elles et le calibre de l'ai'tère , deux culs-de-sac très prot
t fonds.
OBSERVATION 153* (i).
Femme de 25 ans , n’ayant point présenté de coloration bleue de la peau , si
c ce n’est dans les derniers temps de sa vie , et ayant joui jusque là d’une bonne
s santé. — A 25 ans, dyspnée, palpitations, coloration bleuâtre du visage. —
Trou ovale, ouvert comme chez le fœtus \ rétrécissement des orifices auriculo-
’ ventriculaire droit et pulmonaire; trou rond, faisant communiquer Car~
i tire pulmonaire avec le ventricule gauche; hypertrophie considérable du ventri-
< cule droit, avec un peu de rétrécissement de sa cavité ;*ventricule gauche peu
développé.
! Une malade, d’une complexion robuste , avait joui jus-
(i) Publiée par M. le prof. Tommasini ( Clinlca medica di Bologna) , sout^
Cf titre ; Sopra un caso di mofbo cerulep.
1
556 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
qu’à sa aS* année d’une très bonne santé , et n’avait point
présente de coloration bleue de la peau. A cette époque,
elle commença à éprouver, à la suite de chagrins et d’un
accouchement laborieux, de la dyspnée et des palpitations, t
Plus tard, à ces symptômes, se joignit une coloration bleuâ-: |
tre des lèvres, du visage et des extrémités.
Malgré les moyens employés, les saignées en particulier, |
les symptômes augmentèrent et la malade succomba. L’ab- I
sence de couenne sur le sang tiré de la veine, l’inégalité j
et la faiblesse du pouls ( i polsi erano inegùali, ma manca- 1
pano di quella 'vibrazione od arteriosita, che d'ordinario |
carattérizza i ‘vizi del cuore e del sistema arteriosd) , la cou-d
leur violette des lèvres firent soupçonner à M. Tommasim}\
que la maladie affectait principalement les oreillettes dui»
cœur et les gros troncs veineux. 1
Autopsie cadavérique.
Le cœur était d’un tiers environ plus volumineux qu’ài j
l’ordinaire. L’oreillette droite était assez dilatée ; la gauche *
avait son volume normal. Les parois du ventricule droit;!
avaient à peu près doublé d’épaisseur, en même temps que g
la cavité de ce ventricule était assez étroite. ( Le pareti del\\
'ventricolo destro del cuore di crassezza quasi doppia délia natu- !l
raie, e la cavita del medesimo assai ristretta.) Le trou ovale était jli
ouvert comme chez le fœtus, et faisait librement communiquerai,
V oreillette droite avec la gauche. L’orifice ventriculo-auricu-:if
laire était presque obturé par une concrétion polypeuse , et j
rendu très étroit par l’adhésion réciproque des valvules. !»(
L’artère pulmonaire était assez ample et ses parois amin-
cies ; mais son orifice était notablenent rétréci , par suite de i
l’union étroite et réciproque des valvules semi-lunaires, i
lesquelles formaient une espèce de tapis membraneux aui
centre duquel on observait un petit trou rond qui établissait ^
une communication entre l'artère pulmonaire et le ventricule ■
gauche. Les parois de ce dernier étaient peu développées
^ PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL, ETC. ÔÔ^
en comparaison du volume général du cœur ; sa cavité était
J a assez ample, et ses orifices libres.
OBSERVATION 154« (i).
Enfant de u ans, offrant, dès sa plus tendre enfance, une teinte bleuâtre
^iii«de la face. — Mouvemens convulsifs revenant par intervalles, avec syncopes
ir et teinte violette foncée du visage. Vive sensibilité au froid; oppression au moin-
1 ^ dre mouvement. — Cœur plus volumineux qu’à l’état normal. Trou ovale con-
î .serve, ayant 4. lignes environ de diamètre. Ouverture delà clq^n intervenlri-
. I culaire pouvant adrUettre le doigt , faisant communiquer le ventricule droit
I ..avec le gauche et avec l’origine de l'aorte: rétrécissement de l’artère pulmo-
Inaire et de son orifice, lequel ne présente que deux valvules.
Un enfant, âgé de ii ans, offrait depuis sa plus tendre
eenfance une teinte bleuâtre de la face, sans altération
rnotable dans l’exercice des fonctions. A 16 mois, pour la
^première fois , mouvemens convulsifs, perte de connais-
ssance; visage entièrement violet. Depuis cette époque, re-
ttour assez fréquent de syncopes, déterminées surtout par
ides efforts, ou de violens emportemens auxquels cet en-
ffant, extrêmement irascible, se livrait, à la moindre con-
ttradiclion. 11 devenait alors tout-à-fait livide, et paraissait
(comme asphyxié. En appliquant la main sur la région du
(cœur, à peine y pouvait-on sentir un léger frérhissement. A
;5 ans, épistaxis qu’on eut beaucoup de peine à arrêter.
1 L’enfant était extrêmement sensible au froid, et ne pou-
' vait faire le moindre exercice sans se sentir très oppressé.
' Il mourut en faisant des efforts pour aller à la garde-
I robe.
Autopsie cadavérique.
Le cœur, plus volumineux que dans l’état naturel , et
gorgé de sang , offrit les lésions suivantes : le trou ovale
(1) Recueillie par M. Cailliot, professeur à la faculté de médecine de Stras-
bourg, et publiée'dans le t. I'’des Bulletins de la faculté de médecine de Paris
(anXlll).
j.
558 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULTER. j
conservé établissait une communication entre les deux oreillettes . \
Cette ouverture avait environ quatre lignes de diamètre. La cloi-' !
son qui sépare les 'ventricules , présentait une ouverture assez\‘.
grande pour admettre le doigt ÿ et dont le contour était parfaU\ •
tement lisse. U aorte ayant été ensuite fendue au-dessus des' ,
'valvules sigmoïdes , on 'vit que V orifice de cette artère embras- \ i
sait L’ouverture qui établissait communication entre les ventri- |
cilles.
L’orifice 3e l’artère pülraonaire, très étroit, ne présentait'
que deux /valvules sigmoïdes. Cette artère, plus rétrécie
encore au-dessus de son origine, augmentait ensuite dei
diamètre en s’éloignant du cœur; ses membranes étaient i:
plus minces que dans l’état naturel.
Le canal artériel , complètement oblitéré , se rendait 1
dans la sous-clavière gauche, laquelle donnait naissance à t*
la carotide gauche , tandis que la sous-clavière et la caro- |i
tide droites naissaient par deux troncs séparés. |
OBSERVATION 155« (i).
Enfant de 3 ans. — Visage d’un rouge violet ; lividité du bout des doigts. —
Dyspnée , syncopes fréquentes. — Mort à la suite d’une hémorrhagie buccale. —
trou ohale cànsèrvé. — A la base de là cloison ventriculaire, ouverture large ,
établissant une communication entre les deux ventricules. — Hypertrophie con-
centrique du ventricule droit ; dilatation énorme de l’oreillette droite. — Rétré-
cissement extrême de l’oriüce pulnttonaire.
Un enfant de trois ans, faible , d’une maigreur extrême,
avait le visage d’ün rouge violet. Il restait habituellement
couché. Ses gencives tuméfiées saignaient avec la plus
grande facilité. La peau du bout des doigts était plus livide
encore que celle du Visage.
A deux mois , cet enfant avait été attaqué de la coque-
luche. A cette époque, le visage avait pi’is une teinte rouge,
(i) Recueillie également par M. Cailliot.
persistance DÜ TROÜ DÊ BOTAt, ETC. Ô5g
qui avait toujours été depuis en augmentant d’intensité,
même après la disparition de la toux.
Comme le précédent sujét, cet enfant éprouvait fré-
quemment des syncopes, qui s’ànnonçaient par une dys-
pnée très forte, et étaient accompagnées le plus souvent
d’une lividité générale de la peau, et quelquefois, au con-
traire, d’une pâleur très marquée.
Après avoir éprouvé une hémorrhagie buccale effrayante,
il tomba dans un assoupissement qui fut suivi de la mort ,
après s’être prolongé pendant deux jours.
Autopsie cadavérique.
Le cœur, situé transversalement dans la poitrine , avait
sa base directement tournée du eôté droit. L’oreillette
droite^ distendue par un sang noir, en partie fluide, en
partie coagulé, était seule aussi volumineuse que tout lé
reste du cœur. Le trou ovale conservé pouvait admettre une
sonde de femmei Les parois du uentricule droit étaient d’une
épaisseur considérable, et sa cavité rétrécie nerenfermait qu’une
petite quantité de sang. Après avoir incisé Ce ventricule , on
essaya de faire pénétrer la sonde dans l’artère pulmonaire,
mais cet instrument s’engagea aussitôt dans l’aorte. On
ouvrit alors le ventricule gauche, et l’on aperçut, vers la
hase de la cloison , une ouverture large qui établissait une corn-
munication entre les deux ventricules .
Pour pénétrer ensuite dans l’artèTe pulmonaire, il fallut
recourir à un stylet , tant son oiifice était rétrécie Le canal
artériel oblitéré allait se terminer à la sous-elavièrë gauche,
laquelle fournissait la carotide primitive f tandis que les
artères correspondantes du côté opposé formaient, dès
leur origine, deux troncs séparés (1).
Enfin, la position du cœur avait tellement changé les
(i)Ce nouveau point de ressemblance entre ce cas et le précédent, mérite
d’être signalé.
66o MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER. i|
rapports de 1 aorte, que celle-ci, au lieu de se contourner 4
autour de la bronche gauche , embrassait dans sa courbure [
la bronche droite , et passait derrière l’extrémité infé- '?
ricure de la trachée artère , pour aller gagner le côté
gauche de la colonne vertébrale.
>
OBSERVATION 156e (i). j
i
Femme de 28 ans. — Dyspnée, palpitations; matité très étendue et bruit
de soufflet dans la région précordiale ; point de cyanose proprement dite. |
Épanchement séro-albumineux dans le péricarde. Dilatation de l'oreillette droite, ^
du ventricule correspondant, des orifices droits et de l’artère pulmonaire. — \
Trou bolal conservé. j
Une couturière, âgée de vingt-huit ans , était malade \
depuis plus de sept ans , quand elle vint à l’hôpital de la |
Charité , le 24 juillet 182D. Elle attribuait sa maladie à une ||
■ frayeur violente , suivie d’une dyspnée subite avec une di- |
minution considérable des forces. A l’oppression qui fit des
progrès continuels , se joignirent des palpitations, puis des
rêves pénibles avec réveils en sursaut, l’infiltration des
membres inférieurs et l’ascile. Hémoptysies légères; figure
il : pâle, un peu jaunâtre. — Gonflement des jugulaires à
y, chaque pulsation artérielle ; percussion mate dans la moi- i
; tié antérieure et inférieure du côté gauche de la poitrine;
impulsion molle et étendue à la région précordiale ; bruit 1
î de soufflet , dans le mêin’e point , à chaquç battement du cœur; j;
* pouls calme et régulier.
I La dyspnée ayant augmenté et le pouls étant devenu ir-
' régulier , la malade expira, le i4 août, vingt jours après j
I son entrée. ’
i Autopsie cadavérique , vingt-quatre heures après la mort.
! OEdème des membres inférieurs ; point de vergetures. |
i ’
I
I (1) Recueillie parM. Louis, et publiée dans le mémoire de cet auteur sur la
j communication des cavités droites et gauches du cœur.
i
1
i
PERSISTANCE BU TROU DE BOTALj ETC. Ô6 l
Le péricarde occupait la plus grande partie de la poi-
trine, contenait environ huit onces d’une sérosité claire ,
dans laquelle flottaient quelques filamens albumineux, et
n’offrait pas d’autres traces d’inflammation.
Le cœur avait sept pouces et demi dans le sens horizontal
(de la pointe de cet organe au sommet de l’oreillette droite),
et cinq pouces huit lignes dans le sens vertical. L’oreillette
droite avait cinq pouces de haut sur trois et demi de large,
et contenait un gros caillot de sang noir. Le ventricule
correspondant était triplé ou quadruplé de volume; sa
pointe dépassait d’un pouce celle du ventricule gauche,
dont la capacité était bien peu augmentée. L’oreillette gau-
che n’éiaitpas plus ample que dans l’état naturel; ses parois
étaient saines; celles du ventricule correspondant, un peu
mollasses et épaisses de trois lignes et demie seulement.
Les parois de l’oreillette droite avaient une fermeté et
une épaisseur au moins doubles de celles qui lui appar-
tiennent dans l’état naturel ; le ventricule correspon-
dant était épais d’un peu plus de deux lignes, et, comme
l’oreillette , plus ferme que de coutume. — Le troubotal
était conservé , lisse, poli , rneinhr-aneux en arrière , foi'mait un
cercle imparfait antéiieur'ement et (Tun pouce de diamètre en-
viron. Les orifices auriculo-ventriculaire et venlriculo-pul-
monaire avaient quarante-huit lignes de développement ,
tandis que ceux du côté opposé n’avaient que vingt-quatre
lignes (i). La dilatation de l’artère pulmonaire était géné-
rale , se prolongeait jusque dans ses ramifications , qui
avaient encore , à une petite distance des plèvres, deux
lignes de diamètre. L’aorte était parfaitement saine.
Les poumons étaient un peu plus lourds, que dans l’état
ordinaire , et légèrement engoués à leur base ; le droit était
parfaitement libre ; le gauche offrait des adhérences celiu-
(i) On doit regretter que l’état des valvules n’ait pas été décrit par M. Louis.
a. 36
66q maladies du cceur en particulier.
leuses dans toute l’étendue de son lobe inférieur : on n’y
observait aucune espèce de lésion.
OBSERVATION 157« (i).
Homme de 67 ans. — A la suite de contusion de la région épigastrique et
précordiale , symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Une
pinte desérosité dans le péricarde. — Hypertrophie et dilatation considérable des i
cavités droites. — Dilatation avec amincissement de l’oreillette gauche ; épaississe-
ment léger des parois du ventricule gauche avec rétrécissement dé la cavité.
•^Trott ovale conserve, ayant plus d’un pouce de diamètre; rétrécissement de l'o-
rifice auriculo-ventriculaire gauche avec induration de la valvule mitrale.
Un postillon, âgé de cinquante-sept ans, reçut de violens
coups de poing à l’épigastre, et, pendant les trois semaines
qui suivirent, eut de la dyspnée, des défaillances, de vives
douleurs à l’endroit frappé. Ces symptômes avaient cessé
en grande partie , lorsqu’une nouvelle contusion à l’épi-
gastre eut lieu. Dès lors, palpitations, visage violacé , pouls
irrégulier, étouffement au moindre mouvement; œdème,
ascite , etc.
A l’ouverture du corps , on trouva ce qui suit : le péri-
carde, très développé , occupait la plus grande partie de la
cavité gauche de la poitrine et refoulait le poumon corres-
pondant (celui-ci adhérait avec la plèvre costale). Une pinte
de sérosité claire et citrine dans la cavité du péricarde. —
Cœur beaucoup plus volumineux qu’il n’aurait dîi l’être ,
malgré la forte stature de l’individu. Oreillette droite très
dilatée, à parois plus épaisses, plus dures qu’à l’état normal ;
munie de colonnes charnues aussi fortes que celles qui ,
dans l’état naturel, se voient à l’intérmur du ventricule i
gauche. Dilatation de l’orifice auriculo-ventriculaire droit,
avec agrandissement proportionnel de la valvule tricuspide.
Cavité du ventricule droit énorme ( il y avait une dispro- j
(1) Observation de Corvisort.
PERSISTANCE DU TROU DE ROTAI, ETC. 663
portion étonnante entre elle et celle du ventricule gauche) ;
parois du ventricule droit très épaissies et garnies intérieu-
rement de colonnes charnues , plus saillantes et plus fermes
que dans l’état ordinaire.
L’oreillette gauche paraissait avoir beaucoup plus d’ara-
pleur qu’elle n’en a communément ; mais ses parois avaient
l’épaisseur d’une simple membrane ; la cloison qui sépare
les deux oreillettes avait, en raison de l’agrandissement de
leurs cavités, acquis beaucoup d’étendue. La fosse ovalaire
avait bien deux pouces de diamètre , et était percée d’un trou
de forme ovale , ou plutôt inégalement circulaire , du diamètre
de plus d’un pouce ^ les bords de cette ouverture étaient minces^
lisses , blanchâtres et comme tendineux.
L’orifice auriculo-ventriculaii"te gauche était rétréci (on
pouvait cependant encore y introduire l'extrémité de l’un
des doigts). La valvule mitrale était un peu épaissie et ru-
gueuse vers ses bords ainsi qu’à sa base.
La cavité du ventricule gauche était extrêmement petite
(on aurait à peine pu y loger un corps du volume d’une
noix ). L’epaisseur des parois musculaires était peu augmen-
tée ; elles étaient un peu plus dures que dans l’état naturel ,
sans doute à cause de leur rétraction sur elles-mêmes.
L artère aorte avait , à sa naissance , très peu de diamètre,
et n’offrait aucune autre particularité.
L artère pulmonaire était très dilatée à son embouchure
et meme vers sa division. Les valvule;s de cette artère avaient
acquis beaucoup d’étendue, sans ét;re autrement altérées.
36j
564
MALAÏ)ÏI:S DU COEUR EN PARTICULIER.
HISTOIRE GENERALE DE EA COMMUNICATION ANORMALE DES 1
t I
CAVITÉS DROITES ET GAUCHES DU COEUR LES UNES AVEC LES j
AUTRES. I
S I*r. Description des ouvertures de communication , indication des diverses i
lésions anatomiques du cœur coïncidant ordinairement avec ces ouvertures |
anormales. |
I. Les cavités opposées du cœur peuvent communiquer j
entre elles , tantôt par une ouverture unique, tantôt pari
plusieurs ouvertures. Ces ouvertures siègent sur la cloison i
interauriculaire, ou sur la cloison interventriculaire seule-
ment, ou bien sur l’une et l’autre en même temps. Dans beau-
coup de cas, l’ouverture .que l’on rencontre sur la cloison
interauriculaire, n’est, sans doute, autre chose que le trou
ovale lui-même , dont l’oblitération ne s’esl pas accomplie ;
mais, dans d’autres cas, l’ouverture peut être le résultat
d’un véritable état morbide accidentel; et cela devient sur-
tout évident, lorsque cette ouverture n’occupe pas le point
de la cloison où se ti’ouve normalement le trou de Bolal ,
ou lorsqu’il existe plusieurs ouvertures sur cette cloison , ii
comme dans le septième cas, rapporté plus haut.
Quel que soit, au reste , le mécanisme qui ait présidé à
la formation d’une ouverture anormale entre l’oreillette
droite et l’oreillette gauche, cette ouverture est ordinai-
rement arrondie, à bords lisses , quelquefois épais, comme
tendineux, et son diamètre, le plus souvent de 4 à5 lig. ,
peut cependant avoir lo à 12 lig. et même plus (i).
(i) De ce que, dans aucun cas, on n’a trouvé au\ environs de l’ouverlnre
interauriculaire nulle trace de ramollissement, ou de quelque lé.-ion récente ,
M. Louis est porté à croire que dans tous les cas qu’il a rapportés , elle était
congénitale et non acquise. Je ne veux pas agiter eu ce moment la question
desavoir si l’ouverture de la cloison interauriculaire est toujours congénitale,
mais il me semble que la preuve anatomique invoquée par M. Louis à l’appui de
l’afûrmaliven’cst pas assez concluante. En effet , une ouverture non congénitale, ter-
PERSISTANCÆ DU TROU DE ROTAE^ ETC. 565
La perforation de la cloison interventriculaire peut en
occuper les diffërens points ; toutefois , elle paraît affecter
une sorte de préférence pour la jonction de cette cloison
avec celle des oreillettes, vers l’insertion de l’artère pul-
monaire et de l’aorte. La forme des perforations de la cloi-
son interventriculaire est variable ; cependant elle est le
plus ordinairement arrondie ( de là le nom de trou^ sous
lequel ces perforations sont désignées par la plupart des
observateurs ), et leur diamètre est, en général, le même
que celui des perforations de la cloison interauriculaire
(de 2 lig. à I pouc. environ, d’après un relevé de M. Louis);
ainsi que le pourtour de ces dernières , celui des perfo-
rations de la cloison interventriculaire est, en général,
lisse, poli , comme fibreux (i).
II. — L’état où se trouvent les valvules du cœur et les
orifices auxquels elles sont adaptées, dans les cas de commu-
nication anormale entre les cavités opposées du cœur, mérite
de fixer toute notre attention. Sur quinze cas de ce vice de
conformation rapportés dans cet ouvrage , il en est douze où
les valvules du cœur étaient altérées, épaissies, indurées, cor-
rodées, perforées (dans les trois autres cas, il n’est pas fait
mention de l’état des valvules ).
minée par la cicatrisation de ses bords, ne pourrait-elle pas offrir, au bout
d'un certain temps, tous les caractères assignés par M. Louis à une ouver-
ture congénitale?
(i) De l’analogie qui existe entre la disposition delà perforation de la cloison
interventriculaire et le <ro« de Bolal persistant, M. Louis en conclut qu’ellcest
congénilale comme cette dernière lésion. Il fait remarquer cependantque dans une
observation de M. Thibert (nous l’avons rapportée sous le n“ 102), te contour
de l ouverture pratiquée aux deux cloisons offrait des franges membraneuses.
jaunâtres , irrégulières , et des caractères assez différons de ceux indiqués ci-
dessus , pour qu on fut porté à croire que dans ce cas, du moins , la communica-
tion était accidentelle. Toutefois, M. Louis ne considère pas ce cas comme suf-
fisant pour détruire la règle qu’il a établie. Les réflexions que nous avons faites
a 1 occasion des perforations de la cloison interauriculaire sont applicables à
celles de la cloison interventriculaire.
566 MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER.
Dans dix des douze cas où les valvules étaient indu- i|
rées, il existait un rétrécissement de l’orifice du cœur ^
auquel elles appartenaient (dans les deux autres cas, -j
les dimensions de l’orifice n’ont pas été indiquées ). Dans :i
huit des douze cas, la lésion occupait les valvules droi-
tes ; dans trois, les valvules gauches ; dans un cas enfin,
il est dit qu’elle occupait les valvules sigmoïdes, sans ;
qu’on ait spécifié si ces valvules étaient celles de l’artère P
pulmonaire ou celles de l’aorte. Dans cinq des huit cas i
de lésion des valvules droites, cette lésion affectait les val-
vules pulmonaires; dans deux, la valvule tricuspide,
et dans un, les valvules pulmonaires et la vahuile tri-
cuspide à la fois dans deux cas (obs. iSa® et i54* *), les
valvules pulmonaires n’étaient qu’au nombre de deux. Sur
cinqüante-trois cas de cyanose rapportés par M. Gintrac,
il y en a vingt-sept dans lesquels un pareil obstacle s’est
rencontré ; et dans ces vingt-sept cas, il occupait les orifices I
droits (vingt-six fois l’orifice de l’artère pulmonaire, et une |
seule fois l’orifice auriculo-ventriculaire ). Comme nous li
avons décrit le rétrécissement dont il s’agit dans le chapi-
tre second du livre premier de cet ouvrage, nous n’avons
point à nous en occuper ici (i).
La fréquence du rétrécissement des orifices droits et de
l’orifice de l’artère pulmonaire, dans les cas de communi-
cation entre les cavités droites et les cavités gauches du
(i) Après avoir passé en revue les variétés de structure des rétrccissemens de
l'orifice de l'artère pulmonaire,^!. Louis tire la conclusion suivante: «Il semble-
»rait donc résulter de tout ce qui précède que le trou de Bolal, à une époque 1|
» quelconque de la vie , la perforation de la cloison des ventricules , et le rétrécis- ■
• sementde l'artère pulmonaire, doivent être considérés comme des dispositions 'i
• congénitales. » Cette conclusion ne me paraît pas rigoureusement déduite des i
faits anatomiques rapportés par M. Louis. En effet, nous ne craignons pas
d’afCrmer que, parmi les cas dont il s’agit, il en est dans lesquels le ré- i
trécissement de l’artère pulmonaire elle-même ou de son orifice n’était pas '
congénital , comme le prouveront , j’espère , les considérations que nous i|
PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL, ETC. 667
cœur est, comme l’a dit M. Louis, bien digne de re-
marque.
. jn. — Dans onze des quinze cas que nous avons rappor-
tés , le volume du cœur était augmenté ( ce volume n’a pas
été indiqué dans les quatre autres cas). L’augmentation do
volume tenait à la fois, dans la plupart des cas, et à la
dilatation et à l’hypertrophie des cavités droites. La dila-
tation alTeclait de préférence l’oreillette droite : elle a été
notée dans dix cas ( dans les cinq autres, le volume de l’o-
reillette n’a pas été indiqué). Dans cinq des dix cas de di-
latation de l’oreillette, l’épaisseur de ses parois n’a pas été
notée; il est dit dans les cinq autres cas que l’oreillette
était hypertrophiée en même temps que dilatée. L’hyper-
trophie du ventricule droit a été signalée dans dix cas ( il
n’est rien dit de l’épaisseur des parois de ce ventricule
dans les cinq autres cas ). Une circonstance des plus remar-
quables, c’est que dans quatre des dix cas d’hypertrophie
du ventricule droit, celle-ci affectait la forme concen-
trique.
Les cavités gauches du cœurn’ont, en général, présente
aucune lésion notable, sauf les trois cas dans lesquels exisr
taient l’induration des valvules et le rétrécissement des ori-
fices gauches.
Rapprochons de ce résumé celui de M. Louis : « Les vingt
«observations que nous avons rapportées , dit-il, si l’on
» en excepte une qui manque de détails , sont des exemples
présenterons plus loin sur les causes , le mode de développement et lei
^signes de l’anomalie que nous décrivons. Les dispositions anatomiques du
rétrécissement de ToriEce de l’artère pulmonaire, dans quelques uns des faits ras-
semblés par M. Louis, ne sont point essentiellement différentes de celles qui
existeraient dans un cas de rétrécissement non congénital. 11 faudrait cependant
qu'il en fût ainsi pour que la conclusion de M. Louis pût être rigoureuse-
ment adoptée. Mais il est évident que pour remonter à l’origine préci.se des lé-
sions qui nous occupent , ce ne sont pas seulement les données fournies par les
dispositions anatomiques qui doivent servir de base à la discussion.
oGS MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
» à'anéurismes d’une ou de plusieurs cavités du cœur. La
» dilatation de l’oreillette a été observée dix-neuf fois , six
» fois avec hypertrophie ^ et deux fois avec amincissement
» de ses parois; celle du ventricule droit dix fois, son hy-
» pertrophie onze fois, et cinq fois cette hypertrophie a
n coïncidé avec la dilatation de sa cavité, tandis que du
» côté gauche la dilatation de l’oreillette a été observée
» trois fois seulement, celle du ventricule quatre, son hy-
» pertrophie trois, et celle de l’oreillette deux, précisé-
» ment l’inverse de ce qu’on rencontre ordinairement. »
Le résumé de M. Louis s’accorde parfaitement avec le
nôtre, du moins dans les circonstances principales, et
cela ne pouvait être autrement, puisque la plupart des
faits , sur lesquels M. Louis a opéré , sont aussi ceux sur les-
quels nous avons opéré nous-même. On remarquera seule-
ment que M. Louis n’a pas fait mention de l’hypertrophie
concentrique ou avec rétrécissement du ventricule droit ,
bien que plusieurs des faits qu’il a résumés s’y rapportent ( 1 ).
(i) M. Louis s’esl appliqué à démontrer que la perforation de la cloison vm-
Iriculaire n’a été, chez aucun des sujets dont il a rapporté l’observation, l’efret
de Vhyperlrophlc du ventricule droit et du rétrécissement de l'artère pulmonaire,
d'où il conclut, sous ce nouveau rapport, que la communication des cavités droites
et gauches du cœur parait être un vice de con formation , une disposition congé-
nitale et non acquise. Nous pensons assurément, avec M. Louis, que, dans
l'immense majorité des cas au moins, l’iiypertrophie du ventricule droit et le
rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire, ou du tronc même de. celle
artère, n’ont pas déterminé la perforation de la cloison ventriculaire. Mais en
conclure que la communication réciproque des cavités droites et gauches du cœur
est un vice de conformation constamment congénital, c’est aller bien au-delà de
ce que comportent les prémisses de notre argument. En effet, l’hypertrophie du
ventricule droit et le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire ou
du tronc de celte artère ne sont pas les seules causes, ni meme les principales
causes qui pourraient donner lieu à une perforation accidentelle de la cloison
ventriculaire. D’ailleurs, un peu plus loin, M. Louis déclare lui-ménie que
sa conclusion ne s’appliquequ’aux faits qu’il a rappporlés’,: « Nous ne prétendons
• pas, ajoute-t-il, que jamais il ne puisse y avoir de perforation accidentelle
»de la cloison des cavités du cœur, puisqu’on a des exemples de perforations
* spontanées de cet organe, dans d’autres points de son étendue: mais nous
PERSISTANCE DU TROU DE ROTAt, ETC. 56g
IV. Dans quelques cas, la perforation de la cloison qui
sépare les cavités juxtà-posées du cœur coïncide avec d’au-
tres anomalies vraiment congénitales et primordiales, telles
que la naissance de l'aorte du 'ventricule droit, comme
M. Ribes en a recueilli un exemple ( c’est la 23® observation
du Mémoire de M. Louis), la naissance de la même artère
des deux ventricules à la fois ( observation '19® et 20® du
Mémoire de M. Louis ), la persistance du canal artériel
( observation 13® et 15® du Mémoire de M. Louis), etc. (i).
V. L’état du péricarde n’a été mentionné que dans quatre
de nos quinze cas de communication entre les cavités jux-
tà-posées du cœur. Dans ces quatre cas, le péricarde con-
tenait depuis trois onces jusqu’à une pinte de sérosité.
Dans deux cas, la sérosité était mêlée de flocons albumi-
neux; dans un cas, il existait aussi une fausse membrane et
des granulations à la surface de. l’oreillette droite; dans le
quatrième cas recueilli par Gorvisart , on ne dit pas quelle
était la qualité du liquide épanché dans le péricarde , à la
dose d’aune pinte.
M. Louis n’a pas cru devoir parler des lésions du péricarde
dans son résumé des dispositions anatomiques du cœur,
chez les individus affectés d’une solution de continuité de
la cloison des ventricules ou des oreillettes. 11 nous importait
• pensons que ces cas sont in6niment rares, et qu’ils doivent être la suite de
• quelque lésion de tissu plus ou moins grave, et dont on doit retrouver des
I «traces après. la mort.» Cette dernière condition ne serait nécessaire qu'autant
I que la mort aurait lieu immédiatement ou peu de temps après cette lésion
I de tissu; et partant avant sa guérison par cicatrisation.
(i) M. Louis considère les vices de conformation évidemment congénitaux, coïn-
I cidnnt avec la perforation de ta cloison des ventricules ou avec le trou de Dotal ,
I comme établissant une présomption bien forte en faveur de l’origine’ également
I congénitale de cette dernière lésion. Il n’y aurait assurément rien de satisfaisant à
« opposer à M. Louis, si les vices de conformation signalés ci-dessus coïncidaient
1 toujours avec la communication anormale des cavités droites et gauches du cœur
• entre elles. Mais il n’en est pas ainsi, et cette coïncidence n’a même lieu que dans
1 la minorité des cas.
570 MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER,
au contraire, à nous, de la signaler, puisque nous avons dé- n
montré précédemment, par des faits nombreux, rinfluence ;
qu’exerçaient certaines affections inflammatoires du péri- i
carde et de l’endocarde sur le développement de l’hyper- »f
trophie du cœur. Or, trois des quatre cas dans lesquels le 1
péricarde était affecté appartiennent certainement à la pé- 1
ricardite, puisque le liquide contenait des productions
pseudo- membraneuses, et que même, dans un cas, une i
véritable fausse membrane et des granulations recouvraient
la portion du péricarde qui tapisse l’oreillette droite.
Nous ajouterons que parmi les vingt observations que ren- i
ferme le Mémoire publié par M. Louis , les deux qui ont i
été recueillies par cet auteur sont précisément des cas u
dans lesquels il existait des traces de péricardite. |
§11. Des symptômes et des effets.de la communication anormale entre les b
, cavités droites- et gauches du cœur. •
Si nous possédions un bon nombre de cas dans lesquels
le vice de conformation qui nous occupe eût été observé
à son état de simplicité, c’est-à-dire dégagé de toute compli-
cation d’autres lésions du cœur, nous éprouverions moins
d’embarras dans l’exposition de ses symptômes. Mais rien
n’est plus rare que des faits de ce genre. Je me rappelle seu-
lement un cas de persistance du trou de Botal chez un
phthisique dont le cœur nous parut d’ailleurs bien con-
formé. Or, nous n’observames chez ce sujet aucun trouble
delà circulation, qui pût nous faire soupçonner l’existence
de l’anomalie indiquée. Pour avoir les symptômes propres I
à la lésion que nous étudions, il faut donc commencer par t
dégager tous ceux qui appartiennent aux lésions coïnci- ■
dentes (1).
(1) C'est aussi de celle manière que M. Louis a procédé. On voit seulement
que, fidèle aux anciennes traditions, il a désigné sous le nom commun d’ané-
vrisme, les lésions diverses et meme opposées qui existaient chei les maladet
PERSISTANCE DU TROU DE ROTAI ^ ETC. 67 1
Or, cette élimination une fois faite, que nous reste-t-il
pour caractériser la communication entre les cavités droites
et gauches du cœur ? Rien , ou presque rien. Parcourez , en
effet , les observations les plus détaillées que nous ayons
rapportées, et vous verrez que les palpitations, la matité de
la région précordiale , le frémissement cataire , le bruit
de soufflet, les défaillances, les syncopes, l’étouffement,
l’inégalité, l’iri’égularité, l’intermittènce du pouls, les con-
gestions veineuses et séreuses, etc., sont autant de symp-
tômes que nous pouvons rapporter à l’hypertrophie du
cœur, aux lésions des valvules, aux rétrécissemens des ori-
fices du cœur et de l’artère pulmonaire qui coïncidaient
avec l’ouverture anormale de la cloison des oreillettes ou
des ventricules.
Plusieurs médecins ont attribué à ce vice de conforma-
tion exclusivement l’affection désignée sous les noms de
cyanose^ de maladie bleue, d’ictère bleu, et qui consiste, comme
son nom l’indique, dans la coloration violette ou bleuâtre,
soit de toute l’habitude extérieure du corps, ce qui est
fort rare, soit de certaines parties seulement , telles que le
visage et spécialement les lèvres, les oreilles, les extrémités
des doigts, les ongles , etc. Ainsi que nous l’avons dit dans
un autre endroit de cet ouvrage, nous ne prétendons pas
que le mélange d’une certaine quantité du sang des cavités
droites avec celui des cavités gauches du cœur ne puisse ,
jusqu’à un certain point , concourir à la production de la
dont il a consigné les observations dans son mémoire: o Nous ne nous arrête-
• rons pas, dit-il, à tous les symptômes consignés dans l’histoire de nos malades,
» parce que , TOUTES ces observations étant aussi des exemples d’anévrisme du
vcœur, il faudrait répéter, sans le moindre avantage, tout ce qui est relatif à
«cette affection.» Quoi 1 toutes les observations dont parle M. Louis étaient
des exemples d’anévrisme , c’est-à-dire de dilatation des cavités du cœur, et dans
plusieurs de ces observations il est noté expressément qu’il existait un rétré-
cissement de quelqu'une des Cavités du cœur (dans un cas recueilli par M. Louis
lui-même, ta cavité du ventricule droit était réduite à très peu de chose) !
5']'2 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER,
cyanose; niais il ne faut pas se dissimuler que cette influence |
est renfermée, selon toute apparence , dans des limites
beaucoup plus étroites que celles qni lui avaient été assi- y
gnées. Une des plus victorieuses objections que l’on puisse «
faire à l’opinion dont il s’agit, c’est que suivant une remar- h
que très judicieuse de M. Fouquier, la peau du fœtus, chez j
lequel existe normalement le mélange du sang rouge et du i
sang noir, n’est pas colorée en bleu. D’un autre côté, \
M. Breschet dit avoir vu chez, un enfant d’environ un mois, ,
l’artère sous-clavière gauche prendre naissance de l’artère ;
pulmonaire , sans que cetlé disposition singulière eût ap-
porté la moindre modification dans la coloration de ce ||
membre (i). Enfin, on rencontre une teinte violette ou i
bleuâtre chez des individus qui, exempts de toute com-
munication anormale entre les cavités droites et gauches
du cœur , sont atteints d’un grand obstacle à la circulation , ,
comme il arrive dans les cas d’un rétrécissement considé-
rable des orifices du cœur, par exemple. N’est-il donc pas i
extrêmement probable que la coloration livide, violette,
bleuâtre, observée dans les cas du vice de conformation que
nous étudions, tenait principalement, sinon exclusivement,
au rétrécissement des orifices du cœur ou de Tarière pul-
monaire dont il était accompagné ?
MM. Louis et Ferrus soutiennent même que le mélangé
du sang noir avec le sang rouge n’est pour. rien dans la
cyanose qui existe chez les sujets atteints de communica-
tion entre les cavités droites et gauches du cœur et de ré-
trécissement des orifices de cet organe. Quant à nous, il nous
(i) En admettant que le. mélange du sang noir avec le sang rouge fut la seule
et véritable cause de la cyanose , il ne faudrait pas attribuer cette maladie a
la seule perforation de la cloison des ventricules ou des oreillettes. Il est, en
effet, d’autres vices de conformation qui peuvent entraîner le mélange dont il
s’agit, comme, par exemple , la persistance du canal artériel, la communication
anormale de l’artère pulmonaire avec l’aoi'te, etc.
PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL^ ETC.
paraît toujours probable que le mélange du sang noir avec
le sang rouge peut contribuer à la production de la cyanose ;
mais ce mélange a lieu , peut-être, plus rarement qu’on ne
l’avait cru jusqu’ici. En effet, il est des cas où c’est le sang
rouge qui probablement passe des cavités gauches dans les
droites , plutôt que ce n’est le sang noir qui passe des cavités
droites dans les gauches. Or , dans ce cas, il ne saurait
exister de cyanose si, comme le veulent quelques auteurs,
sa cause essentielle consistait dans le mélange du sang
rouge avec le sang noir. Quoi qu’il en soit , l’opinion de
MM. Louis et Ferrus nous semble devoir être prise en sé-
rieuse considération , et il serait possible que dans notre
article cyanose du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pra-
tiques, nous eussions , avec Morgagni, Gorvisart et M-. Gin-
trac, fait jouer un trop grand rôle au mélange [du sang
noir avec le sang rouge dans la production de cette af-
fection.
Il est bien clair, au reste, qu’on ne saurait expliquer par
le mélange du sang noir avec le sang rouge ces congestions
veineuses, ces collections séreuses qui existaient chez plu-
sieurs des malades dont nous avons rapporté les observa-
tions , et que ces phénomènes sont , au contraire, l’effet de
l’obstacle à la circulation coïncidant avec l’ouverture de la
cloison des ventricules ou des oreillettes (i).
(i) Nous sommes ici en partie d’accord avec M. Louis ; « Ainsi donc, dit-il ,
»si les symptômes assignés aux communications des cavités droites et gauches du
• cœur s’observent assez fréquemment, il est vrai de dire queleur réunion manque
• dans bien des cas, qu’on les rencontre quelquefois au même degré, qu’il y ait ou
• qu’il n’y ait pas rétrécissement des orifices; qu’ils ne sont en quelque sorte que
•l’exagération des symptômes propres aux anévrismes du cœur (* *) , et que, par
(“) On voil encore ici que M-. Louis se sert du mol anévritme^ dans l’acception Tngue qu’il a reçue
de cerlaius auteurs. Nun , cent foi» nou ; la plupart des symptômes auxquels fait ici allusion M. Louis
ne sont pas , à rigoureiisenient parler, ceux des anévritmei ou des dilatations du cœur , mais bien ceux
d'une lésion des valvules avec obstacle à la circulation. Si je relève, à différentes reprises, une sembla*
blc erreur, c'est qu'elle règne encore généraleruent dans l'esprit des ob>ervateurs les plus distingués
d’ailleurs, et que l’on ne peut faire triompher la vérité qu’eu la défendant avec une persévérance in*
fatigable.
674 MALADIES DÜ COEUH EN PARTICULIER.
Les Teflexions de M. .Tul. Cloqiiet sur le cas que je publiai,
en 181^, dans un journal dont il était alors l’un des rédac- *
leurs, contiennent une explication ingénieuse deTinfluence )
variable delà communication des cavités droites et gauches
du cœur sur la production de la cyanose : « Si les deux
» oreillettes ou les deux ventricules du cœur, dit-il, se
» contractent avec une égale énergie, les deux colonnes
» formées par le sang rouge et le sang noir qui se touchent,
» s’adossent au niveau de l’ouverture de communication , ,
» se font équilibre, et le liquide n’a pas plus de tendance à t
» passer dans l’une que dans l’autre de ces cavités, le mé-
» lange des deux sangs n’a pas lieu. Mais que cet équilibre ij
» soit rompu , que l’une des cavités du cœur se contracte 1
» avec plus de force que l’autre ; eh bien ! le liquide qu’elle (
» renferme , comprimé avec plus d’énergie , en sort pour |
» passer en partie dans la cavité qui est plus faible, pour se
» mélanger avec l’autre colonne de sang. Si le ventricule ou
«conséquent, leur réunion, alors même qu’ils se présentent avec une certaine
■ énergie , ne peut fournir que des probabilités , tandis que leur absence ou leur
■ peu de développement ne prouve pas qu’il y ait absence de perfor.'ilion. »
En définitive, nous cro)'ons que, sauf de légères restrictions, on peut admet-
tre avec M. Louis que 0 si la couleur livide du visage, les syncopes plus ou moins
■ fréquentes , la sensibilité au froid , ou une diminution de la chaleur vitale,
■ l’étouffement- plus marqué que dans les autres maladies du cœur, ne suffisent
■ pas pour assurer le diagnostic, cependant une suffocation très marquée qui re-
» vient par accès plus ou moins exactement périodiques, ou du moins très fré-
■ quens, accompagnée ou suivie de lipothymies, avec ou sans coloration bleue
■ de la peau, et provoquée par les moindres causes , forme en quelque sorte un
■ signe pathognomonique de la perforation qui nous occupe. »
J’ai dit qu’on ne peut admettre qu’avec quelques restrictions l’assertion de
M. Louis , parce que jusqu’ici je ne sache pas qu’aucun observateur ail encore
diagnostiqué celle perforation à l’aide du seul signe pailwsncnwniquc ci-dessus
indiqué. La coexistence d’un frémissement cataire et d’un bruit de soufflet dans la
région précordiale, ajouterait beaucoup de valeur au signe précédent, si surtout
le bruit de soufflet et le frémissement cataire étaient permanens , et non accom-
pagnés de collections séreuses passives. On peut voir d .i'.s l’ouvrage de M. Gin-
trac sur la cyanose quelques exemples de diagnostic de celle maladie ( voy. entre
autres les observations 45* et do cet auteur ).
PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL, ETC. 6'] 6
n roreillette du côté droit agit avec plus de force, le sang
» veineux passe dansles cavités c|ui recèlent le sang artériel,
» le colore en noir , et le liquide ainsi mélangé est envoyé
» par l’aorte dans tous les tissus qu’il teint en bleu violacé
» plus ou moins intense, l’individu est affecté de cyanose.
» Mais si le ventricule gauche a plus de force (i), si l’aorte
» est resserrée, comme cela se remarquait pour le cœur du
» malade dont M. Bouillaud a rapporté l’observation, le
» sang artériel passe facilement dans les cavités droites et se
» mêle avec le sang veineux r dans ce cas , le sang artériel
» continue d’être envoyé pur, rutilant, bien qu’en moindre
» quantité, vers tous les organps ; de plus, il est porté en
» partie vers les poumons avec le sang veineux ; il n’y a
» pas de raison pour que l’individu soit affecté de maladie
B bleue »
Quoi qu’il en soit de l’explication ci-dessus, il me semble
que les auteurs auraient dû, en effet, ne pas négliger les cas
dans lesquels lesangrouge peut passer dans les cavités droi-
tes. Ce mélange du sang rouge avec le sang noir, du sang
gauche Si\ec lesangt/roif, sil’on peut ainsi parler, surtout s’il
s’opère en proportion considérable, doit réellement exercer
à la longue une influence notable sur l’excitation normale
et la nutrition des cavités droites. Nous avons essayé de
faire voir ailleurs comment ce passage du sang rouge dans
les cavités droites pouvait , jusqu’à un certain point, en
produire l’hypertrophie. Je n’attache pas une grande im-
portance à cette théorie ; mais il me paraît cependant fort
digne de remarque que dans la presque totalité des cas de
communication entre les cavités droites et gauches, ce sont
les premières qui s’hypertrophient. Ce^te hypertrophie
existe souvent à un très haut degré, et ce qui ne mérite pas
(«) Il n’est pas nécessaire de rappeler que tel est effectivement l'état des choses
dans un cœur bien conformé.
!
676 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIERi
moins de fixer notre attention , c’est que, dans le ventri-
cule , elle affecte ordinairement la forme concentrique , . |
comme si l’augmentation de nutrition s’opérait principa- j
lement dans les faisceaux charnus sur lesquels la cause
d’excitation agit le plus directement, puisqu’ils se trouvent 1 1
à son point de contact même. I
L’hypertrophie de l’oreillette droite, au contraire, est -
toujours accompagnée de dilatation, et quelquefois cette J.
dilatation est vraiment énorme, comme le démontrent r
plusieurs des observations que nous avons rapportées. La ..1
cause principale de cette dilatation consiste dans l’obstacle
au cours du sang , soit à travers l’orifice auriculo-ventricu- r;
laire droit , soit à travers l’orifice ventriculo-pulmonaire , ;
dont les valvules réunies par leurs bords voisins forment n
une sorte de diaphragme ou d’hymen, percé à son centre n
d’une ouverture étroite. Le rétrécissement de l’artère pul- \
monaire, signalé dans quelques uns des cas que nous avons |i
cités , peut être la conséquence de la difficulté du passage (
du sang à travers l’embouchure de ce vaisseau dans le ven-
tricule droit.
§ III. Mode de développement et traitement.
La persistance du trou de Botal après la naissance est au
nombre de ces vices de conformation qu’on a rapportés à
un arï'St de développement : mais quelle est la cause de cet
arrêt de développement ? voilà une question dont on cher-
cherait vainement une solution satisfaisante dans les ouvra-
ges des tératologistes. On conçoit qu’un obstacle au passage
du sang à travers les orifices droits du cœur, développé
pendant le coursde la vie intra-utérine, peut, en raison de
la distension qifl en résulte pour l’oreillette et de la diffi-
culté qu’éprouve le sang à pénétrer dans le ventricule droit
ou dans l’artère pulmonaire, s’opposer à l’oblitération du
trou de Botal. M. Louis professe lui-même cette opinion.
Mais les ouvertures que présentent les cloisons inter-
persistance du trou de botal.’
auriculaire et intervenlrieulaire du cœur chez des indivi-
dus plus ou moins avancés en âge , sont-elles tou jours con-
génitales? nous ne le pensons pas. A l’article des ulcéra-
tions du cœur , nous avons rapporté deux cas dans lesquels
il nous a semblé qu’une communication anormale entre les
cavités droites et les cavités gauches du cœur s’était opérée
par l’effet d’une inflammation ulcéra tive des cloisons in-
diquées. Il se peut également que des causes analogues à
celles qui déterminent la rupture des parois du cœur , des
colonnes charnues ou des tendons valvulaires , amènent
quelquefois aussi la rupture des cloisons interauriculaire et
interventriculaire. Il est bien difficile de ne pas admettre
que tel a été le mécanisme des perforations dans quelques
uns des cas que nous avons rapportés plus haut , si l’on
considère que plusieurs individus, après avoir long-temps
vécu sans offrir aucun signe de maladie , ont été pris tout-
à-coup ou graduellement des symptômes d’une lésion or-
ganique du cœur (i).
Dans le cas où l’on parviendrait à diagnostiquer la<:om-
munication réciproque établie entreles cavités droites et les
cavités gauches du cœur, à la faveur d’une ou de plusieurs
ouvertures des cloisons interauriculaire et interventricu-
laire, quel serait le traitement qu’on devrait lui opposer?
Il est évident que s’il est une maladie contre laquelle les
ressources de la hiédecine soient impuissantes, c’est assuré-
ment celle que nous étudions. En effet , pour remédier à
une affection de ce genre, il faudrait recourir à des moyens
chirurgicaux. Or, l’application de ces moyens est imprati-
cable dans le cas qui nous occupe.
(i) Cette réflexion s’applique aux faits rapportés dans le mémoire de M. Louis,
puisqu’ils sont pour la plupart les mêmes que ceux qui ont été consignés ici. Pa
conséquent, nous croyons que cet observateur s’est un peu écarté de la vérité
en disant que « la communlcalion des cavités droites et gauches du cœur éta
congénitale chez tous les sujets dont il a donné l’bisloire, et qu’elle parait avo
presque constamment la même origine, »
678 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER.
Quant aux diverses lésions du cœur qui coïncident avec i
les perforations congénitales ou acquises des cloisons inter- i
auriculaire et interventriculaire, elles réclament des se- 1
cours dont nous avons parlé ailleurs. (Voy. Hypertrophié^ 1
Induration des Valvules , rétrécissement des orifices du
cœur, etc.)
Au reste, tous les faits prouvent que dans les cas où la
communication des cavités droites et gauches du cœurnese
trouve pas compliquée d’une grave lésion des valvules [1
et d’un rétrécissement des orifices du cœur, elle nest , 1
ainsi que l’a dit M. Louis, incompatible ni avec uné existence 1
assez prolongée, ni avec le développement des facultés intellec- i
tuelles (i). '
CHAPITRE III.
ANOMALIES DE NOMBRE ( ABSENCE DU COEUR *, DIMINUTION (
DIJ NOMBRE DES PARTIES CONSTITUANTES DE CET ORGANE , '
PLURALITÉ DU CQEURj AUGMENTATION DU NOMBRE DE (
SES parties).
ARTICLE; PREMIER. ;
1
ACABDIB ; — DlMlMDTIOn Dü KOMBBtf DES rAKTIES COKSTITOASTES Dü COKBR. j
I. Dans son savant mémoire sur les acéphales (-2), Béclard
-it^: if -
P
(i) Par opposflion à la persistance du trou Bolal après la naissance, nous di-
rons ici un mot de son occlusiôn chez le Fœtus. Yieussens n rapporte un exemple t
de cette anomalie [traite de la strucl urc du cœur S, jia;;. 55'. Üd tel vice |
de conTorination du cœur semblerait devoir être plus fatal au fœtus que ne l’est la ,
persistance du trou Botal à l’eiifant qui a vu la. lumière. Il assimile la circulation i
du fœtus à celle de l’enfant et de rmliilte, tandis que la non-oblitération du trou |
ovale constitue un trait de ressemblance entre la circulation de renfant ou de l’a- f
dulte et celle'du fœtus.
(a) yoy. ce méirioire dans les tomes ^ Bulletins de la Faculté de mé-
decine.
ACÂRDIE. Ô79
& Y'QpportG plusicui*s CAS cl 9C£irdi0» Lgs olDScrvûtioiis xi^ xii^
XIV XV , XVI , XVII, par exemple , appartiennent à cette ca-
tégorie des monstruosités. Nous ne rapporterons ici que
l’observation xvi% dans laquelle on trouve une particula-
rité tout-à-fait singulière; la voici :
OBSERVATION 158«.
En 1720 , il naquit a Bologne une fille acéphale qui exé-
cuta quelques moiweniens : elle avait pour jumelle une autré
fille bien conformée ; elles avaient un placenta commun ,
et chacune d’elles avait un cordon ombilical. Elle était dé-
pourvue de tête et de bras; ses orteils offraient quelques
difformités. A l’intérieur, elle n’avait ni cœur^ ni poumons, ni
diaphragme , ni foie , ni rate , ni capsules surrénales . Elle avait
une moelle épinière, des reins, une vessie, un estomac, des
intestins , un utérus avec ses annexes. Elle avait aussi des
muscles et de la graisse.
Ce fait, observé par Vogli , fut adressé à Valisnieri , qui
en douta long-temps, quoiqu’il en connût un semblable
dans Gérard Blasius, et qui ne fut convaincu que par le té>
mcignage de Bianchi et de Valsalva, témoins oculaires (i).
Suivant Béclard , le cœur manquant dans tous les acé-
phales (2), quoique , dans un assez grand nombre, les parois
de la poitrine persistent en grande partie ou en totalité même,
cela exclut Vidée d'une destruction consécutive a son déplace-
ment. Quelques observations, ajoute Béclard, semblent in-
diquer positivement qu’il se détruit par atrophie. En der-
nière analyse , tout en admettant comme probable que dans
une destruction très étendue de la moelle qui entraîne à sa
(1) Malgré le. témoignage respectable d’hommes tels que Valsalva et Bianchi ,
n’esl-il pas permis de douter qu’un monstre sans cœur, sans poumons, sans dia-
phragme, ait réellement exécuté des rnouvemens après sa naissance?
(a) Quelques uns des acéphales dont Béclard a rapporté les observations
fraient cependant des vestiges ou des rudimens du cœur,
37.
[
58o MALADIES DU C(ΆR EN PARTICULIER,
suite celle des parois du thorax, la destruction du cœur ;i
puisse dépendre de son déplacement, ViécXd^rd pense qu’en i
général l'absence du cœur doit être considérée comme une con- i
séquence de la destmction du centre d’oit part son nerf (i). |
Il faut placer au rang des contes les plus absurdes ce
qu’on a écrit sur l’absence du cœur chez les adultes. Le i
temps n’est plus où l’on oserait dire qu’on ne trouva pas r
de cœur chez les victimes sacrifiées par César le jour où il
revêtit la pourpre, qu’un soldat romain n’offrit aucun jü
vestige de cœur, etc.
II. Au lieu de l’absence complète du cœur, il est des cas j
où l’on ne rencontre que l’absence d’une des deux moitiés |
dont il est composé. Kreisig a indiqué ce vice de conforma- i
tion dans son Traité des maladies du cœur. M. Breschet en i
a recueilli untexemple (2).
(1) Béclard généralisant ce rapport, termine ainsi son mémoire sur Vaccpha-
lle : «Les acéphales ont éprouvé au commencement de la vie intra-utérine une
«maladie accidentelle qui a produit l’atrophie ou la destruction delà moelle
» alongée et de la partie supérieure de la moelle épinière, et toutes les irrêgularitcs
^apparentes qu'ils présentent sont la conséquence naturelle et plus ou moins di~
»recte de cet accident. »
(2) On ne saurait trop répéter que beaucoup de faits relatifs au\ monstruosités
en général, et à celles du cœur en particulier , ne doivent être admis qu’avec
une grande, défiance , ou devraient même être considérés comme faux on ma! ob-
servé.s. Ces réflexions s’appliquent au fait suivant, qui a été publié par IM. Mau-
j an ( the american Journal of tlic Médical Sciences).
« Le jg mars 1827, je fus appelé, dit M. Mauran, pour examiner un enfant
» nouveau-né, qui, quoique petit, paraissait sain. Il respirait assez bien, mais
► aussitôt qu’on le changeait de position , il éprouvait la plus grande difficulté à
>• nier et à respirer, etc. Une dizaine de jours après, la mort eut lieu dans un
» accès de suCfocation. •
» L’ouverture fut faite quinze heures après la mort. Le cœur n’offrait que deux
• divisions, dont l'une était formée par l'oreillette très développée', située à gauche
• et remplie d’un sang noirâtre et fluide... Le ventricule étant ouvert par unesee-
• liun verticale dirigée du sommet de l’organe vers l’insertion de l'aorte , on s a-
• perçut qu’il n’y avait évidemment qu’ une oreillette et un ventricule communi-
• quant par une large ouverture au pourtour de laquelle e.tisiait une valvule Iri-
T-cfspide, L’artère pulmonaire naissant du ventricule par un tronc commun avec
ABSIÎNCE DE CERTAINES PARTIES DU COEUR.
58 1
OBSERVATION 159» et 160'.
Le docleur Turner a publié un cas dans lequel les deux
oreiüel'es manquaient. ( /£>«D’/2a/ de Médecine, t.
XCVI, p. 55. )
M. Desli'és a communiqué a l’Académie royale de méde-
cine un exemple d’imperfection du cœur, que je vais rap-
porter.
Chez un fœtus monstrueux, né à cinq mois et demi , on
trouva ce qui suit :
Le cœur, très volumineux , était situé à droite, la pointe
sous les fausses côtes de ce côté, la base répondant aux
vertèbres. Il n’y avait qu’une oreillette communiquant avec
les deux ventricules. Les veines pulmonaires s’ouvraient di-
rectement dans le ventricule gauche. Le ventricule droit
n’avait pas de valvule triglochine; le gauche , pas de valvule
mitrale. Les artères aorte et pulmonaire étaient sans val-
vules sigmoïdes. La première de ces deux artères, après
avoir donné le tronc brachio - céphalique, la carotide gau-
che et le canal artériel , se terminait par la sous - clavière
gauche. C’était l’artère pulmonaire, qui, après avoir donné
[ de gros rameaux aux poumons, et reçu le canal artériel,
montait devant l’aorte au sommet de la cavité gauche du
• l’uorlc au côté gauche , passait en arrière , fournissait ses branches accoulamées,
( tel le canal artériel s'ouvrait dans l’aorte descendante , tandis qu’il était oblitéré
• ’iàson insertion au ventricule , oit il formait un véritable cul-de-sac. Le ventri-
j ttcule avait la forme d'un triangle dont l’angle supérieur donnait naissance à
j f l’aorte, qui, du reste, présentait ses divisions ordinaires, »
M. Mauran ne dit rien du mode de disposition et d’insertion des veines caves et
I des veines pulmonaires. Dans les réflexions jointes à son observation, il dit que
1 l'artère pulmonaire était oblitérée près du coeur.
Qu'un enfant dont l’artère pulmonaire était oblitérée, dont le cœur n’avait
j qu’une oreillette et un ventncule, ait vécu pendant une quinzaine de jours, res-
pirant assez bien , paraissant sain , voilà certainement un de ce» prodiges dont i
est permis au moins de s’étonner un peu 1
582 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,
thorax, puis, se recourbant le long du rachis, fournissait
les mésentériques, la splénique, l’hépatique, les rénales,
les crurales, et se terminait par les artères ombilicales.
Le côté gauche de la poitrine était occupé par l’estomac
et les intestins grêles (l). La moitié gauche du diaphragme
n’existait pas, etc. (2).
A l’occasion des cœurs pourvus d’une simple oreillette
et d’un seul ventricule, M. Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire dit
que , dans tous les faits de ce dernier genre , il existe, h par-
ler rigoureusement, une large communication entre les
deux oreillettes et les deux ventricules, et qu’il ne manque
aucune partie, la cloison exceptée ; « peut-être, ajoute-t-il,
1) en est-i] de même du cas de Turner, d’ailleurs trop mal
» décrit et trop peu authentique pour mériter aucune con-
)) fiance (3). »
III. Dans un cas rapporté ci-avant (observation 160'),
toutes les valvules du cœur manquaient.
Deux autres de nos observations ( lo2' et 154®) sont
relatives à l’absence d’une des valvules de l’artère pulmo-
naire. Dans un cas (obs. 152'), les deux valvules restantes
étaient placées transversalement , une antérieure , une pos-
(i) Là se trouve, sans doute, la cause véritable du déplacement du coeur à
droite.
(a Dans les cas à' imperfection du cœur que nous venons de rapporter, cet or-
gane offre chez l'homme la plus grande analogie avec celui d’animaux des classes
inférieures. De- là, cette loi fameusè que chez l'homme, le cœur, dans le cours de
son évolution, offre successivement et transitoirement diverses dispositions qui
sont permanentes dans les animaux vertébrés inféiieurs. S'il en était réellement
ainsi, ce qui no parait pas encore rigoureusement démontré, on aurait reproduit,
sous une nouvelle forme, il est vrai, l’idée de la ressemblance des monstres hu-
mains avec les hôtes.
(j) Suivant quelques observateurs tels que Rilliard , par exemple, <■ au lieu de
«rencontrer une alisenee complète d’une des moitiés latérales du coeur, on ne
• trouve quelquefois qu’une scissure profonde entre les deux ventricules, dont
• l’un, beaucoup plus petit que l’autre, semble avoir été arrtUé dans son dévelop-.
• pément, »
ABSKNCE DE CERTAINES PARTIES DU COEUR. 583
térieure ; elles étaient très larges , et formaient entre elles
et le calibre de l’artère deux culs-de-sac très profonds.
IV. Dans quelques cas de hernie du cœur, cet organe est
dépourvu de péricarde. M. Breschet a déposé dans les cabi-
nets de la Faculté une pièce représentant ce dernier vice
d’organisation. Des faits semblables ont été observés par
divers auteurs.
Fvegis rapporte qu’il a disséqué deux petits chiens qui ,
en naissant, offraient le genre de lésion qui nous occupe.
{^Joiirn. des sai>., 1681. )
devais rapporter dans la note ci-dessous un cas d’absence
du péricarde, dans lequel on trouvera des circonstances
tellement incroyables, qu’on sera véritablement étonné
qu’un pareil fait, d’abord publié dans un journal améri-
cain [The american journal ofthe medical sciences , fév. 1S33) ,
ait pu être reproduit dans plusieurs journaux (rançais ,
sans un seul mot de critique (1).
(i) En 1828, M. Robinson, de Pétersburg (Virginie), fut appelé aviprès
d’une femme qui venait d’accoucher. On kii présenta un fcelus à tfirmc , né de-
puis vingt minute.s. Les assislans affirmèrent que ect enfant avait fait beaucoup
d’efforts quelques minutes après sa Jiaissance, et avait respiré plusieurs fois •
Les deux '•clavicules , le sternum et les cartilages costaux manquaient; tout l'inté-
rieur de la cavité llioracique était à découvert., l’abdomen était aussi ouvert jus-
qu’à i’ombilic... le foie et la rate manquaient... le diaphragrpe fendu ne se
reconnaissait qu’à la présence des deux bandes étroites situées de chaque côté....
les poumons manquaient.... La trachée se terminait dans que nodosité de sub-
stance celluleuse et parenchymateuse de la grosseur d’une nojx. Au ç.ôlé gauchp
du rachis , et un peu plus haut qu’à l'ordinakç , on voyait le cœur saifs. péricarde,
et situé si obliquement que sa, pointe n’aurait pas pu frapper, ait-des.sous de. ta
troisième côte. Il battait avee une force et une t'égul^rité surprenantes , de 60 à
70 fois par minute , et semblait eommuniquer fon impulsion à toute la c(rcula-
lion , car l’aorte offrait des pulsations très distinctes.
Ici M. Robinson décrit avec complaisance les mouvemens du cœur, tels qu’il
les a observés chez un fœtuSQui respirait sans poumons, sans trachée, pa^SQDjt
SANS niAPHRACMB ET SANS CLAVICULES, .NI STERNUM, NI CARTILAGES COSTAUX. ApPèS
avoir observé le cœur dans sa pbsilion pendant «.5 à 20 minutes, et l’avoir
palpé fréquemment, pour s’assurer de sa force de dilatation ^ M, HobipsçH
584
ilALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
.ARTICLE DELXIÈME.
BieARDIB; — AOGMBHTATIOW DD HOMBRE DBS PABTIBS COMSTITDAKTE5 DD CŒÜB.
I. La pluralité du cœur, dit Meckel, est excessivemeut
rare dans les cas où il n’y a pas duplicité fœtale. Cette ano-
n)alie suppose une si profonde aberration dans les lois de
révolution en général, qu’au premier abord on doit la
considérer comme incompatible avec une Certaine durée de
la vie extra-utérine. Que penser donc des faits de Plazzoni,
de Baudelocque et de Collomb, relatifs à des adultes, d’ail-
leurs bien conformés, chez lesquels il existait deux cœurs?
Que penser, à plus forte raison, de ces histoires d’indi-
vidus à trois cœurs, dont les Ephéniérides des curieux de la
nature contiennent deux exemples? INous pensons avec
M. Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire que de tels faits sont inad-
missibles, et qu’ils seraient plus dignes de figurer dans les
contes merveilleux des Mille et une Nuits que dans des
recueils consacrés aux sciences.
Quant aux histoires de fœtus, chez lesquels l’anomalie
qui nous occupe a été observée, il en est dont on ne sau-
1
siiPARA DD corps; SCS mouvcmcns n'en furent allcrès, ni dans leur fréquence, ni
dans leur énergie!! !
Les valvules et la cloison furent trouvées à l’état normal ; le trou ovale était
béant; les veixbs bt t’ARTèRE pdlmowairks , la veine-cave et l’aorte avaient leur
calibre ordinaire (i). Dans cet état, les oreillettes et les ventricules étant ou-
verts, le cœur, après avoir été manié par plusieurs personnes, fut jeté dans un
bassin d'eau froide. Après avoir examiné les autres viscères pendant quelque
temps, le docteur Robinson fut ktonné dk lui retrodver brcobe des mocvk-
mkn8, faibles il est vrai , MAIS parfaitbmknt réguliers (3).
(1) L’arlcre pulmonaire cl le* reines de même nom aTaiciil leur calibre ordinaire cl l'auteur nous
dit qu'il ii'y arail pas de poumons IM
('2)Qnoil c'e»l un médecin qui oje dire qu'il a enlerè un cœur encore palpilant clic* nn fœlus
bu nain , et que cet organe , âpre» avoir été ^ourert cl jeté dans un bassin d'eau Troide, a montré
encore de* ballcmens parraitement rcguliersllt Est-il permis de se jouer à^un tel point de la crédulité
d*a lecteurs }
BICARDIE. 585
rait nier l’aiilhenticilé : telles sont celles que nous allons
consigner ici.
OBSERVATION 161e.
On Ht dans les Bulletins de la Faculté, pour l’an xiii ,
l’exlrait suivant d’un rapport fait par MM. Baudelocque et
Dupuytren , sur un fœtus monstrueux, présenté par
M. Lavialle.
« Il paraît que le fœtus était mort en venant au monde.
» ( L’accouchement fut très laborieux : il dura plusieurs
» heures. )
» Ce fœtus était formé par la réunion de deux individus.
» Presque toutes les parties supérieures sont doubles , tan-
» dis que les inférieures sont simples. Il existe deux têtes et
«deux cols, parfaitement séparés, et de volume ordi-
« naire. Ces deux cols se rendent à une seule poitrine très
«large, et du sommet de laquelle s’élève verticalement,
« entre les deux tètes, un bras terminé par huit doigts...
« tandis que sur les cotés de cette poitrine, pendent deux
« autres bras bien conformés...
« Il y a quatre poumons... Ces quatre poumons ont cha-
» cun une plèvre; mais il n’y a qu’un seul diaphragme.
« Il existe deux cœurs et deux péricardes renfermés
» dans la poitrine : chacun de ces cœurs reçoit deux veines-
» caves, et donne naissance à une artère pulmonaire ; cha-
» cun d’eux reçoit quatre veines pulmonaires et donne
» naissance à une artère aorte. Les deux artères aortes se
» réunissent au bas de la région dorsale des colonnes ver-
« tébrales, pour ne former qu’un seul tronc d’où partent
« les artères des viscères abdominaux, celles du bassin et
» des membres inférieurs.
« Toutes les veines qui reviennent des deux membres
» inférieurs, du bassin et des parois de l’abdomen se réunis-
» sent pour former une. veine-cave inférieure droite , la-
» quelle s’ouvre avec les veines hépatiques dans le cœur
586 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.
» tlu même côté. L’oreillette droite du second çœur ne re-
» çoit point de sang des membres inferieurs ; elle reçoit
» seulement celui qui est rapporté du foie par les veines
» sur-hépatiques, et celui des parties supérieures du corps,
» ramené par la veine cave supérieure (i)... '>
OBSERVATION 162e.
Dans ses recherches anatomiques sur deux monstres dou-
bles monocéphales , M. Gintrac rapporte l’observation sui-
vante :
Après un travail long et difficile , une femme mit au
monde deux foetus réunis ensemble , qui vécurent pen-
dant une heure environ , mais ne poussèrent aucun cri.
Autopsie cadavérique!
11 y a deux cœurs , dont l’un (A) est un peu plus déve-
loppé que l’autre (B). Ce dernier a le septum des ventri-
cules perforé. Son oreillette droite ne reçoit point de
veine ombilicale', mais une veine-cave supérieure à laquelle
aboutit une veine azygos. Du ventricule droit part un
vaisseau qui se recourbe à la manière de l’aorte, reçoit
une sorte de canal artériel par un vaisseau voisin ,
donne une branche pulmonaire, puis l’artère sous-clavière
gauche d’un des fœtus, dont il côtoie le rachis pour s’unir
ensuite à un autre gros tronc c[ui provient du cœur (A).
Le ventricule gauche fournit une artère qui, après avoir
donné, et la carotide gauche d’un des fœtus, et la carotide
droite de l’autre, se termine par l’espèce de canal artériel
indiqué plus haut.
Le second cœur ou le cœur (A), plus volumineux que
(i) Delà dissection de ces fœlus, réunis en quelques points de manière à ne
ormer qu'iin seul individu, Bandelocque et M. Dupuytren conclurent que ch.i-
ciin d’eus possédait en propre presque tous les organes essenlielsà la vie, tandis
qu'ib avaient en conjtnun un certain nombre d’organe» moins iinporlani,
AUGMENT. DU NOMB. DES l’ABT. CONST. DU COEUR. 687
le précédent (B), a sa cloison interventriculaire lai'ge-
nient perforée : ce cœur reçoit à son oreillette droite la
veine cave supérieure et l’inférieure , à laquelle se rend la
veine ombilicale. Du ventricule droit naît un vaisseau qui
fournit, par un tronc commun , mais bientôt divisé , la caro-
tide gauchede l’iin des fœtus, et la carotide droite de l’autre,
donne ensuite l’artère sous-clavière droite de ce clernier,
puis s’incline à droite en se recourbant , gagne le rachis du
même individu , et là s’unit avec l’espèce d’aorte prove-
nant du ventricule droit du cœur (B). Le cqnal résultant
de cette anastomose suit le rachis, donne les artères ombi-
' licales et celles des membres pelviens. Du ventricule
gauche émane un vaisseau plus petit, qui, après avoir
donné une branche aux poumons, et. les sous-clavières
gauche et droite d’un des fœtus, parvient au-devant de la
colonne vertébrale du même sujet, ne fournit point d’ar-
tère ombilicale , et paraît exclusivement affecté à la nutri-
tion du cercle inférieur de ce fœtus (i).
II. L’augmentation du nombre des parties dont se com-
pose le cœur est une anomalie sur laquelle on ne possède
encore que peu de faits.
Chemineau [Hist. de V Acad, des Sc. pour 1699 , pag. 3y )
a fait connaître un cas dans lequel il existait trois ventri-
cules (2).
Kerckring cite un enfant de trois mois chez lequel le
ventricule droit était bifide.
(1) On voit par celte description combien la nature s’est en quelque sorte
jouée de 1 ordre normal dans l’origine, la position et la division des principaux
vaisseaux de ce double fœtus. La raisou de cette exception aux lois normales
de 1 évolution organique, n est-elle pas un de ces mystères qui se perdent dans
l’obscurité des causes premières? Vouloir expliquer ces infractions à l’ordre
normal , serait fatiguer son esprit en pure perle.
(2) M. Isid. Geoffroy Sl-Ililaire pense que le cas de Chemineau peut s’expli-
quer par le développement d’une cloison surnuméraire, d'ailleurs restée très it(tcçm>
ptetc, et par une modification de la forme du cœur,
588 MALAblES DÜ COEUR EN PARTICULIER.
De Haen ( Rat. mécL, part. IX ) mentionne un appendice
surnuméraire à roreilleite gauche.
M. BilliarJ a vu, chez une petite fille, morte quel-
ques jours après sa naissance , un prolongement en pointe
de l’oreillette droite long d’un pouce environ ; elle tom-
bait flottante dans le péricarde au-devant du cœur.
Ce prolongement constituait une sorte d’appendice auri-
culaire surnuméraire.
CHAPITRE IV.
DES ANOMALIES PAR VICES DE CONNEXION ET d’iNSERTION
RÉCIPROQUE DU CCEUR ET DES VAISSEAUX.
Parmi les cas précédemment rapportés , il en est qui
nous offrent des exemples de l’espèce d’anomalie dont il
est actuellement question. -
Il ne pouvait pas en être autrement dans les cas de cœur
à un seul ventricule et à une seule oreillette, ou à deux
ventricules et à une seule oreillette , etc. Il est, en effet,
des vices de conformation qui en gouvernent et en com-
mandent d’autres. ••
1. L’aorte peut naître des deux ventricules à la fois, ainsi
que Nevins , en Angleterre , Sandifort, Stander et Tiede-
mann , en Allemagne, en ont rapporté des exemples. 11 en
est de même de l’artère pulmonaire (i). D’autres fois, ces
deux artères s’insèrent l’une et l’autre sur le même ventri-
(i) Chez deux sujets observés et disséqués par Cooper, l’aorte, .njuès s être
courbée et avc.ir fourni les carotides et sous-clavières, ii’élait |>lus qu un petit
rameau , oblitéré môme en partie dans un cas, jusqu à sa réunion arec une
branche considérable de l'artère pulmonaire , qui semblait fournir l aorte des-
cendante. ..,.,1
VICES DE CONNEXION. 689
cule. D’autres fois encore , l’aorte s’insère sur le ventricule
droit et l’artère pulmonaire sur le gauche, et dans cette
transposition des deux grandes artères , les veines conser-
vent plus ou moins exactement leur disposition normale.
La plupart des sujets chez lesquels se rencontre l’insertion
de l’aorte sur les deux ventricules à la fois, n’ont vécu que
quelques jours, quelques semaines, ou quelques mois. 11 est
pourtant des cas dans lesquels la vie paraît s’être pro-
longée hien au-delà de ce laps de temps. C’est ainsi que Farre
en a rapporté un dans lequel la vie s’est prolongée au-delà
de quarante ans.
II. On a vu assez fréquemment, soit chez deS', fœtus
monstrueux, soit chez des individus d’ailleurs bien con-
formés , la veine azygos s’insérer immédiatement dans
l’oreillette droite (i).
On a vu aussi (M. Breschet en rapporte un exemple dans
son mémoire sur les ectopies du cœur) les veines hépatiques
s’ouvrir directement par un tronc commun dans l’oreillette
droite.
Il est un certain nombre de cas où le canal artériel s’ou-
vre directement dans le ventricule droit.
Quelques anatomistes ont signalé l’existence de deux
veines caves supérieures s’ouvrant dans l’oreillette droite.
Mais, suivant M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , cette dis-
position résulterait essentiellement de la non-réunion des
deux veines sous-clavières, et de leur embouchure immé-
diate dans l’oreillette.
Dans certains cas, très rares à la vérité, l’oreillette droite
donne insertion à une ou plusieurs veines pulmonaires , et
par contre, l’oreillette gauche reçoit tantôt la veine
(i) Dans un nas fort curieux, rapporté par Lecat, la veine azygos se divisait,
près du cœur, en deux branches, dont une allait s’ouvrir dans l'oreilleUe
droite , et l’autre dans l’oreillette gagche.
ÔgO MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER. |
cave inférieure , tantôt une veine cave supérieure ( et dans n
ce cas , l’oreillette droite reçoit aussi l’insertion d’un tronc
analogue à cette dernière, en sorte qu’alors il existerait ::
bien réellement deux veines caves supérieures).
Meckel dit avoir vu la grande veine coronaire du cœur ^
s’ouvrir dans le ventricule gauche ( Man. tVanat. génér.').
Dans les cas d’embouchure de veines autres que les pul- h
monaires dans les cavités gauches, il y avait mélange du li
sang noir et du sang rouge. Ces anomalies à'insej'tion et de I
connexion des veines coïncidaient , d’ailleurs, avec d’autres j
vices de conformation du cœur. Elles ont été présentées par i
des enfans âgés d’un an environ, de quelques mois , de
quelques jours , ou même morts presque aussitôt après leur
naissance (Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire \
APPENDICE.
DE IA. COAGULATION DU SANG DANS LES CAVITES DU COÈUR ,
OU DES CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DE CIT ORGANE
DÉVELOPPÉES PENDANT LA VIE (l).
SECTION PEEMIÈRE.
OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR LES CONCRETIONS
POLYPIFORMES DU COEUR.
Parmi les concrétions que Ton rencontre dans les cavités
du cœur, les unes sont récentes et amorphes, les autres
anciennes et dans un état d’organisation plus ou moins
avancée. Il n’est presque aucune des observations bien dé-
taillées que nous avons précédemment rapportées, qui ne
soit un exemple de l’une ou l’autre de ces deux grandes .es-
pèces de concrétions sanguines du cœur. A la première
espèce se rapportent les observations lo®, 22®, 23c, 24®,
5i% 52®, 53®, 58®, 59e, 62®, 63®, 64% 65”, 66®, 6jc^ 68®, 69®,
77®, 117®, 121®, 124", 125®, i3o®, i3i®, i32®, (2). A la se-
conde espèce appartiennent les observations i"^®, 2®, 5®, 8®,
12®, i3®, i4e, 21®, 38®, 4i”> 42®, 43% 44% 45*’, 4^®, 55®, 56®,
(1) Je ne dois m’occuper ici que des concrétions polypiformes siégeant dans
les cavités du cœur. Je traiterai des concrétions sanguines des vai.sseaux, ainsi
que des autres altérations du sang, dans l'ouvrage que je me propose de publier
sur les maladies des principaux vaisseaux, y compris ceux du cœur lui-
même.
(2) Toutefois, parmi les concrétions polypiformes dont ces observations nous
offrent des exemples , il en est un certain nombre qui ne s'étaient formées qu'aH
près la mort.
bg‘1 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
5y", io3% 122*, (i). Les observations Co®, 71* et 81' sont
des cas dans lesquels il existait simultanément les deux :
espèces de .concrétions ci-dessus indiquées.
Nous pourrions , à la rigueur, nous dispenser d’ajouter
de nouveaux cas aux 49 ci^e nous venons de^ rappeler. f;j
Toutefois , comme cette matière est très importante et assez
généralement peu connue , nous allons rapporter encore ij
seize observations de concrétions polypi formes du cœur.
Nous les diviserons en trois séries : dans la première série,
nous placerons les concrétions récentes et amorphes, dé- |:
veloppées pendant l’agonie ou très peu de temps avant la 1
mort (2) ; la seconde série comprendra les concrétions qui
ont déjà subi un premier degré d’organisation; la troi-
sième série enfin sera consacrée aux concrétions parfaite-
ment organisées.
PREMIÈRE SÉRIE D’OBSERY AXIONS.
0
COWCKÉTIONS RÉCENTES, AMORPHES, OD SANS TRACE ÉVIDENTE d’oRG ANISATION.
Parmi celles de nos précédentes observations qui se rap-
portent à cette catégorie de concrétions, 'nous citerons spécia-
lement les observations 117' et i32', dont les sujets éprou-
vèrent des accès de suffocation, des accidens ortliopnéiques
périodiques. Nous avons, dans un assez bon nombre de cas,
annoncé la formation de ces concrétions, d'après un. ap-
(1) A la page 5i6, j’ai rapporté un cas de complète organisation d’une
concrétion polypiforme de l’oreillette droite cl de la veine cave supérieure.
("aj Ces concrétions ne diffèrent guère de celles qui se développent après
la mort . et que l'on rencontre chez presque tous les cadavres. Nous n avons
pas cru devoir affecter une série particulière à ces concrétions posthumes,
dont nos précédentes observations fournissent, d'ailleurs, un nombre suffis.nnt
d’e\empli*s. Nous ne devons réellement nous occiqier ici que des concrélions
lüimées pendant la vie.
CONCRÉTIONS PORYPIFORMES DU CœUR. 5g3
pareil symplomatique sur lequel nous reviemlrons clans la
seconde section de cet appendice. Nous emprunterons à
l’excellente dissertation de Ri. le docteur Legroux (i) les
deux observations suivantes dans lesquelles la maladie fut
diagnostiquée par cet habile observateur.
OBSERVATION 163e.
Homme de 5y ans. Maladie du cœur avec accès ortliopnèiques. — Mort presque
siiblle. —Concrélions sanguines rccenles dans les cavités du cœur, et spéciale-
ment dans l'oreillette droite.
Un sculpteur en bois, âgé de 5y ans , affecté d’une mala-
die du cœur , éprouvait fréquemment , pendant plusieurs
jours de suite, des paroxysmes ortliopnèiques très aigus.
Durant ces paroxysmes , les battemens du cœur étaient forts ,
irréguliers et mats , tandis que, dans les momens de calme,
ils étaient très sonores. — Les saignées abondantes soula-
geaient presque sur-le-champ (a).
La mort arriva pendant un paroxysme, au milieu des an-
goisses de la suffocation.
Autopsie cadavérique.
Les cavités du cœur contenaient des caillots énormes,
noirs et fibrineux dans quelques points (le plus volumi-
neux était dans l’oreillette droite).
OBSERVATION 164*.
Bronchite aiguë chez un enfant. — Obse^urité, matité des bruits du cœur, sur
tout vers les cavités droites. — Mort rapide. — Cencrétions potypiformes dans
les cavités du cœur et surtout dans tes droites.
Un enfant était traité, depuis quelques jours, d'une
bronchite aiguë, sans autre phénomène morbide, lorsqu’il
(1) Jiecherches sur les concrétions sanguines, dites potypiformes , développées
pendant la vie; parC.-J. Legroux. Paris, 1827.
(2) Ces symptômes firent soupçonnera M. Legroux une réplélion sanguine
du cœur.
2.
38
5g4 MALADIES DU CœUE EN rARTICULIEIl.
fut pris tout-à-coup d’une dyspnée extrême ( orthopnée ^
teinte violette des lèvres et des pommettes, jactitation, an-
goisse inexprimable, effrayé). Les battemens du cœur
étaient précipités, irréguliers, peu sonores, surtout derrière
le sternum, où V oreille percevait un choc mat; pouls faible.
Mort quelques heures après cés accidens.
u4utopsie cadavéricpie.
Coeur dilaté par des caillots sanguins; quelques uns peu
yoluipiqeux existent dans les cavités gauches; les cavités droi-
tes étaient remplies par un caillot jïbrineux de couleur cilrine, \
semi-transparent, enrielacé avec les colon\ies charnues du cœur 'j
et les tendons 'valvulaires , et se prolongeant dans T artère pul- 1
monaù'e ainsi que dans les veines-caves supérieure et infè- >1
rieure. Ce caillot paraissait formé d’un tissu aréolaire assez
« • vu -f • •
sernblable à celui des polypes dits muqueux (i). '
DEUXIÈME SÉRIE D’OBSERVATIONS.
f II
COKCRBTIONS SANGÜIHES OFFRANT DES RDDIMBNS D ORÇANISAIIO;!, fVBC 00 SANS
PRÜSEKCE DE PDS.
Parmi les observations précédemment rapportées qui
rentrent dans cette catégorie de concrétions , nous rap- i|
pellerons particulièrement les 43% 44® et 55®, dans les- 'i
quelles il s’agit de concrétions disposées en pelotons ou en M
nijjssp^ aplaties J et offrant uiie grande ressemblance ayec :i
la matière pseudo-membraneuse des inflammations, à l'état h
d’organisation naissante.
(i) La nature de celle conerélion indique assez ,
a élé séparée d'un sang enflamme.
ajoute M. Legroux, qu’elle
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR. 696
OBSERVATION l(î5e.
Homme de 67 ans. — Double pneumonie. — Mort presque immédiatement
après l’entrée à l'hôpital, dans un état de suffocation.
Le i4 avril i834 , on reçut dans le service clinique de la
Charité un homme de 67 ans, atteint d’une double
pneumonie , ét dans un état de suffocation tel , qu’il était à
chaque instant menacé de perdre la respiration. Le malade
mourut quelques heures après son entrée.
Autopsie cadavérique.
Cœur énormément distendu par des concrétions san-
guines contenues dans toutes ses cavités, sans en excepter
le ventricule gauche lui-même. concrétions sont blanches ,
semblables à celles des sacs anèvrismaux , ou bien encore a la
couenne inflammatoire du sang ; elles sont comme enchevêtrées
dans les colonnes charnues et les tendons 'valvulaires , et leur
adhèrent à V instar de fausses membranes fibrineuses commen-
çant à s’organiser.. La 8® observation de la dissertation de
M. Legroux est aussi un exemple de concrétion chez un
sujet mort de pneumonie. La voici :
OBSERVATION 166e.
Une femme, âgée de 86 ans, est conduite à l’hôpital de
la Charité dans un état adynamique , le ii août 1826, et
meurt deux jours après.
Engouement des poumons, et hépatisation du lobe supé-
rieur droit. Le ventricule droit contient des concrétions à
moitié fibrineuses. A. l’incision de ce ventricule, il jaillit de
sa cavité un liquide jaunâtre, épais, semblable à du pus. De
deux cavités d’inégale grandeur, mises à nu par l’incision ,
l’une, qui pourrait loger une noix, contient encore du
pus et quelques grumeaux blanchâtres et flottans : cette
38.
696 MAr-ADTES nu COEUR EN PARTICULIER,
cavité est évidemment formée par un caillot sanguin , ra-
molli à son centre , et dont les parois sont d'un blanc rosé •
d'autres petits caillots contiennent aussi du pus ; un seul ne
contient qu’une sanie non encore diffluente. Ces caillots
adhèrent à la surface ventriculaire au moyen de leurs em-
branchemens dans les colonnes charnues.
OBSERVATION 167<-.
Jeune homme de 20 ans. — Rougeole avec engouement Inflammaloira des
poumons. — Mort dans un état de dyspnée considérable. — Concrétions fibri-
neuses, adhérentes, dans tes cavités droites du cœur.
Un maçon, âgé de 20 ans, était entré dans le service
clinique de la Charité, le 27 mai i834 , pour y être traité
d’une rougeole très grave , datant déjà de six jours. ( Il exis-
tait cette fausse pneumonie des anciens, qui ne se rencon-
tre que trop fréquemment dans les maladies dites fièvres
éruptives. ) Les inspirations étaient à 48 par minute, le
pouls à 182 ; la chaleur et la sécheresse de la peau extrême.
Il succomba le troisième jour après son entrée.
Autopsie cadavérique , 28 heures après la mort.
Les eavitès du cœur, les droites surtout, contiennent (ü abon-
dantes concrétions sanguines , décolorées , embarrassées dans
les colonnes charnues et leurs tendons , analogues à des
masses de matière pseudo- membraneuse. — Dans plusieurs des
ramifications 'vasculaires des poumons , on trouvait des concré-
tions alongées et récentes. Les deux poumons étaient d’ail-
leurs engoués, parsemés de granulations d’un rouge tirant
sur le gris, miliaires. La pression faisait sortir des ramus-
cules bronchiques un mucus puriforme. Au sommet du
poumon gauche, on trouvait un ramollissement très mar-
qué et du pus infiltré, etc.
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. 5q7
OBSERVATION 168e.
Homme de ans, — Symptômes de maladie dite organique du cœur \ puis,
symptômes d’une inflammation ai g uô de lu plèvre, suivis d’une mort prompte.
— Concrétions fibrineuses, blanches, adhérentes, dans les cavités droites du cœur
et dans l’ artère pulmonaire.
Un paveur, âgé de 6i ans, couché au n° 4 la salle
Saint-Jean de Dieu, offrait les symptômes d’un obstacle à
la circulation à travers le cœur ou les gros vaisseaux , lors-
qu’il succomba, le ii mai 1 833 , à la suite d’une pleurésie ,
accompagnée d’une fièvre ardente. Les bruits du cœur
étaient âpres, un peu étouffés , obscurs. Il existait une infil-
tration générale; les veines jugulaires étaient fortement
dilatées.
Autopsie cadavérique. — Cœur flasque, pesant 3i8 gram-
mes.
Les cavités droites sont distendues par du sang coagulé ,
dont une partie , évidemment ancienne., décolorée, est entor
tillée autour des colonnes charnues auxquelles elle adhère légè-
rement. L’artère pulmonaire est dilatée à son origine (son
orifice a 3 pouc. 8 lig. de circonférence); ses principales
divisions sont remplies de concrétions fibrineuses , friables ,
grumeleuses, de couleur lie-de-vin, adhérentes dans quel-
ques points aux parois artérielles. Dans les divisions se-
condaires, la matière fibrineuse est moins altérée, et se
présente sous fiorme de petits caillots. Le ventricule droit
et surtout l’oreillette correspondante étaient dilatés; l’ori
fice qui les sépare avait 5 pouc. de circonférence; les val-
vules du cœur offraient quelques incrustations, mais
n’étaient pas déformées. — Des fausses membranes ré-
centes tapissaient la plèvre droite.
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
598
OBSERVATION 169e (i).
Femme de^o ans, — Rhumatisme articulaire aigu guéri. — Un mois apres,
symptômes d’ inflammation aiguë du cœur prise pour une gastro-péritonite. —
Traces de péricardite, vaste coscriétion polypiforme sûppdeéE, dans le ventricule
droit, l’oreillette et les gros vaisseaux qui s'y rendent.
Üti'e doniêstiquè , âgée de 4o ans , après avoir éprouvé pen-
dant cinq semaines un rhumatisme aigü , sort de l’hopilal
en assez bonne santé. Un mois après, elle rentèa, offrant
J les symptômes suivans : douleur à l’épigastre, vomis-
semens’, pouls petit, serré , fréquent, régulier, respiration
courte ét fréquenté, pas de douleur dans là poitrine (^2).
Elle succombe.
Autopsie cadeivèriquè. La face antérieure du ventricule
adhère intimement au péricarde et au sternum par un
tfssü fibreux analogue à célui des artères. — Adhérence
celluleuse des ponraons a la! plèvre. •
Le ventricule droit, l’oreillette, les veinés cavés supé-
rieure et inférieure, sous-clavières, jugulafres internes, fé-
morales, l’artère pulrtionaire jusque dans ses ramifications
les plus ténues , contenaient une 'vaste concrétion polypi-
Jbrme, qui les remplissait à peu près aux trois quarts. , La
couenne qui forihaii sbn enveloppe, -de deux à trois lignes d'é-
(1) Cette observation est la première de celles rapportées par’ M. Leroux,
dans sa dissertation sur les eoncrètions polypi formes. Nous n’en donnons ici
qu’un extrait.
(2) La maladie est prise pour une gastrite. A cette époque (1825), le diagnos-
ti'c de fa péricardite et de rendocardile. était encore peu avancé. Si 1 on eût
connu les signes que nous avons exposés dans cet ouvrage, assurément on n’aurait
pas méconnu complètement la maladie qui existait dans le cas actuel. Al. Le-
groux dit que, dans le cours du rhumatisme dont celle femme avail élé ÿocr/c,
les muscles de la poilrinc , el penl-ètre les organes inlérieurs, étaient deve-
nus le siège de l’inllammalion rliumalismale. N’esl-il pas très probable, pour ne
jias dire certain, que le péricarde ou l’endocarde, et non les muscles de la
poitrine, devinrent le siège de l’inflammation rhumatismale?
CONCRETIONS POLYPIFOIIMES DU COEUR. 699
paisseur, s'enlevait comme V épiderme d'une peaii macérée ; le
coa^idùm noir^ situe aii~dessous de la couenne^ était assez Jci me
dans toute son étendue j une matière d un blanc jauhnire, gru-
meleuse , analogue aux pseudo-membranes des phlegmdsies
séreuses , disposée en Joyers miliaires , lenticulaires , existait
entre ta couenne et le caillot sanguifi^ et dans les 'Vâissedux^ se-
condaires jformait ^ en certains points , toute l épaisseur de la
concrétion; enfin ^ au centre du caillot du mehtriculé droit,
existait un noyau d'une substancé grenile , rougeâtre , molle ,
assez analogue à un magma fait avec du son de frôment, pé-
nétré, ainài que les couches r 'oisines , de gruineaiixjpunJvHnès .
La tunique interne du système 'vasculaire à sang noir était d'un
rouge brlin assez foncé, lisse dans toute son etendüé(^i).
OBSERVATION l7Ôe (ï).
Phibtslé pülthonairé chet Une jeune ferrinie. — Sîort rapidè au mitièii de
symptômes orlhopnéiq lies. — Conùrétions sanguines suppurées, transformées en
kystes, à surface pointiilêe de rouge.
Une jeune femme pthisique meurt assez brusquement,
après avoir éprouvé des symtômes orthopnéiques. — Les
cavités gauches du cœur contiennent des concrétions fibrineu-
ses jaunâtres, homogènes. Les cavités droites en contiennent
(i) Il est fâcheux que l’état de la membrane interne du cœur et des valvules
n'ait pas été exactement décrit.
M, Legroux fait remonter l’origine de la concrétion sanguine au début de la
maladie, lequel datait de quinze jours. Il attribue cette concrétion, d’une part
à l’obstacle qu’apportait à la circulation l’adhérence des cavités droites au péri-
carde, et d’autre part, à la tendance du sang à se coaguler dans les affections rhu-
matismales. La première de ces causes ne nous paraît pas avoir contribué à la pro-
duciion de concrétion dont il est question dans le cas actuel. Quant à la seconde,
nous l’admettrions bien volontiers, si lè rhumatisme n’eût disparu quinze jours au
moins avant l’éporjue. à laquelle M. Legroux rapporté la formation dé la concré-
tion. En définitive, il noüs parait probable qiiè,dans ce cas, la concrétion a été
la suite d’une endocardite et d’une phlébite prises pour une gastro-péritonite,
(a) Extrait de l’observation VII de la dissertation de M. Legroux,
GOO MALADIES DU COEUR EN PAimCULIER.
d’autres dont voici les caractères : Elles occupent les inter-
valles des colonnes charnues ; les unes^ d'un jaune blanc^ ne sont
autre chose que des morbeaux de fibrine décolorés et fermes;
hs autres , plus nombreuses, mariables en forme et en molume ,
paraissent fasques et affaissées sur elles-mêmes, et la pointe du
bistouri, appliquée sur quelques unes , y démontre une f actuation
évidente. Leur surface externe a une teinte d'un blanc jaunâ-
tre , ponctuée de rouge , comme les séreuses enf aminées , ou
d'un bleu miolet très faible ; quelques unes sont simplement en-
chatonnées entre les colonnes charnues du mentricule , sans
adhérences organiques , tandis cpie d'autres adhèrent par de pe-
tits filamens. Ces concrétions sont autant de kystes, dont la ca-
vité est mide dans quelques uns , et dans d'autres remplie d'un
\liquide sanieux , ou d'un liquide offrant tous les caractères du
pus louable. La face interne de ces foyers paraît injectée [i).
Rapprochons de cette observation la suivante (2) , dans
laquelle nous retrouverons un nouvel exemple de kyste
provenant d’une concrétion en voie d’organisation. Ici le
kyste était multiloculaire.
OBSERVATION 171®.
Une femme de 28 ans offrait les des maladies
(1) Suivant M. Lpgroux , on a clans le cas préréilent tous les degrés de trans-
formation que les concrétions sanguines peuvent éprouver. « En y ajoutant le ra-
» motlissement grantdé, nous aurons, dit-il, la marche qu’e’les suivent lorsqu elles
»sVn)lamment. D’abord la concrétion se forme, elle acquiert de la ilensilé,
» puis se ramollit vers le centre, devient un foyer rempli d’un liquide sanieux;
• ce liquide passe à l’état purulent, le pus se résorbé; le kçsle contracte des
• adhérences organiques, se pénètre de vaisseaux : que devieul-il ensuite? L’ob-
• servation ne nous l’apjjrend pas.o
Nous reviendrons plus loin sur la question de savoir, si le pus que l’on
rencontre au sein des concrétions Gbiincuses, est bien réellement le produit
de leur propre inflammation.
(a) Observation de ftl. Hricheteau , publiée dans le n* * 4* Journal
hebdomadaire de médecine
CONCRÉTIONS POLYriFOEMES DU COEUR. 6ol
organiques du cœur, lorsqu’elle succomba dans le service
de M. Bricheleau.
L’oreillette gauche , très dilatée , contenait du sang noir ,
et de plus une espèce de champignon, d’une couleur rouge
éclalante et d’une forme qu’on ne pouvait mieux comparer
qu’à celle du lycoperdum (vesse de loup) un peu flétri et
non pédiculé. Dans le point où il adhérait à la paroi de
l’oreillette, on voyait quelques petites inégalités d’incrus-
tations. Ce champignon avait plus d’un pouce de diamètre,
et était creusé d’une grandecavité centrale, communiquant
avec d'autres petites, remplies d’un liquide purulent, de cou-
leur feuille-morte. — Valvule mitrale dure, cartilagineuse.
De l’adossement de ses lames résultent deux petites ouver-
tures , chacune du diamètre d’une plume à écrire , séparées
l’une de l’autre par le tendon de la valvule antérieure.
OBSERVATION 172e (i).
Femme de\oans. — Affection vénérienne entée sur une ancienne maladie du
coeur. — Concrétion sanguine suppurée dans le ventricule droit. — Traces de pé-
ricardite.
Une femme de quaranle-im ans entre à l’hôpital des
vénériens (i5 octobre 1824), pour y être traitée de pustules
sèches. Quelques jours après son entrée, augmentation de
palpitations et de dyspnée existant depuis long-temps. L’in-
filtration suivient et la malade succombe.
Un peu de sérosité, mêlée de quelques flocons albumi-
neux, dans le péricarde, qui est rouge et enflammé en
plusieurs points. On trouve dans les ventricules des caillots
fbnueux, adhérant aux colonnes charnues. Un des caillots du
'ventricule droit , du 'volume d’une petite noix , ramolli à son
centre , contient un liquide épais et puriforme.
(1) Extrait de l’observation ;• de la dissertation de M, Legroux.
6oi
kAtkmEè DU coeur en particulier.
OBSERVATION 173e (i).
Femme de 45 ans. — Mort par suite d’un rétrécissement de plusieurs orifices du
cœur. — Concrétions sanguines , adhérentes, anciennes, oblitérant Corifice de
füppèndicé auricülàtré gauche.
Uriè femme, âgée cle qüarânte-lrois ans, offrait depuis
deux âns les symptômes d’uni rétrécissement des orifices du
cœur, lorsqu’elle succomba au milieu d’accidens orthop-
rieiquèé des plus horribles.
j4iittipéiè' tadavëriqiie . — Rétrécissement de tous les orifices
du Ccéùr , eAcépié èelui dfe l’ârtèrè pulmonaire. — Concré-
tîbïis sâûguîhés ; oblitération de l’orificé de l’appendice
àuficülàifé gaucliè. — Liés concrétions fibrineuses jaunâtres
cidhêràleni iiiiiineinent ciiix faces de l'oreillette et ii en pouvaient
être sêp'dreès qii'e par une déchirure , et en laissant une couche
sur la membrane de cette cavité. Il n'y avait point de 'vaisseaux
organisés ; mais , dans les poUits bit éxistaient les adhérences ,
la tunique était inégale y rugueuse , piquetée de rouge. L'orifice
de l'appendice auriculaire était bouché par une écaille calcaire.^
au-devant de laquelle la membrane interne de l'oreilleûé pd-
raissait se continuer en formant une légère dépression. L'ap-
p'ehdibè eidit rédùit au 'volume d'une jdume à écrire. Sa cavité
logèdit lin cbrd'dn fhréiik , doiit îê sommet était dibisé^ en plu-
Siéui’è pétilsfldmëns , qui s'épanouissaient èn forme de pattes
d’oib', et b'iihpldntdierii èritré les colonnes charnues, tandis que
sa base, en s'éldrgissdht , embrassait la face correspondante
dé Vécdille qui bouchait V6uv 'erture de l'appendice, et paraissait
èé cS'tifonclré avec Id membrane interne de V oreillette ^ ce cordon
fbi'éüd: fl avait d' adhérences qu’à ses extrémités i il avait une
téiilï'é Pàhgèdire.
(i) Extrait de l'observation 4” de la dissertation de M. Legroux.
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR.
observation l74e.
663
(Publiée par M. Legroux.) ,
Femme de ans. — Symptômes cérébraux . — Mort subite. — Concrétion an-
cienne , offrant des traces d’organisation, adhérenté a là vatviile mitrale ul-
cérée.
Une femme âgée de trente ans, tourmentée par une vive
céphalalgie, ayant la parole embarrassée, éprouvant des four-
mi llemens et des crampes, des vomissèmens , fut admise à
l’Hôtel-Dieu. Le pouls battait jusqu’à i4o fois par mi-
nute. La maladie semblait, depuis quelques jours , tendre
à une heureuse terminaison, lorsque cette femme expira
subitement.
Autopsie cadat>érique. — ^La valvule mitrale gauche, dans
sa moitié postérieure et externe, est opalinë et dttre ainsi
que ses tendons; mais, dans son autre moitié^ elle est
épaissie, raccourcie, redressée et surmontée du côté dé
l’oreillette par une tumeur qui paraît au premier abdrd, une
sorte de 'végétation du ''volume d'une amande. Cette tunieur
adhérait au bord de la moitié droite de la 'valoule , tandis qüè
^on extréfj^té gauche était relevée au-dessus de l’orificè ciuricülo-
'ventricidaire , qid elle bouchait à peu près comme une soupape ,
excepté cépéndant en dehors; oit elle he pouvait atteindre pde àdHè
que le cours du sang n ’ était point encore complètement interrom-
pu. Cette tumeur était évidemment composée de couches défibriné^
irrégulièrement disposées. Dans Vendrdit oit le bord de la val-
vule adhère à la tumeur , il offre une ulcération brunâtre.
L’oreillette contient, en onlre , une concrétion récente ;
moitié formée défibriné et moitié de sang noir (i).
(i) C’est à celle dernière concrétion que M. Legroux attribue la mort subite.
Quant à la concrétion plus^ancienne, il lui parait indubitable que sa formation
a été sollicitée par la maladie je la valvule rnflrale.
6o4
maladies du cœur en particulier.
OBSERVATION 175*^ (i).
Homme de 64 ans, — Abcès urineux, gangrène, symptômes alaxo-adynaml-
qncs, — Mort. — Concrétions sanguines suppurccs à leur centre.
Un homme de soi.vanle-quatfe, ans fut reçu à l’Hétcl-
Dieu pour y être traité d’une rupture de l’urèthre, avec in-
filtration urineuse et gangrène. Le malade mourut avec des
symptômes ataxo-adynamiques.
Autopsie cadavérique. — Entre les colonnes du ventricule
gauche , deux caillots fibrineux , du xolume d’un pois chacun,
et rougeâtres à l’extérieur. De l'un d’ eux pressé entre les doigts,
sortit une gouttelette de pus , et le caillot incisé sembla réduit à
un kyste , dont la surface interne était blanchâtre et lisse, tandis
que celle de l’autre, qui ne contenait qu’une sanie brunâtre,
ékiU granulée. — Le système vasculaire était le siège d’ossi-
fications nombreuses.
L’observation suivante , qui m’a été communiquée par
M. Fournet, nous fournira un remarquable exemple de
concrétions sanguines développées sur les valvules, avec
organisation celluleuse de la couche plastique immédiate-
ment en contact avec ces soupapes vivantes.
Dans cette observation , on peut .saisir l’un des procédés
selon lesquels se forment les végétations valvulaires ainsi
que l’épaississement des valvules, et prendre en quelque
sorte la nature sur le fait de cette opération.
, OBSERVATION 176«.
Jeune homme affecté d’entérite typhoïde. — Mort dans un étht semi-asphyxique.
— Concrétions fibrineuses sur les valvules gauches du cœur, avec adhérences ccl-
tuloases.
\
Un jeune homme était traité, à l’HotelDieu , pour une
(i) Extrait de l’obserTation 6* de la dissertation de M. Legroux.
concriîtïons POLYPiFoiisiEs DU cœüîi. 6o5
entérite typhoïde, lorsqu’il succomba au milieu d’une agi-
tation considérable avec phénomènes d’embarras à la respi-
ration et à la circulation^ tels qu’on ne les rencontre pas
ordinairement dans cette maladie.
Autopsie cadavérique.
M. Fournet, ayant pensé que les lésions trouvées dans le
cœur dece malade pourraient m’intéresser, a bien voulu me
montrer cet organe où l’on a constaté ce qui suit : Les 'val~
vides aortiques sont recouvertes et comme tapissées d'une véri-
table membrane mince, séreuse, hérissée a sa surface libre de
petites masses grenues, un peu rougeâtres , friables , et évidem-
ment de nature fibrineuse. Par une traction modérée avec la
pince a disséquer, on enlève cette production pseudo-membra-
neuse à V instar de celles qui tapissent le péricfirde ou la plèvre
enflammée. La couche en contact immédiat avec les valvules
est cependant déjà organisée en tissu cellulaire ou séreux , et,
quelques jours plus tard, elle eût été, sans doute, adhérente
aux valvules , et en aurait produit V épaississement. Quelques
points rouges se voyaient à la surface des valvules mises à
nu , ainsi qu’au commencement de l’aorte. Une teinte opa-
line, laiteuse, existait dans l’espèce de sinus qui sépare
le bord adhérent des valvules de la cavité ventriculaire.
On observait sur la face auriculaire de la valvule bicus-
pide des concrétions fibrineuses, analogues à celles des
valvules aortiques. On ne distinguait pas de vaisseaux dans
les productions accidentelles indiquées, mais on voyait sur
la face auriculaire de l’oreillette une foule de points rouges,
formés par du sang, tels que ceux qui, dans les fausses
membranes des séreuses , précèdent la formation des vais-
seaux. La portion d’endocarde qui recouvre l’oreillette
gauche offrait aussi des traces évidentes d’inflammation.
6p.6 MA^piES DU pœUR EN PARTICULIER.
TRQISIÈME SERIE D’OBSERVATIONS.
COKCHKTIOKS FTBR1NEOSES KKTIÈBEMBHT OBGANISKE8 (l).
OBSERVATION ITÿe (2).
Fille de 18 ans. — Tumeurs à l'épaule et sous l’aisselle. — Hémorrhagie,
— Mort. — Dans l’oreillette droite, concrétion organisée , pourvue de vaisseaum
et se confondant avec les parois des veines dans lesquelles elle se prolonge.
Une fille de dix-huit ans portait à l’épaule et sous l’aisselle
droites deux énormes tumeurs, pour lesquelles elle entra à
l’Hôtel-Dieu, le 26 octobre 1822. Le membre supérieur
droit était engourdi, infiltré, ainsi que le côté droit du vi-
sage. La malade cracha une grande quantité de sang, dont
on voyait la source au fond d'une alvéole. Vainement les
soins les plps éclairés furent prodigués à cette malheu-
reuse; elle succomba trois semaines environ après son
entrée.
s
ufiitop^iç cadavérique.
f’ oreillet^fi droite du cœur était, en grande partie , remplie
pqy une cpjicrçtion , au centre dç laquelle on 'voyait des vési-
çples pleines d’un liquide à demi concret. Cette concrétion poly-
pyhrnie était parcounie par une infinité de vaisseaux injectés
en rouge 'vif ou noir. Elle remontait dans les 'veines caves su-
périeures , sons-clapièire et jugulaire droites , avec les parois
desquçllçs elle se confondait en quelque sorte , comme par con-
tinuité de tissa. Elle se prolongeait aussi dans le 'ventricule
droit.
(1) ^ cellp 5Cr|c d'ojDseçA’alions se rapporte celle que j'ai consignée dans cet
ouvrage, à la page 3i6 du présent volume. 11 s’agit, dans cette observation, d'une
concrétion vraiment organisée dans la cavité de l'oreillette droite et de la veine
cave supérieure.
(2) Observation communiquée par M. Senn, et publiée dans mon mémoire sur
l’oblitération des veines, considérée comme cause d’hydropisie passive.
C0NCRÉTIQ5IS POpyPI?QR^IEÇ DW GÛpWR. 607
OBSERVATION 178e (1).
Hominf d( 56 ant, — Symptômes d'obstacle à la eîrcutalion centrale. — Mort.
— Concritiqp fibrinq-all)Ufiiin6US6 pfgpnispe dqps Fçreilletle droite.
»
Un commissionnaire , âgjé de 36 ans, entra à l’hèpital de
la Charité, au mpjs de mars 1817^ et y mourut au milieu
des syniptômes d’étouffement et d’anxiété que les auteurs
ont jusqu’ici attrjjmés à \çtv,éi>rmn& du cçeur.
Autopsiç: cadau.ériquei.
Les cavités droites du cœur contenaient, outre du sang
ep caillots, des gâteaux d§ matière Jihrino-alhumineuse orga-
qdhérent^ ausp parois de cps eçLfité^ par. des filamens ,
qyüon était obligé de rompre pQur Ven séparer., et se prolongeant
dan^ la peine çaue supérieure, dans la peine caoe inférieure,
ainsi que dans V artère pulmonaire, dont elle obstruait presque
çomplètement Votif ce.
DEUXIÈME SECTION.
HISTOIRE GÉnÉrXÇE »E% CONCRETIONS SANGUINES DU COEUR
. dÉVEUOPPÉES PENDANT LA VIE.
I ][. Sipgç et caraclèrps anatomiques dçg copcrcfiops pplypiformes ç<pur.
I. Les cavités droites du çœnf sont pplles où l’on ren-
contre le pins souvent les popprétipos sangnines ; les prpil-
jettes y sont plus sujettes qqe les yentpicule^. Il suffit dp
jpter un coup-d’œil sur Ips npmbrenses obsprvatiqps que
nous avons consignées dans ppt puyrage , popp être pon-
(1) Obsecvatipp reeqeiljie pae 1^. le (fpeteur -Tbibert, et publiée (fans fe piême
mémoire que précédente.
6o8 maladies du coeur En particulier.
vaincu de la vérité de cette double assertion. La princi-
pale cause de la différence que nous signalons tient à ce
que le cours du sang est plus facilement gêné dans les ca-
vités droites que dans les gauches; que la stase du sang
s’opère plus aisément dans les premières que dans les se-
condes. D’autres causes encore peuvent expliquer la cir-
constance indiquée : telles sont la fréquence des inflamma-
tions veineuses qui se propagent quelquefois jusque dans
les cavités droites , peut-être une disposition à la coagula-
tion plus marquée dans le sang veineux que dans le sang
artériel, etc.
IL Les caractères anatomiques des concrétions sanguines
diffèrent beaucoup , selon l’époque de leur formation et
selon qu’elles sont ou non mêlées avec une certaine quan-
tité de pus ou de véritable matière pseudo-membraneuse.
Les concrétions amorphes , récentes , ne diffèrent
point notablement du caillot que l’on rencontre dansle vase
dans lequel on a recueilli le sang d’une saignée. La masse
de ces concrétions est variable. Nous avons rapporté des
cas où les cavités du cœur contenaient douze onces de
sang coagulé. Il est vrai cjue , dans ce cas , quelques uns
des caillots s’étaient formés après Ja^mort.
2^ Les concrétions organisées présentent des caractères
différens , selon les phases de leur évolution. Dans le
premier degré de leur organisation, elles sont blanches,
analo^^ues au gluten ou à la fibrine préparée , élastiques ,
lé‘>èrement adhérentes aux parois des cavités du cœur et
surtout aux colonnes charnues ainsi qu’aux tendons valvu-
laires , autour desquels elles s’entortillent. A celte période
d’organisation rudimentaire , on peut les comparer à la
couenne qui s'organise en quelque sorte à la surface du
caillot du sang retiré des veines d’un individu affecté d’une
inflammation franche , ou bien aux fausses membranes des
tissus séreux commençant elles-mêmes à s’organiser. Au
reste, comme l’a très bien dilM. Legroux, < depuis l’état
CONCRÉTIONS POLYPIPORMES PU C(®UR. 609
'» gélatlniforme jusqu’à l’état fibreux qui paraît être le
» dernier terme de la densité des concrétions , il y a diffé-
» rens degrés intermédiaires. »
3® Lorsque les concrétions sont dans un état plus avancé
d’organisation , elles adhèrent par de véritable tissu cellu-
laire aux parties sur lesquelles elles se sont formées ;
greffées ainsi sur des parties vivantes , elles se pénètrent de
vaisseaux, se durcissent , et c’est alors qu’elles ressemblent
réellement à certains polypes fibreux,^ des tumeurs ou à
des végétations fongueuses (i).
Ainsi que plusieurs de nos observations en font foi, il
n’est pas rare de rencontrer une certaine quantité de pus
au centre des concrétions sanguines , lesquelles ressemblent
quelquefois alors à de véritables kystes uniloculaires ou
m ultilocula ires.
Il est digne de remarque que, dans les cas où les concré-
tions ne sont encore qu’.en partie organisées , c’est à la sur-
face qu’existent les masses membraniformes , blanchâtres ,
élastiques, glutineuses , qui sont réellement les premiers
linéamens de l’organisation , tandis que la matière puru-
(1) Nous avons fait voir ailleurs les rapports qui existent entre certaines lé-
sions des valvules du cœur et les concrétions fibrineuses; l’opinion deM. Legroiix
est loul-à-fait conforme à la nôtre. « 11 nous est fréquemment arrivé, dit-il, de
• voir des concrétions sanguines entrelacées avec les tendons des valvules, de telle
• sorte que celles-ci ne semblaient plus former qu’une simple toile ( la division en
» tendons n’avait lieu que près des colonnes charnues ). Je ne doute nuHenient que
• ces sortes de concrétions ne soient le moyen principal de réunion des tendons ,
• dans les cas où les valvules prolongées ne forment plus une simple ouverture
• mais un canal plus ou moins large. »
Pour que les concrétions sanguines adhèrent fermement aux valvules sur les-
quelles elles sont déposées, il est, en général, nécessaire qu'elles se forment sous
1 l’influence d’une inflammation; et dans ce cas, il est difficile de déterminer si
• ces concrétions se sont développées aux dépens du sang contenu dans le cœur ,
I ou par l'effet de la sécrétion du tissu enflammé. M. Legroux pense avec nous
que les concrétions fortement adhérentes et susceptibles de se transformer en
■ végétations, sont le résultat d’une sécrétion inflammatoire qui adhère d la wem •
■ brune ù l’instant même de sa formation {Diss, cit., pa". nS).
'l9
2.
6lÔ MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER,
lente ou le püs proprement dit se trouve à leur centre.
I)ivers «tuteurs J et M. Legroux en pîirliculicr , considè-
rent ce pus comme un produit de l’inflammation de la
concrétion qui le contient. Quant à moi, je pense que
telle n’est pas l’origine ordinaire du pus que présentent
les concrétions : ce pus me parait avoir été sécrété dans
la cavité du cœur ou y avoir été transporté par l’absorp-
tion et avoir déterminé ensuite la formation d’un caillot
qui l’a enveloppé de toutes parts. A l’époque où l’on
trouve le plus souvent du pus au centre d’une concrétion ,
celle-ci offre à peine quelques rudimens d’organisation , et
l’on ne conçoit guère comment dans cet état elle pourrait
subir une inflammation caractérisée par une sécrétion pu-
rulente.
.le ne prétends pas, au reste, qu’une fois bien organisées,
les concrétions sanguines ne puissent s’enflammer et sup-
purer. Toutefois, ce n’est pas la, si je ne me trompe
un accident commun. Mais ces concrétions, véritables
organes parasites , peuvent , comme les productions fibri-
neuses dont nous avons parlé ailleurs (voy. leschapit. con-
sacrés à l’endocardite et à la péricardite), éprouver diverses
modifications ou transformations , dont le mécanisme ne
doit pas nous occuper ici.
On trouvera dans les observations particulières de plus
amples détails sur la disposition, le volume, la configuration
et la consistance des concrétions polypiformes. Nousajoute-
rons seulement ici qu’elles rétrécissent soit les cavités du
cœur, soit les orifices qui font communiquer ces cavités
entre elles, à un degré proportionnel à leur volume. Cette
circonstance est importante à noter , car c’est à elle que se
rattachent les principaux symptômes des concrétions san-
guines du cœur (i).
^i) Dam le cœur comme dans les vaisscQuv, on peut rencontrer des concré-
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES OU CŒUR. 6 U
JII. Des causes et des divers modes de formation des concrétions polypiforme* *
du cœur- I
Dans le cœur comme dansles artères, ef surtout clans les vei-
nes, les concrétions sanguines se développent sous rhiflüènce
de conditions purement physiques ou mécaniques, qüi s’op-
posent au cours du sang, ou bien par l’effet dé causés qüi agis-
sent chimiquement sur cette chair coulante. Dans le premier
cas, les concrétions se forment par un mécanisme qui ne dif-
fère pas essentiellement de celui qui préside à la coagulation
du sang, après sa sortie des vaisseaux, lequel mécanisme, pour
le dire en passant, n’est pas encore exactement connu.* Aux
approches de l’agonie, ou dans les maladies des valvules et des
lions qui ont subi une altération telle , qu’elles offrent quelque ressemblance
avec la matière encéphaloïde de certaines tumeurs dites carcinomateuses. J’ai pu-
blié, en iSàS ( Journal complémentaire du Dict, des Scienc. Médic.) , un cas de
ce genre ; et depuis, M. Velpeau et d'autres observateurs en ont rapporté de sem-
blables.
I.’illustre chirurgien , dont la science déplore en ce moment et déplorera long-
temps la mort prématurée, M. Dupuytren avait déjà rencontré l’altération dont il
s’agit. " Des recherches attentives lui avaient prouvé que cette altération est le
• résultat d’un travail analogue à celui qui produit la suppuration, et qu’elle n’a
• aucun rapport avec la dégénération carcinomateuse. 11 conclut de ces recherches
• que le prétendu carcinome du sang n’est qu’une matière puriforme, développée
• par la chaleur vitale daps des concrétions qui, n'étant pas soumises ou contact
• de l’air, et de toutes parts environnées par la vie, n’ont pu se décomposer au-
• trement. ■> (Legroux, Dissert, cit., pag. 37).
M. Legroux considère l’inflammation des concrétions comme l’une des princi-
pales causes de leurs métamorphoses. «Dans d’autres cas, dit-il, un mouvement
» inflammatoire se manifeste dans lu concrétion , soit qu’il ait été puisé dans le
• sang liquide, ce qui est probable, ou qu’il se soit établi consécutivement ; et alors
• ou une exsudation grumeleuse a lieu entre les deux substances dont un caillot
«peut être formé, et même dans son épaisseur ; ou , ce qui est le plus ordinaire,
• le caillot se ramollit au centre, devient granulé, passe à l’état sanieux, puis pu-
• rulent; plus lard, le pus est résorbé et il ne reste plus que les couches excenlri-
• ques du caillot, qui ont résisté au ramollissement et forment les parois du foyer
«ou du kyste.» (Diss., cit.; p. 55). Je répéterai ici que l’inflammation dont
M. Legroux place le siège dans le sang lui-même réside très probablement dan*
le* tissus environnans et réagit, il est vrai^ sur le sang.
6i2 maladies du coiur en particulier.
orifices du cœur, qui opposent un très grand obstacle à la
circulation, si Ton pratique une saignée, le sang sort de la
veine épais et à demi concret. C’est alors que des concré-
tions vont se former dans les cavités du cœur, et e’est à leur
formation qu’il faut rapporter plusieurs cas de ces morts
soudaines, inattendues, qu’on observe dans certaines mala-
dies de cet organe. Quant aux causes chimiques el vitales des
concrétions sanguines, cette sorte de cristallisation du sang,
les principales sont l’inflammation primitive ou consé-
cutive de la membrane interne du cœur, l’introduction de
diverses substances étrangères dans le torrent circula-
toire, le pus, par exemple (1). Notre intention n’est pas
d’insister longuement ici sur le rôle que joue l’inflamma-
tion dans le développement des conerétions sanguines,
attendu que nous avons exposé ailleurs ( voy. pag. lyS,
1^6 et i8i ) les hypothèses qu’on peut proposer à cet égard.
Nous ajouterons seulement que toutes les inflammations
franches, accompagnées d’une violente réaction fébrile,
et dans lesquelles le sang fourni par les saignées présente
une belle couenne blanche, ferme, élastique, résistante,
constituent une véritable prédisposition à certaines con-
crétions fibrineuses du cœur , lesquelles , comme nous
l’avons vu , ont alors une grande ressemblance avec la
couenne inflammatoire. Aussi , consujtez les observations
que nous avons consignées dans cet ouvt^ge , et vous verrez
que, dans la plupart des cas où les concrétions fibrineuses
ne provenaient pas d’un simple embarras dans la circula-
tion, elles coïncidaient, soit avec une inflammation idio-
pathique du cœur, soit avec une inflammation d’un autre
organe , qui réagissait vivement sur le cœur ainsi que
(i) On sait que les acides injectés dans le système vasculaire des animaux coa-
gulent le sang qu’il contient, comme il arrive lorsqu'on les fait réagir sur le sang
retiré de ce système. Il est dans le sang des élémens dont on détermine la
coagulation par la chaleur ou l'électricité. Quel rap[)ort peut exister entre cette
• coagulation artificielle et celle qui s’opère sous l’influence de certains états patho-
ogiquesC Celte question réclame de nouvelles recherches.
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. 6l3
sur tout l’ensemble du système circulatoire et sur la masse
sanguine (i).
§ III. Des signes et des fflels des concrétions pülypiformes du cœur.
Vers le milieu du dernier siècle , on attribuait aux polypes
du cœur une foule de lésions de la circulation et de la respi-
ration dues à d’autres maladies de cet orgtlne, comme on
rapporte vaguement de nos jours aux anévrismes du cœur
des lésions fonctionnelles qui reconnaissent pour véritable
cause des altérations des valvules, altérations dont les ané-
vrismes eux-mêmes sont souvent des effets. Qui ne sait que
.1. - .J. Rousseau se rendit à Montpellier pour s’y faire
traiter d’un polype au cœur, voyage que cet illustre mélan-
colique n’eût point fait à pied, s’il eût été réellement atteint
de la maladie dont l’idée tourmentait si profondément
son ardente imagination ?
Un des effets évidens et nécessaires des concrétions poly-
piformes du cœur, c’est d’apporter un obstacle plus ou
moins considérable à la circulation du sang à travers cet
organe. Quand elles occupent les cavités droites, ce qui est
le cas le plus commun , le sang ne pénétrant qu’en très pe-
tite quantité dans les poumons, reflue en quelque sorte
dans les vaisseaux situés derrière l’obstacle, engorge toutes
(i) Une de nos observations est relative à des concrétions développées chez un
individu affecté de gangrène de l'un des membres inférieurs. Deux des observa-
tions conlenties dans la dissertation de M. Legroux (observations 2 et 3 ) sont
également relatives à des concrétions coïncidant avec une gangrène dite sponta-
née. Quelques auteurs ont admis que dans celle formedo gangrène, le sang avait
une tendance particulière à ta coagulation dans toute l’étendue de l’organisme
{Gaz, Mèd.; mardi 25 décembre iSôa). Nous n’affirmons pas qu’il ne puisse jamais
en être ainsi. Cependant ^o'^servation démontre que dans les affections gangré-
neuses, septiques, le sang est frappé d’une sorte de dissolution. Dans les cas de
gangrène et de coagulation du sang, il faut bien se garder de prendre l’effet pour
la cause. La concrétion du sang dans les artères est , comme, on sait , une des
Causes de la gangrène , et l’on se tromperait beaucoup si l’on attribuait alors à
celle-ci les concrétions dont elle est l’effet.
6l4 MAUDIES DU CŒUR EN P ARTICULER.
parties et spécialement le cerveau, le l’oie, etc. De là des
congestions apoplectiformes , des collections séreuses , etc.
D’un autre côte, comme les organes ne reçoivent qu’une
très petite quantité de sang qui ait subi le contact de l’air
an sein des poumons, on observe jusqu’à un certain point
des phénqinèiïes de véritable asphyxie. Les accidens sont
ençQre à peu près les mêmes , lorsque les concrétions gê-
nent le passage du sang à travers les cavités gauches. Mais
de plus, dans ce cas , il survient une congestion dans les
vemes pulmonaires qui ne peuvent plus se dégorger libre-
ment dans l’oreillette gauche , et c’est là une condition de
dyspnée qui n’appartient pas aux concrétions des cavités
droites.
Pour reconnaître ou diagnostiquer les concrétions san-
guines du cœur , il faut qu’elles aient un volume tel
qu’elles opposent un très notable obstacle à la circula-
tion. D’ailleurs, elles ne gênent pas également le cours
du sang dans toutes les positions qu’elles peuvent affecter.
Les concrétions qui se forment sur les valvules, et qui, en
s’entortillant autour des lames dont elles sont composées,
et autour des tendons qui se rendent à leur bord libre,
enchaînent pour ainsi dire les mouvemens de ces soupapes
vivantes, sont, sans contredit, celles qui, à volume égal ,
apportent le plus grand obstacle au cours du sang.
Suivant M. Laennec, « lorsque chez un malade qui jus-
» que là avait présenté des battemens du cœur réguliers ,
» ceux-ci deviennent tout-à-coup tellement anormaux ,
» obscurs et confus , qu’on ne peut les analyser , on peut
» soupçonner la formation d’une concrétion polypiforme ;
» si ce trouble n’a lieu que d’un seul côté, la chose est à
» peu près certaine (i). »
Nous avons exposé , en temps et lieu , quels étaient les
(i) M. Laennec suppose icIunecircQDSlancçà-peu-pr^ jinpossible. En cffelj |pi
CONCiUîTlONS POLYPirOlUlES BU COEUR. 6 10
acciclens d’apres lesquels on pouvait soupçonner, sinon
annoncer positivement , la formation de concrétions san-
guines chez les individus atteints d’endocardite ou de péri7
cardile aiguës. Ces accidenssont essentiellement les mêmes,
quelles que soient les causes déterminantes de ces concré-
tions. Nous allons les rappeler : battemens tumultueux du
cœur , avec obscurité et pour ainsi dire matité àe?, bruits
qui les accompagnent, ou bruit dç soufflet, tantôt simple ,
tantôt, peut-être, sibilant (I) ; étouffement, orthopnée^
bruits du cœur peuvent bien différer sensiblement selon qu’on les écoule dans la
région des cavités droites ou dans la région des cavités gauches; mais comment
les battemens du cœur seraient-ils tellement anormaux, obscurs et confus dans
une moitié du cœur qu'on ne pût les analyser, sans que l'autre niqiliédu cœur
prît quelque part à un trouble de ce genre?
(i) Une femme ofTipit les symptômes combinés d’une maladie du cœur et des
poumons, lorsqu’elle fut admise à l’Hôtel-Dieu: elle était alors généralement in-
Sltrée et on entendait dans la région précordiale un si/Jlement aigu,
La malade succomba le lendemain de son entrée.
Plaques organisées à la surface du péricarde. On trouva dans l'oreillette droite
une concrétion polypeuse, déco'orée , adhérente a la valvule Iricuspide , aux co-
lonnes charnues du ventricule droit et se prolongeant dans la veine cave supé-
rieure où elle flottait sous forme d'un cylindre blanchâtre, élastique (la membrane
interne de celle veine était rougeâtre). Une concrétion analogue, mais moins an-
cienne, occupait l’oreillette gauche. (Observation publiée par M.le docteur Brouc,
dans lé Journal hebdomadaire de Médecine.)
Ce fait est assez curieux pour avoir dû trouver place ici. 'Toutefois, il faut bien
se garder d’admettre que lès concrétions sanguines soient l’unique cause du ronfle»
menton du sifflement du cœur. J’ai entendu, en eCfet, un bruit de soufflet rou.-
coulant ou sibilant du cœur dans des cas où il n’existait point de concrétion»
polypiformes dans les cavités de cet organe. J’en ai parlé dans un autre endroit de
cet ouvrage. Tout récemment (avril i855) nous avons rencontré un nouvel exem-
ple de cette espèce de bruit chez une femme couchée n° g de la salle Sainte-
Madeleine (’‘).
Bans le cas de M. Brouc, les plaques organisées du péricarde n’étaient peut»
être pas complètement étrangères à la production du sifflement observé chez la
malade.
( ) Don» 1 excellente dissertation inaugurale qu’il vient de soutenir à la Faculté sur la périèardita
aiguii. M. le docteur Desclaux, |’un des élércs les plus distingués qui aient suivi notre olinique, a r«P'
perlé un car pù I ejistenpo d un ttriiji dp piaalrnisnl dans la région dp ctanr, ej )ej jinpes )>'gup» men-
Itoflnéi plni Itanti fflf fhsgnofiiqnp;» dti ppnc|é(iopi polvpiformps (t'auippiia pâdivérîgsia
j>ronTp|afuet«i|c 4a ca diognoslip), ' r rr 1 .
6lÜ MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER,
anxiété , congestions veineuses suivies, chez quelques incli-
AÛdus, de perte de connaissance avec état comateux; ron-
flement sterloreux préceLlé ou non de mouvemens convul-
sifs ; petitesse du pouls; refroidissement des extrémités.
Lorsque les phénomènes ci-dessus exposés se manifestent
dans le cours d’une maladie aiguë du cœur, telle qu’une
péricardite ou une endocardite, qui jusque là n’avait pas
été accompagnée d’un trouble très considérable dans les
fonctions de la respiration et de la circulation , il est ex-
trêmement probable qu’il s’est formé des concrétions san-
guines dans les cavités du cœur. Dans les anciennesmaladies
de cet organe, qui donnent lieu à une dyspnée habituelle ,
mais supportable, surtout à l’état de repos, s'il survient par
intervalles, et comme par paroxysmes, des accidens orlhop-
néiques d’une intensité vraiment formidable , comme chez
les sujets des observations 117' et 182', il est également
presque certain que c’est à la présence de concrétions san-
guines, formées dans les cavités du cœur, que sont dus de
pareils accidens (i<).
(1) M. le docteur Legroux attribue la diminution de soiioréité, l’esjjèce de ma-
tité des bruits du cœur, dans le cas qui nous occupe, à l’accumulation du sang dans
les cavités de cet organe , et en donne pour raison qu’un vase sonore perd de celte
propriété à mesure qu’il se templit d’un liquide (Diss. cit., pag. 4o)- Pour
que cette raison fût valable, il faudrait que les bruits du cœur dépendissent
de la percussion de cet organe contre les parois du thorax , ce qui n’est pas.
D’un autre côté, la comparaison du cœur avec un vase qui résonne ou ne ré-
sonne pas selon qu’il est vide ou plein , est bien loin d’être rigoureusement
exacte.
Quoi qu’il en soit de celte explication la diminution ou la perte du son dans
• une ou plusieurs cavités du cœur est, selon M. Legroux, un signe certain des
• concrétions sanguines... La cavité dont le son est diminué indique le siège de la
• concrétion. » (Diss. cit., page 4i.)
Nos observutiqns sont, jusqu’à un certain point, conformes à celles de M. Le-
groux. Mais comme ce judicieux observateur n’avait point encore une idée précise
sur la cause du tic-tac ou du double bruit du coeur, à l’époque où il fit ses re-
cherches , il n’a pu Je rendre un compte clair et précis de la matité de ce double
COiNCKÉTIONS POLYPIFORMUS DU GÜKUR. 617
S IV. Du pconoslic et du traitement des concrétions polypiformes du cœur.
- I. Le pronostic des concrétions sanguines du cœur, quand
1^ elles sont assez volumineuses pour gêner notablement
le cours du sang, est des plus graves; presque toujours
elles sont suivies, tôt ou tard, d’une terminaison funeste.
Au reste, dans le pronostic auquel ces concrétions peu-
vent donner lieu , il faut prendre en sérieuse considéra-
tion la maladie dont elles ne sont qu'un accident. En effet,
plus cette maladie sera dangereuse en elle-même , plus
I aussi les concrétions polypiformes qui en auront été la suite
devront faire porter un pronostic fâcheux. *
IL On ne peut opposer que des moyens bien précaires à
une lésion telle que celle dont nous nous occupons, une fois
quelle est complètement développée. Pour prévenir la for-
mation de concrétions sanguines dans les maladies du cœur,
dontlepropreest d’entraver le cours du sang, il est utile de
pratiquer de temps en temps des émissions sanguines , et
de délayer en quelque sorte le sang au moyen des boissons
aqueuses. Dans les maladies inflammatoires à la suite des-
quelles , en raison de la plasticité du sang , des concrétions
tendent à se former et se forment effectivement quelque-
fois dans le cœur ou dans les vaisseaux, c’est par les mêmes
moyens, employés avec beaucoup plus d’énergie , que l’on
parviendra, dans la grande majorité des cas, à prévenir
cet accident. La potasse et la soude exerçant une sorte
d’action dissolvante sur le sang , M. Legroux pense que les
sels de ces deux bases pourront être administrés avec avan-
tage. Mais il ne cite aucune observation à l’appui de cette
opinion, d’ailleurs, en apparence, très rationnelle.
bruit dans le cas de concrétions sanguines. 11 est évident que ces concrétions
s’opposent au libre jeu des valvules. Quand elles entourent ces valvules, leurs
tendons et leurs muscles moteurs , elles ont pour effet physique d’amortir le
claquement valvulaire ( les valvules sont alors trop molles pour pouvoir bien
résonner par le brusque rapprochement de leurslames).
6l8 MALADIES DU CŒUll EN PAUTICULIER.
Les çoncrélions du cœur une fois formées, peuvent-elles
se dissoudre? Tl me paraît indubitable que des concrétions
récentes et peu volumineuses sont susceptibles de ce mode
de terminaison. Dans quelques cas aussi, il est probable
que des concrétions du cœur sont expulsées dans le sys-
tème vasculaire. Mais c’est trop s’arrêter sur une question
pour la solution de laquelle nous manquons d’un nombre
suffisant d’observations exactes (r).
Quant aux concrétions organisées, identifiées en quel-
que sorte et confondues avec les parois des cavités qui les
contiennent , elles sont évidemment au-dessus de nos res-
sources. La tâche du médecin qui serait assez habile pour
en diagnostiquer ou plutôt en présumer l’existence, consis-
terait uniquement à combattre par des moyens appropriés
les accidens pfincipaux qu’elles entraînent à leur suite.
(i) Les émissions s^^I)guines sont encore le meilleur moyen qu’on puisse em-
ployer contre les concrétions sanguines du coeur une fois formées. Elles nous ont
réussi au-delà de nos espérances chez une femme qui a été admise dans notre ser-
vice ( salle Ste-Madeleine , n“ 3 ), le 7 de ce mois f mai i855 ). En proie à U
plus imminente suEFocation, et offrant, d’ailleurs, les signes physiques des concré-
tions sanguines tels qu’jls ont été exposés plus haut , elle a été saignée trois
fois, et se trouve en ce moment ( s5 qiai) dans un état satisfaisant.
a
œ
EXPLICATION DES PLANCHES
DU TOME SECOND.
PLANCHE III.
FIG. I.
D, D, D, D. Cavité de l’origine' de l’aorte dilatée.
A, A, A. Orifice aortique considérablement rétréci
par suite de l’induration et de la défor-'
mation des valvules de l’aorte, vu du
côté de cette artère.
FIG. 2.
A, A, A. Orifice aortique, vu du côté du ventricule. j
'FIG. 3.
P, P, P. Partie postérieure de la crosse de l’aorte,
C, C. Canal artériel ossifié.
I "
FIG. 4'
0, O, O, O. Orifice du canal artériel , dans l’intérieur de
l’aorte.
PLANCHE IV.
FIG. I.
i
, A. Face antérieure du cœur.
. Cavité de l’artère pulmonaire ouverte par sa face
antérieure,
C. C, C. Aorte.
D. Tronc brachio-céplialique,
E. Artère ca,rotide droite.
F. Artère sous-clavière droite,
G. Artère carotide gauche. y
H. Artère sous-clavière gauche,
1. Appendice auriculaire droit.
K, Cloison mepiliraneuse çonvpfç en haoti)
620
M.
N.
O.
A. A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
I. I.
R.
L.
M, M.
M.
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G. G.
H. H.
I.
R.
EXPLICATION
de r arlère pulmonaire, concave en bas, percée
à son centre d’une ouverture de deux lignes et
demi de diamètre, et fermant en grande partie
l’orifice de l’artère pulmonaire : cette cloison
offre trois brides en haut.
Orifice de la branche droite de l’artère pulmo-
naire.
Canal artériel oblitéré.
Stylet engagé dans le commencement de ce canal.
FIG. 2.
Face antérieure du cœur.
Cavité du ventricule droit.
Aorte.
Trohc brachio-céphalique.
Artère carotide droite.
Artère sous-clavière droite.
Artère carotide gauche.
Artère sous-clavière gauche.
Appendice auriculaire droit.
Cloison membraneuse de l’artère pulmonaire.
Orifice de l’artère pulmonaire dans le ventricule.
Epaississement très considérable des parois du ven-
tricule droit, avec diminution proportionnée de
sa cavité.
FIG, 3.
Face postérieure du cœur.
Cavité de l’oreillette droite dilatée.
Appendice de cette oreillette.
Cavité de cet appendice.
Colonnes charnues du même appendice.
Orifice auriculo-ventriculaire droit.
Vestiges de la valvule d’Eustache.
Veine-cave supérieure et son orifice dans l’orcillctte
droite.
Veine-cave inférieure.
Fosse ovale.
Trou de Botal,
[H tij r Cl Tl w
DES rLANCIIES. 621
X, L. Stylet passant par le trou de Botal et allant de To-
reillette droite dans la gauche.
FlG. 4*
M.
A.
B.
C.
D, D, D.
, F, F.
Face postérieure du cœur.
Cavité de l’oreillette gauche.
Appendice de cette oreillette.
Orifice de la cavité de cet appendice.
Colonnes charnues de la cavité du même appen-
dice. ,
Orifice auriculo-ventriculaire gauche.
Veines pulmonaires et leur orifice dans l’oreil-
lette.
Veine-cave supérieure.
Orifice du trou de Botal dans l’oreillette gauche.
Veine-cave inférieure.
Contour semi-lunaire du trou de Botal.
Stylet traversant le trou de Botal , et indiquant
la communication contre nature des oreil-
lettes.
PLANCHE V.
A, A, A, A. Cavité de la crosse de l’aorte dilatée.
O^ O, O. Communication de la cavité de l’aorte avec le
kyste anévrismal rempli de caillots.
B, B, B. Cavité du ventricule gauche dilatée, ainsi que
l’orifice aortique.
C, C, C. Colonnes charnues du ventricule gauche.
PLANCHE VI.
FIG. I.
O, O, 0,0. Orifice auriculo-ventriculaire dro't dilaté ( le
cœur est ici représenté par sa face posté-
rieure et dans une position renversée.)
FIG . 2.
V, G. Parois du ventricule gauche, ayant un pouce
d épaisseur à leur partie moyenne.
EXPLICATION DES PLANCHES.
A) A, A, A. Intérieur de l’origine de l’aorte , parsemé de
plaques jaunâtres, etc.
P, P, P. Artère pulmonaire.
PLANCHE VIL
FIG. I.
C, C, C, C. Cœur vu par sa face antérieüré;
FlG. 2. ,
V, V, V. Cavité du ventricule gauche rétrécie.
H, H, H, Ht Parois du ventricule gauche épaissies ( hy-
pertrophie concentrique).
4
PLANCHE VIII.
Cœur et aorte ascendante du sujet de l’observation 182»,
dans leurs dimensions naturelles, et vus par leur face an-
térieure.
A. Anévrisme de l’aorte.
B. Tronc brachio-céobalique.
C. Artère carotide gauche.
D. Artère sous-clavière gauche.
E. Ventricule gauche hypertrophié et dilaté.
F. Ventricule droit agrandi.
K. Portion de l’oreilleUe di oite.
I. Portion de l’oreillette gauche.
L. Artère pulmonaire cachée en grande partie par l’ané-
vrisme.
H. Poumon droit.
G. Poumon gauche. .
fin UE L^EXPLICAXlON DES PLANtHKS.
TABLE
DU
SECOND VOLUME.
SUITE DU LIVRE PREMIER.
Chap. II. — De l'endocardite, ou inflamtralion de la membrane interne
du cœur et du tissu fibreux des valvules. 1
Considérations préliminaires. • id.
PitBMiÈnR sECTion. — Observations particulières sut l’endocardite. 9
Première catégorie. — Observations d’endocardite, pendant la période
de congestion san^juine, de suppuration et d’ulcération comméaçante. id.
Observation SS-. id.
— 39e. 12
— 4o'. i4
— 16
21
— 45®. 25
— 44®. ^ 29
— 45e. 35
— 46®. 4i
— 47% 48.. 43
— 4 g®' 44
' — 5oc. . 48
Dèoxièue catégorie. — Observations d’endocardite pendant la période
d’épaississement hypertrophique des tissus enflammés, et de dévelop-
pement d’adhérences, de platjues membraneuses cellulo-fibreuses ou fi-
breuses , et de végétations ou de granulations. 4g
Observation 5i®»* 5o
— 5ae. . 58
— 55®. 6a
— .54®. ' 70
— 55^.
— 56e, 5j®, 58®. j6
— 59®. -g
— 6o®. 84
— 6i«.
TaoisiÈM» CATÉGORIE. — ObservatioTis d’endocardite suivie d’épaississe-
ment et d’endurcissement fibro-carlilagineux , cartilagineux , osseux
6q4 TABtE.
ou calcaire des valvules du cœur, avec ou sans rélrécissemenl des ori-
fices de cet organe.
§ I. Observations d’épaississement et d’induration des valvules, sans ré-
trécissement ou avec très médiocre rétrécissement des orifices. . g5
Observation 62». id.
- — 65*. io4
— 64®. 110
— 65®. ii5
— 66®. ng
— 67®, ia5
§ II Observations d'épaiss’sscment et d’induration des valvules du cœur, avec
rétrécissement considérable des oriGces. 1 28
1“ Rélrécissemenl de l’orifice auriculo-venlriculaire gauche par indu-
ration et épaississement de la valvule bicuspide. id.
— • 68®. id.
— 6g®. i5o
— 70®. IÔ7
a® Rétrécissement de l'orifice aortique par induration et épaississement
des valvules sigmoïdes de l’aorte. i4o
Observation 71c. id.
— 72®. 143
3« Rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit par indura-
tion et épaississement de la valvule tricuspide. i47
Observations 73®, 74®. id.
4* Rétrécissement de l’orifice pulmonaire par induration et épaississe-
ment des valvules sigmoïdes de l’artère pulmonaire.
Observation' 7 5e. id.
— 76®. i5i
‘ — 77®. i55
— 78®, 7g®. 160
— 80®. 1 6 1
5” Rétrécissement simultané de plusieurs des orifices du cœur par
épaississement et induration de leurs valvules. 162
Observation 81®. ' id.
— 82®. ^ 166
— 83®. 167
Sectiou dedxième. — Histoire générale de l’endocardite. 170
Article pbbmibr. — Exposition et appréciation des caractères anatomi-
ques de l’endocardite. id.
§ 1. Description des altérations anatomiques. >7*
I. Première période de l’endocardite (période de congestion sanguine,
de ramollissement, d’ulcération et de suppuration). id.
II. Seconde période de l’endocardite (période d’organisation des pro-
duits sécrétés , ou d’une portion des concrétions fibrineuses). 1 79
III. Troisième période (période d’induration carlilagineuîe, osseuse
TAfeLE. (
'dà calcaire de l’endocarde en général , et des valvules en particu-
lier, avec ou sans rélrécîssemenl des orifices du cœur).
§ II. Appréciation des altérations anatomiques de la deuxième et de la
troisième périodes de l'endocardite.
Article DKrxiÈME. — Exposition et appréciation des symptômes de l’en-
docardite générale et partielle.
§ I. Exposition des symptômes.
I. Symptômes de la période d’acuité.
II. Symptômes et diagnostic des diverses lésions dites organiques qui
surviennent dans les seconde et troisième périodes de l’endocardite.
A. Symptômes et diagnostic de l’induration des valvules , avec ré-
trécissement des orifices du cœur.
B. Symptômes et diagnostic de l’épaississement et de l’induration
de la membrane interne du cœur ou des valvules, sans rétrécisse-
ment , soit des orifices , soit des cavités du cœur.
C. Symptômes et diagnostic de l’adhérence des valvules auriculo-
ventriculaires aux parois du cœur.
D. Symptômes et diagnostic des végétations de la membrane in-
terne du cœur, et spécialement des valvules.
§ II. Appréciation rapide de quelques uns des symptômes de l'endo-
cardite.
Article troisième. — Du mode de développement et des causes de l’en-
docardite.
Article quatrième. — Marche, durée, complication et pronostic de l’en-
docardite.
Article cinquième. — Traitement de l’endocardite.
§ I. Préceptes généraux.
§ II. Observations d’endocardite aiguë terminée par la guérison.
Observation 84'. t ■
— 85«. ~
— 86«. ''
— 8-®
— SS®.
^9'» 9®®» 9**» 9^®’
CiiAP. IIT. — De la cardiie, ou inllammaliou du tissu musculaire et du
tissu cellulaire intermusculaire du cœur.
Première section. — Observations particulières sur la cardite, ou inflam-
mation du tissu musculaire et du tissu cellulaire intermusculaire du
cœur.
PREMIERE CATÉGORIE. — Observalfoos de cardite terminée par ramoUisse-
sement et suppuration.
Observation pS'.
— 94'.
— gS®.
— 96®, 96® bis. „ •, •
40
)2Ô
i85
ig3
3o4
id.
id.
aia
ai3
aa3
aai
aa6
aaS
229
a3a
a34
id.
a36
337
a4i
345
aSo
a5a
aS3
aS4
aS8
id.
id.
361
a6a
a66
G26 TABLE,
*“ 97®' fîSj, gge.
Dbdxièmb catégobib. — Observations de cardite terminée par ulcération,
perforation et rupture des parois du cœur, de la cloison interventricu-
laire ou inleraiiriculaire, des valvules, des tendons et des colonnes
charnues. _ ^gg
Observation ioo«. agg
— 101e. 270
102e.
io3®. a-^
Tboisièmï catégobie. — Observations de cardite ulcérative, avec forma-
tion d'un kyste anévrismal (tumeur anévrismale du cœur). 275
Observation io4«. 277
— io5e. a-3
— 106®. a8i
— 107e. a8a
— 108®. ■ 285
Quatbièue cATéGOBiE. — Observatioüs de cardite terminée par indu-
ration. _ 2S8
Observation 10g®. 289
— 110®, 111®. 290
“112®. 291
Deuxième section. — Histoire générale de la cardite, ou de l’inflamma-
tion du tissu musculaire et du tissu cellulaire intermusculaire du
cœur. 292
Abticle pREMiBB. — Caractères anatomiques de la cardite. id.
§ I. Ramollissement, suppuration diffuse et abcès, id.
§ II. Ulcérations du cœur, avec ou sans formation de kyste anévrismal;
perforations. 298
§ III. Induration du cœur. 5oo
Abticlb deuxième. — Des symptômes et du diagnostic de la cardite. Soi
§ 1. Diagnostic de la cardite générale, aiguë ou chronique. id.
§ II. Diagnostic des lésions consécutives à une cardite partielle. SoS
1® Abcès, ulcérations et perforations du cœur. id.
2® Anévrisme faux consécutif du cœur. id.
Abticlb troisième, — Causes et traitement de la cardite. 3o4
Cjiap. IV. — De l’inflammation du tissu adipeux ou cellulo-graisseux du
cœur. 5o5
Chap, additionnel au livre premier. 5o6
l^EBMiBR PROBLÈME. — Les ppoductions cartilagineuses, osseuses ou cal-
caires du cœur peuvent-elles se développer sans inflammation préa-
lable ? 3o7
Deuxième pdoblèmb. — Les tubercules et le cancer du cœur constituent-ils
des productions essentiellement différentes de celles que l’inflamma-
tion chronique de cet organe peut entraîner à sa suite? 3io
Article fremibb. — Cancer du cœur. id.
tablï:. G27
A»ticlb bBifiièliE. TubErcüVés'dü coeur. 322
Àrticlk tboisième. — Kystes séreux. ' 325
Litrb deüxièmk. — De l’augmentation et de la dîihinution de sécrétion
des tissus séreux et cellulaires du cœur.
Considérations préliminaires. ' ‘ 3a8
Gaaf. omqdb, — De l'hydropéricarde actif, ou de l’irritàllon secrétoire
du péricarde. 53 1
Article premier. — Considérations générales. id.
Article decxième. — Histoire générale de l'hydropéricarde actif. 334
§ I. Caractères anaibttiitjues. : Id.
§ II. Signes et symptômes de l’hydropéricarde actif. 336
§ III. Traitement de l’hydropéricarde. 54o
Livre troisième. — De l’augmentation et de la diminution dè nutrition,
ou de l’hypeMroJihie et de. l’atrophié du cœur. Id.
Chap. I'». — De l’hypertrophie du coeur. • 344
Considérations préliminaires. id.
Rapport de Pinel à l’Institut de France, sul" les travaux de Berlin. • 2I7
Première section. — Observations particulières sur l’hypertrophié dii tis-
su musculaire du cœur. 35 1
Première série d’ob.servations. — Hypertrophie partielle. 354
§ I. Observations d’hypertrophie du ventricule gauche. id,
1® Hypertrophie simpl^ ou avec capacité normale de la cavité ven-
triculaire. id.
Observation iiS®. id.
2® Hypertrophie excentrique ou avec dilatation de la cavité ventri-
culaire. 358
Observation ii4«- id.
— ii5e. 365
— I16®. 368
— 117®.^ _ 570
3® Hypertrophie concentrique où avec rétrécissement de la cavité
ventriculaire. 373
Observation J 18®. id.
— 119®. 378
S II. Hypertrophie du ventricule droit. 38i
1® Hypertrophie simple ou avec capacité normale delà cavité ventri-
culaire. id.
Observation 1 20®. id.
2® Hypertrophie excentrique ou avec dilatation *de la cavité ven-
triculaire. 584
Observation 121®, jj,
3® Hypertrophié concentriqué ou avec rétrécissèment delà cavité
ventriculaire.
Observation 122®. ij,
123e,
628 TABLE.
DbuxiÈub sÉaiE d’observ Allons. — Hypertrophie multiple ou générale. ôgS
Observation 1 a4®* Sgt
— laSe. 399
— 126e, 127e. 4o5
— 128®, 129e, i3o', 4o6
Observation i5ie. 4ix
— iSse. • 4*7
— l33e. 421
— l34e. 427
DEOXiiMB SBCTion. — Histoire générale de l’bypertrophie du tissu muscu-
laire du cœur. 45 1
Article premier. — Caractères anatomiques de l’hypertrophie du tissu
musculaire du cœur. id.
Article decxieub. — Des signes de l’hypertrophie du cœur, de son in-
fluence sur lej hémorrliagies en général , et sur celles du cerveau et
des poumons en particulier. 44o
§ I. Signes de l’hypertrophie du cœur. id.
I. Signes de l’hypertrophie du cœur en général. id.
Signes idiopathiques de l'hypertrophie du cœur. id.
Signes réactionnels de l’hypertrophie du cœur. 444
II. Signes propres à l’hypertrophie de chacune des cavités du cœur en
particulier. 447
§ II. De l’influence de l'hypertrophie des ventricules du cœur sur les
hémorrhagies en général , et sur celles du cœur et des poumons en
particulier. 449
1® De l'influence de l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur sur
les hémorrhagies en général, et sur celles du cerveau en parti-
culier. id.
a® De l’influence de l’hypertrophie du ventricule droit du cœur sur
l’hémorrhagie ou apoplexie pulmonaire. 455
Article troisième. — Des causes, du mode de développement et de la
marche de l’hypertrophie du cœur. 454
Art. quatrième. — Traitement de l’hypertrophie du cœur. 4Co
CnAF. II. — Histoire générale de l’atrophie, ou de la diminution de nu-
trition du cœur. 4^5
Article premier. — Caractères anatomiques de l’atrophie du cœur. id.
Observation i35®. 4^4
Article deuxième. — Signes de l’atrophie du cœur. 47*^
Article tboisième. — Des causes et du traitement de l’atrophie du cœur. 4/i
Livre quatrième. — De l’augmentation et de la diminution d’absorption
des tissus séreux et cellulaire du cœur. 4?^
CnAp. I®''. — De l’hydropéricarde passif, et de l’œdème passif du tissu cel-
lulaire du cœur. 4"5
§ I. Caractères anatomiques. i*^*
§ II. Diagnostic.
TABLE.
629
§ III. Causes. 4 76
§1'^. Traitement. ^ id.
Chap. II. — Articlb premier. — De l’hydropéricarde produit par la rup-
ture d’un kyste séreux ou hydatique dans le péricarde. 4?7
Observation i56“. id.
Article deoxième. — De l’hémopéricarde , ou de l’épanchement de sang
dans la cavité du péricarde. 479
Article troisième. — Du pneumopéricarde et de l’hydro-pneumopéri-
carde. 480
CLASSE DEUXIÈME. DES MALADIES QDI CONSISTENT EN DNE LÉSION
SIMPLE ET PRIMITIVE DE l’iNNERVATION DD COEUR, OD DES NÉVROSES DE
CET ORGANE. 482
Considérations préliminaires. id.
Article premier. — Des palpitations nerveuses du cœur. 484
§ I. Idée générale. id.
§ II. Causes des palpitations nerveuses. id.
§ III. Marche, durée et diagnostic des palpitations nerveuses. 487
.§ IV. Traitement des palpitations nerveuses. 490
Article deuxième. — Névralgies du cœur. , 49»
Article troisième. — Spasme du cœur, avec bruit de soufflet et frémisse-
ment cataire. 4g3
Article quatrième. — Des lipothymies et de la syncope nerveuse. 4fl4
§ I. Idée générale de la syncope. id.
§ II. Causes de la syncope. 49^
§ III. Traitement de la syncope. 4g6
Article cinquième. — Des irrégularités et des intermittences des batte-
mens du cœur. id.
CLASSE TROISIEME. — des maladies qui consistent essentielle-
ment ET PRIMITIVEMENT EN DES LÉSIONS PHYSIQUES ET MÉCANIQUES DU
COEUR.
Chap. I'^ — Des solutions de continuité du cœur par causes mécaniques, id.
Article premier. — Plaies ou blessures du cœur. id.
Article deuxième. — Ruptures du cœur. 5o4
Section première. — Observations particulières de rupture simple ou mul-
tiple de différentes parties du cœur.
1® Observations de ruptures des parois du cœur. id.
Observations iS;#, i58®, i5ge, i4o«. id.
— >4i®. 5o5
— 142“. 5ü6
143®. 507
~ i44«- id.
— i45'=. . • 5o8
i48®- 5 lo
Deuxième section. — Histoire générale des ruptures du coeur. 5ii
§ I. Caractères anatomiques. id.
U
63o TA8LË.
§ II. Causes des ruptures du cœur. , 5iS
§ III. Signes et diagnostic des ruptures du cœur. 5i4
§ IV. Pronbilic ët traitement.
CsAP. II. — Des changemèns de dîihèhsibiis des câvifés èt des orifices <îu
Considérations préliminàirès. ÎJ.
AàTicLE PBBMiER. — De la dilatation des cavités et des orificés du cœur. 5 17
Section pbemibrb. — Observâliôhs partiëülîêrës. id.
Observation i4/«> 5 18
— l4fie. i'ji
Section deuxieukI — ÈiSloifé générale dè là dilatation dès cavités el des
orifices du cœur. 5aô
§ I. Caractères anatomiques. id.
§ II. Mécanisme et princlpàlés caüsëî dé la dilatation des cavités et des
orifices du cœur. S27
§ III. Diagnostic et traitement de là dilatation des cavités et des orifi-
ces du cœtir. S3i
Abticlb deuxième. — Rétrécissement des cavités et des orifices du cœur. 533
Ch AP. III. — Des lésions de rappôrt, ou des déplacemens et des hernies
du cœur. 534
ÀhTiciE PBEMiEB. — Des simples déplacemens du cœur. id.
Article deuxième. — tiernies du ccëur. 537
CLASSE QÜ.ATRIÊME.— Des VICES FBIUÔBDliuX DE SITUATION ET DB
CONFORMATION DD CŒUR. 54 2
Considérations préliminaires. ^ i
Chap. Î. — Delà dexiôcardié, du ^e la transposition congénitale et pri-
mordiale du cœur à droite. 546
§ I. Idée générale de cette anomalie. id.
§ il. Cas particuliers de transposition ou de renversement du cœur et
des autres viscères du thorax et de l’abdomen. 547
Observations 148*» i49®* id.
— i5oe, i5i®. 548
§ III. Quelques considérations sur les causes et le diagnostic de la trans-
position du cœur. ^ 55a
Chap. II. — De la communication entre les cavités droites et les cavités
gauches du cœur. 553
Observation i5a«. id.
- — i5oe. 555
— i54'. 557
i55®. 558
— . i56«.
— i57*. 56a
Histoire générale de la communication anormale des cavités droites et gau-
ches du cœur les unes avec les autres. 564
§ I. Description des ouvertures de communication , indication des di-
ÏABLE. 63 1
verses lésions analomi cjues du cœur coïncidant ordinairement avec ces
ouvertures anormales. 564
§ II. Des symptômes et des effets de la communication anormale entre
les cavités droites et gauches du cœur. Syo
§ III. Mode de développement et traitement. 676
Chap. III. — Anomalies de nombre. 578
ÂaTicLE PBBMiBO. — Acardie; diminution du nombre des parties consti-
tuantes du cœur. id.
Observation i58e. 679
— iSg®, i6o«. 58i
Ahticle deuxième. — Bicardie; •— augmentation du nombre des parties
constituantes du cœur. 584
Observation 161e. 585
— i6ao, 586
Chap. IV. — Des anomalies par vices de connexion et d’insertion récipro-
que du cœur et des vaisseaux. 583
APPENDICE.
De la coagulation du sang dans les cavités du cœur, ou des concrétions po-
ly pi formes de cet organe développées pendant la vie. Sgv
SncTioH PBEMiÈRK. — Obscrvalions particulières sur les concrétions poly-
piformes du cœur. id.
Phemièbe série d’obsebvatiors. — Concrétions récentes, amorphes ou
sans trace évidente d’organisation. 5ga
Observations i63e, i64'- SgS
Deuxième série d’observations. — Concrétions sanguines offrant des ru-
dimens d’organisation, avec ou sans présence de pus. 5g4
Observations i65«, 366*. 5g5
— 167e. 5g6
168e. 5yy
— 169*. 598
— I/O'* 399
— »7>®- 6uo
— I7*e* 6ox
— 173». 602
— »/4'- 6o5
— 175», 176e. 604
Tboisièub série d'observations. — Concrétions fibrineuses enlièi’ement
organisées. 606
Observation 177®.
178®. 607
Deuxième section. — Histoire générale des concrétions sanguines du cœur
développées pendant la vie. id.
632 tablïT.
, § !• Siège et caractères anatomiques des concrétions poljpiformes du
cœur. 607
§ 1 1, Des causes et des divers modés de formation des concrétions poly-
pi formes du cœur. 611
§ III. Dés signes et des effets des concrétions polypiformes du cœur. 6i5
§ IV. Du pronostic et du traitement des concrétions polypiformes du
cœur. 617
Explication des planches du tome second. 619
. . ' r FIN DB lA TABLE,
FAUTES A CORRIGER.
TOME PREMIER. . . ,
Page 75, ligne 7, i pouce. Usez 10 pouces.
Page 127, ligne 02, celles, Usez celle. , .
Page i52, ligne 20, observateur et à la fois philosophique , lisez observateur
à la fois et philosophique.
Page 200, ligne 25, traitant , Usez en traitant. y.i ,i
page 256, ligne 2 de la note, faculés, Usez facultés.
Page 285, ligne 7, semblable. Usez méthodique.
, Page 4o3, note (i), planche I , Usez planche II.
TOME SECOND.
Page 143, rote (3), planche III (bvs). Usez planche III.
Page i5o, note (1), planches 3, 4, 5 et 6. Usez planche IV, Cg. 1, 2, 5 et4-
Page 419, ligne 17, planche VII , Usez planche VHI.
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